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Adrien Comar

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Première pièce de Tiago Rodrigues, l’actuel directeur du Festival d’Avignon, Choeur des amants a su donné le ton à une écriture et une carrière remarquable. Ce texte à deux voix d’une simplicité déconcertante met en scène « Elle » et « Lui » racontant simultanément leur histoire d’amour. Le point de départ est une sensation d’étouffement, et la ligne d’arrivée est un souffle apaisé. Vingt ans plus tard, le dramaturge portugais reprend sa première création.

CŒUR À CŒUR chœur des amants

L’exercice est remarquable : une comédienne et un comédien jouent une partition similaire simultanément. À certains moments, le récit trouvent deux versions différentes. Et comme une dispute anodine, le temps s’arrête et une correction se fait. Ce choeur moderne dit la simplicité de l’amour et en décuple la beauté. L’exercice de raconter la même histoire de deux points de vue différents est commun, celui de le faire en même temps est rare – et il est très précieux.

Chœur des Amants (@Pauline Deboffles)

SOUFFLE COMMUN chœur des amants

Cette pièce requiert donc une prouesse technique rare. Alors quand la synchronisation ne pêche que d’un seul mot, l’erreur est fatale. Le soir de la première de cette reprise, quelques rendez-vous mal calés ont donc dissoné, brisant discrètement quoi que notablement ce souffle commun si essentiel au texte. Même si la grande majorité de la pièce était maîtrisée de bout en bout, soufflée et jouée à deux, comme un.e seul.e, ces quelques ratés ont dénoté de la qualité générale.

FAIRE CHŒUR chœur des amants

Il était donc plaisant de rencontrer ce texte remarquable qui a su donné le ton à l’écriture unique de Tiago Rodrigues. Cette esthétique de l’épure qui laisse la part belle aux émotions fortes a de quoi susciter l’admiration. Jouant toujours avec les codes et les formes classiques du théâtre, Tiago Rodrigues a ce sens du groupe et de la communauté que son Choeur des amants élargit jusqu’à l’intime. En dépit donc des quelques perfectionnements à apporter au jeu, ces rencontres avec les textes du dramaturge portugais sont toujours des moments à saisir.

Tournée :

5 decembre 2025: La Ferme du Buisson – scène nationale, cinéma, centre d’art contemporain, Noisiel (France)

8 – 9 janvier 2026: Théâtre de l’Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande (France)

22 janvier 2026: Centre d’art et de culture – Espace Culturel Robert-Doisneau, Meudon (France)

24 janvier 2026: Scène Nationale de Dieppe (France)

27 janvier 2026: Les Transversales – Eglise Jeanne d’Arc, Verdun (France)

29 – 30 janvier 2026: L’arc – scène nationale Le Creusot (France)

6 février 2026: Le Molière – Théâtre de Gascogne, Mont-de-Marsan (France)

27 mars 2026: L’Entracte, Sablé sur Sarthe (France)

2 – 4 avril 2026: Théâtre de Liège (Belgique)


Festival d’avignon : Prologue

festival d'avignon 2025
festival d’avignon 2025 affiches in et off

La 79e édition du Festival d’Avignon (In) et la 59e du Off se clôturaient ce samedi 26 juillet. C’était donc l’occasion de découvrir près de 2 000 pièces (in et off confondus), de qualité, de forme et de fond bien différents pendant trois semaines. D’un magicien misogyne à un Opéra pompeux en passant par du théâtre documentaire de haute voltige – il y a tout et rien à Avignon. La course effrénée au succès et la joute du tractage transforment la ville en une immense pièce de théâtre, temple de la culture et de l’art. Notre sélection purement aléatoire et arbitraire a pour but de valoriser des travaux méritant plus de visibilité mais n’hésitera pas à critiquer les grands noms qui, mauvaise critique ou non, ne manquent jamais de public.

