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Penelope Bonneau Rouis

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Ethan P. Flynn par Danny Lowe
Ethan P. Flynn par Danny Lowe

Vous ne connaissez peut-être pas encore son nom mais Ethan P. Flynn a déjà une carrière bien lancée. Collaborateur de David Byrne ou encore FKA Twigs, il sort le 6 octobre prochain son premier album, Abandon All Hope. Il s’agit de son premier projet solo. Il nous parle ici de la conception de son album, de son nouveau label et de ses collaborations.

Pop&Shot : Félicitations pour ton premier album, Abandon All Hope. Peux-tu nous le décrire en quelques mots?

Ethan P. Flynn : Alors, en quelques mots… Il… est… Fini (rires).  C’est difficile, je connais tous les aspects de cet album dans les détails que de décrire le projet final en devient compliqué. Quand je l’ai écouté avec des gens que je ne connaissais pas lors d’une listening party, c’est là que j’ai compris ce qu’il en était. C’est l’album le plus bizarre avec l’air le plus ordinaire que je pouvais faire. Je veux dire, c’est que du guitare-batterie, mais avant je jouais avec le reverb, les effets, les samples et là j’ai réussi à dire ce que j’avais à dire avec les ingrédients d’un rock plus classique.

P&S : Cet album est un mélange de rock des années 70 et de thèmes plus « modernes » comme l’anxiété, les angoisses.  Comment l’inspiration t’es venue?

Ethan P. Flynn : J’écris que de ma propre perspective, et j’ai de l’anxiété, comme beaucoup de gens de nos jours parce qu’on a grandi avec beaucoup de trucs angoissants. Je n’écris pas sur l’anxiété en tant que telle, c’est juste que ça traverse mon écriture. Si j’essaye de transmettre une certaine humeur, ça se ressent dans la mélodie ou les paroles donc c’est peut-être pour ça que ça ressort autant. J’ai écouté beaucoup d’albums des années 70 pendant que je faisais mon album comme Neil Young, Bob Dylan, etc. Je pense que c’est pour ça que mon album ressemble à ça. Mais c’est difficile de refaire des albums comme à cette époque là, parce qu’ils coutent très cher. J’ai signé mon contrat d’enregistrement en 2018 et j’ai décidé de dépenser cet argent sur cet album. Je n’aurais pas pu lui donner ce son tout seul.

Il y a beaucoup de réflexion sur cet album, sur le fait de grandir notamment et c’est très poétique.

P&S : Est-ce que tu vois cet album comme un hommage à l’âge adulte et l’anxiété et la solitude qui peuvent venir avec?

Ethan P. Flynn  : Il y a beaucoup de réflexion sur cet album, sur le fait de grandir notamment et c’est très poétique. Mes parents se sont séparés cette année et ils ont dû vendre la maison où j’ai grandi, au moment où je finissais l’album. C’est tout un chapitre de ma vie que j’ai placé dans cet album, mais c’est pas forcément sur l’idée de grandir, c’est plutôt sur une période spécifique de ma vie.

P&S : Il y a beaucoup de recul dans les paroles. C’est important pour toi de prendre du recul sur tes émotions quand tu écris ou c’est plutôt spontané?

Ethan P. Flynn : Je pense que prendre du recul fait surtout partie de ma personnalité et je suis très « self-conscious » donc ça apporte sa dose de recul aussi. Et l’imaginaire dans les paroles, c’est un aspect très important pour moi. Par exemple si tu écoutes After The Gold Rush de Neil Young, il y a tellement d’images très fortes et j’essayais de faire ça aussi.

P&S : Tu as enregistré cet album en 12 jours.

Ethan P. Flynn : Oui ! C’était une session de 5 jours, une autre de 4 jours et une autre de 3 jours. Et j’ai passé des mois à le retravailler ensuite, monter l’album et déterminer les transitions. Mais c’est surtout l’écriture qui a pris du temps parce que je travaille surtout en parolier ces temps-ci et quand je dois écrire pour moi, je perds un peu mes moyens. C’est plus facile pour les autres.

P&S : Tu as produit cet album tout seul. Tu préfères collaborer ou travailler seul ?

Ethan P. Flynn : J’aime les deux, ce sont deux processus très différents. Travailler tout seul, c’est comme écrire un livre et travailler en collaboration, c’est comme faire un film. Il y a eu des éléments de collaboration sur cet album, je ne joue pas très bien de la batterie alors c’est trois batteurs différents, mais j’écrivais quand même leur partie. Mais Ben Baptie, l’ingé-son et producteur de l’album, s’est occupé de tout ça, enfin on l’a fait ensemble, mais je m’appuyais sur quelqu’un qui savait faire tout ça parfaitement. Je le fais aussi mais pour ce projet, ça aurait été une trop grande tâche.

