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Julia Escudero

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ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DE TRES NOMBREUX SPOILERS SUR SCREAM 5, NE LE LISEZ PAS SI VOUS NE VOULEZ PAS VOUS SPOILER !

En ce début 2022, la sortie du nouveau Scream a été accueillie comme un immense évènement. Fans de la première heure et de la nouvelle génération attendaient au tournant le retour de ghostface. Pour les plus jeunes, la saga de films évoquait certainement une touche de kitch et une nostalgie d’une époque qui semblait bien plus douce. D’ailleurs le succès récent de la saga Fear Street sur Netflix laissait présager un certain plaisir à revoir des films de massacres de lycéen.nes sans autre forme de procès. C’est pourtant pour les fans de la première heure que cette sortie faisait office de fête nationale. Onze ans après la sortie du très réussi Scream 4, les attentes étaient nombreuses. Mais aussi les doutes et incertitudes. Assistera-t-on au film de trop de la célèbre saga ? Scream peut-il encore se renouveler ? Si les critiques des amateurs sont plutôt positives, ce nouveau volet fait au yeux d’un puriste de trop nombreuses fautes dont il faut qu’on parle. Ci-dessous avec des spoilers. Ne le lisez pas si vous ne voulez pas vous spoiler. J’insiste. Merci.

scream 5 afficheLe retour à Woodsboro qui fait plaisir mais…

Nous voilà donc de retour à Woodsboro, 11 ans plus tard. Le quatrième volet de la sage avait fait un sans faute et à l’époque Kevin Williamson promettait une nouvelle trilogie qui faisait envie. Oui mais finalement, l’affaire ne s’est pas conclue. Topo, l’attente était passée, reléguant l’idée de retrouver Sidney et sa troupe au rang de simple fantasme peu réaliste. La désastreuse série MTV avait finie d’achever toute envie de retrouver nos héros. Pas besoin de se replonger dans un univers qui ne saurait être respecter. Pourtant quelques infos lâchées ça et là laissaient supposer que le cinquième épisode pourrait bien être le joyaux qu’on n’attendait plus. Du moins en matière de fan service pour une fois bienvenu. Qui parmi la fan base ne rêvait pas de faire un nouveau tour dans la maison de Stu Macher ? Personne c’est évident. Et c’est bien ce que semble avoir compris le film qui n’a de cesse de la jouer clin d’oeil appuyé et méta distillés comme un « je vous ai compris » de bout en bout de bobine. Et vas-y que dès l’introduction, ça y va franchement. On cite Billy Loomis, on parle de Stab (le film qui traite des évènement des précédents volets mais dans le film si vous suivez), on fait même un clin d’oeil au fans les plus hardcores en titillant la mémoire de qui joue dans la scène d’intro de Stab qu’on découvre dans Scream 2.  L’idée promet d’être blindée de références qui se veulent pointues. Sauf que, ce nouveau Scream se trompe dès son introduction puisqu’il fait plus état d’un produit potassé et marketé qu’une véritable déclaration d’amour à une saga qui aura su marquer toute une génération.

Une scène d’ouverture qui rate son entrée en matière

scream 5 jenna
Jenna Ortega (“Tara”) stars in Paramount Pictures and Spyglass Media Group’s « Scream. »

Alors voilà que d’emblée, les clins d’oeil se veulent précis et nombreux. Notre nouvelle première victime (jouée par Jenna Ortega que vous connaissez de la série « You ») reproduit les gestes de Casey Backer, attrape un couteau de la même façon, parle de cinéma d’épouvante avec recul, cuisine non plus des pop-corns mais un petit plat à la casserole. On se surprend à pousser quelques gloussements quand le tueur pose une question similaire au premier opus, « Puis-je rentrer chez toi avant que tu ne verrouilles à distance » is the new « Ta maison a deux entrées, à ton avis à laquelle des deux est-ce que je t’attends ? ».  Tout ça est fort plaisant si on exclut le fait que la première victime ne meurt pas. La saga a toujours pris soin de créer ses effets, d’offrir une entrée en matière au gore brut, travaillé, servi en grosse plâtrée. C’est même sa marque de fabrique. Alors quand notre première victime prend quelques, certes douloureux mais tout de même, coups de couteaux, la frustration se fait sentir. Que va-t-on nous vendre ?

