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Adrien Comar

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Qui a dit qu’être punk et avoir des sentiments était incompatible ? Avec leur quatrième effort, Idles prouve en tout cas le contraire. Un an seulement après le brillant Ultra Mono, le retour des punks de Bristol pourrait sembler prématuré mais le déroulement de l’année passée éclaire sur la conception de ce nouvel opus sombre et suintant de douleur: CRAWLER.Idles Crawler

Une naissance tragique

Pour de nombreux artistes, la pandémie a été l’opportunité de créer de nouvelles musiques. Idles ne fait pas exception à la règle. Dans l’impossibilité et la frustration de défendre leur précédent album dans une tournée de concerts comme ils savent si bien les faire, le groupe compose. Un autre évènement qui aurait pu être tragique est néanmoins à la genèse des 46 min cathartiques de CRAWLER. Joe Talbot, frontman et parolier du groupe, a évité de justesse un accident de voiture. Pas de victime dans l’histoire, hormis la charismatique chanteur qui prend conscience de la fragilité de son existence. Ses addictions sont mises à nu. Il doit lutter contre. Il lutte, encore et encore. Il y parvient. Voilà, c’est ça le dernier Idles.

Pleurs, distos et introspection

 

Comme le laissait présager le premier des deux single dévoilé à l’avance, The Beachland Ballroom, l’atmosphère est plus sombre sur CRAWLER. Chaque note soigne les plaies d’un homme qui a souffert, chaque parole est expiatoire. « Are you ready for the storm ? » demande Talbot à ses fans dans le premier morceau (MTT 420 RR), attentionné, il prévient sur ce qui va suivre.  A noter que ce titre acronymique est un modèle de moteur, se référant ainsi tout comme Car Crash à l’accident qu’a frôlé le frontman. Le chanteur conte son expérience dans un style effleurant la cold wave et pose les bases de ce nouvel album. L’ensemble se laisse guider par les émotions chancelantes et dévorantes d’un homme en perdition. Les quatorze titres punk, parfois oppressants notamment par le son très lourd de la basse omniprésente, sont d’une poésie qu’il est rare de croiser dans ce genre de musique. Talbot se livre à cœur ouvert et ses tourments se métamorphosent en riffs effrénés et paternes de batteries surpuissants.

Un ensemble maîtrisé malgré quelques bémols

CRAWLER n’est sûrement pas la création la plus réussie du groupe dans la mesure où il n’y a pas de renouvellement et que le tout peut paraître assez monotone. Il n’y a pas autant de titres qui marquent par leur exceptionnalité que dans les précédents albums de la formation mais les morceaux sont réussis et certains, à l’image de Crawl! et The Beachland Ballroom, émeuvent particulièrement. Bien que des touches nouvelles de synthés apportent une fraicheur très prometteuse, Idles conservent la recette qui fonctionne. La construction est toutefois maîtrisée. Du titre introductif aux bombes captivantes et plus proches de ce qu’Idles avait pu faire précédemment que sont The Wheel ou The New Sensation, tout est là pour un bon album. Des pauses plus calmes et si belles (Progress) soulagent l’ensemble. Les interludes apaisent (Kelechi) et dynamisent (Wizz) tout en étant entièrement à leur place. CRAWLER est violent musicalement et émotionnellement, et cela fonctionne.

brutaliser la sensibilité

Il est clair que CRAWLER est le journal intime d’un cœur blessé. Idles y sublime ses tourments et s’en délivre. L’écoute de l’album peut être rude tant il est sincère, mais la maîtrise et l’émotion qui l’habitent sont addictifs. Libérateur et lacrymal, l’appréciation de ce concentré de peines n’est pas nécessairement immédiate. Et pourtant, c’est inévitable. Parce que c’est Idles et qu’ils sont sacrément bons. Surtout quand Joe Talbot conclut dans un dernier cri de rage et d’espoir « In spite of it all, life is beautiful ». You’re right Joe, I can assure you, it is.


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Lulu Van Trapp … Vous voyez les années 80 ? Vous voyez la fougue d’un groupe de punk de banlieue ? Un avatar créé de toute pièce au nom enfantin et presque scandinave ça ne vous dit rien ? Et bien Lulu Van Trapp c’est tout ça – et tellement plus. Repérés par le programme Avant Seine du festival Rock en Seine, ce quatuor de rock, pop, soul, r’n’b… (la liste est encore bien longue) originaire de St-Ouen(sur-Seine) a un (très réussi) album en poche et une tournée française en cours. Un must de la scène émergente à écouter d’urgence.

