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Julia Escudero

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Alors que l’horrible année 2020 touche enfin à sa fin, voici que débarque la période de Noël ponctuée de ses films doux et naïfs. Pas de chef d’oeuvre au programme, c’est évident mais après des mois d’informations difficiles, de moments douloureux, de sentiment de perdre pieds, de pertes de repères, du moral, de proches, de foi en la vie, on peut bien avoir envie de regarder quelques nanars plein de bons sentiments et ce sans prise de tête. C’est donc ce qu’on a fait, pour ne penser surtout à rien du tout. Et si le miracle de Noël a opéré reposant enfin nos cerveaux endoloris, on en a profité pour vous faire un petit guide pratique des films proposés par le géant du streaming : Netflix. Si on ne peut pas jamais parler de grands films dans le registres, et d’ailleurs personne n’est là pour ça, les métrages qui suivent auront au moins l’avantage de vous détendre et peut-être de vous amuser si vous les regardez avec un oeil moqueur. A noter qu’on ne peut que regretter l’absence totale d’intrigues LGBTQAI+ dans les histoires d’amour racontées à Noël. Il va falloir penser à avancer de ce côté. En attendant, paillettes, joie, repos, alcool, chocolat chaud et gros repas sur vous…

Les Chroniques de Noël 1 et 2 : madeleine de Noël

Si la plupart des films de noël sont un amas de clichés sur la romance et l’accomplissement personnel hors du travail, ce “Chroniques de Noël” change la donne en mettant en scène une aventure épique réalisée par deux enfants avec le Père Noël. Et ça, ça rappelle les films des années 80/90 à la “Maman, j’ai raté l’avion” ou encore “Les Goonies” qui créaient des aventures épiques plus proches du dessin animé que du film pour adultes.  Sorti en 2018 le premier métrage suit les aventures de Teddy et Kate Pierce, orphelins de père et frère et soeur à la mauvaise entente, qui se retrouvent embarqués dans le traineau d’un Père Noël bien différent des légendes. Ils doivent l’aider à sauver Noël avant qu’il ne soit trop tard. La suite elle s’avère être une bataille au Pôle nord avec un elfe dissident C’est Kurt Russell qui campe ici le rôle de Santa Claus, dans une version non bedonnante et plus rock’n’roll qu’à l’accoutumé. Certes empli de clichés parfois un peu gênants, notamment sur les passages chantés, ces péripéties sont bien distrayantes et évoquent un véritable retour en enfance sans aucun besoin de réflexion.  Pour le clin d’oeil, c’est Goldie Hawn (la véritable épouse de Kurt Russell à la vie et la mère de Kate Hudson) qui campe le rôle de la Mère Noël un peu hallucinée qui laisse un enfant effectuer seul une mission des plus dangereuses dans le deuxième volet de cette série qui se déguste au chaud comme une madeleine de Proust.  Avec cet esprit 90’s qui vous donnera l’impression de regarder un film d’une autre époque réalisé avec les moyens actuels (enfin ceux de Flash dans l’idée, faut pas non plus s’emballer), ce métrage est l’un des plus sympathiques disponibles sur Netflix en cette fin d’année.

Note globale : 8/10   – Taux de sucre d’orge : 6/10 

comédie romantique de Noël

 

A Christmas prince : le plus cliché (1,2,3)

Il avait fait beaucoup parlé de lui lors de sa sortie en 2018. Et pour cause, “A Christmas Prince” réuni en trois films tous les clichés du registre pour une bonne dose de sucre qui fait plaisir en cette période estivale. Au casting on retrouve Rose McIver que vous avez pu voir à l’affiche de la (mauvaise mais tellement agréable à regarder) série “IZombie”. Ici on ne lésine sur rien : le prince d’un pays imaginaire célibataire qui tombe follement amoureux de la journaliste sous couverture venue chercher un scoop. La petite soeur espiègle et handicapé, le roi (lion) décédé laissant son trône à un prince pris aux doutes entre son deuil et son futur règne, la reine mère sympathique et même quelques enquêtes et complots au château comme dans tous les meilleurs contes pour enfants sont de la partie. Alors certes, l’épanouissement de l’héroïne consiste à abandonner tous ses repères, son travail de journaliste se transforme à mesure des films en un emploi de blogueuse qui se contente de raconter sa vie (mais avec beaucoup de sérieux hein?), l’amour c’est avant tout le mariage puis le bébé (comment être épanoui(e) sinon ?) et on a même droit à une scène de bal avec le pimpage d’Amber la protagoniste en robe longue qui devient de fait magnifique dès qu’elle l’enfile  (Dans “Pimp my ride” sur MTV ils lui auraient collé des écrans de télé partout pour un même résultat) face à un prince au caractère inexistant et de moins en moins existant à mesure des suites. Mais, il faut avouer qu’à grossir le trait comme ça, on ne peut que savourer ce plaisir coupable où les sentiments sont plus lourds que le combo foie gras, saumon, dinde aux marrons, double bûche et pas glacée on y va à la louche. La trilogie idéale pour la soirée du 25 décembre histoire de dessouler et péniblement digérer les repas des deux jours qui précèdent. A noter que la “princesse” fait une apparition dans le deuxième volet de “La Princesse de Chicago”, clin d’oeil à la “Inception”.

