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Julia Escudero

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Arcade Fire à l'Accor Arena - 2022
Crédit photo : Louis Comar

C’est suite à une actualité lourde qu’Arcade Fire se produisait à Paris ce 15 septembre 2022. Le groupe canadien essuyait en effet les accusations de méconduites et d’agressions sexuelles de son leader  Win Butler, publiées par le magazine américain Pitchfork. A Montréal qui voyait le groupe comme un trésor national, l’affaire avait eu un lourd retentissement. En Europe, où le groupe allait tout juste entamer sa tournée, l’affaire moins médiatisée avait pourtant été largement relayée. Certain.es fans avaient donc pris le parti d’immédiatement revendre leur place voir de tout simplement ne pas assister au concert puisqu’il leur paraissait inconcevable de profiter du show comme si de rien n’était. Cerise sur le gâteau Feist, programmée en première partie de la tournée avait tout simplement et rapidement choisi d’abandonner le navire pour prendre un maximum de distance avec l’affaire. Niant les faits graves dont il était accusé, en justifiant une partie par des problèmes d’alcool aujourd’hui réglés, le groupe s’était ensuite montré discret sur ses communiqués voir absent des réseaux sociaux. Face à cette tornade, restait tout de même une partie du public majoritaire qui avait choisi d’assister malgré tout à la performance des musiciens. L’éternel débat de la séparation de l’homme de l’artiste en tête certes mais aussi de la séparation du lead singer de son groupe et notamment de la personne de Régine Chassagne, épouse du chanteur et co-fondatrice de la formation. C’est donc avec ces éléments en tête que le public était convié à l’Accor Arena (Bercy donc) pour découvrir en live le nouvel opus  » We » d’une formation réputée immanquable en concert. Ambiance lourde, pop légère bercée par des couleurs pastels, la soirée promettait son plein d’émotions contradictoires. On vous raconte.

Arcade Fire à l'Accor Arena - 2022
Crédit photo : Louis Comar

« We » = you & them

L’exercice est bien plus complexe qu’à l’accoutumé. Il faut raconter un concert, lieu de communion s’il en est, espace que l’on veut libre et sécurisé avec en tête le poids d’accusations qu’il ne faut jamais prendre à la légère. Certain.es dans le public ont, c’est certains ces faits en tête, d’autres au contraire en sont détachés, les tee-shirts de la formation dont les bénéfices sont reversés à Haïti sont nombreux dans la salle, arborés comme il en est coutume. Quand on écrit un reportage sur un concert, vous l’avez sans doute vu, on inclus tout le monde, le public devient une masse et un corps unique. Et au delà de l’effet de style, l’idée elle, est sublime. Celle qu’en un instant  des centaines, parfois des milliers de personnes communient et partagent un même sentiment. Cette fois l’affaire pourrait être différente. Ce sera plus au détours d’oreilles tendues, de quelques bruit de couloirs que cette non union rare du public se fait sentir. Puisque dans les faits, une fois à l’intérieur de l’immense enceinte de l’Arena, le live se déroulera comme si de rien n’était. Pour bien s’en rendre compte, il faudra attendre 21 heures 15 bien passés. Le groupe aux titres fédérateurs sait ménager son entrée et nombreux sont les cris et applaudissements trahissant l’impatience à les voir débarquer.

Pour se produire, le combo a dressé deux scènes. La scène classique est surplombée d’un arc de cercle faite  d’écrans. Le travail de scénographie est d’ailleurs sublime. Il ouvre les portes d’un cosmos qui devient l’iris de l’oeil que l’on retrouve sur la pochette de « We ». Un beau travail, celui d’une équipe, qui sera un support central pour la représentation. Voilà qui rappelle la valeur ajoutée de lives dans de grandes salles où une scénographie pensée est possible. Les hostilités s’ouvrent sur « Age of Anxiety I » face à une formation survoltée. Décidée à se donner pleinement et dont le plaisir à se produire en concert transpire avec évidence. Il faut attendre le quatrième titre pour que Régine rejoigne l’îlot central dressé en milieu de la fosse sur le titre « It’s Never Over (Hey Orpheus) ». Au dessus de cette scène : une immense boule de disco, sur la scène un piano à queue transparent. La chanteuse de paillettes et de noir vêtue à quelque chose de la poupée féroce en live. Sa voix et ses pas délicats sont aussi lumineux que la boule à facettes située au dessus de sa tête. Elle occupe l’espace scénique en une forme de tourbillon pop. Son mari la rejoint sur « My body is a cage », grimpe quelques escaliers qui le place à hauteur du piano et les deux chantent en choeur, en un moment chorégraphié qui n’est pas sans évoquer les couples musicaux célèbres à la « Grease » et autres « Dirty Dancing ».