Il y a une liste au dos de l’album où je donne tous les instruments dont j’ai joué. Je crois qu’il y en a une vingtaine.

P&S : Tu es multi-instrumentiste, quelles parties as-tu joué sur cet album?

Ethan P. Flynn : J’ai joué de la mandola sur un des morceaux, j’avais réglé chaque corde sur une note différente pour donner cet effet au morceau. Il y a une liste au dos de l’album où je donne tous les instruments dont j’ai joué. Je crois qu’il y en a une vingtaine. Je joue un peu de clarinette mais j’ai pas réussi à l’incorporer sur cet album, c’était hors-sujet.

il y a une forme de désespoir presque positive, comme si l’espoir était notre chute et que l’abandonner pouvait être bénéfique.

P&S : Tu as dit dans une interview que « lâcher prise était un aspect très important de l’album ».

Ethan P. Flynn : Oui, il y a une forme de désespoir presque positive, comme si l’espoir était notre chute et que l’abandonner pouvait être bénéfique. C’est ce que j’ai essayé de mettre en avant sur l’album, d’où son titre. Par exemple, si tu espères devenir le roi du monde, tu es pétri de désillusions et ce n’est pas un bon espoir. J’essayais de me séparer de ce mauvais espoir et j’ai un peu ce sens de désespoir après le Covid et tout ça… C’est pas un album concept mais que c’est une bonne chose de lâcher prise.

P&S : Tu as récemment sorti le morceau « Clutching Your Pearls » dont tu as réalisé le clip.

Ethan P. Flynn : Oui à peu près. C’était mon idée de nous habiller en tenue un peu médiévale et de faire la fête mais j’ose pas considérer ça de la réalisation. J’aimerais vraiment m’y mettre mais c’est une forme d’art très sérieuse et précise. Ma tentative est très simple, sur du 16mm.  Je préfère prendre le temps de rechercher et de m’informer avant de diriger vraiment. Mais j’ai aussi dirigé la vidéo de « Bad Weather ». Elles ont été tournées le même jour.

P&S : Il y a deux clips où on te voit au volant d’une voiture. Il y a un symbolisme derrière ça ?

Ethan P. Flynn : La couverture de l’album montre un mec au volant aussi. C’était l’idée de Tim Brawner (qui a fait la pochette). J’avais vu un tableau de lui avec une voiture et je voulais qu’il le reproduise en bleu et en gros plan. Quand il l’a fait, je m’apprêtais à faire les clips. La vidéo de « Abandon All Hope », je voulais faire l’inverse de la pochette, donc une voiture rouge où tout le monde s’amuse et dans « Bad Weather » j’ai essayé de reproduire la pochette. Ma meilleure manière d’écouter de la musique, c’est quand je conduis, parce que je ne peux me concentrer sur rien d’autre que ça. Tu peux faire ça nulle part ailleurs.

P&S : « Crude Oil » est un morceau de seize minutes, quel a été le processus de création ?

Ethan P. Flynn : Je trouve ça toujours intéressant d’avoir une chanson long format comme ça sur un album de rock. La plupart des albums avec de longs morceaux étaient des albums qui marchaient très bien et c’est pas si étrange d’avoir de longues compositions en pop. Même Taylor Swift a sorti une version de 10 minutes d’un de ses morceaux. C’est toujours dans l’ère du temps. Mais si dans les années 50, quelqu’un avait sorti un morceau très long, personne n’aurait apprécié, alors que dans les années 60… Enfin, j’ai écrit ce morceau pour qu’il dure 6 minutes et je me suis laissé aller. Je me souviens pas très bien de l’enregistrement, tout a été tellement rapide. C’est mon morceau préféré.

P&S : Le dernier morceau est comme un dernier cri et il est très différent des autres morceaux de l’album.

Ethan P. Flynn : « Crude Oil » devait être le dernier morceau et puis j’ai enregistré « Demolition » sur les trois derniers jours au studio qu’on a rajoutés en dernière minute. Je trouvais que l’album n’allait pas exactement où je voulais qu’il soit. Je voulais réfléchir à l’album en lui-même. J’avais enregistré ma voix et ça rendait bien mais ce n’était pas aussi expressif que je l’aurais voulu alors je voulais un dernier cri pour boucler tout ça. Et sur ce morceau, je chante dans le registre le plus bas que je suis puisse faire et à la fin je chante le plus aigu et le plus fort possible. Je voulais montrer tout un pan d’émotion. C’était un morceau très métaphorique et lyrique. Je voulais créer un contraste avec le reste de l’album, oui. En plus il s’appelle « Demolition », j’aime bien l’idée de la destruction de tout ce qu’il y avait avant.

