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Julia Escudero

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La folk d’Of Monsters and Men nous envoûte depuis maintenant 15 ans. Ses aspirations indie, portées par des riffs aériens appellent toujours au voyage et à l’évasion. Pas étonnant de les avoir retrouvés à la bande son de « Walter Mitty » immense film onirique de Ben Stiller sur le pouvoir du dépassement de soi, la sortie du monde rêvé pour trouver dans le concret son lot d’émerveillements. Métrage sur le voyage, et quel voyage ! Il pourrait être l’illustration de ce qu’est la musique de nos comparses album après album. De retour en octobre avec un quatrième jet pour le moins spectaculaire, « All is Love and Pain in the Mouse Parade », la formation garde toujours sa superbe et sa capacité à offrir une échappatoire au Monde environnant par la musique.

Of monsters and MenAvant les hommes et les monstres, une femme seule

Serez-vous supris.e ? Of Monsters and Men nous vient tout droit de l’Islande. En terme de magie de territoire et d’artistes hors cases, on peut difficilement rêver mieux. C’est Nanna Bryndís Hilmarsdóttir qui en est à l’origine, tout d’abord en solo. Il faut attendre 2010 pour qu’elle décide de transformer son projet Songbird en un groupe entier. Le petit oiseau déploie alors ses ailes, porté par un nid de quatre talentueux oisillons. Et il ne leur faut pas longtemps pour entraîner le Monde entier dans leur folle ascension, là où les mélodies touchent les nuages. C’est ainsi qu’en 2011, on découvre « Little Talks ». Sa force de frappe est sans précédent, à tel point que les nuages pourraient bien devenir des étoiles. Avec son esthétique à part, l’imagerie du groupe mais aussi sa capacité à créer n’est pas sans évoquer une autre immense dame islandaise : Björk. Non pas que les deux soient identiques non plus, à même pays différent nid. Ainsi sort le premier album du groupe « My Head Is an Animal ». Le petit animal prend néanmoins le temps d’éclore et s’offre des sorties à différentes dates en fonction du pays, avril 2012  pour les Etats-Unis et seulement août pour la France. Leur force de composition leur permet de figurer aux génériques de plusieurs films et séries à succès. On compte parmi eux « Hunger Games : l’embrasement » mais aussi l’annonce de la série « Jessica Jones ». Le groupe s’offre même une apparition dans la série « Games of Thrones ». Et quand on sait à quel point leur musique est visuelle, l’affaire résonne comme une évidence. Parce que pour qui écoute la formation, la simple évocation de son nom fera apparaitre dans son esprit, nombre d’images et d’ombres. Leur second opus leur vaudra un passage à Coachella en 2016. L’âge d’or où le festival était sans nul doute l’un des plus convoité au Monde, avant donc que Damon Albarn ne le décrive comme un simple moyen de se faire voir sur les réseaux sociaux. Avant même l’omniprésence de ces derniers.  Si ceux-ci sont un tourbillon d’informations et d’images, d’idées balancées là et de rage alors Of Monsters and Men est la meilleure réponse qui peut leur être faite. Un temps de pause et d’harmonie, un souffle dans un paysage trop mouvant, trop anxiogène. Nos hommes, monstres et femme prennent leur temps, à contre-courant de l’idée de toujours tout faire plus vite. Il faut donc attendre 2020 pour découvrir leur nouvelle ponte, « Fever Dream » et enfin après un long moment à nous laisser rêver voilà que 2025 nous offre enfin leur superbe nouvel envol avec « All is Love and Pain in the Mouse Parade ». Il était temps de repartir virevolter !