Note globale : 8/10 – Taux de sucre d’orge : 10/10

A CHRISTMAS PRINCE Bande Annonce VF (2017) NETFLIX

Noël à Snow Falls : The Simple Christmas

Vous vous souvenez de “The Simple Life” quand Paris Hilton et Nicole Richie allaient vivre en milieu rurale pour se moquer du décalage entre les héritières et les personnes qui les hébergeaient ? Globalement “Noël à Snow Fall” part du même postulat : l’héritière d’un grand groupe de jouets qui vaut des millions de dollars, le papa qui va partir à la retraite et lui laissera les clés du business si elle prouve qu’elle peut retourner dans le petit village où tout à commencer pour apporter des lettres destinées à l’autre créateur de l’énorme entreprise. Elle prend donc le bus, débarque en talons dans la neige avec ses 4 valises, s’habille en petite tenue légère dans la neige et découvre les vraies valeurs de la vie, comprendre les vrais gens et l’aide à autrui. Au passage, elle tombe amoureuse de l’aubergiste du coin qui a du mal à se remettre d’une rupture et justifie sa débauche de fêtarde par un passé douloureux parce que l’alcool c’est mal m’voyez, personne ne boit autre chose que du chocolat chaud s’il est sain d’esprit c’est connu. Et d’ailleurs qu’est ce qu’ils peuvent en boire des chocolats chauds dans ces films de Noël, c’est improbable. Le final laisse sur tout un tas de questions notamment concernant celles des relations longues distances tout en s’offrant la présence d’Andie MacDowell qu’on pensait oubliée et sans carrière aujourd’hui, ce qui confirme cette impression. Certes dégoulinant de principes et cherchant à tirer la larme facile, ce film reste un moment agréable dans les catégorie nanars de Noël en plus la ville s’appelle Snow Falls, rien que pour avoir osé y penser, ça vaut le visionnage.

Note globale : 7/10 –  Taux de sucre d’orge : 10/10

NOËL À SNOW FALLS Bande Annonce VF (2017)

the Holiday Calendar : Où est le calendrier ?

Sorti en 2018, “The Holiday Calendar” a eu la bonne idée de mettre à son affiche la sublime Kat Graham que vous connaissez surtout pour son rôle de Bonnie dans “Vampire Diaries“, le personnage qui meurt globalement toutes les saisons pour mieux revivre dans la saison suivante en toute logique. A priori d’ailleurs, la logique d’un scénario n’est pas un critère de choix pour notre actrice qui campe ici le rôle d’une photographe dont la carrière ne décolle pas. Alors que son meilleur ami qui a un crush secret et vraiment discret sur elle, revient d’un tour du monde, son grand-père lui offre un calendrier de l’Avent magique dont les cases sont en fait une fenêtre sur son coeur. L’idée de traiter pour une fois d’un métier artistique et de ses déconvenues peut sembler pertinent tout comme le fait de, pour une fois, ne pas se contenter d’un casting intégralement blanc , voilà pour les points forts du film. Mais qui dit petit film de noël dit toujours gros défauts, ceux-là sont encore nombreux. A commencer par cette histoire de calendrier qui prédit l’avenir et qu’on voit à peine dans le film. Les étapes passent trop vite et oublient de donner de la matière aux spectateurs qui ne s’attachent à rien. La magie qui devrait pourtant être présente n’est pas vraiment de la partie alors qu’on peine à comprendre les motivations des personnages. Alors certes, on n’attend pas grand chose d’un téléfilm de noël mais bon un peu de magie ne ferait pas de mal. Reste à se dire que l’happy end est plutôt bien fait et pour une fois ne fait pas la distinction gênante entre la carrière de l’héroïne et sa vie sentimentale.