 

scène 1 – la Distance de Tiago Rodrigues

 

La création du directeur du Festival In met en scène les messages qu’un père envoie à sa fille en 2077 alors que celle-ci est partie sur Mars pour créer une nouvelle humanité. Sur scène, Adama Diop et Alison Deschamps incarnent avec tendresse et fragilité cet échange intime à travers la galaxie. Le plateau circulaire tourne au gré d’un récit qui interroge avec une force percutante les questions de mémoire, d’intimité et d’écologie. Une création poétique et politique bluffante en tout point.

 

scène 2 – CRASH de Sophie Lewish (Compagnie Hors Jeu)

 

Coup de cœur de cet Avignon, CRASH redonne vie au procès de l’affaire Tarnac : un groupe anarchiste accusé d’acte terroriste fait l’objet d’un procès demeuré dans les mémoires comme un fiasco judiciaire. Sophie Lewish, la metteuse en scène, a assisté aux trois dernières semaines de ce procès et propose une pièce survitaminée, drôle et politique. Les cinq interprètes jonglent entre de nombreux rôles avec une aisance à toute épreuve, s’avérant toujours justes dans leurs propositions. Foisonnante et pertinente, CRASH se fait le miroir d’une justice faillible dont elle interroge les revers. Un immanquable à voir lors de leur prochain passage près de chez vous.

 

scène 3 – Lights on Chaplin de Alwina Najem-Meyer (Troupe WahnsinN !)

 

Spectacle muet en noir et blanc virtuose, « Lights on Chaplin » reprend Les Lumieres de la Ville dans une forme théâtrale drôle et touchante. Sur le plateau, la magie du cinéma prend vie avec un pianiste live. Les interprètes sont d’une grande justesse et donnent vie à ce théâtre de corps avec expressivité et enthousiasme. Un immanquable de cet Avignon.

 

scène 4 – Les Incrédules de Samuel Achache

 

Que dire de cette création à l’Opera d’Avignon que propose Samuel Achache (Sans Tambour, Orfeo…) ? Etudiant la notion de miracle dans une forme musicale riche, l’opéra débute alors qu’une jeune femme qui vient d’apprendre la mort de sa mère par téléphone voit cette dernière rentrer dans son appartement. S’en suit une coquille vide et pompeuse qui ne dit rien sur rien avec des moyens démentiels. La scénographie a beau être splendide, Les Incrédules met à l’épreuve une lassitude qui ne diminue aucunement durant ses 2h10 de spectacle. Nous voilà coi devant cette proposition pourtant prometteuse.

 

scène 5 – YES DADDY de Bashar Murkus

 

Un homme atteint d’alzheimer appelle un escort à son domicile. Très vite le jeune éphèbe se fait passer pour le fils de ce vieil homme dont il joue avec la mémoire par divers moyens. Cette création intrigante qui pose la question du mensonge, du fantasme et de la mémoire s’échoue dans une série de situations gênantes qui aboutissent à un propos creux. La pièce ressemble davantage à une psychanalyse névrosée et obscène qu’à une réelle proposition sur la solitude et la vérité. Le jeu de mot est prévisible mais ce sera NON, DADDY pour nous.

scène 6 – L’enfant de verre de Leonore Confino et Géraldine Martineau (m.e.s Alain Batis)

Cette fable onirique et touchante déploie un univers d’une grande fragilité. Au sein d’une famille qui s’aime, tout semble transparent mais tout est tranchant. Alors quand Liv brise la mésange de verre dont chaque femme hérite à 15 ans dans sa famille depuis de nombreuses générations, la cage se brise et les non-dits éclatent avec douceur. L’Enfant de verre demeure parfois trop suggestive, mais parvient à viser juste par ce conte théâtral porter au plateau avec beaucoup de poésie.

 

scène 7 – Cabaret Mythique des Mauvais élèves

 

Mis en scène par Shirley et Dino, ce cabaret queer explose les codes de la mythologie pour repenser entre autres la place des femmes et rire avec désinvolture  des mythes fondateurs de l’Occident. Avec légèreté et insolence, les Mauvais élèves rient et chantent pour déconstruire le cis het blanc mythologique et offrent une bulle de joie revigorante.