Amour, souffrance et nouvel animal totem of monsters and men

Of Monsters and MenC’est donc en octobre 2025 que le groupe folk décide de faire son grand retour sur le devant de la scène. Cette fois-ci, il faudra renoncer aux longs vols dans les airs pour mieux se concentrer sur le minutieux. La parade de la souris et son univers plus petit permet à la formation de se concentrer sur le détail. Chaque petit recoin de l’album a d’ailleurs été largement travaillé. Sans changer radicalement son registre, le groupe prend de nouvelles enjambés pour cette nouvelle sortie. La production notamment, moins spacieuse que sur sa première galette va plus emprunter à ses influences comme Mumford and Sons ou encore Arcade Fire. Un son plus affirmé dont l’écoute est encore facilitée. Il faut dire que le groupe signe ici son album le plus personnel suite à une longue période consacrée à leurs vies privées et à leurs projets solos. Et ce nouveau souffle se traduit aussi par un passage à des compositions bien plus pop, s’éloignant doucement de la folk indie. Les caractère aérien des mélodies d’Of Monsters and Men qui fait leur force est toujours bien présent sur cet opus. C’est notamment le cas sur le titre Kamikaze à mi-parcours. Envolée mélodique aux arrangements soignés, elle déploie son lot d’immensité et convoque les cieux. D’autant que certains titres hautement poétiques vont tout de suite toucher à l’imaginaire comme c’est le cas sur Barefoot in Snow. Ce nouveau jet joue également profondément sur la dualité de ses voix qui viennent se mélanger pour donner encore plus de corps aux compositions. Comme toujours avec le groupe, l’émotion est au centre de l’écriture et vient s’imposer dès l’introduction sur Television Love. Balade douce-amère, écrin profondément sincère où la candeur vient souvent côtoyer un propos mélancolique, cette parade nous émerveille jusqu’à son dernier souffle sur The End.

Le groupe se produira à l’Olympia de Paris le 2 mars 2026.


Il y a quelque chose de fascinant dans le personnage qu’est Pauline de Tarragon plus connue sous le nom de Pi Ja Ma. Une tendresse naturelle qui émane de cette artiste touche à tout. Créatrice de céramiques, poète, musicienne, elle transforme chacune de ses action en une oeuvre artistique. Telle une bonne fée greffée d’une baguette magique, la voilà qui vient jeter un sort à quelques notes bien senties pour créer un album de bedroom pop en français dans lequel on se glisse comme dans un lit douillet. Son nouvel opus « Magnetofille » est une ballade mélodique où la candeur la dispute à une honnêteté radicale. Pas étonnant qu’il soit l’une des créations les plus pertinentes qu’a connue la scène française ces dernières années. Il fallait qu’on en parle.

magetofille pi ja maUn album doudou comme une journal intime pi ja ma

Il faut appréhender ce nouvel album de Pi Ja Ma comme l’on boirait une bonne tasse de thé. Il se déguste à chaud, presque loin de toute analyse pour mieux en saisir l’impressionnante sincérité. Mais surtout, comme pour le breuvage, il réconforte autant qu’il dégage de nombreuses couches de saveurs. Lorsque l’on en apprend plus sur la genèse de « Magnétofille », l’évidence se crée. Composé dans une bulle protégée, loin des bruits de la ville, il a été écrit aux côtés d’Hugo Pillard (Trente). Cette idée de bulle isolée va se ressentir gorgée après gorgée bues à grandes lampées des 12 titres qui composent cet opus à part. La musicienne y pousse la chanson sur la pointe des pieds en une pirouette quasi phrasée. La naïveté semble de prime abord être maîtresse de l’opus composé par celle qui est également autrice et illustratrice de livres jeunesse. Ce sont les sonorités et les textures qui donnent à l’objet son inclinaison quasi enfantine. Le constat est d’ailleurs particulièrement vrai sur le  titre « Chiale » qui répète comme une provocation élémentaire « chiale, chiale, chiale … tu pisseras moins ». Et pourtant, ce qui s’écrit comme une injonction candide prend un tout autre aspect quand on se focalise sur les paroles. C’est avant tout une grande maturité qui vient à dominer les déambulations de ces morceaux. La maturité d’oser profondément ressentir et étaler sur le devant de la scène une boule de sentiments à fleur de peau. Pauline de Tarragon les prend pour en former une expérience jusqu’au boutiste présentée face au Monde avec autant de fierté que de timidité. On se surprend alors, le temps d’un album OVNI à faire de la chanteuse une amie précieuse qui par ses anecdotes vient parler à nos peurs et démons. Pi Ja Ma nous invite en effet à suivre son journal intime, raconté sans concession. Dans sa bouche, à travers son périple onirique, l’insulte « Imbécile », neuvième titre de l’album devient un mot essentiel comme un fardeau trop gros qu’il fallait expier plutôt que de le garder. C’est bien cette capacité à pleinement tout exprimer avec autant de poésie que de langage parlé qui rend l’écoute captivante et l’expérience unique. La voix de Pauline, elle aussi profite d’une douceur candide. Elle pourrait ainsi nous offrir une berceuse réconfortante à chacun de ses titres qu’il serait nécessaire d’écouter roulé.e en boule dans un plaid.

