carrie tv show Flanagan
carrie tv show Flanagan

Si vous posez la question docteur, c’est parce que vous ne savez pas ce que ça fait d’être une adolescente. C’est à quelques mots près ce que répondait la plus jeune des soeurs dans le film « The Virgin Suicide », lorsque le médecin de famille lui demandait pourquoi elle aurait voulu se tuer à un si jeune âge. Ce ton particulier et la lumière posée sur les souffrances de l’adolescence féminine avaient une place à part dans l’inoubliable oeuvre de Sophia Coppola. Et cette idée même pourrait bien résumer le nouveau bonbon doux-amère d’Halloween qu’a décidé d’offrir Mike Flanagan cet automne avec son « Carrie ». Le premier succès publié de Stephen King. Celui-là même que le plus célèbre des auteurs horrifiques avait jeté à la corbeille avant même de l’avoir terminé. Sa femme, Tabitha l’avait alors repêché et l’avait aidé sur ce qui bloquait sa plûme : la compréhension de ce qu’est être une jeune-femme. Dans Carrie, comme toujours dans les ouvrages de King, le monstre n’est pas celui qu’on croit. Le changement du corps, la véritable rage féminine, la dureté du monde adolescent, les bullys de l’école, l’intégrisme religieux et quelque part au milieu le traitement de l’Amérique de 1976 pour celle qui était en marge, les voilà vos monstres. Si une personne peut adapter du Stephen King c’est bien Mike Flanagan. Le créateur des merveilleux « Haunting of Hill House », « Bly Manor » et « Midnight Mass » (mon petit préféré si on en parle) a toujours su rendre hommage au roi avec un respect jamais atteint. Impossible d’oublier sa faculté à passer  à l’image « Jessie » tout en traitant avec pertinence de VSS et en gardant toute la violence d’un récit qui se déroule quasi intégralement dans un lit. C’est donc en toute confiance qu’on pouvait se lancer dans « Carrie ».

Carrie, ton univers de filles impitoyables

carrie tv show FlanaganQu’on ne s’y trompe pas, notre réalisateur avait bien en tête qu’il racontait ici une histoire de jeunes-femmes pour les jeunes-femmes. Pour éviter les faux pas, il a donc choisi de s’entourer d’une équipe de co-réalisatrice féminines. Il en faudrait des femmes pour raconter parfaitement la célèbre et choquante scène de la douche. La découverte pour notre héroïne de ses règles. Elle qui a été élevée coupée du Monde sans que sa mère ne l’informe des changements à venir de son corps. En 2026, Carrie vit recluse dans sa maison dont elle ne sort pas. Et cette version moderne de l’héroïne perd son père des suites d’un accident. Un complotiste, un manipulateur. Alors pour cette version seulement, Margaret White, la mère de Carrie, interprétée par la toujours excellente Samantha Sloyan qu’on adore haïr, est loin d’être le monstre de l’histoire. Une mère qui enferme, oui. Une bigote éprise de religion, certainement. Mais aussi un personnage nuancé qu’on comprend, parfois trop bien. Les pincements au coeur que l’on ressent lorsque l’on a de la compassion pour Margaret remplaceront bien tous les jump scares du Monde.

carrie tv show FlanaganLa série qui profite de 8 épisodes est d’ailleurs loin de suivre au mot près l’oeuvre dont elle s’inspire. Elle prend bien souvent les traits d’un teen drama. Les brouilles d’adolescentes qui vont de plus en plus loin et en son centre Christine (comme la voiture), le véritable tyran qui fait de la découverte de la scolarité pour Carrie, un véritable enfer. Pourtant, comme souvent avec les débuts, il ne laisse en rien présager la fin. Contrairement au film de De Palmas, cette nouvelle vision promettait de conclure sur la destruction complète de la ville par le feu. Carrie sortirait enfin de son bal de l’horreur. La rage d’une femme bafouée enfin sur nos écrans avec en guise de 4D une belle dose d’émotions. Et l’intervention d’interviewers en début de parcours laissait présager un clin d’oeil aux ouvrages cités dans le livre d’origine qui venaient peupler ce fabuleux récit. Parce qu’avant tout chose, il faut rappeler que l’oeuvre de Stephen King est un chef d’oeuvre d’une importance capitale qui ne sera plus jamais égalé à défaut d’être toujours imité.