Traiter les fans de vieux, au mieux

Cette fade entrée en matière n’est en réalité qu’un prétexte pour introduire le retour à Woodsboro d’une toute nouvelle héroïne, Sam – ça sonne un peu comme Sid effectivement- qui devrait porter une nouvelle saga, et introduire du sang neuf. Mais cette nouvelle héroïne a surtout un lourd secret. Elle est la fille cachée de Billy Loomis, le tueur du premier. Oui comme dans un soap. Et cette filiation c’est aussi l’occasion de faire revenir Skeet Ulrich sous forme d’hallucination pour faire sautiller les fans sur leurs chaises. Et dans l’idée, pourquoi pas finalement ? Revoir l’acteur dans le rôle du meilleur des tueurs fait chaud au coeur et oui on peut bien s’asseoir sur la cohérence puisque le plaisir est là. C’est aussi l’occasion d’introduire un nouveau groupe d’adolescents à tuer, qui ne seront autre que les copains de la petite soeur, la première non-victime donc. Quand la petite bande est introduite, la surprise est de taille. Si beaucoup saluent le travail fait pour bien les présenter, les questions se posent. Scream l’original était novateur en terme de création de personnages complexes qui détonnaient avec ceux traditionnellement présentés dans le genre. Exit la scream queen idiote qui court s’enfermer dans sa chambre, bonjour les personnages malins, conscients de l’horreur, geeks auxquels peuvent s’identifier les spectateurs eux mêmes fans d’horreur. Kevin Williamson qui avait écrit le premier volet est en plus, si vous l’ignoriez, le papa du premier baiser gay porté à l’écran dans une série télévisée grâce à « Dawson » et au personnage de Jack. Alors quand en 2022, la saga présente son nouveau groupe d’adolescents, sans pour autant faire de Scream un film d’horreur à thèmes, on s’attend au moins à ce que nos personnages soient bien encrés dans leur époque et conscients des enjeux actuels comme peut l’être une génération très engagée sur de nombreux thèmes sociaux. Et bien non, notre troupe aurait pu être écrite en 1996, ils auraient eu la même pseudo personnalité. Facile, déjà vue, sans enjeux. On repassera pour découvrir enfin un vrai héros queer dans un film d’horreur porté sur grand écran. Tant pis. A la place, la nouvelle génération, la génération Z comme elle sera appelée plus tard par un des protagoniste, est simplement la même que la nôtre et se regarde avec une certaine forme de hauteur propre aux boomers. Et c’est sûrement ça le plus gros problème de ce nouvel épisode : penser que les fans de la franchise sont des boomers qui ne veulent pas qu’on touche à leur saga. Alors les clins d’oeil méta se cumulent : on nous parle de Stab 8 en rappelant en boucle que c’est devenu mauvais à partir du 5. Et oui c’est drôle, c’est amusant de prendre ce recule sur son oeuvre et c’est ce que Scream a toujours fait, éviter de se prendre au sérieux et s’auto-référencer. Sauf que cette fois c’est trop gros et qu’il ne faut pas pour autant oublier son histoire.

Une trop longue entrée en matière

scream ghostfacePour mieux présenter un univers qu’on sent qu’ils espèrent voir assez bankable pour poursuivre sur beaucoup trop d’épisodes, notre nouvelle équipe passe un premier tiers de film à parler drama et à montrer ses personnages à coup de répliques pour mieux les définir. Intervient le premier vrai meurtre qui tombe comme un cheveux que la soupe et manque encore de grosse hémoglobine. Et voilà qu’enfin, vous les attendiez nous aussi, la troupe d’origine revient. Mais pas trop vite. Gale et Sidney elles promettent de ne pas revenir à Woodsboro malgré tout. Dewey lui, séparé de Gale – clin d’oeil méta à sa séparation avec Courtney Cox- n’est plus que l’ombre de lui même. Il boit trop et comme on ne peut pas le dire avec finesse, il vit dans une caravane. Il finit par se laisser convaincre de repartir à la chasse au tueur. Et évidement, mais ça la bande-annonce le laissait entrevoir- ça tourne mal pour lui. C’est donc dans un hôpital que Dewey Riley qui ne fait aucune référence à Tatum sa soeur en revanche, finit par se faire tuer par un meurtrier qui lui balance quand même un « C’est un honneur » et y va à la grosse référence à Games of Thrones « Yes, today ». Si perdre un personnage qui a tenu cinq volet est toujours déplaisant pour un fan d’une saga, une mort si bête, si mal amenée, si prévisible et portée par le minima d’émotions devient vraiment dérangeante. Tuer Dewey aurait dû être un vrai retournement de situation, sûrement de fin de pellicule et un déchirement. Et puis puisqu’on est dans un hôpital, puisque la protagoniste s’appelle Carpenter, il aurait été plaisant d’exploiter cette référence au second Halloween. Bon tant pis encore.

du méta au lourd

Les scénaristes l’ont bien compris, la mort de Randy dans Scream 2 a frustré tous les fans qui ne demandent qu’à le retrouver. Dans le 3, Craven avait dans un premier temps pensé à ressusciter le personnage, avant d’y renoncer pour ne pas en faire trop. A la place, il avait choisi de ramener Martha, la soeur de Randy qui avait sur elle le testament vidéo du personnage. Le 4 avait contourné le problème en créant non pas un mais deux personnages ( féminin et masculin) épousant les même caractéristiques que Randy et évoquant les règles du genre. Mais cette fois, pourquoi choisir ? semble se dire notre scénariste qui vraiment veut juste faire plaisir aux fans – ces gens faciles. Voilà donc la soeur de Randy qui sert le thé  toute sourire à ses enfants (le neveux et la nièce geek de Randy qui donne les nouvelles règles donc) face à un portrait géant de notre personnage décédé alors que bon, ses enfants sont en train de parler du risque qu’ils se fassent massacrer. Et Dewey qui a pourtant toujours été au plus proche des gens de ne pas s’émouvoir de la mort imminente d’adolescents. Et là encore, le parallèle avec les fans est là. Vous érigez des autels à ce personnage semble-t-il nous dire, je vais vous en donner.

