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Julia Escudero

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Alors on met quoi dans notre playlist de rentrée 2025 ? On te propose une jolie sélection variée pour dire au revoir à l’été !

Good Charlotte – Motel du Cap

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Voilà 7 années que les frères Madden n’avaient pas sorti de nouvel album. Pionniers de pop punk, d’ailleurs plus pop que punk, le groupe avait conquis le monde en 2000 avec son tout premier album éponyme. Evidemment on garde des souvenirs émus de « Warldorf worlwide » ou encore de « Motivation Proclamation » qui ont fait de nous les adolescent.es que nous étions. Depuis le groupe dans lequel on retrouve également Billy Martin et Paul Thomas s’est offert des montagnes de succès, devenant peu à peu le visage des « Lifestyle of the rich and the famous  » dont ils parlaient sur  l’un de leurs plus gros carton avec « The Anthem ».  L’hymne de toute une génération en décalage avec la société capitaliste et aux prises d’une certaine rébellion propre à cetteadolescente. Entre temps les frères Madden ont épousé Nicole Richie et Cameron Diaz, sont passés à la production ( avec succès)  et même au rôle de jury dans « The Voice ». Tout un programme pour les gosses du Maryland paumés et fédérateurs. Les albums se sont succédés et l’amour pour la formation n’a jamais quitté une partie de nous peut-être à cause de leurs rythmes qui entraient bien vite dans les têtes. Sûrement parce qu’on se sentait compris.es quand on les écoutait en boucle. Enfin ce 8 août, voilà donc que notre formation s’offre un retour studio qui sent bon le retour aux sources. C’est une bonne grosse dose de nostalgie qui attend les fans du courant. On pense à tout ce qui a constitué une époque, « Rejects » en tête de peloton et cette même façon de composer que dans les années 2000. Toujours facile, toujours solaire, la machine à remonter le temps est là. « I Don’t work here anymore » amusera par ses paroles, après tout « Keep your hands off my girl » est passé par là des années plus tôt. N’empêche, on retrouve franchement nos 15 ans et leur liberté  à son écoute. Le petit featuring avec Wiz Khalifa sur « Life is Great » ajoute sa touche de mordant au tout. Et il sera sûrement la plus grande marque du temps qui passe.  En 2000 quand on écoutait du pop punk la vie paraissait bien plus difficile à la sauce « Welcome to my life » que « great ». Reste que le dernier titre permettra de chanter ce qu’on se promettait alors  : « GC forever », et si quelque part, c’était une vérité criante ?

Radiohead – Hail to the thief (Live recording 2003 – 2009)

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L’évocation d’une nouveauté du côté de Radiohead provoque toujours son lot de frissons. Le groupe de Thom Yorke manque au grand public, on l’attend, on l’espère.  Et puis les rumeurs quant à un retour studio se font de plus en plus distinctes et de plus en plus précises. Il n’empêche qu’hors bruits de couloirs, une sortie a bel et bien eu lieu ! Une version live exclusive de « Hail to the thief », le sixième opus de la formation culte. Déjà disponible sur les plateformes, il faudra néanmoins attendre le 31 octobre pour pouvoir se procurer cette pépite en version physique. Au programme une édition rouge diponible uniquement chez les disquaires indépendants. Redécouverte « vivante de l’œuvre » comme le décrit le chanteur lui-même, l’album comprend des captations réalisées entre 2003 et 2009 à Londres, Amsterdam, Buenos Aires et Dublin. A sa sortie, l’opus était un retour aux sources pour la formation après les déambulations électroniques de la formation sur les excellents « Kid A » et « Amnesiac ». Cette nouvelle version a été mixée par Ben Baptie et masterisée par Matt Colton. Elle promet un moment cathartique si l’on en croit les intéressés, mais est surtout un plaisir permanent pour les fans du groupe.

Curtis Harding – Departures & Arrivals: Adventures of Captain Curt playlist rentrée

