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Julia Escudero

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kid cudi rock en seine
crédits photo : Louis Comar pour Rock en Seine

What a time to be alive ! comme le disait Drake sur sa mixtape. C’est aussi ce que fait ressentir chaque année la période des festivals. Clôture de la période estivale, lancement de la rentrée, Rock en Seine s’offre une place particulière pour celles et ceux qui le pratiquent chaque année. Plus qu’une programmation pourtant toujours immense, c’est en réalité une expérience puissante qui appelle à un retour sous forme de pèlerinage.  Alors certes, cette année comme depuis trois éditions celui-ci sur cinq jours prend aussi les traits d’un marathon. Mais de ceux bien plaisants qui font de la fatigue un plaisir et presque une exploit. Surtout quand on atteint la trentaine bien passée et qu’on se découvre des resources plus importantes qu’on ne le croyait. La pilule de l’excitation. Celle de la découverte et de la redécouverte scénique, dans un univers peuplé de personnes heureuses de se rassembler en un même lieu : le parc de Saint-Cloud. Pour sa seconde journée, celle du jeudi 21 août 2025, le festival remet son titre de maudit sur le tapis et souffre de deux annulations. La première, celle d’Asap Rocky avait pu être annoncée assez tôt pour que Kid Cudi prenne la relève. La seconde, Doechii, seulement quelques jours plus tôt avait néanmoins fait grincer des dents nombre de festivaliers. Restait tout de même quelques beaux noms à l’affiche pour promettre à la journée d’être inoubliable.

Montell Fish : une très belle découverte

Montell Fish rock en seine
crédits : Olivier Hoffschir pour Rock en Seine

Les festivités commencent sur la scène Revolut avec la performance de Montell Fish. Avec trois albums à son actif, le musicien américain a déjà su fédérer autour de lui une bande d’afficionados. Si la devant scène ne déborde pas, nombreux.ses sont ceux à s’être déplacé.es. Et pour cause le musicien sera la plus belle claque de la journée. Sa neo soul aux accents r’n’b est complètement hypnotisante. Du rythme and blues, il reprend le sigle de façon littérale. Rythme marqué et soutenu, qui appelle à ne pas décrocher son oreille de chaque note, mélodies sombre, puissantes, époustouflante. Sa voix vient se calibrer sur la pureté soul. Récemment, la question m’a été soulevée, soul et folk même combat pour ethnies différentes ? En tant que fan absolue de folk, je ne pourrai répondre que par l’affirmative. Celle-ci allant souvent s’acoquiner avec le rock pour créer le pont entre modernité et encrage passé. La soul elle, va parfois toucher au blues, lui-même origine du rock. Les identités musicales, leurs miroirs et pourtant leurs différences fascinent. Tout comme le set de notre homme donc. Ce dernier profite de son concert pour interpréter son dernier album en date « Charlotte » paru en 2024. Sa prestance impressionne autant que la puissance de son timbre. A longueur de textes il aborde psychologie et spiritualité. Ses morceaux prennent même la force du gospel. En fin de set le voilà qui se jette dans le public et va au contact du premier rang. Deux jeunes femmes lui touchent la main, se regardent en une explosion de joie d’une petite seconde avant de s’assurer d’avoir immortalisé le moment sur leurs téléphone. 2025, tu sais être belle et triste en même temps. Loin des écrans, Monttell Fish livre une musique qui brouille la ligne du temps et de l’espace, on est en amour.

La Grande Scène ouvre les hostilités quant à elle avec le live de la française Enchantée Julia. Egalement compositrice de néo soul, elle profite surtout d’un entourage de musiciens solide. La basse en tête de ligne excelle dans son interprétation. Elle est par ailleurs rejoint sur scène par le rappeur Prince Waly dont la côte n’a de cesse de grimper. « C’est elle la star aujourd’hui, on applaudit Enchantée Julia » rappelle-t-il. Effectivement avec sa voix de velours, le doute n’est pas permis.

Et le programmation s’accélère

Mk.Gee rock en seine
crédits : Olivier Hoffschir pour Rock en Seine

Les déambulations s’arrêtent, la courses aux concerts commence. Il fallait absolument, sur la scène Revolut, elle encore, découvrir sur scène le nouveau joyau indie : Mk.Gee. Depuis la sortie de son premier album studio « Two star & the dream police », le scène lo fi n’a d’yeux que pour lui. Il faut dire que cet opus a une esthétique léchée et hyper soignée. La production parfaite fait la part belle à une voix lancinante qui puise du côté de l’immensité de Kurt Vile. Bien plus doux dans ses notes Michael Todd Gordon de son vrai nom, joue d’une grande précision. Cet aspect pointu se retrouve en live. Il serait de très mauvaise foi d’en dire du mal puisque la talent de composition et de gestion des instruments est bien là. Pourtant le show contemplatif laisse en dehors un public non averti. Les titres s’enchainent, c’est beau, c’est propre mais en live, le manque de puissance se fait sentir.

