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Julia Escudero

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Voilà maintenant 40 ans que l’incroyable Klaus Nomi, révélé par David Bowie, nous quittait. Il était tragiquement la première victime célèbre du SIDA et emportait avec lui son esthétique alien comme sa capacité à unir les genres, magnifiant la new wave avec sa voix de baryton basse à contre-ténor. Aujourd’hui, Legacy Recordings a pris le pari de ré-éditer sa discographie, de fouiller dans les archives et de dévoiler des clips et titres inédits. L’occasion de redécouvrir l’œuvre de celui qui aura marqué et inspiré jusqu’au cinéma actuel, aux créateurs (de Givenchy à Jean-Paul Gautier) mais aussi la pop, Lady Gaga en tête de liste.

Klaus NomiL’homme venu d’une autre planète

Il n’est pas surprenant que se soit David Bowie lui-même qui ait découvert Klaus Nomi. Né en 1944 et originaire de  Bavière, Klaus Gerbe, de son véritable nom était aussi obsédé par les voix des ténors que par celles des cantatrices. Le destin lui octroya la capacité de reproduire celles de ces dernières, le promettant à un carrière hors normes. Homme frêle et délicat, il se lance dans la pâtisserie avant de décrocher en 1960 un poste de placeur au Deutsche Oper de Berlin. Obsédé par le monde du spectacle, il attend qu’il se fasse tard pour pouvoir performer. Il offre ainsi à la clientèle d’une discothèque gay qu’il fréquente ses interprétations de la Callas, qu’il imite volontiers.

Berlin est trop petit pour ses rêves de grandeurs, il doit partir sur une autre planète : celle qui permet d’exhausser les vœux et de toucher les étoiles. Le voilà qui arrive à New-York en 1972, là où les courants artistiques et de pensée se font : l’East Village.

Klaus Nomi - The Cold Song (censored version)

Son arrivée ne passe pas inaperçue.  Rapidement il se produit dans des cabarets entouré d’une troupe au look tout droit sorti des films de SF des années 50. Passé la surprise, son répertoire qui va de Camille Saint-Saëns à la pop sixties intrigue un certain public subjugué par sa voix. Le bouche à oreille opère, ses happening et la particularité de ses spectacles intriguent et interpellent. Pas au point de faire fortune pour autant, son spectre reste la scène underground.

Mais les choses tournent en la faveur de Klaus Nomi ( Nomi, nom qu’il utilise maintenant lui vient d’une référence à la revue Omni). Il est appelé par David Bowie lui-même pour l’accompagner sur le show télévisé Saturday Night Live en 1979.Une chance incroyable pour l’artiste que de pouvoir se produire en compagnie de son idole.  Bowie porte alors son fameux  costume de smoking géant qui pour la petite histoire nécessite deux hommes pour le porter tant il est lourd. Nomi alors choriste en arrière plan s’éprend pour cette tenue et s’en crée rapidement une version au rabais. Et sa performance, portée par son incroyable voix lui permet de se faire remarquer.

Le style comme arme maîtresse

Klaus Nomi - costumeKlaus Nomi se crée alors un personnage. Vêtu de noir et blanc, dans des costumes géants en plastique, les cheveux en M, un immense nœud papillon autour du cou, de la poudre blanche sur le visage et du rouge à lèvre noir pour parfaire le tout. Des allures de clown ? Non, il refuse cette appellation et préfèrera dire que son personnage est un extra-terrestre. Et ce style marque, en fait même une icône. A tel point qu’il traversera les générations : on le retrouve dans les créations de Givenchy, de Jean-Paul Gautier, dans les looks de Lady Gaga ou encore dans le cinéma, notamment la saison 11 d' »American Horror Story ». Mais ça ne suffit pas à lui apporter la fortune. Cherchant toujours à vivre de son art, il se désespère, mais ne lâche pas la musique pour autant.

