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Louis Comar

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Le deuxième jour de Solidays s’accompagne d’un petit crachin qui mouille les premiers festivaliers arrivés à l’hippodrome de Lonchamp. Mais ce n’est pas ce petit détail météorologique qui les empêchera de profiter de l’hétéroclite programmation que le festival nous réserve pour la journée. C’est donc les yeux remplis d’espoir et d’excitation que le public commence à se presser dans les allées du festival.   En ce début d’après-midi, Solidays semble se réveiller peu à peu d’une longue nuit de partage et de festivités.

Alors qu’au niveau de la grande scène de Paris résonne encore l’inoubliable set de Justice de la veille, les réjouissances débutent aujourd’hui de l’autre côté du site, sur les scènes du César Circus, du Boom Box et du Domino où performe le groupe français Structures. Après les avoir vu au Mama et à Chorus, Structures s’impose une nouvelle fois en tant que groupe prometteur de la scène rock française. Avec leur musique rock, dynamique et enivrante, les quatre musiciens galvanisent connaisseurs et curieux.

Lors de leur cheminement vers le village des associations, les festivaliers s’arrêtent devant la scène de Paris où se déroule la Cérémonie Contre l’Oubli, hommage émouvant rendu aux disparus du sida. Les sœurs de la Perpétuelle Indulgence, mouvement militant LGBT+ abonné à Solidays, sont d’ailleurs présentes et participent à ce moment au milieu de la foule. Au village de solidarités, de nombreuses associations luttant notamment pour les droits humains, les droits de la femme, l’environnement, le handicap et contre les exclusions accueillent les festivaliers en leur proposant jeux ou maquillage afin d’échanger autour de ces importants sujets. Solidays est avant tout un festival engagé qui veut offrir de la visibilité à ces multiples causes et susciter des vocations.

Après cette petite pause, retour à la musique sur la scène de Baguatelle où s’est déjà accumulée une foule pressée de voir l’artiste CKay dont la popularité a grandi via les réseaux sociaux où son morceau Love Nwantiti (ah ah ah) est très utilisé. Celui-ci se faisant attendre, un DJ monte sur scène afin de faire patienter le public et mixe dans l’incompréhension générale. Au bout d’un petit quart d’heure, le chanteur rentre sur scène provoquant ainsi des cris dans la foule.

Sous un ciel maintenant dégagé, les festivaliers se laissent tenter par une petite bière fraiche ou d’une barquette de frites à déguster non loin des concerts. Depuis son ouverture, le festival s’est bien rempli, la foule se presse de concert en concert, désireux de faire la fête.  Alors que le silent disco bat son plein dans le Boom Box, sous la tente du Domino, les fans succombent à la prestation de Ronisia.

Il est 21h lorsqu’Inès et Wendy, deux intervenantes du Planning Familial, montent sur scène pour nous parler du droit à l’avortement. Dans un discours passionné, elles dénoncent son annulation aux Etats-Unis et l’importance d’inscrire ce droit dans notre constitution pour le protéger. Cette information étant arrivée vendredi matin avant le début du festival, plusieurs artistes se sont déjà exprimés à ce sujet pendant leur concert. “Mon corps, mon choix”, ce slogan crié maintes fois marque la fin de leur intervention.

Black Pumas rentre alors sur scène.  Le chanteur du groupe est déchaîné. Il danse, chante et secoue la tête à en perdre chapeau et lunette de soleil. Le public réagit vigoureusement à cette musique chaleureuse et réconfortante.  Au-delà du chapiteau, des festivaliers profitent du spectacle assis dans l’herbe devant un coucher de soleil qui disparait peu à peu derrière les tribunes de l’hippodrome.

Les dernières notes de la musique Black Pumas laissent place au rappeur Damso, tête d’affiche de la soirée sur la grande scène de Paris. Il soigne son entrée à l’aide d’un compte à rebours qui excite le public, impatient de le voir surgir sur scène. Flammes et fumée ponctuent les morceaux de l’artiste. Dans la foule, le pogo est de mise. Sur le versant d’en face, la fameuse fanfare allemande Meute monte sur scène sous les cris des festivaliers. Le son des cuivres et de la caisse retentisse. La foule saute, danse et exprime sa joie. Le moment est singulier, propre aux fanfares, très différent de la musique de Damso entendu précédemment.