Lulu Van Trapp - Les Mots d'Amour

Mais Lulu Van Trapp qu’est-ce que c’est ?

J’ai hésité à succomber à la comparaison (très tentante) aux Rita Mitsouko. Et, bien que la ressemblance soit en effet frappante, la jeune composition est unique en son genre et ne peut se voir réduire à une similitude. Il y a évidemment ce charme désuet de la synth-pop des 80’s et cette voix au timbre si particulier, mais les Lulu ont leur propre univers. Un monde baroque et sans limite dans lequel ils ne se refusent rien. Les titres de leur premier LP (I’m not here to save the world) s’enchaînent à un rythme effréné et survolent une multitude de styles musicaux. La musique de Lulu Van Trapp est effusive et infinie. Aucune frontière à l’originalité: les titres sont en français ou en anglais, doux ou rapide comme l’éclair, nostalgique ou des plus moderne. La liberté que s’octroient les musiciens dans leurs compositions est un atout majeur et un parti pris ambitieux qui se concrétise avec maîtrise dans les dix titres de leur album.

D’où viennent les Lulu Van Trapp ?

LULU VAN TRAPPInitialement, il y avait Rebecca (chant, synthés) et Maxime (chant, guitare) et leur groupe de punk énervé : La Mouche. A cette époque, les musiciens s’auto-produisaient et n’ayant pas de manageur.se, Rebecca y remédia en inventant le personnage de Lulu Van Trapp. La jeune artiste répondait alors sous cette identité au téléphone et ainsi, d’une manageuse artificielle naquit une super-héroïne abstraite.

Et alors que La Mouche s’essouffle, Maxime et Rebecca souhaitent laisser davantage de place aux textes et à la douceur dans leur chansons. Les premiers titres de Lulu apparaissent et tout s’enchaine très vite par la suite. Devant jouer en première partie de FAIRE à la Maroquinerie, les deux acolytes recrutent Manu (basse) et Nico (batterie) et après quelques répétitions, ça y est Lulu Van Trapp est prêt. Tout ça s’est déroulé en 2017. En 2021, ils font partie du Club Avant Seine. Et en octobre ils seront en tête d’affiche à la Maroquinerie (le 7 pour être précis). Plus rien ne peut les arrêter maintenant.

Pourquoi il est essentiel de les écouter ?

Tout simplement parce que c’est génial. Non mais sérieusement, aucune chanson ne se ressemble et elles sont pourtant toutes cohérentes. La voix de Rebecca est maîtrisée et tout à fait singulière. La thématique principale des compositions est l’amour, et celle-ci est abordée avec finesse et poésie, ne débordant pas dans la niaiserie d’un poète improvisé. Les mots d’amour est l’exemple parfait: ce titre est kitsch à souhait et charmant, mais toujours très intelligent. Les textes sont réussis, l’instru aussi, et tout ça au profit d’un univers réfléchi et plaisant. Leur Brazil est une superbe porte d’entrée dans ce monde de fantaisies et est particulièrement réussie. Honnêtement, si je ne vous ai toujours pas convaincu d’aller les écouter, je ne comprends plus rien ! Plus sérieusement, les Lulu Van Trapp sont talentueux et très prometteurs, et il serait vraiment dommage de passer à côté de cette pépite.


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Maxwell Farrington & le super homard live at La Villette Sonique 2021
Crédit photo : Louis Comar

En cette deuxième journée ensoleillée de musique à la Villette Sonique, les cercles de distanciation sont bien remplis et les pintes de bière aussi. C’est donc dans une ambiance festive et printanière que débute ce nouvel après-midi sur la scène du jardin des îles.

 

 

 

Maxwell Farrington et le SuperHomard – « C’est dommage que vous pouvez pas danser. »

Installés sur la pelouse de la Villette Sonique, nous attendons le début du concert de Maxwell Farrington et le SuperHomard. Après des balances effectuées au regard de tous, le set débute par une musique folk western sous les applaudissements du public. C’est ainsi que commence une parenthèse pop folk electro 70’s de 45 min sous les regards accueillant des spectateurs.

Le show met un peu de temps à s’installer et nous sommes rassurés de voir le frontman abandonner son tabouret dès le premier titre. Celui-ci nous régale alors de sa voix rappelant celle de Tom Smith (Editors) et de ses pas de danse nonchalant. Sous ses allures de John Lennon moustachu, Maxwell Farrington mène le groupe et ses coéquipiers paraissent un peu en retrait. Néanmoins, tous sont heureux d’être avec nous cet après-midi et cela se ressent.