Note globale : 5/10 / taux de sucre d’orge : 7/10

THE HOLIDAY CALENDAR Bande Annonce VF (2018) Romance

L’ambassadrice de noël : la gênance

Imaginez le tableau : on parle de films de Noël et s’il est bien une chose qui est au coeur de ce genre de métrages y compris sur la plateforme de streaming, c’est bien l’amouuurrr ( dans son sens le plus hétéronormé  hein).  Le but de ces films c’est donc bien de faire se rencontrer deux personnes qui réalisent que l’amour c’est plus important que de bosser et que les factures on s’en fout. Et bien dans la catégorie, celui-ci entre dans le top du panier du pire du pire. Un architecte surbooké reçoit pour la première fois chez lui pour les fêtes sa famille : comprendre sa gentille mère qui veut le caser, son père qui à priori n’a aucune réplique pendant 1h30 de film, sa soeur, son époux et son adorable nièce de 17 ans qui a un rêve (comme Raiponce).  Désemparé il embauche la décoratrice de fêtes de son entreprise et lui demande d’organiser une semaine de noël parfaite pour sa famille. La suite vous l’imaginez, les deux héros vont tomber amoureux sous l’oeil bienveillant de la famille intrusive mais supposée attachante. Sauf que : la meuf n’a en réalité que trois idées pour garder l’esprit de Noël une semaine entière et encore les plus bateaux (en moins de 10 minutes, nous en avions bien plus qu’elle en tête), la petite nièce timide décide d’abandonner les grandes études pour apprendre le chant parce que voilà elle chante juste à priori pour faire sa vie dans une chorale, les tourtereaux remettent en question toute réussite professionnelles parce que les vraies valeurs c’est de faire des choses à petite échelle quitte à tout planter dans un pays où il n’y a pas de chômage (ça peut être vrai mais une carrière ne devrait pas être constamment diabolisée) et enfin et cerise sur le gâteau la famille s’attache beaucoup mais alors beaucoup trop à l’ambassadrice. Topo en fin de métrage arrive une scène hyper gênante où tout le monde débarque chez elle pour fêter noël et lui balance un bon gros “Tu fais partie de notre famille maintenant que tu le veuilles ou non”. Vous vous connaissez depuis une semaine, il s’agirait de se détendre, les films d’horreur commencent avec les mêmes répliques…

Note globale : 4/10 – on s’attendait à rien et on a quand même été déçu / Taux de sucre d’orge : 8/10

Christmas Made to Order | Trailer (2018) | Alexa PenaVega, Jonathan Bennett, JoMarie Payton

A Cinderella Story CHRISTMAS WISH : aller au bout de son sujet

Ce qu’on attend des films dont parle cet article, ce n’est pas qu’ils soient bons mais qu’ils aient une saveur d’enfance et qu’ils assument d’être de petits plaisirs coupables. Finalement c’est comme pour les nanars de requins, personne n’attend un chef d’oeuvre, non, ce qu’on veut voir c’est un sujet complètement assumé en passant par toutes les pires idées possibles. Et bien en voilà un qui réussi haut la main ce pari. A “Cinderella story” comme son nom l’indique ré-écrit l’histoire de Cendrillon à la sauce moderne. La méchante belle-mère est là tout comme les horribles soeurs. La Cendrillon de Netflix, elle, rêve de devenir chanteuse, en attendant sa majorité et d’arrêter d’être maltraitée par sa belle-famille, elle travaille comme petit lutin dans un parce de Noël où elle chante. C’est là qu’elle rencontre le prince, héritier d’une grosse fortune qui joue le Père-Noël dans ce même parc appartenant à son père (parce que pourquoi pas finalement, la logique hein ho c’est surfait).  Il tombe amoureux d’elle malgré le fait qu’il ne la voit jamais sans son déguisement et ne sait donc pas à quoi elle ressemble. Oui et on le comprend, elle porte une perruque rose et de fausses oreilles. Oui c’est tout. Le mec si on le parachute en 2020 avec le port du masque, il va payer sa galère. Mais bon, l’histoire d’amour de ce conte moderne et plein de chansons de pop stars est présente tout comme la super copine marraine et même un chien handicapé. C’est plein de pralines et forcément ça fait le boulot attendu.