P&S : Tu as récemment annoncé la création de ton label « Cruel Oil Records ». Pourquoi ce nom ?

Ethan P. Flynn : Je trouvais que ça sonnait bien. L’huile et le pétrole (« crude oil »), ça vient du sol, c’est brut et j’ai écrit la chanson avant. En fait, j’avais un groupe de musique que je voulais appeler Crude Oil mais ça ne s’est pas fait. Je ne suis pas ce genre de mec à être contre l’industrie de la musique, mais dans le futur, le monde des labels sera complètement différent et j’aimerais faire partie de ce changement. Si quelqu’un que je connais veut sortir sa musique et ne veut pas donner son intégrité ou ses droits, je veux l’aider avec le mien. Ce serait cool de pouvoir sortir pleins d’albums sans pour autant faire signer des contrats sur des années. Mon idée serait de se concentrer sur la musique essentiellement. Et puis, je fais beaucoup de collaboration, et ce serait le bon endroit pour les sortir.

P&S : En parlant de collaboration, tu as travaillé avec David Byrne (Talking Heads) ou FKA Twigs. Quelle a été l’influence de ces collaborations, surtout à un si jeune âge ? 

Ethan P. Flynn : Chaque collaboration est différente. Je travaille beaucoup avec FKA Twigs, j’étais encore avec elle hier et ça fait six ans que l’on se connait. Donc c’est très facile avec elle, je sais exactement ce qu’elle veut, comment elle le veut mais parfois quand j’aide à produire un morceau pour quelqu’un d’autre, ça va être surtout mes idées que je vais mettre en avant. Quand je travaille sur ma propre musique, tout ce que je fais est tiré de l’idée d’origine de la chanson. Par exemple, les émotions, la mélodie, etc. Mais quand je travaille avec d’autres personnes, je n’ai pas l’idée d’origine, ni la motivation derrière toutes les décisions. Je dois me concentrer sur ce qu’ils m’en disent. Ce qui est très différent. Mais je veux pouvoir faire les deux pour toujours.

P&S : On peut entendre la voix d’Ava Gore sur certains morceaux de ton album. Qu’est-ce que ça t’a fait de l’avoir sur ton album? 

Ethan P. Flynn : C’est une chanteuse très douée et on vit ensemble, ce serait bizarre de collaborer avec quelqu’un d’autre. J’aime bien le contraste entre une voix masculine et une voix féminine. Sur « Abandon All Hope », chaque voix représente une émotion différente. Elle représente presque un personnage dans cette chanson. J’ai travaillé avec de nombreux chanteurs dans ma vie et il y avait pleins de gens avec qui j’aurais pu collaborer, mais je préférais le faire avec elle, avec une seule personne. « 25 meters », sa chanson, est la première qu’on a sorti sur Crude Oil Records. À la base, on s’est juste dit qu’on allait faire une chanson et on l’a beaucoup aimée alors on l’a sortie.


PJ-Harvey
PJ Harvey par Steve Gullick

Sorti le 7 juillet dernier, le dixième album de PJ Harvey est un bijou de poésie. Dans la lignée  de White Chalk (2007) et de son recueil Orlam (2022), I Inside the Old Year Dying est une collection riche de poèmes et d’odes à son Dorset natal.

It’s a perfect day, POlly

Elle nous parait bien loin la Polly Jean de Dry ou de To Bring You My Love.  Celle qui a inspiré le sublime morceau « Into My Arms » de Nick Cave. Amante idéalisée, la romance a duré quatre mois, elle l’a quitté au téléphone. Énième « muse » qui dépasse le créateur et s’impose comme créatrice véritable.

Voilà un peu plus d’une décennie que le son de PJ Harvey s’est apaisé, tourné maintenant vers les auto-harpes, les pianos et son Dorset natal. Après The Hope Six Demolition Project, sorti en 2016, PJ Harvey avait traversé une phase de doutes face au rythme sempiternel du album-promo-tournée. Elle prend une pause, allongée par le confinement en 2020, qui lui permet de concevoir son deuxième recueil de poésie, Orlam, publié en 2022. Dans ce recueil, elle y évoque l’histoire d’une jeune enfant Ira-Abel Rawleset de sa vie dans le Dorset. Tout s’y mêle avec un lyrisme bien différent de ce à quoi PJ nous avait habitué. C’est pourtant une réussite.

