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Les cinq diables - Affiche
Les cinq diables – Affiche

Second long-métrage de Léa Mysius (réalisatrice de l’acclamé  Ava) présenté hors compétition à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, Les Cinq Diables souffrait d’une bande annonce un peu taciturne mais intriguait par son visuel léché. Difficile donc de savoir vraiment où aller avec ce film si ce n’est à une nouvelle rencontre du talent d’Adèle Exarchopoulos, à la tête du casting. Mais tout de même, comment refuser de découvrir ce qui s’annonçait a priori comme un nouveau drame français glacial, se démarquant par une originalité hors du commun ? Que les adjectifs élogieux de la presse sélectionnés sur les affiches ne mentent pas, car cette fois nous avons bien envie d’y croire à la touche personnelle de la cinéaste. Enfin bref, retour sur une implacable réussite.

 

L’ENFER OLFACTIF

Pour vous donner une idée de ce qui vous attend, Les Cinq Diables c’est l’histoire d’une petite fille (Vicky) qui adore sa maman (Joanne), les odeurs et l’odeur de sa maman. Elle les reproduit puis les enferme dans des bocaux après le goûter plutôt que de regarder des dessins-animés. Puis la soeur (Julia) du papa pompier (Jimmy) revient habiter chez la belle petite famille et le parfum prend des allures de fermentation méphitique. Les bocaux sont ternis, l’odeur de Julia emmène la petite Vicky à la découverte des secrets de papa et maman et croyez-moi, cela sent mauvais.

UN SCÉNARIO À L’ORIGINALITÉ INFERNALE

En effet l’originalité tant espérée s’incarne dans le versant fantastique du métrage: Vicky découvre les travers de l’histoire de sa famille grâce aux flashbacks permis par ses bocaux d’odeurs. Sans en dire trop non plus, ces déplacements temporelles sont savamment intégrés à la ligne narrative du récit et au précieux dénouement de tout ceci. Car la force du film ; en deçà d’un visuel à la sensibilité impitoyable ; réside dans une inventivité scénaristique indéniable. Le surnaturel occupe progressivement un tournant barbare divulguant les ressorts de cette histoire sombre et subtile. Puis il devient impossible de s’absoudre de cette obstination malsaine à pénétrer l’enfer des Cinq Diables.

PAUVRES PÊCHEURS TORTURÉS

Car Les Cinq Diables a cela de réussi qu’il installe une atmosphère fatalement angoissante. Du mal aise naissant graduellement aux caractères des personnages tous plus arides les uns que les autres, « l’enfer c’est les autres », surtout dans ce petit village où tout se sait. Alors que l’inéluctable révélation s’abat violemment, la paradoxale libération des protagonistes se confronte à l’enfermement sempiternel dans leurs tragiques existences. Tout cela sur un fond d’homophobie, de racisme et de revanche – un alliage démoniaque duquel il est impossible d’être exempté. Bien que, somme toute, l’atmosphère sordide de l’ensemble aurait encore pu être renforcée ; Léa Mysius a préféré ménager ses spectateurs.

RIEN NE SERT DE MOURIR, IL FAUT AIMER À POINT

Cette fable sur l’engouffrement maladif dans la bienséance et la complaisance mérite donc amplement le détour. Tout n’est pas parfait mais une fascination mécanique émane de ce scénario au magnétisme terrifiant. Devant cette machine infernale, l’oeil, subjugué par la splendide photographie, est écrasé. Il est impossible de lutter contre ce voyeurisme, de résister à l’appât des ressorts d’un récit troublant, clinique et sauvage, savamment dessillé. Les Cinq Diables consume minutieusement les travers de ses personnages pour conclure sur un final non moins déconcertant, exaltant la revue absurde et amer d’une oeuvre fantastique, imprimée dans une cruauté malheureusement peu fictive.


