Author

Adrien Comar

Browsing

Dans « Portrait de Rita », présenté à l’Espace 1789 de Saint-Ouen, Laurène Marx continue d’explorer la forme du stand-up triste, avec cette fois la comédienne Bwanga Pilipili sur scène, seule derrière son micro. Contant l’histoire vraie de Rita Nkat Bayang et de son fils, le spectacle saisit de ses griffes le racisme systémique et les violences policières. Avec sa forme simple, rayonnante et dérangeante, le « Portrait de Rita » cogne là où il faut.

@Christophe Raynaud de Lage

VIOLENCES RACISTES ET POLICIÈRES

Le récit raconté par Laurène Marx et Bwanga Pilipili est celui de Rita et de son fils de neuf ans, étranglé au sol par le genou d’un policier alors qu’il était à l’école. Le monologue part de l’arrivée de Rita en Belgique jusqu’à ce moment choquant, imbriquant les chaînes du racisme systémique. Le spectacle ne fait pas de cette violence policière le cœur de son récit et concentre son attention sur tous les comportements et délits racistes subis par Rita depuis son départ du Cameroun. Le texte ne spectacularise pas un événement isolé mais s’efforce bien de rendre compte des mécanismes racistes latents et omniprésents dans les pays européens.

@Christophe Raynaud de Lage

PORTRAIT À TROIS TÊTES

En choisissant d’élargir ce contre-récit à une analyse systémique du racisme et de ses diverses manifestations – agressions sexuelles, violences policières, injures etc. – le « Portrait de Rita » conjugue une histoire individuelle à une réflexion politique sur les sociétés européennes. Le texte ne se limite néanmoins pas à cela puisqu’il croise trois expériences, trois subjectivités, celle de Rita, celle de Bwanga Pilipili, et celle de Laurène Marx, autrice blanche et trans. C’est la force de ce récit à trois voix que de mettre en avant des savoirs situés, des expériences de personnes racisées et d’une personne blanche questionnant son propre racisme.

@Christophe Raynaud de Lage

STAND-UP TRISTE

La forme du seul-en-scène est largement poignante et fascinante dans la mise en scène de Laurène Marx. Debout derrière un micro pendant une heure et demi, Bwanga Pilipili maîtrise à la perfection son adresse et sa diction. Très vite, les mots se font mélodie et le moindre geste devient un signifiant spectaculaire. Après l’immobilité et la parole, une danse et une musique élargissent de façon grandiose le jeu de la comédienne, maîtrisant ce langage scénique à la perfection. Seules les lumières et la création sonore, un peu simpliste, gagneraient à être plus travaillées pour permettre davantage de lisibilité.

@Christophe Raynaud de Lage

le portrait de multiples récits

Laurène Marx et Bwanga Pilipili narrent ce « Portrait de Rita » avec simplicité et émotion. En croisant les récits et en ne cherchant pas à rendre spectaculaire l’histoire de Rita Nkat Bayang et de son fils, les artistes parviennent à dénoncer et interroger le racisme systémique comme il existe dans les sociétés européennes contemporaines. Sans jamais dénaturer le propos, la poésie et la sincérité du texte donnent une ampleur unique à ce portrait multiple.


Quand on dort on n'a pas faim

« Quand on dort on n’a pas faim », le conte décolonial et pailleté d’Anthony Martine

Comédien révélé notamment par ses rôles avec Rébecca Chaillon ou le prestigieux Munstrum Théâtre, Anthony…

Catarina et la beauté de tuer des fascistes

« Catarina et la beauté de tuer des fascistes » : un fasciste peut-il débattre ?

En février dernier, Catarina et La beauté de tuer des fascistes de Tiago Rodrigues était de passage à…

Les Chatouilles, Andréa Bescond

« Les Chatouilles » et « Les Possédés d’Illfurth », quand le théâtre se fait porte-voix des victimes de pédophilie et de VSS

Il y a de ces pièces qui marquent au fer rouge de l’amour, qui sont…

C’est un coup de grâce qui a parfait la clôture du festival d’Avignon 2026. Pour la première fois en quatre-vingts éditions, un spectacle de cirque était présenté dans la cour d’honneur du Palais des papes. Cette programmation audacieuse et symbolique a pourtant toute sa place dans le festival imaginé par Jean Vilar dans un projet de démocratisation de la culture. Car il n’y a rien de plus beau et de plus propice que le cirque pour conjuguer les arts, les émotions et les publics. Ainsi, le collectif XY a investi l’emblématique scène de ses vingt-trois artistes pour proposer un moment suspendu.

