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Julia Escudero

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Lulu Van Trapp dévoilait le 19 avril son nouvel album « LOVECITY ». Un album qui se laisse aller à une dominante clairement pop sans pour autant perdre son esprit rock. Comme toujours avec l’équipe, qui a décidé de ranger ses costumes pour montrer son vrai visage, les morceaux comme les textes reflètent d’un engagement profond. Pour le féminisme, mais aussi pour l’art, pour l’envie de bousculer les codes et inviter le plus grand nombre à la réflexion. Le groupe qui a l’habitude de se mettre à nu sur scène sait aussi le faire en interview. Avec Rebecca, on parle de pop, du corps féminin, de se réapproprier son corps, du pouvoir de l’amitié, de l’art qui bouscule, d’art populaire, de nudité, de violence mais aussi de Catherine Ringer.

Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Pop&Shot : LOVECITY  sortira le 19 avril, comment le décririez-vous en quelques mots ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : LOVECITY parle de ce qui nous rattache et nous éloigne de la ville – de notre ville, Paris. Cet album traite de la relation amour-haine qu’on peut avoir à l’encontre de là d’où on vient, de ce qui fait à la fois notre fierté et notre faiblesse. Et de comme cette relation peut se propager jusqu’à l’intérieur de nos corps, nos relations amoureuses et amicales. LOVECITY part d’un constat sombre sur le monde qui nous entoure, et finit sur un espoir lumineux en notre génération et les suivantes, une foi inébranlable en l’amitié.

C’est un album qui parle beaucoup d’amour mais surtout d’amour entre amis comme un remède. L’amitié est-elle un remède aux maux d’amour ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : A travers les chansons de cet album mais aussi notre expérience personnelle depuis que nous en avons entamé la création, nous avons réalisé que l’amitié est décidément la plus solide des formes d’amour. L’amitié est libre du capitalisme, elle n’obéit à aucun contrat, à aucune monnaie. C’est le dernier lieu de liberté et c’est là que nous puisons notre force. L’amitié nous a à de nombreuses reprises sauvé.e.s du chagrin d’amour et peut même avoir la force de nous sauver de cette époque dure et solitaire. C’est de ça que parle LOVECITY aussi, cette ville d’amour qu’on imagine, elle brille en nous.

Ce n’est pas toujours facile et harmonieux de se situer à la croisée des contraires, mais l’assumer en fait une force.

La volonté de faire cohabiter punk et pop a toujours fait partie de votre ADN. C’est un titre qui tire sur la pop qui ouvre l’opus : « L’amour et le Bagarre ». Ce sont aussi deux mots qui représentent bien votre groupe. Etait-ce une façon de donner une définition immédiate de l’univers de Lulu Van Trapp ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : On peut dire ça oui! Après, la définition se situe plutôt dans ce titre que dans les paroles de la chanson, qui déroule une relation toxique comme on les connaît et les expérimente souvent à nos âges, que l’on a essayé d’écrire sans jugement ni morale. C’est bien dans l’espace où ces deux mots se cognent qu’on peut définir Lulu Van Trapp, en effet. Entre amour et bagarre, punk et pop. Ce n’est pas toujours facile et harmonieux de se situer à la croisée des contraires, mais l’assumer en fait une force.

Ce qu’on montre dans l’amour et la bagarre, c’est l’image même du consentement.

Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Son clip avait pour but de transcender la violence. Loin de la violence gratuite, il s’agissait de violence reçue et donnée volontairement. Tourner cette vidéo, était-ce cathartique pour vous ? Comment avez-vous fait pour rompre le schéma classique de la violence que l’on voit beaucoup à l’écran ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : On a écrit le scénario à quatre mains avec Lucie Bourdeu, qui a aussi réalisé notre clip BRAZIL. On y retrouve les thèmes qui nous obsédaient alors et nous obsèdent encore, que nous continuons à creuser et déconstruire, avec au centre la ré-appropriation de la violence par, et non plus contre, le corps féminin. En effet, dans l’un comme dans l’autre nous montrons des personnages féminins puissants et impénitents, initiatrices de la violence et jamais victimes de celle-ci. Tout au plus sado-masochistes ou carrément psychopathes, mais jamais victimes. De plus, ce qu’on montre dans l’amour et la bagarre, c’est l’image même du consentement. C’est un fight club où une bande de potes se mettent sur la gueule sans conséquences pour extérioriser la violence subie dans la société. Et n’est-ce pas là notre rôle d’artistes ? Nous emparer de l’imagerie de notre époque et en faire un objet qui fait s’interroger, qui en démontre le cynisme? Le point de vue de la caméra nous le montre bien, s’attardant sans cesse non pas sur celle.ui qui donne mais celle.ui qui reçoit le coup (la bagarre) qui est voulu, désiré comme un baiser (l’amour). C’est un clip profondément féministe, au regard féminin et empathique sur une femme dé-chaînée.