Pas le temps de niaiser, à peine le set fini qu’il est déjà l’heure de retrouver les très attendus Vampire Wekend sur la Grande Scène. Le groupe sortait l’année dernière l’excellent (et le mot est faible) « Only God was above us », concentré moderne de ce que nos vampires savent faire de mieux du rock indie qui touche à la pop baroque.  Leur album « Modern vampires of the city » portait bien son nom. C’est d’ailleurs en évoquant leur merveilleux dernier jet que le set s’ouvre sur le très réussi « Ice cream piano ».  Les superlatifs pourraient s’enchainer, pour avoir vu le groupe lors de leur dernier passage parisien en salle à l’Adidas Arena, le set ne peut être qu’à couper le souffle. En salle, le groupe s’ose même à un long medley de reprises suggérées par le public te repris à sa sauce. Un régal. En festival, il offre un joli best off de ses nombreux succès. Des pépites comme « White Sky », « This Life » ou encore l’inoubliable « A Punk » défilent face à un public qui chante évidemment à tue-tête.  Comme tout le monde à le droit de venir s’amuser, un technicien se laisse même aller à une petite danse sur scène piquant la vedette au groupe. Et pour celles et ceux qui s’amusent ici pour la première fois ?  Le chanteur prend le temps d’interroger la foule sur qui verrait ici ses premiers concerts. Il interpelle alors une jeune fille : « Tu penses quoi de la musique live ? » pour mieux lui dédicacer son prochain morceau. « Oxford Coma » et son rythme follement entrainant signe le début de la fin du show. C’est pourtant « Walcott » issu de l’album éponyme du groupe qui clôt une heure lumineuse en présence d’un groupe dont le génie n’a eu de cesse de s’intensifier.

and and and Night !

kid cudi à rock en seine
crédits photo : Louis Comar pour Rock en Seine

Nous le disions, c’est Kid Cudi qui avait accepté de prendre la relève d’Asap Rocky pour clôturer la journée. Un fort beau nom à la carrière légendaire bien que ses derniers albums pouvaient laisser à désirer ayant perdu en capacités créatives. Le moment était d’autant plus important pour le musicien que ce jeudi était la veille de la sortie de son tout nouvel album : « Free ». L’occasion d’offrir d’ailleurs des débuts scéniques au titre « Mr. Miracle », les exclues ça fait toujours plaisir. Dans le rap, parfois on performe. C’est un mot qu’avait utilisé Kanye West pour décrire son étrange prestation non chantée à l’AccorArena. Et voilà  que Kiddy l’utilise à nouveau ce soir. Ses trois premiers titres dont le lancement sur « Often, I have theses dreamz » se fait d’ailleurs d’une étrange manière. Il les performe, certainement. C’est à dire qu’il commence son morceau, le coupe, parle, essaie de chauffer la foule, court partout, reprend le morceau depuis le début, dans ce qui pourrait interroger et faire apparaitre dans nos esprits quelques points d’interrogations. Mais voilà, il performe. Pas toujours juste malheureusement, mais que sait-on vraiment des performances ? Et puis, Kid Cudi est un habitué des scènes et ça sent. Le showman fédère quand même une bonne partie de l’audience qui voit en tout ça un grand moment festif, ce qui n’est pas faux. Alors, généreux, le musicien originaire de Cleveland offre par deux fois le titre « Day’n’Nite », un classique il est vrai. Bon, on est loin du compte qu’est le légendaire live de « Niggas in Paris » de Jay-Z et Kanye West à l’AccorArena mais on a le temps de chanter les paroles avec joie. « and, and, and night »… et puis il fait nuit. Deux medley suivent, la foule se chauffe. Et puis finalement, tombe le plus gros tube du musicien « Pursuit of Happiness (Nightmare) ». On ouvre sur les rêves, on clôtures sur les cauchemars, les choses sont bien faites. N’empêche que toute l’audience prend un immense plaisir à danser et sauter dans les tous sens, Saint-Cloud se pare de sa meilleurs tenue de club… C’est donc plutôt un rêve. D’ailleurs il se fait tard, il est temps de rentrer pour mieux rêver à la journée de demain, elle aussi peuplée de concerts.


