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Julia Escudero

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De passage au Fnac Live de Paris le 30 juin 2022 pour un concert gratuit entre grosses lumières et gros sons, l’immense maître de l’électro Vitalic a accepté de répondre aux questions de Popnshot. Dans les sublimes salons de l’Hôtel de ville de Paris, le chanteur livre une iterview fascinante et entière revenant sur les nouvelles formes de raves party, l’esprit libertaire, dresse un portrait d’une nouvelle époque, parle d’indépendance musicale, de violence dans la société, de sécurité, de découvertes musicales et en profite pour donner un petit cours de cuisine. Rencontre.

Popnshot : Tu avais un sentiment d’inachevé quand tu as fini le premier Disideance, qu’avais-tu envie de raconter ?

Vitalic : C’est un équilibre sur les sons. J’aime les contrastes avec une seule couleur très resserrée. Je voulais un équilibre entre les morceaux calmes et pêchus. J’avais fait plus de morceaux que pour un disque de dix donc je me suis dis autant en faire deux avec deux couleurs. une partie est plus pop, l’autre plus expérimentale.

Popnshot : Tu compares ça à de la cold wave et du punk. Ils t’évoquent quoi ces morceaux que l’on rapproche traditionnellement plus du rock ?

Vitalic : Il y a vraiment du rock et de la disco dans ma musique.

Popnshot : Tu as d’ailleurs un morceau qui s’appelle « Rave against the system ». Ce nom évoque forcément un rock sans concession mais il parle aussi de raves. Est-ce selon toi un dernier espace de liberté comme ont pu l’être les concerts de punk fut un temps ?

Vitalic : Ce morceau fait référence aussi aux raves illégales pendant les confinements. Il y en a eu un peu partout. Faire la fête c’est politique. Par exemple le disco des années 70, les chants des esclaves noirs dans les champs de coton. La musique est politique. La rave, ce n’est plus très nouveau, mais c’est un peu la nouvelle forme de prise de liberté sans demander l’autorisation.

Popnshot : La liberté est politique pour toi ?

Vitalic : Le fait de la prendre. Et aussi à la base les raves parties, c’était la promotion d’un nouveau style de vie, en communauté, itinérante, pour la musique, des gens qui vivent en autarcie. C’était nouveau.

 

 Je pense qu’on vend aux kids de maintenant, une sorte de Big Mac de la rave party.

Popnshot : Tu le trouves intact aujourd’hui ce mouvement ?

Vitalic : Est ce que je fais mon vieux con ? (rires) Je pense qu’on vend aux kids de maintenant, une sorte de Big Mac de la rave party. Tout ça c’est caché derrière des intérêts financiers. Maintenant elles sont souvent organisées par de gros groupes de production musicale. Ce sont des grosses machines industrielles. ce n’est plus le message de la rave. Mais les kids ont envie de vivre ça, comme j’aurai voulu vivre la folie disco des années 70.

Temps qu’on est libre de travailler avec qui on veut, alors on est indépendant.

Popnshot : Tu parles de grosses machines de l’industrie. Tu as toi même ton label qui te permet d’encadrer de jeunes artistes. J’avais un débat avec le chanteur de La Femme qui dit que l’indépendance dans le musique est mythe. Tu est d’accord avec ça ?

Vitalic : Evidement on est dépendant d’un public si on veut vivre de la musique. On peut créer sans vouloir en vivre, sans la produire, là c’est en toute indépendance. Je pense qu’on travaille avec des gens mais ce n’est pas dépendre d’eux. On dépend de son distributeur, même des photographes. Temps qu’on est libre de travailler avec qui on veut, alors on est indépendant.

Popnshot : Et avec les artistes que tu as dans ton label, entends-tu cette peur d’être trop orienté ?

Vitalic : Nous on oriente vraiment pas. On donne des avis. Une fois qu’on signe on laisse une grande liberté. Après quand ça marche pas, ce qui peut arriver, il vont m’entendre parce que je préviens. Mais c’est vrai que la jeune génération est très frileuse pour signer des contrats. Pas frileuse pour obtenir de la tune mais  pour les contrats. Mais c’est beaucoup plus professionnalisé qu’on pouvait l’être début 80 / 90.

  Quand j’ai commencé, on signait des contrats avec des labels qui ne nous payaient jamais.

Popnshot : Comment ça se passait à tes débuts ?

Vitalic : On signait des contrats sans savoir où ça allait. On était pas à la Sacem. On signait des contrats avec des labels qui ne nous payaient jamais. C’était mieux que maintenant, heureusement que ça s’est professionnalisé.

Popnshot : D’ailleurs en parlant de générations, tu as un titre qui s’appelle « Boomer OK »…

Vitalic : C’est une phrase que mon grand de 20 ans m’a dit. C’est une façon d’envoyer bouler son père avec une forme d’ironie. Je lui ai répondu du tac au tac oui, boomer ok, je suis bien content de mes 45 ans, d’avoir vécu mon époque. Tout ça avec de l’humour. Il n’y pas de clash de générations, surtout qu’ils écoutent la même musique que nous on écoutait à leur âge.