Le titre « Geisha » parle de place dans la société en tant que femme. Pourquoi avoir choisi cette figure de dame de compagnie très traditionaliste pour illustrer ce propos ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Encore une fois, pour faire briller la thématique par son contraire. Je ne dirais pas que « Geisha » parle tant de la place de la femme dans la société que d’habiter son propre corps pleinement. Et d’admettre que même le détester, c’est le considérer, donc le posséder. Après, en effet, les femmes vivent plus que quiconque leur place dans la société, à travers, en dépit de, et assignées à leur corps. C’est une chanson qui veut surtout donner de la force. Quelle que soit la façon dont on vit son corps, il prend de l’espace, il existe, on ne peut disparaitre / on ne peut nous faire disparaitre. Il faudrait nous tuer pour cela. Et la deuxième partie du refrain parle bien de ça : qu’on me cache / me torde / je remplis l’espace – peut importe ce que l’on fera subir à nos corps, nous existerons. C’est une chanson pour affirmer son existence, sa légitimité, sa place. Ce qui est drôle, c’est que bien que ce soit une voix féminine qui la chante, la chanson n’est pas genrée. Et pourtant, quand on l’écoute on ne peut qu’assumer que c’est d’une femme dont on parle. Et là se situe le coeur du problème de la perception de la place de la femme dans la société.

C’est la nudité le véritable uniforme qui nous met toustes au même niveau.

Le corps a une place centrale dans l’univers de Lulu Van Trapp. A la Maroquinerie vous aviez par exemple invité des spectateurs.trices à se mettre entièrement nu.e.s sur scène. Comment cette nudité est-elle synonyme d’art et de liberté dans votre univers ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Je trouve que la nudité dénuée de préméditation est ce qui représente le mieux le lâcher prise d’un concert. C’est la métaphore de ce que nous faisons quand nous sommes sur scène, mettre nos sentiments à nu, se donner à l’exercice complexe d’être complètement honnête. A travers la nudité nous sommes tous égaux.égales. Il n’y a plus de symbole de différences de classe, culturelle ou sociale. C’est la nudité le véritable uniforme qui nous met toustes au même niveau. Je pense aussi que la nudité simple, sans forme de strip tease, sans accessoires ni atours, nous permet d’accéder à un regard dénué de sexualisation. C’est une façon de rendre humble face à ce que la nudité représente, de boycotter les regards non-désirés, de se ré-approprier son érotisme à travers un acte très pur et un retour aux sources, à l’état sauvage.

notre volonté est pop au sens populaire du terme

Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Cette idée de nudité peut choquer. Le choc dans l’art peut être essentiel pour faire passer des messages. Vous pensez qu’aujourd’hui l’art peut-il encore être bruyant, radical et donc à contre courant des mœurs ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Il est même nécessaire que l’art reste ainsi, c’est le devoir des artistes! Avec Lulu Van Trapp, nous voulons nous inscrire dans le genre musical de la pop. Le rock, le punk, le hip hop, sont des genres qui nous traversent et nous alimentent, mais notre volonté est pop au sens populaire du terme. C’est à travers la pop qu’on veut faire passer des messages qui toucheront un maximum de personnes, qui seront le plus ouverts (sans être policés). Se dire qu’on fait de la pop force à penser son message différemment. Quand on fait du rock , on pense « contre » la société, quand on fait de la pop on pense « avec », et on trouve ça infiniment plus interessant, subversif et dangereux aussi! On regrette qu’il n’y ait pas plus d’artistes qui mêlent engagement et art. Nos paroles ne sont pas toujours directement engagées, mais notre engagement politique irrigue tout ce que l’on fait. Et oui, l’artiste qui cherche à plaire à tout le monde, ne choquer personne et présenter un visage agréable, est pour moi un commerçant d’art.