« WE » WANT TO SHINE in the dark

Il ne faut pas attendre longtemps pour que la boule à facettes se mette à faire briller toute la salle. Les projections de couleurs sur l’arche se multiplient. Les couleurs sont nombreuses. C’est probablement elles qui seront la meilleures représentation de ce show à la grandeur évidente. Certain.es évoquent encore de mémoire l’un de meilleurs moment de l’histoire du festival Rock en Seine alors qu’Arcade Fire avait joué sans effets sur la Grande Scène malgré la pluie battante. Cette mémoire collective tranche avec un show orchestré minutieusement à la mise en scène léchée. Peu avare de discours, le groupe prend quand même le temps de remercier le public de sa présence. L’Arena à la grandeur souvent froide prend une dimension plus intimiste lorsqu’elle devient un prisme géant. Côté foule, la fosse reste relativement calme, on hoche la tête, on danse volontiers, mais sans effusions. Les hits se succèdent. C’est d’ailleurs bien la particularité d’un groupe qui aime à balancer de grosses machines aux riffs fédérateurs. « Reflektor », « Age of Anxiety I » et sa suite, « Month of May »… Le tout géré par une troupe de musicien qui a plaisir à en inviter d’autres à le rejoindre sur scène, à l’accompagner. Le son est propre, les instruments maîtrisés. Derrière les paillettes, on sent l’exercice rodé, le groupe exalté qui cherche à balancer une énergie construite coûte que coûte. Il faut attendre les singles les plus connus pour que ces ondes touchent sincèrement l’audience et qu’elle se mette à onduler comme les skydancers qui finiront par être déployés en avant-scène. Des jeux de lumières s’ajoutent au tout. Couleurs et légèreté pour ravir les iris. La pochette de « We » était un sacré indice sur ce que voulait rendre la tournée. Le titre « Haitï  » permet d’inviter encore plus de musiciens sur scène représentant du pays caribéen souvent victime des pires séismes et conflits. L’occasion de mettre en lumière (disco) une culture mais aussi des maux. L’envie aussi de créer par la musique un set inclusif où tout le monde dit « we » à une fête plurielle.

« We » want to give everything now !

« Everything now » clôture le concert en une explosion tubesque. Certains regards tentent tant bien que mal de rester braqués sur Régine, sorte de lumière dans la nuit comme s’ils acceptaient de la célébrer elle. Les gradins sont levés, les chants en choeur dont là. Le rappel ne se fait pas dans un grossier au revoir pour mieux maintenir les applaudissements. Non, la musique perdure alors qu’il est évident que le groupe se fait un chemin en dansant, un peu comme à la queue leu leu, vers la scène centrale. Tous les musiciens s’y retrouvent. L’attente de la montée sur scène était peuplée de morceaux évoquant les cartoons, cette même vibration s’inscrit en écho de la disposition scénique ici proposée. Les musiciens en cercle, un peu comme dans le « Roi Lion ». Une reprise de « Pendant que les champs brûlent » de Niagara permet de chanter en français. Un morceau dont la cote retrouvée lui vaut en ce moment d’être fréquemment repris. L’envie de toujours proposer des tubes en masse est une ombre omniprésente dans la carrière des musiciens autant que les jeux de lumières viennent projeter la leur sur la grande scène maintenant délaissée. En la matière Arcade Fire excellait bien plus sur ses premiers jets que sur son dernier né.  Comme pour le prouver « Wake Up » paru en 2005 vient conclure la soirée. Le titre s’étire en des « ho hoooo » repris par l’assistance forcément réceptive. La performance s’achève sur l’aspect grosse machine rodée que l’on peut retrouver chez Coldplay. La descente de scène poursuit ce cheminement, ces chants appuyés encore et encore répétés. Ce qu’il faudra néanmoins répéter c’est qu’importe quelles seront les finalités et implications qu’auront les accusations envers Win Butler, l’album a beau s’appeler « we » un non est non et lorsque ce n’est pas un oui, c’est non aussi.


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Crédit photo : Louis Comar

Dernier jour déjà au Parc de Saint-Cloud ce dimanche 28 août pour l’édition 2022 de Rock en Seine. Le temps est passé bien vite pour les festivaliers de l’évènement francilien. Il fut peuplé de réussites, notamment grâce à la performance de Nick Cave & the Bad Seeds, concert immanquable dont la beauté restera longtemps dans les mémoires, mais aussi les retrouvailles très attendues, bien qu’au résultats qui aura divisé d’Arctic Monkeys. Le festival n’a pas été à l’abri de quelques déconvenues.  Déjà en raison d’un golden pit, une fosse or à tarif supérieur, vue par de nombreuses personnes comme une attaque. Il faut dire que l’idée de rendre la fosse, ce lieu de partage, accessible à une certaine élite paraissait bien cynique. De même la présence sur les écrans géants de la pub Dior  avec Johnny Depp a été hautement contestée. Au milieu des polémiques, le plaisir de retrouver le festival était lui aussi bien présent. Déjà parce que l’évènement, synonyme de rentrée avait manqué mais aussi grâce à une programmation colossale qui avait de quoi faire frétiller. Conclusion donc pour ce dimanche à travers les deux concerts qui ont marqué notre journée.

Toucher les astres

En milieu d’après-midi, une présence bien particulière vient éveiller les esprits. La tornade Aurora est là et compte  toucher de ses doigts de fée une audience forcément conquise. Il faut dire que la jeune chanteuse vêtue d’une longue robe blanche, telle la prêtresse qu’elle est, sait diffuser sa bienveillance. Il y a une générosité sans limite dans le show de la musicienne. Venue défendre sa très jolie dernière pépite en date « The God We can touch », elle semble être surexcitée. Debout sur la Grande Scène, la voilà qui explique donc avoir joué sur une scène bine plus petite lors de sa dernière venue. Intimidée, elle expose pourtant de joie « Je suis très bien là finalement ». Il y a une sincérité à fleur de peau dans les gestuelles de la musicienne, une candeur innée qui rassemble et frappe fort. Elle va toucher les cœurs au delà de sa voix gracieuse qui prend encore plus de nuances en live.