playlist rentréeQualifier Curtis Harding de génie de la soul est loin d’être une hyperbole. Avec sa voix de velours et sa force de composition, le musicien excelle à chacune de ses sorties. Il nous aura pourtant fallu attendre 4 longues années pour enfin écouter celle-ci. Il faut dire que ce nouveau projet est des plus ambitieux : l’album se décrit en effet comme un space-opera psyché qui va toucher à la soul profonde. Si l’idée est surprenante, y trouver le nom d’Adrian Quesada (Black Pumas) associé l’est beaucoup moins. C’est en effet dans son studio que l’opus a été composé et l’on retrouve également au crédits, Steve Hackman (Doja Cat, Andrew Bird) aux cordes. En pratique, l’album aime à multiplier les registres tout en gardant l’âme solaire qui fait la force d’Harding. Sur son communiqué de presse, on parle volontiers de soul cosmique, comme de disco engagé. Ce qui n’enlève rien à la force spectaculaire que donne instantanément son écoute. Les sons groovy y sont manipulés avec la précision d’un cosmonaute. De quoi reprendre l’expression anglo-saxonne et la contrarier, « it is rocket science ». Depuis « Face Your Fear » sorti en 2017, le musicien n’a eu de cesse de sublimer ses créations. Voilà qui le conduira à l’Olympia le 28 octobre prochain. Et qui nous propulsera dans les étoiles dès sa sortie le 5 septembre.

Ethel Cain – Willoughby Tucker, I’ll Always Love You playlist rentrée

playlist rentréeEn 2022, Ethel Cain dévoilait sa vision de l’Amérique, tordant le cou à la religion avec son premier album : « Preacher’s Daughter ». Une claque, tant dans sa capacité de création que dans sa toile narrative. Elle y finissait dévorée. Allégorie d’une enfance en Floride en sein d’une famille de confession baptiste du sud. Il faut attendre ses 16 ans pour qu’elle quitte son église, ses 20 ans pour qu’elle fasse son coming out en tant que femme trans, ses 24 ans pour qu’elle annonce sa première galette. La chanteuse ne se donne aucune limite musicale. C’est ainsi qu’en 2025 elle sort le surprenant et très sombre « Perverts ». Voyage complexe et bruyant, peuplé de cris et de moments de vides, de sonorités de films d’horreur. Album conceptuel, hors norme, radicale, qui ne peut plaire à tout le monde. La voilà donc de retour cet été avec un projet bien plus digeste. Cette fois, la musicienne nous offre une rêverie de la pop américain. Album toujours très dense, voilà notre musicienne qui reprend les aventures de son alter égo fictif nommé Ethel Cain. On y retrouve l’épaisseur gothique qu’on lui connait, la touche sudiste, mais surtout le conte sordide. Cette fois-ci l’histoire se déroule dans les années 90, on y suit une jeune-fille fuyant son père qui l’abusait. La route la conduira jusqu’en Californie aux côtés de son futur meurtrier. Un album chic et puissant, à ne surtout pas manquer donc.

SHAME – Cutthroat playlist rentrée

playlist rentréeC’est l’album le plus lumineux de Shame qui s’apprête à sortir le 5 septembre prochain. Le groupe de post punk a décidé de mettre de nouvelles cartes sur la table, d’oublier ses boucles obsédantes pour accepter de laisser son ADN s’exprimer pleinement avec une seule contrainte : que ce soit bon. De cette liberté découverte vient une nouvelle esthétique. Des extraits dévoilés, « Spartak » a une immédiate fougue très The Strokes. Ce rock new-yorkais insolent et obsédant, cette écriture au ciseau, en sort un titre puissant et addictif. Le combo a profité de l’été pour continué de nous nourrir de quelques belles bouchées de ce nouveau jet. Et de quoi va-ton parler ? « Il s’agit des lâches, des connards, des hypocrites » confie le chanteur Charlie Steen puis d’ajouter via son communiqué de presse : « Regardons les choses en face : il y en a beaucoup en ce moment ». Les choses sont dites, l’énergie déployée est elle, enivrante. C’est à Brighton que le groupe britannique a enregistré ce nouveau jet. Et si nous parlions d’une âme américaine sur la composition, la force de proposition et de révolution qu’est le Royaume-Unis en terme de musique coule bien dans ses veines. On s’énerve vraiment sur « Cutthroat » alors « Quiet Life » touche au rockabilly et faitles yeux doux à l’un des plus grands groupes de tous les temps : The Cramps. Un tournant frais et moderne pour succéder au puissant « Food for worms » (2023) La rentrée rock cette année, on la devra donc à Shame.