Popnshot : Il y a un retour à des artistes plus anciens …

Vitalic : Ou même récents mais qui sont la même chose qu’on écoutait à leur âge.

 C’est la limite des machines, c’est plus difficile de créer de nouveaux sons aujourd’hui

Popnshot : Il y avait moins cette forme de retour musical dans les scènes de ton époque ?

Vitalic : Il y a toujours de petits bons dans le passé. Finalement 70, 80 et 90, il y a eu beaucoup de nouveaux sons. C’est moins vrai aujourd’hui. C’est la limite des machines, c’est plus difficile de créer de nouveaux sons. La production est plus accessible, la création moins. La techno avant ça n’existait pas par exemple… Mais on va avoir une révolution sur cette période, je la sens…

Popnshot : Tu t’attends à quoi ?

Vitalic : J’en sais rien mais je crois que le dernier truc nouveau que j’ai écouté c’est James Blake mais ça date. Le mélange jazz et électro très froide, j’avais jamais entendu ça. Depuis j’entends des trucs intéressants mais pas aussi novateurs.

Popnshot : D’ailleurs tu aimes chercher des nouveaux morceaux à écouter, comment fais-tu toi et quels conseils donnerais-tu pour découvrir de la musique ?

Vitalic : Il y a beaucoup de musique qui se transmet avec tes amis, il y a aussi les réseaux sociaux. Comme je fais des dj sets, je dig, je vais acheter des morceaux sur des distributeurs indépendants et puis aussi j’en découvre en festival et en soirées.

Popnshot : Tu achètes en digital, pas en physique ?

Vitalic : J’achète des vinyles mais pour les dj sets c’est des waves que j’achète. Mais j’ai sorti tous mes albums en physique. C’est un format important. Je suis attaché à l’objet. Je n’ai pas tout ce que j’écoute en vinyle mais quand j’aime un album, je l’achète. j’ai toujours le plaisir quand je cuisine de prendre un verre de rouge et de me mettre mon disque. C’est un truc de papi (rires).

Popnshot : Tu compares d’ailleurs le fait de faire un album au fait de cuisiner. Pourquoi ça ?

Vitalic : Mes fameuses métaphores culinaires ! Tout le monde se moque de moi dans mon cercle proche à cause de ces métaphores (rires).

La musique c’est aussi l’assemblage d’ingrédients pour que tout soit harmonieux.

Popnshot : Je te rejoins, l’oreille s’éduque comme le palais. Il faut goûter beaucoup de choses pour appréhender les saveurs et en écouter beaucoup pour mieux comprendre les sons …

Vitalic : L’oreille c’est pareil c’est vrai. Et aussi il y a beaucoup de parallèles. Il y a l’entrainement, la cuisine plus tu en fais, plus tu maîtrises et plus tu trouves ta voie culinaire. Il y a le fait de faire quelque chose pour le partager. la musique c’est aussi l’assemblage d’ingrédients pour que tout soit harmonieux. Les épices, ce serait les effets par exemple.

Popnshot :  Si on reprend cette métaphore pour parler de ton album, l’entrée de Dissidaence est très apocalyptique avec « Sirens », pourquoi ce choix ?

Vitalic : C’est un truc que j’avais longtemps en tête. Il est passé par beaucoup de phases ce morceau mais j’avais envie de ces deux sirènes, de ces deux alarmes. Avec une explosion comme ça, c’est très new wave. j’ai des impressions, j’en fais des brouillons et puis je les adapte. Au début ça fait une vague, puis ça créé une urgence.

Les tensions, le politiquement correct, les gens qui s’insurgent pour tout et pour rien. Je trouve ça violent.

Popnshot : Cet opus débute par ce sentiment mais tu avouais en interview qu’il traite d’une forme de violence. Tu disais par exemple avoir été inspiré par les gilets jaunes.

Vitalic : Les tensions, le politiquement correct, les gens qui s’insurgent pour tout et pour rien. Je trouve ça violent. Ce n’est pas une époque plus violente que les autres mais je la trouve tendue. Même verbalement, on n’est pas en 76, ce n’est pas relax. On a eu le Covid en plus mais j’avais déjà ce sentiment d’époque plombée même si c’est peut-être une perception, on ne vit pas plus mal qu’il y a 20 ans… je n’en ai pas l’impression. Mais tout le monde est un peu colère, tout le monde a envie de polémiquer et ça me gonfle. Je prends mon van, je vais dans la pampa, je vois mes amis mais je suis moins les informations par exemple.

Popnshot : Tu penses qu’il y aura un après et une période plus relax qui suivra ?

