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Concert et politique - crédit photo Louis Comar
Lambrini Girls Rock en Seine – crédit photo Louis Comar

Aller à un concert c’est pour se détendre, doit-on vraiment nous parler de politique ? Cette question, loin d’être la nôtre, on y a été particulièrement confronté.es ces derniers temps. En cause, une vidéo que l’équipe de Pop&Shot réalisait à Rock en Seine suite au concert de Lambrini Girls. Le groupe de punk anglais y arborait un fond de scène avec écrit « Fuck Marine Lepen » et profitait de son show pour balancer ses messages engagés contre l’extrême droite et pour les droits des personnes trans. Un set important, en plus d’avoir été un live bouillant à vivre. Toujours est-il que les défenseurs de l’extrême droite française ont profité de ce post sur Facebook pour nous lâcher quelques 1500 commentaires plein de haine. Au milieu d’un tissus auquel il serait impossible de répondre (parce que les termes « elles puent la pisse » et  » buveuses 8.6 chaude » ne constituent pas un avis assez intéressant pour faire le charme d’un débat intelligent), cette question a donc surgi à de nombreuses reprises. Un concert peut-il être un simple lieu d’amusement ? La musique ne pourrait-elle pas simplement être de la musique et se détacher de tout propos sur la société qui l’entoure ?  Et l’affaire de Mackelmore, exclu des premières parties d’Ed Sheeran en raison de son soutien à la Palestine, n’a fait qu’enflammer le débat. Une occasion pour nous d’explorer ce vaste sujet et d’y apporter un début de réponse. De Billie Holliday à Dolly Parton en passant par Lady Gaga, Madonna, Thom Yorke, Elvis Presley, Oasis, les Sex Pistols ou encore Mackelmore, on fait un petit tours du sujet. Pardon, mais du coup les termes « pue la pisse » ne feront donc plus partie du débat. Mais merci à vous aussi les sniffeurs d’écrans pour votre contribution.

L’art est-il politique ? concert et politique

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
crédit photo Louis Comar

On vit une époque où on nous dit que tout est politique. Un terme repris avec tant de force qu’il finit parfois par perdre celles et ceux qui le lisent. Peut-être donne-t-il aussi le tournis. La prise de conscience est souvent douloureuse. Pourtant les faits sont là : le contexte est primordial. L’existence même d’un projet musical dépend de son environnement politique. Le simple fait de pouvoir se produire sur scène et d’en faire un espace libre d’expression n’est pas anodin. Les dictatures brûlent les œuvres, en font des moyens de propagande, font taire celle et ceux qui les critiquent. L’art est toujours le miroir de son environnement. Il en est la réponse, l’analyse, la critique, porteur de révoltes et de messages. Il est, pour le plus grand nombre, notre éducateur sentimental et intellectuel. Et dans ce tourbillon, la musique est son émissaire le plus efficace et certainement le plus direct.

Littérature, musique, politique

Concert et politique - Palestine crédit photo Louis Comar
Crédit photo Louis Comar

On aura vite fait de balayer l’idée que le punk puisse avoir mot au chapitre en terme de politique. Qu’en savent ses représentant.es ? Et puis où serait donc la musicalité dans un courant incompris ? Le mépris de classe veut qu’on catalogue les arts et registres. Certains mériteraient donc plus d’attention et de respect que d’autres. Au risque de surprendre (non), la contre-culture punk n’est pas la seule à dénoncer. Au contraire, toute l’histoire de l’art regorge d’exemples en ce sens.  Chères élites, votre ami Jean de La Fontaine, utilisait déjà son art pour moquer le roi Louis XIV à travers une satire qui utilisait le masque des animaux  pour mieux donner sens à son propos. Victor Hugo parlait de la peine de mort dans « Journal d’un condamné » pour ne pas citer l’évident « Les Misérables ». On pourra aisément ajouter « Germinal » de Zola à cette courte énumération.  L’idée n’étant pas de perdre de vue notre thématique, on évitera de fouiller dans l’immense terreau littéraire qui grouille d’exemples en la matière. Le questionnement sur l’art est l’une des grandes thématiques en philosophie. Il n’a pas vocation à être beau et à s’accrocher dans son salon. Evidemment, il peut être beau – parfois sublime mais ce n’est pas sa raison d’exister. Si tout est politique qu’en est-il d’artistes qui refuseraient de prendre position sur scène ? Nous reviendrons plus tard sur le cas Ed Sheeran pour mieux parler de Thom Yorke. Le monde actuel exige une transparence constante. Le meneur de Radiohead en a payé les frais après avoir refusé d’offrir son soutien à  la Palestine pendant un concert. Un membre de l’audience l’avait interpellé en lui demandant de s’engager aux cotés de Gaza. Le chanteur qui a pourtant  pour habitude de se tenir du côté des opprimés avait alors choisi de ne pas répondre à cette demande. Ce n’était selon lui pas le bon moment. Une absence de prise de position qui avait été vécue comme une trahison envers la cause et qui a été reprise en boucle sur les réseaux sociaux.  Le monde actuel laisse finalement peu de place aux opinions mitigés et c’est aussi parce que les thématiques que nous rencontrons sont de toute gravité et requièrent une profonde urgence. La crise écologique et les guerres ne sauraient attendre.