Note globale : 9/10 – Taux de sucre d’orge : 10/10

A CINDERELLA STORY CHRISTMAS WISH Trailer (2019) Teen Romance Movie

Broadcasting Christmas : le retour des années 90

Les téléfilms de Noël c’est aussi l’occasion de retrouver les stars de notre enfance et de se rendre compte qu’ils ont vieillis, que nous aussi, qu’ils n’ont pas eu de carrière mais que tant pis. La preuve d’ailleurs avec ce Broadcasting Christmas qui regroupe et Dean Cain (Superman dans Loïs et Clark) et Melissa Joan Hart (Sabrina l’apprentie sorcière). Tous deux journalistes (enfin vite fait ça fait du sujet de presse régionale qui n’intéressent personne mais bon c’est du reportage), ces deux ex amoureux se retrouvent en compétition pour co-animer une matinale très regardée aux Etats-Unis et allez pourquoi faire dans la dentelle dans le Monde même, voilà les USA c’est le Monde, c’est connu. En sort un film sans enjeux, qui oublie un peu Noël par moment mais vise toujours à trouver l’amour et à s’accomplir professionnellement et humainement. Tout y est prévisible et cliché donc il n’est pas nécessaire de toute suivre à la minute, difficile de ne pas comprendre ce qui se passe. Pour autant, ce petit film sans saveur se regarde tout seul, c’est comme manger une pizza de super-marché finalement, ça passe et ça reste un petit plaisir difficile à justifier.

Note globale 6/10 – taux de sucre d’orge : 7/10

Broadcasting Christmas | Trailer 2016 | Melissa Joan Hart, Dean Cain, Jackée Harry, Cynthia Gibb

Jingle Jangle : boite à musique

Envie de croire en un peu de magie et de retrouver des films pour enfants dans cette sélection ?  Jingle Jangle pourrait presque être ce qu’il vous faut. On y suit un conte pour enfants magique lu par une mamie à ses petits-enfants juste avant Noël. C’est pourtant au coeur du récit d’un inventeur, le meilleur inventeur de jouets qui soit, arnaqué par son associé et perdant alors tout, que se déroule notre histoire. Magie, jouets vivants et très jolis décors sont de la partie et donnent à cette fable une touche bien au-dessus du simple téléfilm réalisé en deux deux l’été avec beaucoup de fausse neige. Le soin du détail donné aux effets visuels est hypnotisant et en ça, le film est une petite réussite. Reste quand même à se rappeler ses nombreux défauts : la récurrence absurde de ses moments chantés façon comédie musicale. La première fois, un peu comme dans un Disney, on peut se dire, si on aime le registre que c’est plutôt bien fait et que les chorégraphies sont travaillées. Et puis… le premier morceau ne finit jamais. Et voilà que quelques minutes plus tard débarque le deuxième, tout aussi long et le troisième. A force, on perd pieds dans l’histoire au grès de titres pas forcément cultes qui contrairement à ceux de Disney n’arrivent jamais à se terminer. La personne en charge de la bande-originale voulait à priori vraiment s’approprier le moment et refusant de laisser la place aux autres et a choisi de faire des chansons de 10 minutes chacune à coup de “Et j’ai pas fini”. Ou alors c’est simplement le sentiment que ça donne. Dommage, le reste est plutôt joliment mis en scène et l’histoire fait écho aux contes de notre enfance.

Note globale : 7/10 – Taux de sucre d’orge : 7/10

Jingle Jangle : Un Noël enchanté | Bande-annonce officielle VF | Netflix France comédie romantique de Noël

Dash et lilY : la série qui remonte le niveau

On va tricher un peu cette fois puisque si Dash et Lily est bien une romance de Noël Netflix, il ne s’agit pas là d’un film mais bien d’une mini-série qui ne devrait, normalement, ne pas avoir de suite. Alors bon, quelque part une mini-série c’est un peu un film long et ça compte. Loin des autres films souvent à petits budgets dont nous avons pu vous parler, la série, elle a de nombreuses qualités est s’avère plus à la page que le reste du catalogue Netflix. on y suit le blasé Dash qui tombe amoureux de l’atypique et humaine Lili qu’il ne connait pourtant pas, au grès d’échanges dans un carnet et de jeux grandeur nature dans New-York. Non seulement cette histoire d’amour adolescente évoque avec douceur le meilleur des teen movies des années 2000 mais aussi des romans jeune public. Si tout est simple et léger, les scènes sont joliment écrite et transportent dans un monde où les correspondance existent et sont empreintes d’histoires à raconter. Bien que toujours au second plan on notera la présence du frère de Lili et de son compagnon qui apportent une toute petite touche de diversité aux stéréotypes des films de noël. On attend toujours le film qui mettra en vedette une histoire d’amour queer pour les fêtes qu’on s’entende mais c’est un timide début. Pour le reste, la série se regarde avec facilité sans donner l’impression d’avoir été écrite à la va vite sans aucune forme de réflexion. Dash et Lili est de loin la meilleure chose que l’on peut vous recommander cette année pour vous mettre dans l’esprit de Noël.

Note globale : 10/10 – Taux de sucre d’orge : 7/10 et une pointe d’acidité, la formule idéale.