pi ja ma ou la Simplicité complexe

pi ja maC’est le do it yourself qui hante et peuple l’univers à part de notre artiste. Ce qui donnera des créations physiques au travail complexe sur ses céramiques habitées de représentations de son chien Sasha, aura la même saveur en musique. Lorsque l’on se ressert une tasse de thé pour une seconde écoute de cet album solaire sorti en hiver, la diversité du travail de composition laisse une petite touche sucrée sur le palais. On déguste, le titre « Le temps » qui fait intervenir quelques chants d’oiseaux en rêvant d’un univers féerique. Il y aurait du Disney dans son travail, si Walt Disney n’avait pas été une ordure. Parce que notre musicienne, elle est aussi consciente du Monde qui l’entoure que des enjeux de notre société. Elle place ainsi quelques constats dans ses titres sur ce que l’on dit d’une génération actuelle incomprise par celle qui la précède. Pi Ja Ma pourrait faire le pont entre les deux mondes tant elle prône la bienveillance. Celle-là même qui permet enfin de parler de santé mentale sans tabous. Petit coeur à découvert qu’il faudrait protéger, elle donne le ton de ses grandes capacités à ressentir dès le premier titre « L’annonce » alors qu’elle y parle d’amour contrarié et contrariant. Ne murmure-t-elle pas à nos oreilles nos propres sentiments ? La promenade à travers les pages de ce carnet secret regorge autant d’instruments que de promesses à fort potentiel visuel. La foule d’éléments qui viennent alors peupler les morceaux impressionne. Chacune des sonorités dévoilées devient alors un personnage entier. Sur « Hyperactive girl » le gimmick musical donne une touche cocasse et ironique à un constat personnel. Pauline semble y prendre du recul sur la personne qu’elle est, se raconter d’une façon via ses paroles pour se juger par ses notes. Elle y dresse un tableau si honnête que cet auto-portrait aura la grandeur de celui de Van Gogh. Attention à ne pas se méprendre, si la chanteuse invite à la « Sieste » sur son dixième chapitre, l’opus regorge de suffisamment de théine pour nous tenir éveillé.es tout le long de son écoute. Suite de comptines pop jamais encore explorées dans le paysage français, elle fait de son troisième album un élément à part et précieux. Écouter l’enfant qui est en soit c’est ainsi et aussi mieux découvrir l’adulte qu’elle est. Et rappeler qu’on peut aisément faire cohabiter ces deux aspects de nos personnes pour mieux se comprendre.


C’est par une sublime surprise que Moby nous invite à pousser les portes du futur. « When it’s cold I’d like to Die » s’offre ainsi en ouverture de son nouvel album un remix qui donne la chair de poule. On y trouve à pas de velours la voix sublime de Jacob Lusk, le meneur de Gabriels. Si vous n’avez pas encore écouté cette formation, il faut de toute urgence rattraper ce fait tant leur musique touche au divin. Et c’est par cette balade angélique et poignant que ce pas vers l’avenir promet un calme qu’on connait bien peu au fou furieux Moby. Pour quiconque aurait vu le DJ vedette sur scène, une évidence se fait : le passé était agité. Entre les clubs new-yorkais, le militantisme notamment par la création de son propre restaurant vegan, Les querelles avec Eminem (il avait en 2001 qualifié la musique du rappeur d’homophobe et misogyne)  le perfectionnisme instrumental.

Moby et jacob Lusk
Moby x Jacob Lusk © Lindsey Hicks

Il fallait donc passer à une nouvelle ère. Mais non pas sans avoir jeté un émouvant coup d’oeil dans le rétro. Initialement paru en 1995, « When it’s cold I’d like to die » change radicalement de gabarit aujourd’hui. Les notes y défilent sur la pointe des pieds, l’instrumental se fait discret, une belle ode lumineuse qui accompagne un chant majestueux.  Et pourquoi le choix de ce titre d’ailleurs ? Le présent cette fois, vient ajouter son grain de sable à l’histoire. Synchronisé à plusieurs reprises dans la série hyper culte « Stanger Things », le titre s’est offert une seconde jeunesse. Un peu à la façon de Kate Bush, Metallica ou encore Prince. Et de s’interroger sur comment nous allons faire maintenant que la série à quitter nos écrans en un final discutable pour re-découvrir nos classiques.