@Christophe Raynaud de Lage

AU SEUIL DE L’EFFONDREMENT

Jonché de portés acrobatiques impressionnants, ce spectacle fragile et humble est porté par des circassien·nes d’une immense sensibilité. Sur un plateau nu, les colonnes humaines se font et se défont au gré de chutes dansées et de sauts virevoltants. Interrogeant la fragilité de nos sociétés et de notre environnement, le collectif XY construit des images marquantes d’une beauté et d’une tendresse folle. Sur le pas d’une société qui évolue, qui se meut de rencontres et d’individus, ce spectacle met en jeu la place de l’individu au sein du groupe.

@Christophe Raynaud de Lage

FRAGILITÉ ACROBATIQUE

À cette performance extrêmement touchante s’est ajouté un moment hors du temps. Alors que les deux-milles spectateurices, leur âme d’enfant retrouvée, retiennent leur souffle à chaque acrobatie réalisée, on entend des « wow » et des rires au sein de cette foule habituellement très disciplinée. Puis vers la fin de la représentation, un porté est râté et un des artistes chute. Tout en douceur, celui-ci s’y est repris à trois fois, avant que la cour d’honneur explose de joie et mette fin à son apnée. Cette fragilité, cette imperfection, cette vulnérabilité, c’est peut-être ce qu’il y avait de plus beau à montrer en cette édition placée sous le signe du doute et de la question. Dans un art où beaucoup se joue sur la performance et l’ampleur des cascades, ces ratés et cette résilience sont une immense leçon d’art et de sensibilité qui ont profondément ému les spectateurices du festival, toustes immédiatement debout au noir final.

@Christophe Raynaud de Lage

UN THÉÂTRE BRÛLANT

Le collectif XY, comme la presque totalité des compagnies que nous avons vues durant le festival, a prolongé son spectacle d’un mot politique sur les baisses des subventions à la culture. Car la réalité du festival d’Avignon est aussi celle-ci, dans un milieu précarisé qui voit ses budgets amputés de millions d’euro, le spectacle vivant est extrêmement fragile. Ainsi, rien ne garantit que les prochaines éditions puissent avoir lieu dans les mêmes conditions, ou simplement lieu. L’appel de l’ensemble des artistes présent·es sur le festival est simple : allouer 1% du budget de l’État à la culture. Sans cela, ce sont des milliers d’emplois et de vies qui disparaissent, des milliers de rendez-vous artistiques et collectifs qui meurent à petit feu. Alors, si chaque spectacle semblait jouer sur la pointe des pieds, au pas du monde, craignant la falaise du fascisme, c’est parce que la peur est réelle est concrète. Nous garderons en tête une dernière image au palais des papes, cri doux-amer d’un monde naviguant à l’aveugle : deux-mille personnes silencieuses et attentives écoutant le collectif XY chanter a capella dans le majestueux théâtre pour défendre que, « jamais, on n’arrêtera un peuple qui chante ».


La Horde

(LA) HORDE, explosive et condensée dans « Roomates »

L’immanquable compagnie (LA) HORDE (Ballet national de Marseille) était de passage à l’Espace 1789 de…

Qui Som - @Jerome Quadri

Qui Som ? (Baro d’Evel) – chef d’œuvre écopoétique

Créée au Festival d’Avignon 2024, Qui som ? du Baro d’evel avait bousculé la cité des…

festival d'avignon 2025

Festival d’Avignon 2025 : notre sélection

Festival d’avignon : Prologue La 79e édition du Festival d’Avignon (In) et la 59e du…

La metteuse en scène et marionnettiste Alice Laloy présentait sa dernière création au Théâtre du Rond-Point, « Le ring de Katharsy ». Dans ce spectacle, les comédien.ne.s jouent aux pantins tel.les des marionnettes humaines jeté.e.s dans un jeu vidéo. « Ici, nul pantin, mais des humains transformés en avatars et jetés sur un ring pour s’affronter. Au cœur d’une (…) scénographie tout en monochrome gris, deux joueurs se défient, sous l’œil de la maîtresse de cérémonie qui compte les points. » Résultat de la partie.

