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bill ryder jones
©Kevin Gombert

Ce 12 janvier sortait « Iechyd Da », un toast à la bonne santé par l’incroyable Bill Ryder-Jones. On est en janvier et l’artiste signe déjà ce qui restera, c’est certain, l’un des meilleurs albums de 2024. Comme toujours il signe un opus particulièrement honnête et à fleur de peau mais y ajoute une lumière qu’on ne lui connaissait pas. On a donc tout naturellement eu envie de discuter avec lui de cette pépite. C’est dans les locaux parisiens de son label, Domino, que l’on a pu le rencontrer autour d’une tasse de thé. Et il faut dire que le musicien / producteur n’hésite pas à dire tout ce qu’il pense, sans filtres, sans détours, pour parler à coeur ouvert de santé mentale, d’addiction, de création, de production, d’industrie musicale, du festival Pop & Psy, de ne pas aimer le live et même de ses pyjamas. Rencontre passionnante, humaine, d’une véracité rare.

P&S : Parlons de ton nouvel album, comment le décrirais-tu ?

Bill Ryder-Jones : Je ne sais pas si je suis doué par ça. Je dirai que ce sont les 4 dernières années de ma vie. Et toi comment tu le décrirais ?

P&S : Je dirai qu’il est plein de lumière et beaucoup plus optimiste que son prédécesseur.

Bill Ryder-Jones: C’est très vrai. Il aurait difficilement pu être moins optimiste que celui d’avant. Ce serait impressionnant non ?

P&S : (Rires) Clairement. Tu disais d’ailleurs que tu n’étais pas capable d’écrire des chansons joyeuses quand tu parlais du précédent. Ca a changé sur celui-ci ?

Bill Ryder-Jones : Je dirai que la musique est plus empreinte d’espoir. Je ne pense pas qu’elle parle de joie ou d’être joyeux. Etait-ce vraiment une décision consciente de la rendre plus lumineux ? De parler de beaux gros moments qui te font avancer ? Oui c’était vraiment ma décision.

Quand je joue sur scène mes anciennes compos ça entretient un putain de malheur

P&S : Ca vient de ce qui t’arrivait dans la vie ou était-ce la musique que tu voulais faire ?

Bill Ryder-Jones : J’ai aimé le faire mais ça ne me représente pas vraiment. J’ai pensé que ce serait simple et intéressant à jouer en live. Quand je joue sur scène mes anciennes compos ça entretient un putain de malheur. Je faisais un album avec un musicien de Liverpool, je le produisais et il avait tellement de grands moments, de beaux moments avec de grands moments de cordes et je me disais c’est la musique que j’aime, pourquoi je n’en fais pas ? Je me suis senti super con. Je pourrai faire de la musique qui me rend heureux et qui combat le malheur. Faire de la musique pleine d’espoir.

P&S : C’est pour ça qu’on entend des chants d’enfants sur l’album ? Le rendre encore plus joyeux ?

Bill Ryder-Jones : Oui, tu peux pas entendre un gosse chanter sans sourire. C’est un son heureux. Ce ne sont pas juste les instruments mais les choix qu’on fait. Et leurs voix répondent à cette envie plus que certains instruments.

P&S : C’est aussi, comme tu le disais, l’album le plus produit que tu as fait. En tant que producteur, qu’est-ce que ça a signifié pour toi ?

Bill Ryder-Jones : Il y a beaucoup plus d’informations et d’instruments sur cet album. Il y a des morceaux qui n’ont pas de vrais couplets juste 3 sections, c’est très différent de celui d’avant. Je travaillais sur mes chansons toute la journée, les écoutais le soir, prenais des notes, rentrais chez moi j’écrivais encore plus. Il y a beaucoup d’edits sur chaque chanson. Tout a été ré-écrit plusieurs fois, les rythmiques par exemple. La production est la majorité de l’album. L’écriture a pris du temps mais n’a pas été difficile. Je me suis senti beaucoup à l’aise à le produire. Et c’est aussi l’album qui m’a pris le plus de temps.

D’autres fois tu te dis « Putain je déteste la musique, je veux me mettre au lit et jouer sur ma Playstation. »

P&S : Tu as pris combien de temps sur l’écriture ?

Bill Ryder-Jones : Comme beaucoup de gens avec le covid, je ne sais pas où est passé le temps. Je n’en ai pas la moindre putain d’idée. Je sais que j’ai écrit trois chansons pendant la première semaine du confinement. J’en ai écrit sur mon ex, et puis on a rompu alors je ne voulais pas sortir l’album parce que beaucoup de morceaux étaient à son sujet. J’ai écrit sur d’autres choses et puis on s’est remis ensemble. J’en ai écrit d’autres sur elle. Et puis finalement on a vraiment rompu. J’ai fait une dépression et j’ai dû prendre du temps loin du travail. Je ne saurai pas dire quand ces différents moments ont eu lieu. C’est ce que je fais, j’écris quelques morceaux, je laisse passer le temps. Puis le reste du temps, j’essaie de finir des choses qui je sais, ne seront pas assez bonnes, mais j’essaie de rester dans le processus. Mais bout à bout ça a dû prendre 2 ou 3 ans. Période pendant laquelle j’ai produit des albums pour d’autres. Quand tu produits pour les autres, à un moment donné tu veux aller en studio pour toi-même. Et d’autres fois tu te dis « Putain je déteste la musique, je veux me mettre au lit et jouer sur ma Playstation. » Donc ça prend du temps.