D’ailleurs, elle invite par surprise Pomme à la rejoindre sur scène pour chanter en duo l’un des plus beaux titres de son nouvel opus : « Everything Matters ». Comme sur la version album, les deux voix angéliques s’additionnent à la perfection face à un public plus qu’heureux de cette invitation. Quelque part dans la foule une jeune femme pousse d’ailleurs quelques petits cris en découvrant la présence de Pomme. Une accolade et voilà qu’Aurora récupère l’entièreté de la scène sur laquelle elle semble flotter. Au plus proche de son public, la chanteuse sautille à chaque fois qu’elle parle et pousse ses prouesses vocales sans sourciller. Elle ne manque pas d’interpréter son titre le plus connu « Runaway » face à un parterre d’adeptes qui reprennent le titre en chœur. Toujours au plus proche de ses convictions qu’elle défend avec ardeur (et à raison) sur scène, sur album comme lors de ses prises de paroles, Aurora agite un drapeau LGBT+ (ou plus précisément un progress Pride Flag). L’amour sous toute ses formes, c’est bien de ça dont il s’agit. Et elle sait on ne peut mieux lui donner corps et chœur.

Vous étiez formidables

Il existe, il faut en convenir différentes typologies de concerts. Celui véritable, mettant en avant ses instruments, la voix d’un chanteur et une œuvre musicale et celui différent mais pour autant également intéressant qui tient plus en un spectacle. Ce second bien plus écrit, offre une expérience différente à ses spectateurs et c’est justement dans cette catégorie que se situe celui de Stromae. Il comporte d’ailleurs toujours une scénographie hallucinante pour porter une histoire racontée en musique. L’album y devient en quelque sorte une comédie musicale tant l’affaire est narrée. Attention pour autant, le plaisir y est quand même partagé et communicatif et les grosses machines tendent à époustoufler par leur rareté. L’histoire qu’est venu nous conter Stromae, elle est par ailleurs plutôt triste. Le célèbre chanteur belge publiait cette année son opus « Multitudes », un album assez inégale mais dont le propos sur la dépression avait permis pour certains, de faire un pas de plus sur le chemin de l’acceptation de la maladie mentale pour ce qu’elle est, une maladie difficile à combattre. Et rapidement, le musicien prend le temps d’expliquer que ce spectacle va parler de cet galette : « Mais on retrouvera aussi des morceaux issu du précédent album. » rassure-t-il. Pour autant, il faut lui reconnaitre, il sait rendre sa détresse aussi joyeuse que poétique. Il réussi même l’exploit de faire danser la foule en chantant les souffrances du cancer qui décime une famille et en ça l’exploit est fort. On dit Stromae, mais c’est pour mieux introduire une autre réalité, il serait bien plus véridique de parler d' »ils » au pluriel. Puisque la musique lorsqu’elle vient à rencontrer un large public n’est plus l’affaire d’un seul artiste sur scène mais bien le travail collectif de toute une profession qui œuvre dans l’ombre pour faire exister cet art si fort. L’affaire pourrait être oublier lors d’un concert mettant seulement en avant la musique. Mais pas sur ce show. Notre chanteur en a pleinement conscience et la liste de ses remerciements en fin de set qui sont « Très importants » ressemblera d’ailleurs à un long générique. Notre homme a entièrement raison. Ici des écrans géants montés sur bras radio-guidés permettent de donner au show son aspect spectaculaire. Des images défilent, d’un Stromae créé en 3D à des jeux de couleurs, un immeuble se créé puis un apocalypse proche en couleurs de celui de l’Upside Down de « Stranger Things ».

Crédit photo : Louis Comar

En scène maestro !

Ces effets ne sont pas les seuls ingrédients utilisés pour créer un show orchestré de bout en bout. Un chien robotique vient sur scène lui apporter un pull permettant quelques gags sur son fonctionnement moyen – eux aussi travaillés- et surtout de lancer « Papaoutai ».  On retrouve également des chorégraphies expliquées directement sur les écrans telles que les consignes de sécurité dans un avion. Et la sauce prend très bien. Le public suit, hypnotisé, chaque action à laquelle il est invité. Il l’est aussi par le chanteur lui-même qui s’adresse régulièrement à lui. Et c’est sûrement là que l’homme reprend le dessus, non plus simple tributaire d’une équipe, il sait on ne peut mieux gérer une foule. A chacune de ses indications, Stromae se fait entendre et est suivi. Il s’amuse régulièrement avec son public, l’interpelle, lui donne des consignes et entame ses chorégraphies. L’homme devient alors un personnage, un artiste aussi, en représentation. Il sait se composer pour mieux exister. C’est peut-être là la première clés pour comprendre son succès planétaire, celui-là même qui l’a aussi emmené à Coachella. Pour « Formidable », le titre qui lui a valu de nombreuses comparaisons à Jacques Brel, il prend cette fois les traits du désespoir et de l’homme alcoolisé. Stromae est un comédien qui joue parfaitement son rôle. Celui qu’on attend de lui, mais aussi celui qui expulse entre la scène et ses albums ses maux eux, bien encrés dans la réalité.

Crédit photo : Louis Comar

C’est sur le classique « Alors on danse » repris par une foule déchainée puis par un live a capella face à une fosse entièrement silencieuse (joli exploit) que le concert se termine.  Ce show est une excellent allégorie du festival Rock en Seine et plus généralement du milieu de la musique. Derrière chaque concert, chaque moment se trouve le travail colossal d’une équipe. Des bénévoles qu’on voit en direct à de nombreuses mains qui œuvrent dans l’ombre à ce que le public puisse passer le meilleur des moments et que l’évènement puisse exister chaque année. Des personnes qu’on prend trop peu le temps de remercier. En ce qui nous concerne, nous aimerions profiter de ces quelques mots et de cette conclusion pour remercier le service de presse d’Ephelide et sa merveilleuse équipe, notamment Marion et Catherine. Mais aussi les autres médias qui couvrent chaque année les évènements pour parler de musique, en débattre, la raconter à ceux qui n’ont pu y assister. Sans oublier nos photographes qui donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes pour rapporter les plus beaux clichés et continuer de faire vivre le live par l’image bien après la fin des concerts. Tout particulièrement les nôtres : Kevin et Louis qui ont excellé sur le festival. La rentrée promet le meilleur pour la suite.