Il enchaîne alors les relations sexuelles à risque, fréquente de nombreux hommes, on lui prête même une relation avec Jean-Baptiste Basquiat. Ce n’est que temporaire, les choses vont rapidement tourner en sa faveur. C’est finalement le producteur Miles Copeland qui accepte de lui donner une chance. Mais pour se faire il doit changer d’image et  laisser tomber son groupe originel. Il accepte. Transformé il est signé chez RCA et rencontre enfin le succès. En 1981, il publie son premier album « Klaus Nomi » puis en 1982, son chef d’œuvre ultime « Simple Man ». Il est déjà malade et décline à vu d’œil. A l’époque , le SIDA qui le ronge est encore méconnu. La peur d’être contaminé se fait sentir. Ses proches n’osent plus l’approcher, il ne peut plus poursuivre sa carrière. Beaucoup trop vite, beaucoup trop jeune, il est alors seulement âgé de 39 ans,  il décède. Avant de mourir en 1983 il sera néanmoins enfin reconnu comme un authentique chanteur d’opéra comme il en rêvait.

Deux albums, sublimes hybrides

Au court de se courte carrière Klaus Nomi signe donc deux sublimes albums : « Klaus Nomi » ( 1981) et « Simple Man » (1982). Tous deux des pépites sombres et excessivement écrites qui varient leurs influences pour donner naissance à une œuvre atypique et jamais consensuelle.  On y retrouve autant l’attrait pour l’opéra que pour le rock’n’roll de l’artiste à la voix de ténor. Inclassables, à ne pas mettre entre toutes les mains tant ils sont pointus, ces joyaux trônent chez les plus mélomanes. Ces albums subjuguants sont peuplés de titres forts comme « Total Eclipse » et ses rythmiques presque militaires ou encore le culte « The Cold song ». Ce dernier, dramatique et puissant comme « La Traviata », hypnotise, surprend et émeut au plus haut point.

Si puissant qu’il se voit remixer par Arnaud Rebotini puis par Valdimir Cauchemar. Ce n’est pas le seul titre à vivre une deuxième vie en 2023. Deux albums de remixes de Klaus Nomi sont sorti au mois de septembre et décembre 2023. Sur le premier on retrouve notamment Agar Agar, Para One, Vince Clarke ou encore Mud Deep. Le second dont la parution est prévue au 15 décembre mettra à l’honneur  Leonie Pernet, Superpoze, Ascendant Vierge ou encore GGGG.

Autant de façon de continuer de faire vivre génération après génération un artiste dont l’éphémère vie est loin d’être à l’image de son œuvre, elle immortelle.


Pluralité et qualité. Ce sont les mots d’ordre du label Pias qui s’offre un catalogue toujours plus pointu. Il suffit de jeter un oeil rapide à la sélection d’artistes qu’il défend pour y retrouver celles et ceux qui savent faire battre les coeurs des plus mélomanes d’entre nous. Pour donner un aperçu de ses nouveaux joyaux, le label propose de les retrouver sur scène lors de ses Pias Nites. Des soirées qui riment avec découvertes et qui promettent toujours d’être inoubliables. Celle de ce 16 novembre n’échappe pas à la règle et s’offre une balade à 360 degrés entre les registres plaçant sur scène Jenys, Loverman et Structures.

Structures – Pias Nite Nouveau Casino 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Electro barjo

Le Nouveau Casino de Paris est plein à craquer ce soir. La foule compacte fait d’ailleurs rapidement oublier la pluie qui dehors coule à torrents. La chaleur des corps et les rires se mêlent alors qu’entre sur scène Jenys. Derrière ses platines, l’artiste est survoltée. Elle les quitte régulièrement pour danser joyeusement face au public. Le son est tout particulièrement fort et l’atmosphère se fait électrique. Les conversations elles aussi s’intensifient. Dans le public des visages connus, comme celui du chanteur de Last Train, se mêlent à ceux de la foule. L’électro continue d’augmenter comme se serait le cas en fin de soirée. La chaleur monte doucement, pas au point de se mettre à danser si tôt mais assez pour que les esprits s’étourdissent et acceptent ce cadre festif comme théâtre de l’instant. Nous vous le disions, la diversité est au programme et le registre lui, s’apprête à changer radicalement.