Moby : album visionnaire pour artiste hors temps

Ce premier extrait sert surtout à nous projeter dans un futur pas si lointain : celui de la sortie de son 14ème opus. Touche à tout indémodable, génie incontestable de l’électro, Moby profite de son nouvel album pour réfléchir en musique sur les temps qui courent. L’apaisement y est de rigueur : «  »Future Quiet » est, sans surprise, calme. Pour être clair : j’aime le spectaculaire. J’aime l’excès et le volume. Mais à mesure que le monde devient plus bruyant et plus chaotique, je ressens de plus en plus le besoin de me réfugier dans le silence, à la fois comme auditeur et comme musicien. » explique Moby.

Un album peuplé de silence donc ? Qui est rappelons-le une note  importante en terme de compositions. De la musique il y aura. Mais elle sera l’occasion de s’offrir un refuge loin de ce monde qui va trop vite. Ou plutôt qui nous « hurle dessus » comme le dira Moby. Les écrans, l’opinion des autres, les jugements, les cris, l’exigence. Tout ce bruit, le musicien nous invite à le taire un temps. Ce moment de calme , il le partagera sur 14 titres. Et il en profitera même pour faire venir quelques invités : Elise Serenelle, India Carney ou encore serpentwithfeet. Le calme se partage, les cris doivent cesser. De quoi donner plus qu’envie d’écouter ce nouveau jet qui promet, comme toujours, d’être grandiose.

Si on ne présente plus Moby, on peut néanmoins rappeler sans cesse son génie créatif et son aura de légende. Né en 1965 il faisait ses débuts dans la musique classique dès l’âge de 9 ans. D’abord formé par la scène punk dans les années 80, il se lance dans un style bien à lui dès la sortie de son titre « Go » publié en 1991. Succès critique mais surtout succès publique, le titre compte aujourd’hui parmi les meilleures compositions musicales jamais publiées. Mais Moby c’est également le surprenant et très rock « Animal rights » en 96. Création enragée composée par un artiste affamé et fauché qui ne trouvait pas d’offre à ses besoins vegans dans le New-York du passé. C’est aussi et surtout l’immense « Play » concentré de titres sans faute et indémodable, une machine à hits parfaitement orchestré. Son futur ne pourra qu’être un sublime soupir dans un Monde qui va trop vite.


Voilà quelques semaine qu’Emily in Paris lançait sa saison 5, à Rome cette fois. Avec cette nouvelle salve d’épisodes, les débats sur le web furent légion. Emily est-elle un personnage ennuyeux ? Reviendra-t-elle à Paris ? Mais non, Mindy et Alfie ? Sylvie est-elle la queen du show ? Certes mais la véritable question qui perdure est simple, pourquoi continue-t-on à regarder cette série ? Si sa légèreté est un bon argument, ma réponse est apparue comme une épiphanie. C’est parce que tout y beau. Les tenues, les paysages, les vêtements, les instants filmés comme des photos Insta. C’est esthétique et cet esthétisme est plaisant. Seulement voilà, au milieu de la beauté du luxe vient une question qui, elle, pose prolème. La beauté vient aussi des actrices et acteurs du show. Et leur beauté tient en une seule vision du corps : le corps mince voir maigre ou celui musclé de l’homme. Et Emily in Paris n’est pas le seul à être concerné, bien des célérités et films viennent poser leur pierre à cet édifice.  Tour de réflexions sur ce sujet qu’on voudrait d’un autre temps.

Emily in Paris Lily CollinsBody positivism : es-tu resté à Paris ? Es-tu à Rome ?

Dans les années 2000, la maigreur était le synonyme précis de la beauté. Kate Moss le disait d’ailleurs, elle qui en était l’image : « Rien n’a aussi bon goût que la maigreur ». De ce genre d’injonctions qu’on trouvait partout, ont découlé nombre de troubles du comportement alimentaire, en grande partie chez les jeunes-filles. Les pro Ana, pro anorexies donc, peuplaient le monde, prônant le plaisir de s’affamer. Exit la santé mentale, la santé tout court. Bienvenue aux douleurs de la faim, aux attentes démesurées sur le contrôle des corps. Et puis enfin, quelques années plus tard le body positif entrait dans nos vies. On avait le droit de s’affirmer, d’avoir des morphologies variées, les rondeurs ne devaient plus être vues comme une tare. Voilà qui laissait rêveur.euses, du moins pour un court instant.

