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Concert et politique - crédit photo Louis Comar
Lambrini Girls Rock en Seine – crédit photo Louis Comar

Aller à un concert c’est pour se détendre, doit-on vraiment nous parler de politique ? Cette question, loin d’être la nôtre, on y a été particulièrement confronté.es ces derniers temps. En cause, une vidéo que l’équipe de Pop&Shot réalisait à Rock en Seine suite au concert de Lambrini Girls. Le groupe de punk anglais y arborait un fond de scène avec écrit « Fuck Marine Lepen » et profitait de son show pour balancer ses messages engagés contre l’extrême droite et pour les droits des personnes trans. Un set important, en plus d’avoir été un live bouillant à vivre. Toujours est-il que les défenseurs de l’extrême droite française ont profité de ce post sur Facebook pour nous lâcher quelques 1500 commentaires plein de haine. Au milieu d’un tissus auquel il serait impossible de répondre (parce que les termes « elles puent la pisse » et  » buveuses 8.6 chaude » ne constituent pas un avis assez intéressant pour faire le charme d’un débat intelligent), cette question a donc surgi à de nombreuses reprises. Un concert peut-il être un simple lieu d’amusement ? La musique ne pourrait-elle pas simplement être de la musique et se détacher de tout propos sur la société qui l’entoure ?  Et l’affaire de Mackelmore, exclu des premières parties d’Ed Sheeran en raison de son soutien à la Palestine, n’a fait qu’enflammer le débat. Une occasion pour nous d’explorer ce vaste sujet et d’y apporter un début de réponse. De Billie Holliday à Dolly Parton en passant par Lady Gaga, Madonna, Thom Yorke, Elvis Presley, Oasis, les Sex Pistols ou encore Mackelmore, on fait un petit tours du sujet. Pardon, mais du coup les termes « pue la pisse » ne feront donc plus partie du débat. Mais merci à vous aussi les sniffeurs d’écrans pour votre contribution.

L’art est-il politique ? concert et politique

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
crédit photo Louis Comar

On vit une époque où on nous dit que tout est politique. Un terme repris avec tant de force qu’il finit parfois par perdre celles et ceux qui le lisent. Peut-être donne-t-il aussi le tournis. La prise de conscience est souvent douloureuse. Pourtant les faits sont là : le contexte est primordial. L’existence même d’un projet musical dépend de son environnement politique. Le simple fait de pouvoir se produire sur scène et d’en faire un espace libre d’expression n’est pas anodin. Les dictatures brûlent les œuvres, en font des moyens de propagande, font taire celle et ceux qui les critiquent. L’art est toujours le miroir de son environnement. Il en est la réponse, l’analyse, la critique, porteur de révoltes et de messages. Il est, pour le plus grand nombre, notre éducateur sentimental et intellectuel. Et dans ce tourbillon, la musique est son émissaire le plus efficace et certainement le plus direct.

Littérature, musique, politique

Concert et politique - Palestine crédit photo Louis Comar
Crédit photo Louis Comar

On aura vite fait de balayer l’idée que le punk puisse avoir mot au chapitre en terme de politique. Qu’en savent ses représentant.es ? Et puis où serait donc la musicalité dans un courant incompris ? Le mépris de classe veut qu’on catalogue les arts et registres. Certains mériteraient donc plus d’attention et de respect que d’autres. Au risque de surprendre (non), la contre-culture punk n’est pas la seule à dénoncer. Au contraire, toute l’histoire de l’art regorge d’exemples en ce sens.  Chères élites, votre ami Jean de La Fontaine, utilisait déjà son art pour moquer le roi Louis XIV à travers une satire qui utilisait le masque des animaux  pour mieux donner sens à son propos. Victor Hugo parlait de la peine de mort dans « Journal d’un condamné » pour ne pas citer l’évident « Les Misérables ». On pourra aisément ajouter « Germinal » de Zola à cette courte énumération.  L’idée n’étant pas de perdre de vue notre thématique, on évitera de fouiller dans l’immense terreau littéraire qui grouille d’exemples en la matière. Le questionnement sur l’art est l’une des grandes thématiques en philosophie. Il n’a pas vocation à être beau et à s’accrocher dans son salon. Evidemment, il peut être beau – parfois sublime mais ce n’est pas sa raison d’exister. Si tout est politique qu’en est-il d’artistes qui refuseraient de prendre position sur scène ? Nous reviendrons plus tard sur le cas Ed Sheeran pour mieux parler de Thom Yorke. Le monde actuel exige une transparence constante. Le meneur de Radiohead en a payé les frais après avoir refusé d’offrir son soutien à  la Palestine pendant un concert. Un membre de l’audience l’avait interpellé en lui demandant de s’engager aux cotés de Gaza. Le chanteur qui a pourtant  pour habitude de se tenir du côté des opprimés avait alors choisi de ne pas répondre à cette demande. Ce n’était selon lui pas le bon moment. Une absence de prise de position qui avait été vécue comme une trahison envers la cause et qui a été reprise en boucle sur les réseaux sociaux.  Le monde actuel laisse finalement peu de place aux opinions mitigés et c’est aussi parce que les thématiques que nous rencontrons sont de toute gravité et requièrent une profonde urgence. La crise écologique et les guerres ne sauraient attendre.