Autre clin d’oeil, un personnage, celui de Dylan Minette s’appelle Wes. Comme le regretté Craven. Il est le fils de Jody, la policière du 4. Mais nous dit-on encore une fois avec auto-dérision, on s’en fiche des suites. Pas vraiment mais admettons. Il est bien dommage du coup de ne pas exploiter sa mort en y allant aux vraies références à Craven et son immense oeuvre. Les griffes de la nuit, La Dernière maison sur la gauche, La Colline à des yeux, c’était le moment de citer ce répertoire et d’y aller franchement. La scène de la mort de Wes offre néanmoins l’un des meilleurs moment du métrage. En effet, le clin d’oeil aux inutiles jump scares dont se dédouane entièrement le film est un régale qu’il faut absolument saluer.

Le retour des vieux amis

Scream 5 Sidney et GaleC’est pourtant le retour de Sidney Prescott et de Gale Weather qui donne du coeur à tout ce nouvel opus. Notre héroïne n’est plus  ce qu’elle était au lycée. La voilà devenue une final girl prête à tout pour tuer ce nouveau ghostface. Quelques répliques bien croustillantes viennent consolider le tout. C’est certes passer à côté de Sidney qui oui est prête à se battre contre ses démons mais n’y a jamais pris de plaisir mais c’est plutôt plaisant. La scène du passage de flambeau est évidement l’un des meilleurs moments du film. Quoique soyons honnêtes, il n’a rien de la grandeur de la réplique du quatrième opus « First rule of a remake, don’t fuck with the original ». Et c’est peut-être le comparatif de ces deux répliques qui explique le mieux ce qui cloche dans ce cinquième opus. En riant franchement à cette blague, on se sent comme un vieux con qui ne voudrait surtout pas que la nouvelle génération puisse prendre la relève. Sauf que, personne n’a demandé de Scream 5, les fans n’y sont pour rien, ils aiment une saga et vous êtes bien contents qu’il achètent des places de cinéma. Evidemment qu’ils souhaitent garder un matériel d’origine qui leur a plu intact. Le jeu des remake, reboots et suites sans fin n’a que trop durer à Hollywood et certaines Madeleines de Proust devraient rester intactes. Alors quand la révélation des tueurs tombe et que le mobile évoqué est le fanatisme, on se sent un peu jugés par les mêmes personnes qui veulent nous vendre leur sauce. Il est facile de prendre du recul sur soi, se demander si l’extrémisme des fans n’est pas de trop. Mais on peut aussi se rappeler qu’il n’y as pas non plus tellement d’extrémistes chez les fans de Scream et qu’en parler n’a rien de si choquant. Les scénaristes prennent pourtant beaucoup de plaisir à parler pour les fans. Quand Gale dit qu’on a tué notre ami, elle parle en quelque sorte de notre ami en tant que fans. Quant à la révélation de qui sont les tueurs le petit ami et Amber la meilleure amie de la petite soeur, le tout manque d’émotion. Cette révélation s’inscrit dans une dynamique déjà bien huilée et connue. Et c’est dommage. Dans le quatrième le miroir de la pseudo nouvelle héroïne Jill ( Emma roberts)  qui s’avèrait être le tueur avait été une superbe idée. Là c’est plutôt plat en terme d’enjeux. A la place, faire de la première victime un tueur comme c’est d’ailleurs suggéré aurait pu avoir plus d’impact. Encore et toujours tant pis. A la place, on se délectera de quelques bonnes répliques de Sidney qui raccroche notamment au nez du tueur en lui disant « Je m’ennuie ». Une façon de toujours savoir rire de soi finalement.

Scream 5 a quand même du bon

Tout n’est pas non plus à jeter de ce nouveau volet de la saga.  Si les effets miroirs au premier sont très nombreux, ils n’en sont pas moins amusants. Sans avoir le premier en tête il est presque impossible de bien comprendre de quoi parle ce volet d’ailleurs. Mais lorsque l’on a les références, évidement, le jeu devient plaisant.

