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Julia Escudero

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Peut-être, si vous êtes féru.es de cinéma d’horreur que le terme d’incel horror vous est familier. Si ce n’est pas le cas, les œuvres qui  font partie de cette nouvelle famille vous parlent certainement. A commencer par le succès au box office du moment, j’ai nommé Obsession. Il n’empêche que depuis que le mot pullule sur la toile, les avis en font de même. Le registre qui fait de l’homme qui martyrise une femme-  le personnage masculin donc – le véritable « méchant » de l’histoire s’avère être aujourd’hui d’une importance capitale. On en parle.

nikki obsessionIncel Horror qui es-tu ?

C’est une nouvelle terminologie qui va donc s’inspirer du mouvement Incel. Ce dernier puise son étymologie dans le terme anglais « involuntary celibate ». Il réunit dans un premier temps sur la toile comme souvent puis dans la vie réelle, des hommes cis hétéros qui estiment subir leur célibat à cause des femmes. Ce postulat vient ensuite créer violences physiques comme verbales, haine et autres horreurs sous couvert de misogynie. Sous une fausse compassion d’homme à homme, ces derniers ont de nombreuses revendications comme l’idée que le sexe devrait être un dû… Cette idéologie se revendique bien souvent d’extrême droite (oh surprise !) et est responsable aux États-Unis de plusieurs tueries de masse. Voilà pour le point vocabulaire essentiel. Le cinéma d’horreur, bien souvent représentant de problématiques sociétales plus générales est allé ces dernières années puiser dans cette idéologie, plus ou moins consciemment,  pour créer de nouveaux antagonistes. L’affaire ne date pourtant pas d’hier puisque Ex Machina (2015) ou encore Invisible Man (2020) jouaient déjà sur cette thématique. Plus tôt même, Les femmes de Stepfort inspiré du livre du même nom traitait du même sujet en 1975. Toujours est-il qu’Obsession de Cury Barker, rare réussite des studios Blumhouse, a complètement relancé la machine allant jusqu’à redéfinir ce sous genre dans le « genre ». On y suit les l’histoire de Bear, un jeune-homme qui parait inoffensif, fou amoureux de son amie Nikki. Sans y croire il craque une boite qui sert à faire des vœux et souhaite qu’elle l’aime plus que tout au Monde. Il transforme ainsi Nikki en une créature privée de son autonomie, littéralement folle amoureuse jusqu’à en faire une créature possédée et dangereuse. Et si l’idée semble familière ou déjà vue, c’est pourtant la première fois qu’il est clair que Bear sous ses airs de gentil garçon soit le véritable danger de l’histoire. 

obsessionL’incel horror, pourquoi est-ce essentiel ?

Depuis Me Too, les choses ont enfin changé. Enfin, plutôt le discours qui rappelle que l’homme peut être un véritable danger pour la femme s’est intensifié, se faisant entendre distinctement. Au risque de titiller les consciences de ceux qui refusent de voir et s’attachent comme à une bouée de sauvetage au terme Not All Men. Les femmes préfèrent-elles croiser un homme ou un ours dans la forêt ? Eh bien Bear, le protagoniste d’Obsession  répond littéralement qu’il vaut mieux croiser l’ours. Parce que les meilleures intentions, vont vite s’avérer devenir un piège d’égoïsme et de possessivité pour Nikki, sa co-protagoniste. Sur les réseaux, les comptes spécialisés dans le registre de l’horreur vont ainsi venir souligner le phénomène et traiter de ces thématiques portées au cinéma. Même le nice guy peut s’octroyer tous les droits sur une femme jusqu’à la priver intégralement de sa personnalité.

incel horror obsession
Obsession

Du foot à Taylor Swift, passions inégales ?

