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Boïte Noire Pierre nineyBoite Noire, de quoi ça parle ?

Avec Boîte Noire, c’est une immersion totale dans le monde de la sureté aérienne que propose Yann Gozlan. L’histoire est celle de Matthieu Vasseur, un jeune acousticien en poste au BEA  qui met à profit son ouïe pour enquêter sur des accidents aériens. Son quotidien est chamboulé lorsque le crash d’un avion de plus de 300 personne survient dans les Alpes. Entre paranoïa et théories complotistes, cette mystérieuse catastrophe en fait voir de toutes les couleurs aux personnages du film.

Boite Noire, est-ce que c’est bien ?

pierre nineyC’est bien connu, la France choisit ses films et plébiscite certains genres. Si la comédie et le drame sont toujours des valeurs sures, le film de genre et son petit cousin le thriller sont souvent boudés pour laisser faire les américains, reconnus eux comme maîtres du genre. Pourtant, certains réalisateurs s’amusent à faire mentir les nationalités, rappelant qu’il existe une certaine fierté nationale en nos terres et que l’Hexagone n’est pas en reste quand il s’agit de créer du polar, des enquête et du suspens tendu. C’est ici avec l’optique de se frotter aux maîtres Outre-Atlantique, n’hésitant pas au passage à citer les plus grands, que le réalisateur Yann Gozlan a choisi de se tenter au registre en s’appuyant sur une thématique très précise : le monde de l’aviation. Pour réussir son coup, le metteur en scène s’est entouré d’un casting cinq étoiles : Pierre Niney, Lou De Laâge ou encore André Dussolier. Pari réussi ?

Créer un thriller haletant, en prenant soin d’utiliser toutes les ficelles du genre  a particulièrement tenu à coeur au réalisateur qui prend le temps plan par plan d’établir son cadre de travail. Le résultat, fera sans aucun doute passer un bon moment au spectateur mais pourra, d’un point de vue expert, s’avérer parfois prévisible. La faute sûrement à un soin méticuleux apporté à reprendre les codes établis par les idoles du réalisateur, qui finit par tomber dans un excès de bonnes intentions et donc à absorber quelques clichés pour mieux les réadapter à sa sauce.

Néanmoins, la plus belle réussite, indiscutable, de  Boîte Noire se trouve dans le travail de recherche est d’observation réalisé par l’équipe du film au plus près du BEA. Il est ainsi possible d’en apprendre beaucoup sur tout le secteur de l’aviation, ses contrôles de sécurité, sur la fiabilité des appareils, de quoi potentiellement rassurer les aviophobes bien que le sujet du film soit un crash. Les dialogues, les informations, sont la preuve d’un travail de fourmis réalisé en amont par une équipe dévouée qui en a appris immensément sur les métiers autour de ce secteur qui fait toujours rêver. Après tout, l’homme n’a-t-il pas toujours rêvé de voler ? Dans ce même axe de précision, il est important de souligner l’immense qualité du travail fait par l’équipe de décoration, ses choix pointilleux et sa capacité à poursuivre l’immersion au delà du simple cadre du scénario.  Avec ça en tête, les quelques approximations qui perdurant  (la date du salon du Bourget notamment) ne sauraient choquer qu’un public initié. Reste également à souligner que si l’intrigue se tient en octobre 2020 et ne fait pas état de la pandémie, c’est surtout parce qu’il a été tourné en amont, soit fin 2019.

Une réalisation carrée

Boite noire yann gozlanTechniquement, tout est au point. Yann Gozlan gère très bien l’image et fait ressentir le plus justement chaque émotion du film. Le plan séquence à couper le souffle de la scène d’ouverture est d’ailleurs un bon moyen de mettre le spectateur dans le bain et de lui introduire l’élément central de l’intrigue : la boîte noire. Cet aspect du film est d’ailleurs l’une de ses plus belles forces. La photographie est impeccable. Les plans prennent le temps d’exister. Le réalisateur aime à filmer les émotions de ses personnages et surtout de son protagoniste, il prend le temps plan après plan, scène après scène. Chaque moment semble s’attarder face à la caméra qui invite le spectateur à ne pas en perdre une miette. De ce choix, la paranoïa devient plus palpable, les expressions du visage se scrutent une à une. L’intrigue se pose et s’impose avec douceur.

