On ne l’avait pas vu arriver cette année. Pourtant, il est bien là. Rock en Seine, le festival qui donne le top départ de l’année. Le moment des retrouvailles, du bilan et des bonnes résolutions.  Après un été catastrophique en termes de températures mais aussi pour la planète. Après un constat brûlant des conséquences du réchauffement climatique, il fallait revenir à la réalité de nos quotidien. Au milieu, comme un tampon avant de plonger dans cette nouvelle tranche de vie, Rock en Seine faisait comme à chaque fois office de bulle d’oxygène. Il était donc temps d’entamer les festivités avec les deux têtes d’affiches qui ouvraient cette édition en ce 26 août, Sombr et Tyler the Creator.

Tyler the Creator Rock en Seine 2026 par Louis ComarTyler the Creator Rock en Seine 2026 par Louis Comar
Tyler the Creator Rock en Seine 2026 par Louis ComarTyler the Creator Rock en Seine 2026 par Louis Comar

Sombr, un peu de noirceur et beaucoup de coeur

Difficile de croire que l’ascension éclaire de Sombr date d’il y a à peine plus d’un an. Le new-yorkais qui s’était fait connaître sur Tik Tok a pourtant déjà entièrement assis sa notoriété et ce, en un seul album : « I barely know her ». Côté public, le musicien est plus qu’à peine connu. Son entrée scénique permet de l’apercevoir quelques minutes en backstages, face au bourdonnement de plus en plus présent des fans qui l’attendent. Sombr en profite pour faire quelques pompes au sol face caméra. Le monsieur a un brin de théâtralité dans son show qu’on ne saurait lui enlever. D’ailleurs tout va en ce sens. Certes, il s’appelle Sombr, mais sa musique plutôt douce frôle plus avec la pop de lover que le gros rock dont il prend les attitudes. Les yeux maquillés de noir, une veste en cuir et un haut noir en larges mailles viennent l’habiller.  Il en va de même pour ses musiciens. Il n’empêche que du haut de ses 21 ans, Shane Michael Boose, de son véritable nom, sait gérer une foule. S’il vient du même lycée que Timothée Chalamet, il partage avec lui une aura, une aisance naturelle avec le jeu de la séduction. Topo, l’assemblée est conquise dès les premières notes de « We never dated » et « i wish i knew how to quit you » (dont le titre rappelle l’une des plus belles scènes de Brokeback Mountain qu’elle soit ou non sa source d’inspiration). Bavard, il ne manque pas de raconter avoir adorer se promener à Paris « la plus belle ville du monde » et d’ajouter en français « Je t’aime ». Le musicien a la chance d’avoir le même temps de scène que la tête d’affiche de la soirée et a donc une heure et quart pour satisfaire ses fans. Au premier rang, certains panneaux lui demandent de bien vouloir les épouser, s’il vous plait, il faut le dire avec politesse. Sur scène, Sombr profite de son début de set pour présenter ses nouveautés avant d’aller piocher clairement dans son album. Après un démarrage timide, le voilà complètement déchaîné entrainant dans son sillage la totalité du public. Un premier pas sur l’avancée de scène lui permet de se chauffer pour la suite. Le voilà qui traverse maintenant l’intégralité d’un public en trans depuis son interprétation de l’immanquable « Homewrecker ». Il profite d’un passage jusqu’à la régie pour enlacer tendrement ses parents présents ce soir. Et le voilà de retour. Impossible de nier sa capacité de songwritter tant ses compositions s’inscrivent naturellement dans les esprits. Le final permet d’interpréter « Back to friends » mais surtout de jouer deux fois son plus gros succès « 12 to 12 ». Une habitude prise en concert pour permettre au public de chanter en boucle avec lui. Hors festival, le titre peut être interprété encore et encore. Cette fois-ci la seconde lui permet de conclure en posant son regard sombre face caméra et d’arpenter la scène une dernière fois pour ressentir les derniers frissons du public.

Tyler, the creator, flammes sur scène et dans nos esprits

On le savait, il n’y avait aucun doute sur le sujet, Tyler, the Creator est l’un des artistes les plus talentueux de sa génération. Sur album, le petit prodige hallucine par la précision de ses sons. Son flow renverse et bouleverse. Tyler est un grand sur album et un géant sur scène. Au court de l’heure et quart qu’il aura ce soir, le prodige n’a pas laissé de répit à une foule ultra-réceptive. Pas besoin d’un orchestre à ses côtés, le bonhomme se suffit à lui-même. Bon pas sans artifice non plus. Son set est bourré de pyrotechnie qui s’allument en continu. Il n’empêche que si nos esprit réunis face à son live pouvaient être personnifiés par un émoji, la flamme serait immanquablement celui-là. Tyler enchaine les ambiances sans broncher. L’esthétique aliénée et psychiatrique  de « Chromakopia », s’installe avec puissance. On perd nos esprits en le voyant sur écrans géants arborer un masque à la Hannibal Lecter. Sur scène, le musicien a soigné son image :  casquette pantalon et veste sont assortis. Malgré la chaleur, impossible de l’enlever répond-il au public « C’est pour le style ». Et le style, il est autant présent dans son attitude que dans ma maîtrise époustouflante du son.

Les lumières s’emballent et nous voilà toutes et tous transporté.es. « Noid » est l’un des temps forts de ce live, tant sa mise en scène confine à une noirceur hypnotisante. Le live permet aussi au musicien d’ajuster son immense discographie. Certains titres seront ainsi ré-arrangés (« Tell me what it is ») d’autres raccourcis pour mieux s’enchaîner (« Who dat boy », « Are we still friends? », « She »). Le tout fonctionne divinement et quel plaisir d’entendre en live « Sugar on my tongue » ! La force de Tyler tient aussi à sa capacité à tordre sa voix, à la faire passer par nombre de registres. Le musicien aime à titiller la foule :  » J’ai un morceau mais je pense que je vais pas le jouer, vous êtes trop fatigués… » lance-t-il et puis d’ajouter « Si je joue ce putain de morceau, ne me décevez pas! ».  Le public qui depuis les premières minutes du set chante chaque parole prend sa mission très à coeur. Le rendu est sublime. « New Magic Wand » et « See you again » arrivent en bout de course. Tyler porte bien son nom de créateur hors normes.


sombr I Barely Know Her

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