L’ALBUM ET SON DOUBLE

Cet album arrive comme un miracle pour les fidèles de Polly Jean. Celle qui pensait avoir tiré un trait sur la musique, effectuant quelques bandes-son (Peaky Blinders, All About Eve, Bad Sisters…), revient ici avec un recueil de poèmes aux mélodies entêtantes, hantées. Sorti un an après son dernier recueil, l’album comprend certains de ses poèmes mis en chanson. Très imagé, il nous évoque une forêt, des animaux sauvages, une jeune fille à la recherche de l’amour pur.

L’album surprend cependant sur sa composition, plus apaisé que les précédents, on y décèle une inspiration presque électro sur certains morceaux, notamment « Prayer at the Gate » qui ouvre le bal (où on ne danserait que peu, chaque participant assis dans son coin). D’autres morceaux comme « Seem an I » nous évoque très timidement ses précédents opus.

Un album difficile et audacieux

Il faut le dire, I Inside The Old Year Dying est un album difficile à cerner. Il ne se dévoile pas en une écoute, ni même en deux. Il fait partie de ces compositions dont l’écoute n’est appréciable que d’une seule traite. Chaque morceau complète le précédent. Il est d’autant plus difficile à cerner lorsqu’à la lecture des paroles, certains mots, à nous, les non-anglophones, paraissent plus mastiqués que d’autres. En effet, comme dans Orlam, PJ  y mêle langue anglaise et dialecte du Dorset.

Bien loin de sa voix rauque de ses débuts, PJ Harvey met en avant une voix plus haut perchée, déjà étendue sur le très bon White Chalk (2007). La gracilité élastique de sa voix souligne la vulnérabilité émouvante de l’album.  PJ Harvey nous y apparait plus sensible et intime et impose sa vision de l’amour. « Love Me Tender » qu’elle déclame dans « Lwonesome Tonight« . Cette référence à Elvis n’est pas la seule au sein de l’album. Directement emprunté à Orlam, PJ Harvey fait référence à un certain Wyman-Elvis, fantôme de la forêt où la jeune fille s’enfonce toujours plus en quête de l’amour véritable et pur.

Un sans faute

Ce dixième opus est un brillant ajout à sa discographie jusqu’ici immaculée et qui, on l’espère pour elle et pour nous, le sera encore pour les années à venir.

Elle nous paraissait bien loin la Polly Jean de Dry ou de To Bring You My Love. Ou peut-être que non. Peut-être se cache-t-elle, tapie dans les mélodies de certains morceaux, prête à bondir et à rugir cette voix rauque et mélodieuse que nous aimons tant.

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I Inside The Old Year Dying, sorti le 7 Juillet 2023

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Pénélope Bagieu par Pénélope Bonneau Rouis

Jury du Champs-Élysées Film Festival cette année, l’autrice et illustratrice Pénélope Bagieu nous parle de son intérêt pour le cinéma indépendant, de la place des femmes dans la BD, de savoir si on est auteur et de l’envie de tout cramer. Rencontre.

P&S : Bonjour Pénélope, tu fais partie du jury du CEFF cette année, est-ce qu’il y a un film que tu attends de voir particulièrement ? 

Pénélope : J’ai fait exprès de ne pas trop lire quoique ce soit sur les films que j’allais voir. Je voulais pas me faire de pré-idée, je savais même pas de quoi ça parle et même pendant les speechs d’intro, j’essaye de pas trop écouter, je veux pas savoir si ça a été un film qui a été long à monter. Mais tous ceux que j’ai vu pour l’instant étaient supers.

P&S : Ça représente quoi pour toi le cinéma indépendant ? 

Pénélope : J’ai l’impression que le cinéma indépendant, c’est le cousin le plus proche de la BD dans le cinéma. Parce qu’on a un peu le même genre de moyen et on se concentre sur la même chose. C’est à dire de parler de l’histoire de gens en essayant de créer de l’empathie. On parle de choses du réel, avec parfois un twist un peu fou mais en tout cas, notre objectif c’est de créer des liens avec des personnages qui sont forts et qui sont réels. C’est ce sur quoi on se concentre dans l’écriture et c’est pour ça que tous les films que je vois là, il y a un petit clic en moi. Je me dis que c’est super cette façon de tourner le dialogue, le soin apporté à ça, je pense que c’est le même questionnement que celui qu’on apporte en BD. Ça marche bien avec nous. Enfin je dis « nous » comme si on était pleins d’auteurs de BD à être là mais même en tant qu’auteur.