Dash & Lily | Official Trailer | Netflix comédie romantique de Noël

Bonus : Klaus, si tu veux regarder un vrai bon et beau film de Noël

Si ce petit guide pratique s’aventure plutôt du côté des joyeux navets de Noël et des comédies romantiques à regarder sans penser, on a jugé utile d’y glisser on vrai bon conseil. Klaus est donc un bonus, presque hors sujet mais absolument indispensable pour les fêtes. Ce dessin-animé poétique raconte les frasques d’un grand héritier de la Poste, habitué à se la couler douce aux frais de son papa. Pour lui apprendre la vie, ce dernier l’envoie dans le cercle Arctique pour un an, là il devra travailler et s’il n’y arrive pas : plus d’héritage. Là-bas, tout n’est que désolation, froid et guerre de deux familles. Il rencontre finalement un homme des bois, Klaus et avec lui petit à petit crée le mythe du Père-Noël changeant à jamais la vie des habitants de l’île. Et c’est bien à un véritable voyage magique qu’invite le réalisateur Sergio Pablos à travers ce conte noir pas forcément destiné aux enfants. Désespoir et beauté se côtoient dans cette réussite intégrale, pleine de messages inspirant. Bien écrite, peuplée de personnage qu’on aurait pu découvrir dans un Tim Burton de la grande époque, cette frasque surprend de bout en bout et se déguste alors que le Noël 2020 pourrait bien avoir le goût doux-amère de la première partie de ce métrage poignant. L’émotion est maîtrisé, les références et explications très joliment amenées. Rien n’est forcé, tout coule de sens, s’additionne parfaitement. La lumière vient de la noirceur, un acte désintéressé en appelle d’autres rappelle le film. Dans une période où il est de plus en plus difficile d’avoir foi en l’humain, Klaus devient un visionnage essentiel. Joyeuses fêtes, malgré tout.

Note globale : 10/10

Klaus | Bande-annonce VF | Netflix France

Midnight CassetteVoix envoûtante et grave s’invitent dès les premières notes du nouveau titre de Midnight Cassette.  Comme dans un conte l’incroyable chanteuse  Amy Winter épaulée par  les doigts de fée de ses musiciens et acolytes originaires de Lyon, la belle commence son histoire dans une murmure qui interpelle immédiatement l’oreille. Difficile de ne pas se laisser bercer par cette voix suave à mesure que cette pop onirique  s’invite et s’épaissit.

Un conte à la mélancolie bien tranchée comme le prouve la rythmique lancinante des couplets. Le refrain lui se fait ritournelle et convoque la joie tout en gardant cet esprit féerique propre à Midnight Cassette. Le groupe s’est formé suite à la rencontre de quatre musiciens qui se retrouvent dans leurs projets communs : Electric Mamba, Electric Safari, Brainbow et Gloria. Ce nouveau morceau est le second publié par le groupe et témoigne de grandes capacités musicales et  s’avère être un véritable univers coup de coeur qui ne demande qu’à s’étoffer.

Le clip s’inscrit dans la même lignée et suit le parcours d’une princesse moderne et esseulée. Poésie et humour s’y côtoient avec délicatesse. Un premier album “Castle of my heart” sera publié le 4 décembre. Un joli bijou 9 titres où rythmiques et percussions s’emballent, où la pop aérienne se sublime et prend des accents tantôt dansants tantôt apaisants aidés par un clavier maîtrisé.

Une véritable pépite à écouter en boucle en leur souhaitant de vivre heureux et d’avoir beaucoup d’albums.


Découvrez le clip de “Castle of my heart”


La musique francophone a créativement parlant de très beaux jours devant elle. Les nouveaux arrivés de cette scène regorgent de talent, de créativité, osent, proposent et ce en empruntant à toutes les palettes comme tous les registres. Aujourd’hui, cette scène, ce futur, est fragilisée par une crise sans fin qui voudrait relayer au rang de non essentiels ces artistes magnifiques. L’art est pourtant notre salut, notre liberté, notre convivialité, notre âme et prend la température d’une instant pour lui offrir l’éternité. C’est cette diversité, ce message qu’il nous défendre. Pour protéger ce système faites des découvertes, partagez les, achetez de la musique, achetez des albums physiques, achetez chez vos disquaires, parlez de vos coups de coeur. Les six artistes ci-dessous sont bien la preuve qu’il faut se battre pour la musique. Faites du bien à vos oreilles.