Si on pense que les mentalités ont changées, un coup d’œil dans les commentaires sous les posts traitant d’Obsession sur les réseaux suffit à nous faire ravaler toute forme d’optimisme. Certains internautes arguent donc que si on ne montre que des choses négatives comme ça, le vivre ensemble hommes / femmes ne va pas s’améliorer. Un argument qui n’en est pas un.  Puisque c’est connu avant le cinéma d’horreur le Monde allait bien. Les musées de la torture, le goute à goute, les sorcières jetées dans des puits au Moyen-Âge, c’est le fait du cinéma. De même, l’art n’est pas le problème en matière de relation hommes / femmes. Il s’inspire des faits, de la réalité et les retranscrivent. Obsession vient appuyer là où ça fait mal. Ce ne sont pas seulement de viles actions qui font de Bear le véritable « méchant » de notre film. Mais bien son absence de réaction. Son voeux, il ne souhaite pas l’annuler, il souhaite que Nikki l’aime sans devenir « flippante ». D’ailleurs n’est-ce pas un éternel cliché que celui que la femme amoureuse serait incontrôlable, possessive, dérangeante ? L’amour de l’homme serait noble mais pas celui de la femme. Cette idée existe dans de nombreuses facettes de nos vies. Quand une femme est fan de quelque chose, un groupe de musique par exemple, on va en rire, la traiter de groupie, la prendre de haut avec un joli côté paternaliste. Les passions dites féminines sont toujours jugées sous tous les angles. Si on se dit que des artistes comme Taylor Swift ou encore BTS ont un public à dominante féminine alors peut-on seulement collectivement prendre leur art au sérieux ? En revanche, le sport, comme le foot qui a (théoriquement) un public masculin, lui est jugé comme noble et d’importance collective.

obsession incel horreurLe dangereux Nice Guy

Toujours sur les réseaux sociaux,  d’autres viennent à défendre Bear. Voilà qui en dit long. Attention aux spoilers dans les prochaines phrases.   – Puisque le personnage lorsque son « grand amour », Nikki, le supplie de la tuer, captive qu’elle est d’une hantité qui a pris possession d’elle,  l’intéressé répond « Parce que c’est si horrible de sortir avec moi ? ».  Elle lui répond alors qu’ils n’ont jamais été ensemble. Une douche froide qui lui fait plus mal à l’égo qu’elle n’appelle à son empathie pour celle qu’il dit aimer. ll finit même pour rompre son voeux, par proposer à son bon pote de la récupérer Nikki, s’il l’aide à briser la malédiction. – fin du spoiler – Il est vrai que de prime abord le personnage de Bear ressemble au garçon gentil, doux, lambda. Et l’identification peut-être facile. L’intérêt de ce genre d’œuvre est tout autant de s’interroger. Aurais-je agis pareil si j’étais lui ? Pourquoi n’aurais-je pas dû ? Comment remettre en question mes réflexes ? Ce sont ainsi ces thématiques qui viennent à déranger. Le miroir au trait grossissant vient à questionner des attitudes et personnalités. Not all men mais Bear aussi. Alors à sa place n’aurai-je pas naïvement fait un vœux ? N’aurai-je pas accepté ses avances ? Et puis après tout, Nikki est une grande fille, il ne peut pas se douter, il ne lui voulait pas de mal. Sauf que chaque action va l’enfermer dans sa condition et va accentuer son pouvoir de domination. Il ne souhaitera d’ailleurs rompre le sort que pour des raisons hautement égoïstes.  L’art et le miroir obscure qu’est le cinéma d’horreur sur notre nature profonde est une façon pertinente d’évoluer en tant que société et personne. Instinctivement nous sommes toutes et tous capables des pires atrocités. Société, réflexion et morale sont autant d’atout pour que le cinéma soit autant une mise en garde qu’un exutoire de nos noires pensées. la capacité à prendre du recul, à faire évoluer notre pensée lorsque nous sommes dérangé.es par ce que l’on voit est primordiale. Les réponses à chaud sur les réseaux sociaux ne fait que confirmer une problématique encrée. Celle qui dit « je ne pourrai pas être le véritable du monstre dans un film d’horreur alors pourquoi est-ce que je me reconnais en lui ? »