P&S : Et pourquoi tu as accepté d’être jury pour ce festival là ? 

Pénélope : Je trouve ça super que ce soit une sélection française et américaine et que tout soit mélangé. Je regarde même pas la nationalité du film que je vais voir. Et j’aime bien que ce soit doc et fiction, c’est deux aspects du réel qui sont vraiment complémentaires et c’est quand même une très très bonne sélection. J’ai l’impression que c’est un peu la crème du cinéma indépendant. C’est aussi des films, qu’à priori, j’aurais pas pu voir en salle de ciné ou du moins très difficilement. Je me sens assez chanceuse de les voir.

J’ai l’impression que le cinéma indépendant, c’est le cousin le plus proche de la BD dans le cinéma.

P&S : Cette année, le cinéma des femmes est à l’honneur avec la catégorie Girl Power. Comment tu vois cette place grandissante au sein des festivals de cinéma ? 

Pénélope : J’ai pas vraiment d’expertise là-dessus parce que je suis pas hyper calée en festival de cinéma et d’ailleurs en cinéma non plus mais je pense qu’au moment où en BD, on a mis en place le collectif des créateur.ices de bande-dessinées, il y a 50/50 qui s’est dessiné dans le cinéma. Le fait de se dire qu’il est temps que ça reflète la diversité dans la création, il faut que les institutions prennent des positions fortes de parité, de mise en avant et qu’elles jouent le jeu. Donc c’est un moment décisif.

P&S : D’ailleurs, il y a plusieurs de tes œuvres qui ont été adaptées au cinéma, Joséphine, La Page blanche, et même Les Culottées en série.  Quel a été ton rôle dans ces projets ? 

Pénélope : Il y a une formule différente par projet on va dire. Joséphine, j’ai eu aucun rapport avec la réalisatrice. Elle avait envie de faire son truc. Pour La Page Blanche, c’était un peu différent parce que j’ai pas écrit le scénario mais j’étais plus intriguée par ce qu’il se passait et j’ai beaucoup aimé le film donc j’étais contente de voir ça. Les Culottées, c’était un peu particulier. Il y avait plusieurs productions qui avaient envie de l’adapter et il fallait choisir. Quand j’ai rencontré les productrices de Silex, les idées qu’elles avaient m’ont fait me dire que c’étaient elles qu’il fallait pour ce projet. J’étais tellement en confiance et elles ont confié le projet à deux réalisatrices dont c’était le premier grand projet juste parce qu’elles leur faisaient confiance. Ça a été scénarisé par deux femmes scénaristes. Je me disais « qui mieux qu’elles peut comprendre l’enjeu de ça? »  Pas juste parce que c’étaient des femmes mais parce que leur discours était très engagé. Je les voyais pas dépolitiser le truc.

P&S : En parlant des Culottées, tu as récemment annoncé qu’il y allait y avoir une adaptation à la Comédie Française qui affiche déjà complet. Comment le projet a vu le jour ?

Pénélope : Alors là, pour le coup, 100% sans moi. J’ai appris que les droits étaient auctionnés et un jour j’ai appris que la pièce était faite. Mais j’ai très hâte de la voir.

 Je mets des personnages féminins par défaut, c’est vraiment mon neutre.

P&S : Dans chacune de tes oeuvres, tu mets toujours en scène des femmes. Des héroïnes, des personnages banals. Est-ce que c’est important pour toi de parler de personnages féminins dans le milieu de la BD qui reste encore très masculin ? 

Pénélope : Je me pose pas la question en me demandant si c’est important ou s’il y a une responsabilité. C’est très égoïste le travail en bande-dessinée.  Je mets des personnages féminins par défaut, c’est vraiment mon neutre. Je me dis pas « Je vais mettre une femme. » Je me dis que ce sera l’histoire de quelqu’un qui fait tel truc et pour moi quelqu’un c’est une femme en fait. Ce qui serait l’inverse ce serait de me dire « peut-être pour changer je vais mettre un mec » et là ce serait méga artificiel et ce serait une posture fausse qui m’intéresse pas. Et puis, il existe déjà quelques livres dont les personnages principaux sont des mecs donc ça va. Il se trouve aussi que dans ce que je lis, ce que je regarde, c’est les histoires de femmes qui m’intéressent. J’ai passé les trente premières années de ma vie à entendre que des histoires d’hommes et c’est pas un acte militant, c’est inconscient. J’ai une faim de rattrapage de tous ces récits que j’ai pas entendu, qui ne sont pas que ceux des femmes mais aussi ceux qu’on a tenu à l’écart de la narration. J’ai juste envie d’écrire et d’entendre les histoires de ceux qu’on a moins entendu.