Mae Powell – Making room for the light playlist rentrée

playlist rentrée mae powellAttention, coup de cœur ! Pensez à la plus belle de vos matinée d’été : une chaleur encore douce, une journée de détente qui s’annonce, tout est beau, tout est harmonieux. Et si vous deviez mettre une mélodie sur cette sensation ? Elle serait personnifiée par le second album de Mae Powell. Avec sa voix chaleureuse, la musicienne sublime la folk et lui apporte une juste dose de soul. Un régal aux notes rondes et sucrées, un plaisir infini qui fait mouche à chaque fois qu’on le fait écouter. Vraiment, c’est testé et approuvé dans notre disquaire. L’album a été écrit dans une période charnière de la vie de l’artiste et parle de guérison.  Et il est si facile de la laisser panser nos plaies. Mae Powell signe ici l’album qui prolongera l’été et qui embellira la rentrée pour mieux ravir les fans de Kevin Morby dont elle a la brillante âme. Produit par David Parry et enregistré à Vancouvert, l’opus fait la part belle à une nature accueillante et apaisante. Écoutez le, promis vous allez adorer ce grand bol de lumière


 

Wet Leg est enfin de retour ! En 2021, le girl band rock était sur toutes les ondes et dans toutes les têtes avec son mega tube « Chaise Longue ». Le succès fulgurant était tel que le morceau s’offrait quantité de remixe en tous genres, la tête haute pendant que les jambes, elles, s’étalaient sur les fameuses chaises longues. La question était tout de même posée. Avait-on assisté à un épi-phénomène  ? Un album « Wet Leg » plein de jolis tubes voyait le jour en 2022 et puis plus rien. Wet Leg seraient elles toujours attendues ? Pas besoin de faire durer le suspens puisque la formation signe avec son « Moisturizer » un des meilleurs albums de l’année porté par un naturel qui décoiffe. Indie et accessible, la petite bombe fait même de l’ombre aux frères Gallagher ! On en parle.

Wet LegWet Leg plus fortes qu’Oasis

C’est la petite blague qui amuse aujourd’hui la toile mais qui quelque part chauffe les coeurs. L’album de Wet Leg a en effet piqué la place dans les charts des trois ré-éditions d’Oasis Time Flies… 1994-2009 (3e), (What’s The Story) Morning Glory? (4e) et Definitely Maybe (5e). A l’heure où la planète musique n’a d’yeux que pour la tournée anglaise des sales frangins du rock, la nouvelle fait l’effet d’une petite bombe. Rhian Teasdale en profite pour chambrer les éternels chambreurs via le compte Insta du groupe avec un t-shirt à l’image du film « Dumb & Dumber » floqué du logo d’Oasis. Et même avec tout l’amour qu’on peut avoir pour les compos d’Oasis, il est bon de voir que du sang neuf peut aussi remporter les coeurs des auditeurs.trices. Et puis Liam et Noel n’auraient pas hésité à en faire de même s’ils le pouvaient.

Mais au fait il est comment « Moisturizer » ?

Wet Leg MoisturizerLa petite blague mise à part il est temps de revenir sur ce nouvel album de Wet Leg.  Il suffit d’une écouter pour être entièrement plongé.es dans l’univers de Rhian Teasdale et Hester Chambers, le duo à l’origine du groupe (composé néanmoins de 5 musiciens). Les morceaux y sont directs, incisifs, d’une efficacité redoutable. On en redemande ! Sur les 12 qui le composent, pas de temps mort, pas de possibilité de souffler. L’indie rock y prend une tournure justement dosée, sans jamais se perdre dans une quelconque forme de prétention. C’est d’ailleurs cette capacité à être grand public sans pour autant tomber dans des travers de banalité d’écriture qui le rend si frais. Fun et décontracté , l’album est aussi riche et sait puiser dans une pop savamment écrite. La formation originaire de l’Île-de-Wright n’hésite pas à y évoquer la masculinité toxique et flirt avec l’idée d’être amoureuses. Il faut dire que le groupe avait toutes les cartes en main pour évoluer comme elles le souhaitaient puisqu’on retrouve une nouvelle fois le nom de Dan Carey aux commandes.

Wet Leg, un été sous Brumisateurs !