Oasis, les Beatles, la représentation des classes sociales

Il n’empêche qu’il n’y a pas toujours nécessité à parler pour être l’émissaire d’une idée.  Même sans rien dire, la notoriété de certains artistes ne sont pas sans sens.  Oasis et les Beatles partagent une aura commune. Les deux groupes viennent des couches populaires de villes industrielles d’Angleterre, respectivement Manchester et Liverpool. Aujourd’hui, malgré les millions, le franc-parlé des frères Gallagher et leur refus de jouer le jeu d’une certaine manière bourgeoise d’afficher sa fortune font échos pour  des millions de fans. Ils s’identifient à une attitude, une éducation, un espoir de chances. Il y a une véritable défiance, une lutte des classes qui se joue en l’attachement à des groupe. Et leur capacité à remplir des stades en quelques secondes sont l’héritage de cette attitude. Liam est le représentant d’un Manchester ouvrier et, lorsqu’il refuse de jouer la carte du media training pour rouler des mécaniques, le charme opère. Et ce malgré les 400 millions de bénéfices engendrés par la tournée de réunion d’Oasis. Les prix  actuels des billets de leur tournée 2027 et l’utilisation des prix dynamiques  en 2025 vont à contre-sens de ce qui fait leur célébrité. Peut-on représenter une classe sociale et l’exclure en même temps d’un accès à la culture ? L’augmentation actuelle démesurée des prix des concerts est politique. Certes une tournée paye un immense nombre d’intervenant.es et de lieux et ces profits ne vont pas uniquement dans les poches de l’artiste. Il n’empêche que la musique doit rester populaire et accessible au plus grand nombre.

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
Shaka Ponk – Crédit photo Louis Comar

La regrettée Dolly Parton, qui nous a quitté cet été avait elle aussi une image de première importance. Certes, la musicienne était ouvertement engagée sur de nombreuses causes (santé, éducation, soutien aux démunis …) mais son look à lui seul en disait long. En choisissant un style extravagant, perruque blonde et franc parler qui sent le chewing-gum, en refusant le « bon goût » de la bourgeoisie, en gardant « l’attitude » de la fille issue de la pauvreté qu’elle était, Dolly a acquis un statut d’idole.  Sa façon d’être, elle ne l’a jamais tronquée. Ce refus des codes et conventions, c’est aussi une façon de faire rêver – un exemple inclusif. Ce naturel, elle était connu pour l’amener avec elle sur scène où elle prenait plaisir à beaucoup échanger avec le public, notamment sur son enfance dans la pauvreté au Tennessee. Elle aimait à plaisanter sur son apparence en disant :  » Ça coûte beaucoup d’argent pour avoir l’air aussi bon marché. » Une façon de rappeler qu’on doit être fier.es de nos origines.

Une longue histoire de musique, de luttes et de révoltes concert et politique

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
Crédit photo Louis Comar

Cette histoire de lutte sociale ne date pas d’hier. Elle habite l’histoire de la musique et en est le cœur. Lorsque Billie Holliday chantait « Strange fruit », elle ne parlait pas – spoiler alert – d’un fruit. Elle parlait du lynchage de la communauté afro-américaine dans le Sud des États-Unis. Cet étrange fruit, c’est la métaphore d’un homme pendu à un arbre. Le titre est d’ailleurs, à sa sortie en 1939, perçu comme une  déclaration de guerre en plein mouvement pour les droits civiques.  Il est interprété pour la première fois au Café Society à New-York, un jazz club particulièrement progressiste. À cette occasion les lumières s’y sont éteintes, le service s’est arrêté, et c’est dans le plus grand des silences qu’elle entamait son titre. Une histoire abominable de racisme abjecte hante, comme on le sait, les racines du blues. Ce crie de libération est issu des chants de travail des esclaves afro-américains. D’abord chanté pendant le labeur pour exprimer une douleur collective, il devient post abolition une façon de raconter et de commémorer la misère, l’errance.  Tous les courants qui en découlent, le rock parmi eux, ne pourront jamais se revendiquer d’être entièrement apolitiques.