Vitalic : Je ne sais pas. Je pensais tout à l’heure qu’à chaque fois qu’on a fait des trucs pour la sécurité on est jamais revenu en arrière. Les aéroports par exemple, il y a 15, 20 on a commencé à vérifier les liquides et maintenant on continue à les vérifier. Le plan Vigipirate est toujours en vigueur, même s’il n’y pas d’alarme, on ne peut plus faire rentrer qui on veut en loge, ou c’est très restreint. La sécurité ne fait que se resserrer. C’est une époque étrange.

Les raves avant, ce n’était pas avec le cashless et le prix des boissons incroyable.

Popnshot : Tout ça revient à ce qu’on disait tout à l’heure, les parts de libertés sont plus restreintes et factices …

Vitalic : Quand on pense aux raves, on pense toujours à 20 000 personnes dans des champs. Moi j’en ai fait des petites de 1500 personnes et pour moi c’est ça les raves. C’était un truc de hippie. C’était pas avec le cashless et le prix des boissons incroyables. J’en ai fait une petite en Angleterre,  les boissons étaient si chères qu’à deux on a claqué 90 pounds en trois heures, donc ça c’est pas une rave. Avec peu de service et beaucoup de choses payantes, c’est une soirée pour un promoteur qui va en vivre et pourquoi pas mais on appelle pas ça rave. Quand j’étais gamin, on ramenait notre bouteille, c’est une fête sauvage et il n’y a pas de bar dans une fête sauvage. Je pense que c’est un truc qui a disparu.

Popnshot : Ton album il est inspiré par les années 70, c’est une époque importante pour toi ?

Vitalic : Oui on peut s’en inspirer parce qu’on a remplacé les instruments par les machines. L’EBM, c’est du rock avec des machines. Donc les chanteur.euses ont ce côte homme ou femme machine, c’est une chose que je trouve d’intéressant. C’est brutal et poétique et ça m’intéresse. C’est antinomique de passer de l’hyper violence au slow.


Dans le cadre de la onzième édition du Champs Elysées Film Festival était projeté le premier long métrage de Max Walker-Silverman, A Love Song, porté par Dale Dickey et Wes Studi. Passé par Sundance en début d’année, quel écho ce film prenant place en plein Colorado a t-il réussi à émettre ?

      A LOVE SONG : De quoi ça parle ?

A love song afficheDans un camping de l’Ouest rural, une femme attend seule l’arrivée d’un amour de jeunesse, peu sûre des intentions de celui-ci et intimidée par les siennes. Avec Dale Dickey et Wes Studi, lauréat d’un Academy Award (prix honorifique de l’Academy, 2019), A Love Song est un long métrage lyrique qui signe les débuts du scénariste et réalisateur Max Walker-Silverman.

A LOVE SONG : EST CE QUE C’EST BIEN ?

Un paysage désertique. Une caravane. Son occupante au visage buriné. Une litanie faite de pêche, décorticage et dégustation d’écrevisses, d’observation des étoiles et d’écoute attentive du chant des oiseaux. Durant une bonne partie de A Love Song, il n’y a presque rien d’autre que Faye (excellente Dale Dickey, Winter’s bone, True Blood) à l’écran. Le monde extérieur n’existe pas sauf à travers des fulgurances absurdes comme un facteur qui n’a pas de courrier à apporter ou bien encore une famille de cow boys laconiques faisant passer leurs messages par l’intermédiaire de leur petite sœur. Le silence n’est rompu que par le chant des oiseaux ou bien encore ce poste de radio qu’elle tourne tous les matins et dont la chanson qui en émerge est censée lui apporter du répondant, un message pour la journée. Sinon, à part ça Faye attend. A en perdre la notion du temps. Qu’attend elle ? On ne l’apprend qu’au moment d’une invitation d’un couple de campeuses voisines. Faye attend l’arrivée de Lito ( Wes Studi, Danse avec les loups, Le dernier des Mohicans, Hostiles), un amour de jeunesse censée la retrouver au bord de ce lac ou ils partirent en excursion scolaire il y a de cela presque un demi siècle…

Wes Studi et Dale Dickey dans A Love Song de Max Walker-Silverman

C’est bien sur à ce moment là qu’A Love Song révèle tout son propos, fait de non dits, de silences, de délicatesse, de regards, de sentiments, de souvenirs… Il y a quelques chose de véritablement touchant à voir les personnages de Dale Dickey et Wes Studi arpenter les abords de ce lac du Colorado, en cherchant leurs mots et en se réapprivoisant. Ne sachant pas quoi se dire car il y aurait trop de choses à dire. Les deux personnages sont veufs et ont essayé de vivre avec leurs deuils respectifs, avec plus ou moins de réussite. Peu importe ce qu’il peut advenir de ce séjour au bord du lac, les personnages en ressortiront grandis, que ce soit à l’évocation des réminiscences d’un passé bien révolu ou encore en s’appropriant de nouveau son image. A Love Song est un film sensible, émouvant, authentique sur deux vieilles âmes renouant ensemble, loin, très loin des standards des romances proposées par le cinéma US. Pour un premier long métrage, Max Walker-Silverman dévoile un réel talent pour filmer les sentiments et annonce une suite de carrière prometteuse. Un vrai plaisir de cinéma tout en émotions !