Le costume a une place centrale dans vos concerts. Pourtant cette fois, vous ne voulez plus jouer de rôles. Comment ça va se matérialiser sur scène ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Je vous rassure, le costume continue et continuera d’avoir une très grande place. Nous avons un tel goût pour ça que c’est impossible de le dissocier de la performance. Mais ce que nous voulons dire par là, c’est que plutôt de continuer d’incarner une multitude de personnages et de muer sans cesse d’identité, nous avons enfin trouvé la nôtre et sommes dans une volonté d’explorer toutes les facettes du même costume, au plus près de ce que nous sommes vraiment.

« Pornbooth » tranche en milieu d’album, déjà avec ses paroles en anglais mais aussi avec ses sonorités disco / dance rétro. Il est aussi le résultat de réflexions intérieures qui surgissent. Quelle est son histoire ?

Lulu Van Trapp- Rebecca : « Pornbooth » s’inspire de ces chansons et duos qu’on pouvait souvent entendre dans la variété française dans les 80’s, avec des couplets en français et de refrains en anglais. On trouvait drôle de surfer sur notre double identité en l’assumant à fond. Et même de métisser la chanson au point d’avoir une instru d’inspiration « française » pour les couplets ou Max chante et plutôt « brit » pour les refrains ou je chante. C’est la seule chanson de l’album qui ne parle pas directement de nos expériences, mais où on s’est amusé.e.s à imaginer une cyber relation entre un mec un peu paumé et pas tout à fait déconstruit – mais sur la voie, on sent qu’il se cherche – et une camgirl de l’autre côté de l’océan. Lui, chante son amour à sens unique, puisqu’il est pour elle perdu dans la marée de clics qu’elle reçoit à la minute.

Elle, chante sa propre désillusion face à son métier qu’elle trouve parfois un peu vide de sens (car non reconnu et non encadré!) mais aussi son empouvoirement d’utiliser fièrement son corps comme gagne pain (plutôt que d’être soumise à lui, ce qui est de toute façon la façon dont la majorité des femmes vivent leur corps – pourquoi  ne pas en tirer de l’argent du coup?), de faire payer les hommes pour pouvoir le regarder et prendre sa revanche sur ce regard dont ils pensent avoir le droit de jouir gratuitement (harcèlement de rue par exemple). Mais aussi sa solitude parfois, de danser seule dans sa chambre pour l’oeil d’une caméra. On a adoré enregistrer cette chanson, car comme tous les duos de l’album, on l’a chantée en même temps avec Max, en se regardant, en dialoguant réellement, en riant, en se plongeant dans les émotions l’un de l’autre. On a vraiment incarné ces personnages le temps d’une chanson.

Ce ne serait pas notre ville si on ne voulait pas constamment la fuir mais qu’elle nous manquait aussi à chaque fois qu’on en est loin.

Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
LOVECITY c’est Paris, votre ville, celle qui vous a porté en tant que groupe. Elle a bien des visages cette capitale, de la ville romantique, à celle détestée, des clichés aux nuits endiablées. C’est quoi le Paris de Lulu Van Trapp ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Grande question! Déjà ce ne serait pas notre ville si on ne voulait pas constamment la fuir mais qu’elle nous manquait aussi à chaque fois qu’on en est loin. En vrai nos sentiments face à cette ville sont plutôt bien résumés dans la chanson city girl. Notre carte de paris à nous va de Saint Ouen à Ménilmontant en passant par Pigalle et SSD. C’est petit mais c’est là qu’on vit, qu’on a grandi et enregistré notre musique, comme un village.

L’album a été masterisé par Mike Bozzi, comment était-ce de travailler avec lui ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Nous n’avons pas été en contact direct avec lui, mais plutôt le réalisateur et producteur de l’album, Azzedine Djelil. Le son qu’il nous a proposé nous a tout de suite plu et intrigué, car il poussait la volonté « pop » de l’album plus loin encore, avec un son à l’américaine, la voix hyper définie qui surplombe une instrumentalisation qui laisse la place aux kicks, aux basses, avec les guitares et les synthés qui explosent parfois, mais sinon un medium assez en retrait. Assez différent de notre premier album, masterisé par (rip) John Davis aux studio Metropolis, qui avait un son « brit » plus agressif et rock. Ici, la place est faite à l’aspect dansant de l’album, tout en préservant son côté vraiment « chansons ».