P&S : Le premier single de l’album était « This Can’t Go On », un morceau excellent, que j’ai adoré. Quelle est son histoire ?

Bill Ryder-Jones : Merci ! C’était après une très grosse dispute avec mon ex partenaire durant, je crois, le second confinement. Il parle de mes crises de panique et de comment je gère mes flashbacks émotionnels. Mon agoraphobie s’était empiré, j’étais devenu dépendant du Valium et je buvais beaucoup trop. Je suis allé marcher derrière ma maison. Il était 4 heures du matin et j’ai dû sortir de ma maison parce que les choses étaient si horribles, je n’en pouvais plus. J’étais au bord de la falaise à me demander ce qui était en train de se putain de passer, ce qu’était ma vie, comment j’en étais arrivé là. Et en parlant aux gens, en écoutant des conseils, il m’ont dit ‘tu devrais sortir plus tu sais ‘ (rires). Mais je suis agoraphobe … Les gens bien intentionnés te disent des choses parfois. Genre ‘ tu devrais faire du sport’ ‘ tu devrais moins boire tu sais …’ ‘prends l’air frais, bois de l’eau’ … toutes ces choses qui évidemment aident, mais qui sont impossibles à atteindre pour certaines personnes.

La musique est le grand guérisseur de ma vie.

P&S : Justement tu parles beaucoup de santé mentale. Beaucoup de gens ont dit que ça les a aidé de te voir en parler aussi honnêtement. Comment penses-tu que la musique aide et inspire les gens en détresse ?

Bill Ryder-Jones : On sait tous que la musique aide. La musique est le grand guérisseur de ma vie. Du moins elle fait quelque chose d’identifiable, elle te calme et te fait penser que tu as ta place ici. Elle m’aide moi donc je pense qu’elle aide d’autres personnes. C’est pour ça que c’est difficile de ne pas éprouver de la haine pour d’autres musiciens qui ne sont pas de bons modèles. Qui prennent par exemple de la cocaïne et qui amusent les gens avec ça. Qui ils aident putain ? Ils doivent aider certaines personnes.

Les gens qui font de la musique sont souvent assez dérangés tu sais…

P&S : On parle de plus en plus de santé mentale dans l’industrie de la musique, c’est du moins vrai en France et j’imagine aussi pour vous. Depuis tes débuts, est-ce que tu vois que ce dialogue a vraiment changé les choses ?

Bill Ryder-Jones : Oui. J’ai commencé quand j’avais 16 ans en 2000. Et mes problèmes ont commencé en 2004. Ca ne change pas assez vite. Je pense qu’il n’y a pas assez de personnes dans l’industrie qui en ont vraiment quelque chose à foutre. Ceux qui en ont quelque chose à foutre de la santé mentale sont ceux qui ne sont pas au sommet du succès. Genre si tu vis de la musique mais tu n’es pas vraiment de l’industrie. Les gros labels font semblant que ça les intéresse mais c’est probablement faux. Le bon boulot est fait par des associations. C’est toujours vraiment affreux ce qui se passe dans l’industrie. Mais les choses s’améliorent grâce à une conscience sociale qui est une réflexion du monde extérieur. Et ça a besoin d’aller encore mieux. L’industrie ne sera jamais entièrement vidée des problèmes de santé mentale et de personnes qui ne peuvent pas s’aider elles-mêmes. Les gens qui font de la musique sont souvent assez dérangés tu sais (rires). Ces gens ne peuvent pas et ne seront pas aidés mais on ne peut pas toujours blâmer l’industrie pour ça. Mais oui on sent le changement.

P&S : En France on a même un festival dédié à ce sujet. Il s’appelle Pop & Psy. Vous avez ce genre d’initiatives au Royaume-Unis ?

Bill Ryder-Jones : C’est génial. Je ne suis pas toujours très au courant de ce qui se passe mais j’imagine honnêtement que si on avait ce genre de choses en Angleterre, on m’appellerait pour y jouer (rires). Mais c’est une bonne chose que ça existe ici. Les personnes plus jeunes avec lesquelles je travaille on l’air de mieux accepter leurs problèmes. Ils les comprennent plus tôt.

P&S : Le titre de ton album parle d’aller mieux d’ailleurs …

Bill Ryder-Jones : Ca veut dire bonne santé. C’est un toast à la bonne santé si on le traduit bien. Pour quand tu bois un verre. J’aime la manière dont ça sonne quand on le dit. C’est sûrement la phrase que je dis le plus. L’album n’a pas de thème central autre que l’espoir. Je ne voulais pas l’appeler « Espoir » parce que c’est de la merde (rires) mais c’est une bonne façon de dire la même chose. J’allais beaucoup au Pays-de-Galle quand j’étais gosse, c’est tout à côté, ça ressemble beaucoup à là d’où je viens mais la langue est complètement différente, sonne si différemment. Le titre m’est venu très tôt tout comme la pochette, quelques mois avant le mixe. Je savais l’identité que je voulais donner à l’album. Mais pas ce qui donnerait de l’intérêt aux gens. C’est à ça que sert le titre selon moi.