 

Big Thief - La Cigale - 2022
Big Thief à La Cigale – Photo : Louis Comar

Big Thief. Deux mots qui s’installent dans les esprits pour ne plus jamais en sortir. Il faut, il est vrai, rentrer dans un univers dense qui touche autant à la lumière qu’à l’obscurité pour se perdre entièrement dans le pays des rêves dessiné par Adrianne Lenker et ses trois compères. Un Monde peuplé de dragons et de montagnes, de folk, de rock et de country. Et c’est bien dans ce parfait pays qu’invitaient nos inséparables les 5 et 6 juin à la Cigale de Paris après un périple où rodaient des trôles sous forme de reports et d’embuches. Conte d’un moment magique.

 

Le quatuor et la Cigale

Il était une fois, la Cigale de Paris. En ce 6 juin, c’est la seconde fois que Big Thief prend d’assaut la salle parisienne. La veille, tout n’avait pas été rose. Buck Meek, guitare et chœur du groupe manquait à l’appel. Un problème d’avion avait contraint le cœur de la formation à ne pas pouvoir rejoindre son public parisien.  Cette absence s’était lourdement fait sentir. Adrianne Lenker, perdue sans l’un des siens, dessinait alors un concert à consonance acoustique, d’une timidité palpable. Les traits étaient alors beaux mais la composition sentait l’absence, le manque. 1 heure 10 de set avait alors été interprété pour un moment qui, pour tout autre groupe aurait déjà touché les étoiles. Sauf que le groupe qui volait bien plus hauts, là où trainent les « U.F.O.F » de son brillant album folk du même nom,  pouvait mieux faire. En cette deuxième journée, il suffit donc d’une note, une seule pour se retrouver couvert de poussière de fée et savoir qu’enfin le meilleur concert de l’année, la claque qui devait transporter avait été donné.

Les portes du paradis

C’est le très mélancolique « Terminal Paradise » qui ouvre le bal. La veille celui-ci clôturait le débat. L’occasion de reprendre l’affaire où elle avait été laissée ? Composition d’Adrianne Lenker en solo, chef d’œuvre à fleur de peau également présent sur « U.F.O.F », le bijou a d’emblée la grâce des plus grands. Le son grandiose, parfaitement maîtrisé, touche droit à l’âme. Le voyage paradisiaque débute enfin, reste à se laisser prendre par la main. « Flower of blood » suit. En live, la formation prend un accent rock, ses guitares se font acides, elles sonnent. La voix elle, touche au sublime. De l’apaisement qui masse les esprits est crée une armée. La salle d’ailleurs s’éveille. La veille, le silence y était religieux, personne ne voulait déranger notre héroïne, plongée dans l’envie de bien faire malgré les circonstances. Quelques mots seulement avaient d’ailleurs été adressés à l’assemblée un « Merci » timide, bien longtemps après l’entrée au pays imaginaire et un vague « Buck ne peut pas être là ». Et puis rien.

La chanteuse avait déjà prévenu sur son Instagram, chaque concert ne peut être identique, il s’agit d’un art vêtu des humeurs de celui qui le crée. Cette fois-ci, le monde a tourné. Buck,  plus bavard que sa comparse, ose s’adresser à la foule qui réagit à chaque note et leur précision. En musique, bien souvent, l’émotion prime. Ce qui fait les plus grands n’est pas tant la maitrise mathématique d’un instrument mais bien une sensibilité à fleur de peau. En ça, chaque album de Big Thief est magistral.  Une montagne de sentiments taillés dans une pierre précieuse. La mélancolie est certes là mais elle affronte une lumière sauvage et percutante.  Alors pour mieux chasser ses démons, pour mieux croire au pays des dragons, Adrianne Lenker donne de la voix, elle la pousse avec précision. Quelque part dans l’assistance, on évoque Porridge Radio. Et si l’autre formation excelle aussi, si ses musiciennes transportent aussi, Big Thief, eux empruntent plus de faisceaux. La troupe change de peau, des écailles d’un dragon rock, du planant d’un vaisseau spatial à la chaleur country d’une montagne idéalisée. Porridge Radio touche aux douleurs, parle aux angoisses. Big Thief apaise et dès « Black Diamonds » que l’on retrouve sur « Capacity », la salle semble partager un moment bienveillant, autour d’un feu de camp qui sait, avec quatre amis.

S’envoler dans les hauteurs

Ce soir, il ne faut pas attendre longtemps pour découvrir en live l’immense « Masterpiece » qui porte si bien son nom. Suave et délicat, le titre sublime ses guitares, ses changements de rythmes, ses couplets aux allures d’hymne.  Un chef d’œuvre ne ressemblerait-il pas tout particulièrement à ce moment ? Dans ses paroles, Lenker promet de nous garder à ses côtés et c’est bien le vœu que chacun fait ce soir, à sa bonne marraine.