Autre légende, autre positionnement. Elvis Presley a toujours refusé de s’engager sur le terrain de la politique, se voyant comme une « simple » chanteur. Il refusait de prendre position sur les sujets qui touchaient son époque. La guerre au Viêtnam en tête de liste. Il expliquait ne pas vouloir diviser son public et pour autant… sa petite histoire inscrite dans une bien plus grande histoire disait toute autre chose. Dans une Amérique conservatrice et ségrégationniste, il popularisait le blues et le gospel. Sa gestuelle sexualisée lors de ses concerts bousculait la morale des années 50. Et tout cela a impacté la société Américaine à grande échelle.

Et le punk dans tout ça ?

Lambrini Girls
Lambini Girls crédit photo Louis Comar

L’histoire même du punk est intimement liée aux luttes contestataires. Sans nécessairement incarner un courant politique particulier, le genre est né de l’opposition à l’establishment anglais. Au programme donc, nihilisme et anarchie. Existant comme une contre-culture, il crée  un sous-genre à la fin des années 70 au Royaume-Unis. : le Oi!.  C’est une réponse à la commercialisation du punk originel qui à force de se vendre devient, aux yeux de certain.es, trop bourgeois. Les jeunes des quartiers populaires s’y retrouvent comme les skinheads – à l’époque non politisés- . Puis les différences explosent. Là où les Sex Pistols prônaient l’anarchie au UK, défiaient la reine d’Angleterre sur « God Save the Queen », l’accusant même d’être la source de la crise économique du pays, le Oi! se divise. Certains groupes se plongent dans l’idéologie néo-nazie. En réponses d’autres groupes du même courant mais de gauche comme The Burial affichent fièrement leur  position anti-raciste. D’autres groupes de punk créent ensemble des rassemblement contre le fachisme. Ils prennent d’assaut les scènes et se retrouvent en concerts pour dénoncer le racisme. Parmi ceux qui y participent on retrouve The Clash, Buzzcocks, Steel Pulse, The Ruts … Lambrini Girls sont donc les dignes héritières d’une histoire qui ne demande qu’à être entendue.

Vitalic - Fnac Live - 2022
Vitalic au Fnac Live 2022 – Crédit photo : Louis Comar

La lutte pour l’équité durant les concerts est une arme essentielle. Le meilleur moyen de transmettre un message est évidemment d’en parler, beaucoup, tout le temps. Ils sont l’occasion de parler au plus grand nombre et de créer des consciences.  Vitalic l’expliquait à juste titre dans une interview qu’il nous accordait en rapprochant concerts et raves : « Le disco des années 70, les chants des esclaves noirs dans les champs de coton. La musique est politique. La rave, ce n’est plus très nouveau, mais c’est un peu la nouvelle forme de prise de liberté sans demander l’autorisation. »

Free Palestine !

Concert et politique -Fontaines D.C. crédit photo Louis Comar
Fontaines D.C. – Crédit photo Louis Comar

Aujourd’hui, tous les yeux sont tournés vers Ed Sheeran. Pour rappeler les faits, Mackelmore, qui ouvrait sur la tournée du célèbre musicien, s’en est fait exclure. En cause, ses déclarations de soutien à la Palestine et à la population de Gaza pendant le spectacle. Tout en rappelant que dénoncer Israël n’était pas attaquer la communauté juive, le musicien s’est attaqué au génocide en court. Des propos qui n’étaient pas au goût de Pink. Après que cette dernière s’en est plainte sur les réseaux sociaux, la sanction est tombée. De son côté Ed Sheeran a vu tous les artistes qui devaient assurer ses premières parties se désister et sa prise de position très molle sur le sujet n’a fait que renforcer l’indignation du public. Mackelmore a choisi de son côté de reverser tous les cachets de cette tournée à des association venant en aide à la Palestine. Le sujet est de prime importance et rappelle que la liberté de parole, même sur des espaces scéniques, n’est pas sans conséquence. Et si cette parole dérange, si elle agite, c’est parce qu’elle est vitale. Kneecap ne dira pas le contraire. Le groupe irlandais a lui aussi soutenu la Palestine lors de chacune de ses représentations scéniques. Accusée d’apologie du terrorisme pour avoir brandi lors d’un concert un drapeau du Hezbollah, la formation a vécu de nombreux procès. Mais elle est surtout à l’origine de la perte de subvention de l’Ile-de-France pour Rock en Seine. La région a en effet fait pression sur le festival pour qu’il déprogramme le groupe en 2025.  Une demande refusée et un acte fort de la part de l’évènement dont les conséquences s’inscrivent dans le long terme. Les artistes profitant de la scène pour parler de la situation palestinienne sont nombreux. Fontaines D.C, les potes de Kneecap affichent le drapeau à chacun de leurs lives, Hayley Williams scande des « Free Palestine » pendant ses représentations…