Retrouver les mêmes morceaux dont le thème de Dewey et « Red Right Hand » de Nick Cave, retourner dans la maison de Stuart, voir le nom de David Schwimer sur la fiche casting de Stab, la scène dans le garage, clin d’oeil à Tatum et Randy – avec les personnages supposés être les nouveaux Tatum et Randy-, la nièce de Randy qui revit la même scène que son oncle seule sur le canapé avec sa bière face à Stab, le personnage caché dans le placard, les parapluies… tous ces petits indices réchauffent le coeur des fans. D’autant plus qu’une fois le deuxième acte lancé, le tout prend en intensité et s’avère être un honnête divertissement pop-corn, drôle et un brin gore (juste un brin il faut en convenir) qui se regarde de façon plaisante. Les plans qui se font échos, notamment le tout dernier, les répliques similaires (Gale qui monte dans l’ambulance VS Sam qui monte dans l’ambulance), tout ça fait plaisir. Tout comme l’effort particulier mis au jeu du qui sera le nouveau tueur ?

Ce jeu bien mené permet de passer un bon moment et de faire frissonner les fans de la première heure. Ces derniers ne cherchent d’ailleurs pas dans un Scream un nouveau Babadook et s’amuser du comparatif permet d’avoir  encore du recul sur ce qu’est la saga. Un film qui ne souhaite pas révolutionner la société mais qui aime le genre. Un slasher avant tout avec ses incohérences et ses envies de sauter sur son fauteuil, ses rires et ses frissons.  Il manque quand même une grosse dose d’amour pour la saga plus qu’une machine à billet pour lui donner l’étoffe du premier, second et même quatrième. Et c’est bien ça, ce petit truc qui dérange celui qui avait profondément envie de l’aimer. Après 11 ans d’attente mieux vaut peut-être laisser le costume au placard que de n’en faire une caricature de ses propres propos. Et dire que les fans ont trop d’attentes et sont trop facilement déçus de bout en bout de pellicule, comme pour les culpabiliser n’y changera rien. Néanmoins, il faudra quand même voir le métrage en salle. Au moins pour défendre une certaine vision du cinéma qui a le droit d’être fun et démontrer que l’horreur doit profiter de plus de présence en salles obscures enfin et surtout pour rappeler que le genre n’a pas à toujours s’adresser à un public marginalisé. Non ce ne sont pas des tueurs en puissance prêt à venger leurs films favoris. « Pour Wes » conclut le méta-métrage. L’homme qui disait que le cinéma d’horreur est un exutoire , qui a toujours exercé avec passion et dont la fibre manque cruellement à ce Scream. Le flambeau, il faudra peut-être le garder encore un peu.


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Lundi 6 décembre. Dehors, le froid glaciale s’allie à une pluie battante pour rappeler aux parisiens que l’hiver qui ne semblait pourtant pas les avoir quitté depuis deux longues années, est bien de retour et ne fera pas quartiers.La crise du Covid avait laissé les spectateurs frustrés de ne pouvoir profiter du festival Fnac Live 2021 lors de ses deux dernières éditions.

L’attente était à son apogée. C’est ainsi que, choisissant le format de concerts cette fois qui pourraient se répéter régulièrement cette année, l’évènement investit le Théâtre du Châtelet pour une trilogie de concerts immanquables. Ces derniers faisaient alors échos  à des performances dévoilées en ligne avec en tête d’affiche Ed Sheeran, 47Ter ou encore Kungs.

Toujours est-il que le Fnac Live Paris avait mis ce soir là les petits plats dans les grands convoquant les spectateurs à une grand messe organisée dans un sanctuaire sublime : j’ai nommé le Théâtre du Châtelet. Un cocktail au champagne accueille les invités VIP. Au centre des préoccupations pourtant : les nouvelles mesures anti-Covid qui recommencent doucement mais sûrement à tomber. En tête de liste la fermeture des boites de nuits annoncées ce soir là en prémisse de l’interdiction pure et dure de danser. Qu’en est-il des concerts lives ? Pour l’instant, la question reste en suspens, donnant à chaque note écoutée en concert la particularité d’avoir ce goût unique de ce qui pourrait être une dernière fois avant longtemps. Et si l’instant est beau, la peur ne peut que le multiplier. Dans l’optique où il faudrait à nouveau sacrifier la culture sur le grand autel de la faute au virus, la sélection de cette soirée aurait le mérite de rappeler la toute puissante beauté d’un instant live.