J’ai passé les trente premières années de ma vie à entendre que des histoires d’hommes

P&S : Est-ce que tu as ressenti une évolution des mœurs entre tes débuts et maintenant dans le monde de la BD ? 

Pénélope : Alors, oui j’ai senti une évolution extraordinaire entre quand j’ai commencé il y quinze ans et maintenant. J’aurais pas du tout fait la même chose aujourd’hui et les livres que je fais aujourd’hui j’aurais pas pu les faire il y a quinze ans. Je pense que le changement est venue des très jeunes autrices, arrivées après moi. Je pense qu’on a toutes un peu un rôle à jouer dans la chaine, à toutes les générations. Mais je pense que celles qui ont vraiment mis un coup de pied dans la porte et qui ont enclenché l’accélération, c’est les plus jeunes, de moins de trente ans. Celles qui ont fait toute leur éducation de BD sans s’excuser d’être des filles, ce qui n’était pas encore le cas pour ma génération. Quand j’ai commencé la BD, je me suis beaucoup excusée d’être une fille et je faisais très attention aux sujets que je choisissais pour que ce soit pas trop clivant, ou qui plairaient aux mecs et derrière moi, t’as eu une génération qui s’est dit « J’en ai plus rien à secouer ». C’est elles qui ont fait les choses, c’est elles qui ont mis les vieux mecs du métier au pas. Même si j’ai conscience que ma génération et les précédentes ont chacune servi à quelque chose dans l’histoire. Moi j’ai l’impression que quand j’ai commencé à faire de la BD et que j’étais très médiatisée, c’est parce que j’étais une femme. Et il y avait un peu le truc curiosité médiatique de se dire « une fille dans la BD?! » alors que j’étais pas du tout la seule. Mais avant moi il y avait que trois exemples qu’on citait tout le temps genre Claire Brétecher. On a ouvert la porte et cette nouvelle génération l’a juste défoncée quoi ! Et ça s’engouffre avec une richesse et une force incroyables.

On a ouvert la porte et cette nouvelle génération l’a juste défoncée quoi !

P&S : Tu es autrice, illustratrice, militante et tu participes justement à cette idée de transmission et de rôle à jouer dans la chaine. Est-ce que tu as connu quelqu’un, une femme, qui t’a offert cette transmission ? 

Pénélope : Peut-être pas en la connaissant en direct mais parmi les artistes femmes dont je lis le travail, il y a celles dont je me dis « c’est exactement ça que je pense ». Il y en a plusieurs. En premier, Louise Bourgeois. Son parcours devrait être plus mis en avant, que les jeunes artistes soient plus au courant. Elle a quand même vécu cent ans, et a attendu très tard pour pouvoir créer parce qu’elle était contrainte par une vie de femme, qui l’empêchait de créer et elle a pu vivre de son art ensuite. J’ai lu une anecdote merveilleuse sur elle. Quand ses enfants sont partis de la maison, elle a transformé la cuisine en atelier. Elle aura plus à faire à manger à des gens et elle va pouvoir créer en fait. Je pense que même si on est plus à cette époque là et que les femmes ne sont plus aussi enchainées à ça, on est quand même enchainées à toutes les injonctions que l’on ressent en tant que femme et je trouve que c’est très éclairant de se dire que l’on finit toujours par trouver un chemin parce que le besoin de créer nous dévore, il nous submerge. Et cette femme qui a eu le gros de sa carrière -et quelle carrière!- entre ses 50 et 100 ans, moi qui en ai 41, je trouve ça incroyable. Et pour l’étincelle plus jeune, ça reste Tove Jansson qui a exactement la carrière que je veux. J’aimerais me calquer dans ses pas et dans ses choix de carrière. Pour moi, c’est la femme qui vit par l’idée de faire ce que l’on aime. Si ça ne lui plait pas, elle le fait pas. Il n’y a que quand on dessine par plaisir que l’on fait dans des bonnes choses. La joie ne peut venir que de choses sincères. Les Moomins ça cartonnait et un jour elle s’est dit « ça ne m’amuse plus, j’arrête » et elle a arrêté et elle est partie dans sa petite baraque sans électricité sur une ile avec sa meuf. Je me dis toujours « N’oublie pas! Que ferait Tove? » Si ça t’amuse pas il faut pas le faire. C’est un mantra pour moi. Il ne faut faire que les projets qui me font plaisir et ça paye vraiment.