companion incel horror
Campanion

L’incel horror et ses visages pluriels

Si elle n’a pas toujours été nommée, elle a toujours fait profondément partie de notre histoire. Elle existait déjà dans les contes populaires. Barbe Bleue en est un vestige. La mari qui tue ses épouses les unes après les autres est un schéma si encré qu’on le racontait aux enfants. Côté cinéma, en 2015, le remake de l’homme invisible vient hanter Elisabeth Moss déjà habituée des argumentaires forts en terme de féminisme grâce à la série Handmaid’s Tale. Son ex s’y fait passer pour mort et trouve une formule pour se rendre invisible. Le voilà qui vient la harceler pour la faire passer pour folle. Et évidemment, étant une femme, le piège fonctionne divinement. Est-on vraiment jamais sorti du moment où on traitait les femmes d’hystériques ? Si le mot est aujourd’hui peu utilisé, le concept continue de perdurer.

invisible man incel horror
Invisible Man – Elisabeth Moss

Plus récemment, en 2025, le film Companion venait à explorer une thématique similaire. Cette fois-ci, le « nice guy » s’offrait une forme d’androïde hyper réaliste et la sensibilité réelle pour se créer une petite amie entièrement dévouée à ses besoins. Grâce à une télécommande il peut d’ailleurs faire varier son intelligence et ses envies. On y retrouve une métaphore évidente du gaslighting qui consiste à faire douter une femme de ses capacités. Comme se fut le cas pour Ex Machina, le registre utilise le progrès et l’intelligence artificielle pour satisfaire son besoin de pouvoir sur les femmes. Les nouvelles technologies sont autant de façon de toujours plus contraindre. C’est également ce qui est raconté dans Don’t Worry Darling, le film d’Olivia Wilde qui met Florence Pugh et Harry Styles à son affiche. Grâce à un nouvelle technologie, l’ex toxique enferme une femme dans une réalité artificielle qui en fait une femme docile des années 50. Un univers qui ne demande qu’à être fracturé. Il y aura dans le futur beaucoup à raconter et on souhaite au genre de continuer de produire nombre d’oeuvres de qualité comme ce fut le cas avec Obsession. Si le débat en sortie de salle se développe pleinement alors peut-être qu’il finira par prendre une véritable place dans l’espace public. En la matière, le choc que propose le cinéma d’horreur reste le meilleur des vecteurs.


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Mais qui est Mr Fantasy ? Personnage décalé et fantasque, il affole la toile depuis ses débuts. Avec un premier titre « Mr Fantasy », le bonhomme s’offrait déjà quelques 2 millions de streams dès son lancement. Mais derrière son air naïf et sa posture imprenable, Mr Fantasy semble cacher une double identité. Ne serait-ce pas KJ APA ? Rencontre avec un personnage haut en couleurs et son univers déluré.

Mr Fantasy Mr Fantasy Mr Fantasy : le fantastique double de KJ APA ?

Qui ici a suivi la série « Riverdale » jusqu’à sa dernière saison ? Assurément moi. Et chaque épisode, chaque séquence semblait alors partir un peu plus loin dans le domaine de l’absurde. De bataille avec un ours à  des super pouvoirs sortis de nul part puis un basculement dans les années 50 ou même le gêne du tueur en série… rien ne nous a été épargné. En son centre le personnage d’Archie, interprété par KJ APA dont la « beau gosse-itude » était l’un des faire-valoir de la série. A sa conclusion, what the fuck elle aussi, restait un grand vide. Comment introduire un peu de fantaisie barrée dans nos vies ? Eh bien, bonne nouvelle.  Puisqu’en 2025, voilà que débarque le très loufoque Mr Fantasy  et ses titres entre funk, disco et pop. Un condensé hyper joyeux, sucré et très accessible bordé par des sonorités nostalgiques à la sauce 80’s. Mais si l’affaire prend si vite c’est aussi parce que sur TikTok on s’interroge. Mr Fantasy ne serait-il pas en réalité KJ APA ? Impossible répondent certain.es, il a de grandes dents de travers que n’a pas l’acteur. Non ce n’est pas lui … Et puis comment Superman pourrait-il voir sans ses lunettes ?

Est-ce que KJ APA va bien ?