P&S : En parlant de là où tu viens, tu parles aussi de la mer sur l’album qui fait partie intégrante de là où tu viens.

Bill Ryder-Jones : C’est vrai. Mais ce ne sont pas mes mots, ce sont ceux de James Joyce. Ils allaient très bien sur le morceau que j’ai composé. Je faisais beaucoup plus de références à la mer sur mes anciens albums.

Je n’écris pas sur ce qui se passe dans le Monde, juste sur la mer.

P&S : Tu en as beaucoup écris dessus ?

Bill Ryder-Jones : Oui je suis juste paresseux. Je n’ai qu’à regarder par la fenêtre et la mer est partout. Je n’écris pas sur ce qui se passe dans le Monde, juste sur la mer.

P&S : Et comment tu te sens de jouer cet album sur scène ?

Bill Ryder-Jones : Plus excité que je ne l’ai jamais été. C’est plus calme dans le sens, il y a mois de grosses guitares, j’ai une violoniste avec moi. Et c’est super. J’ai vu d’anciennes performances à moi sur Instagram et je me sens mauvais j’en fais trop. Là je vais pouvoir être plus calme et je préfère ces morceaux. Et je pense que les gens les aime. Je n’ai jamais adoré le live mais c’est la meilleure façon d’en faire.

C’est là où est l’argent, pour l’instant le concert donc il faut bien en faire.

P&S : Tu as dit que tu n’aimes pas les gros concerts sauf si tu ne joues pas pour toi-même.

Bill Ryder-Jones : Je ne les aime jamais. J’ai joué à Londres et fais un Q&A, il y avait 40 personnes et j’avais quand même peur. C’est là où est l’argent, pour l’instant le concert donc il faut bien en faire.

P&S : Tu préfères créer la musique que de tourner pour la jouer ?

Bill Ryder-Jones : Oui enfin je peux tenir 15 jours, 20 jours. Enfin c’est quand même horrible (rires)

P&S : D’ailleurs en parlant promo, les photos que tu as mis pour annoncer ta tournée sur Instagram sont prises dans ta chambre. C’est pour dire que c’est de la bedroom pop ?

Bill Ryder-Jones : Ho oui elles (rires). Je passe beaucoup de temps au lit, c’est un bon endroit pour écrire. J’ai oublié que le photographe devait venir à vrai dire. ( rires) Je sais pas pourquoi je lui ai dis de venir à 11 heures 30 alors que je ne me lève jamais avant midi donc je l’ai laissé entrer. J’ai juste enfilé un truc rapidement. Je suis content du rendu parce que j’ai souvent la flemme de faire ce genre de choses. Et là, ça a ce côté un peu amusant et c’est bon de l’être, de ne pas se prendre au sérieux.

P&S : C’est aussi très honnête comme ta musique que tu as toujours voulu très honnête.

Bill Ryder-Jones : Et puis j’adore ce pyjamas. C’est ma mère qui me l’a acheté. Le haut et le bas assortis comme un gentleman anglais. Je portais un chapeau comme à noël. J’ai 39 ans et je suis encore fan de pyjamas.

bill ryder jones
©Kevin Gombert
P&S : Tu dis que tu essaies toujours de faire des albums accessibles, que tu n’y arrives pas et qu’au final ils sont plutôt honnêtes. C’est le cas cette fois ?

Bill Ryder-Jones : Je n’ai même pas essayé de le rendre accessible cette fois. Je me rends compte que c’est une idée inutile que d’essayer ça. This can’t go on prouve ça. Il ne devait pas être un single pour la radio. Et finalement la radio l’a pris et c’est un grand pas pour moi. C’est aussi honnête que je peux l’être. Et pourtant les gens ont l’air de l’aimer plus que n’importe quel morceau que j’ai écrit. Quand on parle de suicide il faut faire très attention à ce qu’on dit, la musique a un tel pouvoir sur les gens. Je ne voudrai pas pousser les gens. Je voulais que ce soit quelque chose de doux et d’aimant sur ce qui se passe quand on perd quelqu’un de cette façon.

Bill Ryder-Jones sera en concert en France, le 28 mars à la Maroquinerie de Paris.


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Le 2 juin sortait le très attendu nouvel album de Protomartyr « Formal Growth in the Desert ».  Si le précédent opus était annoncé comme marquant une fin à Protomartyr tel qu’on le connait, ce nouveau jet signe la promesse d’un nouveau départ et flirte sur le fil du rasoir d’émotions exacerbée à coup de post punk viscéral. Entre le désert émotionnel, le vieillissement mais aussi l’envie de dénoncer une politique américaine liberticide, le groupe frappe fort et s’amuse à ajouter des références à Ennio Morricone à ses sonorités. Nous avons rencontré Joey Casey (chant) et Greg Ahee (guitariste). Avec eux nous parlons de westerns spaghettis, d’âge d’or du Hip Hop, de Covid et musique, de politique américaine, de besoin de s’unir, de grosses entreprises, des manifestations pour les retraites en France, du fait de vieillir et de rester curieux en découvertes musicales. Rencontre.