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scream randy sidney galeImaginez un peu. Nous sommes en 1996, une époque aujourd’hui jugée incroyablement cool par le marketing et les boutiques de vêtements. La pop culture est à son apogée. Le cinéma d’horreur lui, vit un entre deux. La grande saga d’Halloween a déjà quelques années derrière elle, tous comme les Vendredi 13 et autres copains. Après des sorties massives comme L’Exorciste ou encore Massacre à la tronçonneuse il tire sa réputation de cinéma de niche et n’a de cesse de dépeindre des adolescents idiots, souvent à moitié nus et drogués, c’est du moins le cas dans la plupart des slashers et de vagues cinématographique où violence rime avec hémoglobine.

Et puis voilà qu’un jour un certain Kevin Williamson va à son échelle, révolutionner le genre de façon radicale. Avec à la réalisation Wes Craven (à qui l’on doit déjà le culte « Les griffes de la nuit » mais surtout le très violent « La dernière maison sur la gauche »), ce nouveau métrage promet de s’adresser à son public de façon complètement novatrice. Puisque plus qu’un simple slasher, le premier « Scream » sera une lettre d’amour au cinéma de genre, un thriller abouti, un film d’horreur marquant emplit d’humour et même…. un grand débat de société.

Références et humour : le cocktail qui fonctionne

Pour se faire, notre scénariste qui depuis n’a eu de cesse de retenter son coup de génie (et il aura relativement peu réussi  à l’exception de son The Faculty, de son  moyen mais culte  Souviens toi l’été dernier et de quelques pépites dans la série Dawson notamment le baiser de Jack), a décidé de mettre à profit son amour pour le cinéma de genre. C’est dès la scène d’ouverture que la magie opère. En son centre : Drew Barrymore, la petite fille d’E.T qui a bien grandit. Après des déboires avec les drogues, la voilà de retour dans le rôle de Casey Backer. Pour l’anecdote, elle devait interpréter Sidney Prescott, mais préfèrera jouer simplement la première victime de notre tueur masqué.  Et c’est là que Scream tape immédiatement très fort en choisissant d’embrasser ses références. « Les griffes de la nuit » est cité immédiatement pour rappeler la présence d’un Craven qui n’aura de cesse de s’amuser de ce clin d’oeil.  Carpenter, Vendredi 13, tout y passe avant la scène culte qui restera l’une des plus violente de la saga. Le meurtre de Casey et son horreur visuelle marqueront tant les esprit qu’il obligera le film à se voir interdire aux moins de 16 ans. Il devra même créer une version moins visuelle du cadavre de sa première héroïne  les tripes à l’air pour être visible d’une audience plus grand public.

Ce qui fera passer Scream pour un film à l’humour dominant sera sans doute son nombre de clin d’œil et de références omniprésents. On aperçoit rapidement Linda Blair, la petite Regan de « L’Exorciste », on passe « Don’t fear the reaper » de Gus dès la deuxième scène qui aujourd’hui est rentré dans les grâce avec la série « Peaky Blinder », on parle de Norman Bates, d’Hanibal Lecter, de Carrie et mine de rien, voilà que le public devient lui aussi expert du sujet. L’autre qualité indéniable du métrage tient à l’auto-dérision de ses personnages principaux. Si chacun d’entre eux tient un rôle traditionnel dans le cinéma d’épouvante, il va jouer avec ses codes. Tatum (Rose McGowan qui depuis aura eu beaucoup à dire de sa rencontre avec l’immonde Harvey Wenstein sur le tournage de ce film) tient la place de la meilleure amie blonde et plutôt sexy de l’héroïne. Pourtant quand vient son tour d’être confronté au tueur, là voilà qui plaisante « Pitié monsieur le tueur ne me tuez pas, je veux apparaitre dans la suite ». Cette inception du film dans le film aura été souvent copiée, voir moquée. C’est pourtant la touche de génie qui porte l’œuvre. Tout comme l’énumération des règles pour survivre à un slasher : ne pas boire d’alcool, ne pas avoir de rapports sexuels et ne pas dire « je reviens tout de suite »- les deux premières auraient pu être écrites par le gouvernement en temps de Covid, on vous l’accorde.