Feathership : folk made in montreal

Nos amis canadiens savent écrire de la folk. Du type mélodique, envoûtante et qui prend au tripes. Ce ne sont pas les incroyables Half Moon Run ou Franklin Electrics qui nous feront mentir. La capacité à partager émotions et grands espaces nord américains peuplent leurs titres. Et si ces deux incroyables groupes commençaient à vous manquer, bonne nouvelle voilà que débarque Feathership, le projet du montréalais Jean-Philippe Sauvé. Plus pop que ses prédécesseurs, il partage néanmoins la même force nostalgique et poétique qu’eux. Pour preuve le premier extrait de son nouvel EP  :”The West Side” dont le clip aux couleurs poudrées a été réalisé par les soins de son frère Jean-François Sauvé. Avec son titre éponyme cet EP 4 morceaux vous propose une promenade en mer,  aujourd’hui voilà qui parait primordial. En anglais dans le texte et à travers la précision de ses notes, le musicien vous invite à sauter entre les vagues et vivre avec joie le mouvement de l’eau (“Saviour”), vous perdre dans l’immensité de l’océan (“The West Side”), s’offrir un bain de minuit tumultueux (“High Moon”) et à prendre le large sans retour (“Sun friend”).  Le globe-trotteur et surfeur rappelle que l’intensité des éléments est le meilleur écho à nos ressentis. La mer et l’art ne forment plus qu’un alors que les émotions à fleur de peau viennent elles surfer à la surface. A découvrir d’urgence.

Shaken Soda : rock déjanté

Où est passée la fièvre rock ? Pouvait-on se demander ces dernières années. Le grain de folie avait-il disparu au profit de mélodies lissée toujours empruntes d’une forme de tiédeur électro où tout était un peu mais pas trop ? Si la tendance s’inversait enfin ces dernières années, voilà que le débat prend définitivement fin avec les  délicieusement déjantés Shaken Soda. Les fous furieux publiaient leur premier Ep éponyme le 16 octobre 2020. Au programme cinq titres jusqu’au-boutistes portés par des riffs entraînants où bonne humeur côtoie instrumentales énervés. Les trois musiciens toulousains osent mélanger brit pop et ses voix aériennes au rock mordant citant parmi ses références Foals comme les Beatles, Arctic Monkeys aux côtés de Bloc Party. Un savant bordel, très joliment mis en forme qui vous donnera autant envie de sauter partout (“That Kind of feel”) que de chiller en profitant d’un flow maîtrisé et d’une capacité remarquable à faire du refrain (“Forest”). Un final plein de vie sur le tubesque “Keep on Running” obligera vos pieds à danser tout seuls. Une grande gorgée de Shaken Soda c’est sans doute le meilleur des remèdes anti-dépression liée à l’actualité morose. La musique nous sauvera tous.

Lombre : rap mélancolique

Les mélodies urbaines ont gagné beaucoup de terrain en France ces dernières années. C’est d’ailleurs via le Hip hop que le vent de fraîcheur a soufflé le premier dans un univers musical qui ne demandait qu’à se renouveler. Fauve avait déjà amorcé une certaine tendance : utiliser le phrasé sur des riffs modernes électro, jouer sur la mélancolie, toucher au slam, créer des instrumentales douces, réinventer le genre. Depuis leur pot de départ au Bataclan, la relève n’avait pas été assurée, leur nouveau projet Magenta s’éloignant de cette impulsion pour proposer autre chose. Pourtant le collectif ne pouvait pas rester sans progéniture et aujourd’hui voilà que Lombre débarque enfin, prêt à reprendre ces codes précis et à pourtant oser proposer de la nouveauté en les utilisant. Le chanteur emprunte aussi à Georgio, Big Flo et Oli et même Gaël Faye pour créer un son hybride et des riffs à la précision d’une lame de rasoir. Les texte tombent à point nommé, eux aussi soufflés comme une confidence, tendus, sincères et désillusionnés. Lombre signe avec “La Lumière du noir” son nouvel EP une œuvre où mélancolie et espoir se côtoient, où les émotions prennent forme et où la société ne broie plus l’humain en tant que personne. Il devait figurer à l’affiche de MaMA Festival annulé à peine quelques jours avant son édition 2020. La preuve s’il en faut que le musicien devrait bientôt faire beaucoup parler de lui.

We Hate You Please Die : tourbillon rock(s)