Le ring de katharsy
@Simon Gosselin

MONOCHROME PLASTIQUE ÉPOUSTOUFLANT

La technique, la plastique et la scénographie de ce spectacle sont clairement ses atouts majeurs. Les maquillages, costumes et décors tapissent la boîte noire du théâtre d’un gris métallique impressionnant. Quelques effets de chute de décor fonctionnent eux aussi extrêmement bien, tant ils sont surprenants et spectaculaires. La création sonore minutieuse souligne parfaitement l’univers dystopique de ce jeu vidéo live. Par ailleurs, la performance de chacun.e des danseureuses, circacien.ne.s et acteurices relève simplement de l’exploit. Les mouvements millimétrés et constants des corps reproduisent parfaitement les mouvements de personnages de jeu vidéo désuets, mention spéciale à la maîtresse de cérémonie tout bonnement épatante dans la subtilité de ces gestes.

le ring de katharsy 2@Simon Gosselin

monochrome dramaturgique

Si la dimension visuelle et technique est irréprochable, il n’en est pas autant pour l’écriture. Au début du spectacle, la maîtresse de cérémonie accueille deux joueurs en compétition avec leur équipe de trois humanoïdes/marionnettes. Ils vont s’affronter dans une série d’épreuve au cours de laquelle ils doivent guider vocalement leurs avatars : « marche », « mange », « cours » – le tout se déroulant comme une partie de jeu vidéo. Sauf qu’il n’y a aucun autre enjeu au spectacle que la victoire de la partie , en tout cas, aucun autre enjeu qui ne soit réellement exploré. Dès le premier quart d’heure, toutes les cartes sont jouées et la recette de la pièce est dévoilée, si bien que l’heure dix restante n’est que la répétition d’un même format, sans grande nuance.

game over ?

Et tout cela est bien dommage. En effet, des bribes esquissent des nuances et des pistes de réflexions qui ne sont malheureusement jamais explorées pleinement. Par exemple, les ordres à l’impératif que jettent les joueurs sont souvent insuffisants aux pantins, créant des bugs, et montrant qu’un langage réduit à son minimum est incompétent. À d’autres moments, les avatars refusent d’obéir et suivent un instinct émotionnel pendant quelques secondes, avant de reprendre le cours de la partie. Ainsi, ces réflexions sur le libre-arbitre, la parole et le contrôle émergent brièvement, mais ne vont jamais plus loin que cela et sont répétées sans nuance.  Tout en esquissant ces questionnements passionnants, Alice Laloy ne prend pas le temps de les mener à leur bout.

le ring de katharsy 3
@Simon Gosselin

reset and play again

L’univers déployé dans « Le ring de Katharsy » est extrêmement stimulant et esthétiquement irréprochable. La recherche autour des corps-marionnette et de l’univers du jeu vidéo est entièrement réussie mais peine à prendre chair dans une écriture lacunaire. De fait, le résultat est une forme de neutralité dans le regard du public, intéressé par ce monde unique sans y être pour autant embarqué. « Le ring de Katharsy » aurait pu mener ce combat dramaturgique avec brio mais perd finalement la partie.