Popnshot : Comment décririez vous ce nouvel album ?

Joe Casey : C’est une bonne question parce que ça me fait me demander comment je le vendrai. On essaie d’être un groupe avec une forme d’immédiateté qui fait que les gens qui ne nous connaissent pas vont adhérer rapidement. Pourtant beaucoup de personnes qui aiment notre musique n’ont pas forcément aimé à la première écoute. Ils nous disent qu’en nous ré-écoutant, en faisant attention aux paroles, ont une forme de déclick. J’aimerai faire quelque chose qui parle immédiatement aux gens mais se révèle au bout de plusieurs écoutes. Je veux qu’on se sente excité à la première écoute mais que plus on l’écoute, plus on en découvre. On a eu ça en tête avec celui-ci. On a ajouté un vibe western country mais qui colle à ce qu’on avait déjà fait.

Greg Ahee : Dans l’esprit d’un film de western. On s’est inspiré d’Enhio Moricone, on a ajouté une touche western spaghetti. Ce que Moricone a fait, c’est qu’il est italien mais qu’il a composé pour des films qui eux ont lieu aux Etats-Unis dans l’histoire des westerns. J’aime ça, prendre quelque chose avec lequel je ne suis pas familier et y mettre ma touche. Quand j’ajoute des éléments c’est ce que j’ai en tête, je n’essaie pas d’imiter parce que je serai mauvais. La dernière fois on avait ajouté du jazz mais dans notre propre interprétation, avec respect. Et c’est pour ça que vous devez écouter l’album (rires)

Popnshot : Pourquoi vous vouliez travailler sur le thème western spaghetti ?

Greg Ahee : C’est arrivé parce qu’après ne pas avoir composé pendant le Covid on m’a demandé de composer pour des courts métrages, je n’avais jamais fait ça avant et je voulais le faire depuis longtemps. j’ai saisi cette opportunité à cause du confinement. Et j’ai voulu élever des scènes avec de la musique. Pour se faire j’ai étudié ce que faisais Moricone, cherché à comprendre sa technique. Une fois que j’ai fini ces enregistrement j’étais enthousiaste à l’idée de travailler sur un nouveau Protomartyr, j’ai voulu mettre la même intensité dans le groupe et coller à la narration de Joe. J’ai voulu élever ce qu’il allait dire. C’était une nouvelle approche rafraîchissante après  albums. Je ne veux pas faire des albums pour en faire, je veux avoir une bonne raison, des choses à dire et je veux que ce soit fun.

une fois sortis de la quarantaine, on s’est dit que les dernier albums étaient les pièce de quelque chose de complet. On s’est senti la liberté de faire un nouveau chapitre, loin de penser aux attentes.

Popnshot : A la sortie du précédent album « Ultimate Success Today », vous disiez qu’il symbolisait la fin dune époque. Vous aviez ça en tête avec ce nouvel opus ?

Joe Casey : C’est marrant avant le Covid, je faisais la promotion de cet album et je disais qu’il clôturait un chapitre. Je le disais parce qu’il y avait des morceaux qui étaient une forme d’au revoir. Et puis la pandémie est arrivée et nous ne savions pas si nous pourrions repartir en tournée un jour, si être dans un groupe avait un intérêt financier ou créatif, donc je me suis senti vraiment stupide. ça aurait pu être notre dernier album. Et puis une fois sortis de la quarantaine, on s’est dit que les dernier albums étaient les pièce de quelque chose de complet. On s’est senti la liberté de faire un nouveau chapitre, loin de penser aux attentes. On a redéfini ce qu’était être un groupe, on a pu se dire que peu importe ce qu’on allait créer, on serait libres. D’une certaine façon c’était un retour à zéro.

Protomartyr crédit Trevor Naud
Protomartyr crédit Trevor Naud
Popnshot : En parlant de liberté, vous disiez dans une interview que le hip hop était plus libre que le rock puisqu’il y a plus de demandes et donc plus d’attente sur les sorties Hip Hop. Vous le pensez encore aujourd’hui alors que le Hip Hop est à son âge d’or et que le rock revient mais doucement ?

Joe Casey : Oui puisque le Hip Hop est le mouvement dominent aujourd’hui et il le mérite. Mais j’ai le sentiment que du coup, le rock peut plus facilement s’offrir la liberté de rechercher et expérimenter ses sonorités. Les gens qui attendent le retour du rock attendent des choses identiques à ce que faisait Led Zeppelin ou d’autres groupes retros. Mais aujourd’hui on a la liberté de faire ce que l’on veut sans se préoccuper des attentes.

Popnshot : Une chose très importante dans la musique pour vous ce sont les paroles. Sur « Formal Growth In The Desert » quand vous parlez de désert, vous voulez dire désert émotionnel c’est ça ?