Pour ce qui est de son volet thriller, toute la saga Scream tient en son centre le fait que le tueur fasse partie du casting principale. En écrivant ses personnages comme il aurait pu écrire un groupe d’adolescents dans une série teen travaillée, Williamson les rend attachants, leur donne des histoires de cœur, de la matière. Les suspecter devient alors un jeu et l’impression d’être trahi par ses propres amis lors de la révélation finale n’en sera que plus forte.

Le premier volet aurait-il pu mal vieillir ?

scream ghost faceC’est du moins ce qui lui sera souvent reproché. Aujourd’hui, la faute aux Scary Movie peut-être qui caricaturaient parfaitement et au détail près le métrage, Scream est souvent vu comme une comédie sombre. Mais ça n’était pas le cas lors de sa sortie. L’humour noir y était juste subtilement dosé mais n’enlevait rien au suspens et à l’horreur qui se dégageait du film. A commencer par l’idée d’adolescents tueurs. Le cinéma inspire-t-il la réalité ? Crée-t-il des psychopathes ? C’est une question posée dans le premier opus qui finira par se retourner contre lui.  En effet, alors que le film répondait par la négative arguant que le cinéma pouvait rendre plus créatif mais ne rendait pas psychopathe, des faits divers le rattrapent. Wes Craven expliquera à juste titre que le cinéma d’horreur est un exutoire. Il se gardera de rappeler que la société de fait est violente et que c’est surtout elle qui inspire l’horreur. Les guerres, actes de tortures, exécutions de « sorcières » et autres joyeusetés dont nous sommes capables n’auront pas eu besoin de tueurs masqués sur grands écrans pour avoir lieu. Il n’empêche que malgré tout, quelques adolescents utilisent dans la vraie vie l’excuse du film pour justifier les sordides meurtres de leurs entourages. Alors, la question monte, ne serait-ce pas simplement la faute des films ? Et ça, l’équipe de Scream n’aura de cesse de l’évoquer dans les suites de sa saga.

Un deuxième épisode réussi

scream 2 Les films d’horreur qui fonctionnent, c’est bien connu, ont souvent droit à leur suite. Et bien souvent, ces dernières sont de grosses déceptions. C’est avec cette idée en tête que démarre le second volet. Fier de son idée du film conscient d’être un film, il en joue dès sa scène d’exposition. Les deux premières victimes de ce nouvel opus se font en effet assassiner dans un cinéma qui diffuse « Stab ».  Dans ce nouvel univers, les évènements tragiques du premier épisode ont inspiré un film d’horreur qui amuse la galerie. Sidney (Neve Campbell) qui a maintenant la même réputation de scream queen que la grande Jamie Lee Curtis doit à nouveau se battre avec ses démons. Etudiante à l’université, elle est, malgré elle, une célébrité locale. Femme forte avant qu’il ne soit question d’en jouer dans tous les films, son personnage n’aura de cesse de rappeler à travers la saga, qu’une jolie jeune fille chassée par un prédateur est en mesure de se défendre par elle-même. Et du coup, quand certains sortent encore des articles sur le rôle de la femme dans le cinéma d’épouvante et son sexisme, ils oublient que l’héroïne du cinéma d’épouvante, a pu, à de nombreuses reprises outrepasser son statut de victime pour devenir une icône et l’image de la femme forte, bien plus bad ass que le tueur qui la pourchasse. A ses côtés Courtney Cox qui interprète Gale Weather, n’est pas en reste. La journaliste aux dents longues profite d’une grande force et agit bien plus que son compagnon à l’écran comme à la vie, le survivant Dewey (David Arquette). Figure emblématique de la sage Randy Meeks (Meeks en référence à un personnage du « Silence des agneaux ») est toujours de la partie pour mettre en abimes le film dans le film.

