Peut-être, si vous êtes féru.es de cinéma d’horreur que le terme d’incel horror vous est familier. Si ce n’est pas le cas, les œuvres qui font partie de cette nouvelle famille vous parlent certainement. A commencer par le succès au box office du moment, j’ai nommé Obsession. Il n’empêche que depuis que le mot pullule sur la toile, les avis en font de même. Le registre qui fait de l’homme qui martyrise une femme- le personnage masculin donc – le véritable « méchant » de l’histoire s’avère être aujourd’hui d’une importance capitale. On en parle.
Incel Horror qui es-tu ?
C’est une nouvelle terminologie qui va donc s’inspirer du mouvement Incel. Ce dernier puise son étymologie dans le terme anglais « involuntary celibate ». Il réunit dans un premier temps sur la toile comme souvent puis dans la vie réelle, des hommes cis hétéros qui estiment subir leur célibat à cause des femmes. Ce postulat vient ensuite créer violences physiques comme verbales, haine et autres horreurs sous couvert de misogynie. Sous une fausse compassion d’homme à homme, ces derniers ont de nombreuses revendications comme l’idée que le sexe devrait être un dû… Cette idéologie se revendique bien souvent d’extrême droite (oh surprise !) et est responsable aux États-Unis de plusieurs tueries de masse. Voilà pour le point vocabulaire essentiel. Le cinéma d’horreur, bien souvent représentant de problématiques sociétales plus générales est allé ces dernières années puiser dans cette idéologie, plus ou moins consciemment, pour créer de nouveaux antagonistes. L’affaire ne date pourtant pas d’hier puisque Ex Machina (2015) ou encore Invisible Man (2020) jouaient déjà sur cette thématique. Plus tôt même, Les femmes de Stepfort inspiré du livre du même nom traitait du même sujet en 1975. Toujours est-il qu’Obsession de Cury Barker, rare réussite des studios Blumhouse, a complètement relancé la machine allant jusqu’à redéfinir ce sous genre dans le « genre ». On y suit les l’histoire de Bear, un jeune-homme qui parait inoffensif, fou amoureux de son amie Nikki. Sans y croire il craque une boite qui sert à faire des vœux et souhaite qu’elle l’aime plus que tout au Monde. Il transforme ainsi Nikki en une créature privée de son autonomie, littéralement folle amoureuse jusqu’à en faire une créature possédée et dangereuse. Et si l’idée semble familière ou déjà vue, c’est pourtant la première fois qu’il est clair que Bear sous ses airs de gentil garçon soit le véritable danger de l’histoire.
L’incel horror, pourquoi est-ce essentiel ?
Depuis Me Too, les choses ont enfin changé. Enfin, plutôt le discours qui rappelle que l’homme peut être un véritable danger pour la femme s’est intensifié, se faisant entendre distinctement. Au risque de titiller les consciences de ceux qui refusent de voir et s’attachent comme à une bouée de sauvetage au terme Not All Men. Les femmes préfèrent-elles croiser un homme ou un ours dans la forêt ? Eh bien Bear, le protagoniste d’Obsession répond littéralement qu’il vaut mieux croiser l’ours. Parce que les meilleures intentions, vont vite s’avérer devenir un piège d’égoïsme et de possessivité pour Nikki, sa co-protagoniste. Sur les réseaux, les comptes spécialisés dans le registre de l’horreur vont ainsi venir souligner le phénomène et traiter de ces thématiques portées au cinéma. Même le nice guy peut s’octroyer tous les droits sur une femme jusqu’à la priver intégralement de sa personnalité.