Joe Casey : J’ai toujours utilisé le désert comme une métaphore facile pour décrire mon état émotionnel : l’isolation. Dès le premier album et la premier morceau j’ai parlé du désert. Avant de faire l’album, avec ma fiancée nous sommes allés dans le désert de l’Arizona. Ces grandes pierres, c’est magnifique mais on s’y sent aussi minuscules. On se sent comme une poussière dans ce qui date de plusieurs milliers d’années. J’ai imaginé ce qui s’est passé pendant le Covid. Même dans le désert des choses poussent, il y a de la vie. C’est devenu une métaphore simple pour l’album qui était en train de pousser.

Popnshot : Et puis il y a la pluie en conclusion de l’album …

Joe Casey : Je suis content que ça colle parfaitement. Les émotions et les notes explosent au même moment dans une forme Technicolor où il y a de la pluie, où les choses poussent. C’est semi intentionnel. Ce n’était pas prévu. Mais ça fonctionne. Parfois les paroles s’opposent à la musique et là au contraire elles vont parfaitement ensemble.

aujourd’hui en Amérique, les choses vont trop loin. Il a beaucoup de monde qui ne peux pas se payer une maison, les syndicats revendiquent l’augmentation des salaires minimums et on ne leur donne pas.

Popnshot : Les paroles sont écrites en premier ?

Joe Casey : Non le groupe vient me trouver avec des morceaux et j’ajoute les paroles. Et je ne voudrai pas que ce soit dans le sens inverse. Peut-être un jour ce sera amusant de faire l’inverse. J’essaie de répondre aux mélodies qui me sont proposées, je me demande ce que ça me fait ressentir. Je ne pense pas à des mots précis, je pense aux émotions qui en ressortent.

Greg Ahee : Sur le dernier album on avait plus ou moins fini d’enregistrer la musique et on a enregistré le chant à la fin. Cette fois-ci on a tout fait en même temps. On était en studio pendant deux semaines. De ce fait il a fini par mettre du chant sur des morceaux qui n’étaient pas complètement terminés. Il y avait juste de la basse, de la batterie et une base de guitare. Grâce à ça, il y a eu plus d’allers-retours entre nous. J’ai pu travailler sur ce qu’il amenait dans les chansons. Enjoliver et élever l’histoire qu’il amenait.

Popnshot : Vos paroles sont toujours politisées. Cette fois vous parlez du capitalisme. Un parti pris qui correspond toujours au courants punks. Que vouliez-vous faire ressortir ?

Joe Casey : Avec les confinements et le Covid, on a vu que les gens étaient encore en train de mourir quand le gouvernement a dit qu’il fallait quand même aller travailler. C’est ce qu’est le capitalisme. Avant j’essayais d’enrober les choses, de ne pas être trop direct quand je parlais de politique, je me cachais derrière des métaphores, c’est parce que je ne me sentais pas à même de répondre intellectuellement, je peux répondre aux choses émotionnellement. Mais aujourd’hui en Amérique, les choses vont trop loin. Il a beaucoup de monde qui ne peux pas se payer une maison, les syndicats revendiquent l’augmentation des salaires minimums et on ne leur donne pas.  On voit tout ça arriver en direct, on ne peut pas le nier. Même dans l’industrie musicale, on voit arriver une nouvelle forme de travail qui sert moins les artistes et au public mais sert plus les grosses entreprises. Ils ferment les salles indépendantes par exemple, on voit tout ça arriver dans notre petite partie du Monde. Je chante sur ce qui m’affecte.

Les problèmes que l’on rencontre à Détroit sont les mêmes qu’on retrouve en Europe.

Popnshot : Tu parles de ton petit bout du Monde mais ce que tu chantes peut concerner d’autres parties du Monde. Par exemple du parles de violences policières ce qui est un énorme sujet ici en France, d’autant plus récemment suite aux manifestations pour les retraites ….

Joe Casey : C’est l’une des meilleures choses quant au fait de tourner, de pouvoir voir le Monde. Avec notre premier album, on ne pensait pas qu’on aurait cette chance. Les deux premiers albums parlent de Détroit. Eh bien, quand on tourne, on découvre l’universalité de nos problématique. Les problèmes que l’on rencontre à Détroit sont les mêmes qu’on retrouve en Europe. Sur la chanson « We know the rats » on parle de ça aussi. Pourquoi est-ce que tu as cambriolé ma maison ? Parce que tu as besoin d’argent. Et pourquoi ? Parce qu’il n’y ni travail, ni opportunités. Et même si ça parait naïf de le dire, on doit travailler ensemble pour s’occuper de ces problèmes. Et la réponse n’est pas la violence. Quand je me suis fait cambriolé chez moi, la police m’a dit que c’était de ma faute parce que je n’avais pas de flingue pour me défendre. Ils veulent qu’on soit montés les uns contre les autres. Mais en étant réalistes, il faut rester prudents. Les gens au final nous parlent beaucoup, ils nous donnent des réponses simples à des questions qui paraissent complexes. Je ne veux pas être simpliste et dire que si on s’unie tout sera réglé. On ne sait pas tout ce qui se passe en France. Mais on voit qu’ici les gens manifestent de façon plus agressives qu’aux USA et que c’est une bonne chose.