Le débat s’invite certes, dès la scène d’ouverture, mais aussi pendant un cours de cinéma qui ne mâche pas ses mots quant à la non qualité traditionnelle des suites. En énumérant les défauts de cet exercice, ne sauvant qu' »Alien 2″, la team Craven / Williamson évite les pièges tendus et crée la suite presque parfaite. Presque déjà parce que le scénario initial fuite sur Internet, les noms des tueurs sont alors révélés : Dereck (Jerry O Connel), le petit ami parfait et Hallie (Elise Neal) la meilleure amie de Sidney devaient se cacher derrière le fameux masque de ghost face. Il faut alors ré-écrire le scénario et changer la donne, trouver de nouveaux tueurs. Le résultat final reprendra à travers le personnage de Mickey (Timothy Olyphant) la notion de cinéma qui pousse au crime, toujours en moquant le principe et en prouvant qu’il est faux.

Seul faux pas de cette suite, la mort de Randy (Jamie Kennedy), qui laissera la plupart des fans frustrés. Sacrifier le meilleur personnage de la saga est une véritable faute puisque sans lui, plus de personnage pour énoncer les règles qui font partie des ingrédients du succès de la franchise.

Un troisième volet en demie-teinte et un quatrième parfait

De fait, alors que Williamson lui-même ne revient pas pour le troisième opus, Craven se doit de préserver son joyaux. Ainsi avec un coup de fan service, il pense un temps faire revenir Randy d’entre les morts. Trop illogique concède-t-il, il se contentera d’y faire une apparition sous forme de testament vidéo avec un petit clin d’oeil à la règle de la virginité pour survivre. Pour le reste, ce nouveau volet se déroule cette fois-ci sur un plateau de cinéma alors que se tourne un nouvel opus de la saga « Stab ». Cette idée du film sur un plateau sera par la suite régulièrement réutilisée ( jusque dans la série « Lucifer »). C’est aussi l’occasion de mettre les personnages face à des sosies d’eux-mêmes. Gale Weather face à une autre version d’elle-même (Parker Posey) reste un moment savoureux alors que le faux Randy lui, ne convainc pas. La boucle est bouclée, Scream est maintenant une trilogie et il est facile de s’amuser à dire que le métrage a déjà trop de suites comme peut en avoir un certain Halloween. Son dernier acte tiède ne reste d’ailleurs pas cité en exemple de chef d’oeuvre et oui il ne fallait pas changer de scénariste…

Ghostface revient … des années plus tard

scream 4 afficheLa franchise est une trilogie et compte bien le rester. Dans son sillon, elle entraîne une multitude de slashers plus ou moins bons qu’elle inspire volontiers. Les adolescents s’y font massacrer à renfort de litres d’hémoglobine et le public les déguste à la chaîne comme des paquets de pop corn. Le genre a besoin de se renouveler, il finit par délaisser les tueurs masqués pour mieux se concentrer sur le found footage, les esprits et autres démons.

C’est en avril 2011 que se reforme l’alliance Craven / Williamson. Au grand temps des remakes et reboots, alors que l’originalité à Hollywood semble aussi morte que Casey Baker  sur son arbre, il y est de bon temps de refaire chaque film à succès pour mieux ne rien ré-inventer. Alors Scream, toujours dans le coeur de ses fans, ne se laisse pas faire. Son retour sera une suite et une suite respectueuse s’il vous plait qui aura aussi les atouts d’un remake. Déjà dans sa typologie de personnages, aussi parce que les réseaux sociaux reprennent à merveille les codes fixés par l’original : le tueur au téléphone, également parce que le nouveau Randy est une fille interprétée par Hayden Penettiere. Lorsque Williamson accepte de revenir il promet une nouvelle trilogie à ses adeptes qui sont toujours nombreux. Pour le public non averti, Scream a pris une touche de kitch et ce nouveau jeu de massacre ne profite que d’un succès commercial que limité. Pour les fans, le plaisir n’est pas boudé. D’ailleurs, les attentes sont bien comprises alors que Sidney énoncera finalement la phrase qui caractérise ce volet « First rule of a remake, don’t fuck with the original ». De quoi mettre le public dans tous ses états. Pour parfaire le tout, les clins d’oeil aux premiers opus sont omniprésents mais bien fait. L’humour est là, dosé, la scène d’ouverture joue de ses propres mises en perspectives évoquant avec humour les trop nombreuses suites de « Stab ». Tout est dosé et bien fait. Ce non remake, cette presque suite est l’image même de ce qu’il faut faire lorsque l’on reprend une oeuvre : la comprendre et la respecter tout en évitant de toujours y dire la même chose. La fan base ne décroit pas. Pourtant, l’annonce d’une nouvelle trilogie se perd et finalement le 4 s’annonce comme le dernier volet de la sage. La mort tragique de Wes Craven ne fait que confirmer cette idée. Tant pis, on ne saura pas qui allait être le dernier tueur dans le sixième opus.