Où est Charlie ? carrie

carrie tv show FlanaganSeulement voilà, il y a de l’excellent et du mitigé dans la copie de Flanagan. Les premiers épisodes explorent parfaitement les traits de l’adolescence et ses douleurs. On se laisse aller aux vertiges des premières soirées, à la peur inéluctable aussi de ce qui va arriver. Et puis, on oublie un peu. Carrie (Summer H. Howell) y est dépeinte avec douceur. L’incarnation de la bonté et forcément comme toujours de la beauté, alors pour la rendre quand même étrange, on l’affuble d’une queue de cheval, d’une jupe trop longue. Bien sûr la Carrie de King, elle, était réellement étrange, hors cases. La Carrie de King ne répondait pas aux critères de beauté, avec ses rondeurs et sa vilaine peau. Mais semblent nous dire tous les réalisateurs, aurait-on de la peine si Carrie n’avait pas été mince ? Voilà un faux pas qu’on saura, cette fois-ci excuser, Sissy Spacey a laissé son emprunte dans le visage de Carrie. Et puis les autres personnages se dessinent, comme celui de Sue (Sienna Agudong), celui qui représente la caution d’une morale. Flanagan comme ce fut la cas dans la version avec Chloë Grace Morett, choisit de mettre un peu de présent dans son récit. Pour rendre le harcèlement plus actuel, les réseaux sociaux se joignent à la fête qui finira en bain de sang. Un compte Insta, Carrie Red, vient semer le trouble dans le lycée. C’est d’ailleurs Matthew Lillard qui en est le proviseur. Le tueur favoris de « Scream » vit son retour lycéen avec stress. Plus difficile de faire régner l’ordre que de tuer les lycéens semble-t-il. Et puis la référence à Carrie c’est Billy qui la cite dans « Scream ». On peut s’en amuser, mais quelle joie éternelle de retrouver Matthew Lillard à l’écran. Et si tout ce joyeux petit monde met un place un piège cruel qui fonctionne parfaitement : l’ombre d’un autre ouvrage du King vient dangereusement planer sur le tableau : celui de la pyrokynesiste Charlie, et c’est bien là que les choses clochent.

Puriste de la prom night infernal carrie

carrie tv show FlanaganQu’on ne s’y trompe pas, les univers de King sont interconnectés, souvent. On le sait, l’auteur y met un point d’honneur dans nombre de ses ouvrages. Jusqu’au culte « Bazaar » qui détruit entièrement Castel Rock. Et adapter un livre nécessite de prendre une part de liberté pour raconter l’histoire autrement. Mais voilà, la puriste en moi ne peut s’empêcher de garder un regard mitigé sur la fin du récit et le tournure que prennent les évènements. Sans trop spoiler, le bal de promo ne se vivra pas réellement comme dans le livre et les films qui en sont inspirés. Restez rassurés, sang de porc il y a. Et sang adolescent aussi. La bande-on signée en grande majorité Haute & Freddy vient peupler l’oeuvre d’une pop colorée. C’est d’ailleurs un titre du groupe qui aura permis à Flanagan d’écrire sa scène de destruction. Et d’en faire autre chose. Une prise de liberté pour Carrie mais aussi pour son réalisateur. L’ajout d’un élément vient perdre de la force du récit. C’est à dire raconter pleinement la rage adolescente. Faire de la victime le bourreau lorsqu’elle reprend le contrôle. Ou le perd finalement face à ses pouvoir. Mais cette nouvelle version, ce choix scénaristique capital s’inscrit aussi dans une nouvelle logique. En effet, Carrie se veut comme un arc narratif en 3 saisons. Et bonne nouvelle pour celles et ceux qui ont apprécié la série, une saison 2 a d’ores et déjà été annoncée. Au programme, puisque le bal de l’horreur est bien passé, une rencontre avec d’autres adolescentes et leurs super-pouvoirs. Super, en réalité, on sait pas trop. Des pouvoirs dangereux, des personnes qui les surveillent. On pense évidemment à Charlie donc, un autre roman culte du King. Et pourquoi pas au shining, est-ce cela qui touche nos adolescentes ? Les pistes vont aussi vers des connexions au « Fléau ». Une super équipe pour vaincre Randall Flagg ? Voilà une possibilité qui pourrait occuper nos futures saisons. Il faudra néanmoins faire preuve d’énormément de prudence pour notre réalisateur chouchou. Le multivers attendu pourrait autant rendre l’expérience magique que pousser Carrie vers le bal de l’erreur.

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