Que la fête commence

Et puis, dans un lieu comme celui-ci, point de danse conviée, la fête se fera assise. Un plafond magnifique orne le lieu magique alors que les spectateurs sagement assis sur leurs fauteuils voient débarquer sur scène l’immense Curtis Harding. Ce dernier confie tout naturellement avoir attendu ce moment de retrouvailles depuis deux ans, la faute aux salles fermées. C’est sûrement ce manque de pratique qui donnera à sa performance les uniques petits éléments qui pourraient lui être reprochés, un manque d’entrainement qui pourrait toucher à la justesse de quelques notes. Pourtant, en faire état tient presque de la mauvaise foie tant la voix d’Harding confère à la perfection. Derrière ses notes délicieusement soul, le frontman charismatique invite à une sympathie instantanée et appuie sur une envie de danser prenante. Les pieds tapotent doucement alors que les notes s’emballent, que le blues se modernise, que la soul s’immisce et que le musicien emporte avec lui un tourbillon vivifiant. La musique du chanteur est autant d’invitations à la bonne humeur, une incantation même alors que sa voix rauque s’emprunt de soleil. Ses mélodies ont la particularité de sonner cultes en quelques notes. Le travail des percussions y est impressionnant tout comme la qualité indéniable des textes. Avec la force spirituelle d’un gospel, des emprunts si et là au hip hop, des refrains sublimes, des notes jazzy, Curtis Harding met tout le monde d’accord. La température monte d’un cran à chaque note de ce showcase haut en couleurs qui n’est restreint que par sa configuration assise. Quand résonne « Need your love », le single phare du musicien, nous voilà transportés dans un club new-yorkais où la fête est folle et les martinis coulent à flot. Le chanteur se déhanche pour l’assistance qui n’en perd pas une miette. Et les au revoir n’en sont que plus douloureux.

Curtis harding fnac live 2021
©Kévin Gombert

Place à la prêtresse

Il est pourtant l’heure d’accueillir la star de la soirée : l’immense Cat Power. Celle qui chantait la lune sur son album « Moon Pix » et invoquait le soleil sur « Sun » n’a rien à envier aux astres qu’elle conte. Du premier, elle prend la touchante poésie obscure, du second la capacité de faire vivre l’univers au creux de sa main. C’est presque sur la pointe des pieds, une tasse de thé bouillant à la main que débarque avec délicatesse notre poétesse. Cat Power est dans sa bulle, elle s’adresse au public en chuchotant presque ses explications de morceaux, semble visualiser un univers parallèle derrière sa frange. Compositrice de génie, elle transpose les mélodies, devient un secret réconfortant, transcende les maux. Dans un obscurité quasi complète, la voilà qui chante d’abord derrière sa guitare, puis derrière un piano. « Celle là a été écrite par Keith Richards » confie-t-elle. Chaque note de la musicienne frappe droit aux cœurs ceux qui ont sa sensibilité à fleur de peau. La voix aérienne de notre prêtresse a la même perfection raffinée en live que sur album. Lovés sur nos fauteuils, tout bruit volé semble alors impardonnable. Il faut se taire, se laisser aller. D’aucun pourrait reprocher que ce moment soit un ton trop calme mais la musique n’a pas vocation à uniquement faire danser, elle doit faire s’envoler les âmes, elle doit chuchoter aux cerveaux, les éveiller, mettre des larmes dans les yeux. Dans l’univers sensible de notre petite souris, les gestes  se répètent. Elle touche à répétition son ampli, demande à l’ingé lumières de l’éclairer tentant puis la foule: « La luz s’il vous plait, je veux vous voir », le français n’est certes pas son fort. Pourtant derrière une timidité touchante, planante, qui pourrait évoquer un reste des années 70, elle parle couramment le langage universel : la musique. La laisser partir parait impossible et pourtant après une courte révérence, il le faudra. Pas avant d’adresser un dernier vœux, à cette étoile filante, la tête dans les astres, les oreilles en orbite.

Un dernier tour au piano

La soirée touche quasiment à sa fin mais réserve encore une surprise de taille. Sofiane Pamart débarque sur les planches. Vêtu d’une longue veste argenté, habillé avec l’extravagance de l’air du temps, le musicien virtuose trompe par son allure et semble s’apprêter à proposer un set entre électro et hip hop. Il n’en sera rien. Le musicien prodige s’installe derrière un piano qu’il ne quittera plus. Au programme des prouesses classiques modernisé, des doigts qui bougent à toute allure faisant défiler les notes et les émotions. Les souffles sont courts alors que la concentration du musicien ne faiblit pas. Son set, brillant, hors du sol et du temps résonne parfaitement dans la salle au plafond décoré qui porte lui aussi l’histoire parisienne.

 Sofiane Pamart fnac live 2021
©Kévin Gombert

Après une révérence et un court rappel, il ne reste plus qu’à rejoindre le froid parisien et l’épais brouillard extérieur en rêvant de futurs concerts et d’un festival Fnac Live à l’été.


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Il s’en est allé. A seulement 58 ans, l’immense Jean-Marc Vallée nous a quitté. Réalisateur sensible de génie, le cinéaste est mort soudainement d’un arrêt cardiorespiratoire dans son chalet proche de la ville de Québec le 27 décembre 2021. Il laisse derrière lui une œuvre immense, qui ne demandait qu’à s’allonger et s’étirer à l’infinie. Retour  sur quelques uns de ses chefs d’œuvres qu’il faudra, soyez en certaines, voir ou revoir.

