Le 7 octobre 2022, l’excellence vertigineuse de Sorry est de retour avec un nouvel album « Anywhere but Here », le digne successeur de « 925 ». Avec son rock glacé et mélancolique, le groupe dévoile une galette hypnotisante, y signe la fin de son adolescence mais ne perd rien de sa sensibilité. Popnshot a rencontré deux de ses membres Asha Lorenz et Louis O’Bryen pour discuter de cette sortie dans les locaux parisien de son label Domino Records. Un moment autour d’un thé chaud pour parler compositions, boucles musicales, maturité, perfection, Skins, Euphoria et méthodes pour découvrir de nouveaux artistes.  Une rencontre  portée par la douceur d’un duo à la timidité et à la sincérité touchante sur lesquels il faudra compter pour faire briller l’avenir du rock made in UK.

SORRY par Théophile Le Maitre
SORRY par Théophile Le Maitre
Popnshot : Votre nouvel album, « Anywhere but here » sort ce 7 octobre. Comment le décririez-vous en quelques mots ?

Asha Lorenz: C’est mélancolique, il t’emmène en voyage. Il est aussi lourd.

Louis O’Bryen : On a écrit des morceaux  classiques 70’s mais avec des twist et des productions très modernes.

Pourquoi cette période 70’s vous inspire-t-elle autant ? Elle évoque quoi pour vous ?

Louis : Je pense qu’on a écouté beaucoup de morceaux qui datent de cette époque. Nous voulions qu’il y aie une cohérence entre les titres de l’album. Nous n’avions pas fini les morceaux avant d’aller en studio. On avait fait l’inverse sur le premier album, on avait les chansons et ensuite on a enregistré et créé de la cohérence entre elles. On a voulu travailler différemment cette fois.

Le premier album était un mixe de morceaux issus des cinq dernières années. Comment ça s’est passé sur celui-ci ?

Asha : On l’a fait un an et demi après avoir fini le dernier. Donc c’était bien plus compact.

Votre premier album était décrit comme quelque chose de jeune mais de beau, une sorte de cri adolescent. Celui-ci est déjà décrit comme celui de la maturité. C’est un terme souvent employé dans la presse, est-ce quelque chose qui vous parle ?

Asha : C’est une deuxième maturité. Il y avait déjà un pas vers elle sur le premier album. On a écrit le premier de nos 18 à 22 ans. On y parlait de nos problèmes. Aujourd’hui, on a toujours les mêmes mais on les voit avec plus de maturité.

Louis : On est toujours en train de grandir et notre musique représente toujours ça. Mais comme le dit Asha, c’est peut-être plus mature, ça nous représente peut-être mieux et c’est aussi plus honnête.

Après la sortie du premier album, vous avez sorti une mixtape des titres comme ils existaient dans leur première version en expliquant que les morceaux évoluent toujours et que vous vouliez dévoiler une photographie de leur premiers instants. Les nouveaux titres ont-ils également beaucoup évolué ?

Asha : On a les démos, on pourrait les sortir un jour. Mais comme ces chansons ont été écrites dans une courte période elles ont moins eu le temps d’évoluer. Elles ont un peu changé de forme. La progression était moins forte que la fois précédente.

Popnshot : Le premier album s’appelle « 925 » parce que l’argent obtient sa pureté à 9,25. Vous aimiez l’idée que ce soit presque parfait. Vous essayez de vous rapprocher de la perfection ?

Asha : Ce n’est pas encore l’album parfait. Si on arrive à faire un un jour, ce n’est pas celui-ci. Mais c’est une progression saine.

On a voulu en faire un générique d’introduction avant que les choses ne deviennent plus sombres.

La première chose qui frappe quand on écoute « Anywhere but here » c’est que le premier titre est très joyeux et lumineux mais qu’il tranche avec le reste de l’album qui est bien plus sombre et mélancolique. D’où vient cette rupture de ton ?

Louis : On a écrit ce titre bien après avoir enregistré le reste de l’album. On voulait écrire un titre plein de vie. On voulait un titre qui fasse battre les coeurs, différent du reste. Mais le morceau ne collait pas avec l’ambiance général donc on ne pouvait pas l’insérer ailleurs. On a voulu en faire un générique d’introduction avant que les choses ne deviennent plus sombres.

Sur le clip de « Key of the city » vous dépeignez les clichés de ce que les personnes font de leur intimité dans les grandes villes. Ce n’est pas la première fois que les grandes villes vous inspirent…

Asha : On a grandi à londres, on y a toujours été et on a les mêmes amis depuis le début de nos vies. C’est naturel pour nous, puisque c’est de là qu’on vient, d’avoir un oeil sur tout ce qui se passe. Les gens y font des choses très différentes tout le temps. Mais ce qui nous intéresse surtout c’est les gens et les relations qui se font dans les villes qui nous intéressent.

Mais on a aussi voulu rendre le clip humoristique en utilisant les clichés, notamment celui de l’argent. On a d’ailleurs créé des personnages qui sont très stéréotypés.

Vous avez d’ailleurs une histoire forte avec New-York, vous y avez joué juste avant la pandémie avant d’y retourner avec Sleaford Mods.

Louis : On a pu jouer à New-York mais ni à Los Angeles ni dans le sud ouest. Notre tournée a dû être écourtée.