C’était en 2021, la série du moment. Certes pas au point de « Stranger Things » mais tout de même, ça parlait beaucoup de « The Sandman » sur Netflix. Elle avait cette image de série pointue, issue d’une bande-dessinée, du type qui s’adresse à un public d’experts. Tu vois ces shows que tu ne peux pas comprendre si tu n’en as pas toutes les références, trop écrite pour être mainstream. Lancée dans une envie de savoir, dans la conviction de passer un bon moment, un peu sombre, j’ai tenté à toute hâte. Peut-être même avec l’envie  d’en parler après avec une certaine fierté et dissimuler ainsi que j’avais pu aller au bout de « Riverdale » et que je garde un certain amour pour les mauvais films et mauvaises séries, pour le plaisir de visionnages sans prise de tête. Bon voilà donc que je tentais avec espoir « The Sandman ». La saison 1 était un moment aussi oubliable que prétentieux. Blindée d’effets visuels à gros coûts pour en mettre plein la vue et mieux endormir l’esprit. En la matière Dream, le personnage principal aux quinze noms, joue bien son rôle tant il est facile de piquer du nez en regardant épisode après épisode son triste spectacle. N’empêche l’arrivée de la saison 2 piquait la curiosité, on pouvait réessayer, après tout seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Verdict donc.

the sandman season 2The Sandman saison 2 : pince moi que je me réveille

Autant ne pas seulement vous gâcher une série et le faire pour plusieurs, désolée d’avance. Quand la réalisation veut faire croire à la qualité d’un métrage, il utilise sur ses images un filtre bleu et orange. Les couleurs vont bien ensemble et ça donne donc le sentiment de regarder un film qualitatif pondu par un génie. The Sandman applique en sa saison 2, diffusée sur Netflix, cette règle à la lettre. Tout le temps. Tout y est plus bicolore qu’un Malabar bi-goût. Donc déjà hein c’est bien on peut pas argumenter que ce n’est pas beau, c’est très joli, puisque forcé par des filtres. On peut quand même reconnaître à l’équipe de réalisation sa capacité à créer de beaux décors et à travailler chaque plan comme une photographie artistique. Jusqu’au trop plein, jusqu’à en oublier le scénario. Pour le coté artistique d’ailleurs, chaque personnage va ainsi être sur-stylé, sur-joué, en continue. A commencer par Dream, le grand maître des rêves, l’infini super puissant joué par Tom Sturridge. Non content d’être le personnage le plus antipathique de l’histoire de cinéma (pas désagréable comme un personnage de méchant juste insipide et déplaisant) son interprète s’évertue à lui donner un air grave en continu. Dans les faits, Dream à une duck face un peu déprimée pendant deux saisons, quelques soient les circonstances. C’est le seul personnage qui ne lâche pas un sourire. C’est aussi parce qu’il est torturé. L’infinité c’est pas évident. D’autant plus dans une série qui donne des dates de manière complètement aléatoires.

des épisodes infiniment longs

The sandman saison 2
Hello, tes frères et sœurs veulent te juger stp

Ainsi cette fois-ci, on découvre la famille d’Infinis, celle de Dream : Désire, Délire, Destruction,le Destin,  la Mort et les autres. Elle se réunit parce que Destin a une vision, quelque chose de grave va arriver. Et quand une série tv réunit une fratrie, la même règle s’applique toujours : les frères et sœurs se parlent continuellement mal. C’était vrai par exemple pour « Vampire Diaries », pardonnez l’exemple, mais quand on est dans un ton sérieux, avec des gens à la duck face torturé on envoie chier de façon verbeuse sa fratrie. Et, c’est, sans originalité le cas ici évidemment. Cette prédiction n’intéresse personne, parce que tu existes depuis le début des temps mais t’as toujours pas appris à écouter les autres. Par contre cette réunion permet à Dream de se rappeler de son grand amour, la belle et pauvre Nada au destin tragique. Vous vous souvenez que dans la saison 1, 100 années de  l’absence du protagoniste avaient causé un certain chaos ? Eh bien 100 ans c’est un petit chiffre. Et on est pas là pour faire dans la dentelle. Du coup, son grand amour qui l’a repoussé parce que le fait d’être ensemble une nuit avait causé la mort de tout son peuple et qu’elle craignait les conséquences d’une plus longue histoire, a décidé de se la péter en matière de durée. En effet Dream l’a envoyée en enfer depuis 10 000 ans pour se venger de ce rejet. Normal, le mec la drague en rêve et supporte pas qu’elle se choque, elle reine des premiers hommes, de la mort de la totalité des personnes qui l’entourent parce que la règle est qu’on ne date pas avec un infini. Ça s’explique à coup de « If you wish » pour parler bien … Not all men but Dream beaucoup quand même aussi.