Big Thief - La Cigale - 2022
Big Thief à La Cigale – Photo : Louis Comar

C’est chose connue, la formation profite d’une amitié fusionnelle. Elle cultive d’ailleurs l’image de ce lien à part, loin de toute sûr-exposition. C’est dans son cocon que se poursuit le trajet avec des titres comme le virevoltant « Sparrow » et le bienveillant « Certainly » issu de son dernier joyau.

Pas besoin de décors, un simple rideau noir peuple l’univers du groupe. Sur scène d’ailleurs tous se répartissent en arc de cercle, personne ne prend l’avant-scène. Pourtant le charisme de la chanteuse porte, ses « Merci » sont plus fréquents. Moins statique que la veille, elle se déplace dans l’espace qu’elle s’approprie, ose s’approcher, se colle aux enceintes pour faire sonner des guitares qu’elle change régulièrement. La voix de Buck plus sucré, gagne en osmose. « From » permet de mettre une lumière dorée sur notre magicienne alors que Noah, son frère, la rejoint pour quelques notes sur  « Not a lot, just forever ». Ce pour toujours est aussi une promesse à la candeur de l’enfance. Ce n’est pas pour rien que des animaux magiques peuplent les couvertures de Big Thief. Dinosaure et oiseau sont aussi bien présents sur la pochette de Masterpiece que sur celle de Dragon new warm montain I believe in you. Un nounours, celui que possédait la chanteuse dans son enfance est aussi de la partie. Ce bien-être naïf, s’invite dans les notes alors que le son lui, est aussi parfait que le monde imaginaire d’un jeune enfant.

Enfin, celui qui manquait à l’appel est interprété. « Simulation Swarm » résonne dans l’assistance. Sur album, le titre a la beauté d’une berceuse, d’une promesse profonde, celle d’une renaissance, de fratrie de cœur qui se crée. Dans le ventre de la nuit épaisse et chaude parisienne, il se fait plus rock en live, il se danse presque.

Perfection « Not » après « Not »

Si le concert n’offre que des temps forts, voilà que son apogée arrive avec le titre « Not » issu de Two Hands. Ce n’est pas seulement pour sa voix, ni pour ses guitares, ni pour sa structure, ni pour sa batterie qu’il est si facile de l’aimer. Sa construction démente en fait un objet unique et un tourbillon puissant. D’ailleurs, le groupe offre un solo d’instruments puissant, calibré et construit en fin de titre. Sourire sur ses timides lèvres, la musicienne s’assied en avant-scène, pour mieux sonner. La tornade est foudroyante, le moment grandiose.

Une version heavy du titre éponyme du dernier album s’invite à la soirée avant de retourner dans les étoile pour un dernier « Contact ». Ce morceau, l’un des meilleurs de Big Thief permet à sa chanteuse de pousser trois cris magistraux, plus libérateurs qu’écorchés. Quelle merveille sommes-nous en train de regarder ? Est-il encore possible de créer à ce point en live ?

Un dernier tour au pays des rêves

Le rappel est court et attendu. Sans trop en faire, la formation revient pour deux titres. « Mary » d’abord puis finalement « Cattails »,  hymne présent sur U.F.O.F, touche de lumière et ode à la joie sur la pointe des pieds. Si les paroles confient ne pas savoir parfois pourquoi on pleure, ce soir, Big Thief est la cause de tous les sourires. La troupe quitte la scène, moins précipitamment que la veille, elle prend même le temps de distribuer les setlists. Lorsque les lumières de la Cigale se rallument, le retour  la réalité semble presque violent. Sur le morceau qui a inspiré le titre de son dernier jet, la troupe demandait au dragon s’il croyait en elle. Ce soir, une chose est certaine, toute une salle croit au pouvoir magique de Big Thief et de la musique live.


Les années 90, déjà et rapidement suivies par les années 2000 ont le vent en poupe. La mode vestimentaire s’y est d’abord mise ressortant des placards le fluo qu’on pensait oublié. Il faut dire que la période actuelle n’aide pas à éviter le sentiment de nostalgie : guerre, pandémie, détresse écologique… les temps sont dures. Il va donc de soit que certain.es préfèrent se tourner vers un temps jugé bien plus doux pour y puiser une inspiration hautement romancé. A moins que les trentenaires et quarantenaires, aujourd’hui à la tête des posts créatifs de ce Monde, ne transpose leur nostalgie de l’enfance dans leurs créations en se disant que c’était mieux avant. Tout n’est-il pas mieux quand on est plus jeune ? Ce qui est vrai dans la mode l’est tout autant dans le cinéma. C’est pourquoi une multitude de reboots viennent envahir nos écrans, petits et grands, au risque de laisser place à un manque évident de créativité et de lasser les foules. L’occasion de refaire découvrir toute une époque me direz-vous ? Oui et non. Il s’agit plutôt et surtout de copier un concept pour lui donner des codes plus actuels. Quitte à parfois perdre entièrement le propos initial en en gardant uniquement la substantifique moelle.