La pop popularise la sensibilisation

La défense des minorités et des opprimés est omniprésente. En la matière, la pop n’est pas en reste. Et c’est d’autant plus pertinent qu’elle vient toucher un public varié et souvent dès le plus jeune âge. Les Spice Girls en sortant le Girl Power ont permis à toute une génération de jeune-fille de se confronter pour la première fois au féminisme. Et ce sur album comme sur les planches. Impossible d’oublier leur concert à Paris-Bercy en 1998 et leur interprétation de « Two become one », qui traitait de rapports protégés.

Concert et politique -
Madonna – crédit photo Louis Comar

Autre époque, autre histoire. Nous sommes en 1986, l’épidémie de SIDA bat son plein à New-York. Les morts sont nombreux, la stigmatisation d’une violence sans nom. Le Pyramid Club, célèbre salle artistique de la Grosse Pomme, organise un gala de soutient à Martin Burgoyne, ami, colocataire et premier manager de Madonna. Il est atteint du VIH, les frais médicaux aux États-Unis sont hors de prix, impossibles à financer. Andy Warhol et Madonna participent activement à cette soirée et en profitent pour briser un mythe alors tenace : on peut partager la même pièce qu’une personne malade sans risque. C’est l’une des nombreuses actions qu’a eu Madonna pour lutter contre l’épidémie et l’ostracisation des personnes qui en étaient victimes.

La scène pour les droits LGBTQIA+ concert et politique

Lady Gaga
Lady Gaga – crédit photo Louis Comar

Elle est également et a toujours été une alliée de taille pour la communauté LGBTQIA+.  En 2012, elle se produit en Russie alors que la répression y est au plus fort. Elle profite de son concert pour défendre ouvertement les droits de la communauté. Une action qui lui vaudra des poursuites et des menaces de sanctions de la part des autorités locales. Mais qu’importe, le message est passé et est entendu.

Elle est loin d’être la seule à avoir profité de ses concerts pour donner de la voix à ce sujet. En 2023, le groupe The 1975, de passage à un festival en Malaisie, critique ouvertement la criminalisation des relations homosexuelles dans le pays. En guise de protestation, Matt Healy embrasse son bassiste Ross MacDonald face au public. Les autorités locales arrêtent alors immédiatement le concert et annulent le reste du festival. Plus tard, elles attentent un procès contre les musiciens et mettent même en place de nouvelles lois pour éviter que ce type d’évènement ne se reproduisent. Pour les personnes sur places, victimes d’un gouvernement criminel en leur égard, ces voix qui s’élèvent pour les représenter et leur offrir un autre réalité sont de première nécessité.

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
The 1975 _ crédit photo Louis Comar

Impossible évidemment d’aborder le sujet sans évoquer Lady Gaga. Alliée depuis ses  débuts, elle n’a de cesse de défendre la communauté à chacune de ses apparitions. Sur son Mayhem Ball Tour, elle arborait notamment une traîne arc-en-ciel géante. Au moment de la sortie de l’album « Born this Way » et toujours en Malaisie, Les paroles « gay, straight, or bi, lesbian, transgender » sont supprimées sur les radios. Gaga répond plus fort et demande à son public sur place de s’affirmer, de se battre pour ses droits. Côté média, elle sera également la première personne à utiliser le mot « transgenre » à la télévision à l’occasion de son invitation au SuperBowl en 2017. Une autre scène, visible elle sur les écrans du monde entier.

