Auteure compositrice interprète dano-zambienne, Kwamie Liv a publié son nouvel album le 2 octobre 2026, Yesterday for Tomorrow. Un album à la fois doux et intense, pensé comme un espace de réappropriation de soi et d’évasion. C’est lors d’un dimanche après-midi d’octobre que nous avons pu échanger avec Kwamie Liv. Un moment très apaisant et sensible, à l’image de son travail artistique, qui est venu clôturer notre semaine.

Pop&Shot : Je voulais dans un premier temps te demander de te présenter. C’est une question que j’aime poser car je trouve qu’il est intéressant de voir la manière dont les artistes s’introduisent.
Kwamie Liv : Tout à fait. Je m’appelle Kwamie Liv, je suis une auteure, compositrice et interprète basée à Copenhague. Je viens juste de sortir un album, Yesterday for Tomorrow. En ce moment, je suis dans un état d’esprit particulier : j’ai mis toute mon âme dans ce projet musical, et aujourd’hui je le partage avec le monde. Je le laisse filer, je le regarde prendre son envol et toucher des horizons qui me dépassent. C’est la liberté de la musique, et c’est vraiment ce que j’aime. J’ai travaillé dessus pendant très longtemps et c’est très spécial pour moi de pouvoir le partager et le laisser faire son chemin.
Pop&Shot : Depuis combien de temps travailles-tu sur cet album ?
Kwamie Liv : Depuis une éternité il me semble. Presque toute ma vie. En réalité, je puise mon inspiration partout. Pour répondre à ta question, j’ai passé ces trois dernières années dans une bulle dédiée à ce projet. Cependant, il y a des chansons sur ce disque que j’ai écrite il y a des années, qui attendaient de trouver leur place.
Pop&Shot : En écoutant ton album, on a la sensation que celui-ci est plus intime que le précédent (« Lovers that Come and Go », 2018). Qu’est-ce qui a changé en toi entre ces deux projets ? Qu’est-ce qui t’a conduit personnellement et artistiquement à créer cet album ?
Kwamie Liv : Je vois la création comme un processus fluide et naturel. Je ne vois pas mes deux projets comme quelque chose de si séparé. Tout vient de la même source. Peu importe ce que je fais, j’emporte ma voix avec moi. Effectivement, je pense que cet album a quelque chose de plus intime dans le sens où il représente une bulle dont j’avais besoin. J’avais besoin de ralentir et d’être dans un cocon qui était doux et bienveillant. La plupart de mes chansons naissent d’un air de guitare, je ne réfléchis pas trop quand je crée, je suis mon intuition. Quand j’ai besoin d’espace, je le conserve. La création est naturelle, honnête et organique pour moi.
Pop&Shot : Effectivement, en écoutant ton album, on a envie de ralentir et de rêver. Il y a quelque chose de très spirituel qui crée un sentiment d’élévation. Personnellement, j’avais parfois l’impression de me trouver devant un coucher de soleil, de marcher au ralenti avec une douce brise dans mes cheveux. Cet album nous donne presque des sensations physiques. Est-ce que cela faisait partie de tes envies pour ton public ?
Kwamie Liv : J’aime beaucoup ton impression. Quand je crée, je ne me demande pas ce que les gens vont ressentir. Je me dis “ne pense pas à celui ou celle qui va écouter” mais “sois dedans”. Mon idée est plutôt de créer quelque chose qui a du sens pour moi, créer quelque chose que j’aime, puis le partager. Une fois publiées, mes chansons sont libres. Certes, elles renvoient à des expériences profondément personnelles; mais je suis contente qu’elles parlent à d’autres personnes qui ont des visions différentes. Je suis contente qu’elles puissent être une soft place pour d’autres personnes aussi.
Pop&Shot : Tu parles beaucoup de cette envie de créer une soft place. Tu vis actuellement dans une grande ville mais parfois la vie dans une capitale peut s’avérer épuisante : la foule, le bruit … est-ce que cela a été une motivation dans la création de ta soft place ?
Kwamie Liv : Oui, j’aime l’idée de quelqu’un qui marche dans une super grande ville avec “Yesterday for tomorrow” dans ses oreilles. Mais j’aime aussi imaginer quelqu’un qui va l’écouter les yeux fermés, au lit, dans le noir ou encore d’un groupe d’amis qui va le mettre en fond lors d’un dîner.
Pop&Shot : Une question très différente. Dans certaines de tes chansons comme No one owns a sunrise, on retrouve un peu de Likke Li, également dans ton timbre de voix. On retrouve également Lana Del Rey dans Leave the Girl. Est-ce que ce sont des artistes qui t’inspirent ? Si oui, qu’est-ce qui t’inspire dans leur travail ? De manière plus générale, quelles sont tes inspirations ?