douces Serenades

Loverman – Pias Nite Nouveau Casino 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Il est toujours intéressant de revoir sur scène un artiste qu’on apprécie. La première fois permet la surprise, le coup de coeur, la seconde comme un nouveau rendez-vous permet de confirmer et de mieux s’approprier un set. Il était aisé de follement tomber amoureux.se du set de Loverman lors du MaMA Music & Convention. Face à une Boule Noire emplie de professionnels de la musique, le chanteur créait l’évènement. Mais surtout, le séducteur sortait le grand jeu face à une audience restreinte mais réceptive pour mieux faire tourner les têtes. Ce second rendez-vous était tout autre. Exit l’intimité et le chant yeux dans les yeux, cette fois, le public était plus coriace. Il faut dire que chauffé à bloc par Jenys, l’exercice de concentration que requiert les performances du musicien s’avérait plus compliqué. Le voilà donc qui tente d’entrée d’attirer l’oreille. Pour se faire, pas besoin de grimper au balcon, notre homme se lance dans un exercice pourtant tout aussi périlleux préférant s’amuser avec sa guitare pour lui faire sortir ses rythmiques. L’acrobatie dure un moment. Et voilà qu’il lance sa sérénade. Loverman sait se faire calme, sa voix rauque prend les devants alors que la folk est clairement présente sur « Candyman ». La mélodie est belle et notre homme sait jouer de sa prestance scénique.  Malheureusement pour bien profiter de la déclaration d’amour qu’est son album « Lovesongs », il faut être dans les premiers rangs. Derrière l’audience dissipée peine à entièrement entrer dans le set. Qu’importe, Loverman a plus d’une corde à son arc et se jette dans le public, il chante, traverse la foule et propose ses titres plus enjoués, cymbales à la main. La séduction doit s’opérer pleinement et pour se faire il sort le grand jeu. De retour sur scène, il alternera, de morceaux plus calmes qui subliment sa voix puissantes à ses titres endiablés, portés par un grain de folie hallucinant. Le rendez-vous se conclue sur « Differences Aside » au coeur de la foule, là où le musicien abandonne son micro tel un bouquet . Loverman n’est pas fleur bleu, même lorsqu’il chante ses mots bleus. Sa musique à fleur de peau est aussi épineuse qu’une rose, une beauté brute et sauvage où la sensualité est maîtresse. Si le cadre de ce nouveau tête à tête n’était pas idéal, cette histoire d’amour, elle commence très bien.

Une place pour les pogos

Cette Pias Nites, elle a aussi une particularité, celle d’être la release party du tout premier album studio de Structures, « A Place for My Hate ».  Quand on voit que la formation est déjà nommée aux Victoires de la Musique, on comprend que l’enjeux est de taille. N’en déplaise à celles et ceux qui prédisent la mort du rock année après année, le courant ne fait que se renforcer. D’ailleurs pourquoi, le rock devrait-il choisir sa tenue de funérailles tous les ans ? Qu’a ce courant de si particulier que l’on cherche toujours à lui trouver une place au cimetière ? Toujours est-il qu’au contraire ses nouveaux arrivants lui refont une beauté, aussi sensible qu’enragée. Au Royaume-Unis, le post punk fleurit et offre ses trésors au Monde, tout autant que les scènes folk-rock, punk, metal… la France n’est pas en reste.

Structures – Pias Nite Nouveau Casino 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Structures y tient une place maîtresse. Anciens Inouïs du Printemps de Bourges, le groupe sait varier les registres, dépassant toutes les frontières qui cherchent à enfermer pour mieux créer un album multiple et surtout calibré pour le live. Dès sa montée sur scène, une fièvre puissante envahie la salle. Les pogos ne se font pas attendre. Il faut dire que la musique du groupe ne souffre d’aucune fioriture. En lieu et place une énergie brute vient à toucher l’audience, lui ordonnant de bouger frénétiquement. Derrière les notes déchaînées, l’âme des Smiths plane dans les instruments de Structures. Pas de quoi rougir face aux irlandais de Fontaines D.C qui eux aussi reprennent la mélancolie de Morrissey et sa bande et lui ajoutent des rythmiques puissantes et soutenues. Il ne sera d’ailleurs pas surprenant d’entendre résonner les notes de « There is a Light that never goes out » dans la salle une fois le concert terminé.