Et puis finalement Scream 5

Alors que les fans avaient enterré l’idée de revoir un vrai ghost face sur grand écran, rejetant comme il se doit la très mauvaise série Scream et se pensant condamner à être vieux et obsolète au point de retrouver Skete Ulrich (Billy le tueur du premier) dans le rôle d’un papa dans Riverdale, la nouvelle tombe. Il y aura un Scream 5, sans Wes Craven ok, mais un cinquième opus quand même. Et voilà que les groupes de fans s’emballent. Ils reviennent à leurs premiers amours. Scream aura été le premier frisson, le passage facile pour mieux apprendre le cinéma de genre, le repère de l’adolescence, le doudou avec lequel on grandit, l’oeuvre culte grand public dont on chérit les défauts. De fait avec l’annonce du nouveau volets : les théories s’emballent. Pourrait-on revoir un personnage décédé à l’écran ? Et si Randy revenait ? Et si c’était Stuart ? Qui sera cette fois derrière le masque du tueur ? L’excitation est palpable. Plus personne ne cherche le grand frisson, l’horreur ultime. Ce qui est attendu cette fois, c’est de croquer à nouveau dans cette Madeleine de Proust, conscient qu’il ne s’agira pas d’un chef d’oeuvre mais que le retour à Woodsboro, sera en quelques sortes un retour aux sources où tout le monde espère retrouver de vieux amis. L’absence de Craven se fera certainement sentir. Il n’en reste pas moins que la bande annonce met l’eau à la bouche et que d’ici la sortie du 5 le 14 janvier, les jours seront comptés comme sur un calendrier de l’Avent. « Le tueur est sur l’affiche » promet-elle, en espérant que cette identité conservera une trame importante de la pop culture made in USA qui aura su apprendre à toute une génération à rire de l’horreur et à ne plus jamais regarder un téléphone de la même façon.


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florian zeller aux oscarsFierté nationale, notre Florian Zeller, nous rapporte des Etats-Unis (où il n’a pas pu se rendre Covid oblige mais l’idée est là…), non pas un mais deux Oscars pour son film « The Father ».  Ce premier long-métrage à la réalisation  est adapté de sa pièce de théâtre « Le Père » datant de 2012.  C’est donc l’Oscar de la meilleure adaptation que remporte notre frenchie et celui du meilleure acteur pour l’excellent Anthony Hopkins.

S’il est toujours plaisant de voir que nos stars nationales remportent un succès international et se voient consacrer lors d’une cérémonie prestigieuse comme les Oscar, la victoire de Zeller, résonne tout particulièrement pour l’auteure de ces lignes. Il faut dire que parmi tous les arts, la littérature est peut-être ce qu’il y a de plus intime. La lecture, se vit et se ressent seul, elle invite à l’imagination. Ainsi l’univers crée par l’un, prend un tout autre visage dans l’esprit de celui qui s’y laisse prendre au jeu.  Une relation, quelque part à sens unique se dégage de la découverte d’un roman alors que celui qui l’écrit invite à ses réflexions personnelles et à ses déambulations.  C’est tout particulièrement vrai pour l’univers de Florian Zeller, sa plume vive et à fleur de peau. Et tout particulièrement vrai pour moi qui ai passé mes 20 ans à lire ses lignes.