 

Entre deux rots et vérification de setlist, le frontman promet une bière à ceux qui l’ont suivi dans une de ses chorégraphies. La tendance est à la détente et une atmosphère bon enfant plane sur la pelouse du festival. Les titres rappelant tantôt des valses, tantôt des tubes des années 80 sont à l’image de ce week-end de fin mai où l’on croit parfois entendre du MGMT fusionné à un tube des Beatles ou bien encore la pop enchanteresse de Pearl Charles. Le groupe est apprécié et le frontman franco-australien nous remercie « tousstes » d’être présent aujourd’hui. S’asseyant sur le bord de la scène, Farrington créé de la proximité avec son audience à l’ère des distanciations et comme nous, regrette que l’on ne puisse pas danser.

Ce premier concert s’achève et les musiciens quittent un public conquis, le sourire aux lèvres. Maxwell Farrington et le SuperHomard, c’est un peu la bande originale d’un lieu où des hippies modernes se retrouveraient, nostalgique des 70’s pour fumer et danser, téléphone à la main, une couronne de fleur sur la tête. En attendant de les retrouver pour de prochains rendez-vous dansants, c’est au tour du Villejuif Underground de rentrer sur scène.

 

Le Villejuif Underground – « Tout va bien avec le Villejuif Underground »

 

Afin de rendre l’attente du groupe de rock très attendu moins longue, un « performeur attitré comico/dépendant affectif et sexuel ayant la faculté de se transformer en concombre » atterrit sur scène et débute un discours ubuesque et hilarant qui annonce la couleur du concert à venir. Une dernière blague absurde est lancée tandis que les musiciens finissent de s’installer. Là où des pogos auraient habituellement habillé la fosse, ce sont des tentatives annihilées de se lever qui agrémentent l’électro-pop-rock du groupe déjanté. Une chose est sûre, Le Villejuif Underground parvient à faire monter la température d’un cran très rapidement et les festivaliers sont rapidement entraînés dans la spirale saturée et distordue des différents morceaux du quintette.

La voix du chanteur n’est pas sans rappeler celle d’un certain Iggy Pop et des influences évidentes comme le Velvet Undeground ressortent de l’identité bien singulière du groupe. Le chanteur donne de sa personne, il se roule dans l’herbe, va au plus près du public jusqu’à débrancher son micro et en fini essoufflé. Mais on le comprend, car comme il nous explique : « Ça fait un moment on a pas joué. ».

Alors que les grosses lignes de basse continuent de résonner, la sécurité se déploie pour faire respecter les gestes barrières ; le public a du mal à rester assis devant une énergie si communicative. Bouteille à la main, les musiciens à la dégaine punk surfeurs désabusée partagent leur micro avec le public et alors que le chanteur est étalé sur scène entre deux interludes humoristiques, il extrapole sur son état (plutôt alcoolisé visiblement) et ce qu’il appelle alors le « Xanax Underground ». Des membres du public tentent des roulades et d’autres se rentrent dedans à genoux pour satisfaire leur soif de mosh-pit, et la voix grave du chanteur annonce que « Tout va bien avec le Villejuif Undeground ».

Pieds nus, le frontman oublie les paroles de certaines chansons et commentent alors les « nice trees » qui l’entourent avant d’installer son magasin sur le devant de la scène. Les musiciens sont déchaînés et le respect des distanciations est difficile en cette fin de set où retentit notamment un titre aux allures de Brianstorm des Arctic Monkeys. Le groupe rit des petits cercles dans lesquels se déroulent cette nouvelle forme de live mais ne sont pas moins très heureux de pouvoir joué après de longs mois sans concert.

Alors que le batteur était prêt à quitter la scène, Le Villejuif Underground entonne une dernière chanson et quitte une audience réjouie prêt à remettre tout ça sans distanciation. La Villette Sonique est en feu et le groupe nous quitte sur des paroles très inspirantes à l’image de leur performance : « Vive la clarinette. ».

 

Un bilan très positif Pour l’édition 2021 de La Villette Sonique

 

En cette fin d’après-midi, le bilan est tout à fait positif : le public est conquis et les concerts sont réussis. Les deux groupes que nous avons eu la chance de voir sont tous deux parvenus à créer cette frustration caractéristique des concerts distanciés. L’audience veut danser mais ne peut pas, les pogos se renferment dans les jambes en tailleur et les embrassades trouvent comme seul réconfort le tissu filandreux des masques. Néanmoins La Villette Sonique a fait revivre le live le temps d’un week-end et on ne peut que les remercier pour cela !

 

Texte : Adrien Comar


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