Wet Leg: Tiny Desk Concert

C’est le fun qui domine et si la création de l’opus était amusante, son écoute l’est d’autant plus. On lance les grosses machines dès le premier titre « CPR », ses boucles musicales obsédantes et ses voix qui savent se faire aigües pour mieux se répéter. Le ton est donné, alors que la modernité est clairement de la partie. Plus acide « Liquidize » se découpe comme une balade énergique. Le combo s’offre une très belle référence à mi-parcours avec le titre « Jennifer’s body ». Souvenez-vous du film d’horreur avec Meghan Fox transformée en succube insatiable qui se nourrissait des hommes obsédés par son physique de rêve. Un pied de nez féministe et violent qui colle bien à l’univers de Wet Let et à un titre aux guitares saturées et sur-puissantes et aux rythmiques militaires. Wet Leg pourrait bien être sur le pied de guerre mais c’est la sincérité qui prime. Les influences se multiplient, la dance-punk est de la partie, l’affirmation de soi aussi. Alors que le rock était trop longtemps réservé aux hommes, Wet Leg donne des coups de pieds aux culs et le rend féministe, affirmé et surtout ce qui doit être son essence : libérateur. « Mangeout » envoie chier les dragueurs lourds et s’offre une compo très cinématographique, survoltée et sous acides. Le noisy « Pillow Talk » est l’un des temps forts de ce petit joyau. La batterie y tient le beau rôle comme le chant des sirènes de nos hôtesses aussi brillantes lorsqu’elles chuchotent que quand le refrain leur permet de toucher les sommets. Certes, il est possible de parler de temps forts mais il faut néanmoins saluer la capacité de Wet Leg à créer un album parfaitement écrit de bout en bout et un objet cohérent qui s’écoute dans son intégralité. Il n’existe pas de temps faible à « Moisturizer », et voilà qui vaut le coup d’être dit. Le groupe parvient à constamment laisser vivre son âme post-punk mais sait aussi s’adoucir sur des morceaux plus pop, rappelant que le courant est aussi emprunt de noblesse. En la matière « Don’t Speak » est un cas d’école, audacieux mélange entre deux courants maitrisés. Il y a eu un brat summer qui tient une place de choix dans nos coeurs. Ce nouveau Wet Leg pourrait tout autant être l’hymne de l’été 2025. Il suffit cette fois de se lever de sa chaise longue pour mieux courir à travers les rayons du soleil à toute jambes !

A noter que Wet Leg s’offrira deux Olympia de Paris les 27 et 30 octobre, en plus d’un Transbordeur de Lyon le 28 octobre.


Il suffit d’un regard sur sa pochette pour se laisser convaincre par « Virgin ». Le nouveau Lorde s’était pourtant fait attendre. Quatre ans  s’étaient écoulés depuis son dernier album contesté, le folk « Solar Power » sorti en 2021. Une volonté de changement trop grande qui n’avait pas autant séduit qu’escompté. Pourtant dans le paysage actuel, Lorde fait, et de loin, partie de ce que la pop a de meilleur à offrir. Et ce retour aux sources, porté qui plus est  par une redéfinition de sa féminité avec une maturité assumée est tout simplement une prouesse qui se dévore crue.

Lorde - Virgin - album coverElla Yelich-O’Connor, de son véritable nom, sait autant se réinventer qu’elle porte sa marque de fabrique. Celle-là même qui vaut à « Melodrama » (2017) la réputation d’être l’un des meilleurs albums jamais composés.Un bruit de couloir hautement mérité il faut l’admettre, l’entrée en matière sur « Green Light » touchait la perfection. Et sur « Virgin », une certaine ressemblance avec ce joyau est souvent pointé du doigt. Lorde se répèterait-elle ? Point du tout. Si « Melodrama » prenait en ampleur et savait définir un style rythmique propre à la chanteuse, chaque album profite de sa part de différences. Si la question m’était posée  (et elle l’est en partie) je répondrai que « Pure Heroine » est le chef d’œuvre ultime de Lorde. Sa capacité à créer des tubes qui serrent les cœurs tout en gardant une véritable lumière pop touchait au divin. Lorde méritait le clin d’œil à l’aristocratie de son nom dès son premier single « Royals ».  L’album qui le contient profite de compositions sublimes, profondément indémodables de « Buzzcut Season » à « Team ». S’il est de coutume de parler des pop stars en les couronnant reines, elle mérite amplement son appartenance à la royauté. Alors, avec « Virgin » quelle évolution ?

« Virgin » : Immaculée création

Le premier single divulgué de « Virgin », « What was that » emprunte, il est vrai, une certaine manière de créer que l’on pouvait retrouver sur « Melodrama ». Pour autant, il est aussi l’une des plus grandes réussites de l’opus. Déjà parce qu’il jouit d’une modernité rare. Difficile de ne pas penser à « brat » de Charli XCX en l’écoutant. Il faut dire que Lorde posait sa voix sur « Girl, so confusing », un titre qui colle clairement à la peau de son image féministe, construite, sincère. Là encore, la pop prend un son qui pourrait bien traverser les saisons pour définir un mode de vie qui va bien au delà d’un été chaud. C’est par ce morceau d’ailleurs qu’elle annonçait la sortie de son nouvel album en tentant un happening surprise à New-York mais face à un public venu trop nombreux, ce dernier se vu interdire par les autorités. Faute d’évènement restera ce refrain. Une claque.