Cependant, pas une minute à perdre, Skip The Use a déjà commencé leur show. Certains festivaliers n’ont pas su faire un choix entre les nordistes et la fanfare. Ils se voient alors obligés de courir en essayant, tant bien que mal, de se frayer un chemin parmi une foule de plus en plus dense. Heureusement pour les retardataires, le groupe a commencé son set par ses derniers morceaux et termine par leurs plus grands classiques. A l’effigie du chanteur en salopette à motif qui saute partout sur scène, le public est en folie lorsque l’artiste interprète Ghost, drapeau LGBT+ autour du cou. Enfin, après avoir crié “Skip the Fucking Use”, le groupe descend dans la foule pour interpréter leur dernier morceau, Bastard song. Le public se bouscule et se presse pour se rapprocher au plus près du chanteur et de deux musiciens.

Minuit, comme le veut la tradition, tout le festival se précipite à la scène de Paris pour rendre hommage aux bénévoles, sans qui, rien ne serait possible. Après un petit mot de Luc Barruet, fondateur de Solidays, et une minute de silence pour Fred, membre fidèle de l’association Solidarité Sida décédé en janvier dernier, l’intemporelle chanson de Gloria Gaynor, I Will Survive, retentit dans l’hippodrome de Lonchamp. La foule se met à hurler les paroles connues de tous dans un grand moment de partage et de bienveillance. Les bénévoles laissent place par la suite au groupe dans le nom est sur toutes les lèvres depuis le début de la journée : The Black Eyed Peas.

Devant une foule surexcitée, le groupe californien joue leurs plus grands singles : Let’s Get It Started, Boom Boom Pow, Don’t Stop the Party. Malgré que Will.I.Am ne semble pas au plus haut de sa forme, les festivaliers se déchaînent sur la pelouse qui prend des allures de dancefloor géant. Le groupe se plaît à discuter avec le public et leur envoyer des tee-shirts que la foule s’arrache. Les 4 compères nous quittent sur le morceau que tout le monde attendait : I gotta feeling. Chacun connait les paroles et chante alors avec ce groupe mythique des années 2010.

 Alors que certains quittent le site du festival pour reprendre des forces avant le troisième et dernier jour de Solidays, d’autres se dirigent vers Mezerg et Boris Brejcha qui mixent ce soir sous les chapiteaux Dome et Domino.

 

Écrit par Baptiste de La Barre

 


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À l’occasion de ce concert évènement, Pop & Shot vous fait gagner 3×2 places ! Pour participer 2 possibilités :

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Vous avez jusqu’au 8 mars inclus pour participer, bonne chance !


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Woodkid-Seine_musicale-2021
Photo : Louis Comar

Début novembre, dans le froid boulonnais, la Seine Musicale exilée sur son île Seguin attire des milliers de personnes. L’écran géant scintille sur le grand parvis animé devant la salle. Woodkid s’empare de l’établissement pour le troisième soir (complet) de suite.

Le public est nombreux dans les coursives sophistiquées de l’enceinte. Chacun sirote bière et verre de vin en terrasse ou accoudé à un comptoir. Quelques minutes avant le début du concert, de fortes vibrations se font entendre dans les halls de la Seine Musicale. C’est déjà l’intro qui commence. L’audience se presse devant les portes de la grande Seine pour passer le contrôle rigoureux des billets.

En mettre plein les yeux…

Le show commence. Les musiciens rentrent un à un sur scène. Percussions, instruments à vent et à corde, le concert s’annonce grandiose. Ils sont rapidement suivis par l’allumage des immenses écrans géants qui accompagnent l’arrivée de Yoann Lemoine aka Woodkid. Telle une ombre devant les écrans, il entame les 2h de show par Iron, un des premiers titres de sa carrière.

Dès le début, le public est très réceptif et n’hésite pas à chanter et sauter, allant même jusqu’à faire trembler le sol de la salle. Woodkid est un showman, il sait utiliser son espace scénique et interagir avec le public. C’est aussi une vraie pile électrique, il s’agite dans tous les sens et n’hésite pas à écarter régulièrement les bras de manière magistrale pour haranguer la foule.