N’empêche, voilà que Mr Fanntasy s’amuse à entretenir le doute et pousse la stratégie (marketing et) follement divertissante à son apogée. On retrouve ainsi Mr Fantasy aux cotés des co-stars de Riverdale de KJ Apa sur de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux. Camila Mendes (Veronica Lodge dans la série) lui offre ainsi un cours de yoga un peu barré. Plus tard, sur le tapis rouge des « Maîtres de l’univers » dans lequel elle a l’un des rôles principaux, un journaliste l’interroge, préfère-t-elle Mr Fantasy ou ce bon vieux KJ Apa ? L’actrice ne souhaite pas se prononcer. Elle vient de rencontrer Mr Fantasy explique-t-elle. Les deux sont adorables. Pas tant que ça du côté de KJ qui se lance dans une guerre ouverte contre Mr Fantasy. Au micro des journalistes, il explique être un acteur sérieux et ne pas savoir pourquoi on lui parle de lui. Il publie aussi au printemps 2026 une longue vidéo dans laquelle il explique qu’une horrible personne se fait passer pour lui, qu’il est un homme sérieux qui a lutté pour construire sa carrière et qu’à cause du chanteur il ne peut plus travailler maintenant. Il ajoute même n’avoir « aucun respect » pour cet individu. De son côté le personnage barré multiplie les apparitions grand guignol, ses grandes dents en avant et ses tenues colorées pour armes. Gooffy à souhait, le chanteur cartounesque, semble décontenancé par son grand corps, saute partout quand il rencontre quelqu’un et s’attire les ferveurs du monde. Sur TikTok avant même la sortie de son album, le chanteur a déjà plus d’1.2 millions d’abonnés.  Les autres stars du cast de Riverdale deviennent ses potes, Lili Reinhart aussi. Mr Fantasy explique qu’il la trouve très belle avec ses grands yeux. Et notre interprète d’Archie exulte de jalousie. La guerre ne peut pourtant plus continuer, KJ Apa et Mr Fantasy s’offrent donc un diner pour se réconcilier. Des photos et vidéos sont même partagées des deux personnes ensemble. « Il a pris du poulet et moi un cocktail et on a parlé de tout ça » explique alors Mr Fantasy au micro d’Entertainement Today sur un tapis rouge. Là encore en gloussant. Nos doubles semblent alors trouvé un terrain d’entente … puisqu’ils sont bien deux personnes différentes, personne n’en doute (clin d’oeil, clin d’oeil). Et puis KJ Apa, si c’était lui hein on sait jamais, ne serait pas le premier à ne pas vouloir immédiatement révéler au grand jour son identité. Joe Keery de Djo avait lui aussi caché sa présence dans le groupe à ses débuts pour éviter de focaliser l’attention sur sa carrière dans « Stranger Things ». Et puis il voulait permettre aux gens d’écouter la formation avec sincérité sans apriori.

Mr Fantasy albumUn premier album en juin pour Mr Fantasy

Tout ça n’empêche pas Mr Fantasy de travailler. Le chanteur publie ses singles « Mr Fantasy », « One Last Night » et  « Do me Right » sur les plateformes, des hits en puissance. Tous cartonnent et collent à son image. Décalés, funs et pourtant diablement efficaces. Le 26 juin 2026, le musicien dévoile enfin son album, le très attendu « Fantasyland ».  Un bonbon acidulé offert au Monde. Reste à attendre une tournée mondiale et un passage français. Ce serait bien la promesse d’enfin découvrir sur scène KJ… ou pas.

Mr Fantasy


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Il était une fois Hayley Williams. La meneuse de Paramore offrait au monde sa vision du rock depuis 2004. Une vision jamais trahie, qui a toujours su se renouveler et parfois frôler avec la pop sans y plonger entièrement. Pour sa première date de festival européen, la chanteuse avait choisi We Love Green comme terreau. Un moment puissant, sincère et intimiste malgré l’immense public rassemblé. Bienvenu.e à sa bachelorette party en plein air.