En attendant de pouvoir enfin se rendre dans un cinéma comme d’autres pays à travers le Monde ont eu la chance de le faire., nous vous invitons donc à la lecture de ses écrits à ardeur. Voilà pourquoi.

Avant l’Oscar, les mots

C’est certainement par le théâtre que Zeller est devenu l’homme à connaître. En 2004, il signait sa première pièce d’une longue série « L’Autre ». De ce côté là, notre homme est particulièrement prolifique, pas moins de 12 pièces écrites et montées en 17 ans. De quoi s’attirer les grâces de Broadway et se glisser derrière la caméra. C’est pourtant par l’écriture d’un roman qu’il fait ses débuts. L’incroyable « Neiges Artificielles » publié en 2002 chez Flamarion. Probablement l’une de ses oeuvres les plus abouties. Suite à la perte de sa relation avec Lou, le narrateur y cherche l’amour, son sens, lui-même, au gré de déambulations parisiennes, d’introspections blasées, de la découverte de ce que devient la blancheur une fois que la neige a fondu. les chapitres y sont courts, précis, agrémentés de citations de Nietzche, Rimbaud ou Louis XVI. Il donne d’ailleurs à ces courts extraits un sens nouveau, le sien appliqué à ses déboires et ses réflexions. Ce qu’aura par ailleurs fait cet écrit sur ma propre existence. Sa plume est acérée comme une lame de rasoir, les mots y sont justes et puissants, tout ici ne traite que de l’émotion. C’est d’ailleurs au cours de son tout dernier chapitre qu’il touche le plus, se détachant de la naïveté de l’enfance, l’ébranlant follement en mettant en perspective les mensonges que l’on sert aux enfants à ceux que l’on peut se raconter adulte. Notre auteur fait un bien cruel Père-Noël mais un narrateur hors-pair dans lequel il pourra être facile de s’identifier si votre coeur souffre lui-même d’une désillusion critique.

En 2003, il publie, le magnifique « Les Amants du n’importe quoi ».  Le lecteur y assiste impuissant à la destruction d’une histoire. Celle de la douce, fragile et modulable Amélie, prête à aimer et à s’attacher et de Tristan, coureur de jupon invétéré qui pourtant aime l’idée d’aimer. Pris dans cette relation dont il souhaite se détacher, dans ses remords et ses craintes, il hésite, se questionne. Tout comme Amélie et ses angoisses. Les certitudes apprises par la société sur le couple sont finalement bien peu de choses face aux doutes et incertitudes. Et si l’herbe était plus verte ailleurs ? Et si, le couple était un enfermement ? Doit-on douter dans les bras de notre conjoint ? En quelques pages seulement, notre écrivain sublime ces sentiments, rend son histoire vraie, tangible et douloureuse.  Il y expose avec brio, les démons de ces trentenaires, des aspirations de vie qui n’ont pas été ou ne sont pas, les passions qui se crées et leurs noirceurs. Les deux être paumés que l’on suit sont décrits avec poésie comme toujours sous la prose de Zeller.

S’en suit avec rapidité, « La Fascination du pire » qui est publié en 2004.  Tout en gardant ses thématiques centrales, entre autre le désir, l’écrivain y renouvelle son registre. En effet, en retrouvant, à l’ambassade de France au  Caire, des lettres égyptiennes sur la sexualité de Gustave Flaubert avec des jeunes filles nubiennes, le narrateur s’interroge sur comment conjuguer Islam et sexualité. Il suit un autre écrivain rencontré dans l’avion obsédé par ses désirs sexuels et sa quête de femmes faciles. Cet ouvrage gagne en reconnaissance : prix Interallié et une sélection pour le prix Goncourt. De prime abord, il traite d’un sujet qui ne cesse d’alimenter le débat public : la place de la femme dans l’Islam. Finalement 10 ans plus tard, il reste toujours aussi moderne. Sauf que, l’auteur ne s’arrête en réalité pas là et sous couvert d’une lecture approfondie questionne surtout sur le monde occidental qui croit en sa supériorité et s’interroge de façon bien superficielle sur une culture qui n’est pas la sienne et qu’il regarde de haut. Au détour d’interrogations, il parle de frustrations, de différences et tend un miroir glaçant à ceux qui le lisent.