… Et les oreilles

La majorité de la discographie de l’artiste est passée en revue ce soir, son premier album, comme son deuxième sorti l’année dernière. Il n’hésite d’ailleurs pas à plaisanter sur le très mauvais timing de la date de sortie de cette galette. Chaque titre joué ce soir est un grand moment du concert, si ce n’est pas la qualité du titre, c’est l’impressionnant lightshow qui surprend. La présence de musiciens sur scène est une réelle plus-value ce soir là, cela rajoute une dose d’authenticité à ce beau concert.

Woodkid a ses fans. En trans, tous suivent religieusement chaque parole du musicien. Au fond de la salle, dans la fosse, un jeune homme improvise une chorégraphie rythmée et envolée sur chaque titre jusqu’à l’épuisement sous le regard bienveillant de l’amie qui l’accompagne. Le souffle court le duo ne manque de crier régulièrement « On t’aime! » face à un chanteur qui leur répond que lui aussi. Ces retrouvailles tant attendues avec le public son vibrantes et sincères. Elles prouvent qu’un immense show, millimétré et organisé entre écrans et lumière n’est pas antithétique avec contact humain.

La scénographie s’avère d’ailleurs être la claque de la soirée. Les lumières dansent, se font carrées, réinventent l’espace. Les écrans eux, font voyager dans l’espace, dévoilent des machines, enjolivent les performances de titres construits.

Ce superbe show se termine par un long rappel de 2 titres. Le très connu Run Boy Run est joué en toute fin de set. Le public reprend en choeur chaque partie du morceau, jusqu’à le prolonger à Capela, à la surprise de Woodkid.

Prenant le temps de remercier tout le monde dans la salle, sur scène et en coulisse, c’est avec beaucoup d’émotion que l’artiste quitte son public lui donnant rendez-vous sur les prochaines dates de sa tournée l’emmenant à travers l’Europe.


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mama festival 2021
Photo : Louis Comar

Depuis deux ans Pigalle s’était endormie. Ces dernières semaines quelques vibration la faisaient timidement sortir de son sommeil. Et puis un jour, le grand réveil a – enfin- pointé le bout de son nez. Le MaMA festival & convention 2021 était là pour rendre au quartier son incursion dans le monde merveilleux de la musique live. Évènement emblématique du quartier, incontournable pour les professionnels de la musique et les amateurs de programmations pointues, ces trois jours étaient là pour rassembler, rencontrer et profiter de concerts (presque) comme avant. Nous y étions.

Se parer de jaune, vert et rose 

Pandémie oblige, le pass sanitaire est obligatoire pour rentrer dans les lieux nombreux du festival. Ainsi le marathon dans Pigalle commence chaque jour par la récupération du précieux sésame à l’entrée du Trianon : un petit bracelet aux couleurs du programme de la journée. Ce ne sera pas la seule salle concernée par la très dense programmation du MaMA. Cette année, en plus des bars, du FGO Barbara et des évènements en OFF, huit salles ont été réquisitionnées pour profiter pleinement des festivités. Quelques trois de moins que lors de précédentes éditions. Exit le Bus Palladium et le Carmen, la faute sûrement à imputer à la pandémie et aux jauges réduites. Malgré tout la Boule Noire, la Cigale, le Backstage ou encore la Machine ne dérogent pas à la règle et font partie des lieux qu’il est bon retrouver.

Une journée au MaMA, ce n’est pas uniquement de la musique, c’est aussi une quantité de professionnels, quelques 6589 cette années parmi lesquels labels, programmateurs, tourneurs, bookeurs, RP, etc., venu profiter de cette grand messe conviviale autour de vitrines musicales et de conférences. Il faut aussi compter sur des entrepreneurs venus présenter leur projet sur les stands de ce salon hors normes. D’ailleurs, le féminisme est grandement mis en avant pendant ces trois jours : l’application Safer présente sur le site qui a pour but d’alerter en cas d’agressions en festivals ( une bonne idée après les nombreux scandales connus notamment au Hellfest), les affiches contre le harcèlement réparties sur tous les sites du festival et le projet Lapee récompensé par le MaMA Invent RIFFX qui lui a pour but de créer des urinoirs (roses) pour les femmes en festival .

Une chose est sûre, dans cette partie Convention de l’évènement, il y a du beau monde. Que ce soit la ministre de la Culture Roseline Bachelot et son passage le jeudi ou bien Jean-Michel Jarre, Étienne de Crecy et Ben Barbaud, ils sont nombreux à avoir fait le déplacement.

Il mixait du piano debout.

