En ce troisième jour de Rock en Seine 2026, on peut dire que le festival n’a pas renié son nom en proposant une programmation intensément rock. Si on retrouvait les jours précédents des têtes d’affiche pop comme Sombr ou encore Lorde, ce troisième jour nous a offert un panel de groupes de rock confirmés tous différents les uns des autres. De Wet Leg à Nick Cave and the Bad Seeds en passant par Franz Ferdinand et The Black Keys, le festival a élaboré pour son public un itinéraire rock et varié qui nous a fait explorer des sonorités et ambiances très diverses. Bien que tous les groupes aient affirmé leur propre style avec classe, deux groupes se sont démarqués en proposant des représentations intenses et musicalement recherchées : Franz Ferdinand et Nick Cave and the Bad Seeds. On vous raconte !

Un charisme nommé Wet Leg

Si ce troisième jour a commencé par une mauvaise nouvelle, avec l’annulation de la chanteuse irlandaise CMAT, pas de quoi décourager les organisateurs et festivaliers ! C’est donc le groupe irlandais Kingfishr qui l’a remplacé et a inauguré la Grande Scène avec son univers folk. S’en est donc suivi un après-midi marqué par une ambiance légère et dansante avec Wet Leg et The Black Keys. Wet Leg a proposé un set porté par sa chanteuse au charisme magnétique qui a parfaitement scié à l’ambiance du festival. On peut noter également la popularité de The Black Keys qui a fait danser la foule sur son célèbre Lonely Boy porté par des riffs de guitare endiablés. Les deux groupes ont parié sur une mise en scène simple dans laquelle les chansons aux rythmes parfois similaires s’enchaînaient sans transition (dans le cas de Wet Leg) : un ensemble qui a légèrement manqué de nuance mais s’est avéré musicalement très efficace et marqué par les identités musicales fortes des deux groupes.

Rock en Seine, Take me out

Les festivaliers étaient donc déjà échauffés et il leur a fallu peu de temps pour être saisis par la fièvre Franz Ferdinand. C’est donc une foule qui s’est déplacée vers la scène BoursoBank où le concert a démarré très fort. Etait-ce du à la tombée de la nuit ou à la hâte palpable d’entendre le célèbre Take me out que tout le monde attendait ? Cette ambiance éléctrique était surtout due à l’énergie de Franz Ferdinand qui ont fait danser le public du début à la fin. La majorité des chansons jouées provenaient de l’album Franz Ferdinand de 2004 et de l’album The Human Fear de 2025 qui a cloturé le concert. Franz Ferdinand aurait en effet pu choisir de finir son set sur Take me Out en laissant le public tout à fait satisfait. Ils ont cependant enchaîné sur leur chanson Hooked  une chanson aux sonorités éléctroniques : de quoi surprendre mais aussi pousser l’audience à danser encore plus. Ce qu’il faut retenir de Franz Ferdinand c’est leur énergie débordante extrêmement contagieuse qui électrise la foule sans pour autant mettre de côté leur précision musicale.

Le retour du roi : Nick Cave

Enfin, comment parler de ce troisième jour de Rock en Seine sans évoquer la puissance du live de Nick Cave est ses Bad Seeds en clôture de cette belle journée ?  Véritable gourou du festival, Nick Cave a envoûté  la foule avec ses paroles aussi mystiques que religieuses. Il faut dire que le roi Nick Cave offrait à nouveau à l’évènement parisien toute sa majesté. En 2022, il avait en effet déjà scotché l’audience et gravé dans les cœurs l’éminente perfection de sa prestance scénique. Nick Cave se vit comme une claque ou plutôt comme une épiphanie. Sa voix grave et puissante entre dans nos esprits telle des commandements donnés. D’ailleurs, lorsqu’il chante « O’ Children », l’affaire est limpide : nous sommes tous ses enfants.  Pour nous enlacer de son aura, le voilà qui se lance à plusieurs reprises dans la foule, porté par le public, lui assenant ses paroles droit dans les yeux, attrapant les mains des premiers rangs. Bien différent des artistes de l’après-midi ou du début de soirée, la musique de Nick Cave a une visée salvatrice et profonde. Lorsque Nick Cave chante « Joy », il donne au mot une toute nouvelle connotation. Poète maudit d’une génération, rien de ses merveilles n’est à prendre à la légère. Parce que son set est puissant et inspirant, il bouleverse toujours. Qu’on le découvre sur scène ou qu’on retourne le voir pour un nouveau pèlerinage, la sensation d’être submergé est la même. Lorsque l’on voit ce « Wild God’ sur scène, tout semble relatif, le temps, la vie, les douleurs. Seule sa musique vient à compter. Nous sommes l’infiniment petit, lui l’infiniment grand. Ses choeurs et choristes délivrent alors la bonne parole. Sommes-nous seulement dignes de la recevoir ? Evidemment, puisque derrière sa veste de costume, le sublime musicien convoque les émotions en un exutoire bien venu. Ses peines reflètent les nôtres, portées par la lourdeur de sa voix grave et sincère. L’homme tombe sa veste. Il appelle la foule qui se resserre encore lorsqu’il lève sa « Red Right Hand ». Son succès populaire, certes, porté par le cinéma. Finalement un titre de plus dans un havre de beauté qui nous a transporté de « From her to eternity » à « Jubilee Street » pour conclure au piano sur l’immense « Into my arms ». Dans ses bras et ceux de son acolyte de toujours Warren Ellis, 2 heures durant, le temps est resté suspendu, quelque part entre notre statut de festivaliers et les cieux que nous touchions. Impossible aussi de ne pas donner une mention spéciale à la voix sublime d’une de ses choristes, Janet Ramus, pour le lead sur la chanson « Henry Lee ». L’ensemble  mystique créait un moment hors du temps. Il nous faudra bien encore quelques jours pour toucher à nouveau terre.


Wet Leg

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