Oasis, les Beatles, la représentation des classes sociales

Il n’empêche qu’il n’y a pas toujours nécessité à parler pour être l’émissaire d’une idée.  Même sans rien dire, la notoriété de certains artistes ne sont pas sans sens.  Oasis et les Beatles partagent une aura commune. Les deux groupes viennent des couches populaires de villes industrielles d’Angleterre, respectivement Manchester et Liverpool. Aujourd’hui, malgré les millions, le franc-parlé des frères Gallagher et leur refus de jouer le jeu d’une certaine manière bourgeoise d’afficher sa fortune font échos pour  des millions de fans. Ils s’identifient à une attitude, une éducation, un espoir de chances. Il y a une véritable défiance, une lutte des classes qui se joue en l’attachement à des groupe. Et leur capacité à remplir des stades en quelques secondes sont l’héritage de cette attitude. Liam est le représentant d’un Manchester ouvrier et, lorsqu’il refuse de jouer la carte du media training pour rouler des mécaniques, le charme opère. Et ce malgré les 400 millions de bénéfices engendrés par la tournée de réunion d’Oasis. Les prix  actuels des billets de leur tournée 2027 et l’utilisation des prix dynamiques  en 2025 vont à contre-sens de ce qui fait leur célébrité. Peut-on représenter une classe sociale et l’exclure en même temps d’un accès à la culture ? L’augmentation actuelle démesurée des prix des concerts est politique. Certes une tournée paye un immense nombre d’intervenant.es et de lieux et ces profits ne vont pas uniquement dans les poches de l’artiste. Il n’empêche que la musique doit rester populaire et accessible au plus grand nombre.

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
Shaka Ponk – Crédit photo Louis Comar

La regrettée Dolly Parton, qui nous a quitté cet été avait elle aussi une image de première importance. Certes, la musicienne était ouvertement engagée sur de nombreuses causes (santé, éducation, soutien aux démunis …) mais son look à lui seul en disait long. En choisissant un style extravagant, perruque blonde et franc parler qui sent le chewing-gum, en refusant le « bon goût » de la bourgeoisie, en gardant « l’attitude » de la fille issue de la pauvreté qu’elle était, Dolly a acquis un statut d’idole.  Sa façon d’être, elle ne l’a jamais tronquée. Ce refus des codes et conventions, c’est aussi une façon de faire rêver – un exemple inclusif. Ce naturel, elle était connu pour l’amener avec elle sur scène où elle prenait plaisir à beaucoup échanger avec le public, notamment sur son enfance dans la pauvreté au Tennessee. Elle aimait à plaisanter sur son apparence en disant :  » Ça coûte beaucoup d’argent pour avoir l’air aussi bon marché. » Une façon de rappeler qu’on doit être fier.es de nos origines.

Une longue histoire de musique, de luttes et de révoltes concert et politique

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
Crédit photo Louis Comar

Cette histoire de lutte sociale ne date pas d’hier. Elle habite l’histoire de la musique et en est le cœur. Lorsque Billie Holliday chantait « Strange fruit », elle ne parlait pas – spoiler alert – d’un fruit. Elle parlait du lynchage de la communauté afro-américaine dans le Sud des États-Unis. Cet étrange fruit, c’est la métaphore d’un homme pendu à un arbre. Le titre est d’ailleurs, à sa sortie en 1939, perçu comme une  déclaration de guerre en plein mouvement pour les droits civiques.  Il est interprété pour la première fois au Café Society à New-York, un jazz club particulièrement progressiste. À cette occasion les lumières s’y sont éteintes, le service s’est arrêté, et c’est dans le plus grand des silences qu’elle entamait son titre. Une histoire abominable de racisme abjecte hante, comme on le sait, les racines du blues. Ce crie de libération est issu des chants de travail des esclaves afro-américains. D’abord chanté pendant le labeur pour exprimer une douleur collective, il devient post abolition une façon de raconter et de commémorer la misère, l’errance.  Tous les courants qui en découlent, le rock parmi eux, ne pourront jamais se revendiquer d’être entièrement apolitiques.