Jean-Marc Vallée en deux films

C.R.A.Z.Y

CRAZY jean Marc ValléeSortie en 2005, C.R.A.Z.Y est à la fois le premier film remarqué du réalisateur mais aussi son plus intime. En effet, le métrage dont il est aussi co-scénariste est à la fois son auto-biographie et celle de son deuxième scénariste  François Boulay. Le film dépeint avec intimité les rapports entre Zachary, quatrième fils d’une fratrie de cinq et son père sur fond de Québec des années 70. Zachary (le sublime Marc-André Grondin)  né le 25 décembre est le grande espoir de son père pour qui religion et Charles Aznavour sont centraux. La métrage le suit dès son plus jeune âge, son adolescence et à travers la découverte de son homosexualité. Un grand drame dans la vie de son père qui tente dès ses premiers doutes de lui imposer une virilité toxique et de changer son fils. Le film se concentre sur les rapports de ce père qui aime profondément ses fils mais se trompe entièrement dans son attitude face à l’un d’eux, d’une mère très présente et sur le parcours de cette fratrie soudée. Au milieu de ce cocon, Zac tente de se découvrir tout en essayant de ne pas décevoir un père qu’il admire. Pourtant, ce dernier considère l’homosexualité comme un choix qui le privera de toute forme de bonheur. Si C.R.A.Z.Y ( pour les noms des quatre frères Christian, Raymond, Antoine, Zac et Yvan) est une telle réussite c’est avant tout pour son traitement à fleur de peau et sincère. Le film s’ose à aborder pleinement son sujet, à prendre le temps de connaître et comprendre ses personnages, à emprunter au drame tout en gardant des pointes d’humour et à permettre au spectateur de devenir une part intégrante de cette famille somme tout classique du Québec d’une certaine époque. Vallée nous apprend qu’il manie une caméra encrée dans le quotidien de ses personnages. Conteur d’histoire virtuose, ce journal intime vidéo touche au cœur. L’épopée, la découverte de soi y sont traités avec raffinement. Dès lors, il est évident que Vallée sera la cinéaste sur lequel il faudra compter pour raconter des histoires justes, pour prendre le temps de les raconter, pour leur donner un grain aussi doux que les propos peuvent êtres dures, pour toucher au réel en sublimant un récit construit, intelligent de bout en bout. Si vous êtes passés à côté de ce joyau, c’est peut-être aussi parce qu’il a eu une sortie cinéma confidentielle et des sous-titres français pour mieux comprendre le dialecte québecois. Au Canada pourtant,le film est un grand succès : c’est le film le plus vu au cinéma en 2005, on estime qu’un québecois sur 8 l’aurait vu en salle. Il représente même le Canada pour les Oscars mais n’est finalement pas sélectionné. Une erreur qui sera réparé plus tard pour notre réalisateur.

Dallas Buyers Club

Dallas Buyers ClubEt voici donc le film qui conduit Jean-Marc Vallée aux Oscars en 2014. Ce sont ses acteurs principaux Matthew McConaughey et Jared Leto qui remporteront les fameuses statuettes respectivement en tant que meilleur acteur et meilleur second rôle masculin. Côté scénario, le film retrace l’histoire vraie de Ron Woodroof qui a créé le premier des douze clubs qui permettront aux personnes séropositives américaines de se fournir en médicaments rétroviraux étrangers. C’est en 1985 que débute l’intrigue alors que le macho, homophobe, accroc au sexe et à la drogue Ron Woodroof est diagnostiqué positif au VIH. Il lui reste trente jours à vivre. Décidé à ne pas se laisser faire, il monte avec Rayon (une personne transgenre et séropositive) un trafic de médicaments antirétroviraux étrangers en provenance du Mexique et du Japon. Prolongeant son espérance de vie, il change également la personne qu’il est, revoyant sa vision du Monde, des autres, ses convictions.  Si le film vaut absolument son visionnage c’est déjà pour son casting 5 étoiles qui n’a pas hésité à se transformer physiquement et perdre énormément de poids pour rentrer dans la peau des personnages qu’ils interprètent. Pourtant comme toujours avec Vallée, le casting n’est pas le seul argument en faveur de cette œuvre. Le réalisateur prend le temps de construire l’épopée de ses personnages. La transformation de son personnage central, la découverte de ses erreurs, sa rédemption dans sa maladie sont autant d’éléments qui traversent cette pépite à la narration parfaitement ficelée. Vallée savait parfaitement raconter ses histoires, s’attarder sur les douleurs et les réussites, changer les esprits et se faire le peintre d’une époque particulière au creux de ses injustices. Il dépeint avec fermeté un lobbies pharmaceutique crasseux. Il rappelle qu’on peut tous changer, que les épreuves de la vie peuvent devenir des forces, créé de la proximité avec ses personnages, rend attachant la pire des personnes, ne mâche pas ses mots tout en sachant garder une caméra témoin, en retrait qui ne saurait devenir grandiloquente. Si vous êtres passés à côté, il faudra maintenant réparer cette triste erreur.