Loin de se contenter d’une référence, mais la voix de Pierre Seguin aussi grave qu’aérienne est pour quelque chose dans la comparaison, le groupe mélange ses ingrédients. Le tout donne naissance à  un bouillon punk. Au milieu d’un set empreint de nouveautés, impossible de bouder son plaisir en retrouvant le titre « Long Life » l’un de ses tout premiers. Les guitares endiablées résonnent dans le Nouveau Casino et Rebecca, la chanteuse de Lulu Van Trapp vient s’offrir un featuring histoire de faire monter la température de quelques degrés supplémentaires. La foule vibre et bondit, tout comme le groupe qui lance ses notes acérées. Il reste important de souligner que le groupe gère parfaitement un équilibre compliqué : celui d’allier un rock qui va taper dans la noirceur et la mélancolie et donc sert de cathartique à celui bon enfant du punk qui prône la bonne humeur. Le dosage idéal pour rassembler les amoureux du genre. Plus que quelques larsens et beaucoup de transpiration et le concert touche à sa fin. En jetant un oeil au stand de merch saturé, nul doute que le moment a plu. Loin d’être un endroit pour déverser sa haine, le concert de Structures était le lieu idéal pour vivre pleinement toutes les couleurs des émotions. Un défouloir géant, un hymne plein d’amour au rock où la sincérité est maîtresse. Le Nouveau Casino de Paris se souviendra de ce décollage réussi bien longtemps.

Structures – Pias Nite Nouveau Casino 2023 – Crédit photo : Louis Comar

Loverman @ Pénélope Bonneau Rouis

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MaMA festival 2021 : retrouvailles avec le monde de la musique, enfin. (Reportage)

Depuis deux ans Pigalle s’était endormie. Ces dernières semaines quelques vibration la faisaient timidement sortir…

Les albums qu'on attend pour 2024Pour finir l’année en beauté et se préparer pour 2024, on vous fait un petit topo des album qu’on attend en 2024. Premiers extraits à l’appuie, cette nouvelle année promet d’être riche en très belles sorties.

MGMT –  » Mother Nature »

Ils sont de retour ! MGMT reviendra avec un cinquième album studio, « Loss of Life » le 23 février 2024. Un opus qui fait suite à « Little Dark Age » publié en 2018. Le duo composé d’Andrew VanWyngarden et de Ben Goldwasser avait su conquérir le monde avec leurs excellents albums « Oracular Spectacular » et « Congratulation » sortis en 2007 et 2010. De ces pépites, le grand public retient l’évident « Kids », merveille électro-pop mais aussi la bombe « Time to Pretend » à l’élégance inoubliable. Aujourd’hui, le groupe promet 10 titres avec à la production Patrick Wimberly (Beyoncé, Lil Yachty) et un premier featuring annoncé avec Christine and the Queens.  Pour mieux présenter ce nouveau projet, nos deux acolytes ont déjà dévoilé un premier extrait  » Mother Nature ». On y retrouve l’élégance mystique qu’on leur connait, le sens du couplet bien écrit et proprement produit. Aérien et évident, le titre prend son temps et profite d’une grâce lumineuse qui frappe juste. Il monte en puissance dès sa deuxième minute ajoutant un timbre plus rock à une composition qui se tient de bout en bout et promet un retour aux accents pop porté par un véritable renouveau. Le mois de février sera très doux cette année.

Pépite – « L’été »

Pépite c’est la pop française aussi rétro que moderne, « Les mots Bleus » de Christophe remis au goût du jour. On retrouve à travers ses compositions cette même candeur estivale et la puissance de textes qui font toujours mouche. On se souvient de leur album « Virage » paru en 2019, un concentré de tubes aussi dansants que nostalgiques et son single « Les bateaux ». Il était grand temps de reprendre le large avec eux et de voguer à travers la voix enivrante de Thomas et les instruments groovies d’Edouard. Bonne nouvelle, le duo reprend la barre début 2024 et promet un nouveau bijoux pour mieux appréhender les vagues de la vie en musique. Pas étonnant de les retrouver chez Microqlima, un label qui met en avant l’élite de la scène française actuelle dont L’Impératrice ou encore Isaac Delusion. Avant sa Cigale programmée pour le 22 mars, le groupe a dévoilé un premier titre : « L’été ». Concrètement, il parle d’un été passé dans l’ennui et l’attente.  On y retrouve tout ce qui fait la force de « Pépite » : la capacité tubesque, le sens du rythme, la carte nostalgie joliment dosée. Mais surtout, on ne peut enlever à Pépite sa faculté à écrire des refrains qui frappent fort et à illustrer ses textes en musique. Toujours à même de faire ressentir chaque émotion avec des notes. La suite promet la beauté d’un sourire doux-amère.