 

festival d’Avignon : Épilogue

festival d'avignon
FUTUR PROCHE
choregraphie Jan Martens scenographie Joris Van Oosterwijk avec Zoe Ashe-Browne, Viktor Banka, Tiemen Bormans, Claudio Cangialosi, Morgana Cappellari, Brent Daneels, Matt Foley, Misako Kato, Nicola Leahey, Ester Perez, Taichi Sakai, Niharika Senapati, Paul Vickers, James Vu Anh Pham, Kirsten Wicklund et la participation de figurants et la claveciniste Goska Isphording lumiere Elke Verachtert , video Stijn Pauwels costumes Jan Martens, Els Mommaerts, Joris Van Oosterwijk
crédit : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Bien que l’ensemble soit inégal (et c’est aussi le plaisir du festival), la quantité foisonnante de pièce permet à Cendrillon, sa belle sœur et toute la famille de trouver chaussure à son pied. En dépit de la démultiplication gargantuesque du nombre de pièces dans la programmation du Off – dont le modèle économique et écologique peut en ce sens être questionné – Avignon sait se faire terreau de l’innovation artistique et crée trois semaines par an un rempart de culture enlevé et acharné contre la barbarie. C’est aussi le jeu de la création que de laisser sa chance à chacun.e. Et à une époque où la culture en France est attaquée et précarisée, Avignon et ses remparts renferment la joie d’un monde politique qui a parfois des allures de dernier bastion. Alors en dépit des magiciens misogynes et des opéras creux, Avignon rayonne et résiste avec ferveur pour cette nouvelle édition réussie.


Du 9 au 20 avril 2025 (puis en tournée dans toute la France), le Ballet Julien Lestel investit le Théâtre Libre pour une nouvelle interprétation de Carmen. Dansée et résolument urbaine, cette version de l’opéra le plus connu du monde s’annonce prometteuse et moderne.  Julien Lestel, le chorégraphe du projet présente la création comme suit :

« Cette nouvelle adaptation de Carmen (…) entre en résonance avec la prise de conscience actuelle de la place de la femme dans notre société, de son émancipation, de sa volonté d’égalité et soulève la question du féminicide. »

teaser Carmen par le Ballet Julien Lestel

Après, Rencontres en 2023 et Rodin en 2022, Julien Lestel se lance le défi d’une adaptation chorégraphiée d’une durée d’1h10 de l’opéra le plus joué du monde. Projet très prometteur à découvrir dans quelques jours pour les francilien.ne.s. Nous serons présents sur une des dates parisiennes et ne manquerons pas de vous raconter cette prestation en détails. En attendant, prenez vite vos billets pour assister à l’une des représentations programmée près de chez vous.

Découvrez les dates de la tournée de Carmen :

25 janvier 2025  – JOUÉ-LÈS-TOURS Espace Malraux
14 mars 2025  – CAGNES-SUR-MER Casino Terrazur
21 mars 2025  –  PASSY Parvis des Fiz
27 mars 2025  – MONTCEAU-LES-MINES L’Embarcadère
03 avril 2025  – VITRÉ Centre Culturel Jacques Duhamel
04 avril 2025  – SAINT-LÔ Théâtre de Saint-Lô
09 au 20 avril 2025  – PARIS Théâtre Libre
25 avril 2025  – AJACCIO Théâtre l’Empire
28 mai 2025  – MARSEILLE Silo
31 mai 2025  – BORDEAUX Théâtre Femina
10 avril 2026  – YERRES Théâtre de Yerres
11 avril 2026  – LONGJUMEAU Théâtre de Longjumeau
12 avril  2026  – LE BLANC-MESNIL Théâtre du Blanc-Mesnil