Sylvie Emily in Paris saison 5Parce que la vérité était en fait toute autre, avec un retour rapide et tout aussi insidieux, de l’idée que la beauté était l’amie de la maigreur. Certes, il n’y a rien de mal à être mince, il n’y a pas à juger les corps, féminins en particulier en continue. Sauf qu’il serait bon de s’interroger sur l’injonction à la maigreur qui pousse à la maladie. Cette dernière elle, peut-être sévèrement jugée. A l’été 2025, Lily Collins, l’interprète d’Emily s’offrait un tapis rouge en crop top. L’évènement aurait pu ne pas marquer les mémoires, donner lieu à des photos parmi mille. Mais l’extrême maigreur apparente de l’actrice donna lieu à son lot de critiques. Tout le monde se permettait alors sur les réseaux sociaux d’y aller de son petit commentaire. Tout y passait, la qualifiant de moche, horrible même pour son absence de formes. Il est inconcevable et abjecte de juger de la sorte une personne, de chercher à la faire se sentir mal eut égard à son poids. Il est en revanche bon de se demander comment l’industrie cinématographique met la pression sur la corps féminin pour tenter de le forcer à n’avoir qu’un seul aspect : celui de l’extrême minceur. Et par la même de s’interroger sur l’impact que ce dictat, malsain, a comme conséquences sur les actrices, les musiciennes également, qui sont elles-mêmes des modèles. Pour Lily Collins, les conséquentes sont évidentes. L’actrice s’est déjà confiée à plusieurs reprises sur ses TCA, abordant le sujet comme une lutte permanente qu’elle gagne doucement mais jamais entièrement. Elle expliquait d’ailleurs : « Je fais une thérapie depuis des années et j’ai enfin l’impression de comprendre pourquoi j’ai permis à ces pensées sombres de dicter ma manière de vivre, ce que je pouvais manger ou ne pas manger pas et les restrictions que je m’imposais. ».  Le fait de l’aborder en public est non seulement un pas important mais une intention qu’il faut louer. Dans les années 2000 lorsque Nicole Richie était elle-même malade et anorexique, la presse la moquait et elle n’avait de cesse de taire et nier son trouble. Il est primordial de ne pas juger les personnes qui en sont atteintes, de ne pas pointer du doigt une maladie entretenue par la société. Mais au même titre et sans violence, il est important de ne pas porter la maladie comme un critère esthétique. Parce que ces personnages qui sont les modèles du public finissent par déteindre sur lui, le faire se détester, créer des angoisses et des douleurs. Ainsi Alfie et ses muscles (et sa petite phrase : « tu devrais me voir sans t-shirt »), Mindy et sa minceur, Sylvie (certes sublime à 60 ans et représentante importante contre l’âgisme) et son corps très mince, ou encore Marcello et ses muscles saillants, constituent à eux tous un casting qui ne laisse pas place à la nuance. Pour être beau dans « Emily in Paris » il n’existe qu’un type de corps. Et comme dans « Emily in Paris » tout est beau, l’association d’idée est autant alarmante qu’évidente.

De Kate Winslet au casting de Wicked

Kate Winslet est aujourd’hui devenue un visage marquant dans le concept de l’acceptation de corps pluriels. Non pas que l’actrice n’ait jamais été en surpoids, loin de là. Et pourtant en 1997, lorsque le film « Titanic » sortait, les critiques presse se permettait de constamment juger de son corps. Certains s’amusaient même à titrer qu’elle avait fait couler le Titanic. Les interviewers s’en donnaient à coeur joie, osant l’interroger sur ses formes, cherchant à la faire se sentir mal. Depuis, l’actrice revoit ces images avec toute la violence qu’elles comportent. Elle n’hésite pas à s’exprimer sur le harcèlement monstrueux subit par une si jeune actrice alors, jugée, pointée du doigt pour ne pas avoir été maigre. Mince, elle l’était pourtant mais rien ne semblait être assez bien. Ni son immense talent, ni sa beauté, ne son intelligence. Rien ne suffisait. Le même recul vient toucher l’image que l’on a de Bridget Jones interprétée par Renée Zellweger. Elle était alors vue comme une femme grosse, c’était même le thème du film. Les images montrent bien que la réalité était toute autre. Il n’empêche que l’actrice avait pris du poids pour ce rôle.  Voilà qui était même vu comme ambitieux.  Il en va de même pour Natalie dans « Love Actually » (Martine McCutcheon) alors qualifiée dans le film de « bouboule ». Elle était en réalité sublime dans ce classique et représentative de nombre de femmes du même gabarit qui ne pouvaient que s’en sentir insultées.