S’il y a bien une chose que tout le monde vous dira au MaMA, c’est que vous allez marcher. Cette édition ne déroge pas à la règle, c’est un vrai marathon. Comme toute course il y a une ligne de départ, et c’est Laake, à la Cigale qui est chargé de sonner le début des hostilités. L’artiste surprend et impressionne avec son show. Posté devant son piano à queue agrémenté d’un synthé, d’un pad et d’autres appareils pour rajouter des sonorités électroniques, il ne se ménage pas. Debout, il est entouré d’un orchestre et comme un chef il mène ses troupes à la baguette pour livrer une époustouflante prestation qui laisse le public sans voix. L’électro y est soigné, mis en valeur, les sonorités sont variées, les compositions pointues. Laake est de ces claques qu’il fait bon prendre. Il est une prise de dialogue entre les courants et les instruments, polyglotte du langage universel qu’il sublime au grès de ses notes.

La course ne fait que commencer, plus de 121 groupes jouent cette semaine. Le MaMA c’est un festival empli de surprises, mais aussi de quelques déceptions… C’est notamment ce qu’il se passe dans la tête des spectateurs restés bloqués à l’entrée du concert de Thérèse. L’artiste se produit dans le cadre intimiste du théâtre de dix heures, enceinte bien trop petite pour le public venu la voir en nombre. Il faut dire que l’artiste chouchoute des foules est promise à un grand avenir et que son show déplace en masse. Qu’à cela ne tienne, il faudra changer de salle pour ne pas perdre une minute de la soirée.

Des déceptions comme celle-ci il y en a quelques-unes. C’est par exemple aussi le cas avec la sensation Terrier. L’artiste programmé au théâtre des Trois Baudets attire les foules et voit malheureusement bon nombre de ses fans coincés devant les portes la salle. Cela fait partie du MaMA, c’est le jeu.

Un rythme effréné pour des rencontres au sommet.

Entre deux concerts il faut traverser tout Pigalle. Passer de la Cigale à la Machine du Moulin rouge c’est 5 minutes à pieds selon Google Maps. En temps de MaMA c’est au moins 30 minutes. Déjà il faut slalomer entre les gens sur le trottoir,

mama festival 2021
Photo : Louis Comar

mais surtout en profiter pour échanger avec les très nombreux acteurs du milieu présents sur site. Quel plaisir de discuter au détour d’une ruelle avec le très talentueux Œte, auteur charismatique de chansons françaises aux qualités et à la candeur subjuguantes, de rire aux éclats avec Carole Pelé  , musicienne arty aux sonorités urbaines maîtrisées qui mélange les genres et l’expression plastique, de boire un verre avec Coco Bans, la franco-américaine à la pop survoltée ou bien de retrouver  l’inénarrable, engagée et virtuose Thérèse au bar de la cantine après son concert. Ce quartier et ce festival ont une âme et cela passe par ces échanges.

C’est avec beaucoup d’émotion qu’il faut se confronter au terrible dilemme d’enrichir ces moments ou de retourner dans une salle de concerts. Pourquoi choisir quand on peut faire les deux ? Le Backstage by The Mill et Ko Shin Moon tendent leurs bras vers les spectateurs pour les inviter à se retrouver entre amis autour d’une pinte de Guinness. Le duo au sonorités arabisantes et indiennes emporte l’audience vers des contrées lointaines. L’immersion est là. Les instruments traditionnels couplés à des sons électroniques fonctionne particulièrement bien ensemble. Point de surprise tant la modernité musicale s’inscrit dans ce mélange des nations et des sons. Un terrain qu’il est bon de voir exploiter par le duo hypnotisant qui invite autant à la danse qu’au voyage.

Le temps file, il ne faut pas rater la jeune Dirtsa qui se produit juste à côté dans une Machine du Moulin Rouge bien remplie. L’artiste est proche de son public, souriante et n’hésite pas à partager sa vie entre deux titres pleins d’énergie. Véritable machine à remonter le temps, elle propose des compostions à la force d’une certaine Mary J Blidge s’osant parfois à flirter avec les Fugees. Sans plagier ces références, la musicienne apporte avec une énergie bien à elle, une touche de modernité à ces années musicales prolifiques, rappelant aussi que la r’n’b est de retour et qu’il a gagné avec le temps les lettres de noblesses qui ne lui étaient pas accordées lorsqu’il était conjugué au passé.

