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Adrien Comar

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L’immanquable compagnie (LA) HORDE (Ballet national de Marseille) était de passage à l’Espace 1789 de Saint-Ouen pour présenter Roomates : « une pièce hommage à la danse contemporaine en choisissant cinq œuvres qui ont marqué le collectif et l’histoire du Ballet, une horde de chorégraphies débridées et jubilatoires. » Collectif éclectique, c’est la troupe qui a collaboré avec Madonna, Rosalia, Christine and the Queens, le MoMa de New-York ou encore Gilles Lelouche. Ce spectacle-panorama était l’occasion de retracer les influences et les œuvres marquantes d’une troupe déjà culte.

@Maria Baranova

MOSAÏQUE DANSÉE

Au programme ce soir, cinq pièces étaient présentées : Grime Ballet de C. Bengolea et F. Chaignaud, Weather is sweet de (LA) HORDE, Lazarus de O. Doherty, Les Indomptés de C. Brumachon (sur une musique de Wim Mertens) et un extrait de Room with a view de (LA) HORDE. Le programme est varié, à l’image du panel thématique et chorégraphique dont la compagnie se saisit création après création. Chaque pièce présentée dure environ une quinzaine de minutes, de quoi laisser un goût de trop peu après l’émerveillement.

Bande-annonce du spectacle Roomates de (LA) HORDE

TROP PEU, TROP BIEN

En effet, chaque chorégraphie est absolument épatante et brillamment dansée par les membres de (LA) HORDE, toutefois, ces micro-formats frustrent les sensibilités. L’audience adorerait voir chacun de ces spectacles dans son entièreté, et regrette n’apercevoir que des morceaux sans lien dramaturgique. Ce format « bande-annonce » a ses limites et ses vertus, il permet malgré tout de découvrir la palette de géants de la danse contemporaine. Donc bien qu’une amertume reste en bouche, celle-ci est le signe d’une réussite, chaque pièce mériterait son format long.

@Thierry Hauswald

ROOM WITH A VIEW

Le moment extrêmement fort de cette soirée reste l’extrait de Room with a view. Ce spectacle créé en collaboration avec Rone en 2020 est le paroxysme de l’art de (LA) HORDE. Comme une manifestation joyeuse, la troupe devient une foule enragée où le collectif chante la rage et la force du groupe et de l’engagement. Les corps s’épuisent et se dévouent avec abnégation et volonté dans une énergie qui déborde du plateau. La musique de Rone soutient brillamment cette chorégraphie viscérale et détonante, à couper le souffle.

©Maria Baranova

(la) horde en marche

Le format de ce spectacle en forme d’hommage et de retrospective a ses défauts et ses qualités mais permet assurément de découvrir l’art de l’un des collectifs les plus importants de ces dernières années. (LA) HORDE dispose d’un panel d’artistes et de chorégraphies unique et important. Roomates est donc la belle histoire d’une troupe qui a encore beaucoup à dire, d’une troupe qui continuera à étonner, à tout conquérir sur son passage.


« VUDÙ (3318) Blixen » à l’Odéon, le sacrifice d’Angélica Liddell

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Carmen - Ballet Julien Lestel

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Le temps des clowns qui font des chiens avec des ballons et arrosent les enfants avec une fleur en plastique est fini, place à la folie, à l’acide sulfurique et au trash. Emmanuel Gil et son double Typhus Bronx étaient de passage à l’Avant-Seine de Colombes pour présenter deux spectacles, « Le délirium du papillon » et « Trop près du mur ». Décapant, décadent et délirant, retour sur une soirée ahurissante en compagnie d’un nez rouge sang et de gags au vitriol.

@Fabien Debrabandere

S’ENFANTER SOI-MÊME

En guise de préambule, Emmanuel Gil apparaît simplement sur scène, expliquant qu’il est devenu papa, et que l’autre papa de ce marmot est son double, Typhus Bronx, un clown quelque peu irresponsable. Fruit de son imagination et de sa procréation artistique, cet enfant et ce personnage prennent progressivement vie dans une transformation monstrueuse. Très vite, l’interprète se dédouble et fait dialoguer son personnage avec lui-même tout en se métamorphosant, transposant progressivement la réalité dans un univers imaginaire où à peu près tout est permis. Et le public est mis en garde, une fois Typhus sur scène, c’est l’audience qui doit faire attention à l’enfant et le protéger des frasques du clown.