Autre légende, autre positionnement. Elvis Presley a toujours refusé de s’engager sur le terrain de la politique, se voyant comme une « simple » chanteur. Il refusait de prendre position sur les sujets qui touchaient son époque. La guerre au Viêtnam en tête de liste. Il expliquait ne pas vouloir diviser son public et pour autant… sa petite histoire inscrite dans une bien plus grande histoire disait toute autre chose. Dans une Amérique conservatrice et ségrégationniste, il popularisait le blues et le gospel. Sa gestuelle sexualisée lors de ses concerts bousculait la morale des années 50. Et tout cela a impacté la société Américaine à grande échelle.

Et le punk dans tout ça ?

Lambrini Girls
Lambini Girls crédit photo Louis Comar

L’histoire même du punk est intimement liée aux luttes contestataires. Sans nécessairement incarner un courant politique particulier, le genre est né de l’opposition à l’establishment anglais. Au programme donc, nihilisme et anarchie. Existant comme une contre-culture, il crée  un sous-genre à la fin des années 70 au Royaume-Unis. : le Oi!.  C’est une réponse à la commercialisation du punk originel qui à force de se vendre devient, aux yeux de certain.es, trop bourgeois. Les jeunes des quartiers populaires s’y retrouvent comme les skinheads – à l’époque non politisés- . Puis les différences explosent. Là où les Sex Pistols prônaient l’anarchie au UK, défiaient la reine d’Angleterre sur « God Save the Queen », l’accusant même d’être la source de la crise économique du pays, le Oi! se divise. Certains groupes se plongent dans l’idéologie néo-nazie. En réponses d’autres groupes du même courant mais de gauche comme The Burial affichent fièrement leur  position anti-raciste. D’autres groupes de punk créent ensemble des rassemblement contre le fachisme. Ils prennent d’assaut les scènes et se retrouvent en concerts pour dénoncer le racisme. Parmi ceux qui y participent on retrouve The Clash, Buzzcocks, Steel Pulse, The Ruts … Lambrini Girls sont donc les dignes héritières d’une histoire qui ne demande qu’à être entendue.

Vitalic - Fnac Live - 2022
Vitalic au Fnac Live 2022 – Crédit photo : Louis Comar

La lutte pour l’équité durant les concerts est une arme essentielle. Le meilleur moyen de transmettre un message est évidemment d’en parler, beaucoup, tout le temps. Ils sont l’occasion de parler au plus grand nombre et de créer des consciences.  Vitalic l’expliquait à juste titre dans une interview qu’il nous accordait en rapprochant concerts et raves : « Le disco des années 70, les chants des esclaves noirs dans les champs de coton. La musique est politique. La rave, ce n’est plus très nouveau, mais c’est un peu la nouvelle forme de prise de liberté sans demander l’autorisation. »

Free Palestine !

Concert et politique -Fontaines D.C. crédit photo Louis Comar
Fontaines D.C. – Crédit photo Louis Comar

Aujourd’hui, tous les yeux sont tournés vers Ed Sheeran. Pour rappeler les faits, Mackelmore, qui ouvrait sur la tournée du célèbre musicien, s’en est fait exclure. En cause, ses déclarations de soutien à la Palestine et à la population de Gaza pendant le spectacle. Tout en rappelant que dénoncer Israël n’était pas attaquer la communauté juive, le musicien s’est attaqué au génocide en court. Des propos qui n’étaient pas au goût de Pink. Après que cette dernière s’en est plainte sur les réseaux sociaux, la sanction est tombée. De son côté Ed Sheeran a vu tous les artistes qui devaient assurer ses premières parties se désister et sa prise de position très molle sur le sujet n’a fait que renforcer l’indignation du public. Mackelmore a choisi de son côté de reverser tous les cachets de cette tournée à des association venant en aide à la Palestine. Le sujet est de prime importance et rappelle que la liberté de parole, même sur des espaces scéniques, n’est pas sans conséquence. Et si cette parole dérange, si elle agite, c’est parce qu’elle est vitale. Kneecap ne dira pas le contraire. Le groupe irlandais a lui aussi soutenu la Palestine lors de chacune de ses représentations scéniques. Accusée d’apologie du terrorisme pour avoir brandi lors d’un concert un drapeau du Hezbollah, la formation a vécu de nombreux procès. Mais elle est surtout à l’origine de la perte de subvention de l’Ile-de-France pour Rock en Seine. La région a en effet fait pression sur le festival pour qu’il déprogramme le groupe en 2025.  Une demande refusée et un acte fort de la part de l’évènement dont les conséquences s’inscrivent dans le long terme. Les artistes profitant de la scène pour parler de la situation palestinienne sont nombreux. Fontaines D.C, les potes de Kneecap affichent le drapeau à chacun de leurs lives, Hayley Williams scande des « Free Palestine » pendant ses représentations…