We Love Green 2026 - Jour 2 - Hayley Williams - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2026 – Jour 2 – Hayley Williams – Crédit photo : Louis Comar

Hayley Williams : modèle essentiel pour punk rock princess perdue

Dans les années 2000, le rock était en plein essor. La scène pop punk était partout. Dans nos films et séries, dans nos coeurs et nos vies. On portait des chaussures de skate, des baggys et des t-shirts de groupes. Nous étions un petit groupe qui se sentait un peu à part, on parlait déjà un peu de santé mentale à notre manière. On cherchait à ressembler à nos idoles, à connaître leurs goûts, on découvrait le punk à travers leurs yeux. Ces yeux là étaient tous masculins. C’est en 2004 que Paramore se lance. Les autres membres du groupe, tous des mecs, étaient alors anxieux d’accueillir une fille au sein de la formation. Un fille ça sait faire du rock ? Du punk ? Il y avait bien les Distillers, rare exception mais de là à parler de scène populaire… Hayley Williams a alors tout changé. Comme Avril Lavigne mais sans jamais tomber dans son penchant mainstream, elle osait se frotter à un monde de mec et souvent à faire mieux qu’eux. Notre musicienne ne s’est jamais trahie et a offert un modèle à part entière à toute une génération. Les plus gros noms de nos scènes ont partagés ses concerts, ses feats et Paramore est devenu l’un des groupes les plus connus de son époque. Après avoir affiché son nom à la BO de « Twilight », le groupe s’offrait même les premières parties du Era’s Tour de Taylor Swift. Les deux chanteuses ont quasiment le même âge et perdurent, voir même explosent en notoriété, combattant les clichés de l’âgisme qui sévit. On peut exister bien plus fort passé 30 ans quand on est une femme nous disent-elles aujourd’hui sans le souligner. Forte d’un nouveau public entre swifties maintenant convaincues et de celles et ceux qui l’adulent depuis leurs 15 ans, voilà notre meneuse débarquée en solo. Elle publiait en 2025, un superbe album, moderne, dansant, accessible et pourtant pointu : Ego Death at a Bachelorette Party. Et c’est pour défendre cette pépite à à l’image DIY mais à la production soignée qu’elle prenait d’assaut en ce samedi 6 juin, la scène de la Clairière de We Love Green.

We Love Green 2026 - Jour 2 - Hayley Williams - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2026 – Jour 2 – Hayley Williams – Crédit photo : Louis Comar

Hayley Williams ou la fête où nous sommes tous égaux

Point de gros décors ni d’artifices ne viennent peupler la prestation d’Hayley Williams ce soir. Il est 22 heures lorsque la musicienne débarque sur scène. Attendue, elle l’est. D’ailleurs elle ne manquera pas de souligner sa surprise à voir autant de monde face à elle pour sa première date en festival européenne. « Je ne m’attendais pas à ça » confie-t-elle, touchante. D’une sincérité redoutable, elle confie d’ailleurs penser au Japon lorsqu’elle est triste avant d’ajouter « Maintenant, je penserai à ce moment ». Celui-ci s’écrit dans un jeu d’ombres et de lumières. Des intermèdes rouges viennent la dessiner avant de mieux la révéler, cette bachelorette party aurait-il pris les allures d’une soirée pyjama ? On s’y raconte sans rougir, en toute confiance. Côté set-list, la chanteuse ne laissera pas passer un seul titre de Paramore. Venue jouer ses compos, c’est uniquement son dernier opus qui sera interprété, dans le désordre. Sur les 20 titres qui le composent, 14 seront joués ce soir. Le reste de sa discographie, Petals for Armor et  Flowers for Vases / Descansos (2020 et 2021) ne trouveront à aucun moment une petite place. Voilà qui donne lieu à un set très cohérent et à l’esthétique unique. Hayley Williams n’officie pas uniquement derrière le micro. Habituée à jouer en groupe, elle donne la réplique à ses musiciens et les rejoint entre clavier et guitare. En live, sa voix de soprano, qu’elle travaille depuis ses 13 ans se révèle. Enterre-t-elle sa vie de jeune fille ? Pas vraiment, la chanteuse a avancé dans son style, son registre. Sa maturité scénique se ressent par une forme d’habitude, la pratique invite à la perfection. Et pour autant, elle semble toujours s’émerveiller d’être là, d’être écoutée. La foule lui répond volontiers. Les premiers rangs chantent, sautent, dansent, lui tendent des pancartes en une immense fête. Et puis si l’ego est mort, on peut bien laisser de côté toutes les barrières, celles qui nous bloquent, nous empêchent de se laisser complètement aller. La foule prend le plie sur « Disappearing Man » et son intro qui s’ouvre uniquement sur sa voix. « Hard », ses beats rythmés et son refrain emprunt de pouvoir permet de monter dans les sommets. Le morceau qui donne son titre à l’album vient se placer en milieu de set, obsédant. « Good Ol’ Days » intervient en bout de course alors que notre chanteuse s’offre quelques pas de danse. Si elle prend peu de temps pour s’adresser à son public, elle n’en a pas moins une véritable générosité scénique de tout instant et joue pleinement avec et pour son audience. La soirée se termine sur « Parachute »  et ses instruments sur le fil du rasoir. La montée en puissance est radicale et diablement efficace. Alors que les spectateur.trices quittent la scène de la Clairière pour se frayer une place au milieu de la fosse de Theodora, la question vient à se poser : Hayley Williams ne serait-elle pas la boss lady ? Celle qui aura montrer qu’aucune porte ne doit être fermée pour les femmes et qui aura su redéfinir les codes du punk en éclipsant tous les  à priori sur son passage.