The Sandman : un grain de sable dans les mythes

the sandman délireCe qui est surprenant chez The Sandman c’est sa faculté à ne pas choisir. Déjà à ne pas choisir des datations qui ne vont pas dans tous les sens, les milliers d’années se citent à tour de bras, comme si tout le monde voulait avoir le plus gros temps, avec un manque de dosage assez rare pour tout de même se retourner vite fait avant de se rendormir. Mais aussi, la série ne choisit pas sa réalité, tous les mythes qui cohabitent. Le paradis, l’enfer, la mythologie grecque. Les dieux uniques, ceux multiples, l’enfer de Lucifer, les enfers d’Hadès. Dans l’idée pourquoi pas mais dans ce cas là il est important de donner une cohérence au tout. A expliquer un peu le récit. Ce n’est pas le cas ici, donc c’est une bouillie. On ne peut pas tout jeter bien sûr dans la série. On peut apprécier le fait que Lucifer soit une femme, Desir un personnage non binaire (Mason Alexander Park excelle dans le rôle), la beauté du cadre et son image reconnaissable. Mais il serait difficile de passer à côté du fait que cette saison 2 ne sait pas vraiment de quoi elle parle elle-même changeant son enjeu à chaque épisode. De la recherche de cet amour perdu (mais qui ne veut pas en vouloir à Dream, elle ne veut pas qu’il souffre – Pitié, s’il te plait, sois en colère contre ce mec super toxique ma fille), on passe à la clé de l’enfer puis à la quête d’un frère puis à la quête d’un fils sans que tout cela ne s’additionne si bien. Les personnages sont finalement pauvrement écrits, ne donnant jamais l’occasion de pleinement les apprécier. Les dialogues en faux vieil anglais ressemblent à ceux que réciteraient des enfants au cours d’un jeu pour faire semblant de bien parler. Une copie bancale de mots trop répétés. Et c’est épuisant à regarder. Pire tout le monde parle anglais. Tout le temps partout en toute époque. De la Grèce antique à la France de ka Terreur de Robespierre, il n’existe qu’une seule langue pour une infinité d’époques. Et tout ça sur seulement la première partie d’une saison 2 qui va s’étirer longuement. Au moins les scénaristes auront pris le temps de conclure.

The Sandman, le père de l’année

the sandman dream Mais surtout les incohérences et les réactions sont cauchemardesques. Par exemple lorsqu’ils recherchent un mortel qui a, lui aussi au doigt mouillé, plus de 10 000 ans (toujours plus ) meurt d’un accident. Plus de 10 000 ans et le mec a jamais eu d’accident ? Comment ? Sans parler des dialogues improbables avec Orphée, le fils de Dream, celui-même de la mythologie grecque. On a tous préféré le Orphée de Kaos, merci de nous rendre cette série incroyable ! Les dieux de la mythologie étaient difficiles, c’est chose connue. Mais y-a-t-il pire père que l’infini Dream ? Il faudra nous le présenter.  Notamment parce que vexé que son fils attristé de la mort de sa femme lui lâche un « Vous n’êtes plus mon père », le voilà qui le laisse à la pire des tortures. en s’en foutant. Le plus gros problème du show reste donc les traits de caractères de son personnage principal. Un être qui se vexe de tout, punit tout le temps, n’aime personne, est injuste sans être jugé. Et le florilège de personnages secondaires, toujours en arrière plan, ne suffit pas donner de l’intérêt pour le monde merveilleux de Duck Face au ton grave à la Batman.

The Sandman signe ici l’arrêt de sa série en deux parties. Le temps de tuer son personnage principale et de tenter un moment d’émotion à travers le personnage de Desir. L’émotion est ce qui aura fait cruellement défaut au show ou plutôt l’émotion bien travaillée, celle à laquelle on croit. C’est pourtant le budget et l’audience trop basse qui aura valu à Dream et sa troupe de perdre leur série. Il faudra trouver un autre conte à dormir debout maintenant, pour se plonger ensuite dans nos rêves bleus et oranges.