Les sitcoms aux propos transformés

Friends aniston cox perry kudrowLes temps ont changé, les moeurs aussi. Les récentes polémiques concernant la série Friends n’en sont d’ailleurs que l’exemple évident.

La série était-elle grossophobe ? Frôlait-elle la transphobie ? Les fans suppliaient pourtant en masse de retrouver leurs 6 amis favoris sur écran. Force est de constater qu’aucun cachet ne semblait assez gros pour faire plier la troupe menée au moins en ses négociations commerciales par Jennifer Aniston – rappelons le, c’est elle qui avait dealé un cachet d’un million de dollars par épisode à ses copains – du coup le public n’a pu se consoler qu’avec une émission spécial retrouvailles et quelques anecdotes croustillantes sur les coulisses du fameux show. Un teaser bien fait avait pourtant trompé des centaines de fans espérant retrouver Monica, Ross et les autres. N’est-ce pas en un sens pour le mieux ? Après tout, le fantasme de ce que seraient devenus nos amis pourrait valoir bien plus que de voir la vérité en face. Et s’ils s’étaient perdus de vu ? Et si les divorce avaient coulé à flot ? Et si Phoebe était aujourd’hui moins excentrique ? Et si les techniques de drague de Joey l’avaient conduit en prison ? Il fut un temps où l’on disait qu’une bonne série devait s’arrêter avant de faire dans la caricature d’elle-même (Coucou « Prison Break »). Ce dernier plan sur les clés de l’appartement de Monica était, il faut le garder en tête la conclusion parfaite d’une ère.

Pas besoin d’aller chercher si loin finalement pour voir débouler des personnages qui aujourd’hui n’auraient plus le même impact. La petite soeur de « Friends » aka « How i met you mother » dont la première saison avait été diffusée en 2005 n’échappe pas à la règle. Aujourd’hui, cette dernière profite d’un reboot avec Hilary Duff baptisé « How I met your father ». Ce qui change ? Le personnage de Ted Mosby (Josh Radnor), célibataire au coeur d’artichaut malgré ses trop nombreuses conquêtes est remplacé par celui de Sophie (Hilary Duff). Si certains personnages (Robin) de la série initiale viennent s’offrir une apparition dans le sitcom, le personnage central du show et son aspect comique ne pourraient plus être de la partie en 2022. Barney Stinson, sa liste d’astuces pour séduire des femmes à la chaîne, sa manière d’ailleurs de les traiter ne peuvent plus faire rire dans un monde post Me Too qui a ouvert bien des yeux. D’ailleurs, son interprète Neil Patrick Harris confiait lui même qu’en 2022, la place de Barney serait en prison. En 2005, pourtant, le personnage était le centre de ressorts comiques indissociables du show. A tel point que son « Bro code » avait été édité dans le monde réel et vendu en masse à un public en demande des trucs et astuces du tombeur / prédateur barré. Il sera difficile de contredire le fait qu’il était d’ailleurs l’essence même de ce qui faisait rire dans « How I met your mother ». Changer l’âme du ressort comique d’une série vaut-il donc la peine de la réadapter ? Aussi intéressant soit-il de se questionner sur ce qu’un personnage comme Barney a pu apporter en terme de validation d’harcèlement comme méthode de drague, ne doit-il pas simplement servir d’exemple de ressorts comiques qui doivent aujourd’hui changer ? Et peut-on sincèrement penser que l’humour du sitcom se contente de venir d’un décalage passé/ présent et de la perspective de raconter l’histoire du point de vue d’un narrateur unique ? D’ailleurs pour l’anecdote Neil Patrick Harris était également à l’affiche d’un autre métrage acclamé puis contesté, « Gone Girl » dont le caractère sexiste avait récemment été remis en question puisque le personnage féminin y était dépeint comme manipulateur et dangereux. Un manque d’empathie pour les violences conjugales ou un thriller efficace ? Le débat reste à ce jour ouvert.

La machine à transporter dans le futur et à changer les moeurs

Pour parfaire ce besoin de nostalgie tout en prenant en compte les codes d’une génération qui a changé, redéfinissant sa perception du Monde et des personnages que l’on doit leur raconter, les scénaristes ont pris le pli de transporter les récits initiaux dans notre époque. Le tout en changeant la typologie des personnages dans l’optique de les rendre plus inclusifs, plus variés qu’il ne l’étaient au départ. Au risque de ne pas toujours faire l’unanimité. Le cas du nouveau James Bond par exemple qui sera interprétée par Lashana Lynch, une femme noire, en est l’exemple criant. De quoi faire parler certains, complètement opposés au projet. Au delà de simples réponses réac à un tel changement, qui ne sont pas vraiment intéressantes à traiter, subsistent deux questions : ce nouveau personnage permettra-t-il de faire avancer les mentalités  loin du sexisme des versions existantes ou n’est-ce pas une simple interprétation d’un homme blanc hétéro cis transformé plutôt que de créer un personnage entier à même d’épouser les traits de son interprète ? Lui créer une nouvelle histoire, bien à elle et non pas en épousant l’ombre de ce qui existe, n’aurait-il pas été plus pertinent ? Plutôt que de parler d’un personnage créé en 1953, revenons-en à nos années 90/2000 et traitons d’exemples plus récents.