Le son est un des éléments clé de ce film. C’est dans un premier temps l’outil de travail principal de Matthieu Vasseur (Pierre Ninney), ce qui n’est pas sans rappeler « Le chant du loup » d’Antonin Baudry. Dans un second temps c’est aussi le moyen d’accentuer et de sublimer chaque scène du film. Il faut donc tendre l’oreille à chaque instant afin de ne rater aucun détail de Boîte Noire. Attention tout de même à ne pas se laisser berner par les faux sentiments de « peur » créés par la bande son pour compenser les lacunes de certaines parties du scénario. En effet, la musique vient souvent à remplacer les effets de mises en tension pour mieux créer un sentiment d’angoisse qui pourrait autant se gérer par le son que par l’image.

Pourtant cette immersion auditive a aussi pour qualité de créer un récit axé sur son protagoniste. En immersion avec son oreille très fine, le spectateur est entraîné dans un tourbillon de sons auxquels se fier ou non. Il se laisse retourner par ses acouphènes, et vit avec d’autant plus de force ses doutes. Cette quasi omniscience accentue le sentiment de connivence avec Matthieu Vasseur.  Les turbulences liées à ce sens incroyablement développé  deviennent synonymes de confiance et de partage. Ainsi comme avec les plus plus grands enquêteurs des Etats-Unis, notre frenchie crée un personnage entier auquel il est simple de se raccrocher. Pourtant, tout on long de l’intrigue les personnages sont en constante évolution. Ainsi, le spectateur se retrouvera en conflit face à un personnage principal psychorigide et jusqu’au-boutiste qui l’enfonce avec lui dans sa paranoïa.  Lou de Laâge, dans le rôle de Noémie Vasseur la femme de Matthieu, réussi avec brio à faire de son personnage secondaire un caractère qui prend de plus en plus de poids au fur et à mesure du film. Sa performance est d’autant plus impressionnante que l’actrice a été castée en dernière minute et n’a eu que peu de temps pour bien rentrer dans la peau de son personnage. Une coupe de cheveux aura permis de lui durcir les traits pour en faire une femme forte et carriériste, pilier de l’intrigue. Le diable est dans le détail, et ce n’est pas l’équipe de Boîte Noire qui fera mentir l’adage. 

Au demeurant, Boîte Noire est un thriller français au beau casting qui mérite d’être vu et apprécié. Déjà parce qu’il prouve que de grands moyens et de belles idées existent dans tous les registres du cinéma français mais aussi parce qu’il promet un bon moment de divertissement tout en soulignant des enjeux majeurs du monde actuel et ses technologies.  Il y a fort à parier que le métrage trouvera son public et ce sera mérité puisqu’à l’exception de quelques longueurs, il relève le défit et suit avec passion le cahier des charges qu’il s’était fixé.

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Du 2 au 13 septembre 2020 s’est tenue la 26ème édition de L’Étrange Festival au Forum des Images à Paris. Malgré la COVID et le climat anxiogène environnant, tout s’est déroulé à merveille pour que ce festival puisse se tenir dans des conditions irréprochables.

L’Étrange Festival 2020 : Une compétition éclectique

La compétition internationale, qui avait sacré l’an dernier l’excellent Vivarium , a débuté par le film d’ouverture Tomiris, une fresque épique kazakhe sur la reine Tomyris, libératrice de son peuple face à l’invincible Empire Perse. Un peplum avec en tête d’affiche une figure féminine forte prompte à être une source d’inspiration, il n’en fallait pas plus pour que le film récolte le Prix Nouveau Genre de cette 26ème édition de l’Étrange Festival.

Le très attendu Possessor de Brandon Cronenberg (lauréat dans la catégorie court métrage l’an dernier) aura tenu ses promesses. Un moment violent et charnier qui place l’identité au coeur de ses problématique. Le jeune Brandon marche sur les traces de son père et lui emprunte son goût pour la chaire et le raffinement horrifique. Retrouvez-en la critique complète ici.

Suscitant la curiosité dès les premières images présentés pour annoncer la programmation, le premier long métrage du réalisateur sud africain Ryan Kruger, Fried Barry, aura confirmé les premières impressions. Sorte d’OVNI autant généreux que foutraque, il n’aura pas laissé insensible les spectateurs, certains adhérant totalement à l’expérience, alors que d’autres ne se seront pas laissé prendre au jeu de cette histoire d’  » ET sous crack » déambulant dans les rues du Cap. On vous raconte tout ici.