LORDE - Virgin Album Helene Le Moine
LORDE par : Helene Le Moine

A mi-chemin entre Charli XCX et Billie Eilish, notre musicienne se constitue  toujours une place à part, un peu hybride. Loin de jouer de l’image traditionnelle de la pop star elle ne semble ,que se soit musicalement ou dans son personnage public, jamais jouer de jeu. Elle serait en quelque sorte l’icône sans les artifices du marketing et en ça son parcours pousse toujours au plus grande respect. Sur « Virgin », la chanteuse cherche donc nous le disions plus haut, à offrir une image neuve de sa féminité, elle aussi émancipée des codes qu’impose la société. Et ça se voit dès sa pochette, rayon X de son bassin sur laquelle on voit une fermeture éclair et son stérilet. Une image forte, qui en dit déjà long.

Lorde, pleine de grâce

C’est un album plutôt court qui nous est ici réservé. Seulement 34 minutes pour quelques 11 titres chaudement servis. C’est aussi et surtout parce que Lorde va droit au but et ne perd pas de temps sur ses morceaux. L’entrée en matière sur « Hammer » et sa jolie gamme électro en est d’ailleurs la preuve ultime, lui qui de plus, parle de son ovulation. C’est pourtant un point de départ banale qui vaut à l’album sa création : une rupture amoureuse. Quand on sait créer, on sait aussi écrire. Peine de cœur ou pas, Lorde en profite pour questionner l’identité de genre. « Man of the year » est ainsi un ras-de-marée émotionnel dont la précision d’écriture et de production bouleverse au plus haut point. La question du genre elle se l’applique à elle-même et interroge dans son clip où on la retrouve les seins compressés et cachés par du scotch.

Lorde - Man Of The Year

Cette chanson lui a permis de prendre pleinement conscience de ces questions, de les assumer. Elle raconte d’ailleurs sans tabous qu’elle a été écrite alors qu’elle avait arrêté de prendre un contraceptif pour la première fois depuis son adolescence. La meilleure des drogues selon elle. Se sentant rayer de la carte de la féminité ou du moins de ce qu’on lui impose, elle pouvait être plus libre que jamais. Et ainsi, créer un album qui va aborder ces thématiques avec élégance et sa sincérité habituelle.

Sainte Lorde et l’honnêteté radicale

Et c’est elle aussi que l’on retrouve dans ses mélodies dépouillées d’artifices où l’électro pop domine en maître. « Favourite daughter »  fait danser mais porte lui aussi une belle part de mélancolie. C’est elle qui domine « Clearblue » écrit comme une confidence et qui s’avère être l’un des plus beaux morceaux de l’album. Aussi cru qu’elle peut l’être sur toute cette galette, elle y évoque la peur de la maternité après un rapport non protégé. Si la rupture était le point de départ de notre histoire, Lorde multiplie les thèmes, les troubles les douleurs : de la haine de soi aux troubles alimentaires, se sont ces souffrances qui nourrissent une pop si viscérale. « GRWM » est un retour bien plus chaleureux dans l’opus en terme de gammes. Là encore et comme sur « Royals », Lorde explore sa capacité à casser des rythmiques, à les parfaire.Un synthétiseur donne le ton de la plupart des morceaux qui portent tous sa voix aux nus. Journal intime en musique, déchirant d’honnêteté, simple comme une discussion à cœur ouvert, « Virgin » est un voyage dans lequel il est facile de se reconnaître. Si Sabrina Carpenter joue la petite chose mignonne mais sexy, si Charli est la party girl et Taylor la girl next door, Lorde n’est rien de tout ça. Elle est tous nos doutes et imperfections, elle est elle-même en public comme il est impossible de l’être pour nous toutes. Et c’est forcément encore plus le cas  pour une personnalité pop. Une icône est née, que son règne vienne, elle qui était vierge de tout mensonge. Amen.


scène solidays
crédits Louis Comar

Il y a 27 ans Solidays voyait le jour. Le festival lancé par Solidarité Sida est devenu, le temps passant,  synonyme de fête intergénérationnelle. On y va pour célébrer les beaux jours , écouter de le musique, être entre ami.es et rire. Il est aussi vrai que faire la fête est politique. Tout est politique d’ailleurs. N’empêche que la liberté de célébrer, d’y être soi et de s’y oublier, la liberté de se réunir, de jouer de la musique, même, est on ne peut plus politique surtout par les temps dangereux que nous vivons actuellement. Sauf que Solidays est bien plus qu’une fête. L’essence même de l’évènement est avant tout de défendre des causes plurielles, d’aider les moins favorisé.es et bien sûr de lutter contre le sida. Le festival a à la fois un devoir de mémoire des temps les plus obscures de l’épidémie, mais aussi un encrage dans les temps actuels. Il multiplie volontiers ses engagement et met toujours la lutte à l’honneur. On vous prend la main et on vous emmène faire un tour au milieu de ces réjouissances. Mais surtout recentrer à travers cette folle journée du samedi 28 juin, son véritable objectif et ses enjeux. A la découverte de Solidays, comme un corps vivant !