Bridgerton PenelopeEntre temps, les choses évoluent puis régressent simultanément. La saison 3 des « Chroniques de Bridgerton » aura par exemple permis au personnage de Penelope, elle-aussi jugée sur son poids de s’offrir un happy ending. Mieux encore, l’excellente Nicola Coughlan, qu’on adore aussi pour la série « Derry girls » s’y dénudait face à une caméra qui la montrait comme la belle femme qu’elle est. Interviewée sur le sujet, alors qu’on lui demandait si elle se sentait représentante de « ces femmes là », elle répondait avec brio,  » Des femmes qui ont une superbe poitrine ? » Cette mise en avant de Penelope comme d’un personnage beau et sexy suivait de loin  une première saison qui idéalisait Daphné, extrêmement mince soeur ainée des Bridgerton.

Mais qu’est-il arrivé à Ariana Grande ?

Le body positivism a-t-il perdu en importance avec l’arrivée de l’Ozempic sur le marché ? Nombre de stars, ayant des formes ont mystérieusement fondues depuis sa mise sur le marché. Lana Del Rey, ayant pris quelques kilos ces dernières années, se retrouvait ainsi très amincie, idem pour Adele. Certes, aucune ne vient clairement vanter les mérites du médicament anti-diabète, il n’empêche que les rumeurs vont bon train. Et que nombre de commentateurs les pensent fondées.

Ariana Grande WickedC’est pourtant dans la course à la maigreur, le casting de « Wicked » qui a fait le plus parler de lui. Affolant les fans, la toile, les rageux, les commentateurs des corps. Avec la sortie de « Wicked 2 : wicked for good », la star de la pop, Ariana Grande est constamment mise en avant. Il faut dire que la super star avait, bien avant sa participation à la comédie musicale, une fan base des plus investie. Alors photo après photo, on assistait à sa transformation physique, sa maigreur se développer, ses côtes saillantes et ses joues se creusant plus à chaque nouvelle intervention. Là encore les commentaires sont allés bon train. Doit-on toujours commenté le corps des femmes ou simplement laisser à chacune la possibilité d’être bien quelque soit sa morphologie ? Il va de soit que commenter le corps d’Ariana Grande comme celui de sa comparse Cynthia Erivo, elle aussi amaigrie dans ce nouveau volet, avec le simple besoin de les shamer est contre-productif, mesquin et inutile. Mais, à travers ces images bombardées à la vue d’un public parfois jeune et influençable les interrogations et craintes se multiplient. Les deux actrices sont-elles les premières victimes d’un système dans lequel la quête de la maigreur serait primordiale au détriment de leur santé ? Peut-on sans dénigrer ces femmes offrir des modèles qui auraient également d’autres formes pour rappeler qu’il n’existe aucune beauté unique et que celle-ci ne doit jamais être conditionnée à l’utilisation d’un médicament qui à termes pourrait mettre leur santé et celles de celles et ceux qui souhaitent leur ressembler en danger ?

L’heroin chic, cette mode des années 2000 dont nous parlions plus haut est-elle en train de faire son retour ? Avec l’air des réseaux sociaux, plus présents que jamais, les dangers sont énormes. Le risque d’inciter à l’anorexie ou au plus grand mal-être les adolescentes souvent influençable est palpable. Cette mode dans les années 2000 est responsable de nombreux cas de dysmorphie qui perdure dramatiquement à l’âge adulte. La honte, les complexes sont toujours là. Et s’il ne faut jamais combattre une personne en raison de son poids, qui soit ou non élevé, il faut toujours garder une véritable vigilance sur le sujet. A grand pouvoir, grande responsabilité. La célébrité est un pouvoir et offre un rôle de modèle à celles et ceux qui l’acceptent. C’est aussi pour ça qu’il est important pour des artistes de grande notoriété de parler politique, engagement et de sensibiliser. L’art, la musique, le cinéma, sont les étendards de grandes causes et porteurs d’évolutions primordiales dans la société. Il est essentiel de garder une vigilance réelle et de ne pas romantiser l’anorexie, qui est une maladie grave. Ariana Grande avait répondu aux attaques en 2024 : « Il y a une certaine aisance que nous ne devrions absolument pas avoir : celle de commenter l’apparence des autres, ce que nous pensons qu’il se passe en coulisses, ou leur santé. » Il est vrai que même les célérités ont le droit à leur intimité et d’être seuls maîtres et maîtresses de leurs corps. Il faudrait néanmoins que toute la société prenne le pli de changer de regard sur la beauté des corps, de l’accepter pluriel. Et de laisser même aux célébrité la possibilité de travailler ou non leur corps idéal, sans plus avoir peur des critiques.