The owners film

Beaucoup plus classiques de manière formelle, mais tout aussi plaisants, étaient The Owners, là aussi un premier long métrage, de Julius Berg (notre favori pendant une grande partie du festival) et aussi Sputnik, premier long d’Egor Abramenko. Si The Owners a fait l’objet d’un article dédié, Sputnik peut être qualifié de film réussi sur l’histoire d’un cosmonaute soviétique, dans les années 80, revenant d’une mission spatiale avec un passager bien particulier à son propre bord. Suspense, tensions, qualité de mise en scène indéniable, Sputnik est un film efficace proposant un spectacle maîtrisé. Et une superbe créature par dessus le marché !

A Dark, Dark Man, polar kazakh, aura pu décontenancer par son rythme contemplatif auquel se prête le superbe cadre dans lequel le film d’Adilkhan Yerzhanov. Avec une pointe d’onirisme rafraîchissante, le film dans ses dernières minutes prend un tour plus classique mais aussi plus universel. De quoi permettre à tout public de pleinement appréhender le cinéma de Yerzhanov et de s’offrir une touche de dépaysement.

Du dépaysement, Get The Hell Out, comédie horrifique taïwanaise à base de zombies mêlant critique parlementaire et karaoké, en aura offert ! Ne se prenant jamais au sérieux, le film de I-Fan Wang offre un joyeux bordel qui finit par communiquer sa bonne humeur au public.  Litres d’hémoglobine, gags, héroïne badass et mise en boite de politiciens véreux  se disputent le premier rôle de ce métrage qui n’est pas sans rappeler Mayhem, lui aussi diffusé à l’Etrange festival en 2017. Un divertissant rafraîchissement en somme.

En matière de divertissement, Destruction Finale, film catastrophe sud coréen se sera posé là aussi. Sorte d’Armageddon au Pays du Matin Calme, le film sait se faire divertissant avec sa bande de quasi pieds nickelés appelée à devoir sauver leur pays alors qu’ils n’y étaient pas préparés tout en ayant un petit fond politique, léger mais déplaisant. En effet, parmi ceux mettant des bâtons dans les roues des héros on retrouve… l’armée américaine! Rejoignant en cela d’autres films de genre se permettant de critiquer la présence yankee en Asie ( The Host ou bien encore Shin Godzilla, vu au PIFFF en 2017). De plus, l’objectif final pour sauver la Corée est de mettre une bombe atomique en plein coeur du Mont Paektu. Quand on sait que le surnom de la famille des dictateurs nord coréens est « la lignée du Mont Paektu », on se dit que c’est tout sauf innocent…

Random Acts of Violence. Droits réservés : Elevation Pictures

Random Acts of Violence ayant clairement déçu par rapport au reste de la compétition, passons plutôt à Relic, long métrage de Natalie Erika James à la poésie horrifique inoubliable. Alors que d’autres s’attellent à créer des Boogeymen effrayants, Relic, rappelle que la mort peut prendre le visage plus commun de la vieillesse et du temps qui passe. La réalisatrice  australienne dépeint avec son métrage la douleur des proches de ceux qui sont dépossédés de leurs personnalités lorsque l’âge les rattrape. A l’instar d’une certain « It follows », le film s’évertue a passer par la métaphore pour créer un monstre bien plus effrayant que ceux que l’on retrouve habituellement sur grands écrans. Fin, joliment écrit, Relic redonne ses lettres de noblesse au cinéma de genre rappelant que la plus grande des horreurs se cache dans le quotidien. Drame et détresse se mêlent alors qu’une scène particulièrement claustrophobe saura glacer le sang des amoureux de grands frissons. Le final grandiose allie la beauté au malaise, évoque les sentiments avec pudeur sans jamais sortir de son cadre horrifique. Un véritable coup de coeur, à ne surtout pas manquer et qui profitera d’une sortie aux cinémas le 7 octobre 2020.