Bill Ryder-Jones – « This can’t go on »

Il faudra attendre le 12 janvier pour pouvoir découvrir l’intégralité du nouvel album de Bill Ryder-Jones intitulé « Iechyd Da« . Un premier jet après 5 ans d’absence des bacs. Le musicien le qualifie volontiers comme son disque le plus produit. C’est effectivement un opus léché et construit qu’il propose ici. Mais ce qui frappe surtout c’est son extrême douceur. Cette dernière peut parfois se faire joyeuse et entraînante ( ce sera le cas sur « If tomorow starts without me »), parfois plus intime et douloureux sans basculer dans les titres sombres pour autant. Très bien écrit et construit, il promet de très beau moment pour donner plus de cachet à cet hiver. L’artiste anglais, connu pour avoir été le guitariste de The Coral avant de se lancer en solo, promet déjà un passage parisien à la Maroquinerie le 28 mars. En attendant de pouvoir se délecter de l’intégralité de ce nouveau jet, dont le nom signifie « Bonne santé » en gallois, le musicien a déjà dévoile le titre « This Can’t Go On ». Instrumentalement, le morceau est une mine d’or. Couplets comme refrains regorgent d’intensité. Le tout s’écrit comme une montée en puissance étourdissante et sait créer une entrée en matière épique. Très joliment construit, instinctif dans son approche, il sublime la voix grave et puissante de son interprète. Cinématographique et à fleur de peau, il sait casser son rythme. Voilà qui laisse entrevoir la beauté d’un album à venir qui saura séduire une oreille avertie. On trinquera en l’écoutant à la bonne santé de cette sortie.

 

Tom Odell – « Somebody else »

Vous le connaissez sûrement pour son titre « Another Love » qui lui a apporté le succès en 2012. Entre temps, Tom Odell a su fédérer un public, lauréat des Brit awards il a son actif 5 albums qui cumulent 4 milliards de streams. Il reviendra dans les bacs le 26 janvier 2024 avec un nouvel album « Black Friday ». Avec sa voix grave et ses titres à la douceur incontestable, le musicien promet un moment de douceur facile d’accès et joliment écrit à en juger par ses deux extraits déjà dévoilés : « Somebody Else » et « Black Friday ». Le musicien sait y sublimer sa voix tantôt profonde tantôt diaboliquement aérienne. Tout l’art de Tom Odell tient en sa capacité à savoir écrire des balades intemporelles. Ecrire des chansons douces, beaucoup s’y essaient, mais rare sont ceux qui arrivent à dégager l’émotion escomptée. Le musicien, lui , frappe toujours juste. A fleur de peau, avec finesse, il se raconte tout en sachant raconter son auditeur. Bande originale essentielle autant à la mélancolie d’affres quotidiens que promenade de santé au coeur de notes qui murmurent au creux de l’oreille, ces deux extraits touchent le moment de grâce. Les rythmiques collent parfaitement, comme un coeur qui bat sur « Somebody Else », alors que la voix aérienne s’inscrit dans la juste descendance de l’immense Elliott Smith pour « Black Friday ». A moins qu’on y retrouve simplement l’élégance de Bon Iver et son album culte « For Emma, forever ago ».  Les deux pourraient bien se retrouver dans l’album à venir qui sait toujours gérer ses montées en puissance. La recette idéale qu’on a hâte de découvrir dans son intégralité pour habiller cet hiver d’un bain de douceur à fleur de peau. Pour le découvrir sur scène, il faudra attendre les premiers bourgeons  le 7 avril à la Salle Pleyel.