« Trop près du mur », la parentalité explosive du clown Typhus Bronx

Le temps des clowns qui font des chiens avec des ballons et arrosent les enfants…

« Chiens » (m.e.s Lorraine de Sagazan) : questionner la pornographie par le théâtre

Dans la lignée de La vie invisible, Un Sacre et Léviathan, la metteuse en scène Lorraine de Sagazan continue…

le « Théâtre de la Suspension » renverse la Cartoucherie

Avec son diptyque porté par Bertrand de Roffignac, le Théâtre de la Suspension investit les…

Créé au Théâtre National Wallonie-Bruxelles puis présenté au Festival d’Avignon en 2024, cette « pièce à obsolescence relative » met en scène six vieilles et vieux qui parlent des relations amoureuses et sexuelles du troisième âge.  La troupe en peau de chagrin s’égrène au fil des saisons, le générique l’indique : « en alternance et selon leur longévité ». Au départ iels étaient huit, plus que six maintenant, accompagné.e.s sur scène d’une aide-soignante et de Mohamed El Khatib lui-même. La joyeuse troupe ridée était de passage au Théâtre du Rond-Point.

@Christope Raynaud de Lage

EROS ET THANATOS

Dans une salle de bal un peu désuète, cannes et déambulateurs arrivent doucement sur scène pour raconter ce que cela signifie d’être amoureux et d’avoir des rapports sexuels passé la fleur de l’âge. En préambule, est diffusé sur une télé le témoignage d’Anne, vidéo enregistrée au cas où elle mourrait et ne pourrait plus être sur scène. Puis, l’urne funéraire de George, autre défunt de la joyeuse troupe, est placée sur un podium. Le public est par ailleurs averti, il faut rester calme si un.e des comédien.ne.s mourraient sur scène, c’est la vie. Loin d’être glauques, tous ces retraités s’étaient promis de continuer même si l’un.e d’elleux décédaient. Chose promise et chose due dans la joie et la nostalgie.

SHAKESPEARE un DERNIER SOUFFLE

Les histoires contées sont touchantes, drôles et décalées. Elles éclairent une zone grise pourtant bien réelle. En effet, ne plus avoir toutes ses dents ne signifie pas ne plus avoir de désir. Les histoires font souvent rires, mais tirent aussi quelques larmes. Comme ce récit d’un Roméo et Juliette inversé où ce sont les enfants qui empêchent leurs parents de s’aimer, menant jusqu’au suicide de la vieille et tendre amante de Vérone. Ces histoires vraies et débridées sont partagées avec confiance et humour par les interprètes sur scène.

@Christope Raynaud de Lage

COUPÉ-COURT

Si les petit.e.s vieux.vieilles sont très attachant.e.s, quelque défauts d’écriture font un peu buter le tout. Présent sur scène pendant la première moitié du spectacle, Mohamed El Katib échange avec sa troupe pour articuler les diverses interventions. Mais le texte écrit essaye d’imiter une spontanéité sans grande réussite. D’autre part, bien des sujets passionnants sont annoncés puis évincés, tels que l’assistance sexuelle, l’homosexualité à quatre-vingt ans ou la maltraitance en Ehpad. Les prises de parole sont par ailleurs très courtes et n’ont pas le temps d’aller en profondeur ou en détail dans ce qu’elles racontent.

@Christope Raynaud de Lage

VIVRE ET MOURIR

Couronné d’un final en grande pompe, cette pièce extrêmement touchante doit énormément à ses interprètes, toustes drôles et attachant.e.s. Leurs histoires étonnent et révèlent la face cachée de ces sujets tabous que sont les relations affectives et sexuelles des vieux et vieilles. L’écriture n’étant pas à leur niveau, la construction du spectacle pêche un peu dans l’ensemble. Pour autant, l’émotion est largement présente, ces personnes montent sûrement pour la première et la dernière fois sur scène grâce à ce spectacle, comme une scène d’exposition et un dénouement en même temps.


« VUDÙ (3318) Blixen » à l’Odéon, le sacrifice d’Angélica Liddell

Premier opus de sa trilogie de la mort, « VUDÙ (3318) Blixen » d’Angélica Liddell est un…

Chœur des Amants (de T. Rodrigues) souffle aux Bouffes du Nord

Première pièce de Tiago Rodrigues, l’actuel directeur du Festival d’Avignon, Choeur des amants a su donné…

festival d'avignon 2025

Festival d’Avignon 2025 : notre sélection

Festival d’avignon : Prologue La 79e édition du Festival d’Avignon (In) et la 59e du…