Des choses à dire Fanny Lye Deliver’d en avait aussi avec cette histoire de mère au foyer dans l’Angleterre du XVIIème siècle voyant son environnement être bouleversé par l’arrivée d’un jeune couple en fuite bien loin de toutes les convenances auxquelles son quotidien morne avait pu l’habituer. Renvoyant dos à dos toute forme d’emprise spirituelle étroitement liée par diverses formes du patriarcat, on finit par assister au véritable portrait d’une femme, s’élevant par elle même au fur et à mesure des tragiques péripéties se produisant dans sa ferme. L’occasion pour elle d’opérer une véritable mue absolument grisante dans les derniers instants du film.

Plus banale et moins fascinant que les autres métrages en compétition, Spree, s’offre néanmoins un rythme entraînant et un casting des plus sympathiques ( avec en tête d’affiche Joe Kerry de Stranger Things).  Cette critique des réseaux sociaux qui suit Kurt tuant sans remords dans l’espoir de s’attirer des followers profite d’une belle forme de second degrés, d’humour et de quelques scènes de meurtres jouissives. Lui manque néanmoins une véritable montée en puissance pour tenir le spectateur de bout en bout sans tomber dans la redite ou la facilité. Quelle plaisir néanmoins de retrouver Micha Barton et David Arquette dans des rôles où le second degrés est maître mot.

Image extraite de Kajillionaire, Prix du Public de l’Étrange Festival . Credit : Matt Kennedy / Focus Features

Cette appréciation est évidemment à contrebalancer par rapport à l’accueil plus qu’enthousiaste reçue par Kajillionaire de Miranda July, une comédie mêlant arnaques, dynamiques relationnelles et émancipation. Le formidable accueil donné par le public est tel qu’il fallut qu’une seule projection pour désigner de façon nette que le film serait le lauréat du Prix du Public de L’Étrange Festival 2020.

L’Étrange Festival 2020 : Des pépites en veux tu en voilà !

La catégorie Mondovision permet, comme son nom l’indique, de découvrir des œuvres venant d’horizons bien loin des standards auxquels le public peut être habitué. Cette édition de L’Étrange Festival aura permis de découvrir notamment…

hunted film

Hunted

Survival engagé mettant aussi bien en scène une vision bienveillante de la nature que de la femme, toutes deux maltraitées par l’Homme. Si le métrage ne lésine pas sur les effets de mise en scène et sur son relationnel en première partie, il change complètement de registre dans son dernier acte. Un moment de cinéma atypique, bien ficelé sous forme de conte noir qu’on vous raconte ici.

Shakespeare’s Shitstorm

Le titre du film devrait à lui seul donner une idée du type de métrage ici diffusé. Le dernier film du barré Lloyd Kaufman tient toutes ses promesses et va même au delà. Au programme des seins, des excréments ( d’orques entre autre), beaucoup de sang et des blagues sur les pets. Le délirant métrage ne s’arrête pas là et se permet d’être la satire du monde contemporain alors que les social justice warriors en prennent pour leur grade à coup de blagues franchement déplacées et franchement drôles. C’est lourd, certes, mais c’est fait pour. Ce nanar assumé saura satisfaire un public déjà conquis à l’estomac bien accroché. Pas la peine néanmoins de chercher une diffusion en salles obscures, la bande-annonce vous aura prévenu, il ne sera diffusé que dans trois cinémas !

The trouble with being born avait déjà fait parlé de lui avant cette diffusion à l’Etrange Festival. Il avait notamment été au coeur d’une polémique l’accusant d’avoir un propos volontairement pédophile. Il est facile de nos jours d’ailleurs d’attaquer toute oeuvre qui pourrait déranger, le récent « Mignonnes » en étant un exemple criant de plus. Le film qui nous intéresse lui traite avec une certaine finesse de l’intelligence artificielle mais aussi et surtout de la solitude humaine qu’aucune machine ne saura réellement combler. La réalisatrice Sandra Wollner  dresse le portrait d’une petite machine aux traits humains, à l’identité bafouée et flouée qui ne fera que revivre les erreurs du passé qui lui ont été transmises. Délicat, humain, The trouble with being born pourra avoir des images dérangeantes mais ne manquera pas de questionner l’homme, ses envies, ses troubles et ses complexes.