De l’autre côté, à la Cigale c’est Sopico qui transmet toute son énergie à la foule compacte. La sensation rap de la soirée est bien là et propose un concert fidèle à sa réputation : énergique, joyeux et plein de sincérité. Il faut pourtant noter que face à l’engouement acquis avec son premier essai « Slide », le reste de l’album peine à s’inscrire dans un tel coup de génie, au risque de tomber dans des travers urbains bien connus de tous. Le nouvel âge d’or du rap français lui vaut pourtant une attrait partagé par une foule conquise en demande de cette typologie artistique.

Juste en dessous à la Boule Noire, c’est un tout autre registre. Le Noiseur est bien plus triste que son collègue du dessus, mais n’hésite à faire un peu d’humour noir tout en second degrés pour détendre l’atmosphère de la salle. Le temps fort de ce set chanson pointu s’invite dans ses pointes de second degrés. Une légère ré-interprétation de « Je m’appelle Hélène » ne manque d’ailleurs pas de mettre en joie une salle  comble et réceptive. Ses mélodies et son timbre rauque empruntent d’ailleurs régulièrement au rock pour parfaire une atmosphère mélancolique.

Du très bon et de l’excellent.

Au MaMA il y a des concerts, des rencontres mais aussi de belles invitations. En effet, en OFF de nombreux organisateurs prennent d’assaut les bars et lieux alentours pour présenter leurs institutions. Non loin de l’Élysées Montmartre, sur le trajet du bus 85 ce sont les organisateurs des Francofolies qui sont présents. Plus haut dans Pigalle, dans le joli bar du Progrès la maison de disque et distributeur Baco Records prend l’apéritif avec ses partenaires et quelques curieux. Ces moments de partages et d’échanges, si caractéristiques du festival permettent de lancer comme il se doit le deuxième jour des festivités.

La Machine du Moulin Rouge attend ce soir les férus de (très) bonne musique. Le premier artiste à se produire sur cette scène, nouveau nom sur toutes les lèvres, Lulu Van Trapp est la coqueluche du MaMA 2021. Une performance pour FIP au Trianon plus tard et voilà la bande propulsée à la Machine. Sur place les lumières rouges se font échos de sonorités en deux teintes. Rouge (lumières) Rita Mitsouko, à  laquelle s’ajoute la fougue des débuts du groupe le plus sexy que la France ait connu. Mais aussi  bleu, sans candeur mais avec une énergie plus rock lorsque la formation passe à l’anglais. Les 4 musiciens ont une fougue sensuelle en live qui donne à la salle bétonnée une intimité  usuellement propre aux bars clandestins. La faute à une chanteuse à la voix de velours qui s’ose même à un bain de foule en fin de set. Ses puissantes montées lyriques donnent un ton de diva aux accords rythmés d’un groupe qui ose et qui réconcilie avec beauté une France sulfureuse du passé avec une Angleterre à la sagesse relative.

Ce jeudi affiche complet, il est encore plus compliqué que la veille de rentrer dans les salles. La faute à cette programmation éclectique qui séduit. Entre deux devantures criardes aux néons scintillants, se dresse fièrement le théâtre des Trois Baudets. À l’entrée de celui-ci, un petit hall d’accueil où l’ambiance début 20esiècle du bar et son jukebox font office de sasse entre la folie du monde extérieur et la légèreté de la musique de David Numwami. L’artiste instaure dès son entrée sur scène une proximité déconcertante avec le public. Aviez-vous déjà vu un musicien venir serrer la main des spectateurs du premier rang ? Eh bien il l’a fait. Dans un registre aussi urbain que dansant, il transporte la salle assise dans un voyage solaire et plein de vie.

Côté Backstage les gagnants des précédentes éditions des Inouïs font leur show. Parmi eux,  l’époustouflant Vikken, tire une nouvelle fois, comme sur le Printemps de Bourges, son épingle du jeu. Le chanteur sublime l’électro, ré-invente le chanté phrasé. Son set intimiste même dans une salle pleine, touche droit au coeur. Ses textes sont le support de riffs profondes et puissantes alors qu’il distille avec force un message à marteler propre à la tolérance et la bienveillance sur la transidentité. A écouter d’urgence.