Jean-Marc Vallée en deux séries

Big Little Lies

big little liesSi l’on fait abstraction de sa saison 2, Big Little Lies est bien l’une des meilleures séries diffusées sur petit écran. Comme pour prouver cette adage, c’est un casting incroyable qui vient soutenir cette série au féminisme marqué et à la finesse incroyable. Il faut dire que loin d’être un simple drame, cette saison 1 oscille entre suspens et quotidien teasant un dénouement d’une force brute et bouleversante. A l’affiche, on retrouve Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Alexander Skarsgard ou encore Zoë Kravitz. La première saison raconte l’histoire de trois mères de familles dans une banlieue riche américaine. Toutes trois se lient d’amitié. Madeleine et Céleste ont une vie d’apparence parfaite. La nouvelle, Jane est la mère célibataire du petit Ziggy et tente de se remettre d’un terrible drame. Un jour Ziggy est accusé d’avoir étranglé un camarade de classe. Cette  affaire, qui pourrait sembler anecdotique va bouleverser la vie de la communauté de cette petite ville et conduire à un meurtre qui se dévoilera à mesure de l’intrigue. Ce qui pourrait sembler comparable à un Desperate Housewives, la trame soap opera en moins, se révèle en réalité être une œuvre essentielle aux enjeux importants. Déjà parce que, il serait difficile de trop le dire, Jean-Marc Vallée joue la carte de la finesse. Dans cette série, sa caméra se fait tout autant gorgée de soleil qu’emprunte de filtres pastelles. Les couleurs de sa bobine se font l’écho du bien être qui n’est qu’apparent au sein de notre communauté. Mais aussi et surtout parce que le réalisateur était l’homme à qui il fallait confier les sujets sociaux d’actualité. Abordant tour à tour les agressions sexuelles, les violences conjugales, la sororité et l’adultère, Vallée ne tombe pas dans le piège du grandiloquent. Son propos se dévoile avec douceur, convainc sans forcer, parle sans avoir besoin d’être trop appuyé. A fleur de peau, il sait se faire multiple. D’histoires d’amitiés fascinantes dans lesquelles il est facile de se perdre, le sujet du meurtre en fond de trame se révèle avec douceur être le cœur d’une intrigue qui subjugue. Il y a du génie incontestable, de celui dont est capable le plus grand des cinémas dans cette série. La saison 2 en demie-teinte ne saurait d’ailleurs ternir la pureté de son premier jet, parfait de bout en bout.

Sharp Objects

SHARP OBJECTS JEAN MARC VALLEESi cette sélection n’avait dû ne comporter qu’une seule œuvre, la mini série Sharp Objects aurait été celle-là.  Diffusée en 2018 avec en son rôle principale Amy Adams, elle tranche et marque autant que les objets qu’elle dépeint en son titre. Sombre, viscérale, encore une fois emplie de messages portés avec brio, elle réussit  de bout en bout son pari et forcera même son interprète principale à se promettre de ne plus interpréter de rôle aussi lourd à l’écran. Adapté du roman de l’excellente Gillian Flynn (« Gone Girl »), la série suit Camille Parker, journaliste spécialisée dans les crimes et récemment sortie d’hôpital psychiatrique en raison de son problème d’auto-mutilation. Elle retourne dans sa ville natale pour enquêter sur le meurtre d’une jeune fille et une seconde disparition.  Elle se retrouve alors confrontée à sa mère et ses nombreux démons. Entre le poids du traumatisme, les répercussions psychologiques qui marquent jusqu’à la chaire, agression sexuelle, passé qui refait surfasse, Vallée danse sur cette bobine avec la grâce d’une ballerine et propose un récit profondément humain et calibré. Là encore la caméra fait des miracle offrant un grain en demie-teinte plus axé sur l’humain que sur l’enquête elle-même. C’est pourtant cette dernière qui joue le rôle de fil conducteur d’un récit obscure, souvent douloureux mais dont les épiphanies lumineuses, les petits pas sont d’autant plus puissants. La fragile Camille Parker prend à la gorge, sa souffrance, sa retenue, sont autant de maux qui touchent naturellement l’âme des spectateurs. Loin d’être victime, elle se révèle capable d’une force improbable alors que les cataclysmes la touchent douloureusement. Échos rudement mené des souffrances imposées au femmes et faites par les femmes, elle juge la superficialité des classes aisées américaines et son fameux paraître. Un visionnage essentiel pour se rappeler le grand homme qu’était Jean-Marc Vallée et qu’il manquera cruellement au monde du cinéma.


the OA

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We Hate You Please Die @ Le petit bain 2021
Photo : Louis Comar

Il aura fallu s’armer de patience pour retrouver les fous furieux de We Hate You Please Die en live. En juin, lors de leur interview, la question de revoir sur scène la quatuor originaire de Rouen se posait déjà.  Tout vient donc à point à qui sait attendre et en ce 2 décembre, c’est dans un petit Bain complet que les retrouvailles ont finalement lieu.