Impetigore est un film d’horreur indonésien  très joliment exécuté. Sur fond de village perdu, de malédiction familiale, d’origine trouble et de sorcellerie, Joko Anwar tisse un long métrage doté d’images fortes et marquantes. Notamment, son plan final extrêmement efficace et glaçant…

L’Étrange Festival 2020 : les séances spéciales et autres confiseries

Faisant le buzz depuis sa présentation à Cannes l’an dernier, la dernière oeuvre de Gaspar Noé, le moyen métrage Lux Aeterna réunit Béatrice Dalle et charlotte Gainsbourg au court d’une oeuvre en roue livre où l’improvisation est de bon ton.  Un film à l’hystérie prononcée, aux couleurs violentes et aux femmes fortes violentées dont on vous fait la critique ici. 

Image extraite de Teddy, des frères Boukherma

Une autre oeuvre ayant fait parlé d’elle lors de sa présentation, que ce soit à Deauville, à l’Étrange ou à Venise ( dans la même semaine!) est le long métrage des frères Boukherma intitulé Teddy. Du nom de son personnage principal, un jeune homme déscolarisé précocement qui assiste aux exactions commises dans sa petite ville pyrénéenne par ce qui semble être bien plus qu’un loup… Aussi quand, il finit par être mordu, tout va finir évidemment par déraper. Quand P’tit Quinquin rencontre Hurlements au pays de Jean Lassalle, cela donne un mélange des genres savoureux au possible! Mention spéciale à l’épatant Anthony Bajon dans le rôle de Teddy mais globalement à l’ensemble du casting, Noémie Lvovsky en tête, donnant vie à une galerie de personnages sortant de l’ordinaire!

Parmi les œuvres proposées lors de la carte blanche de Marjane Satrapi, réalisatrice notamment d’un The Voices acclamé à l’Étrange Festival il y a quelques années, se trouvait Milla mis en scène par Shannon Murphy. Le moins étrange des films présentés à l’Étrange ne l’aura pas empêché de provoquer de nombreuses émotions dans la salle, les reniflements embués de larmes se faisant pleinement entendre à la fin de la séance. Pourtant, on pouvait redouter les gros sabots avec cette histoire d’une idylle entre une cancéreuse adolescentine et un junkie SDF la manipulant plus ou moins. Mais point de lourdeur pachydermique à la Love Story ici, Shannon Murphy réussissant à désamorcer tout les pièges dans lesquels son premier film aurait pu tomber pour livrer une oeuvre sensible et touchante. Profondément belle même dans ses deux dernières séquences. Une très belle réussite!

Parmi les courts métrages proposés cette année, si évidemment, il y a de tout au niveau qualitatif comme toujours, mention spéciale à Ik, Moordenaar du néerlandais Kim Kokosky Deforcheaux, glaçante variation sur un enfant violent qui rencontre un écolier similaire à lui qui évoque L’Autre de Robert Mulligan.

Enfin, cette 26ème édition de l’Étrange Festival s’est conclue par la diffusion du thriller d’espionnage sud-coréen L’Homme du Président de Min-Ho Woo. Rien à voir avec le nanar de Chuck Norris multi-rediffusé dans les années 90-2000 mais la narration des derniers jours de la présidence tyrannique du président Park en 1979. Bénéficiant d’un rythme enlevé et d’un suspense de tout les instants, L’Homme du Président aura su captiver le public de l’Étrange Festival et apporter une excellente conclusion pleine de retournements de situations pour cette édition s’étant déroulée dans un contexte plus que difficile…

L’ÉTRANGE Festival 2020 : PALMARÈS complet

Grand Prix Nouveau Genre : Tomiris , de Akan Satayev

Prix du Public : Kajillionaire, de Miranda July

Grand Prix Canal + du court métrage : Amandine, de Juan Carlos Mostaza

Prix du Public du court métrage : Nuage, de Joséphine Darcy Hopkins


lux aeterna

Lux Æterna de Gaspar Noé : La passion de l’actrice (avant-première à l’Etrange Festival)

Si l’Étrange festival qui touche à sa fin dimanche 13 septembre a vécu nombre de…

Fried Barry : Le plus étrange n’est pas celui qu’on croit ( critique L’Étrange Festival 2020)

Fried Barry, premier long métrage de Ryan Kruger, est présenté en première européenne dans le…

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Possessor : Brandon Cronenberg signe un film viscéral à fleur de peau