A commencer, par le cas Sabrina, l’apprentie sorcière dont la série originale fut diffusée pour la première fois en 1996. Le personnage d’Archie Comics vivait ses grands jours, en France sur KD2A, diffusé sur France 2 et se contentait d’être un sitcom adressé à un public très jeune sans plus de fond que le simple fait de faire rire et divertir.  « Les Nouvelles aventures de Sabrina », elles diffusées sur Netflix en 2018, et développées par Roberto Aguirerre-Sacasa s’offre un tout nouveau visage. Développées pour être une sorte de spin off de « Riverdale », la série a décidé de mettre en avant des personnages beaucoup plus développés dans un univers bien plus sombre. Exit les blagues, bonjour le féminisme et rituels satanistes, la sororité et l’inclusivité. Le résultat offert dépasse pourtant les espoirs et laisse peu de places aux doutes des plus septiques, l’univers y est plus riche et développé, le rendu addictif, contemporain et puissant. Loin de se cantonné à un manque d’inspiration criant, cette nouvelle Sabrina prouve qu’un reboot peut aussi s’avérer pertinent.

Autre lieu, mais sujet comparable, le cas Roswell New Mexico. La série d’origine, diffusée en 1999 avait déjà pour elle de parler d’acceptation des différences sous couvert de dépeindre des personnages aliens. Alors, on reprend la recette mais en appuyant ses traits. Les aliens deviennent ainsi le drapeau de l’immigration aux USA et d’un accueil qui peut lui être fait entre racisme et agressivité. Un propos largement et peut-être même lourdement souligné par le statut du père de Liz Ortecho, issu de l’immigration mexicaine aux Etats-Unis. Malgré son évidente simplicité – on ne peut que penser à Vampire Diaries et ses ficelles grossières mais addictives en regardant le show mais bon on retrouve au scénario Carina McKenzie, donc il fallait s’y attendre – cette nouvelle version apporte quand même quelques bonnes choses. A commencer par un avortement (alien donc complexe) mis en scène sans juger le personnage qui y a recours, une belle chose dans un pays qui remet ce droit sur la sellette mais pas le port d’armes, faudrait surtout pas. Outre ce changement, Michael devient bisexuel dans cette V2 et offre avec Alex (le personnage préféré de toutes les meilleures personnes à avoir suivi la V1) la plus belle histoire d’amour du show. Bien mieux que Liz et Max, le fandom ne dira pas le contraire. Et même avec de grosses ficelles, le propos sur l’immigration permet sans nul doute d’ouvrir un début de débat dans la tête d’un très large public. La première saison, aussi teen soit elle, reste plutôt addictive. La deuxième surfe certes, sur un certain néant en terme d’intrigue mais  en profite pour balancer des dialogues trop écrits et se déroule de façon plaisante. Réussite ? Le matériau d’origine n’était de toute façon pas assez grandiose qu’il puisse en être autrement.

 

C’est la faute aux nouvelles technologies

Il existe aussi le cas « Elle est trop bien », devenu « Il est trop bien » dans sa nouvelle version diffusé par Netflix. A l’origine, il était une comédie romantique menée par Freddie Prince Jr qui découvre que derrière une queue de cheval et des lunettes affreuses se cache en réalité un être humain. Et qu’en plus, c’est une fille et qu’elle est intelligente mais surtout belle les cheveux détachés. Il en fait donc, suite à un pari, le reine du lycée pour prouver qu’il le peut. Sa version 2022 s’en rapproche largement sauf que cette fois c’est une meuf qui découvre que derrière l’ado rebel du lycée se cache en réalité un mec cool grâce à un pari. Refait par pure nostalgie, sans vraiment en changer les codes mais en y ajoutant les réseaux sociaux, le film est comme celui qu’il imite à regarder un dimanche de gueule de bois. La seule valeur ajoutée est d’y retrouver Matthew Lillard et Rachel Leigh Cook, qui étaient dans la version d’origine, cette fois respectivement en principal du lycée et mère de famille et de se prendre un sacré coup de vieux, en leur compagnie. Et pourtant l’original avait su laisser dans les coeurs de ceux qui l’ont découvert au vidéo club, un petit quelque chose entre plaisir coupable et doudou réconfortant.

elle est trop bien freddie pricne jrD’autres alternatives existent, on parle réseaux sociaux, mais les nouvelles technologies sont aussi de la partie. C’est le cas pour « Chucky » qui apparait pour la première fois à l’écran en 1990. Dans sa version d’origine, la poupée meurtrière a hérité de l’âme d’un tueur en série avant de se mettre à reprendre ses bonnes vieilles habitudes sous les traits d’une poupée. Dans son énième version rebootée en 2019, alors qu’une bonne vieille suite de plus aurait pu faire l’affaire, notre copain roux en plastique s’avère être un jouet hautement performant baptisé Buddi. Créé pour l’amusement des enfants, l’une des poupées subit une manipulation de la part d’un employé licencié. C’est ce bug programmé qui fait d’elle un tueur. Autant dire, qu’à part de l’hémoglobine, l’idée n’apporte rien à la saga de plus qu’un film oubliable… mais quand un filon fonctionne, pourquoi se priver ? Et voilà typiquement, une idée qui aurait pu être nouvelle en se détachant du nom de « Chucky » pour créer son propre univers. Après tout, en matière d’horreur, tirer des ficelles à l’infini est monnaie courante.