We Love Green 2026 - Jour 2 - Hayley Williams - Crédit photo : Louis Comar
We Love Green 2026 – Jour 2 – Hayley Williams – Crédit photo : Louis Comar

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Lorde « Virgin » : Sainte-Lorde, mère de la pop !

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Time Cut, j’étais ado en 2003, on en parle ? (critique)

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Prelude To Ecstasy de The Last Dinner Party : À la genèse d’un nouveau rock ! (critique)

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Si Lady Gaga rencontrait le succès dès la sortie de son immense premier opus, The Fame  et sa suite The Fame Monster au titre si évocateur,  son Born This Way allait tout changer pour elle. Et pas pour elle uniquement d’ailleurs mais aussi pour toute une communauté qui verrait en elle une porte parole. Porté par un hymne résolument queer – mais pas que – cet opus majeur de la pop fêtait en mai 2026 ses 15 ans. L’occasion de revenir sur la genèse d’un album toujours d’importance publique.

lady gagaUn album aux propos toujours aussi essentiel -préambule

Avant de plonger pleinement dans l’univers du second né de Lady Gaga, il est essentiel de rappeler que la voix portée par Born this way est toujours de première importance aujourd’hui. Le titre phare de l’album qui lui donnera son nom est instantanément devenu un hymne LGBT+  Si quinze ans plus tard, certaines lignes ont bougées, ce n’est en rien une vérité générale et le besoin de porter la parole de la communauté et de la représenter est toujours aussi essentielle. A l’heure où ces lignes sont écrites, le Sénégal vient d’adopter une loi réprimant encore plus sévèrement l’homosexualité. L’homophobie étatique y est telle qu’elle devient une priorité gouvernementale. Des peines de 5 à 10 ans de prison sont ainsi appliquées en plus d’une véritable persécution quotidienne des personnes LGBT+. Malheureusement, ce n’est qu’un exemple d’injustices et d’atrocités commises envers une communauté de personnes de part le monde. En mai, la communauté européenne a notamment renoncé à interdire les thérapies de conversion, préférant inciter ses états membres à agir par eux-mêmes. L’égalité, la liberté totale n’est acquise nulle part dans le monde. Toutes les manières de faire bouger les lignes sont importantes. Les artistes comme Lady Gaga, dont la voix porte, sont primordiaux et permettent de créer des safe spaces plus que nécessaires. En espérant célébrer la prochaine décennie de cette album avec plus d’avancées majeures.

