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Imaginez une nuit d’errance new-yorkaise dans des dédales de rues désertes. Imaginez craindre pour votre vie à l’approche de quelques rares passants louches que vous croisez çà et là. Imaginez vous enfoncer dans un paysage toujours plus noir et désœuvré, où deux comportements semblent habiter la ville : la fuite bruyante ou l’effacement par le silence. Ce bout d’histoire convoquant un imaginaire connu aux allures gothiques a récemment trouvé son narrateur le plus convaincant : il s’appelle BAMBARA et parle le rock. Préparez-vous pour une marche de longue haleine, qui risque de durer jusqu’au soleil levant, s’il ose un jour se montrer…

De passage à la Boule Noire (Paris) le 30 mars dernier après une première partie à l’Elysée Montmartre au début du même mois pour le concert d’Idles, BAMBARA nous a donné envie de parler d’eux : de leur musique haletante, de leurs albums  distingués et de leur frénésie scénique. Plongée dans un groupe au charme irrésistible.

débuts dans l’ombre

Bambara à la boule noire
Bambara à la Boule Noire photo by Kévin Gombert

Deux frères (Reid et Blaze Bateh : voix/guitare pour le premier et batterie pour le second) et un ami rencontré en primaire (William Brookshire : basse) se mettent un jour d’accord pour monter un groupe. Ils sont originaires d’Athens en Géorgie et résident aujourd’hui à Brooklyn. Ils s’accordent sur le nom BAMBARA, en référence au personne principal d’une série télévisée américaine de science-fiction : Æon Flux. On est en 2010 quand sort leur premier EP Dog Ear Days et en 2013 quand ils donnent naissance à Dreamviolence, leur premier album. Au départ, leur approche est assez expérimentale, dans des productions primaires et rugueuses. A la recherche d’un style mais surtout de textures sonores, BAMBARA fait petit à petit ses armes. Peu remarqué jusque-là, les premiers signes de reconnaissance viendront en 2018, après la sortie de l’album Shadow on Everything. Comment expliquer ce lever de rideau soudain ?

Light on everything

Avec ce troisième album, BAMBARA hausse le niveau en proposant une musique franche, moins éparpillée et mieux produite. La patte sonore est cette fois bien là, plus reconnaissable qu’auparavant. A l’image de sa pochette percutante d’obscurité, Shadow On Everything surprend par des morceaux tout de noir vêtus, comme un sinistre personnage s’avançant au travers d’une brume épaisse, et dont la marche est soutenue par une basse menaçante. La voix du chanteur y est plus profonde que jamais, lui donnant des airs de crooner nocturne. Mots étirés, ton désinvolte… C’est déjà l’assurance d’un style qui permettra au groupe dès lors de marquer sa différence. Derrière, les compositions ont gagné en impact, comme on peut le remarquer chez « Dark Circles » ou encore le génial « José Tries to Leave ». Moins de fioritures, les gars vont droit au but avec un son saillant. Celui-ci inaugure une nouvelle élégance dans cette musique non plus seulement sulfureuse, mais désormais conquise par une certaine sensualité. Là où leur précédent album Swarm (2016) sonnait encore trop renfermé, Shadow on Everything bouscule par son ampleur. Cour des grands ouverte, Bambara n’a plus qu’à s’y engouffrer.

Ils ne manqueront pas de le faire deux ans plus tard avec la sortie de leur quatrième album Stray, lequel marquera l’affirmation de leur identité austère. Le premier morceau « Miracle » en est l’un des symboles les plus frappants. Plongée sans préambule dans une atmosphère glauque d’où surgit un certain romantisme. Bambara n’est plus dans l’essai, ils ont assurément trouvé leur esthétique sonore. Ce quatrième album s’inscrit dans la continuité du précédent : élégant, soigné, torturé. La pochette, aussi dans les mêmes tons, parle d’elle-même.

MINI ALBUM POUR GRAND IMPACT

C’est cependant moins le cas de celle de leur nouvel album révélé il y a seulement quelques semaines, qui rompt soudainement avec la touche obscure de leurs visuels. Cette fois, on y voit un portrait du chanteur. Belle photo promo certes, mais assez atypique pour en faire un visuel d’album ? A vrai dire, Love on my mind est un projet un peu particulier, puisqu’il ne comporte que 6 titres. On pourrait le qualifier d’EP, mais le groupe préfère parler de mini album. Quelque chose d’assez peu répandu chez les artistes installés dans le milieu. Le fait que BAMBARA le propose mérite donc que l’on s’y attarde. Qu’est-ce que leur apporte cette forme ?