Trash, trash et trash Typhus Bronx 

Une fois le clown en scène, les valeurs sont renversées et l’amoralisme est de mise. Oscillant entre une voix nasillarde et un cri guttural, Typhus Bronx harangue les spectateurices sans concession. Cruel, violent et cynique sont trop peu d’adjectifs pour décrire ce personnage outrancier et sidérant. Les blagues sont choquantes, noires et intrusives. Pas de place au tabou, avec Typhus, être parent signifie aussi parler de contraception, de fausse-couche, de regrets, de mort – le tout sans aucun retour en arrière possible. Certains gags laissent de marbre tant ils pèsent lourd dans la conscience : « Qui dans le public a fait un enfant ? Très bien, deux enfants ? D’accord, et qui ici a fait un nombre négatif d’enfant ? Qui a fait des petits anges ? ». Ouf.

@Fabien Debrabandere

CLOWN TUEUR Typhus Bronx 

Les curseurs de l’humour noir sont à une teinte rarement égalée, plus sombre que le néant. L’absence d’avertissement de la part du théâtre est d’ailleurs étonnante. Les thèmes de l’inceste et de la pédocriminalité sont à plusieurs reprises évoqués ou joués par ce personnage hors de toute convention morale. Personne n’échappe à ce rire armé de dérision. Dans ses nombreuses interactions avec le public, vieux.vieilles, enfants, étudiant.e.s, gauchistes et amateur.trice.s de théâtre s’en prennent plein la gueule. Et ce ne sont pas des tartes à la crème, juste des mots intrusifs et déroutants, gênants et obsédants. Puis sur scène, le pauvre poupon de plastique est malmené, cogné, brûlé, lavé à la machine, presque découpé à la tronçonneuse, soit un peu plus que bercé « trop près du mur ». Mais derrière toute cette violence il y a une réflexion poétique extrêmement percutante sur l’imagination, les traumatismes et la parentalité.

@Fabien Debrabandere

imaginer la violence et la réparation

Dans la séquence finale, Emmanuel Gil fait le procès du public qui n’a pas réagi aux agissements de Typhus et a laissé mourir son enfant. Pourquoi des centaines de spectateurices ont aimé rire devant ces atrocités sans moufter ? Pourquoi vouloir faire un enfant quand on a peur de le casser et de reproduire les schémas traumatiques ? Car il y en a eu des blagues qui semblent aller trop loin, des gestes ou des mots qui ont l’air de trop, mais devant lesquels personne ne réagit. Dans cet épilogue, l’interprète ouvre une porte suggérant que l’imagination est le lieu pour accueillir les pensées les plus noires mais aussi pour créer un nouveau soi, un nouveau personnage émancipé et libéré de la violence. Son clown, Typhus Bronx, n’est ni plus ni moins que ce lieu de l’imagination à mi-chemin entre les fantasmes et les désirs, sombres ou légers, où l’on peut casser les enfants et les réparer. « Trop près du mur » est un spectacle dénotant des programmations habituelles, inouïe et rare, à voir par un public (absolument) averti.


« Chiens » (m.e.s Lorraine de Sagazan) : questionner la pornographie par le théâtre

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le « Théâtre de la Suspension » renverse la Cartoucherie

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Les Chatouilles, Andréa Bescond

« Les Chatouilles » et « Les Possédés d’Illfurth », quand le théâtre se fait porte-voix des victimes de pédophilie et de VSS

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Avec son diptyque porté par Bertrand de Roffignac, le Théâtre de la Suspension investit les murs du théâtre de l’Épée de Bois pour tout le mois de janvier. Au programme, Fils de chien (manifeste autophage)l’Alphabet des providences (farce épique) et les « Dimanches inacceptables », trois rendez-vous détonnants qui viennent dépoussiérer la Cartoucherie de Vincennes et proférer des incantations théâtrales au nom de l’étrange et de l’autre.

@Christophe Raynaud de Lage

FILS DE CHIEN

Pour son seul en scène, Bertrand de Roffignac, comédien à l’énergie débordante et affolante nous raconte l’histoire du Chien, celui qui a fini par dévorer les hommes. Sur scène, un bassin aquatique voit passer des marionnettes, un cirque, des steaks, des étrons, des cannibales, des confettis, un cadi, un poulet à maquillage, une bouée, une funambule obèse et beaucoup de poésie. La performance subjugue et choque. L’admiration et le dégoût se renvoient la balle dans un combat langagier et scénique inégalable tant la performance est surevoltée et décapante. Fils de chien est un ovni démentiel porté par un comédien inouïe et fascinant.