Et le féminisme concert et politique

Si le sujet est si vaste qu’il mériterait un véritable ouvrage pour le traiter entièrement il faut bien lui donner une fin. Difficile en cette rentrer 2026 de le clore sans évoquer le Daisy Chain Fields. Le festival créé à l’initiative d’Olivia Rodrigo se tenait en Californie le 29 août. Sa particularité ? Une programmation 100 % féminine. Un évènement qui s’inscrit dans la continuité du Lilith Fair créé par Sarah McLachlan en 1997. Il était une réponse à une industrie musicale sexiste et aux promoteurs qui affirmaient alors qu’un festival uniquement composé de femmes serait un flop. Sheryl Crow, Tracy Chapman, Jewel, Fiona Apple, Erykah Badu ou encore Missy Elliott avaient alors prouvé que ces aprioris étaient aberrants. L’évènement fut une succès critique et commercial. Aujourd’hui Olivia Rodrigo vient ajouter sa pierre à l’édifice. Elle invite Chappell Roan, Doechii, Garbage, The Breeders, Mitski, Bikini Kill, Santigold, Stevie Nicks, Rachel Chinourir pour ce qui est sans nul doute, l’un des évènements les plus importants de l’année. Pour aller plus loin, elle rend le festival entièrement caritatif. Les artistes s’y produisent gratuitement, les fonds sont reversés à dix associations venant en aide aux femmes et aux jeunes-filles.

Concert et politique - rock en seine crédit photo Louis Comar
Rock en Seine – crédit photo Louis Comar

Certes, le concert reste un lieu de plaisir, un moment pour s’échapper, pour s’aérer et pour se laisser aller. Mais il est impossible de mettre culture, art et politique dans des paniers différents. La politique d’un pays permet ou non à un artiste de se produire sur scène. Le simple fait qu’il soit possible de voir des femmes jouer sur scène est le résultat de luttes et de révoltes. Le fait de pouvoir s’y exprimer sans censure, de pouvoir chanter sur tout sujet est une prise de liberté et de droits. Celui de se rassembler, de faire la fête. Le budget alloué à la culture qui permet la création d’évènements est un enjeu de taille chaque année. Il faudra toujours des artistes pour parler au nom des plus démuni.es et pour rappeler la chance que nous avons de vivre en un lieu et une époque qui permet simplement de pouvoir aller les voir se produire. Une chance  dont la fragilité est tangible.  Une notion à garder en tête à l’approche de chaque élection.


Lambrini girls à Rock en Seine Photo : Louis Comar

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Du 9 au 20 avril 2025 (puis en tournée dans toute la France), le Ballet Julien Lestel investit le Théâtre Libre pour une nouvelle interprétation de Carmen. Dansée et résolument urbaine, cette version de l’opéra le plus connu du monde s’annonce prometteuse et moderne.  Julien Lestel, le chorégraphe du projet présente la création comme suit :

« Cette nouvelle adaptation de Carmen (…) entre en résonance avec la prise de conscience actuelle de la place de la femme dans notre société, de son émancipation, de sa volonté d’égalité et soulève la question du féminicide. »

teaser Carmen par le Ballet Julien Lestel

Après, Rencontres en 2023 et Rodin en 2022, Julien Lestel se lance le défi d’une adaptation chorégraphiée d’une durée d’1h10 de l’opéra le plus joué du monde. Projet très prometteur à découvrir dans quelques jours pour les francilien.ne.s. Nous serons présents sur une des dates parisiennes et ne manquerons pas de vous raconter cette prestation en détails. En attendant, prenez vite vos billets pour assister à l’une des représentations programmée près de chez vous.

Découvrez les dates de la tournée de Carmen :

25 janvier 2025  – JOUÉ-LÈS-TOURS Espace Malraux
14 mars 2025  – CAGNES-SUR-MER Casino Terrazur
21 mars 2025  –  PASSY Parvis des Fiz
27 mars 2025  – MONTCEAU-LES-MINES L’Embarcadère
03 avril 2025  – VITRÉ Centre Culturel Jacques Duhamel
04 avril 2025  – SAINT-LÔ Théâtre de Saint-Lô
09 au 20 avril 2025  – PARIS Théâtre Libre
25 avril 2025  – AJACCIO Théâtre l’Empire
28 mai 2025  – MARSEILLE Silo
31 mai 2025  – BORDEAUX Théâtre Femina
10 avril 2026  – YERRES Théâtre de Yerres
11 avril 2026  – LONGJUMEAU Théâtre de Longjumeau
12 avril  2026  – LE BLANC-MESNIL Théâtre du Blanc-Mesnil

Sans tambour (m.e.s Samuel Achache), prendre la note au mot. (théâtre)