La pop popularise la sensibilisation

La défense des minorités et des opprimés est omniprésente. En la matière, la pop n’est pas en reste. Et c’est d’autant plus pertinent qu’elle vient toucher un public varié et souvent dès le plus jeune âge. Les Spice Girls en sortant le Girl Power ont permis à toute une génération de jeune-fille de se confronter pour la première fois au féminisme. Et ce sur album comme sur les planches. Impossible d’oublier leur concert à Paris-Bercy en 1998 et leur interprétation de « Two become one », qui traitait de rapports protégés.

Concert et politique -
Madonna – crédit photo Louis Comar

Autre époque, autre histoire. Nous sommes en 1986, l’épidémie de SIDA bat son plein à New-York. Les morts sont nombreux, la stigmatisation d’une violence sans nom. Le Pyramid Club, célèbre salle artistique de la Grosse Pomme, organise un gala de soutient à Martin Burgoyne, ami, colocataire et premier manager de Madonna. Il est atteint du VIH, les frais médicaux aux États-Unis sont hors de prix, impossibles à financer. Andy Warhol et Madonna participent activement à cette soirée et en profitent pour briser un mythe alors tenace : on peut partager la même pièce qu’une personne malade sans risque. C’est l’une des nombreuses actions qu’a eu Madonna pour lutter contre l’épidémie et l’ostracisation des personnes qui en étaient victimes.

La scène pour les droits LGBTQIA+ concert et politique

Lady Gaga
Lady Gaga – crédit photo Louis Comar

Elle est également et a toujours été une alliée de taille pour la communauté LGBTQIA+.  En 2012, elle se produit en Russie alors que la répression y est au plus fort. Elle profite de son concert pour défendre ouvertement les droits de la communauté. Une action qui lui vaudra des poursuites et des menaces de sanctions de la part des autorités locales. Mais qu’importe, le message est passé et est entendu.

Elle est loin d’être la seule à avoir profité de ses concerts pour donner de la voix à ce sujet. En 2023, le groupe The 1975, de passage à un festival en Malaisie, critique ouvertement la criminalisation des relations homosexuelles dans le pays. En guise de protestation, Matt Healy embrasse son bassiste Ross MacDonald face au public. Les autorités locales arrêtent alors immédiatement le concert et annulent le reste du festival. Plus tard, elles attentent un procès contre les musiciens et mettent même en place de nouvelles lois pour éviter que ce type d’évènement ne se reproduisent. Pour les personnes sur places, victimes d’un gouvernement criminel en leur égard, ces voix qui s’élèvent pour les représenter et leur offrir un autre réalité sont de première nécessité.

Concert et politique - crédit photo Louis Comar
The 1975 _ crédit photo Louis Comar

Impossible évidemment d’aborder le sujet sans évoquer Lady Gaga. Alliée depuis ses  débuts, elle n’a de cesse de défendre la communauté à chacune de ses apparitions. Sur son Mayhem Ball Tour, elle arborait notamment une traîne arc-en-ciel géante. Au moment de la sortie de l’album « Born this Way » et toujours en Malaisie, Les paroles « gay, straight, or bi, lesbian, transgender » sont supprimées sur les radios. Gaga répond plus fort et demande à son public sur place de s’affirmer, de se battre pour ses droits. Côté média, elle sera également la première personne à utiliser le mot « transgenre » à la télévision à l’occasion de son invitation au SuperBowl en 2017. Une autre scène, visible elle sur les écrans du monde entier.