Nous parlions enfance avec le dernier acte de « Neige  Artificielle », voilà que Zeller s’y penche à nouveau en 2006 toujours avec l’amour de ses classiques littéraires. En effet, avec « Julien Parme », notre auteur écrit son « Attrape coeur » de  J.D Salinger à la française. On y suit la fugue d’un adolescent, alors que la narration à la première personne est particulièrement juste. L’égocentrisme de l’adolescence, ses rêves et envies d’écriture, ses difficultés à trouver sa place. Au cours de son périple, notre héros abandonnera les restes de son enfance, se confrontera aux prémices de l’amour, sa rébellion  et cherchera à se découvrir. Un bel hommage à l’oeuvre culte de Salinger qui loin d’en être une simple copie française crée un personnage touchant, vrai et passionnant.

C’est finalement en 2012 qu’il publie son tout dernier roman avant de se livrer uniquement au théâtre et donc à son passage au cinéma.  Vient donc « La jouissance » publié chez Gallimard. Comme souvent avec ses écrits, il s’agit là plus d’une réflexion sur la société qui nous entoure à travers le prisme du couple que d’un véritable roman. L’histoire est prétexte pour l’auteur à raconter ce dont il est témoin à travers son cercle amical. Ses amis trentenaires qui se séparent peu de temps après avoir eu des enfants. La différence de la perception amoureuse à travers les genres y est mise en avant. Tout comme dans « Les Amants du n’importe quoi », l’écrivain tient à parler de l’enfermement que peut représenter le couple, surtout pour celui qui voudrait satisfaire tous ses désirs. Sait-on encore faire des enfants ? Sommes nous encore prêt à faire les sacrifices que cela implique ? Les nouvelles générations sont-elles devenues trop égocentriques, trop tournées sur elles-mêmes et leurs plaisir pour placer leur enfant au centre de leurs priorités ? A travers les personnages de Pauline et de Nicolas, l’auteur tend à répondre à ses questions. Il s’interroge sur la jouissance de l’individu au coeur de toutes ses préoccupations et dépeint un portrait bien sombre de ses contemporains.

Littérature contemporaine et spectacle vivant

Ces cinq livres constituent une part de votre bibliothèque idéale. Lisez les, appropriez les vous, ils sont d’excellents compagnons de vie. Avec sa plume moderne, sa capacité à mettre des mots sur les vies et les désirs de ses contemporains, Florian Zeller s’est révélé être un partenaire littéraire de choix pour toujours se questionner. Par le théâtre, sa plume à la fois sensible, vive et vraie a su faire vivre les maux quotidiens et leurs donner un voile poétique qui ne peut que toucher. Son « The Father » dépeint la trajectoire d’Anthony, un homme de 81 ans  dont la réalité, les repères, l’esprit se brisent sous ses yeux et celle d’Anne, sa fille, qui tente de l’accompagner dans ce chemin.  Avec la capacité de narrateur de Zeller, sa faculté à comprendre les sentiments de ses personnages, il n’y a pas à douter du chef d’oeuvre qui attend le spectateur. Il faudra s’armer de patience pour le découvrir en salles obscures mais nul doute que le jeu en vaille la chandelle. En attendant vous pouvez regarder ici sa bande-annonce puis mettre de côté vos smartphones et autres ordinateurs pour vivre un véritable moment d’évasion et de réflexion, les yeux dans les yeux avec un livre et l’odeur de son papier.