crédits : Laura Naval

Solidays : la mémoire dans la peau

Ce samedi, le mercure fait péter tous les scores. Le soleil brûle et tape fort. On se plaint de la pluie, on se plaint du soleil. Oui, c’est vrai, n’empêche qu’en cette belle journée l’envie de se coller dans les coins d’ombres le temps que les températures tombent est omniprésente. L’heure n’est pourtant pas à jouer à cache cache avec les astres. Au contraire, il faudra les regarder dans les yeux pour leur adresser toutes nos suppliques de prendre soin de nos disparu.es. L’hommage aux disparu.es débute en effet comme chaque année sur la scène Paris. En ce moment de recueillement, les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence, mais aussi les membres de Solidarité Sida, énoncent dans le plus grand des respects, les noms de personnes qui ont été prises par l’épidémie du sida. Pour mieux se rappeler d’eux symboliquement des patchworks créés à partir des vêtements des défunt.es et sont portés dans les airs. Un temps de communion s’impose. Certain.es pleurent sur les notes de  » You are my sister » d’Anohni, les accolades se multiplient et deux minutes de silence sont demandées. Certain.es, peu conscient.es de la véritable signification de ce moment important, peinent à respecter le silence. Il est pourtant essentiel de faire vivre cette cérémonie année après année pour mieux rappeler la raison d’être de ce festival bien différent des autres. Ce recueillement toujours aussi touchant  est autant crucial au devoir de mémoire qu’il l’est à rappeler que malheureusement le lutte est loin d’être terminée et que l’épidémie sévit toujours. Oublier c’est manquer de respect aux morts, oublier c’est risquer un retour massif de la maladie.

accessibilité et diversité : cerveau des opérations

Enjeu de taille pour les festivals et pour notre monde en général, l’accessibilité aux personnes souffrant d’un handicap, est aujourd’hui centrale. La société s’ouvre doucement à ces sujets permettant des aménagements pour ne plus laisser personne derrière. La vérité étant que pourtant bien souvent les actions sont trop faibles, parfois juste d’apparence. Alors que cette inclusion doit être faite. Tout le monde est concerné et toutes les actions doivent être menées. Solidays fait sa part et fait en sorte que celle-ci soit à la hauteur de l’importance de la situation. Ainsi contrairement à nombre de festivals et autres évènements, les personnes souffrant d’un handicap sont ici nombreuses et peuvent profiter pleinement du festival sans limite ni contrainte. Un pass accompagnant offert, de très nombreuses plateformes, des interventions retranscrites en langue des signes mais surtout des bénévoles dédiés et du personnel aidant sont présents sur le festival. Et ces efforts sont visibles continuellement sur l’évènement.

drapeau LGBT festival
crédits : Laura Naval

Nous parlions plus tôt d’une fête politique, elle l’est lorsque tout le monde y est le/ la bienvenu.e. Sur le festival le public est varié et chacun.e s’y sent dans une safe place ou il est libre d’exprimer clairement qui il est. On y revendique ses différences comme une force pour mieux les embrasser et enfin former un tout. A travers ses tenues et ses signes de ralliement ou sa simple faculté à être soi-même, l’évènement embrasse pleinement minorités et personnes de toutes horizons. A une exception, comme le chantera plus tard Bagarre : « Tout le monde déteste les fachos ».

Vie associative : le véritable poumon de Solidays

solidays association je donne ma perruque
Stand de l’association je donne ma perruque-
crédits : Laura Naval

Les concerts ont débutés et la musique vit pleinement. Il faut parfois pourtant utiliser la musique pour mieux parler de ce qui compte. Derrière la scène Bagatelle, il est impératif de rendre visite au Village des associations. Un passage immanquable ou de très nombreuses associations viennent défendre leurs causes, parlent avec passion de leurs luttes, recrutent des bénévoles et proposent des animations ludiques et autres quizz pour sensibiliser le public. Difficile de prendre le temps de discuter avec chacune d’entre elles même si tous leurs enjeux sont de première importance. Nous avons eu la chance d’être accueillies par les bénévoles de quelques stands et d’échanger avec elles et eux et il nous parait capital d’évoquer en quelques mots leurs combats et l’apprentissage qu’ils nous ont transmis. Cette liste non exhaustive reste un aperçu de combats aux côtés desquels il faudra s’engager si vous en avez la possibilité ou un moins se sensibiliser. Debrief le cœur chaud de ces rencontres :