 C’est très éclairant de se dire que l’on finit toujours par trouver un chemin parce que le besoin de créer nous dévore.

P&S : Dans une interview, tu parles de légitimer la colère féminine. Est-ce que c’est un moteur principal pour toi, la colère ? 

Pénélope : Ça l’est un peu moins maintenant. Je vais être très honnête, depuis un an, ma colère se transforme en angoisse. J’arrive plus à avancer en me disant juste que l’on va y arriver en pétant tout. Le climat s’est tellement durci depuis un an en terme de fascisme, de privation de liberté. Je commence à me décourager. Mais le militantisme reste collectif, joyeux. Il reste la seule source d’espoir. Oui, il faut continuer de puiser dans sa colère en tant que femme, c’est une source infinie vu que l’on aura toujours des raisons d’être en colère. Je pense que de mon vivant, je ne verrai pas l’égalité. Toute ma vie, quand je commencerai à me dire que je suis bien dans mon petit fauteuil, je me redresserai et « putain, c’est vrai j’avais oublié, faut tout cramer ». Je serai toujours ramenée à l’envie de tout cramer mais je trouve que c’est dur en ce moment. On a l’impression de vraiment perdre du terrain et que ce retour de baton, il est vraiment plus violent que prévu. Il y a beaucoup de moments où ça me démoralise mais justement, je suis un peu vivifiée par l’engagement de la jeunesse, des jeunes femmes. Je trouve que les visages qu’on voit en ce moment, de celles qui osent aller mettre des pavés dans la mare, c’est des meufs de moins de trente ans et qui s’en prennent plein la gueule et qui y retournent. Peut-être que c’est moi qui vieillis et qu’il faut que je me laisse gagner par cette colère toujours intacte des jeunes. C’est marrant parce que Gloria Steinem, elle dit l’inverse. « Normalement on fait un travail complémentaire les jeunes et les vieilles féministes parce que les jeunes sont enthousiastes et les vieilles sont vertes de haine ». Et maintenant j’ai l’impression qu’il faut que je m’inspire de la colère des jeunes.

P&S : Ton dernier livre, Les Strates, est sorti il y a deux ans. Ce n’est pas ton premier projet autobiographique, il y avait eu ton blog Ma Vie est tout à fait fascinante. Pourquoi c’est important pour toi de puiser dans tes expériences personnelles ? 

Pénélope : Je l’ai fait parce que ça me fait plaisir. Il y a rien de plus facile que de faire de l’autobiographie. C’est presque de l’écriture automatique. C’est des histoires que j’ai raconté quinze mille fois à l’oral à des amis et c’est agréable à dessiner et c’est cool de faire des grimaces pas possible à ma propre gueule. J’aurais pu en faire huit cents pages, vraiment ! C’est la récré. C’est ce que je fais depuis toujours mais c’est dur de se dire que c’est suffisamment intéressant pour être dans un livre. Il n’y a pas que les mémoires d’un auteur de cinquante ans qui se pose des questions pas possibles qui sont intéressantes. Ce qui est dur, c’est de transformer ce truc qu’on fait intuitivement et joyeusement quand on est une femme, ce petit vivier de trucs qu’on connait, et d’admettre que c’est une histoire légitime. C’est ma façon de le raconter qui va faire que c’est une bonne histoire. Même si je raconte que je vais acheter du pain et que j’ai oublié ma monnaie et que je le raconte bien, eh ben c’est une bonne histoire donc il faut arrêter de se dire qu’on est pas à la hauteur et toutes les histoires valent la peine d’être racontées.

P&S : Quand est-ce qu’on devient auteur selon toi ? 

Pénélope : Si tu aimes écrire et qu’il y a une personne qui aime ce que tu écris, t’es auteur. J’ai affiné au fur et à mesure du temps parce que j’attendais qu’on me donne mon pin’s d’autrice. Je disais que « je faisais mes petites BD » et j’admirais trop les gens qui se disaient auteurs. J’aurais trop aimé être capable de le dire avec aplomb et puis je me suis  dit : « J’aime écrire, je peux y passer la journée et il y a au moins une personne sur terre qui aime ce que j’écris… c’est bon je suis autrice ». Il faut enlever la considération économique je pense. Que tant que t’en vis pas, t’es pas auteur… C’est archi faux, de tous temps, les auteurs ont crevé la dalle. Si quelqu’un a hâte de lire ce que tu as écrit, t’es auteur. Voilà.