Eddington est la nouvelle pépite d’Ari Aster. Le réalisateur génial nous avait habitué au genre horrifique et surtout à de fortes émotions après « Hérédité » et l’incroyable « Midsommar ». Mais, comme il n’a eu de cesse de le dire, l’horreur pour lui n’a finalement que peu d’importance. C’est donc ainsi qu’on le retrouve aujourd’hui à la création d’un western moderne loin d’être commun. A l’affiche de cette critique d’une Amérique à la dérive on retrouve Joachin Phoenix et l’acteur le plus en vogue du moment, Pedro Pascal. Au delà de l’utilisation du nouveau registre, l’un des maîtres de l’elevated horror nous offre cette fois-ci un elevated western, critique sans concession ni limite d’une Amérique actuelle en proie au complotisme et à l’image. On décrypte et on en parle.

Eddington Ari AsterEddington, de quoi ça parle ?

Mai 2020 à Eddington, petite ville du Nouveau Mexique, la confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres en montant les habitants les uns contre les autres.

Eddington, est-ce que c’est bien ?

Eddington Joaquim PhoenixAvec Beau is affraid, son troisième et précédent métrage, Ari Aster s’était déjà éloigné de l’horreur, lui préférant un sorte de thérapie sur écran géant, hallucinante, barrée et particulièrement perturbante. Les avis avaient de fait été partagés quant à la qualité de l’œuvre mais aussi sa (trop) grande générosité. A titre personnel, j’avais adoré le métrage d’Aster, le fait de se sentir suffoquer comme son personnage principal sur toute la première partie du film y était pour beaucoup. Ressentir si fort les émotions d’un personnage perdu est rarement donné au cinéma. C’est pourtant une toute nouvelle étape qui nous attend ici, puisque le réalisateur mais aussi scénariste et producteur du film tient cette fois à coller au réel. Le voilà donc qui nous retransporte dans le cadre paranoïaque du confinement lié au Covid-19. Est-ce trop tôt ? Pas vraiment, puisqu’il est fascinant de découvrir qu’à travers un écran, la pandémie que nous avons vécu semble si éloignée, presque imaginaire et fictive. A moins qu’il ne s’agisse de l’envie d’avancer et d’oublier. Elle a pourtant été, et c’est de ça qu’Aster souhaite parler, la clé pour donner à une société déjà en souffrance, la capacité de plonger dans un précipice et de craqueler une surface qui ne semblait lisse qu’en apparence. A Eddington, le shérif, Joe (Joaquin Phoenix – qu’il retrouve après Beau is Affraid) , est en perdition. Sa belle-mère, Dawn qui vit chez lui est complotiste, sa femme en proie à un traumatisme et souffre de dépression. Joe est asthmatique mais ne croit pas au port du masque. Il s’oppose en raison d’un conflit passé, un conflit rapporté, déformé, au maire la ville Ted Garcia (Pedro Pascal). Le masque est le premier sujet de discorde, celui qui pousse Joe a vouloir se présenter à l’élection municipale. Il s’agit pourtant de l’arbre qui cache la forêt, le prétexte à ce que tout explose jusqu’à un acte final qui ne laissera personne indemne. Puisque, le cadre de le pandémie sert à Aster à taper fort sur toute les dérives de l’Amérique, ses débordements, sa colère hors cadre de compréhension. Et au cœur de ces problématiques : une vision déformée, nourrie d’informations contradictoires, portées par les réseaux sociaux, un discours qui devient la réalité dès qu’il est dit sans s’interroger sur sa réalité tangible, sans accepter aucune nuance de gris. Comme toujours avec le cinéma d’Aster, le rythme lent des premiers instants ne sert qu’à préparer d’une main de maître un final puissant, jusqu’au-boutiste, d’une violence profonde.

Eddington, là où  » Je me sens observée »