Du foot à Taylor Swift, passions inégales ?
Si on pense que les mentalités ont changées, un coup d’œil dans les commentaires sous les posts traitant d’Obsession sur les réseaux suffit à nous faire ravaler toute forme d’optimisme. Certains internautes arguent donc que si on ne montre que des choses négatives comme ça, le vivre ensemble hommes / femmes ne va pas s’améliorer. Un argument qui n’en est pas un. Puisque c’est connu avant le cinéma d’horreur le Monde allait bien. Les musées de la torture, le goute à goute, les sorcières jetées dans des puits au Moyen-Âge, c’est le fait du cinéma. De même, l’art n’est pas le problème en matière de relation hommes / femmes. Il s’inspire des faits, de la réalité et les retranscrivent. Obsession vient appuyer là où ça fait mal. Ce ne sont pas seulement de viles actions qui font de Bear le véritable « méchant » de notre film. Mais bien son absence de réaction. Son voeux, il ne souhaite pas l’annuler, il souhaite que Nikki l’aime sans devenir « flippante ». D’ailleurs n’est-ce pas un éternel cliché que celui que la femme amoureuse serait incontrôlable, possessive, dérangeante ? L’amour de l’homme serait noble mais pas celui de la femme. Cette idée existe dans de nombreuses facettes de nos vies. Quand une femme est fan de quelque chose, un groupe de musique par exemple, on va en rire, la traiter de groupie, la prendre de haut avec un joli côté paternaliste. Les passions dites féminines sont toujours jugées sous tous les angles. Si on se dit que des artistes comme Taylor Swift ou encore BTS ont un public à dominante féminine alors peut-on seulement collectivement prendre leur art au sérieux ? En revanche, le sport, comme le foot qui a (théoriquement) un public masculin, lui est jugé comme noble et d’importance collective.
Le dangereux Nice Guy
Toujours sur les réseaux sociaux, d’autres viennent à défendre Bear. Voilà qui en dit long. Attention aux spoilers dans les prochaines phrases. – Puisque le personnage lorsque son « grand amour », Nikki, le supplie de la tuer, captive qu’elle est d’une hantité qui a pris possession d’elle, l’intéressé répond « Parce que c’est si horrible de sortir avec moi ? ». Elle lui répond alors qu’ils n’ont jamais été ensemble. Une douche froide qui lui fait plus mal à l’égo qu’elle n’appelle à son empathie pour celle qu’il dit aimer. ll finit même pour rompre son voeux, par proposer à son bon pote de la récupérer Nikki, s’il l’aide à briser la malédiction. – fin du spoiler – Il est vrai que de prime abord le personnage de Bear ressemble au garçon gentil, doux, lambda. Et l’identification peut-être facile. L’intérêt de ce genre d’œuvre est tout autant de s’interroger. Aurais-je agis pareil si j’étais lui ? Pourquoi n’aurais-je pas dû ? Comment remettre en question mes réflexes ? Ce sont ainsi ces thématiques qui viennent à déranger. Le miroir au trait grossissant vient à questionner des attitudes et personnalités. Not all men mais Bear aussi. Alors à sa place n’aurai-je pas naïvement fait un vœux ? N’aurai-je pas accepté ses avances ? Et puis après tout, Nikki est une grande fille, il ne peut pas se douter, il ne lui voulait pas de mal. Sauf que chaque action va l’enfermer dans sa condition et va accentuer son pouvoir de domination. Il ne souhaitera d’ailleurs rompre le sort que pour des raisons hautement égoïstes. L’art et le miroir obscure qu’est le cinéma d’horreur sur notre nature profonde est une façon pertinente d’évoluer en tant que société et personne. Instinctivement nous sommes toutes et tous capables des pires atrocités. Société, réflexion et morale sont autant d’atout pour que le cinéma soit autant une mise en garde qu’un exutoire de nos noires pensées. la capacité à prendre du recul, à faire évoluer notre pensée lorsque nous sommes dérangé.es par ce que l’on voit est primordiale. Les réponses à chaud sur les réseaux sociaux ne fait que confirmer une problématique encrée. Celle qui dit « je ne pourrai pas être le véritable du monstre dans un film d’horreur alors pourquoi est-ce que je me reconnais en lui ? »

L’incel horror et ses visages pluriels
Si elle n’a pas toujours été nommée, elle a toujours fait profondément partie de notre histoire. Elle existait déjà dans les contes populaires. Barbe Bleue en est un vestige. La mari qui tue ses épouses les unes après les autres est un schéma si encré qu’on le racontait aux enfants. Côté cinéma, en 2015, le remake de l’homme invisible vient hanter Elisabeth Moss déjà habituée des argumentaires forts en terme de féminisme grâce à la série Handmaid’s Tale. Son ex s’y fait passer pour mort et trouve une formule pour se rendre invisible. Le voilà qui vient la harceler pour la faire passer pour folle. Et évidemment, étant une femme, le piège fonctionne divinement. Est-on vraiment jamais sorti du moment où on traitait les femmes d’hystériques ? Si le mot est aujourd’hui peu utilisé, le concept continue de perdurer.

Plus récemment, en 2025, le film Companion venait à explorer une thématique similaire. Cette fois-ci, le « nice guy » s’offrait une forme d’androïde hyper réaliste et la sensibilité réelle pour se créer une petite amie entièrement dévouée à ses besoins. Grâce à une télécommande il peut d’ailleurs faire varier son intelligence et ses envies. On y retrouve une métaphore évidente du gaslighting qui consiste à faire douter une femme de ses capacités. Comme se fut le cas pour Ex Machina, le registre utilise le progrès et l’intelligence artificielle pour satisfaire son besoin de pouvoir sur les femmes. Les nouvelles technologies sont autant de façon de toujours plus contraindre. C’est également ce qui est raconté dans Don’t Worry Darling, le film d’Olivia Wilde qui met Florence Pugh et Harry Styles à son affiche. Grâce à un nouvelle technologie, l’ex toxique enferme une femme dans une réalité artificielle qui en fait une femme docile des années 50. Un univers qui ne demande qu’à être fracturé. Il y aura dans le futur beaucoup à raconter et on souhaite au genre de continuer de produire nombre d’oeuvres de qualité comme ce fut le cas avec Obsession. Si le débat en sortie de salle se développe pleinement alors peut-être qu’il finira par prendre une véritable place dans l’espace public. En la matière, le choc que propose le cinéma d’horreur reste le meilleur des vecteurs.
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