 


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Il était attendu ce retour. Deux années que Rock en Seine n’avait pas eu lieu. En échange en 2020, une émission avait permis à quelques artistes français en vogue de venir jouer dans le parc de Saint-Cloud et puis en 2021, rien. Peur d’une annulation causée par un motif qu’on se lasse d’évoquer continuellement. Alors lorsque l’édition 2022 a été annoncée, elle est devenue en un rien de temps l’évènement immanquable par excellence. D’autant que tel le phoenix, le festival francilien comptait bien renaître de ses cendres en remettant le rock au coeur de son affiche. Il faut quand même dire que le mastodonte avait mis ses dernières années à l’affiche bien d’autres courants artistiques. Loin de prôner la guerre ridicules de courants artistiques qui ne sauraient cohabiter, une idée qui tient beaucoup plus des fans que de musiciens qui collaborent et inspirent au delà de leur genres respectifs, il faut admettre qu’il est bon de confirmer qu’un nouvel âge d’or du rock est en route et que comme bien souvent, ce vent frais nous vient du Royaume-Unis. Logique donc, dirons-nous, que cette première journée de festival, le 25 août fasse donc la part belle en majorité aux groupes d’Outre-Manche. C’était d’ailleurs en raison de sa tête d’affiche Arctic Monkeys, la journée la plus attendue de cette édition. Les attentes ont-elles été comblées ? Debrief de notre journée de festival.

L’A(rriver)B(ouger)C(hauffer)D(anser) d’une ouverture

Le soleil est beau fixe, il tape même bien fort faisant redouter une nouvelle journée de rock en sueur. Quelques couacs sont d’entrée rapportés par les premiers arrivants sur site quant à un bug côté entrées, ralentissant l’accès au festival. Bon, il ne faut pas se fier au premières impressions. Grosse tête d’affiche veut, une bande de fous d’Arctic Monkeys se rue sur le premier rang de la Grande Scène, avec le besoin d’être au plus près d’Alex Turner et son équipe en fin de journée. Il y a toujours quelque chose de touchant au culte du premier rang, la preuve que la musique transporte toujours au plus haut point. Autant mettre les pieds dans le plat une bonne fois pour toute, une nouveauté attend les festivaliers : la création d’une fosse or pour se glisser au premier rang en payant plus cher pour s’éviter le folklore d’heures d’attentes. Faire de l’accès à un bon placement dans la fosse une histoire de gros sous fait toujours grincer des dents mais l’évènement a eu le bon goût de laisser une partie des premiers rangs accessibles aux plus résistants. On se console comme on peut.

gayle rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Toujours est-il que la star de Tik Tok, puisque oui le réseau social – antithèse du retour bienvenue au sacre de l’album sur vinyle- créé des stars avec un seul single, Gayle est celle qui se colle à l’ouverture des festivités. Si vous pensez ne pas la connaître, rassurez-vous, vous avez probablement déjà entendu son mega titre « abcdefu » hymne pop rock revendiquant… sa rage contre sa rupture. Un sujet commun pour un titre relativement efficace en terme radiophonique et utilisé pour Tik Tok pour s’amuser à bonnet sa taille à bonnet de soutien-gorge… On évite le discours de vieux con sur le sujet, chaque génération a son truc et celle-ci a aussi nombre de très beaux combats qu’elle mène parfaitement. Pas celui-ci mais bref. Gayle donc, opte pour un look rock un brin emo (ils reviennent, ne craignez rien ils sont vos amis), cheveux bicolores sur la tête, noir et blanc. Comme Cruella qui s’est fait une aura d’icône mode punk grâce à son dernier film en somme.

Notre chanteuse est honnête et confie à la foule parler dans ses titres d’amour, de relation, de ruptures… Elle se donne du mal à capter le public insuffler de l’énergie sous un soleil tape fort et attend son gros succès pour se lâcher à fond. Heureux d’être là, il donne quand même le change autant que possible. La catalogue musical de Gayle reste néanmoins très pop plus que rock donc type année 2000. Un peu comme quand des Hilary Duff et autre Ashley Simpson s’étaient mises à faire des titres « rock » pour aller dans la tendance, le rock venait de la ceinture à clous en somme. L’énergie est quand même là et si deux, trois titres peuvent suffire à faire le tour du sujet la sauce prend bien plus fort sur le hit attendu, en plus joué en mode « angrier » pour bien clasher l’ex malveillant. De quoi s’échauffer tranquillement avant le gros des hostilités.

gayle rock en seine 2022
©Kevin Gombert

L’Union Jack se pose sur le festival

yard act rock seine 2022
©Kevin Gombert

C’est un très beau nom qui donne un ton bien plus rock au moment sur la scène Cascade puisque voilà que débarque les excellents Yard Act. Les originaires de Leeds sortaient en janvier un immense premier opus  » The Overload » à l’élégance rock indiscutable. Parfait de bout en bout, les compos ne pouvaient que faire vibrer sur scène. D’ailleurs plus tôt en conférence de presse, Joe Talbot, le chanteur d’Idles confiait que le groupe faisait partie des excellents du festival pour qui il aurait volontiers payé un ticket pour les voir jouer. A raison, avec une précision instrumentale incroyable et un débit sublime de son chanteur, James Smith, le groupe gagne en profondeur en live, face à un public déjà venu en masse. Peut-être trop statique de son appréhension de la scène en début de set, le groupe convainc franchement l’assistance avec une précision millimétrée. Ce dernier n’hésite d’ailleurs pas à communiquer à son public sur sa joie à jouer sur ce « très beau festival ». Plaisir partagé, il faut se le dire. Le rock est de retour, longue vie au rock.