Le théâtre de la suspension
@Christophe Raynaud de Lage

L’ALPHABET DES PROVIDENCES

La « farce épique » est collective cette fois et conte l’histoire d’un livre, « l’Alphabet des providences », livre des livres qui réduit toute autre littérature à de médiocres bouquins. Problème, plusieurs personnes dans le monde l’ont simultanément rédigé et publié. De cette base narrative, le Théâtre de la Suspension tire une fête absurde et scato où la réflexion littéraire a la part belle. La troupe ne se refuse aucun excès et résonne aux son d’un groupe jouant en live. Plus sage que Fils de Chien, cet Alphabet des providences, crée une sorte de conte dystopique étonnant, kitsch et hilarant. Seul bémol : un traitement caricatural et dénigrant du handicap pose question dans l’ensemble.

@Christophe Raynaud de Lage

DIONYSIES UNDERGROUND ET THÉÂTRALES

L’Épée de Bois devient un vrai lieu de fête en janvier. Le Théâtre de la Suspension pousse l’outrance à l’excès et convoque des formes inédites, jouissives et imparfaites. La démesure est de mise et se veut comme deux grands bras ouverts à créer un lieu de tous les possibles, comme une aventure absolument théâtrale dans un cirque désaffecté. « Pas de programme sage, pas de hiérarchie des genres, pas de cadre rassurant » annonce le programme des « Dimanches inacceptables ». Car chaque dimanche, la troupe propose une soirée gratuite, comme un débordement prolongeant les excès au paroxysme. Le théâtre entier est une fête inspirante et folle à vivre au présent, surtout pas en famille, pendant un mois à l’Épée de Bois.


Qui Som - @Jerome Quadri

Qui Som ? (Baro d’Evel) – chef d’œuvre écopoétique

Créée au Festival d’Avignon 2024, Qui som ? du Baro d’evel avait bousculé la cité des…

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Catarina et la beauté de tuer des fascistes

« Catarina et la beauté de tuer des fascistes » : un fasciste peut-il débattre ?

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Pièce onirique et imparfaite, Le Conte d’Hiver comporte en son sein  une tragédie de trois actes et une comédie de deux actes. Jeu d’illusions, de rêve et d’un récit portant un féminicide, la jeune Compagnie Quand il fera nuit se saisit de cette matière théâtrale féconde. Première mise en scène du duo et de cette troupe émergente sorties du CNSAD , ce Conte d’Hiver interprété depuis la traduction de Koltès a les défauts et qualités d’une première création. Mais suivons le mot de Shakespeare : « Préparez vous avoir la vie avec autant de naturel que le sommeil imite la mort. »

joyeux théâtre le conte d’hiver

La joie du collectif et du texte shakespearien sont largement communicatifs dans cette mise en scène pleine de fougue. Cette scène de music-hall où Autolycus, sorte de voyou troubadour, devient une rockstar plus qu’un barde, a de quoi  largement conquérir les esprits. La scénographie simple et efficace porte une proposition où chaque personnage trouve sa profondeur chez de jeunes comédien.ne.s doué.e.s. La fantasmagorie et le plaisir du théâtre sont de mises.

Teaser – Le Conte d'Hiver ❄️ – T13

« l’hérétique, c’est celui qui met le feu, pas celle qui brûle. »

Interrogés par la mise en scène d’une pièce contant notamment un féminicide, les metteureuses en scène s’emparent de ce problème. Léonte, jaloux maladif provoque la mort d’Hermione, sa femme qu’il accuse d’adultère. La mise en scène centralise la pensée de ce féminicide dans le traitement du personnage de Léonte. Habilement traité, cette idée aurait gagné à être étendue plus notablement. La problématique patriarcale tend à s’estomper dans la proposition en dépit de tentatives plus ou moins abouties. Cet usage hasardeux de la vidéo pour le procès d’Hermione est plus accessoire que pertinent dans l’optique de cette lecture contemporaine.

le conte d'hiver
Le Conte d’Hiver – (@ Christophe Raynaud de Lage)

Imperfection shakespearienne

Cette première mise en scène est donc prometteuse. Quelques directions de mise en scène mériteraient d’être édulcorées et précisées mais le bilan est positif. L’effort de lire Shakespeare avec un regard contemporain est celui que le barde de Stradford aurait lui-même prôné, et il est tout à fait louable. Les quelques imperfections de cette première création se font le miroir de cette pièce inégale mais merveilleuse qu’est Le Conte d’Hiver. À découvrir au Théâtre 13 de Paris jusqu’au 10 octobre.


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Carmen - Ballet Julien Lestel

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Sans tambour (m.e.s Samuel Achache), prendre la note au mot. (théâtre)

Sans tambour (m.e.s Samuel Achache) est une pièce fractionnaire s’installant dans un décor décomposé lui-même…