On a particulièrement aimé le moment où elle a foutu la honte nationale à Macron

Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Lulu Van Trapp @ Edouard Richard
Même si ce n’est pas réellement une influence, vous avez été comparés souvent aux Rita Mitsouko, peut-être par besoin de mettre les artistes dans des cases. Vous disiez que vous respectiez énormément Catherine Ringer. Elle a chanté pour l’entrée dans la constitution du droit à l’avortement. Etait-ce un moment inspirant pour vous ?

Lulu Van Trapp – Rebecca : Oui, même si le gouvernement pour lequel elle a chanté ne nous inspire que du dégoût. On a particulièrement aimé le moment où elle a foutu la honte nationale à Macron en l’ignorant au moment où il essayait de la féliciter, et par là s’approprier son acte d’ailleurs.

Lulu Van Trapp sera en concert à la Machine du Moulin Rouge le 23 mai 2024.

 


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Colossal groupe de rock alternatif américain, X Ambassadors  ne déçoit jamais. L’oeuvre des frères Harris  vient d’ajouter une nouvelle pierre à son édifice en dévoilant « Townie », son nouvel opus le 5 avril 2024. Les habitués des titres qui font mouches et s’encrent immédiatement sous la peau reviennent avec un album à l’évidence musicale évidente aussi cosy que plaisante. Critique.

X Ambassadors – Elysée Montmartre Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

« Townie » : etre chez soi

X Ambassadors Townie albumSam Nelson Harris et Casey Harris sont originaires d’Ithaca dans l’Etat de New-York. C’est en 2009 qu’ils débutent entourés de leurs amis depuis la maternelle : Noah Feldshuh et Adam Levine. Puisque pour le groupe, le foyer, qu’il soit localisé ou dans les relations, est central. Et c’est un changement géographique, un départ pour Brooklyn qui sera à l’origine de la création de « Townie ». Une dose de nostalgie peut-être ? Certainement l’envie de créer un conte musical autour de la vie dans une petite ville. L’ennui à ses vertus. Grandir dans une petite ville c’est déjà être né quelque part et être donc marqué par le mode de vie qui en découle. Les longues promenades en vélo, le bus, se perdre dans les bois, faire les 400 coups, les premiers flirts et rêver à l’immensité du Monde, voilà qui peuplait le quotidien des frangins. A l’évocation de pareils souvenirs, faits d’armes de la promo de « Townie », les images se succèdent forcément. Est-ce après tout parce télévision et médias ont peuplé nos imaginaires d’une vie à grandir dans les vastes banlieues américaines ? A force d’en faire un rêve n’y avons-nous pas d’une certaine façon forgé notre imaginaire adulte ? Loin en est pour X Ambassadors qui y puise avec une certaine nostalgie la beauté d’un passé. Nous voyons cette vie rêvée avec le filtre de ce que l’écran aura bien voulu nous donner. Le regard plus direct de nos hôtes, lui,  se filtre dans sa musique de cette touche douce-amère propre au passé qui revient en mémoire. Bonne nouvelle pour cet album, X Ambassadors y appose ses mélodies les plus graphique et invite l’auditeur à y plonger comme dans une bande-originale. Celle d’une vie ? Certainement mais en prenant suffisamment par la main pour que les expériences de vies se juxtaposent. Voilà donc que « Townie » est une plongée dans l’intime. Un jardin secret qui ouvre ses portes pour se faire terrain de partage.

A l’âge adulte, Sam Nelson Harris a d’ailleurs pris le temps de retomber amoureux du nord-américain. Et c’est cette lettre d’amour, également destinée à ceux qui viennent aussi de quelque part, de villages oubliés, partout dans le Monde, que l’on est amenés à écouter.