Eddington Emma StoneCette sensation c’est d’abord celle décrite par Louise Cross, la femme de Joe, interprétée par Emma Stone, observée par sa mère, Dawn (Deirdre O’Connnel) mais pas seulement. C’est pourtant lui qui va peupler le film, ça et une brouhaha continue : celui de la radio, de la télévision, des réseaux-sociaux, blogs et propos balancés en tout genre pour devenir une vérité qui créera la discorde constamment. L’ère d’un sophisme ultime qui utilise la peur pour créer la conflit. Eddington, Nouveau-Mexique n’est pas prête. La bourgade n’est en rien préparée à un monde qui change, qui réclame une évolution rapide. Joe n’a de cesse de le dire comme un vœu pieux, « ce n’est pas une problème d’ici ». Ici pour lui, tout est question de « communauté » un terme bien aimé d’une Amérique qui se ment et qui finalement ne veut plus rien dire. Alors quand le mouvement Black Lives Matter débarque en ville, l’incompréhension et la peur de l’autre ne font que s’accroitre. Aster interroge alors tous les ressorts qui en suivent utilisant le microscope d’une ville pour pointer les incohérences à plus grande échelle. ll s’amuse à moquer le jeune homme blanc qui se fait Social Justice Warrior alors qu’il n’y croyait pas quelques jours plus tôt pour faire le beau. Il interroge la crédulité aux discours, quels qu’ils soient, l’absence de réflexion. Le seul personnage noir du film, Michael (Michael Ward) est policier. Et du fait de sa couleur de peau, chacun va y aller de ses injonctions, de ses clichés et poser sur lui ses envies et besoins sans jamais l’écouter. Le réalisateur interroge aussi la bourgeoisie blanche et ses motivations à se lutter contre les inégalités. De celles et ceux qui sont sincères à celles et ceux qui utilisent les révoltes pour leur intérêt personnel, se faire bien voir et exposer des croyances qui ne sont pas les leurs. Il questionne aussi la réception qu’il en est faite, l’incompréhension d’aînés dans leurs privilèges qui refusent de se questionner. Surtout au pays d’Eddington,  les victimes ne sont jamais écoutées. Au contraire, on leur coupe la parole. Quand le personnage d’Emma Stone tente par ailleurs de s’exprimer au court d’une vidéo, elle ne sera jamais écoutée en entier. On prend ce que l’on souhaite prendre. Difficile aussi de ne pas voir une critique du trumpisme, avec des politiques qui jouent d’une perpétuelle victimisation, qui préfèrent  larmoyer et se dire aux prises à de mauvaises intentions plutôt que de parler de réelle politique. De son côté, Ted Garcia, maire actuel n’a qu’une obsession, faire entrer le progrès dans sa ville par l’implantation d’un data center. Joli clin d’oeil à ce qu’Internet et sa trop grande domination peut créer comme discordes dans une « communauté ».  Aster est gourmand, il multiplie les sujets et les prises de positions. Le port d’arme sujet central en Amérique, est encore pointé du doigt et va venir punir ses défenseurs. Les droits du peuple indien, sont accueillis par d’un côté du racisme, d’un autre l’envie de parler pour eux sans jamais plus simplement leurs accorder les droits qui sont les leurs. A Eddington, les bourreaux se transforment en martyrs  au grés de narrations insensées  et le vainqueur est loin d’être le mieux intentionné. Le film n’a de cesse de tourner en dérision l’oreille attentive à tous les complots allant jusqu’à évoquer une obscure secte utilisant les angoisses face à la pédophilie et les théories les plus folles qui circulent sur le sujet. Abordant par le même occasion, l’idée de groupes de puissants prédateurs d’enfants, dans un story telling incohérent, sujet qui anime notamment les adeptes de Twitter, aujourd’hui devenu X sous la patte du très dangereux Elon Musk.

Eddington, miroir grossissant

Eddington Pedro PascalC’est vrai dans tous les films d’Ari Aster et c’est encore vrai ici aussi. Le cinéaste de 39 ans utilise perpétuellement son cinéma pour faire l’effet d’une loupe. Prendre un trait et le montrer sous son jour le plus monstrueux. « Hérédité » traitait du poids de la famille, « Midsommar » de relation amoureuses toxiques, de sociétés qui aliènent et brisent en se montrant sous leur plus beau visage, « Beau is affraid » cristallisait les relations parent-enfant toxique et la peur qui coupe les possible. Ici Eddington se sert de l’actualité lui offrant son lot de clins d’œil, du pro-Trump James Wood à la conservatrice Marjorie Taylor Greene qui prennent leur taquet mérité, pour fixer une société perdue complètement à la dérive. Si l’on pourra pointer du doigt ses longueurs, devoir prendre le temps d’analyser sa fin pour mieux la comprendre, le film dénote avec humour et une noirceur infinie d’un combat qui est aujourd’hui perdu. Comme toujours, ce traitement à la grande intelligence ne laissera pas de marbre. Au Champs Élysées Film Festival quelques années plus tôt, le réalisateur expliquait avoir déjà plus de 13 scénarios en tête. Cette boulimie créatrice est toujours salvatrice et donne à chaque essai l’envie de voir le prochain. Au jeu des cow-boys, l’Amérique y perd la tête et non pas le scalp qu’ils utilisaient pour toujours pointer du doigt un ennemi fabriqué par elle-même.