La soirée avance et une agitation se fait ressentir dans les rues de Pigalle. Tout le monde semble se diriger au même endroit : dans notre chère Machine du Moulin Rouge. La foule se tasse devant les portes et joue des coudes pour rentrer dans la salle devant le regard patient des agents de sécurité. C’est comme si tout le monde avait besoin de sa dose de post punk. Pour administrer cette dose se sont les si talentueux Structures qui se présentent. Devant une salle débordante, le quatuor livre une prestation patronne. Sueur, crowdsurfing, bières volantes et musique enivrante, l’atmosphère rappelle les sous-sols des pubs londoniens. Structures frappe très fort ce soir et réinvente la notion de tête d’affiche. Pas besoin d’avoir des années de carrière derrière soit pour rassembler et fédérer les foules autour de la musique. Sans glisser un mot entre ses titres, le groupe galvanise une audience plus que captive, en sueur et en joie, exaltée, aussi électrisée que les guitares qu’elle écoute.

Les retrouvailles ne font que commencer

Pendant ces trois jours de festival, ce sont 45 nationalités représentées qui se retrouvent sur les espaces conventions et les 10 scènes de l’évènement. Dans la majestueuse salle de la Cigale, November Ultra est là pour présenter ses titres. Armée de sa guitare et de sa voix de velours, l’artiste propose un concert que le public contemple avec intérêt. Celle qui est passée par le tremplin de Rock en Seine ou encore la scène de l’Olympia en première partie de Pomme, n’hésite pas à plaisanter avec l’audience. Elle propose aux spectateurs ayant le permis une chanson correspondant parfaitement à la bande originale d’un film pendant une scène de trajet en voiture. Sauf qu’il faudra la chanter dans sa tête après le concert car le titre n’est pas encore sorti. Tant pis pour les futurs trajets en voiture donc ! Outre les plaisanteries, la chanteuse émeut l’assistance à coup de guitare acoustique soignée et de voix structurée qui n’est pas sans rappeler une certaine Adèle.

À l’autre bout de Pigalle, au Backstage by The Mill, des sonorités hispaniques se font entendre. Ojos sont bien présents pour scander leurs titres. La formation anciennement connue sous le nom d’Holy Two livre une prestation solide quelques semaines après leur concert réussi en première partie de Thérapie Taxi à L’Olympia. Le duo a troqué sa pop pour des sonorités urbaines et des assonances latinos, moins sombres et bien plus dansantes que sur leur dernier projet.

Quelques mètres plus loin, dans la chaleureuse Machine du Moulin Rouge, Roseboy666 et ses invités font trembler le sol de la salle. Avec un DJ armé d’un chapeau en tulipe, le musicien fait le show et révèle des beats urbains accueillis par une foule ultra réceptive. L’occasion d’en profiter pour aller voir ce qu’il se passe à l’étage inférieur, dans la Chaufferie. Entre les machines et les smileys qui regardent le publics, la soirée Rappeuses en liberté bat son plein. Certains profitent de la musique, d’autres jouent à la marelle, le temps est à l’amusement et au partage. Le dispositif qui s’est couplé au MaMA pour cette édition propose un accompagnement de figures féminines du Hip Hop et propage l’esprit engagé de l’évènement.

Pour bien terminer la soirée Lucie Antunes accompagnée du collectif Scale a la lourde de tache de clôturer les concerts de la Cigale. La salle est comble, le public ne s’y trompe pas, c’est le concert à ne pas manquer ce vendredi. La prestation, enfin le show dantesques que présente l’artiste est une réelle expérience visuelle. Lucie Antunes est entourée de bras robotiques soutenant des barres led, le tout piloté en direct depuis la régie. L’effet est bluffant et donne à ce concert une dimension magistrale. Les mélodies et la pluralité des instruments utilisés ajoute à l’effervescence du moment, aussi pointu que calibré.

Aux sons des dernières notes de musiques jouées, une certaines mélancolie s’installe. Cette grande colonie de vacances qu’est le MaMA se termine déjà. Alors les 12 000 personnes présentes repensent à leurs coups de coeurs musicaux de la semaine, ces rencontres inattendues à un coin de rue, tous ces rires émanant du bar de la cantine, les coeurs se font lourds. Deux ans que ce festival n’avait pas eu lieu, ces retrouvailles en fanfares laissent de très beaux souvenirs et plein d’espoir pour la suite.


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