Le rock anglais a bien des visage et l’un d’eux sonne très américain en la personne de Yungblud. Grosse figure particulièrement attendue, le musicien est connu (à raison) pour être une sacrée boule d’énergie.

D’entrée le musicien aux cheveux rouge offre en guise de jeu d’écrans une bouche géante rouge aussi et de la pyrotechnie. On est là pour le show. Et c’est bien ce qu’il compte offrir. Déchaîné il sautille partout, assisté d’un batteur particulièrement efficace et particulièrement peu vêtu, est-ce que sa tenue de scène est un simple caleçon ou bien est-ce une impression ?

Voilà donc notre bonhomme qui saute partout, littéralement partout en ouvrant grand sa bouche de façon volontairement démente. YUNGBLUD est aussi théâtrale qu’un Joker, si celui de Jared Leto aussi, cinématographique. Du coup dès le deuxième morceau, il demande à la foule de créer un moshpit, pour garder son premier rang il faudra plus souffrir que pour être belle ( allez hop une expression de vieux calée pour le plaisir de vos beaux yeux). L’affaire est pliée, le cercle se créé, ça pogote clairement et on se reprend un petit jet de flammes. Le musicien distille un rock très inspiré années 2000. Il suffit d’écouter « The funeral » pour sentir une pointe de nostalgie d’un certain courant rock alternatif qui remplissait les stades.

yungblud rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Un peu de Blink- 182 par là pour citer un nom très connu qui se fait bien entendre dans les sonorités, la dispute à quelques moments plus screamés façon The Used  ou My Chemical Romance et des influences hip hop. Le set a le mérite de mettre beaucoup de gens d’accord, après tout ses instants très pop et donc mainstream touchent les plus réticents, là où les moments plus  brutaux permettent aux fans de rock de se déchaîner. Quant au retour des scènes alternatives des années 2000 … difficiles d’être objectifs quand on les a trop bien connues mais il est vrai qu’elles offraient un défouloir certain à la jeunesse. Qui nous manque. Le set arrive sur sa fin avec « I Think I’m Okay » originellement en duo avec Machine Gun Kelly et Travis Barker  de Blink-182 (coïncidence ?). Un titre qui lui aussi aurait pu exister il y a 15 ans mais qui sait bien doser sa recette. Enfin, pour terminer cette prestation de 60min (où le musicien français Waxx fait même une apparition), Yungblud fait chanter ses fans sur son tube « Loner ».

yungblud rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Post-pop-punk rock

inhaler rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Sur la scène Cascade c’est Inhaler qui galvanise une foule majoritairement féminine au premier rang mais pas que. Les adeptes de la formation irlandaise ont fait le déplacement et agitent le drapeau du pays en se noyant dans les beaux yeux de son chanteur, Elijah Hewson, aux cheveux impeccables et qui ne se décoiffent jamais même quand il danse – quel est son secret ?

inhaler rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Un régal pour les yeux, il faut en convenir qui vient servir un set propre et carré. Pas de grosses effusion, les mélodies pop rock évoquent (et personne ne se demande pourquoi) celles de U2 et leurs tubes planétaires. Certes, l’originalité n’est pas là mais la sauce prend plutôt bien. Les arrangements fonctionnent, les mélodies entrent en tête, la foule en redemande. Elle sera servie au court d’une ballade tranquille où le risque n’est pas de mise mais où la mélodie est centrale.

La foule dense d’un festival plein à craquer s’est ensuite donnée rendez-vous pour (re)voir sur scène l’immense groupe qu’est IDLES.

idles rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Un set d’une heure et quart leur est laissé pour faire la part belle à leur dernière galette « Crawler ». Album de guérison ultime, à fleur de peau et à couteau tiré, ode à la vie prend aux tripes. La tournée elle n’est pas une cure de santé mentale avouera en conférence de presse Joe Talbot qui ne tarie pas des loges son plaisir au retour au festival et à faire partie d’une scène rock qui ne souhaite pas uniquement mettre des hommes blancs qui jouent les super stars à l’affiche.

Ceux qui veulent devenir le meilleur groupe de live du monde se donnent titre après titre entraînant la foule de Rock en Seine dans un tourbillon viscéral. Des morceaux issus de tous les morceaux sont interprétés. Quelques effet de scène sont là, du type faire se baisser toute la foule pour mieux la faire sauter, mais l’instant est surtout dédié. « The Wheel » écrase comme une grosse machine qui vient poser ses guitare au plus prêt de l’audience. IDLES est métallique, jusqu’au-boutiste, sincère, constant.  Et même si la pluie espérée en conférence de presse ne vient pas, le set ne lâche rien. Un petit instant décalé grâce à l’interprétation d' »All I want for Christmas is you » rappelle que tout peut sonner diablement rock avant de conclure sur le classique « Danny Nedelko ».

idles rock en seine 2022
©Kevin Gombert

Même si l’heure de la tête d’affiche l’édition 2022 de Rock en Seine approche à grands pas, il faut faire un crochet par la scène Cascade pour se prendre une baffe bienvenue offerte par Fontaines D.C.