Très attendu par les aficionados de cinéma de genre, « Possessor » s’est joué pour sa deuxième…

The owners film

Après des mois de vie culturelle complètement stoppée, de festivals de cinéma annulés, voilà qu’enfin, un évènement chouchou de la rédaction ouvre ses portes. L’Etrange festival qui chaque année fait la part belle aux films de genre, aux films étranges, aux coquetteries et bizarreries du Monde entier se tiendra au Forum des Images de Paris du 2 au 13 septembre. Malgré la jauge réduite à 60 %, qui, on l’espère, ne pénalise pas trop l’évènement, le festival reste un vrai régal conjuguant avec passion cinéma actuel, avants-premières, classiques, pépites cultes ainsi que documentaires et courts-métrage.

Pour sa journée d’ouverture, l’événement mettait à l’affiche une jolie sélection de pépites aux bizarreries inimitables : Tomiris, Pour l’Eternité mais aussi The Owners, coup de cœur instantané de notre équipe. On vous raconte?

 

The Owners de quoi ça parle ?

Dans la campagne anglaise des années 90, Mary se retrouve malgré elle au milieu d’un cambriolage organisé par son petit ami et son meilleur pote. Une villa somptueuse ? Des personnes âgées ? C’est l’occasion de s’en mettre plein les poches. Mais les hôtes reviennent plus tôt que prévu et loin d’être inoffensifs,  entraînent les intrus dans une spirale où l’agresseur n’est pas celui qu’on croit.

The Owners, pourquoi c’est bien ?

the owners maisy williams

Lors de cette toute première diffusion à l’Étrange Festival, le scénariste de The Owners, Mathieu Gompel expliquait que son histoire était adaptée du comics de Herman et Yves H  Une nuit de pleine Lune.  La BD prend néanmoins dans ses mains un aspect entre home invasion et survival agrémenté, de plus, d’une approche anglo-saxonne, le film étant en Anglais et produit par nos voisins d’Outre-Manche. C’est d’ailleurs ce levier et le fameux cynisme britannique qui lui confère sa touche si particulière. Puisque derrière une histoire qui pourrait sonner comme une redite ou rappeler le très lourd ( et franchement sur-côté ) Don’t Breathe, The Owners  sort son épingle du jeu et sait organiser sa montée en tension avec finesse.

Alors que les premières minutes permettent de présenter des personnages à la moral plus que discutable et surtout Mary ( Maisy Williams dans un rôle qui  lui colle à la perfection), le jeu malsain qui s’installe permet aux spectateurs de pronostiquer sur la suite du programme allant dans un sens ou dans l’autre. Tantôt attachant et fragiles, tantôt complètement flippants, les propriétaires de cette grande maison savent manier la langue de Shakespeare avec aisance et faire de la politesse un élément d’angoisse omniprésent.

Puisqu’ici le choc des générations en prend un sacré coup alors que les fragiles victimes de ce home invasion désorganisé prennent en puissance et en substance. Le premier métrage de Julius Berg s’avère être un plaisir de bout en bout ne reniant aucun effet et osant aller au bout de son postulat. Si le cinéma d’horreur peut se vouloir parfois suggestif et psychologique ou préférer une violence crue, Berg choisit de gérer un entre-deux, tendu de bout en bout, se permettant quelques excentricités bienvenues ça et là sans jamais perdre son fil directeur.

Nous vous le disions le scénario a vécu une correction apporté par ses producteurs anglais. Comme se plaisait à l’évoquer le co-scénariste, là où les français se veulent toujours sérieux en tout propos lorsqu’il s’agit de genre et poussent les traits de la psychologie des personnages à leur sommet, les anglais eux savent toujours prendre le recul nécessaire pour s’en amuser. C’est aussi cette touche acide qui rend le métrage si jouissif où le décalage du ton et de l’action se mélangent en un bonbon raffiné pour tout fan d’épouvante. L’humour se sème avec finesse, intervient délicatement, le temps d’un sourire de décompression avant que les choses ne continuent de s’envenimer crescendo.