associations solidays
crédits Louis Comar
  • Je donne ma perruque

Cette association a crée une chaine solidaire qui remet en état et donne gratuitement des perruques pour les personnes souffrant d’alopécie ou de pelade qu’elles soient ou non liées à une chimiothérapie. L’association prend en outre le temps de parler de cancers à travers une sensibilisation aux sujets du cancer du sein et du cancer des testicules. l’occasion d’en apprendre plus sur l’auto-palpation. A noter que pour les seins, ce geste de prévention doit être pratiqué une fois par mois. Le cancer des seins touche les personnes de tout âge, il ne concerne pas uniquement  celles de plus de 50 ans. Tous les genres, femmes, homme comme non binaires peuvent être concernés et il faut garder en tête qu’il n’est héréditaire que dans 5% des cas. Le cancer des testicules est le plus répandu chez les  jeunes personnes assignées hommes à la naissance, il se développe dès le plus jeune âge. Pour en savoir plus sur ces deux maladies n’hésitez pas à vous renseigner sur Keep a breast et Movember. La prévention est un enjeu majeur pour lutter au plus tôt contre ces pathologies et obtenir le meilleur pronostic possible. Cette dernière permet de sauver des vies.

  • Le Refuge

L’association lutte contre les LGBT-phobies depuis 2003. Elle a pour première mission  de venir en aide à de jeunes personnes LGBT+ qui ont dû quitter le domicile familiale en raison d’un rejet de leur famille ou d’une impossibilité d’y faire leur coming out. L’association leur propose un hébergement d’urgence (dans la limite des places dont elle dispose) mais les accompagne également dans leur processus d’émancipation (orientation, entrée dans la vie active, apprentissage de la vie seul jusque dans les tâches ménagères quotidiennes). En outre, elle sensibilise également sur les question des LGBT-phobies en intervenant dans les milieux scolaires pour lutter à la source contre les discriminations. Si vous êtes une personne concernée, n’hésitez pas à les appeler au 06 31 59 69 50. Vous pouvez également vous engager, faire un don ou apporter de la visibilité au travail de l’association pour lui permettre l’acquisition de plus de logements d’urgence.

  • Support don’t punish

L’association a pour but de créer un plaidoyer mondial en faveur d’une meilleure politique public en matière de drogues. Elle demande à  donner la priorité à la santé publique et aux droits humains plutôt qu’à une politique de répression. Avec pour exemple le Portugal qui a choisi de dépénaliser l’usage de drogues et de se concentrer sur le soin de personnes souffrant d’addiction plutôt que sur la punition. Les résultats y sont sans équivoque et l’état fait ainsi autant d’économies en procès inutiles qu’il aide sauver des vies et à lutter contre l’addiction. Cette dernière n’est pas un choix. Il est également important de rappeler les gestes qui limitent les risques en cas de consommation de drogues (seringues et pailles à usage uniques, actions à mettre en place en cas d’overdose, de la pls à l’appel aux urgences …). Enfoncer un consommateur ne le fera pas sortir de son addiction.

  • Je change les règles

L’association lutte contre la précarité menstruelle. En se battant contre les clichés, elles permet aux personnes réglées d’obtenir gratuitement des protections hygiéniques. Elle a également créé une application permettant de localiser des lieux à proximité de vous disposant de protections gratuites. L’accès à ces dernières pour les personnes précaires est synonyme de grande souffrance alors que leur coût est une véritable discrimination pour les personnes concernées.

solidays associations
Boite à mots gentils, village des associations par Laura Naval

la musique pulse dans nos veines

Solidays c’est également une grande célébration de la vie. On y mange bien alors que la cuisine du monde entier y est invitée. D’un repas coréen à un curry indien en passant par des ramens, des burgers, des dim sums, des crêpes, des pizzas, chacun.e y trouvera son compte. Côtés scènes, l’euphorie est de la partie. La course folle pour voir un maximum d’artistes est lancée ! Parmi elles et eux on retient en de très jolis flash backs : la performance démente de SDM, invité surprise de la Main Stage à 20 heures face à un public en folie qui connait chaque mot par coeur. La douceur inimitable de l’incroyable Zaho de Sagazan qui jouait deux ans plus tôt au Dôme. Cette fois sur Bagatelle, la musicienne débute en douceur son set sur « Une dernière cigarette ». Tantôt au chant tantôt au piano, elle fait chanter toute l’assistance sur le désormais culte « La symphonie des éclairs » et n’oublie pas d’interpréter son morceau multi-facette, le très à fleur de peau « Tristesse ». Moment inoubliable de ce concert : une femme sur un fauteuil roulant est portée par la foule jusqu’à l’avant-scène pour pouvoir chanter main dans la main avec Zaho. Ce sera finalement sur 15 minutes de danse habitée et une Zaho dans la foule que se termine ce show encore plus électrique que les éclairs qui l’ont inspirée.