Vous disiez que c’est la ville où toute les fins du Monde dans les films arrivent. Post-pandémie, il parait que la ville est devenue très post-apocalyptique, vous l’avez ressenti ?

Louis : New-York n’est pas une ville normale et pourtant tout semblait plutôt normal quand on y est retourné. La ville avait l’air d’avoir guéri.

C’est l’apprentissage de laisser tomber des choses, d’accepter de mettre un terme, une fin.

A la fin de l’album le titre « Again » marque les esprits. On peut le rejoindre de l’histoire de ta mère qui est doula de fin de vie Asha ?

Asha : Un peu mais pas tant que ça. Ça parle des petites morts qu’on a dans le vie. C’est l’apprentissage de laisser tomber des choses, d’accepter de mettre un terme, une fin. Ça va avec l’album puisque c’est aussi sa clôture. Le titre s’accroche à une note en particulier parce que c’est un son similaire à celui qu’on fait quand on est très heureux ou très triste ou qu’on perd quelque chose. Ça parle du besoin de changement mais le changement ne vient pas.

Vous y utilisez une boucle musicale. C’est un procédé assez fréquent chez Sorry. Comment cela appuie-t-il un propos ?

Asha : Ici ça va très bien avec les paroles. La boucle aide les paroles. On voulait montrer qu’on construit et que pour autant ça reste la même chose.

Vous les écrivez en premier ?

Asha : Ça dépend complètement du morceau. Parfois ce sont elles qui vont dicter la musique mais parfois c’est l’inverse. Ça dépend de si l’idée du morceau est à ses débuts ou si elle est très avancée.

Louis : L’un peut bouger l’autre. Les paroles construisent les instruments.

Sorry Anywhere but here
crédits Théophile Le Maitre
Comment s’est passé la conception du titre « Key of the city » qui parle des coeurs brisés. Les paroles sont-elles arrivées avant les instruments ?

Asha : on avait les riffs de la guitare et les paroles ont découlé de ça. Et le reste de la chanson est arrivé après la construction du premier couplet. Les deux viennent main dans la main quelque part quand l’idée a déjà eu le temps d’être développée dès le début.

Louis : C’est important pour nous que les samples et les notes électros soient un miroir des sentiments représentés dans le morceau.

« Screaming in the rain », c’est un clin d’oeil sombre à « Singing in the rain » ?

Asha : Un peu. On a joué sur les mots.

Louis : C’est sa version triste. (Rire)

On met une partie de nous de nos chansons et ça leur donne, je pense une certaine lumière.

D’ailleurs pourquoi cet attrait pour les compositions mélancoliques ?

Asha : C’est qui nous vient naturellement. C’est vraiment très difficile à expliquer mais ça vient de ce qu’on ressent. On ne le choisit pas.

Louis : C’est un sentiment naturel. Quelque chose autour duquel on gravite mais parfois on essaie d’écrire des chansons joyeuses. C’est bien plus difficile que d’écrire des chansons tristes. C’est peut-être juste compliqué pour nous en tout cas.

Asha : Le genre que l’on joue n’est pas propice aux chansons joyeuses. On essaie de faire des titres solaires pour contrebalancer la tristesse, trouver un équilibre.

Louis : On met une partie de nous de nos chansons et ça leur donne, je pense une certaine lumière.

Sorry crédits : Iris Luz –
Un journaliste de chez Magic avait comparé votre premier album au show télévisé « Skins ». La comparaison vous plait-elle ?

Louis : On adorait le show quand on avait 14 ans. Si on le regardait maintenant se serait un peu embarrassant. Avec ces adolescents rebelles qui grandissaient en Grande-Bretagne, à l’époque on les trouvait super cool. Mais à cet âge là, on est sensibles à ces choses là.

Vous pensez que les adolescents d’aujourd’hui seraient moins tenté d’aimer « Skins » ? Ils ont « Euphoria » mais l’ambiance y est différente.

Asha : Non je pense que les adolescents aiment toujours ce genre d’histoires. Les gens sont obsédés par « Euphoria ». C’est une autre façon d’être choquant qui y est utilisé.

Louis : Mais j’aime beaucoup le show. Je le trouve excellent. C’est très intense.

Qui dit album dit concerts. Une tournée arrive avec deux dates parisiennes notamment. Comment travaillez vous le passage du studio à la scène ? Faut-il repenser les titres ?

Asha : On va les retravailler, on veut que le show aie un flow différent. On commencera les répétitions avant la tournée mais on veut lui donner plus de profondeur et ne pas simplement jouer les morceaux.

Louis : On a un peu joué aux USA et au Royaume-Unis nos nouveaux titres, on y a pris beaucoup de plaisir. Les gens ont eu l’air de les apprécier.

J’aime prendre un album que je ne connais pas chez un disquaire.

Dernière question : Quelles seraient vos recommandations pour aider les gens à découvrir de nouveaux artistes ? Quelles méthodes utilisez-vous ?

Asha : J’aime prendre un album que je ne connais pas chez un disquaire. Et même s’il n’est pas si bon, tout album a toujours quelque chose à apporter. Et si tu t’impliques dans le travail de l’artiste, tu y trouveras toujours quelque chose et c’est satisfaisant. Donc impliquez vous à un artiste.

Louis : J’en trouve beaucoup dans des films et des séries.


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