Vous êtes passés à côté de We Hate You Please Die ? Il faut d’urgence rattraper cette grossière erreur. Si le post-punk a aujourd’hui la côte chez nos voisins britanniques  Idles, The Murder Capital et autres Fontaines D.C ne sauraient nous faire mentir, la sauce devait également s’inviter dans l’Hexagone. Grâce à la formation c’est aujourd’hui chose faite, à quelques nuances près.  Non content de redéfinir les codes du rock français le quatuor convie le lo fi, scream volontiers, s’aventure vers le chemin du psyché, brisant toutes les barrières et frontières sur son chemin. Un pari qui paye : sélectionnés aux Inouïs de Bourges 2019 la troupe originaire de Rouen recevait le prix Chorus en octobre 2020. Son grain de folie scénique et jusqu’au-boutiste ne pouvant que convaincre jusqu’au spectateur le plus réticent de l’audience, allumant une flamme intarissable chez  quiconque s’aventurait à l’un de ses shows. Avec un premier album publié en octobre 2018 “Kids are Lo-Fi”, le groupe ne se contentait pas de faire de jolies promesses pour l’avenir, il invitait titre après titre à une révolution interne peuplée de spirales tantôt mélancoliques, tantôt puissantes et offrait un véritable bijou . L’album signe le casse du siècle en un seul essai. We Hate You Please Die a cette force rare qui convainc tout le monde, qui ne laisse personne indifférent sur le banc de touche et qui rappelle que le rock est avant tout une énergie communicative. Plus de 7 minutes de l’époustouflant “Figure it out” sonnent d’ailleurs comme une onde de liberté aspirant tout sur son passage avec une maîtrise quasi surnaturelle de chaque note.  La liberté, c’est bien ce dont on a besoin aujourd’hui et comme toujours, elle se trouve au cœur des meilleurs albums du moment.

Temps Calme : expérimentations psychées

Voix aériennes, notes envolées, Temps Calme pourrait naviguer dans les  eaux froide de la cold wave et s’inspirer de son retour en force pour se faire sa place. Ce serait mal connaître le trio lillois que de les limiter à ce simple constat. le groupe emprunte mais ne copie pas, adapte et surprend. La preuve en est d’ailleurs apportée d’entrée sur le premier album du groupe “Circuit” sorti le 6 novembre 2020.  “Aquafalling” qui ouvre le bal et ses percussions enivrantes appelle l’oreille immédiatement. Précis le titre crée de la beauté à travers ses rythmiques joliment mises en place et fait appel au monde aquatique avec finesse et raffinement. Suivez le chant des sirènes sur les notes graves  répétées en boucle qui sonnent comme un appel à faire le vide atours de soi de “Dancing owl”. Il faut dire que la troupe connait ses gammes faussant les pistes du rock psychédélique pour mieux se révéler jazz ( avec la maîtrise instrumental que ça implique) tout en distillant ses effervescences tantôt pop tantôt électro.  Après un EP sorti au printemps 2019, Temps Calme revient plus fort que jamais avec cette galette aussi puissante que des montagnes russes qui laisse aussi bien place à la technique qu’aux émotions, qui n’est jamais prévisible, ne se répète jamais et n’est jamais convenue. Certains titres frôlent l’expérimental d’autres sont accessibles à tous, malgré cette grande disparité, le tout s’additionne parfaitement avec une logique millimétrée. Si 2020 a été une année pour le moins atroce, le temps de 10 titres, Temps Calme propose de goûter à la perfection et de finir en apothéose instrumentale. Déjà culte.

Aliocha : douceur et arts

Aliocha aime les arts et les invite à se rencontrer sans concession. C’est bien ce que prouve son premier essaie en français “C’est tout, c’est rien”, relecture de son morceau “Forget My Blues” qui figurait sur son album “Naked”. Au programme du clip de ce titre hors normes : un jeu de caméra et de regards de face librement inspiré des “screens tests” d’Andy Warhol avec pour cadre l’Opéra de Paris et la participation d’une ballerine classique qui offre au tout une nouvelle dimension de douceur. Le chanteur (qui est également comédien) excelle à la composition se servant de son timbre fluet aux aigus maîtrisés pour proposer des morceaux à fleur de peau. Si en France le franco-canadien peut sembler confidentiel, outre-Atlantique il jouit d’une certaine notoriété étant le protégé du programme Rising Stars du TIFF qui se vante de rassembler les futures stars du cinéma. Si petits et grands écrans lui sourient, sa capacité à émouvoir et toucher avec sa musique sont autant d’atouts. Laissez vous bercer par son univers calibré, franchement beau et où les arts ne forment qu’une grande et même famille.


 

Falling Viggo MortenserDans le cadre du Club 300, Falling nous a été présenté en avant première au Forum des Images. Le premier long métrage mis en scène par Viggo Mortensen sortira en salles le 4 novembre 2020. S’attaquer à la problématique o combien universelle mais peu vendeuse du vieillissement au sein de la cellule familiale pour un premier film, est ce un pari réussi ? Critique.