Fisher Solidays
crédits : Louis Comar

Bagarre offre ce soir l’un de derniers spectacles de sa carrière. L’occasion de passer en revue leurs albums et d’offrir un Best off spectaculaire dont le retour de « La bête est amoureuse ». Le groupe milite autant qu’il chante et évoque avec justesse la Pride interdite à Budapest qui n’a pas empêché de courageuses personnes d’y défiler dans les rues. « On est tous queers, femmes, racisés, minorités (…) ce soir ! » scandent-ils avant d’entamer ce qui sera leur meilleur moment live de la soirée : « Au revoir à vous! » La Pride est aussi évoqué sur scène par Eloi comme une journée de première importance alors que la musicienne offre un spectacle puissant pour pousser son rap-techno- pop-rap, et merde aux petites cases ! La fête se poursuit jusqu’au bout de la nuit alors que la Scène Paris clôture sa journée à 1 heures 30 sur le dj set de Fisher et ses remixes de morceaux cultes. Un dancefloor géant illuminé par de nombreux feux d’artifices et d’effets de pyrotechnie !

solidays circus
crédits : Laura Naval

Solidays : les bénévoles, le corps de l’association

Si le festival existe c’est aussi grâce à l’immense travail des centaines de bénévoles de Solidays. Ces dernier.es sont de toutes les missions : du montage et démontage du festival à sa gestion sur place, son encadrement, sa photographie… Avant le concert de Lamomalie, le président du festival, Luc Barruet monte sur scène pour leur offrir un hommage vibrant, devenu traditionnel année après année.  Il en profite à juste titre pour rappeler la gravité de la situation actuelle dans le monde entre montée des extrémismes, gouvernements qui font reculer les droits humains (hello Donald Trump et dégage ! ), tensions et guerres qui se multiplient. Toutes ces actualités anxiogènes ne font que renforcer l’importance d’évènements comme Solidays, lieu de partage mais aussi de luttes. Nous le disions, la fête est politique, et il faudra toujours le répéter ! Une minute de silence est d’abord demandée pour honorer la mémoire de trois membres de l’association décédé.es cette année. Il est ensuite temps pour les représentants des bénévoles de monter sur scène sous les applaudissement du public et de faire chanter à toute l’assistance le titre culte de Gloria Gaynor « I Will Survive » comme on le faisait dans l’euphorie la plus totale en 1998. Un moment de communion et de partage à l’image de ce festival hors normes.


C’est comme vivre une colonie qui prône des valeurs  aussi fortes qu’essentielles.

Louis Comar – Bénévole photographe pour Solidarité SIDA

scène Paris solidays 2025
crédits : Louis Comar

Rencontre avec un bénévole photos pour Solidays, louis Comar

Puisque les bénévoles sont les piliers de l’évènement, c’est à travers les mots de l’un d’entre eux qu’il conviendra de conclure, ils sont, il faut l’avouer, bien plus précieux que les nôtres.  Louis Comar a rejoint l’équipe de bénévoles de Solidays il y a trois ans. Il fait partie d’une équipe de photographes professionnell.es qui choisissent de donner de leur temps et de leur talent pour la bonne cause. A l’année, il est également photographe de concerts pour de grands évènement mais aussi photographe officiel pour d’autres grands festivals français. Pourtant pour Solidays, les choses sont différentes, et revenir chaque année est de première importance pour lui. Il explique :   » On est surtout bénévoles pour l’association Solidarité SIDA. Solidays fait partie des temps forts de l’association. Moi j’interviens aussi sur le Gala de Solidarité Sida qui est un autre temps fort de l’association. C’est important pour moi parce que ça me permet de mettre mes compétences de photographe au service de ce qu’ils défendent et des causes qui sont les leurs.  » Engagement et appartenance à une équipe en font un moment privilégié de son année : « C’est aussi une expérience humaine, une sorte de colonie de vacances pendant trois jours. Mais une colonie qui prône des valeurs  aussi fortes qu’essentielles.  Ça permet de faire passer ces messages auprès d’un public divers. Participer à tout ça est vraiment une expérience gratifiante et ça donne l’envie autant que le besoin d’y retourner chaque année.  » Reste à attendre l’été prochain pour retrouver cet esprit et faire du festival l’un des derniers refuges du Monde.