Sans tambour (m.e.s Samuel Achache) est une pièce fractionnaire s’installant dans un décor décomposé lui-même…

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Les Chatouilles, Andréa Bescond

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Hozier : Take me to Church

En 2014, impossible de passer à côté de l’immense single d’Hozier « Take me to church » qui créait en musique une critique acerbe de l’endoctrinement Catholique. Depuis, l’irlandais a prouvé, une nouvelle fois s’il le fallait, son génie incontestable grâce à un deuxième album parfait de bout en bout « Wasteland baby! » qu’il faut absolument écouter (vous me remercierez plus tard). Toujours est-il que si son premier titre a connu un tel succès c’est aussi en raison de son clip d’une puissance et d’une importance rare. Transposant le message de son morceau à la discrimination et la violence dont sont victimes les personnes LGBTQI+ en Russie, le chanteur a immédiatement suscité une forte réaction et s’est offert deux millions de vues en une seule nuit. Réalisé par Brendan Canty, la vidéo aussi choquante soit-elle, met en lumière une réalité d’une laideur absolue dont il est important de parler. C’est d’ailleurs parce qu’il est si juste qu’il est si terrible à regarder. Le temps n’aura pas encore fait son oeuvre puisque la situation reste affreusement contemporaine dans ce pays pas si lointain (et pas seulement ..). Une bonne raison donc, de continuer de faire circuler le message en espérant qu’à force d’ouvrir les yeux, il puisse un jour devenir un souvenir marqué au fer rouge.

Run the Jewels : Close your eyes (and count to F**k) Feat. Zack de La Rocha

En 2015, le duo Run the Jewels, composé de El-P et Killer Mike, s’offrait un featuring puissant avec l’immense Zack de la Rocha (Rage Against the Machine). Pas étonnant quand on écoute son titre d’une grande force et qu’on l’additionne à la présence du rockeur engagé de découvrir un clip choc au message fort. Mettant en scène les conflits raciaux aux Etats-Unis mais aussi le mouvement Black lives Matters, le clip traité par son réalisateur comme un film, plonge le spectateur dans une forme de boucle sociale éprouvante . Les portraits des deux personnages : le policier blanc et le jeune homme noir sont composés au minima : ils sont la représentation d’une société qui se perd dans une lutte qui ne fait pas sens. D’ailleurs alors que les deux protagonistes se battent, la raison de cette altercation n’est jamais montrée. Elle semble plutôt se perpétrer et se répéter de jour en jour. La journée débute alors que les deux hommes épuisés semblent reprendre un combat routinier, elle se termine avec la promesse d’une violence qui recommencera au petit matin. « Je ressentais une responsabilité à cet effet. Nous devions exploiter les paroles, l’agression et l’émotion de la pièce, et transposer le tout dans un film qui initierait une conversation productive sur la violence motivée par les conflits raciaux » expliquait d’ailleurs A.G Rojas, son réalisateur. Une vidéo inoubliable qui se fait l’écho juste d’une actualité terrible qui ne semble pas trouver de fin.

 

VIKKEN – Pour une amie

Artiste trans qui a choisi de mettre en avant son identité en montrant des images de sa transition dans son premier clip « C’est OK », Vikken parle avec finesse d’identité. « J’ai juste une question pour vous. Je vois qu’il y a écrit « Madame », vous venez pour une amie ? Parce que ce n’est manifestement pas vous. Je pense que vous n’êtes pas la personne que vous dites être. Êtes-vous Madame ou êtes-vous Monsieur ? » scande-t-il avec force au court d’un titre hallucinant de profondeur et de sophistication. Celui qui a été le coup de coeur du jury des Inouïs du Printemps de Bourges 2021, et c’est bien mérité,  invite de nombreuses figures connues à le rejoindre sur ce clip :  Jeanne Added, November Ultra, Daria Marx (fondatrice entre autres de Gras Politique), Anna Carraud, Claude-Emmanuelle Gajan-Maull... Si en live l’expérience Vikken se vit comme une claque nécessaire, il dévoile ici en images un message fort à surtout mettre entre toutes les mains.