Vivre avec son temps

ocean's 8Nombreux sont ceux à tenter de jouer sur des franchises existantes, tout comme James Bond et en se contentant de « recaster » le rôle principal donné à un ou des hommes. « SOS fantôme », « Ocean’s 8 » et leurs castings féminins qui crient là encore à un certain manque d’inspiration. D’autres se contentent d’utiliser les noms de franchises qui fonctionnent pour les plonger dans un univers qui n’a plus rien à voir mis à part la citation forcée d’éléments qui en ont fait le succès. C’est le cas pour « Chair de Poule » ce film gênant qui au lieu de reprendre les codes d’une horreur justement dosée pour effrayer les enfants, se contente de balancer pantin, momie et nom d’R.L Stine  dans une espèce de tourbillon mal fait et un poil ringard ou encore « Jumanji » devenu un jeu vidéo un peu comme « Chucky » cité plus haut…

Si certains propos des années 90, 2000 n’épousent plus du tout ceux de l’époque actuelle et qu’il faut admettre que les moeurs ont changé très rapidement, ne vaudrait-il pas mieux simplement créer de nouvelles histoires portées par de nouveaux personnages en se détachant simplement d’une idée qui a fait son temps  ? Quoi qu’on en dise, les années 90/2000 ont su aussi poser la première pierre d’un édifice qui aujourd’hui s’est développé. Ce qui s’est passé dans ces époques, malgré les changements de consciences, a aussi permis d’ouvrir des voies, de « Buffy contre les vampires » son héroïne forte et la romance de Willow avec Tara, ou le premier baiser gay du petit écran via le personnage de Jack dans « Dawson », en passant par la liberté sexuelle des héroïnes de « Sex and the City », le propos contre le racisme de « Candyman » de Bernard Rose en 92 qui lui aussi aura revit grâce à l’évident Jordan Peel en 2021 (qui de mieux pour mélanger horreur et parler du problème du racisme que lui ?) tous ont eu leur importance.Et ces petits pas ont pu aujourd’hui se transformer en un véritable sprint.

Cela dit, il existe pourtant une série hautement subversive et d’une grande importance, dont le message était déjà limpide en son temps : « Queer as folk ». Le show créé en 2000 dans sa version américaine du moins (elle était en premier lieu une série britannique déjà rebootée à l’époque) avait le mérite de dépeindre une certaine communauté gay de Pittsburg sans tabous, sans clichés et sans jamais se perdre. De sa saison 1 à 5, elle a su créer des personnages entiers, écrits sans fausse note, éveiller les consciences, amuser, faire vivre des romances plurielles remarquablement écrites, créer du drame, questionner les politiques sur un point de vue unique, parler drogues, sexe, sida, parentalités plurielles … Difficile de juger de son reboot 2022 par le simple prisme d’un trailer sorti à ce jour. Reste à espérer pourtant que les scénaristes sauront en garder l’âme sans concession, sans jamais basculer. Et de ce point de vue là, ils semblent pourtant avoir pris le plie de se concentrer sur l’un des dernier thèmes de la dernière saison (l’attaque à la bombe du club emblématique du show, le Babylon) plutôt que ce qui pouvait faire la beauté de la série d’origine : un quotidien raconté. Il est donc naturel de se questionner sur l’intérêt de reprendre un produit des années 2000 parfaitement construit, au propos déjà amplement existant et adapté à notre époque pour le refaire. D’autant que tout comme dans d’autres séries, la série tient aussi à l’attachement que l’on a à ses personnages de l’iconique Brian Kinney au talentueux Justin Taylor en passant par l’adorable Emmett ou la tornade Debbie. Avoir suivi le chemin des « Chroniques de San Francisco » qui ont gardé leurs personnages dans le temps, à chaque retour dans le fameux immeuble ( en 93, 98, 2001 et 2019) pourrait paraitre plus censé. On demande donc à voir la suite avec une certaine prudence…

La nostalgie c’est bien, créer avec un matériel existant permet sûrement d’enclencher la cash machine plus facilement et à réfléchir sans avoir à tout penser. Reste pourtant à espérer que l’époque que l’on vit pourra artistiquement se centrer sur elle-même et apporter aussi son lot de nouveautés, à rebooter au prochain coup de nostalgie.