Il faut de plus ajouter que cette oeuvre dynamique sait écrire ses personnages, leur donnant une premier image qui se transforme à mesure que les minutes ne passent. Les antipathiques voyous des premières minutes se révèlent alors avoir bien plus de facettes qu’on ne pourrait le penser, tout comme le brave docteur toujours sous le charme de son adorable et diminuée épouse Ellen. Quelques sujets de société peuvent se glisser discrètement ça et là : l’inégale répartition des richesses, les relations toxiques, l’importance des apparences… sans pour autant étouffer l’oeuvre et contrarier sa dynamique première.

Si la bande-dessinée s’aventurait du côté du slasher, notre équipe choisit ici de prendre le chemin du survival mais garde la dynamique vitaminée propre à ce genre, tout comme dans son dernier temps du moins la glorification de son boogeyman. Moins pop que celui-ci, plus sombre, plus sobre mais tout aussi jusqu’au boutiste et délurée, ce « The Owners » s’avère être un plaisir franco-britannique parfaitement orchestré, joliment fait, réalisé et interprété sans aucune fausse note. A ne pas manquer, vous resterez bien prendre un doigt de thé ?

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L’Étrange Festival 2020 : Malgré la COVID, le cinéma de genre reprend ses droits !

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brimstone affiche

Brimstone de quoi ça parle ?

Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Brimstone est-ce que c’est bien ?

Brimstone dakota fanning

Sorti en 2017 avec à son affiche une Dakota Fanning plus éblouissante que jamais, un Guy Pearce d’une férocité sans limite et petit coup de pouce, Kit Harington gonflé à bloc par son fan club de « Game Of Thrones », ce Brimstone n’a décidément pas eu la visibilité publique qui lui est dû. Et pourtant force est de constater que le premier long métrage international du néerlandais Martin Koolhoven est une claque saisissante réussissant le pari risqué de réunir les genres en s’appropriant leurs codes pour mieux les sublimer. Découpé en quatre actes tous plus puissants les uns que les autres, ce film hors normes suit le calvaire de Liz poursuivit par un Boogeyman on ne peut plus humain prêt à tout pour l’avoir à ses côtés. Si le terme  convient pour définir cet homme qui se sent porteur d’une parole de Dieu déformée pour mieux servir ses intérêt, son statut et ses travers sont avant tout un miroir grossissant d’une société passée qui est toujours d’actualité.

Dès son premier verset, cette oeuvre n’épargne rien au spectateur ni à son personnage central, une femme à la force mentale extra-ordinaire. Avec une photographie sublime, un graphisme sombre qui fait échos au propos qu’il évoque, Brimstone impose son atmosphère viscéral dès ses premières minutes. Ici point d’espoir de rédemption, le martyr de Liz ne s’estompe pas et la caméra enferme avec elle un spectateur désireux de la voir se battre et se sortir de la spirale infernale qui la poursuit. Maudite mais battante, elle est portée à l’écran par la sublime Dakota Fanning, qui enfant était la coqueluche d’Hollywood. Le temps lui aura préféré sa petite sœur, la talentueuse Elle Fanning, que les spectateurs ont pris le plis de retrouver film après film. Pourtant, elle livre ici une performance sans faute, exprimant froideur et détermination propre à certains survivants brisés. Cette noirceur que peu de temps de répit ne viennent alléger étaye ce brasier d’émotions qui s’étend sur 2 heures 30 haletantes. Il serait injuste de ne pas également souligner la performance de l’implacable Guy Pearce, habité par son fanatisme, obsédé par ses démons et ses justifications, terrifiant dans sa froideur, ainsi que celle de l’incroyable Emilia Jones ( qu’on a vu depuis dans Locke & the Key), révélation au jeu sobre, bluffante de candeur et de force en toute circonstances.

Trois registres, une histoire

brimstone preacher

Pourquoi se contenter d’un seul registre lorsqu’il est si facile de brouiller les pistes en les mélangeant pour sublimer et accentuer les traits forts de son histoire ? Brimstone choisit de ne justement pas choisir un seul type d’oeuvre pour mieux se centrer sur une histoire narrée de plusieurs façon, et cette alliance fonctionne à la perfection.