Popnshot : Tu parles aussi de vieillir sur cet album. Un sujet peu abordé. Pourquoi était-ce important pour toi ?

Joe Casey : Quand on a commencé le groupe, je me sentais trop vieux pour être dans un groupe de rock et je l’étais sûrement. Mais maintenant Greg est plus vieux que je ne l’étais quand on a commencé.  Et je me dis Mince j’étais jeune en fait, je suis vieux maintenant (rires). Je déteste cette sentimentalité poussée quand on chante des choses comme « Forever young ».  On chante ce qu’on connait alors pourquoi chanter sur la jeunesse quand on n’est plus jeunes ?  Beaucoup de gens nous ont dit aimer notre musique parce qu’elle parle de résignation ou de notre compréhension du Monde. Notre idée c’est de se dire voilà comment marche le Monde mais on peut trouver du bonheur au milieu.

Greg Ahee : Vieillir ce n’est pas si mal. Tant que tu es près à grandir.

Popnshot : Comment ça se traduit en musique ces sentiments ?

Joe Casey : Il y a toujours une forme de tristesse dans la musique que j’aime. Plus tu vieillis, plus il y a de la tristesse. Mais il y a toujours un peu d’espoir. Il doit y avoir un peu de lumière quoi qu’on fasse et qu’on crée.  Essayer d’apporter plus de joie qu’on l’a fait dans le passé c’est grandir pour moi. En dehors de la musique, j’essaie d’être moins un connard, d’accepter plus de choses. J’ai le sentiment que je jugeais beaucoup de choses avant parce qu’étant un gosse, je ne comprenais pas grand chose. Grandir c’est apprendre,  tu acceptes des choses que tu n’étais pas en capacité d’accepter ni de comprendre.

Greg Ahee : Et puis en tant que groupe qui a plus de 10 ans tu veux aussi continuer à te challenger, garder ton niveau. On doit ajouter du pouvoir à notre musique. On ne veut pas devenir un vieux groupe de rock, avoir une guitare plus simple ou des titres moyens.

Joe Casey :On veut que composer reste excitant parce qu’on va jouer ces morceaux encore et encore. On ne veut pas s’ennuyer au deuxième concert.

Greg Ahee : On veut garder l’énergie. J’ai lu un article il y a un mois ou quelque chose comme ça qui disait qu’à partir de 33 ans on ne cherche plus à découvrir des nouveautés en musique. J’ai 36 ans et je ne veux pas devenir comme ça. Et il n’y pas que ce qui vient de sortir, il y a plein de choses anciennes à découvrir. Les gens se contentent de ce qu’ils ont déjà écouté parce que ça les met à l’aise. Du coup je me force à découvrir de nouvelles choses parce que si je m’arrête je ne vois pas l’interêt d’avoir un groupe.

Popnshot : C’est triste d’arrêter d’être curieux en musique, ce serait un peu comme manger le même repas tous les jours …

Joe Casey : C’est aussi, je pense parce que les gens n’ont pas le temps de faire des découvertes parce que la vie est trop intense. Il y a du confort à se dire que ça ne va pas changer, qu’un titre sera toujours le même.  Avec le temps on voit le passé comme un moment où les choses allaient bien.

Greg Ahee : Ca ne s’applique pas au films, les gens en découvrent toujours des nouveaux. Mais on a une connexion différente à la musique, qui nous affecte différemment. De façon plus viscérale. En 2 heures de film, on ne ressent pas qu’un sentiment: les choses changent, c’est un voyage. En musique, le sentiment revient immédiatement. C’est fatiguant de faire des découvertes, mais c’est comme tout dans la vie.

Popnshot : Avec la musique on connait aussi les paroles par coeur, ce qui n’est pas le cas avec un film.

Greg Ahee : C’est un bon point. Et ça se rapproche du fait qu’aujourd’hui un album est moins important qu’une entrée en playlist. Elles sont basées sur les humeurs pas le style. On veut des mixes pour travailler ou chiller. Mais malgré tout on reste un groupe d’albums, c’est la phrase ultime en musique.

Popnshot : C’est amusant parce que j’aime finir mes interviews en demandant comment vous fait pour découvrir de nouvelles choses en musique, quelles sont vos astuces ?

Joe Casey : Même si certains ne découvrent pas de nouveautés, il y a tellement de nouveautés en musique que c’est difficile de savoir comment s’y prendre. Je n’ai pas de Spotify and co donc je compte sur mes amis pour me dire ce qui est bien. En tournant aussi dans différents pays on peut demander aux gens s’ils ont des recommandations. Parfois dans d’autres langues.

Greg Ahee : J’ai Spotify et parfois je découvre des choses via cette plateforme mais je trouve toujours ça dégoutant  parce que ça se base sur ce que j’aime mais je trouve que c’est trop structuré grosses entreprises. je me dis que ces immenses boites vole ma data.  J’essaie d’éviter ça. Du coup pour éviter ça j’écoute des radio classiques ou en ligne. Les stations locales à Détroit ont pas mal de belles choses. NTS sur internet a de très belles choses


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C’est en 2019 que Bagarre publiait son dernier album tout simplement nommé « 2019-2019 ». La pandémie les aura mis à l’arrêt forcé. Aujourd’hui la formation est bien décidée à retourner dans le club et prépare un nouvel opus pour l’an prochain. De passage au MaMA Festival & Convention, nous avons pu rencontrer les 5 indomptables avant un show déjanté à la Machine du Moulin Rouge. On a pu parler évolution de la vie nocturne, prévention, manifestations, Twich, crise du Covid, amour, engagement. Un moment vraiment « super » à découvrir.