SOKO – Let Me Adore You

Impossible de ne pas tomber fou amoureux de la musique de Soko qui rencontrait le succès en 2007 avec le titre « I’ll kill her ». Dans le clip à fleur de  peau de « Let me adore you » sorti en juillet 2020, la chanteuse lo-fi indie pop se dévoile dans son quotidien. Loin de l’image de chanteuse performeuse, la musicienne a utilisé plusieurs années d’images tournées chez elle, dans sa maison à Los Angeles pour mettre en avant sa famille  homoparentale. On y découvre Soko dans son cocon et son rôle de mère de famille. Jasper Rischen a documenté la vie de cette famille épanouie et heureuse pendant de nombreuses années, non pas dans l’idée d’en faire un clip mais pour créer des souvenirs indélébiles. Soko raconte : « Nous avons décidé de mettre ces images sur le plus intime des morceaux. Les ‘Rainbow families’ ont besoin de plus de représentation, donc c’est un moyen de rappeler aux gens que ça existe une famille gay très heureuse. » Un moment de perfection et de douceur dans lequel il fait bon se plonger.

Namoro – Echos

Namoro, nous avions eu la chance de les découvrir au Co alors que les deux musiciennes faisaient un release party semi-confinée pour la sortie de leur très bel album « Cassia Popée ». C’est d’ailleurs le mythe de cette figure imaginaire non binaire, aux trois yeux et aux trois bouches, un souvenir que l’on s’invente pour mieux s’y reconnaitre, que raconte cet album construit et surprenant où trips chamaniques riment avec électro moderne. Avec leurs voix de sirènes, les musiciennes reviennent avec le morceau « Echos » et ses paroles très fortes. Pour habiller ce titre aussi puissant qu’enivrant, Namoro l’illustre avec un clip mettant en avant les marches lesbiennes  à travers des images de manifestations et rassemblements lgbtqi+ du XXeme et XXIeme siècle. Un titre et des images en miroir avec une histoire qui se joue encore aujourd’hui. Avec force et bienveillance, les musiciennes rassemblent et militent : « N’oublions jamais que nous sommes là depuis toujours et qu’on ne laissera personne nous empêcher de quoi que ce soit !  » ajoutent-elles. Aucun besoin d’attendre le mois de juin pour que le message fasse sens.

Skip The Use – The Story Of Gods And Men

L’unité tient à coeur à Skip The Use. Le groupe mené par l’inénarrable Mat Bastard n’a de cesse de véhiculer des messages positifs à travers ses compositions et ses clips. Des messages de luttes sociales nécessaires, avec la force et la détermination du rock, du vrai qui n’a pas froid aux yeux. « The story of gods ans men » n’échappe évidemment pas à cette règle. Sorti en 2014, il est peut-être même la synthèse des thématiques qui tiennent à coeur au groupe. Pour donner de la force à son message, le combo a choisi de reconstituer les tableaux les plus emblématiques de l’histoire, d’Eugène Delacroix à Michel-Ange. Il y met en avant ceux qui parlent de combats et d’engagements et se les réapproprie pour mieux parler d’unité. Les thématiques y sont nombreuses alors que l’espoir prend toujours la dominante de cet appel très clair à l’unité. Les différences peuvent être belle, la violence est une hérésie, rappelle le groupe à juste titre.  Une façon de faire réfléchir ses nombreux fans comme il se plait à l’évoquer, petit pas par petit pas, les choses peuvent toujours évoluer.

Ruby Rose : Break free

C’est en juillet 2014 que sort le très puissant clip de « Break Free » signé Ruby Rose. Mannequin, animatrice, DJ, actrice, elle a depuis beaucoup fait parler d’elle à travers le monde notamment grâce à son rôle dans la série « Orange is the new black » dans laquelle elle jouait en 2015 et 2016. Il est apparemment possible pour une personne d’avoir tous les talents puisque ce morceau s’avère être une prouesse instrumentale entre voix aérienne, mélodie soignée et  montées en puissances raffinées. Pourtant c’est surtout son clip qui saura retenir l’attention. Contextuellement, si 2014 parait proche, beaucoup de choses ont eu le temps d’évoluer et ce pour le mieux. En ces temps pas si reculés, il était encore rare de parler de trans identité, d’expression du genre et de sortie des statuts co. L’idée même pouvait être marginalisée. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles ce « Break Free » dont la réalisation sensible est tout simplement sublime aurait du être diffusé en boucle absolument partout. Sa thématique puissante touche et ouvre les esprits. Indémodable et  toujours essentiel.