 

EKKSTACY – « Bella »

On le sait, la scène canadienne regorge de pépites indés qui ne demandent qu’à être découvertes. EKKSTACY est de ceux-là.  Suite à la sortie de son album « Misery », le musicien a enchaîné les dates sillonnant l’Europe et l’Amérique du Nord et s’est offert un passage par le Lollapalooza. Voilà qui ne l’a pas empêcher de composer son troisième opus baptisé « EKKSTACY » prévu pour janvier 2024. Le musicien aux sonorités post punk sait tout particulièrement se renouveler. Du premier titre qui l’a fait connaitre « I walk this earth all by myself » et ses sonorités sombres et aériennes, il garde sa précision de composition. C’est pourtant avec un tout nouveau visage qu’il fera son retour l’année prochaine. Pour s’en rendre compte il suffit d’écouter les deux extraits qu’il a déjà dévoiler « Bella » et  » I Can’t find anyone ».  Plus rythmés, ils promettent un tournant encore plus punk, aux couplets qui entraînent son auditeur dans un tourbillon endiablé. La production y est d’une précision millimétrée, calibrée et de qualité. Notre homme a autant le sens de la mélodie que du refrain bien fait qui séduit instantanément. L’album en tant que tel, change constamment de visage, alors que son départ « I don’t have one of those » s’inscrit dans la mélancolie qu’on lui connait, il prend un revirement punk dès son deuxième titre « Luv of my life ». Pour mieux mixer les genres il s’entoure en featuring des rappeurs The Kid LAROI et Trippie Redd. Le reste de l’histoire est une belle montagne russe où les émotions bouillonnent avec énergie et noirceur. Ses mélodies sur le fil du rasoir, gérées d’une main de maître sont à découvrir sans plus attendre et à retrouver sur scène au Bataclan de Paris le 25 novembre en première partie de Bakar.

Big Thief – « Vampire Empire »

Ce dernier tient plus de l’espoir pour 2024 que de la confirmation. Le groupe d’Adrianne Lenker profitait des beaux jours puis de l’automne pour dévoiler deux nouveaux titres. Le premier « Vampire Empire » avait rencontré un certain succès via les réseaux sociaux et les plateformes dans sa version live. Plus tard, le groupe l’enregistrait en Espagne. Et comme toujours avec Big Thief, les deux versions touchaient l’excellence. Déjà parce que le groupe folk rock transpire d’une sincérité qui sert toujours les coeurs. Dans ses paroles mais aussi dans sa façon de composer avec un naturel qui laisse perplexe. La formation sort toujours des diamants bruts dont la beauté fait mouche. Pour parfaire l’enregistrement le combo joignait un second cadeau « Born for loving you ».  Le titre parfait pour parler d’amour entre folk et country. On y retrouve la vibe des compositions de l’album de son guitariste Buck Meek qui lui publiait en solo son « Haunted Mountain » fin août. Sur le titre de Big Thief, le même amour des mélodies, le même apaisement solaire, la même facilité à parler d’amour sans tomber dans les clichés. Et quand on ajoute la beauté de la voix d’Adrianne Lenker l’affaire est forcément envoûtante. Il est aisé d’en tomber aussi un peu amoureux.se.  Pour mieux les défendre, le groupe les sortaient en fin d’année 2023 sous forme de 45 tours.  Ces deux pépites sont elles les prémices d’un album à paraître ? L’espoir est plus que permis. Déjà parce que Buck Meek le laissait entendre en interview, parlant même d’un album profondément rock à venir – pourquoi pas même illustrant leur vision du metal. Mais aussi parce qu’Adrianne Lenker parlait de ne plus tourner jusqu’au printemps. En août 2024, le groupe fera la première partie de PJ Harvey à Londres. L’occasion de présenter une nouvelle galette ? On y croit autant qu’on veut croire au dragon de son dernier chef d’oeuvre « Dragon new warm mountain I believe in you ».


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Il n’est de meilleur rendez-vous automnal que le MaMA Music & Convention. Chaque année, alors que l’automne se profile, il marque une rentrée bien entamée et des retrouvailles chaleureuses. Un quartier entier en pleine ébullition qui parle de musique, questionne la musique et la fait vivre. Réunissant ainsi ses acteurs importants, partant des indés pour aussi faire place aux plus grands, jouant sur la carte d’une programmation sous le signe de la découverte.