MaMA-Festival_Bagarre-Paris_2022
Bagarre – MaMA 2022 – Crédit photo : Louis Comar

Popnshot : Cyril tu t’es cassé  le bras récemment, déjà est-ce que ça va mieux ?

Maître Clap : Ça va mieux merci.

Popnshot : Votre dernier album est sorti en 2019. Aujourd’hui, c’est quoi Bagarre ?

Maître Clap : On a pris le seum déjà.

Majnoun : Et puis aujourd’hui on refait de la scène. On a pris une forme de normalité à jouer toutes les semaines et aussi à être en studio la semaine.

Emma : C’est la scène le weekend, le studio la semaine.

La Bête : On prépare secrètement notre plan d’attaque pour 2023. Il y a l’album et des soirées. Il ne faut pas trop le dire parce que tout n’est pas confirmé mais beaucoup de choses avancent en parallèle.

Le cœur du Monde bat à nouveau on peut travailler

Popnshot : Vous parliez d’une nouvelle ère, vous avez même loué pour ça une maison au bord de la plage. C’est quoi cette ère?

Emma : On est sortis du club.

Maître Clap : On continue le processus d’écriture. On s’était mis en dehors de nos vies normales.

La Bête : Le moment après le Covid même si c’était pas encore fini, on a commencé à se retrouver pour remettre en route la machine. La différence, c’est qu’avant le Covid on avait déjà envie de repenser notre musique mais la pandémie a forcé ce changement puisqu’on n’a rien fait pendant un an et demi. Ça nous a séparé, ça nous a fait voir le nécessaire. Tout ça nous a permis d’aller très vite dans les émotions, la recherche. Notre réaction ça a été d’aller chercher ce qu’on n’a pas eu depuis longtemps et ça se sent dans la musique qu’on fait mais aussi dans les textes. C’est quelque chose qui va chercher les autres, la danse et c’est vrai qu’on peut se dire avec les deux ans de Covid  qu’on allait faire de la musique mais ça ne marchait pas du tout pour nous parce qu’on avait besoin d’être tous les cinq ensemble mais aussi en contact avec le public. Le studio est lié avec son existence sur scène. Temps qu’on en voyait pas le bout on ne pouvait rien faire.

Maître Clap : Ça a du sens, le cœur du Monde bat à nouveau on peut travailler.

Mus : On t’a déprimé là (rires).

il n’y avait plus rien qui se passait, plus rien à dire, donc il ne restait que nous.

Popnshot : Il va parler de quoi ce nouvel album ?

La Bête : on n’est pas sûrs parce qu’on a écrit pleins de morceaux mais on ne sait pas lesquels on va garder. Mais je m’avance pas trop en disant que c’est autour d’amour. Pas forcément au sens amoureux mais au sens nécessaire, le besoin d’amour, le besoin des autres, de vivre quelque chose, de le dire aussi. Tous nos textes sont liés au Covid. Ce qui nous a manqué. Il y a toujours eu quelque chose de nocturne, culture club dans notre musique et là il y a des morceaux qui sont là-dedans. Mais il va y en avoir des plus lumineux et fédérateurs.

Majnoun : Il y aura plus de nous que dans les précédents albums qui étaient tournés vers l’extérieur. On s’est peut-être moins posé la question de quoi on parle et on s’est plus posé la question de la musique et puis après les textes allaient avec. Et puis il n’y avait plus rien qui se passait, plus rien à dire, donc il ne restait que nous.

Popnshot : Super !

Maître Clap : (rires) Parfois on sait pas si on a fait une bonne réponse en interview mais là on est encouragés.

On pouvait faire des soirées gay, des soirées gay friendly pour dire qu’on pouvait se mélanger. Maintenant les soirées sont différentes.

Popnshot : On va vous encourager à chaque réponse maintenant (rires générales) Pour en revenir à ce que tu disais, tu parlais du club. C’est un espace safe pour vous et une notion centrale chez Bagarre. Comment ça a évolué avec le temps pour vous ? En grandissant ça change ?

Maître Clap : Il y a un moment où défendait vraiment l’idée de trouver une safe place dans le club pour qui on a envie et besoin d ‘être. Après tout ce qu’on a vécu, cet enfermement, ça s’est transformé en nécessité d’avoir ça au quotidien. Que ça aille au delà du club, il n’y a pas de raison qu’en dehors du club on ne puisse pas se sentir comme on en avait envie d’y être il y a 3 ans.