Née pour tout changer lady gaga

Lady Gaga Born this wayStefani Joanne Angelina Germanotta s’était toujours destinée à un immense succès. Dès ses 4 ans, elle apprenait le piano. A ses 13 ans, la voilà déjà qui composait et s’offrait des scènes ouvertes. Alors qu’elle est encore au collège, elle gagne le prix de chant d’un concours de jazz. Le lycée est moins clément pour la future Lady Gaga. Elle y souffre de harcèlement scolaire, ses camarades moquant son physique qu’ils jugent atypique. Rien dans le harcèlement scolaire ne se justifie jamais et la douleur de cette situation la marque à jamais. C’est en partie pour cette raison que la chanteuse écrira par la suite son second album, le culte Born this way.  Ce morceau et son titre éponyme aux propos multiples deviendra par la suite un hymne culte, d’une importance majeure. Non seulement pour toute personne qui se sent différente, une incitation grand public à oser s’affirmer et être soi. Mais c’est aussi et surtout un immense morceau pour la communauté LGBT+. Replongeons-nous dans le contexte. Nous sommes en 2010 lorsque Lady Gaga débute la composition de cet album. Les temps sont alors différents. Le mariage pour tous.tes est encore interdit aux États-Unis, il faut attendre 2015 pour qu’il soit légiféré. Il en va de même en Europe. De son côté Lady Gaga est en plein tournée pour The Monster Ball Tour. En un seul album, la musicienne s’est propulsée au statut de super star. A tel point que de grandes universités donnent des cours sur sa stratégies marketing. Tous ses morceaux sont déjà cultes. Gaga joue du piano avec ses pieds, talons vissés dessus. Le monde est fasciné. Elle est, c’est connu, la relève de Madonna. Ce succès ne sort pourtant pas de nulle part. Des années de galères le précèdent. Signée chez Def Jam records à seulement 19 ans, elle voit son contrat se faire annuler en seulement 3 mois sans plus d’explications (la maison de disque avait du flaire on se le dit). Auditions à répétitions, scènes rock du Lower East Side mais surtout début en tant que choriste de Mika, son premier soutien, précède son immense succès. La voilà donc en 2010 sur les routes, en train de composer pour son futur album. La plupart des titres seront d’ailleurs enregistrés sur la tournée.

Née pour créer le single parfait lady gaga

Lady Gaga Born this wayBien souvent les artistes prennent le temps de composer l’album entier avant que le single phare finisse par pointer le bout de son nez. Ce n’est pas le cas de Lady Gaga, loin de là. Born This Way qui donnera son titre à l’album est le premier qui lui vient, à la grande surprise de Dave Russell qui enregistrera ses voix et mixera le titre. Il expliquera par la suite comment ce dernier a lancé l’album. Il faut dire qu’il lui a fallu seulement 10 minutes pour en écrire le premier jet.  La Mother Monster le fait ensuite écouter à son ami de longue date le blogueur Perez Hilton. Il le qualifie immédiatement d’hymne gay. Il estime également à juste titre que le morceau pourra être universel et touchera un grand nombre de personnes. Et il a raison. La musicienne, elle, veut parler de liberté absolue. Elle veut un titre entier, au franc-parler qui ne se cache pas derrière une forme de poésie pour amoindrir son propos. Il faut aller droit au but.  Elle explique d’ailleurs : « En revenant au début des années 90, quand Madonna, En Vogue, Whitney Houston et TLC faisaient de la musique qui donnait du pouvoir aux femmes, à la communauté gay et à toutes les communautés privées de leurs droits, les paroles et les mélodies étaient très poignantes, très gospel et très spirituelles et j’ai dit : c’est le genre de disque que je dois faire. C’est le disque qui va secouer l’industrie. Il ne s’agit pas de la piste. Il ne s’agit pas de la production. Il s’agit de la chanson. » Il faudra néanmoins 50 prises pour créer le titre parfait. Pour Lady Gaga le morceau est d’importance capitale. Elle y fait tomber sa carapace, se montre en tant qu’elle-même et s’y affirme pleinement. La même chanteuse qui joue constamment de tenues grandiloquentes et d’artifices y tombe – un peu – le masque. Elle y parle d’elle certainement mais aussi, comme le soupçonnait Perez de la communauté LGBT+. Elle confiait d’ailleurs à l’époque revenir de ses concerts émue de ses échanges avec ses fans. Nombre d’entre eux témoignent de parcours difficiles, de difficultés de s’affirmer dans une société qui veut toujours pointer du doigt voire broyer les différences. Elle réalise alors qu’elle peut agir à son échelle, agir de façon significative en musique. Un précepte entièrement fondé. La musique et sa grande visibilité tient un rôle central en terme d’ouverture d’esprits, de « normalisation ». Elle permet la réflexion et s’adresse à la masse.