C’est d’ailleurs ce qui primait quand celle-ci avait été annoncée. Des noms souvent confidentiels, des espoirs à découvrir. Et pour bien le faire, il fallait préparer son festival mais aussi faire confiance aux bruits de couloirs. En la matière, la sphère professionnelle, particulièrement bavarde, sait toujours raconter ceux qui les font vibrer. Il fallait aussi se laisser surprendre, entrer dans une des nombreuses salles qui avaient revêtues le bleu du MaMA et donc voir qui y jouait. Des coups de coeur, des temps forts, énormément d’arrêts pour saluer des visages connus sur le boulevard Pigalle, qu’on espère toujours traverser vite sans jamais y croire. Et la rencontre entre le public et les visages de l’ombre qui l’aide à mieux découvrir celles et ceux qui peupleront leurs playlists et donc leur journée. Voilà que démarre sous un soleil puissant une nouvelle édition d’un des plus beaux et plus intenses rendez-vous de l’année. En plus cette année, Pop&Shot a l’immense fierté d’être ambassadeurs de l’évènement. On vous prend par la main pour courir avec nous dans Pigalle et revivre les temps forts de ce premier jour.

fredz : Trois accords pour convaincre

La journée commence en beauté avec une session canadienne. Comme chaque année la délégation à plaisir à nous faire découvrir ce qui se fait de mieux sur ses scènes dont les artistes de Montréal, particulièrement prolifiques. Ma Cabane à Paname nous propose donc de découvrir Fredz en showcase à la Machine du Moulin Rouge. Parfois les scènes montréalaise et parisiennes ont beaucoup en commun, d’autres fois, chacune apporte son lot de nouveautés et de façons de concevoir la modernité. Cette prestation tendrait plutôt à unir nos pays. Fredz a en effet une esthétique que l’on saurait identifié. Plutôt urbain dans ses sonorités, il sait osciller vers la chanson rythmée. Dans ses premiers instants le musicien évoque d’ailleurs Therapie Taxi et leur single « Hit Sale ». Il en a du moins la capacité tubesque, l’aisance du couplet bien écrit et joliment dosé. Armé de son blouson en cuir, le musicien a une sensibilité à fleur de peau. D’ailleurs il écrit volontiers sur ses angoisses, nuits blanches et ses amours. Se confiant à travers ses textes, il préfère rendre ses pensées dansantes pour mieux capter son public. Ce dernier suit volontiers le rythme, se laissant aller à danser en ce début de journée. Les refrains de Fredz sont généreux et accrocheurs. Lorsqu’il dévoile le titre « Trois accords » il s’amuse à raconter qu’il a appris la guitare il y a peu et qu’il n’a pas la capacité d’en faire plus. Il n’en a pourtant pas besoin. Trois accords suffisent à ce que la sauce prenne et à ce que Fredz se glisse avec aisance dans les esprits de ceux qui l’écoutent. La Canada est emplie de belles promesses qu’il est toujours de bon de découvrir à chaque édition du MaMA.

Damlif : aire de jeu et air du temps

Sous la Machine du Moulin Rouge, la Chaufferie fait office de cocon pour découvrir les artistes sous les meilleurs hospices. Un bref retour en enfance sous forme d’immense marelle dessinée au sol permet de changer son état d’esprit avant d’entrer dans la salle. Une sorte de passage magique pour mieux se laisser porter par les concerts avec une certaine sensibilité retrouvée.  Damlif fait partie des musiciens dont le nom est cité de toutes parts comme un de ceux à voir. D’ailleurs, la salle pleine ne trompe pas. Avec l’âge d’or du Hip Hop, la proposition en la matière est plus que variée. Le musicien aux cheveux longs apporte sa pierre à l’édifice. Son flow maitrisé oscille entre chant et phrasé. La répétition est l’une de ses armes maitresses pour séduire tout comme un beat travaillé, hypnotisant en fond sonore. Sur scène, la mélodie gagne du terrain et habille parfaitement la voix.  Il prend entièrement possession de son espace, habitant avec allure son avancée. Mais c’est aussi son timbre accessible qui fait mouche et convainc. Sa faculté à jouer des mots et à embrasser pleinement l’air du temps … pour mieux embraser l’assistance.