Horreur et thriller se succède alors qu’à chaque instant rôde la peur du retour du prêcheur, de ses nombreuses et éprouvantes violences qu’elles soient psychologiques ou même physiques. Outre cette traque qui pourrait emprunter au survival, et le monstre qu’il semble impossible à éliminer, prêt à renaître tel un Jésus infernal venu distiller sa parole, la violence, elle, s’invite à mesure que la pellicule avance. Quelques rares scène gores sont d’ailleurs de la partie, mais toujours filmée avec une certaine maîtrise et pudeur allant jusqu’au hors champs pour ne pas entrer dans un simple jeu de boucherie qui éloignerait le spectateur du propos initiale. La violence sert ici à appuyer des thématiques lourdes de sens, jusque dans les tripes de celui qui regarde. Il n’est pourtant pas question de satisfaire uniquement le fan de films d’épouvantes, tant le métrage ne laisse au genre qu’un petit terrain pour exprimer via des atrocités jamais gratuites un propos tranché sur le fanatisme.

Le western est lui aussi de la partie, ses personnages habituels y ont ici une autre couleur. Le gentil cow-boy pas si blanc de tout reproche, courageux et invitation à l’espoir est bien présent tout comme un duel peu fair-play et une esthétique dominante propre à ce registre aujourd’hui peu exploité.

C’est pourtant surtout un drame que nous sert un réalisateur qui n’hésite pas à relancer son intrigue à coup de révélation savamment amenées. Difficile de ne pas souffrir aux côtés d’une héroïne malmenée, vaillante, affrontant la vie avec la froideur de son bourreau, encaissant les coups avec une véritable volonté de vivre et de vivre libre. Issue d’une communauté immigrée, réfléchissant à la vie de communauté et aux dérives des meneurs aux grands mots, elle garde une dignité admirable en toute épreuve. Situé au 19ème siècle, le drame ici raconté semble presque normalisé dans son époque. Et pourtant, alors que tous ces propos font encore échos à une société contemporaine, qu’il est difficile de ne pas bondir de son siège, outré(e) et révolté(e), alors que la douleur de nos protagonistes laisse une marque au fer rouge à mesure que les actes s’enchaînent avec ardeur.

Un conte sur la condition de la femme

Si les sous-textes sont nombreux dans ce film jusqu’au-boutiste, la condition de la femme est l’unes de ses thématiques centrales. Difficile de parler librement de ce sujet sans risquer de spoiler un spectateur désireux de le voir. Sans trop en dire, une héroïne forte mais en adéquation avec son temps est l’un des premiers piliers de cet axe. A cela, il est facile d’ajouter que violence conjugale, prostitution et culpabilisation de la femme face à l’accouchement et à la maternité sont de la partie. Face à la beauté de notre héroïne, nombreux sont ceux à estimer avoir des droits sur elle et sur son corps. Si une femme fait un affront à un homme, elle devra en subir les conséquences au centuple. La mise en image des règles et son interprétation par l’homme est également une piste de réflexions que distille le réalisateur. Si le sang a coulé alors la jeune-fille est enfin une femme avec ce que cela implique. Un tel traitement des menstruations pourrait rappeler le livre « Carrie » de Stephen King découvrant ses règles face à une mère pieuse qui en donne une interprétation bien différente du simple cycle  naturel et normal.  Les maux faits aux femmes sont nombreux et révoltant. Le message y est toujours donné sans l’appuyer avec lourdeur, sans perdre de la force de son propos et de son époque et surtout sans s’imposer aux spectateurs.

Travers et fanatisme religieux

brimstone guy pierce

A l’instar d’un Saint-Maud qui abordait l’extrémisme religieux et remportait cette année le grand prix du festival de Gerardmer, Brimstone aborde la thématique religieuse avec une modernité sans fausse note. Le texte sacré servant ici à justifier tous les excès, la peur de l’enfer, donnant corps au royaume de Lucifer sur Terre.  Il faut se méfier des prêcheurs et des faux apôtres met en garde une oeuvre qui ne manque pas de montrer que les plus pieux n’hésiteront pas à se servir de la religion pour justifier leurs plus bas instincts et les plus atroces des comportements. Le prêcheur péche en dictant la droiture, sans jamais se remettre en question et ce de bout en bout jusqu’à un dernier act terriblement haletant. Le film ne mâche pas ses mots et pointe du doigts les dérives égoïstes de la religion et de ses acteurs. Une oeuvre magistral, éprouvante, puissante à voir absolument et disponible, ça tombe bien, sur Netflix.

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