Kwamie Liv : Alors tout d’abord, je trouve que ce sont toutes les deux d’immenses artistes. Je n’ai pas un artiste en tête qui m’a inspiré en particulier. Cependant, je pense que ce sont des auteurs compositeurs comme Nina Simone, Leonard Cohen, Bob Dylan, Joni Mitchell ou Bob Marley que j’écoutais quand j’étais petite à la maison qui m’ont inspirée par leur habileté à raconter des histoires. Ils ont largement contribué à ma curiosité musicale. Peu importe le style de musique, ce sont les auteurs compositeurs qui m’ont le plus influencée. Je ne m’inspire par ailleurs pas uniquement de musique mais aussi du cinéma, de l’architecture, de la nature… J’adore aussi peindre, et ça a été un véritable processus en parallèle pour moi pendant la création de « Yesterday for Tomorrow ». Je passais souvent du studio à mon atelier. Pour moi tous ces arts sont profondément liés. La création musicale a aussi quelque chose de très visuel. Créer musicalement ça peut aussi correspondre à retranscrire un coup de cœur visuel et vice-versa. Ça peut se goûter, se sentir… ça grandit dans toutes les directions qui paraissent naturelles. Ces artistes me touchent aussi par leur sincérité et leur non-conformisme ; ils embrassent une forme de vulnérabilité.

Pop&Shot : Le titre de ton album “Yesterday for Tomorrow”, est particulièrement intéressant. Pour moi, il suggère de regarder le passé pour construire un futur meilleur. Musicalement, avec ses sonorités planantes, l’album transmet beaucoup d’espoir. Est-ce que cette idée de construire un meilleur futur à partir du passé était au cœur du projet ?
Kwamie Liv : J’aime ton interprétation. A propos du titre et de l’écriture des chansons en général, c’est très fluctuant. Il y a plusieurs significations dans une chanson. Elles sont interconnectées et fluctuent avec le temps. Je suis fascinée par le temps et la circularité des évènements. D’où le choix d’une vague en couverture de mon album : cette vague est là mais pourtant on ne la reverra plus jamais. Tout bouge sans s’arrêter et je trouve l’écoulement du temps très beau, et à la fois complexe. Ce que nous faisons compte, mais nous ferons toujours partie d’un ensemble plus vaste. Ce qui m’intéresse c’est la fluidité du temps ce qui ne signifie pas qu’aujourd’hui est insignifiant. Par exemple, dans un même moment, un papillon peut battre des ailes au-dessus de la mer, dans un autre endroit, une tornade peut tout dévaster, tout comme un enfant peut naître ou quelqu’un prendre la pire décision de sa vie ou la meilleure. Tout arrive en même temps et c’est ce qui est fascinant. L’album évoque à la fois la beauté et la brutalité du monde. Je suis donc ouverte aux différentes interprétations.
Pop&Shot : C’est intéressant d’avoir ta vision. J’ai hâte de réécouter l’album en ayant ton interprétation. La deuxième écoute sera différente.
Kwamie Liv : Je te remercie. Tu as le cœur assez ouvert pour diverses interprétations. J’aime ça.
Pop&Shot : Tu as vécu dans beaucoup de pays différents. Est-ce qu’il y a un pays qui a eu une influence plus forte musicalement que les autres ? Est-ce que tu penses que ces expériences ont façonné ta musique ?
Kwamie Liv : En repensant à ces endroits, je me dis qu’ils m’ont inspiré de différentes manières. Avoir l’opportunité de découvrir le monde à un si jeune âge, d’être confronté à d’autres cultures et manières de vivre a nourri ma curiosité naturelle. J’ai réalisé que peu importe où j’irai, il y aurait toujours quelqu’un qui chanterait ou écrirait sur l’amour. Le storytelling est universel
Pop&Shot : Quelle est ta chanson préférée de l’album ?
Kwamie Liv : C’est trop dur de répondre. Ça dépend des moments, des jours… Au moment où l’album sort, tu apprécies le silence. Sinon, c’est très fluctuant. Je les aime pour plein de raisons différentes et en fonction des jours.
Pop&Shot : Quelles sont ces différentes raisons ? Lesquelles écoutes-tu quand tu es joyeuse, triste …?
Kwamie Liv : Les chansons me ramènent à des moments. No one owns a sunrise, j’ai adoré l’écrire. J’aime la production, le rythme et les guitares. Du côté des paroles, c’est un rappel de l’importance de notre espace intérieur, de sa liberté et de la nécessité de le préserver. Nous devons laisser parler la petite voix en nous.
Pop&Shot : Tu as parlé de l’importance des guitares dans tes chansons ? Est-ce que c’est ton instrument principal ?
Kwamie Liv : Je joue de la guitare depuis que je suis enfant. C’est ma compagne de composition. Elle est la base de mes chansons. Je trouve également le piano magnifique.
Pop&Shot : Est-ce que tu composes seule ou en groupe ?
Kwamie Liv : J’ai co-produit l’album avec Nicolai Kornerup qui est pianiste. Les chansons que je n’ai pas composées moi-même ont été écrites avec lui, VVK8 et Mikkel Baltser Dørig. Ce sont tous des proches avec qui je travaille depuis de nombreuses années. C’est une bulle intime qui transpire dans l’album. J’avais besoin d’un processus calme et intime. Ce sont par ailleurs des musiciens très brillants.
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