Liv Oddman : ovni en tout genre 

À 21h50, heure à laquelle le soleil se couche et une nouvelle étoile se meut.  Liv Oddman monte sur la scène de la Cigale. Celui qui a chanté tout l’été était très attendu sur cette édition du MaMA, l’annonce de sa venue se répandait comme un bruit de couloir. « Faut aller voir Liv Oddman, c’est super cool » qu’on entendait au détour d’une Boule Noire ou d’un Trianon. Et, influencé.es par le parfum capiteux de la découverte, à la Cigale, sommes nous allé.es.

liv-oddman-mama-festival-2023
©Kevin Gombert

Si l’on ne devait choisir qu’un seul mot pour décrire Liv Oddman (tâche ardue j’en conviens), ce serait ovni. Vêtu de noir, il passe d’un genre à l’autre sans aucune brisure de rythme. Le tout est parfaitement logique et pourtant complètement inattendu. Les morceaux passent du rock au rap avec en sous-tension une attitude résolument punk. Seul avec un guitariste, Liv Oddman serpente sur la scène. Magnétique, il l’occupe avec une assurance rafraîchissante. La foule est électrisée et oscille entre silence médusé et cris d’extase. Liv Oddman, un artiste à suivre.

Marcel : tout ce qui bruite 

Un peu plus tard, dans la salle cachée qu’est la Backstage, le groupe belge Marcel débarque sur scène. Dès les premières notes, le ton de la soirée est lancé. Particulièrement énergique et excessif, le groupe entraîne un public déjà attisé par une série de concerts rock tout au long de la soirée. Dans la foule, ça hurle, ça crie, ça pogote. On ne pouvait pas espérer mieux comme accueil pour un groupe dont le premier album s’appelle « Charivari ». En d’autres termes, le charivari c’est le vacarme, le bruit, le chahut, bref. Tout ce qui bruite. Véritable pépite rétro, le groupe oscille entre le garage band, le rock ou encore le grunge.

marcel mama festival 2023
©Kevin Gombert

Les CLOPES : Fumée non identifiée

les clopes mama 2023
©Kevin Gombert

Et d’un quatrième album pour l’objet non identifié les Clopes qui s’auto définissent comme membres à part entière de la troll wave.  Pour mieux situer le propos le troll concerne l’humour affirmé de la formation et la wave est une évidente référence à la cold wave qui les porte. Les Clopes, c’est un projet né d’un morceau, d’une blague aussi, mais de musiciens très sérieux, qui maitrisent parfaitement leurs instruments. Leur live s’inscrit comme une promesse : celle d’un moment hors normes où l’absurde la dispute au talent. Le groupe avait prévenu, sur scène, ils invitent les membres de leur collectif à venir ne rien y faire. Trolls toujours, ils sont vêtus de noir et portent de grandes lunettes de soleil blanches. Le tout va parfaitement avec les paroles de leurs morceaux qui tournent bien souvent autour de la dépression. Nombreux sur scène, ils prennent place et créent comme toujours le doute. Doit-on en rire ? Doit-on se laisser entraîner ? Une chose est sure, la formation permet au public de prendre du recul sur l’oeuvre qui lui est présentée. Et avec elle, l’attitude d’un certain rock élitiste. Celui-ci promet le droit de se moquer mais de se moquer avec eux. Pour autant, la qualité des compositions, prend régulièrement le dessus. les titres s’enchainent alors avec aisance. Face à un public conquis qui s’il ne sait pas sur quel pied danser, se laisse pourtant porter. Pas besoin d’aller au fumoir pour aspirer de grandes taffes qui font tourner les têtes et les esprits.

Tramhaus  : post punk rotterdamois 

tramhaus mama festival 2023
©Kevin Gombert

Et pour boucler cette soirée au Backstage, quoi de mieux que le groupe originaire de Rotterdam, Tramhaus ? Dernier round pour le Backstage, mais aucune perte en puissance. Leur énergie délirante soulève la salle, la renverse avec des riff de guitare efficaces. Avec à peine trois ans d’existence, Tramhaus a déjà bien sa place dans le paysage rock européen. Ce groupe d’amis à la vitalité affolante critiquent aussi bien le système qu’ils ne parlent de leur santé mentale. Un rock frais à découvrir sur scène pour en saisir toute l’étendu.

Texte : Pénélope Bonneau Rouis & Julia Escudero


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