EDDINGTON - Bande-annonce VOST

AIR - Fnac Live Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
AIR – Fnac Live Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Il s’était fait attendre ! Le Fnac Live est enfin de retour. L’an passé les Jeux Olympiques nous avaient privé.es de ce rendez-vous essentiel de l’été, pour nous en offrir un autre certes, mais tout de même. Les bonnes habitudes venaient à manquer !  Face à un Hotel de Ville qui a fait peau neuve, les têtes d’affiches s’enchaînent et mettent à l’honneur une programmation à dominante urbaine mais pas seulement. On vous prend par la main pour vivre deux soirées ensoleillées, celles du mercredi et du jeudi,  ou musique rime avec cadre de rêve.

En rentrant de deux journées de Fnac Live, avec une douceur environnante pour compagne, il est facile de laisser son esprit vagabonder sur la beauté de la ville de Paris. Son incroyable architecture, son charme, bien à elle. Et parmi ses atouts les plus précieux : tout le cadre du festival Fnac Live. De l’Hôtel de Ville, immense, aux rues du Marais qu’on aperçoit à notre gauche, puis  Notre Dame de Paris qui trône, sublime, derrière la scène, le décors est à couper le souffle. S’il est un moment pour se sentir chanceux.se c’est bien lorsque l’on découvre, gratuitement de plus, sur scène une programmation riche, face à ce que la ville a de meilleure. Et ce, juste avant de dire au revoir à Paris un temps, pour mieux profiter d’autres beautés, quand on a la chance de pouvoir partir l’été. Cette année, le lieu a fait peau-neuve  alors que le parvis s’est végétalisé. Les festivaliers peuvent donc profiter des concerts dans un petit paradis verdoyant. Si le public est pluriel c’est parce que la musique qui l’accueille l’est aussi. Le Fnac Live c’est le point de départ d’immenses carrières, la chance de saluer des artistes internationaux qui comblent les salles à l’année. Impossible d’y oublier la performance d’Aya Nakamoura quelques années plus tôt, d’Angèle également ou encore de Franz Ferdinand. Cette années, la toile de la mémoire se tisse à toute rapidité à mesure que les instants défilent.

Fnac Live 2025 : nos meilleurs souvenirs

St. Vincent : born rocking

C’est une évidence, St. Vincent sera le moment à ne pas rater de cette édition !  Les bruits de couloirs se multiplient avant même son entrée sur scène, les sourires s’illuminent à son évocation. Et les rumeurs ne mentent pas. Annie Clark de son vraie nom est habitée sur scène. Rock, sauvage, puissante, électrique,  la musicienne ouvre le bal sous le soleil et ensorcelle la foule. Les critiques la comparent volontiers à Kate Bush qui aurait rencontré Siouxie and the Banshees et on ne peut que lui reconnaitre la sensibilité de la première et la résonance profondément rock de la seconde. St. Vincent dépoussière ainsi une facette du punk qui nous manquait tout en sachant lui offrir une accessibilité déconcertante. La foule est sous le charme et chante volontiers avec elle. Les Grammys 2025 la couronnait en lui offrant le prix de la meilleure performance et il est fort probable que le festival en fasse de même. Tornade endiablée aux envolées lyriques sous stéroïdes, elle sera la plus belle caution rock de l’année. « All Born Screaming« , c’est le titre de son dernier album. Le cri se poursuit ce soir, celui de la joie communicative, comme une renaissance vécue par le live.

St Vincent - Fnac Live Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
St Vincent – Fnac Live Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Air : fait du Fnac Live son air(e) de jeu

A quelques mètres de là, au Louvre, un cinéma en plein air propose de redécouvir quelques pépites sur bobine. En ce mercredi, il a mis le film « The Virgin Suicides » à son affiche. Le chef d’oeuvre de Sofia Coppola dont la bande son est justement signée par nos français de Air. Il n’y a rien de surprenant à ce que les acolytes Nicolas Godin et Jean-Benoit Dunckel soient à l’origine d’une BO si réussie. La clé de leur écriture musicale réside en une symphonie à la cinématographie léchée. Et c’est également le cas de leur scénographie à la pureté travaillée. On frissonne volontiers lorsque le groupe interprète en version instrumentale le culte « Playground love » extrait donc du fameux film. Comme chez Coppola, le décors semble passé sous filtre, l’instant est unique, la french touche est là. Toutes les cartes sont en main dès les premières minutes alors que le combo nous offre l’immense « Sexy boy » dès son apparition. Set culte pour concert maxi best off géant, on se fait aussi plaisir en écoutant « Cherry blossom girl », déjà interprété à peine quelques semaine plus tôt en duo avec Charli XCX à We Love Green. Point de brat ce soir, mais la promesse d’un été bien plus doux, encore et encore.