Plus d’efficacité certainement, avec un condensé de ce qu’ils savent faire le mieux. Là, on ne perd pas le fil, comme on pouvait avoir tendance sur les précédents projets du fait de leur longueur, source d’un certain essoufflement sur la durée. Love on my mind met en scène six morceaux blindés, avec un BAMBARA pur jus, un brin plus pop que d’habitude, mais toujours aussi aiguisé. « Mythic Love » et « Birds » constituent sûrement ce qu’ils ont fait de plus percutant. La dernière, « Little Wars », balade toute en intensité, clôt ce mini album en beauté. Pari réussi pour le groupe que de poursuivre leur ascension avec cette nouvelle œuvre originale, en dehors des règles habituelles. Plus rentre-dedans, elle est une nouvelle porte d’entrée à cette musique de prime abord hostile.

Ce que nous rappelle cette dernière en terme d’influence démarre de Nick Cave et s’étend jusqu’au cinéma de Lynch, Jarmusch et Wong Kar Wai, dont ils sont très fans. Chez leurs voisins du même âge, ils font le pont entre Murder Capital, pour leur rock sombre, et Iceage, pour leur côté plus pop. Côté littérature, BAMBARA s’inspire du genre Southern Ghotic , représentée par des auteurs comme Harry Crews.

IDENTITé LIVE

Présentations approfondies faites. Allons maintenant trainer dans leurs concerts. Qu’en est-il de leur chair live ? Parviennent-ils à convoquer sur scène ce qui les caractérise, autant au niveau du son que de l’atmosphère globale ? Puisque nous étions à leurs deux récentes prestations parisiennes, dont une Boule Noire complète spécialement à leur nom, voici ce que nous pouvons en dire.

Les garçons sont d’abord fidèles à l’image renvoyée par leur musique enregistrée : quelque chose d’à la fois classe (le chanteur était en pull Kashmir à l’Elysée Montmartre et en belle chemise rouge, celle du visuel de Love on my mind, à la Boule Noire) et de sinistre. Y pèse un voile de mystère, favorisé par l’attitude comme possédée de Reid Bateh au chant. Lui est assez impressionnant, en parvenant à garder un certain ancrage au sol malgré ses incessantes courses et gesticulations. Il tient la scène d’une main de maître et attirent tous les regards. Rarement un chanteur n’a été aussi élégant dans son déchainement (un guitariste accompagne le groupe en live). C’est d’ailleurs sur ce dernier point qu’un contraste se fait sentir par rapport aux versions studios : BAMBARA est en live animé d’une fureur beaucoup plus ravageuse. Tout y est décuplé dans une folle énergie, au point de rendre chacun de leurs morceaux une petite copie du précédent en terme d’agitation. On regrette alors un manque de subtilité et de nuances. L’ensemble est traité sur le même plan, comme une course qui ne termine jamais. Cela crée évidemment une tension, mais surement trop dans l’excès. Au bout de quelques morceaux, et après des débuts déjà transpirants, l’énergie continue de plus belle, mais vient quelque peu à bout de notre seuil de tolérance. Pourquoi est-ce donc épuisant à répétitions ? Le son est écorché vif, et n’a pas grand-chose de confortable à l’écoute. Il en devient parfois même trop agressif, avec des guitares comme du fil de fer à faire grincer les dents. Même si cet aspect est galvanisant pendant un temps, il a du mal à surprendre durant un concert entier.

La performance du groupe reste toutefois de qualité, avec un investissement démentiel de la part des trois garçons, notamment de la section rythmique qui s’en donne à cœur joie. C’est d’ailleurs en live qu’elle prend toute son ampleur. On comprend là à quel point les morceaux de BAMBARA sont aussi habités par une vivacité, plus effacée en studio, ce dernier privilégiant l’aspect sensuel et mystérieux. Leur musique parvient alors à s’adapter selon les contextes d’écoute. A la Boule Noire, nous avons redécouvert le groupe. Attendons maintenant de voir ce qu’ils peuvent donner dans de plus grandes salles comme ses voisins de Pigalle. La France n’est peut-être pas encore tout à fait prête, mais avec quelques efforts de la part de BAMBARA pour nuancer ses concerts et avec l’aide d’un prochain album qui ne pourra qu’être de haute voltige, nous avons énormément d’espoir.