Et le féminisme concert et politique

Si le sujet est si vaste qu’il mériterait un véritable ouvrage pour le traiter entièrement il faut bien lui donner une fin. Difficile en cette rentrer 2026 de le clore sans évoquer le Daisy Chain Fields. Le festival créé à l’initiative d’Olivia Rodrigo se tenait en Californie le 29 août. Sa particularité ? Une programmation 100 % féminine. Un évènement qui s’inscrit dans la continuité du Lilith Fair créé par Sarah McLachlan en 1997. Il était une réponse à une industrie musicale sexiste et aux promoteurs qui affirmaient alors qu’un festival uniquement composé de femmes serait un flop. Sheryl Crow, Tracy Chapman, Jewel, Fiona Apple, Erykah Badu ou encore Missy Elliott avaient alors prouvé que ces aprioris étaient aberrants. L’évènement fut une succès critique et commercial. Aujourd’hui Olivia Rodrigo vient ajouter sa pierre à l’édifice. Elle invite Chappell Roan, Doechii, Garbage, The Breeders, Mitski, Bikini Kill, Santigold, Stevie Nicks, Rachel Chinourir pour ce qui est sans nul doute, l’un des évènements les plus importants de l’année. Pour aller plus loin, elle rend le festival entièrement caritatif. Les artistes s’y produisent gratuitement, les fonds sont reversés à dix associations venant en aide aux femmes et aux jeunes-filles.

Concert et politique - rock en seine crédit photo Louis Comar
Rock en Seine – crédit photo Louis Comar

Certes, le concert reste un lieu de plaisir, un moment pour s’échapper, pour s’aérer et pour se laisser aller. Mais il est impossible de mettre culture, art et politique dans des paniers différents. La politique d’un pays permet ou non à un artiste de se produire sur scène. Le simple fait qu’il soit possible de voir des femmes jouer sur scène est le résultat de luttes et de révoltes. Le fait de pouvoir s’y exprimer sans censure, de pouvoir chanter sur tout sujet est une prise de liberté et de droits. Celui de se rassembler, de faire la fête. Le budget alloué à la culture qui permet la création d’évènements est un enjeu de taille chaque année. Il faudra toujours des artistes pour parler au nom des plus démuni.es et pour rappeler la chance que nous avons de vivre en un lieu et une époque qui permet simplement de pouvoir aller les voir se produire. Une chance  dont la fragilité est tangible.  Une notion à garder en tête à l’approche de chaque élection.


Lambrini girls à Rock en Seine Photo : Louis Comar

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SUM 41 - Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar
SUM 41 – Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar

On dit toujours que la trentaine est un sacré coup de vieux, sûrement l’a t elle été pour SUM 41 qui décide de souffler les bougies une dernière fois après (presque) trente ans de carrière. 9 albums, des dizaines de tubes, 40 000 fans réunis dans un stade et 28 x 41 jours d’été au compteur, le plus punk rock des groupes de pop punk tire sa chandelle dans une belle équation. Leur dernier passage à Paris était l’occasion de dire adieu à l’Europe devant des milliers de nostalgiques et néophytes des bas résille, mitaines, converses et mèches devant les yeux. Retour vers le passé pour un concert no future. 

NECK DEEP ET HEADBANG 

Quelques soucis de RER et une traversée endiablée de la Défense nous empêchent d’arriver à temps pour les français de Dynamite Shakers. Nous sommes pile à l’heure pour Neck Deep, groupe plus pop punk que Sum 41 eux mêmes. Les britanniques proposent un set énergique qui trouvent de nombreux échos dans une foule réceptive. Le son un peu brouillon rend difficile la découverte aux néophytes mais l’énergie du groupe est communicative. Un discours émouvant du frontman sur l’acceptation de toutes et tous clôture un plateau énergique avec une dimension politique. Le groupe n’hésite pas à affirmer le pouvoir qu’ils ont en s’adressant à 40 000 personnes réunies, et appelle à la libération de la Palestine dans un moment touchant et fort. Ils laissent finalement la place à leurs mentors Canadiens, sans qui eux même « n’existeraient pas aujourd’hui ». 

MESSE PUNK ROCK

La salle affiche sold out depuis plusieurs mois déjà, alors lorsque la playlist de pre-show passe Blink 182, Papa Roach, Green Day etc… les 40 000 voix s’unissent assez fort pour faire carburer la Dolorean jusqu’en 2001. « Motivation » (issue de All killer no filler) détonne à mille décibels, puis « The hell song », puis « Over my head », puis « No reason » puis… ça n’arrête pas ! Le groupe a préparé un véritable best-of pour dire au revoir à ses fans. Près d’une trentaine de morceau sont interprétés ce soir (coïncidence ? à vous de voir), de quoi ravir tous les fans, de ceux qui ont grandi à la bande-son skate-punk à ceux encore en train de grandir. 