A cette heure-ci le festival est plein à craquer. Trop dirons certains, puisqu’il devient difficile de s’offrir une bonne place pour profiter pleinement du show. De même les queues pour s’acheter à boire ou à manger s’étirent à l’infini. Il faut compter plus d’une heure pour se sustenter, de quoi frustrer certains festivaliers. Le groupe de Grian Chatten lui, permet de sublimer l’instant. La machine à tubes post punk dont l’immense « Skinty Fia » est sorti cette année ne laissent pas une minute de répit à l’assistance qui se prend tornade de perfection sur tornade de perfection. Le son est bon, l’énergie est aussi bien distillée lorsqu’elle est en retenue que balancée sur le public. « Jackie Down the line » met tout le monde d’accord alors que la troupe aux dress code noir et blanc (avec quand même un pantalon de jogging, on est pas là pour s’occuper de la mode) se donne avec une intensité sans limite. Il faudra absolument revoir la troupe de Dublin, sûrement dans des conditions permettant de mieux voir la scène pour mieux s’imprégner de leur étrange perfection.

Une chaleur « Arctic »

Ladies & gentlemen, c’est la troupe d’Arctic Monkeys que vous vouliez ? Eh bien, la voici. D’ailleurs vous êtes bien nombreux. Autour de la Grande Scène, tout le festival se presse, en masse, en foule compacte, très vite, il est impossible de bouger, tous les yeux sont là, rivés sur scène, c’est bien eux, la troupe d’Alex Turner est de retour. Le beau gosse d’avis général a la coupe de cheveux idéalement rock galvanise la foule. Pour mettre tout le monde dans le bain, la formation balance tout de suite les hostilités avec son plus grand titre « Do I wanna know ? ». La chose a le mérite de mettre le parc de Saint-Cloud entier d’accord alors que tout le monde chante. Avant IDLES, avant Fontaines D.C … le rock anglais avait déjà vécu un revival au début des années 2000 et la troupe y était franchement pour quelque chose. Alors pour certains, le moment évoque une nostalgie parfaite, pour d’autres qui les découvrent en live, l’instant à l’étoffe du concert culte.

A tel point qu’il en devient aisé d’oublier les défaut : un son qui n’est pas parfait, une performance un brin statique, pour se concentrer sur l’essentiel : l’union que sait provoquer Arctic Monkeys. Leur répertoire se dessine avec élégance et quand les singles arrivent comme c’est le cas pour « I Bet you look good o the dancefloor » ils ne font que galvaniser ce qui existe déjà : un cohésion unanime et un chant d’une audience presque en continue. Exit, les pogos, par manque de place peut-être alors que la foule ondule franchement. Notre chanteur façon crooner la joue séducteur fatal, et profite de la justesse de son équipe pour séduire sans avoir à sauter partout. Les yeux brillent et des vagues d’amour profond accueillent le « Nouvelle chanson » comme introduite en français dans le texte, extrait de l’album « The Car » à paraître en octobre et annoncé la veille. Pas besoin de forcer à priori pour convaincre quand on atteint ce niveau de notoriété. « R U Mine » conclut ce set d’une heure et demie. A l’instar d’un autre groupe qui avait révolutionné le rock en son temps The Strokes, Arctic Monkeys n’est pas une bête de scène, pas plus qu’un objet curieux de festival. Le groupe a atteint il y a longtemps son statut d’indiscutable super star, d’objet iconique à voir et revoir pour sa qualité de compositions et pour la magie qu’il distille. « R U Mine ? » le public répond un grand oui, à moins que l’inverse ne soit vrai et que le groupe n’appartienne à l’ADN d’une audience qui les chérie comme le sang de ses veines.


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Festivaliers Rock en Seine 2017 des bubulles?

Rock en Seine 2017: Nos festivaliers ont du talent ( recap photos de votre best off)

Depuis 15 ans Rock en Seine est la grande réunion des parisiens avant la rentrée.…

Pour la plupart des festivals d’été, cette saison 2022 est celle des retrouvailles. Reparler une nouvelle fois de la crise du Covid est ,certes, plus que lassant d’autant plus avec les constantes menaces de nouvelles vagues. Mais toujours est-il que tout cela a largement impacté le monde culturel et festivalier. Et si dans certains lieux de France, la vie est depuis repartie si vite qu’elle en donne le tournis, ici l’immense évènement profite de l’aura de ce retour tant espéré à la normal. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est possible d’entendre avant même le lancement des concerts, un photographe expliquer que ce retour en festival l’excite tout particulièrement. Pourtant ce retour après une longue absence n’est pas la seule particularité de cette édition des Deferlantes. Se retrouver certes, mais surtout ailleurs. Pour quatre jours de festivités exit le site d’ d’Argelès-sur-Mer et bienvenue à Cérès, nouveau fief de l’immense festival sudiste. Pour parfaire le tout, 4 jours attendent les festivaliers, petits et grands, avec une immense programmation internationale. Du 7 au 10 juillet, la fête y sera belle, c’est certain.