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Paris, la boule noire, 3 novembre 2019.

Nina June: pop d’Amsterdam

 « Cette chanson rappelle qu’il faut toujours être en mouvement » voilà qui va bien à Nina June qui ouvre pour The Franklin Electric ce soir. Avec une voix claire et aidée d’un simple clavier,  la belle hollandaise envoûte une Boule Noire bien trop vide pour la qualité du spectacle qui y est proposée ce soir. Ce soir d’ailleurs, le Canada et les Pays-Bas se rencontrent. C’est sûrement parce qu’on ne connaît pas assez les merveilles musicales qui sortent de ces beaux pays que le mot est trop peu passé. Le plus on est de fous dit le proverbe. Et bien il ment. Religieusement à l’écoute, ceux qui ont fait le choix judicieux de se déplacer ce soir se délectent des notes merveilleuses qui émanent de la scène. En grande prêtresse, la blonde à la combinaison pantalon rose prend le temps de communiquer entre chaque morceaux et transperce les cœurs. Les mélodies touchent la pop aériennes, se font une place dans les têtes, chantent avec douceur le mouvement et l’hiver. Il fait noir dehors, l’automne sent la mélancolie. Elle est ici sublimée. On pense à Agnes Obel évidemment alors que la chanteuse monte dans les aigus sans jamais surjouer ni se contenter d’imiter. Et lorsque la pop se fait plus entêtante, on pense volontiers à Sia et autres Kathy Perry. Un moment intime, sincèrement beau qui transforme la boule noire en un foyer chaleureux propre à l’introspection.

The Franklin Electric: concert folk et live amical

 


The Franklin Electric commencent fort. La salle se lève d’un bon alors qu’un premier titre énergique fait immédiatement danser ses adeptes. Le chanteur prend d’ailleurs la température: « Ça va ?» balance-t-il dès son premier essai. Communiquant comme on sait l’être outre Atlantique, voila notre chanteur qui se place au clavier pour interpréter un titre issu de son premier album. Surprise ( ou pas c’était attendu) la magie opère. Franklin Electric crée de ces musiques d’espace qui massent votre cerveau, appellent votre cœur à manquer un battement le temps de mieux écouter une note. Les lumières roses et tamisées illuminent notre quatuor folk.

« On n’est pas venu depuis longtemps mais Paris est le dernier arrêt de notre marathon à travers l’Europe. » avant de poursuivre « Nous étions dans le 11 ème arrondissement le soir où il y a eu l’attaque au Bataclan, nous avons une véritable histoire d’amour avec votre ville. » Le temps de souhaiter un bon anniversaire à Sandra, une de ces amies que l’on se fait sur la route et voilà que le groupe enchaîne sur « I’ve been here before » bande originale idéale s’il en est pour enchanter vos road trips. Sur ces nouveaux morceaux, le groupe qui prend le temps de demander au public s’il souhaite lui poser une question, se fait plus pop que sur sa dernière galette « Blue cellings ». Moins folk, moins arien mais également plus abordable à un large public. Pas le temps de se reposer avec nos showmen. D’ailleurs chanteur et guitariste descendent dans la foule pour interpréter en son centre le titre « In your heart, In your mind ». La foule l’encercle, se délecte de chaque seconde.

La voilà dans son salon et les visages inconnus deviennent à présent des visages amis unis par la force de mélodies puissantes et savamment portées par nos canadiens. Et il est enfin l’heure d’écouter « Just like you », extrait de « Blue cellings », parfait album folk qui s’offre le luxe d’être spectaculaire de bout en bout. Les titres de cette opus manquent d’ailleurs cruellement à ce show, seul ombre au tableau d’une performance particulièrement calibrée et rudement menée par ces sympathiques musiciens. Avec la force de ses titres, The Franklin Electric méritent une Boule Noire pleine à craquer, il ne serait que justice que lors de leur prochain concert parisien, le show se joue à guichets fermés. Si justice doit être prochainement rendue, on ne peut que se réjouir d’avoir pu profiter de ce trésor en petit comité, entre amis en se murmurant les paroles comme un secret que l’on partagerait.

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