P&S : Dernière question, parce qu’on est à un festival de cinéma.  C’est quoi tes films cultes  ? 

Pénélope : Ouhla c’est dur. Bon pour moi la pierre angulaire de tout dans la vie, c’est Jurassic Park. Je pense que c’est le film que j’ai le plus vu de ma vie. J’aime énormément le cinéma de Wes Anderson, comme beaucoup d’auteurs de BD, il me donne des frissons en terme de cadrage. Et j’ai un rapport émotionnel très fort avec La Famille Tenenbaum, j’ai envie de vivre dedans. C’est le point commun de toutes les oeuvres que j’aime : quand j’ai envie de vivre dedans plus que dans la vraie vie. Récemment j’ai regardé Salade Grecque. ll y a des choses que j’aime, des choses que j’aime moins, mais je suis admirative d’un truc chez Klapisch, il est l’auteur qui perd jamais le fil de la jeunesse. J’aimerais comprendre quel est son secret pour comprendre à ce point la jeunesse. C’est l’anti-boomer. J’adore ses personnages féminins qui sont supers, il a pas attendu que ce soit cool pour le faire et il est jamais à côté de la plaque. Il choisit un quartier de Paris et on y est, les gens qui parlent on les connait. Dans Salade Grecque, l’épisode de Noël, qui sait mieux faire une scène de repas de famille que lui ? Quel maestro quoi. J’adore Cédric Klapisch, je suis vraiment originale…C’est un boss.


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Tout est dans le titre, le festival aura lieu sur la plus belle avenue du monde. Et les quelques cinémas restants de l’avenue accueilleront l’évènement pour célébrer le cinéma franco-américain comme à son habitude.

Les invités sont prestigieux :  Les réalisateur.rices Ira Sachs et Eliza Hittman sont les invité.es d’honneur de cette édition. Parmi les autres invité.es, on retrouve notamment Ben Wishaw, Claire Simon et Elvire Duvelle-Charles. Côté jury, on retrouve Bertrand Bonello en président du jury et qui était déjà présent l’an dernier pour présenter son film Coma. La bédéiste Pénélope Bagieu et le comédien Rabah Nait Oufella (Grave) feront eux-aussi partie du jury.

En compétition cette année :

Passages d’Ira Sachs avec Adèle Exarchopoulos sera le film présenté lors de la cérémonie d’ouverture. Dans la catégorie long métrage français on retrouve :

  • État limite de Nicolas Peduzzi
  • Il pleut pans la maison de Paloma Sermon Daï
  • Vincent doit mourir de Stéphane Castang
  • Parmi nous de Sofia Alaoui
  • La Sirène de Sepideh Farsi
  • La bête dans la jungle de Patric Chiha

Dans la catégorie long-métrages américains :

  • Another body de Sophie Compton et Reuben Hamlin
  • Kokomo City de D. Smith
  • Mutt de Vuk Lungulov-Klotz
  • Sometimes I think about dying de Rachel Lambert
  • This Closeness de Kit Zauhar
  • Rotting in the sun de Sebastián Silva

Cette année, les moyens-métrages ont eux aussi droit à leur propre compétition !

  • Eurydice, Eurydice de Lora Mure-Ravaud
  • La Lutte est une fin d’Arthur Thomas-Pavlowski
  • Tornade d’Annabelle Amoros
  • Rue Philippe Ferrières de Maxence Stamatiadis
  • Mimi de Douarnenez de Sébastien Betbeder
  • Les Chenilles de Michel et Noel Keserwany

L’autrice-compositrice et productrice de musique Rebeka Warrior présidera le jury des formats courts et sera accompagnée de Dimitri Doré, Charlotte Abramow, Simon Rieth et Lina Soualem.

Le film présenté lors de la cérémonie de clôture est un film de Raphaël Balboni et Ann Sirot, Le Syndrome des amours passées qui sera projeté le 27 juin au Publicis Cinéma.

Comme chaque année, le Champs Elysées Film Festival accueillera des musicien.nes pour des showcases sur le rooftop du Publicis. Parmi les artistes cette année on retrouve Silly Boy Blue, Léonie Pernet, Jenny Beth et Nathalie Duchene.

Le festival débute le 20 juin prochain, sur la plus belle avenue du monde.

Découvrez le teaser officiel


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