La Bête : Les clubs au delà de notre ressenti là-dedans, ils ont énormément changé. Entre 2013 et maintenant ça n’a rien à voir. A l’époque on bossait avec le collectif Vénus avec qui on faisait des soirées gay friendly alors que c’est un collectif lesbien.  C’est pour te dire comme la mentalité de la nuit était différente. On pouvait faire des soirées gay, des soirées gay friendly pour dire qu’on pouvait se mélanger. Maintenant les soirées sont différentes. Il y a les soirées hors les murs qui sont plus rave, il y a des soirées plus organisées. Ce changement fait beaucoup de bien. La musique a changé aussi avant c’était only techno.

Mus : Maintenant c’est bien moins sectaire.  Maintenant tu peux avoir des soirées à thème avec plus de courant musicaux… Hip Hop par exemple…

La Bête : Nous on a changé avec. La consommation est différente. Nous on est surtout en dates maintenant.

  On part du principe que la nuit c’est libérateur mais qu’il faut que tout le monde soit libre.

crédit : Caroline Caro

Popnshot : Bravo (rires) Vous avez fait récemment un Trabendo avec Consentis. Ce type d’initiatives sont aussi majeures en terme de changement de la vision de la nuit …

Maître Clap : C’est pas la première fois qu’on travaille avec une association et nous notre envie c’est de donner la parole aux gens. On ne prend pas la parole à la place des associations. On va jouer de notre notoriété pour ramener des gens et faire payer pour une cause.  Consentis, on a voulu les inviter parce que la question des violences sexistes et sexuelles dans les milieux festifs est un enjeux énorme. Et nous on est sensibles à ça. Avant on en parlait peu ou pas mais maintenant faire sans ça, c’est impensable. En appeler à cette association c’était une façon de faire de l’éducation.

La Bête : Consentis est un très bon exemple du changement qui se passe dans les clubs. Elles en parlent très bien, le club est autant un endroit de fête que de dangers. Tu mélanges alcools, drogues, substances, donc c’est autant la libération qu’à la virgule près, un risque pour autrui.  On part du principe que la nuit c’est libérateur mais qu’il faut que tout le monde soit libre. Et si certains ne le sont pas en raison de leur orientation sexuelle, leur genre, leur couleur de peau, là il y a un problème. Il y a aussi Acceptess qui lutte pour le droit des personnes trans.  C’est tout un  monde qu’il faut défendre et c’est un monde qui n’existait pas aussi librement il y a 10 ans et qui arrive de front et c’est là qu’il est important de lui faire place.

La télé, pour moi, ce sont des dinosaures

Popnshot : Cette soirée a été intégralement diffusée sur Twich. Dernièrement, Squeezie a fait un évènement à plus d’un million de viewers sur ce même média. Vous pensez qu’aujourd’hui ça peut être un nouveau moyen de consommer la musique et le live ?

La Bête : Pour moi Twich ça remplace la télé. Ça va devenir des émissions de télé, il y a Pop Corn, Zen, là il y a carrément un prix… Mais la télé n’a jamais remplacé le vrai live, elle permet des captations, des diffusions, le vrai live a une saveur qui est unique et qui ne se vit pas avec une image. Ce qu’on essaie de donner c’est un inside du club avec ce que ça peut donner, la sensibilisation, la discussion mais par contre ça ne remplace pas le moment vécu, la force des décibels, la sueur, la chaleur.

Maître Clap : Ce qui est cool avec Twich c’est que c’est différent de la télé. A la télé tout est cadré, tout le monde ne peut pas s’y faire entendre, ils sont choisis au compte gouttes pour dire des choses précises. Alors que là c’est un peu comme les émissions à l’ancienne, Paris Dernière, où ça partait beaucoup plus en couille, où c’était plus libre. La télé ce sont les dinosaures, il n’y a pas de spontanéité.

Mus : Il y a aussi le tchat, le contenu va être ton interaction. Il n’y a pas d’intermédiaire. La télé transmet sur toi et tu n’interagis pas forcément, là c’est l’inverse.

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Bagarre – MaMA 2022 – Crédit photo : Louis Comar

Popnshot : Super ! (rires) Vous parliez aussi sur Insta de votre participation à une manifestation anti violences policières et contre le racisme. Ce sont des messages extrêmement importants…

Majnoun : Le fait d’aller en manif quelque soit la cause, c’est très important. C’est là que tout devient concret. C’est le moment où on capte que les choses sont vraies.

La Bête : Sur ce sujet là précisément, je pense qu’on devrait tous aller en manif. On n’est pas porte parole de ce combat mais on le soutient comme beaucoup d’autres groupes, une égalité des citoyen.nes ensemble. On devrait tous être dans  la rue pour ça.

Popnshot : Cool (rires générales) . Une dernière question, comment vous faites pour découvrir des nouveautés en musique ?

Maître Clap : Spotify, Soundcloud…

La Bête : Moi les trends Tiktok. C’est des artistes qui vont dans tous les sens mais avec les morceaux identifiés, tu peux aller les chopper et aller plus loin. Ça m’a amener beaucoup de morceaux, des choses inconnues parfois même anciennes.

Mus : Sinon surfer, se laisser porter par les plateformes, surfer sur le net avec Lycos quoi (rires).

Journalistes : Louis Comar et Julia Escudero

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