SUM 41 - Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar
SUM 41 – Paris La Defense Arena 2024 _ Crédit photo : Louis Comar

PLUS POP QUE PUNK 

L’ambiance est bonne enfant et le public parisien est enchanté par tous les effets scéniques du groupe. Flammes, feu d’artifice, confettis et cotillons, ballons géant, c’est une kermesse géante ! Outre les belles images que ces effets proposent, le timing ultra précis empêche en partie la spontanéité du groupe sur scène, mais surtout d’être à 100% punk. SUM 41 a été plus pop que punk ce soir avec ce show réglé au cordeau, comme une pièce de théâtre. L’esprit très rock et exceptionnel de la soirée s’éclipse donc un peu derrière cette scénographie millimétrée aux airs de réchauffé. On sent moins la dimension unique de cette date d’adieu, même si la fête est belle.

LE DERNIER JOUR DE L’ÉTÉ 

Néanmoins, ce serait mentir que de nier le très bon moment passé en compagnie de la bande à Derrick Whibley. Les canadiens  ont offert un show grandiose offrant une rétrospective sur une carrière qui a marqué les esprits de tellement de (grands) adolescents. Les deux rappels, les reprises des morceaux par le public et la quantité assez délirante de moshpit dans la fosse a réussi à faire de cette date un concert marquant pour le groupe et pour les fans. « So long goodbye », merci SUM 41 pour ces premiers élans de rébellion juvénile, pour tout ce gel dans les cheveux et ces voix cassées à force de scander vos refrains. L’été est fini, c’était un beau couché de soleil. Et pour les nostalgiques de la nostalgie, il semblerait que le concert ait été enregistré et filmé…


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We Hate You Please Die @ Le petit bain 2021
Photo : Louis Comar

Il aura fallu s’armer de patience pour retrouver les fous furieux de We Hate You Please Die en live. En juin, lors de leur interview, la question de revoir sur scène la quatuor originaire de Rouen se posait déjà.  Tout vient donc à point à qui sait attendre et en ce 2 décembre, c’est dans un petit Bain complet que les retrouvailles ont finalement lieu.

La foule est dense et connaisseuse et le lieu se transforme aisément en bar punk faisant oublier les températures glacées extérieures. C’est MSS FRNCE qui a la lourde tâche d’ouvrir la soirée. Pas de quartiers pour le groupe punk parisien qui balance ses sons énervés sans retenue. La sophistication n’est point de rigueur, seules les guitares déchaînés font échos à des riffs calibrés pour les grosses enceintes et le lâché prise. La musique du combo sent bon la bière, les pogos et la transpiration. D’ailleurs, il n’en faut pas plus pour que la foule se mette dans le jus, un jus au houblon et bien secoué. La fosse est chauffée, l’air électrique, il est temps de laisser place à la tornade We Hate You Please Die.

We Hate You please die à l’abordage du petit bain

Voilà donc le quatuor originaire de Rouen qui débarque en trombe sur scène sur le titre « Exhausted + ADHD » issu de sa dernière galette. Engagé, il n’hésite pas à inscrire sur leur caisse le message « More women on stage ». Une notion cohérente pour un groupe à la parité évidente, puisque composé de deux hommes et deux femmes et ce même si cette alliance des genres, s’avère être une pure coïncidence liée à une entente artistique. D’ailleurs en seulement quelques notes, cette dualité rappelle sa pertinence. La voix grave et précise de Raphaël Balzarise fait ainsi l’écho puissant des riffs chantés en guise de chœur par Chloé Barabé. C’est cette alliance entre voix torturée et hymnes riot girl qui font d’ailleurs la force immédiate de We Hate You Please Die. Ce qui se vaut sur album se vaut aussi en live. A cela près que la puissance des titres est alors décuplée. Les titres s’enchaînent « Barney », « Structure » mais aussi « Otterlove » sont de la partie.

Quelques jours avant que le gouvernement n’interdise de danser, rappelant que l’art et la vie en société peuvent aujourd’hui devenir à toute vitesse un crime, notre quatuor invite lui à l’union. Au fond de la salle un petit groupe aux tenues punks s’amuse à raconter ne pas aimer ce type de musique. Des éclats de rire et des mouvements saccadés viennent alors trancher avec cette phrase définitive. Aux premiers rangs, la tension monte d’un cran lorsque Raphaël invite la foule à se diviser en deux groupes. « D’un côté team Pécresse et de l’autre team Ciotti » s’amuse-t-il avant de rebondir « Non ok, team Edward et team Jacob alors ! ». Dans une ambiance bon enfant, la fosse se scinde en deux, sagement. Le leader invite aux pogos, et les pogos furent.