SUM 41 - Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar
SUM 41 – Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar

On dit toujours que la trentaine est un sacré coup de vieux, sûrement l’a t elle été pour SUM 41 qui décide de souffler les bougies une dernière fois après (presque) trente ans de carrière. 9 albums, des dizaines de tubes, 40 000 fans réunis dans un stade et 28 x 41 jours d’été au compteur, le plus punk rock des groupes de pop punk tire sa chandelle dans une belle équation. Leur dernier passage à Paris était l’occasion de dire adieu à l’Europe devant des milliers de nostalgiques et néophytes des bas résille, mitaines, converses et mèches devant les yeux. Retour vers le passé pour un concert no future. 

NECK DEEP ET HEADBANG 

Quelques soucis de RER et une traversée endiablée de la Défense nous empêchent d’arriver à temps pour les français de Dynamite Shakers. Nous sommes pile à l’heure pour Neck Deep, groupe plus pop punk que Sum 41 eux mêmes. Les britanniques proposent un set énergique qui trouvent de nombreux échos dans une foule réceptive. Le son un peu brouillon rend difficile la découverte aux néophytes mais l’énergie du groupe est communicative. Un discours émouvant du frontman sur l’acceptation de toutes et tous clôture un plateau énergique avec une dimension politique. Le groupe n’hésite pas à affirmer le pouvoir qu’ils ont en s’adressant à 40 000 personnes réunies, et appelle à la libération de la Palestine dans un moment touchant et fort. Ils laissent finalement la place à leurs mentors Canadiens, sans qui eux même « n’existeraient pas aujourd’hui ». 

MESSE PUNK ROCK

La salle affiche sold out depuis plusieurs mois déjà, alors lorsque la playlist de pre-show passe Blink 182, Papa Roach, Green Day etc… les 40 000 voix s’unissent assez fort pour faire carburer la Dolorean jusqu’en 2001. « Motivation » (issue de All killer no filler) détonne à mille décibels, puis « The hell song », puis « Over my head », puis « No reason » puis… ça n’arrête pas ! Le groupe a préparé un véritable best-of pour dire au revoir à ses fans. Près d’une trentaine de morceau sont interprétés ce soir (coïncidence ? à vous de voir), de quoi ravir tous les fans, de ceux qui ont grandi à la bande-son skate-punk à ceux encore en train de grandir. 

SUM 41 - Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar
SUM 41 – Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar

PLUS POP QUE PUNK 

L’ambiance est bonne enfant et le public parisien est enchanté par tous les effets scéniques du groupe. Flammes, feu d’artifice, confettis et cotillons, ballons géant, c’est une kermesse géante ! Outre les belles images que ces effets proposent, le timing ultra précis empêche en partie la spontanéité du groupe sur scène, mais surtout d’être à 100% punk. SUM 41 a été plus pop que punk ce soir avec ce show réglé au cordeau, comme une pièce de théâtre. L’esprit très rock et exceptionnel de la soirée s’éclipse donc un peu derrière cette scénographie millimétrée aux airs de réchauffé. On sent moins la dimension unique de cette date d’adieu, même si la fête est belle.

LE DERNIER JOUR DE L’ÉTÉ 

Néanmoins, ce serait mentir que de nier le très bon moment passé en compagnie de la bande à Derrick Whibley. Les canadiens  ont offert un show grandiose offrant une rétrospective sur une carrière qui a marqué les esprits de tellement de (grands) adolescents. Les deux rappels, les reprises des morceaux par le public et la quantité assez délirante de moshpit dans la fosse a réussi à faire de cette date un concert marquant pour le groupe et pour les fans. « So long goodbye », merci SUM 41 pour ces premiers élans de rébellion juvénile, pour tout ce gel dans les cheveux et ces voix cassées à force de scander vos refrains. L’été est fini, c’était un beau couché de soleil. Et pour les nostalgiques de la nostalgie, il semblerait que le concert ait été enregistré et filmé…