Un nouveau lieu pour une nouvelle vie

deferlantes 2022
©Maud Ferrari

Le changement peut déstabiliser autant qu’il peut exciter. Alors lorsque les portes s’ouvrent sur le nouveau domaine du château qui nous accueille, l’heure est à l’inspection et aux comparatifs. Si celui-ci ne profite plus d’une vue et donc d’une scène mer / montagne, celle sur les Pyrénées verdoyantes est à couper le souffle. Plus plat que son prédécesseur, plus grand aussi , le site a été repensé. Il se séquence en plusieurs parties. Un château sublime, une grande roue, parfait décors instagramable, une tyrolienne aussi mais qui cette fois ne passe plus au dessus des scènes. D’autres propositions s’ajoutent pour parfaire l’expérience. un docteur Maboul géant a été installé, un lieu unique de food court, regroupant de nombreux food trucks a été installé, plus loin des scènes. D’ailleurs une nouvelle scène, sorte de puit aux nombreuses bouées multicolores a été installée pour ponctuer les après-midi de danses autour d’un DJ set. Si le charmant lieu a moins de grandiose que son prédécesseur – mais est-il seulement possible de tenir la comparaison avec l’incroyable domaine de Valmy ? – ce nouveau spot lui est bien plus pratique et l’espace pour profiter des deux scènes principales permet de profiter de toutes les performances et ce, où que l’on choisisse de situer. Que l’on soit premier rang ou chill dans l’herbe, l’affaire est plaisante. Un point pour toi le changement !

Let’s get the party started

Non, ne nous emballons pas les Black Eyed Peas concluront cette journée du jeudi. D’ici là, la programmation est à l’image des Déferlantes. Comme toujours elle s’alterne pour mieux séduire un public familiale où jeunesse fêtarde rencontre ses aînés nostalgiques. Deux scènes, avec donc vue sur les montagnes – et quelle vue à couper le souffle ! – s’alternent donc toujours pour ne pas manquer une miette des festivités : ouf, toutes les habitudes n’ont pas à changer.

Un vent violent touche la région en cette journée, les températures sont élevées mais ce souffle a forcé les musiciens, comme le soulignera plus tard Juliette Armanet, à venir sans aucun décors « Nus devant vous ». Point d’artifices donc, le live devra être qualitatif.

C’est donc Cali qui ouvre ce début de soirée, avec un peu de retard – qu’importe, personne n’est pressé. Il n’est pas surprenant de retrouver le chanteur ici, le festival est son fief et sa fierté. Et il faut dire que le monsieur sait communiquer son plaisir à être de retour. Tornade déchaînée, il débute sa performance sur « Je crois qu’elle ne t’aime plus » qu’il étire en se jetant directement dans la foule. Très respectueux des professionnels, il invite d’entrée les photographes à le rejoindre sur scène pour shooter depuis les hauteurs. Rien ne semble pouvoir l’arrêter lorsque qu’il va se percher sur les épaules des spectateurs dans la foule, reprend U2 et fait chanter l’assistance. Le show à ce côté bon enfant des vacances, cet esprit bienveillant qui peuple les festivals. L’énergie donnée ici permettra, il est certain de tenir jusqu’au bout de la nuit.

Le festival aime à changer de registre à mesure qu’il change de scène, c’est sans doute pour ça et aussi en clin d’oeil à Sum 41 programmé plus tard que Dropkick Murphys débarque sur scène. Le punk celtique s’est de noir vêtu ce soir. Si le public est bienveillant à l’égard de nos amusant farfadets, il semble évident qu’il n’est pas son public cible. Du coup plutôt que de créer de traditionnels circle pits et autres pogos, il sautille et danse gentiment. L’ambiance est à la camaraderie, qui a dit qu’on ne pouvait pas boire de rosé dans un pub ? Le groupe profite de son set pour annoncer son prochain album pour septembre, l’information est accueillie avec joie. Mais il enchaîne aussi ses classiques, s’offre une reprise de « The Bonny » du compatriote celte et folk Gerry Cinamon -ce génie- et enchaine ses succès. Il ne faut pas attendre la fin du set pour danser sur une chanson pour « the ladies » comprendre « Rose Tatooed » et finit sur son classique « I’m shipping to Boston » histoire de rappeler sa ville d’origine.

Les trentenaires ont pu reprendre une bonne gorgée de leur jeunesse, il est temps de mettre d’accord nouvelle et ancienne génération avec Juliette Armanet et sa chanson française. Il y a du France Gale chez la jeune femme de paillettes vêtue. Toujours aussi bienveillante et souriante que lorsqu’elle jouait au Fnac Live une semaine auparavant, elle balance quelques roses dans l’assistance lorsqu’elle entre en scène. Décidée à se prouver sans artifices donc, elle débute par un piano voix sur « Boom Baby » et enjoint la foule à reprendre le dernier refrain avec elle même « en chantant faux ».

Loin de rester greffée derrière son instrument, la chanteuse s’en détache volontiers pour danser. Quelques petites notes de piano évoquent sans conteste « Si maman si » mais la musicienne y impose son style et surtout sa voix sucrée et rassurante. L’immense qualité de son répertoire tient en sa capacité à se faire classique instantané. Difficile de penser qu’elle n’a percé que quelques années auparavant. D’ailleurs quand très tôt elle propose d’interpréter « L’Indien » et demande si « Vous le connaissez celui-là ? » les réponses sont unanimes. Fête d’un autre temps au milieu des années 2020, l’instant se fait joliment dansant et le soleil lui descend doucement pour mieux parfaire la performance.

On envoie une grosse menace !