Quand on arrive en ville

En 2015, X Ambassadors démarrait très fort avec son premier album « VHS ». Le titre y était encore une fois emprunt de nostalgie, mais la troupe s’étant connue dans sa petite enfance, l’affaire paraissait logique. Coup de maître, le groupe y signait déjà une collaboration avec Imagine Dragons. Machine à tubes rodée, on retrouve d’ailleurs sur ses précédents opus les cultes UnconsolableJungle, et Renegades qui servait d’ailleurs d’ouverture  à leur concert à l’Elysée Montmartre de Paris au mois de février. « Townie » compte moins pourtant sur les grosses machines tubesques que sur une montée en puissance musicale où les mélodies à fleur de peau s’enchaînent. Pour peu tout l’album pourrait s’écouter briquet en main, mouchoir en poche. Les 12 titres qui composent l’opus s’enchaînent d’ailleurs avec une évidente fluidité. Sunoco en est l’accroche idéale et permet de placer immédiatement le cadre. Les refrains entêtants, marque de fabrique de la formation y sont légion tout comme  la capacité à créer des riffs précis, taillés pour séduire. Your Town est certainement le morceau le plus représentatif de l’album que se soit dans sa construction musicale ou ses paroles.  D’autant plus que sa douce montée dégage l’atmosphère propre à cette galette qui fait la part belle à la voix puissante de son chanteur. Le lyrisme y est de mise titre après titre. Voilà qui reste vrai jusqu’au bout. « Follow the Sound of my Voice » permet d’ailleurs de se laisser entièrement prendre par la main pour visiter les souvenir de nos musiciens locaux. La voix encore une fois comme vecteur d’images. La conclusion se fait sur « No Strings », l’occasion pour la voix chaleureuse de s’offrir un dernier démarrage sur les aigus. Plus rythmé que le reste de l’opus, le titre se vit comme une dernière promenade à tout allure entre les maisons, les visages de ses habitants et la verdure flamboyante. Et c’est ce sentiment d’avoir appartenu à une communauté qui reste gravé dans la peau comme un tatouage en forme de racines, bien longtemps après l’écoute.


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Aimer Big Thief, c’est faire partie d’une communauté. On y partage un amour de la musique, c’est vrai, mais aussi des valeurs communes. Depuis leur brillants débuts en 2016, la formation n’a cessé d’accroître sa notoriété, montant en puissance au cours des derniers mois. Si le succès tient notamment à la diffusion massive du titre « Vampire Empire » et à la beauté des compositions des génies du folk rock, il est également en partie lié à sa chanteuse et guitariste Adrianne Lenker. Musicienne magnifique à la plume affutée, spécialisée dans les compositions à fleur de peau, elle excelle à créer autour de son univers un havre de douceur et de bienveillance. Le 22 mars 2024, elle publie sa nouvelle pépite à l’évidence folk et à la douceur inspirante, le lumineux « Bright future ». Impossible pour nous de ne pas en parler et le conseiller avec quelques mots qui viennent du cœur.

Adrianne Lenker - Credit : Germaine Dunes
Adrianne Lenker – Credit : Germaine Dunes

« Bright Future » : que la lumière soit !

Adrianne Lenker est amoureuse. Si sa compagne Staci Foster a envahi les publications de son compte Instagram, elle laisse également sa marque indélébile au cœur de ses compositions. Hantant par la même occasion les écrits d’une musicienne aujourd’hui à fleur de peau. C’est certainement l’une des marques de fabrique de « Bright Future ». Un opus qui sent le printemps et personnifie la saison du renouveau et de la lumière qui augmente crescendo. Voilà qui change radicalement des compositions du chef d’œuvre solo d’Adrianne Lenker : « Songs and Instrumentals » publié en 2020. Sorti au milieu du chaos de la crise Covid, le puissant album dont le nom était il faut le dire très explicite, offrait une ballade poignante et douce amer dans la nature quand les libertés individuelles venaient à manquer. Signature toute particulière de cette pépite épique, la présence d’épines de pin, devenues instruments pour l’occasion. Si ce n’est déjà fait, il faudra d’urgence écouter encore et encore le titre « Indygar », je ne peux que vous promettre l’un des plus beaux moments de musique de ces dernières années.  « Bright Future » est-il si différent de son prédécesseur ? Oui et non.