Miley Cyrus -Mother’s Daughter

Tout comme Taylor Swift, Miley Cyrus tient à parler de son engagement féministe. La chanteuse aux milles facettes qui a su, n’en déplaise à certain.es, créer un véritable renouveau d’une pop mainstream, le prouve à nouveau à travers le clip de son titre « Mother’s Daughter ».  Elle y traite du droit de chaque femme à disposer de son propre corps et en profite pour mettre en avant une partie de la diversité féminine. Un droit toujours bafoué à travers le monde et qui est toujours l’occasion de juger et de débattre. Comme toujours, la chanteuse n’hésite pas à utiliser des images fortes et ne fait aucune concession.  A ses côtés on retrouve les mannequins transgenres Aaron Philip et Casil McArthur mais aussi la danseuse Amazon Ashley et même la mère de Miley Cyrus. Un clip puissant qui habille un moment de pop bien sentie et moderne. A ne pas manquer.


THEE DIAN

THEE DIAN évoque la mort symbolique du deadname dans le beau clip de « Paper Angel »

THEE DIAN, c’est avant tout le rencontre d’une voix. Puissante, profonde, enivrante et inoubliable. La…

namaro

Namoro : échappée au soleil le temps d’une release party (reportage)

Les derniers rayons de soleil, comme les derniers jours semi-confinés, donnaient à Paris ce samedi …

Mat Bastard milite à Solidays et adresse un message aux lecteurs de Pop&Shot (Vidéo)

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FONTIAC

Ancien membre de Carbon Airways qu’il avait fondé avec sa sœur, Fontiac propose ses compositions rock et pleines de vitalité en solo. Bonne humeur, guitare rythmée et mélodies bien faites peuplent sa musique. Il faut dire que son premier projet, crée à seulement 14 ans, lui avait permis de faire le tour du Monde (Transmusicales, Eurockéennes, Printemps de Bourges, Coachella, Ultra Music Festival à Miami, Summer Sonic à Tokyo…) et donc de roder sa capacité à composer.

Pas étonnant du coup que Fontiac et qualité se marient si bien. Le musicien inclassable invite la pop et l’électro au grés de ses titres cosmiques ajoutant ça et là une note de rock. Son premier « Oxurya » sorti le 27 mars 2020 est une promenade dans l’espace qui crée de la musique à partir de sonorités raffinées.

« This is your face » : un titre engagé féministe

De retour avec le titre « This is your face », Fontiac a décidé de parler de l’injonction de se maquiller édictée aux femmes par les hommes. Il détaille : « Tu dois aller te maquiller – tu ne sors pas comme ça – tu me fais honte ′′ C’est ton visage, c’est une chanson sur toutes les fois où j’ai vu des hommes dénigrer leurs copines et les pousser à se maquiller sur le visage. Dans cette chanson, je vous invite, les filles, à vous sentir à l’aise avec toutes vos petites imperfections car c’est ce qui vous rend profondément unique. Je vous encourage à ne pas vous maquiller si le seul but est de cacher le manque d’estime de soi d’un homme. Merci à toutes les filles qui m’ont fait confiance pour parler de ce sujet important, je vous aime. »

En ces temps de féminisme alors qu’on débat des vêtements que les filles doivent ou ne doivent pas porter à l’école, il est bon de parler des nombreuses injonctions physiques que subissent les femmes. Il est encore plus important d’ailleurs que les hommes prennent le temps de réfléchir aux problématiques des femmes, de les comprendre, de s’interroger et de les traiter. Puisqu’une équité réelle doit venir d’un débat collectif. Et en ça on ne peut que saluer la démarche de Fontiac.

Quant à la problématique du maquillage ou de la tenue vestimentaire, ils n’ont à être dicté par personne. Certes, le petit-ami, l’ami ou le proche parent n’a pas à s’interposer dans le choix de se maquiller d’une fille et lui imposer. Il ne faut pas oublier de rappeler qu’on peut également choisir de se maquiller pour le plaisir, qu’on peut se faire belle pour se sentir bien, qu’on peut aimer jouer avec les couleurs et les palettes, que les hommes aussi ont le droit de se maquiller ( fut un temps ils le faisaient tout autant que les femmes), qu’on peut faire ce choix comme celui de sa tenue pour soi-même parce que c’est ainsi que l’on se sent bien et que se sentir bien ne rime pas toujours avec besoin de séduire. On a aussi le droit de faire ce choix pour séduire la personne que l’on a envie de séduire ou faire le choix de ne pas se maquiller, de ne pas s’épiler, sans que quoiqu’onques n’ait son mot à dire. Nos corps doivent nous appartenir. C’est fondamental. Soyez libres.

 

Découvrez le clip de « This is your face »

 

Fontiac this is your face

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