Les plus jeunes, c’est pour PNL qu’ils ont fait le chemin. Tête d’affiche attendue, les frangins au rap nouvelle génération et aux airs lancinants savent remercier la foule. Vêtus de blanc, probablement issu de leur propre marque, ils tiennent à maintenir une image publique qu’eux seuls peuvent maîtriser. Du coup, voilà nos deux acolytes qui s’approprient l’espace scénique en y tournant en rond, l’arpentant comme des félins en cage. Si le son peut légèrement pêcher, l’envie de mettre bien ceux qu’il nomment « La mif » est très présente. Régulièrement, le duo se coupe pour parler et rappeler en boucle « C’est incroyable, faites du bruit pour vous. » Cette tournure de phrase se multiplie à l’infini mais préviennent-ils « On va envoyer une grosse menace là! » Ils enchainent leurs succès face à un public maintenant compact au premier rang. Voilà donc l’instant tant désiré par la mif, celui d’ « Au DD ». Sauf que, chose rare, les frangins prennent le pari de laisser le public le chanter sans instru se contentant de ponctuer l’instant de quelques mots qu’ils prononcent et accentuent. Les paroles sont sues par coeur, tout le monde les porte. Du coup les hôtes du moment s’en amusent « Merci pour ça, on va quand même vous le faire pour de vrai ! » Et voilà que joignant le geste à la parole, ils reprennent le morceau de plus belle, cette fois-ci en entier. Un dernier titre, « Déconnecté » conclut le moment et laisse un public bouillant d’excitation.

Ce qui surprend aux Déferlantes c’est bien cette capacité à passer d’un registre à un autre sans sourciller. Voilà donc que Simple Minds prend la relais. Eux galvanisent un public plus âgé et donc plus à même de venir danser et chanter. Lorsque le chanteur débarque au milieu de ses musiciens et d’un décors coloré mais minimaliste, l’expérience transparait de son jeu de scène. Il tente de faire de la scène son puit de jouvence. Saute et danse, sourire aux lèvres. Le talent des musiciens coule de source, les titres s’enchaînent dans un esprit bon enfant où le spectacle est mot d’ordre. Evidement les pas si simples gros singles du groupe dont « Don’t You (forget about Me) » sont interprétés.

Pendant ce temps-là, prêt du château, une petite scène offre des performances à couper le souffle dont celle des immenses Meute et leu orchestre flamboyant, multiple, coloré et hors du temps. Ceux qui veulent prendre une petite pause côté têtes d’affiches y trouvent leur meilleurs instants, festif et hautement calibré.

Il n’y a pourtant pas de temps à perdre, la soirée touche bientôt à sa fin mais deux immenses performances viennent s’ajouter au tableau.

Ladies and gentlemen, the show is going crazy !

Sum 41 deferlantes 2022
Sum 41 deferlantes 2022 ©Maud Ferrari

Il était un film qui s’appellait « La cinquième vague » et qui retrace des attaques aliens par donc couches successives. La comparaison avec le show de Sum 41 s’y fait en un point : c’est bien par vagues de surprises qu’il est possible de découvrir que le rock alternatif dans sa grande famille fait son retour en force. Le concert à Bercy de my Chemical Romance et son public de lycéens, l’accueil réservé à Fall Out Boy au U Arena et sur les réseaux sociaux et maintenant, t-shirts et doigts en forme de corne de diable pour la bande de Derryck Wimbley aux Deferlantes, pas besoin d’être un brillant détective pour tirer des conclusions : ils sont de retour. La chose fait quand  même chaud aux coeur aux adultes bien établis qui ont grandi avec ce rock si particulier.

Sum 41 deferlantes 2022
Sum 41 deferlantes 2022©Maud Ferrari

C’est sur « Motivation » que la troupe débarque sur scène.  Un classique qui prend immédiatement aux tripes et aux pogos. Avec la maturité, Sum 41 a gagné en capacité. C’est d’ailleurs eux qui signeront le show de la soirée. Par parce que leur répertoire est meilleur ou non que celui des autres mais parce qu’ils savent canaliser une audience et la déchaîner en usant de ficelles bien rodées et d’une énergie communicative. Après de nombreuses péripéties, le leader du groupe a repris du poil de la bête et est devenu une tornade impossible à arrêter qui ne se prive pas d’avoir gagner en capacités vocales. Le voilà donc qui invite les « Ladies and gentlemen » à se déchaîner parce que : «  On y est enfin, on a attendu toute la soirée de vous retrouver motherfuckers ! ». Après un début très pop punk, le groupe avait pris un tournant plus « hard rock » qui s’exprime dans l’interprétation des titres. On passe d’ « Over my Head » à « In too deep » et même « Pieces » sans perdre le nord. Le leader aidé de ses fidèles acolytes s’amuse sur « les premiers et seuls morceaux qu’il sait jouer à la guitare hors Sum 41 » riant à gorge déployée pour mieux interpréter quelques notes de « Seven Nation Army » dont le tadada sera repris en choeur par la foule. La question « qui a déjà vu Sum 41 en concert ? » voit de nombreuses mains s’élever. C’est sur le classique « Fat Lip » que s’achève une performance énergique qui aura aussi vu le public s’accroupir pour mieux sauter dans les airs. On ne change pas une recette qui a fait ses preuves et fonctionne toujours aussi bien.

Le retard cumulé fait démarrer les Black Eyed Peas vers 1 heure du matin. Qu’importe puisque la performance est des plus attendues. La leçon dite Sum 41 est vraie pour tout. Les années 2000, elles reviennent. Aucun gros succès ne sera épargné par la troupe de Will I Am qui occupe parfaitement l’avant-scène. A commence par « Let’s get it started ».  Le show du groupe est d’ailleurs une revue dansante quasi clubbing de l’immense répertoire de la troupe. L’absence de Fergie se fait sentir mais elle est compensée par des musiciens déchaînés et portés par une foule qui connait chaque single au mot prêt. « Pump it », « I Goota Feeling », tous y passent alors que la scène se partage entre proximité et sauts survoltés.

Il faut pourtant se dire au revoir et rentrer rapidement dans la nuit noir peuplée de bourrasques de vent. Demain, la fête continue et promet un été inoubliable.


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