Marcher pieds nus dans la nature

La nature donc, est l’un des principaux atouts des mélodies signées en solo ou non par Adrianne Lenker. C’est aussi vrai d’ailleurs en ce qui concerne la musique du guitariste de Big Thief, Buck Meek qui publiait un recueil hommage à la musique américaine et donc aux accents country « Haunted Montain » en août 2023. Montagne et pins ? Pas pour cette fois, ces derniers ayant céder leur place à des paysages boisés. Enregistré en quelques heures de la matinée sur bande analogiques et en quelques jours dans un studio dans la forêt, l’album en garde l’intégralité de l’emprunte. Evidemment la folk y prend une part dominante. Quelques éléments country viennent s’ajouter au tableau, après tout, le courant séduit aujourd’hui le monde de la musique, Beyoncé en tête de liste qui lui promet son prochain album. Loin des paillettes de Queen B, la talentueuse madame Lenker, elle, marche toujours sur la pointe des pieds. Avec sa voix, reconnaissable entre mille, elle chante entre ses dents comme le vent traverse les arbre et convoque un bien-être immédiat. L’album s’ouvre sur un temps calme, une forme de méditation introspective où le léger sifflement d’une voix unique vient toucher la nuque de chaque auditeur. « Real House » dure presque 6 minutes pendant lesquelles il ne faudrait pas ouvrir les yeux une seule fois. Une voix et quelques notes, lâchées avec douceur en un seul timbre viennent habiller cette ouverture. De l’album, la chanteuse avait au préalable dévoilé deux titres : « Ruined » en premier puis « Sadness as a gift ». Le premier servira de clôture à « Bight Future », le deuxième aide à entrer dans l’opus et se place en seconde position. Il est aussi l’un des plus joyeux de la galette, celui à la folk la plus lumineuse offert comme un cadeau et dont le refrain accroche et écorche dès sa première écoute. Il se construit comme une course dans la forêt. Les genoux écorchés à la suite d’une chute n’empêcheraient en rien d’en apprécier l’essentiel souvenir.  Ce pourrait être une façon de parler de celui qui lui succèdera : « Fool » dont l’instrumentation n’est pas sans rappeler « Spud Infinity » – et cette comparaison sera vraie sur beaucoup de titres de « Bright Future ».  L’un des titres les plus enjoués de « Dragon new warm mountain I believe in you », le dernier album de Big Thief.  Sur ce dernier, on retrouvait Noah Lenker, son frère, à la harpe de bouche. La musique est chez les Lenker une histoire de famille. Noah signe d’ailleurs le clip de « Bight Future ». On le retrouve également au générique de « Fool » qui permet aux chiens d’Adrianne et de sa compagne mais aussi à Stacy elle-même de jouer les vedettes. Il est important de souligner la présence des chiens, puisque ceux-ci ont une place toute particulière dans la musique d’Adrianne Lenker. Ils y sont souvent mis en avant et même cités dans les paroles de « Masterpiece », premier chef d’œuvre de Big Thief. Car la musique pour notre chanteuse, c’est une histoire de famille, d’amour, de chiens et d’amitié.

L’amitié comme source d’inspiration

Adrianne Lenker - Credit : Germaine Dunes
Adrianne Lenker – Credit : Germaine Dunes

« Bright Future » parle d’amour c’est une évidence.  Chaque mot de « Ruined » est placé pour évoquer notre propre impuissance lorsque les sentiments nous bouleversent. C’est aussi le cas avec « Vampire Empire » qui s’offre une apparition surprise sur cet opus dans sa version la plus folk et enjouée.  Pour mémoire, le titre avait déjà profité d’une sortie en solo et en 45 tours, mais cette fois-ci pour s’ajouter à la discographie de Big Thief. En outre du sentiment amoureux, le titre traitait également de la question de l’identité de genre et du fait de se défaire de ses schémas toxiques pour recevoir un amour ininterrompu et total. Cet amour il peut prendre plusieurs visages. Lors de son interview pour Popnshot en août 2024, Buck Meek  expliquait que Big Thief n’est qu’une infime partie d’un immense collectif d’artistes et surtout d’amis. Et cette amitié, elle s’écrit également au futur. L’album est en effet né de cette alliance. On y retrouve le producteur Philip Weinrobe, le multi-instrumentiste Mat Davidson, Nick Hakim et de Josefin Runstee.  La pochette, elle, est signée Germaine Dunes, connue pour sa musique mais aussi pour être la compagne de Buck Meek. Il faut dire que dans sa genèse, ce nouvel opus devait en réalité être une collaboration expérimentale entre amis, une sorte de jeu sans enjeux.  Finalement ses qualités lui permirent une véritable sortie. Voilà qui explique les variations qui l’habitent et l’impression de vivre un moment autour d’un feu de camp lors de son écoute. Dans le registre le titre « Candleflame » sonne comme une évidence. Il résonne telle une douce confidence que l’on transmet à ses proches, un moment de partage en douceur. Mais n’est-ce pas là l’âme de la musique de notre chanteuse dont le naturel sonne toujours comme la meilleure oreille attentive ?