Falling : De quoi ça parle ?

falling lance heriksenJohn (Viggo Mortensen, Le Seigneur des Anneaux,  La Route) vit en Californie avec son compagnon Eric (Terry Chen , House of Cards, The Expanse)et leur fille adoptive Mónica (Gaby Vellis pour sa première apparition au cinéma), loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis (Lance Henriksen, Aliens, Millenium), un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa sœur Sarah ( Laura Linney, Ozark, L’exorcisme d’Emily Rose) et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

Falling : Est ce que c’est bien?

falling afficheViggo Mortensen est vraiment à part dans l’industrie du cinéma. Auréolé de la gloire du Seigneur des Anneaux, il enchaina avec la grosse production sympathique et surannée Hidalgo ( deux adjectifs allant très bien au cinéma du réalisateur Joe Johnston) avant de se consacrer à des œuvres beaucoup plus exigeantes comme “ses “Cronenberg ( A History of Violence, Les promesses de l’ombre et A Dangerous Method), La Route ou bien encore Captain Fantastic. Aussi bien acteur que poète, peintre ( les œuvres de son personnage dans Meurtre parfait étaient de lui) ou bien encore musicien ( il est le compositeur de Falling), c’était somme toute logique qu’il finisse par passer à la réalisation. Et que, pour cela, il ne choisisse pas un sujet facile!

Falling a deux qualités particulièrement notables qu’il met au service de son récit. Tout d’abord, il est formellement beau. Le rapport à la nature, constant dans les rêveries/errements du personnage de Willis est très malickien. Ce personnage de vieux réac’ qui ne sait plus trop ce qu’il dit, ou peut être qu’il se moque bien de ce qu’on pensera de ce qu’il dit, jamais la caméra de Mortensen ne le jugera. Au contraire, elle l’accompagne, chaque moment de déconnexion du monde réel du personnage de Lance Henriksen étant accompagné d’un souvenir expliquant au fur et à mesure les relations entre les personnages du passé et du présent. Comme si, pour Willis, le Républicain octogénaire exécrant tout et tout le monde, il lui fallait se reconnecter à ce monde pour pouvoir de nouveau accéder à sa mémoire, à ce qu’il fut.

Ensuite, Falling est extrêmement bien interprété. Henriksen, tantôt odieux, tantôt touchant est tout sauf manichéen. Mortensen, essayant de faire bonne figure et de contenir diverses pulsions  tout au long du film. Laura Linney qui n’a besoin que d’une poignée de scènes pour faire exister son personnage de sœur, profondément blessée par les agissements passés du père mais tentant de conserver malgré tout un équilibre familial auquel elle veut croire envers et contre tout. Ou bien encore Sverrir Gudnason, très impressionnant en Willis “jeune”. C’est l’intégralité du casting qui est au diapason du premier long métrage de Viggo Mortensen.

Mais si Falling impressionne techniquement, est ce au service et pour le bien du sujet qu’il traite ? Certes, le film semble tourner un peu à vide aux environs de sa moitié  ( Willis est odieux puis charmant, John prend sur lui, Willis est de nouveau odieux, etc…), c’est pour mieux se retrouver dans sa dernière partie. Willis et John se retrouvant seul à seul dans la ferme familiale. Plus de souvenirs plus ou moins biaisés, plus de convenances, les sentiments peuvent éclater…  Et John, pour reprendre la citation de Goethe ( “Etre adulte c’est avoir pardonné à ses parents“) de si ce n’est comprendre, accepter le choix de son père.

Falling profite d’un grand nombre de scènes fortes dont le personnage de Willis est l’épicentre. Sa relation avec son fils d’ailleurs prend finalement corps dès les premières minutes de l’oeuvre alors qu’il s’excuse auprès d’un John encore nourrison de l’avoir fait naître dans ce monde dans lequel il devra également mourir. Si la noirceur de cette relation conflictuelle est au coeur de l’intrigue, c’est pourtant la mère de John, bien qu’absente du temps présent qui apporte la lumière du métrage. Il faut rappeler que Viggo Mortensen qui espèrait réaliser le métrage depuis des années, mais c’était heurté à des problèmatiques financières , avait à coeur d’écrire sur sa mère lors de la création de son histoire. C’est en revenant de l’enterrement de cette dernière qu’il a eu l’idée de parler de cette relation père/ fils et du père qui se perd dans sa vieillesse. Désireux de rappeler que son public est intelligent, Mortenser prend le pari de ne jamais orienter ses pensées sur ses personnages, les laissant vivre et être eux-mêmes. Deux Amériques se confrontent également dans ce film celle du père conservateur, républicain et profondément macho et intolérant et celle de son fils démocrate, homosexuel et marié à l’homme qu’il aime. Ces deux visions se cherchent et se confrontent et pour autant elles cohabitent, laissant place sous les insultes à la forme d’amour la plus puissante : celle qui aime malgré tout.

Sensible, à fleur de peau, intelligent, Mortensen signe un premier film à voir absolument, qui mérite sa place à la cérémonie des Oscars.