Avec précision, les rouennais vont chercher chaque membre de l’assistance et l’invite personnellement à prendre part à la grand messe qui est en train d’avoir lieu. Les instruments sont millimétrés, le groupe sait se faire sophistiqué, sublimer le rock et l’inviter à fusionner. Alors que le post punk a depuis quelques temps eu l’excellente idée de revenir sur le devant de la scène, nos compères jouent avec ses codes et lui offrent une énergie garage bien à eux.

La foule n’est pas la seule à pogoter et slamer avec ferveur. Là, au milieu de ce tourbillon humain bouillonnant, le leader se lance dans un slam épique, retenu par une foule qui profite de ce lâcher prise effervescent. Les guitares saturées et la batterie sauvage de « Coca Collapse », ce jeu de mot sublime, ne font qu’accentuer la beauté de l’instant. La chanteur ajoute à un débit hallucinant quelques parties au screamé léger. Au fond de la salle, une bière à la main, l’assistance danse volontiers en demandant encore et toujours plus.

Une cover punk s’invite à la partie alors que la joyeuse troupe reprend « Bad Girls » de M.I.A qui annonce déjà le début de la fin de ce moment si attendu. C’est sur les deux hymnes cultes du groupe qui sont aussi le nom de ses deux opus que se conclut la soirée. « Can’t wait to be fine » se déguste comme un dernier moment psyché rock avant de tout donné sur le maintenant classique « We Hate You Please Die ».  La troupe se laisse alors aller à ses notes, jouant avec les corps et les tordant comme des cordes de guitares. Raphaël vit ce dernier instant avec une ferveur communicative. La douceur de ses premières secondes montent en une intensité culminante, les instruments se font obsédants, les corps sautent, se roulent sur le sol, la tension est à son apogée, le rubicon a depuis longtemps été franchi. Alors que les échos de ces paroles puissantes pourtant sorties d’une bande-dessinées sont scandées, le public lui, les yeux rivés sur la scène n’a de cesse de penser « We Love you ». Pour ce qui est de la fin de ce titre, on ne s’était pas sentis si vivants depuis bien longtemps. Les larsens dans les oreilles, alors qu’il faut rejoindre le froid extérieur qui tranche avec violence avec le moment passé, il est bon de se rappeler qu’il faut protéger la musique live à tout prix. Elle est la clés d’une humanité qu’il ne faut jamais sacrifier sur l’autel de la peur.


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The Hives @ l'Olympia Paris 2021
Photo : Louis Comar

Mercredi 17 novembre 2021, après une journée beaucoup trop fraîche dans la capitale française, le froid a laissé passer quelques rayons de soleil, et une chaleur mitigée. Assez du moins pour permettre à quelques fans téméraires d’attendre le retour de la légende suédoise, The Hives, devant les portes de l’Olympia. Amassés devant la grille, ces fans inconditionnels espèrent bien prendre d’assaut le premier rang  pour vivre la fameuse tornade venue du Nord de pleine face. Logique, le groupe de trente ans d’âge est réputé pour ses incroyables performances live.

Quelques heures avant de monter sur scène, Howlin’ Pelle Almqvist, le chanteur sirotait dans les loges un café chaud, confiant au passage être un peu malade. La faute à de nombreuses journées sans repos à courir les salles et les scènes. Pourtant rien ne pourra l’arrêter ni l’empêcher de tout donner en concert. C’est la passion de la scène qui les pousse, lui et sa folle troupe de compères en noir et blanc, à exister. « Je suis content que vous soyez là les gars, mais personne ne viendrait, je continuerai quand même à faire des concerts. » s’amusait-il d’ailleurs.

Come On !

Il est 20 heures lorsque le concert commence sur une performance survoltée de The Dahmers. Originaire de Suède, le groupe de rock garage féru d’horreur, arbore des costumes de scène noir et blanc mais cette fois à l’effigie d’un squelette. Enervés et énergiques, la joyeuse bande balance franchement, bondit et rugit tout en insistant sur sa passion du gore et son envie de donner des frissons. Pas vraiment étonnant quand on sait que la fine équipe a choisi le nom d’un tueur en série comme étendard. Côté public, la chaleur monte d’un cran et les notes acérées font mouche. Aiguisée comme une pointe de couteaux, les morceaux entrent autant en tête que les périples du célèbre serial killer qui n’avait pas hésité à ouvrir le crâne d’une de ses victimes. Détail atroce, on en conviendra.