Cette même oreille sera prêtée en live. Puisque au delà des notes et des accords, la musique permet de s’écouter de part et d’autre. Les paroles deviennent aisément l’illustration de nos sentiments et les musicien.nes les ami.es dont nous avons toujours eu besoin. Adrianne Lenker portera la flamme de sa bienveillance au Trianon de Paris le 2 mai 2024. L’occasion d’apporter son brun de verdure dans une capitale urbaine mais aussi de vivre un moment d’osmose. Cette date printanière est à elle seule la promesse d’un avenir radieux.


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Dans le paysage musical actuel, The 1975 est un OVNI. Non pas comme ça peut souvent être le cas parce que leur musique tiendrait de l’inclassable, leur pop rock enjouée moderne est évidente à assimiler. Mais parce que le groupe se construit dans un décalage permanent, en marge de tout effet de mode, ne jouant d’aucun code, brouillant constamment les pistes, créant une harmonie en y apportant des éléments que tout devrait opposer. En cette soirée du 1er mars 2024, leur concert au Zénith de Paris n’a fait que confirmer ce fait. On vous raconte.

The 1975 – Zenith de Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Still … in the 1950’s

Si le 1er mars est l’espoir d’un printemps prochain, il n’est pas encore là ce soir. Pour arriver au Zénith de Paris, il faut donc affronter une pluie battante. Voilà qui change radicalement du dernier passage parisien de la formation à l’Olympia à l’été dernier. Ce concert dans le cadre de leur tournée « Still … at their very best » sera effectivement très différent de son homologue solaire. Déjà parce que cette fois-ci la troupe du charismatique et hautement médiatique Matthew Healy, Matty pour les intimes et son très grand nombre de fans, est venu équipé d’un véritable décors. Exit la salle de concert pour fond. Cette fois, c’est une maison tout droit sortie de l’american dream des années 50 qui sert de cadre au spectacle. Les musiciens entrent en scène en ouvrant des portes, allument une lumière et saluent l’audience à la mode d’un bon vieux sitcom illustrant la famille parfaite. Les écrans géants diffusent leurs visages tel un générique, les sourires surfaits se greffent au décors. La parfaite petite famille de « La fête à la maison   » pourrait tout aussi bien servir d’hôtes ce soir. Sauf que comme pour ce qui est des jumelles Olsen, la fête n’est pas si rose et le décors n’est qu’un faux semblant d’une réalité fantasmée.

Still … political

The1975-paris-ZenithHealy, dès ses premières secondes sur scène sait parfaitement capter son audience. Le live est pour lui une expérience, une forme de terrain de jeu où brouiller les pistes, ou l’on parle de politique sans jamais tomber dans le faux semblant. On se souvient très bien de son passage qui avait fait scandale en Malaisie alors qu’il avait embrassé sur scène son bassiste pour militer contre les lois anti LGBTQ+ du pays.  Date écourtée , amende à régler en millions de dollars,  concerts en Asie annulés en avait résulter. Une action du groupe qu’on ne peut que saluer, encourager et admirer.