C’est à l’occasion de la cérémonie des 53ème Grammy Awards que le titre est joué pour la première fois en direct. Lady Gaga y arrive dans une sorte d’œuf, un incubateur avant de se dévoiler entièrement. Cette éclosion aura un rôle majeure.

En Malaisie, où à l’heure actuelle, les personnes LGBT+ sont horriblement réprimées, punies, emprisonnées, le titre est évidemment censuré. Les paroles « gay, straight, or bi, lesbian, transgender » sont supprimées sur les radios. Gaga répond plus fort et demande à son public sur place de s’affirmer, de se battre pour ses droits. Côté média, elle sera également la première personne à utiliser le mot « transgenre » à la télévision à l’occasion de son invitation au SuperBowl en 2017. Une avancée majeure.

Lady Gaga - Born This Way (Official Music Video)

Née pour crée un album intemporel lady gaga

Un grand single peut suffire à lancer un album mais la Queen ne s’arrête pas là. Le 15 avril 2011, elle dévoile son second single, l’immense Judas. Elle y parle de la douleur et des trahisons que lui a fait subir son ex. Elle explique sortir grandie de cette histoire. Son clip, lui, met en scène Gaga en tant que Marie de Magdala et offre le récit d’une nouvelle conquête de Jerusalem au risque de faire grincer des dents les religieux trop impliqués. Le titre en lui-même multiplie les influences entre house, dubstep et tribal techno sans jamais rejeter son patrimoine pop. Suivent encore deux singles avant de dévoiler l’intégralité de l’album au monde. Le premier, The Edge of Glory est publié deux semaines avant la sortie de l’opus et est inspiré par le décès de son grand-père. Enfin Hair clôture le compte à rebours, une semaine seulement avant le grand lancement. Born this Way est publié le 23 mais 2011. Sa version classique comporte 14 titres alors que le deluxe, lui, monte à 23 pistes dont six remixés. L’album est évidemment un succès commercial instantané. En fin d’année il cumule plus de 2,1 millions d’exemplaires vendus aux États-Unis et plus de 5,5 millions d’exemplaires dans le monde. Comme le veut le star system, la Mother Monster enchaîne les récompenses, ainsi le clip de son single titre reçoit deux awards aux MTV VMAs et lui permet d’apparaître aux côtés de Brian May, le guitariste de Queen. Le groupe est l’une de ses principales sources d’inspiration puisque c’est à lui qu’elle doit son nom et au titre Radio Gaga. S’en suit une tournée mondiale en 2012 au court de laquelle elle se brise la hanche ce qui la forcera à annuler une partie de ses dates de concerts mais aussi à rester en fauteuil roulant. Nommée comme étant la personne la plus célèbre du monde au Guiness des Records 2013, elle crée aussi son propre réseau sociale LittleMonster.com. Ses little monsters sont alors légion, si nombreux qu’il changent et redéfinissent tous les codes. Sa force et celle de sa communauté n’ont de cesse de faire bouger les lignes. Lady Gaga est aujourd’hui tant une personne qu’un mythe. Loin de pop stars plus classique, la force de son message donne à sa musique plus de corps. Si l’histoire n’a pas débutée par Born this Way, c’est bien lui qui aura su lui donner une nouvelle écriture, plus limpide. La voix d’une grande dame qui lutte avec l’art comme arme pour un monde pluriel où chacun.e peut s’affirmer avec fierté. Nous sommes né.es pour voir ce vœux être exaucé. 


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Quand l’extrême droite détourne l’image de la musique des Cure à Sabrina Carpenter en passant par Mylène Farmer

L’extrême droite, comme tout bord politique cherche à recruter. Plus que n’importe quelle autre appartenance…

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