The Hives @ l'Olympia Paris 2021
Photo : Louis Comar

Les lumières se rallument, avec une violence presque douloureuse. L’heure pour certains de se ruer sur l’un des nombreux bars de la salle et prendre quelques victuailles avant de se lancer dans l’arène.  Un show de rock se doit de sentir la bière et la sueur. Pour la deuxième partie, l’audience peut compter sur The Hives qui débarquent enfin, à 21 heures sous un tonnerre d’applaudissements. Sans grande surprise les musiciens balancent d’emblée leur titre « Come On » en invitant le public à se déchaîner. Dans leurs nouveaux costumes du meilleur effet, qui brillent dans le noir, ils transforment immédiatement l’Olympia en un immense garage où le rock est roi. Le costume, expliquait le chanteur, est bien la façon d’être encore plus punk que les punks. Après tout, faire un pied de nez aux tenus traditionnellement associées au courant, n’est-ce pas la meilleure façon de se rebeller ? Le ton est donné.

L’heure du crime

La sauce prend complètement alors que les titres s’enchaînent « Main Offender » précède « Go right ahead » alors que Pelle enchaîne les sauts et les bonds, se jetant régulièrement de son ampli, les cheveux au vent. Garder le rock’n’roll sexy malgré les âges ? Voilà l’une des problématique d’une formation qui une fois sur scène n’a rien perdu de sa superbe et de sa folie. Le frontman n’a de cesse d’interpeller la foule, de lui parler. En anglais, en français avec aisance et un fort accent qui lui fait prononcer le U d’album. L’initiative est appréciée de tous alors que la foule maintenant devenue un seul corps répond favorablement à chaque demande et à chaque note distillée par les maîtres de la soirée.

Il est temps d’écouter un nouveau morceau et « Good Samaritan »parue en 2019, ce qui dans l’histoire des Hives est particulièrement récent, fait trembler les murs de la mythique salle. Le groupe sait composer son histoire et s’inspirer de ses icônes, recréant l’univers particulier d’un the Sonics, Social Distortion ou même des Dead Kennedys en un nouveau jus dosé et actuel.  La set-list défile : « Two Timing Touch », « My Time is coming », « Hate to say I told you so » s’enchaînent.

Les yeux écarquillés, la tête pleine de notes, voilà que notre frontman interpelle la foule pour lui expliquer qu' »It’s my time ». Evidement après les confinements, les restrictions, les interdictions, qu’il est bon que l’heure soit enfin au lâcher prise, à l’amusement. L’anarchie rock, le tourbillon d’ondes déchaînées, vibrantes, larsenantes, enragées n’aura jamais été si pertinente, si bestiale et primordiale. Voilà donc que le messe est dite « If it’s my time, then it’s your time! » balance-t-il comme un cris de guerre. La troupe est alors mise à contribution. Il faut lever les mains, il faut répondre, il faut crier, et le tout fait office d’exutoire parfait. Un show de The Hives laisse les chichis au placard. Pas d’écrans, pas d’artifices, seule l’énergie compte. Et cette dernière se propage en ondes de chaleur et de notes. Elle percute chaque membre du public maintenant électrisé comme un pantin, sommé de danser. Quelques sauts en plus et voilà que l’onde touche jusqu’au plus réticent des spectateurs, qui a maintenant les bras dans les airs.

Une petite pause ?

« On va prendre 10 secondes de pause. » explique maintenant le leader. Non, impossible, les corps et les esprits sont chauffés, personne ne peut s’arrêter. « C’est pour mieux repartir pourtant. » justifie-t-il. Les pieds tapent, l’audience en demande plus, l’apogée du show, bouillante comme si son équipe venait de marquer un but, l’Olympia est un stade qui réclame d’être nourri et le rappel arrive alors comme une délivrance. Il en faut plus, laisser les pensées vagabonder et se perdre, encore dans les guitares saturées. Le groupe revient sur « I’m Alive » avant d’inviter toute l’assistance à s’accroupir. Ceux qui sont familiers des concerts de rock connaissent bien le principe, rester assis pour mieux bondir tous ensemble. The Hives faisait partie des précurseurs du mouvement. Le dernier saut de la soirée est collectif et enragé. Côté morceau, c’est « Tik Tik Boom » qui clôt les festivités. Tik, tik, tik, le temps passe si vite quand on s’aime.


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