AIR - Fnac Live Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
AIR – Fnac Live Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Eddy de Pretto : la fête d’un pro

Il est l’évidente tête d’affiche du jeudi soir, le kid De Pretto n’est plus un kid et n’a rien perdu de sa superbe. il fait ce soir un retour très attendu au Fnac Live. Habitué de cette scène, le chanteur officie avec le décors confectionné pour « Crash Coeur » son dernier né et composé d’un panneau publicitaire géant. Génie indiscutable de la chanson mais surtout plume affutée au textes engagés,  il excelle toujours autant à la création que sur scène. Maître des foules, il l’harangue régulièrement et l’engage dans sa performance. Faire chanter le côté droit puis le côté gauche en un défit général, le visage satisfait, est un jeu d’enfants pour lui. Pointe alors l’émotion pour celui qui se souvient qu’on ne croyait pas en lui à ses débuts : « On me disait trop étrange, trop roux, qui plus est homosexuel » lance-t-il face à un public heureux de le porter en idole. Côté répertoire, notre homme préfère sa dernière galette  au reste de sa discographie. Pour autant, la foule en connait chaque mot alors que le succès n’a jamais décru depuis la bombe qu’était « Cure », épiphanie musicale fantastique, fable à la vérité aussi sensible que pénétrante. On s’offre quand même quelques classique de « Kid » en début de set à la « Fête de trop » en bout de course. Côté nouveautés, impossible de ne pas s’amuser sur le titre « Papa $ucre » et de ne pas chanter sur « R+V » et son hommage aux figures inspirantes  LGBT de Rimbaud à Freddy en passant par Warhol. Eddy de Pretto a définitivement sa place parmi eux.

Eddy de Pretto - Fnac Live Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Eddy de Pretto – Fnac Live Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar
Eddy de Pretto - Fnac Live Paris 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Eddy de Pretto – Fnac Live Paris 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Olivia Ruiz : réparer nos petits coeurs tout mous

La surprise cette année vient sans nul doute d’Olivia Ruiz. Peut-être parce qu’on l’associe volontiers à un parcours musical plutôt doux-amer et qu’on l’attend dans ce registre. Pourtant la chanteuse rabat les cartes et défit tous les pronostics. Très prolifique, la musicienne s’est offert depuis ses débuts à la Star Academy en 2001, six albums qui cartonnent. Son dernier né, « la Réplique »,  a vu le jour il y a un an et lui offre une belle occasion de refaire un tour des planches. Et contre toute attente, Olivia Ruiz est une véritable tornade scénique. On danse volontiers alors que ses rythmes effrénés entrainent l’audience  dans une folle ronde. Vêtue d’une tenue Lacoste, la chanteuse profite d’une belle modernité que se soit dans son esthétique ou dans ses mélodies. Cette journée de samedi prend alors un tournant festif qui colle parfaitement à la belle saison.Reste à profiter des classiques de la chanteuse et d’une version modifiée pour le live de « La Femme chocolat », plus puissant et plus latino que jamais. Un de ses classiques avec le culte « J’traîne des pieds », toujours indémodable.

Zamdane fait péter les plombs au Fnac Live

L’expression péter les plombs aura vécu dans ses deux sens en cette soirée du jeudi ! Déjà son sens le plus imagé. A peine le rappeur débarque sur scène que voilà toute l’audience qui chante chaque mot de ses titres avec lui. On a bien dit chaque mot ! A tel point que le voilà qui lâche régulièrement son micro au public pour le regarder, avec tendresse. Avec son crew à ses côtés, le musicien est déchaîné. Quelques bruits de kalash viennent peupler le live (certes, on se demande si leur utilisation cliché est vraiment nécessaire), et l’audience réagit au centuple. Rappeur à fleur de peau, textes sensibles, le musicien d’origine marocaine parle régulièrement de Marrakesh et du quartier de Bab Doukkala où il a grandit dans ses compositions.Une façon de rendre son parcours universel et d’amener son public à s’identifier dans cette part qui touche à l’intime. Ce traitement de sa vie, cette sincérité, et avec Nekfeu pour inspiration,  sont autant de raison de son succès. Son histoire de vie, elle parle aussi au plus grand nombre et ce sentiment se transmet autant en album qu’en live. La foule lui répond comme à un ami, l’énergie est immense. S’il illumine les coeurs, les lumières de la scènes elles s’éteignent d’un coup. Un problème technique temporaire qui permettra au musicien de repartir de plus belle et de revenir sur son dernier album en date « Rahma » paru cette année.