Ici, à Paris, les insertions politiques de la formation ne sont évidemment pas les mêmes, mais elles existent toujours. Un casquette au merch demande « Make the 1975 apolitic again » alors qu’une association pour l’environnement propose en échange d’un don de tenter de gagner une guitare dédicacée. Et puis il y a les écrans, des télévisions vintages placées sur scène qui en profitent pour faire réfléchir l’audience. De par le placement de messages mais aussi le clin d’œil à la façon que Tik Tok a de capter son audience. Pas besoin pourtant pour Healy de trucs et astuces pour se placer au centre de l’attention. Dès les premières secondes du morceau « The 1975 », celui de « Being funny in a foreign language » puisque chaque album du groupe s’ouvre sur un titre intitulé « The 1975 », notre musicien hypnotise. Le morceau particulièrement percutant est interprété au piano et profite d’une luminosité qui pourrait trouver son égal chez le Velvet Underground et son enivrant « Sunday Morning » si le morceau avait rencontré le glam rock de Queen. Et puis la voix du chanteur fait mouche. Comme à l’Olympia, il ne lui faut pas longtemps pour se saisir d’un verre de vin, d’une fiole d’alcool et boire sur scène en enchainant cigarette su cigarette. Le groupe enchaine sur « Looking for somebody (to Love) » et il n’en faut pas plus au public pour s’embraser et se mettre à chanter.

Still … very disturbing

The 1975 – Zenith de Paris 2024 – Crédit photo : Louis Comar

La contraste, nous en parlions et voilà qu’il devient saisissant. Healy a une attitude punk sur scène. Son visage transparait une forme de douce mélancolie, comme un recul évident face au star system. Et face à lui le public est hyper réactif. A chaque morceau interprété, des cris de joie viennent s’ajouter à la bande son. Groupe à fans invisti.es, de ceux qui font la queue tôt le matin pour être au plus près de leurs idoles. Groupe au son travaillé, très produit, très lumineux, du rock qui parle au plus grand nombre. Groupe au leader qui enchaîne les verres sur scène, semble dépassé par ce succès, qui aurait sa place dans les pubs britanniques, dans les scènes underground et dont la vision artistique s’adresse à un groupe restreint. Scénographie qui en dit long. The 1975 occupe des tableaux qui se parlent et s’opposent en simultané , sortant ainsi de chaque sentier battu pour faire de chansons d’amour des hymnes qui s’encrent dans les esprits.

Still … time before we say goodbye

The1975_Matthealy-ZenithLe show se vit en plusieurs parties. D’abord l’évidence des débuts. La mise en place s’opère bien, quelques échanges avec le public viennent s’ajouter à une set list rodée dont font partie « I’m in love with you » et « Fallingforyou ». Et puis arrive le cauchemar de Matty. Les musicien qui fait des pompes face caméra, se glissent dans les écrans, se parle à lui-même, rampe sur le sol, s’offre une virée sur les toits du décors comme une ombre. Il laisse aussi place à Polly Molley sur le titre  » Jesus Christ 2055 God Bless American ». Après quoi le show prend une toute autre forme. Celle qui habituellement est réservée deux derniers morceaux joués en rappel. Mais ici, face à The 1975, la ferveur des dernières minutes et des plus gros succès s’étendra sur une bonne vingtaine de minutes. Les titres phares s’enchaînent : »If you’re too shine (Let me know) », « TOOTIMETOOTIMETOOTIME », « Paris » (évidemment, le cadre est idéal), « Somebody Else » ou encore « Love It If We Made It ». L’occasion pour Healy de se confier et de devenir tout particulièrement bavard. Côté public, la fête est de plus en plus folle, chaque morceau est chanté, les danses sont endiablées, la bière vole même et vient éclabousser les autres membres de l’audience. Quelques flasques entrées illégalement dans l’enceinte du Zénith permettent de trinquer discrètement. Tel chanteur, tel public. Un groupe de meilleures amies s’esclaffe à chaque titre interprété et chante en se regardant dans les yeux. Quintessence d’un instant de partage et de fusion porté par les pas de danse de Matt Healy, ses cigarette et son regard sombre. La soirée se finit sur  » Give Yourself A Try » issu de  » A Brief Inquiry Into Online Relationships » non sans que le chanteur en ait profité pour présenter ses meilleurs amis qui l’accompagnent depuis les débuts du groupe en 2002. L’expérience est telle qu’elle demanderait à être répétée pour en saisir la substantifique moelle, ne pas simplement se laisser porter par le flot pour mieux en percevoir chaque accent. On en sort aussi enivré que peut l’être Matt Healy, la tête qui tourne et les oreilles qui bourdonnent (peut-être était-ce à cause des cris) en toute conscience que le Royaume-Unis sait offrir des artistes qui marqueront autant les générations que les consciences.


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