Mary in the Junkyard, c’est le secret indie qu’on se transmet depuis cet été. Les murmures se sont fait denses. Le trio américain dévoilait en effet aux beaux jours son très efficace Role Model Hermit et venait alors rafler tous les cœurs. Au programme un folk-rock brumeux et une voix qui s’inscrivait comme une lumière dans une tempête bourrée d’émotions. Restait à vivre cette retraite d’ermite en live pour se laisser complètement emporter dans le clair-obscure de notre formation. Ce 5 octobre, à la Bellevilloise de Paris c’était enfin chose faite.

MARY IN THE JUNKYARD BELLEVILLOISE 2026 ©Kevin Gombert
MARY IN THE JUNKYARD BELLEVILLOISE 2026 ©Kevin Gombert

L’ermite à la rencontre du grand public mary in the junkyard

Un secret nous disions. Pas si bien gardé. En ce lundi, la salle de la Bellevilloise est pleine à craquer. Sa cours comme sa salle débordent. Tout le monde est prêt à vivre l’expérience Mary in the Junkyard. Pour son périple, le groupe propose au merch quelques petits chapeaux de marin à son effigie. Un clin d’œil à sa pochette en noir et blanc. Certains membre de l’audience le vissent sur leurs têtes, les autres s’entassent déjà, partout dans la salle, parfois sur la pointe des pieds pour mieux voir. Il est 21 heures, les lumières s’éteignent et le voyage débute.

La musique de Mary in the Junkyard est de celles qui prennent aux tripes. Il faut donc retenir son souffle quelques instants lorsque résonne « Mantra III » en ouverture du set. C’est aussi lui qui ouvre l’album. Et l’opus est particulièrement bien construit, particulièrement pensé. Sa progression vers les abysses et la folk envahi chaque note de notre périple, divinement. Le live se permet de casser cette navigation rodée et offre une autre façon de se prendre les vagues en plein visage. Si les deux premiers titres suivent le cour qui leur avait été attribué en studio, la suite se vit dans un tout nouvel ordre. D’ailleurs, le passage en live aurait pu effrayer. La musique percutante de la formation, portée par de très beaux changements de textures doit aussi de sa superbe à une production particulièrement léchée. La scène n’enlève pourtant rien à la technique, on peut pleinement souffler et s’engouffrer dans le brouillard, les instruments et surtout la voix – et quelle voix ! – sont à la hauteur de toutes les attentes.

Confidence à grande échelle

Il y a une impression de lire un journal intime lorsque l’on écoute l’immense Role Model Hermit. Le fait que les titres semblent composés avec candeur y est pour beaucoup. La lumière qui se terre dans chaque recoin de chaque mélodie également. Cette sensation de faire partie de la bande, se retrouve pleinement en live. Avec ses ailes d’ange sur le dos, Clari Freeman-Taylor, la chanteuse, rappelle la Juliet interprétée par la délicate Claire Danes du Romeo + Juliet de Baz Luhrman. Cette vision de l’amour version années 90’s envahi la totalité de la Bellevilloise. Le set fait de plus un tour dans la (courte) discographie du groupe et ses EPs. Ainsi, « Ghost », issu de « This old house » est très vite interprété. Notre maison pour la soirée, est plus industrielle qu’ancienne mais abrite parfaitement le caractère indé de la soirée. Côté public, les trentenaires sont majoritaires dans une assemblée très calme. La musique appelle à une écoute religieuse et seuls quelques ami.es envouté.es s’osent à des pas de danse au fond de la salle. Le groupe pousse sa méditation vers le futur et notre retraite spirituelle s’offre un passage par un tout un nouveau titre « Windy Willows ». Il ne faut pas attendre longtemps pour écouter en live l’un des singles phares de ce très bel album : New Muscles. Une invitation à travailler de nouveaux muscles en dansant sur ce titre, un brin plus joyeux que ses compères. Sur scène, les complicité entre la chanteuse et de la bassiste Saya Barbaglia  transporte. Tout comme l’utilisation régulière d’un violon qui complète parfaitement l’écueil musical qui nous est ici conté. Ces confidences, elles s’étendent au public. Clari Freeman-Taylor lui demande « pour le première fois » de choisir entre deux titres « Seek and Detroy » et « drain ».  Choisir c’est renoncer dit-on. Mais pas cette fois, puisque les deux seront interprétés. Il faut combler nos envies et besoins.

Terminal Landing mary in the junkyard

Justement comparé à Adrianne Lenker, le groupe est loin d’être une copie conforme de la carrière de la meneuse de Big Thief. D’ailleurs cette soirée ne fait que marquer leurs différences. Big Thief inscrit son registre dans des notes rondes, chaque douleur est le reflet d’une lumière encore plus intense. Mary in the Junkyard est bien plus sombre. Leu musique oscille plus facilement entre « Terminal Paradise » et « Blurred view » si l’on devait les placer sur le répertoire de Big Thief. Et c’est aussi vrai ce soir, la country n’est pas de la partie, la folk qui brise le cœur, elle, est la star du moment.  « Thou Shlat Sprout » a une place toute particulière dans le set. Sa composition comme une comptine qui se répète a des traits enfantins. Impossible d’en détourner l’oreille, impossible de cacher notre obsession. Le morceau fusionne avec le chant des sirènes. « Crash Landing » ne fait que renforcer ce sentiment d’absolu. Le titre est un tournant sur l’opus, son plus sombre volet. Et ce soir il est la quintessence du merveilleux. Sa beauté laisse béa. Le départ est promis dans deux titres, tout comme un moment à partager avec le public entre signatures et conseils de visites parisienne. « On va toujours dans le même bar quand on est ici, on aimerait voir autre chose ». Une dernière plaisanterie avant la fin et nous voilà embarqués dans le tumultueux « Mouse ». Le titre qui conclut l’album et le live. Une dernière promesse murmurée, un dernier instant de beauté alors que l’on retient notre souffle. Le violon s’envole dans les airs, le rivage est maintenant loin et le périple était emprunt de magie. Il est bien difficile Il est bien difficile de jeter l’ancre mais qu’il fut bon prendre le large !

MARY IN THE JUNKYARD BELLEVILLOISE 2026 ©Kevin Gombert
MARY IN THE JUNKYARD BELLEVILLOISE 2026 ©Kevin Gombert

mary in the junkeyard role model hermit

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