La foule est dense et connaisseuse et le lieu se transforme aisément en bar punk faisant oublier les températures glacées extérieures. C’est MSS FRNCE qui a la lourde tâche d’ouvrir la soirée. Pas de quartiers pour le groupe punk parisien qui balance ses sons énervés sans retenue. La sophistication n’est point de rigueur, seules les guitares déchaînés font échos à des riffs calibrés pour les grosses enceintes et le lâché prise. La musique du combo sent bon la bière, les pogos et la transpiration. D’ailleurs, il n’en faut pas plus pour que la foule se mette dans le jus, un jus au houblon et bien secoué. La fosse est chauffée, l’air électrique, il est temps de laisser place à la tornade We Hate You Please Die.

We Hate You please die à l’abordage du petit bain

Voilà donc le quatuor originaire de Rouen qui débarque en trombe sur scène sur le titre « Exhausted + ADHD » issu de sa dernière galette. Engagé, il n’hésite pas à inscrire sur leur caisse le message « More women on stage ». Une notion cohérente pour un groupe à la parité évidente, puisque composé de deux hommes et deux femmes et ce même si cette alliance des genres, s’avère être une pure coïncidence liée à une entente artistique. D’ailleurs en seulement quelques notes, cette dualité rappelle sa pertinence. La voix grave et précise de Raphaël Balzarise fait ainsi l’écho puissant des riffs chantés en guise de chœur par Chloé Barabé. C’est cette alliance entre voix torturée et hymnes riot girl qui font d’ailleurs la force immédiate de We Hate You Please Die. Ce qui se vaut sur album se vaut aussi en live. A cela près que la puissance des titres est alors décuplée. Les titres s’enchaînent « Barney », « Structure » mais aussi « Otterlove » sont de la partie.

Quelques jours avant que le gouvernement n’interdise de danser, rappelant que l’art et la vie en société peuvent aujourd’hui devenir à toute vitesse un crime, notre quatuor invite lui à l’union. Au fond de la salle un petit groupe aux tenues punks s’amuse à raconter ne pas aimer ce type de musique. Des éclats de rire et des mouvements saccadés viennent alors trancher avec cette phrase définitive. Aux premiers rangs, la tension monte d’un cran lorsque Raphaël invite la foule à se diviser en deux groupes. « D’un côté team Pécresse et de l’autre team Ciotti » s’amuse-t-il avant de rebondir « Non ok, team Edward et team Jacob alors ! ». Dans une ambiance bon enfant, la fosse se scinde en deux, sagement. Le leader invite aux pogos, et les pogos furent.

Avec précision, les rouennais vont chercher chaque membre de l’assistance et l’invite personnellement à prendre part à la grand messe qui est en train d’avoir lieu. Les instruments sont millimétrés, le groupe sait se faire sophistiqué, sublimer le rock et l’inviter à fusionner. Alors que le post punk a depuis quelques temps eu l’excellente idée de revenir sur le devant de la scène, nos compères jouent avec ses codes et lui offrent une énergie garage bien à eux.

La foule n’est pas la seule à pogoter et slamer avec ferveur. Là, au milieu de ce tourbillon humain bouillonnant, le leader se lance dans un slam épique, retenu par une foule qui profite de ce lâcher prise effervescent. Les guitares saturées et la batterie sauvage de « Coca Collapse », ce jeu de mot sublime, ne font qu’accentuer la beauté de l’instant. La chanteur ajoute à un débit hallucinant quelques parties au screamé léger. Au fond de la salle, une bière à la main, l’assistance danse volontiers en demandant encore et toujours plus.

Une cover punk s’invite à la partie alors que la joyeuse troupe reprend « Bad Girls » de M.I.A qui annonce déjà le début de la fin de ce moment si attendu. C’est sur les deux hymnes cultes du groupe qui sont aussi le nom de ses deux opus que se conclut la soirée. « Can’t wait to be fine » se déguste comme un dernier moment psyché rock avant de tout donné sur le maintenant classique « We Hate You Please Die ».  La troupe se laisse alors aller à ses notes, jouant avec les corps et les tordant comme des cordes de guitares. Raphaël vit ce dernier instant avec une ferveur communicative. La douceur de ses premières secondes montent en une intensité culminante, les instruments se font obsédants, les corps sautent, se roulent sur le sol, la tension est à son apogée, le rubicon a depuis longtemps été franchi. Alors que les échos de ces paroles puissantes pourtant sorties d’une bande-dessinées sont scandées, le public lui, les yeux rivés sur la scène n’a de cesse de penser « We Love you ». Pour ce qui est de la fin de ce titre, on ne s’était pas sentis si vivants depuis bien longtemps. Les larsens dans les oreilles, alors qu’il faut rejoindre le froid extérieur qui tranche avec violence avec le moment passé, il est bon de se rappeler qu’il faut protéger la musique live à tout prix. Elle est la clés d’une humanité qu’il ne faut jamais sacrifier sur l’autel de la peur.


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