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Falling de Viggo Mortensen : Vieillesse = Naufrage ? / Etre adulte c’est pardonner à ses parents

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possessor film 2020 extrait

Très attendu par les aficionados de cinéma de genre, « Possessor » s’est joué pour sa deuxième diffusion à l’Etrange Festival à guichets fermés. Il faut dire que le long-métrage du fils de David Cronenberg ( La Mouche, Chromosome 3) n’a rien à envier à la qualité à laquelle nous a habitués le père. Entre place du travail destructrice de la personne, danger des nouvelles technologie, caméra précise et effets carrément gores, l’oeuvre est jouissive. On vous raconte.

Possessor de quoi ça parle ?

Tasya Vos est membre d’une organisation secrète : grâce à des implants dernier cri, elle peut contrôler l’esprit de qui bon lui semble. Jusqu’au jour où le système bien rôdé de Tanya s’enraye. Elle se retrouve alors coincée dans l’esprit d’un homme, dont le goût pour la violence se retourne contre elle.

Possessor, pourquoi c’est bien ?

possessor film 2020brandon cronenderg

 

Si Cronenberg père est connu pour son rapport au corps et son obsession pour ses transformations, cette marque de fabrique revient volontiers dans le travail du fils. Loin d’être un simple film d’époque, le réalisateur Brandon Cronenberg signe ici un métrage puissant qui aurait pu aussi bien sortir au sommet de l’âge d’or du cinéma d’épouvante (dans les années 70 à 80) que dans nos sombres années 2020. Loin des grandes sorties horrifiques actuelles souvent édulcorées, ce Possessor s’évertue à repousser les limites, osant tout ou presque, choquant par son visuel fort en hémoglobine tout en gardant pourtant un ton froid et posé. Le corps, lui est vu sous toutes ses couture. La sexualité y est omniprésente et prend en fonction de ses protagonistes plusieurs visages questionnant presque le genre du bout des doigts lors d’une scène au graphisme époustouflant. L’identité, au coeur de l’intrigue, celle qui attache aux proches y est sans cesse questionner. Sommes-nous une somme de souvenirs ? Le reflet de nos impulsions ? semble-t-il questionner.

D’entrée, le malaise est palpable. D’abord celui d’une héroïne brillamment interprétée par Andréa Riseborough (Birdman). C’est d’ailleurs avec un casting 5 étoiles que l’oeuvre qui avait choqué au festival de Sundance se déploie. A l’affiche, on retrouve par ailleurs Tuppence Middleton (Sense 8), Jennifer Jason Leigh (Atypical, Les sentiers de la perdition)  ou encore Sen Bean (Golden Eye, Game of throne) qui rejoint la famille des acteurs de GOT que l’on découvre sous un nouveau jour dans les métrage horrifiques de l’Etrange Festival  à l’instar de Maisie Williams, incroyable dans The Owners).

La guerre psychique pour le contrôle du corps est au centre de cette fable éprouvante où les penchants violents de chacun ne font qu’accroître une sur-enchère de frustrations et de goût pour le travail bien fait. Savoir rester soi-même plutôt qu’avoir la liberté d’être une personne échangeable dans la société, est ici une valeur centrale du travail de Cronenberg qui pousse son propos à son apogée. A cela s’ajoute une atmosphère aussi viscérale que macabre qui prend vie dès les premières secondes du film sans jamais perdre de temps. Le spectateur y est valorisé alors qu’il n’est jamais pris pour un incapable de se raccrocher à une histoire, il y est au contraire embarqué sans jamais être noyé dans une profusion de détails contextuels. Sobre dans son propos, cette oeuvre entre science-fiction et thriller ne lésine jamais sur les moyens visuels. D’abord grâce à des décors à couper le souffle mais aussi et surtout par l’explication des sentiments grâce la mise en images lors de nombre scène où la dualité se superpose, où les visages se mélanges et où le flou et les effets de couleurs se succèdent. L’abstrait y devient très concret alors que trouble et intensité se côtoient. La bande son signé Jim Williams également sublime fait vibrer ce récit graphique. Tasya réussira-telle à contrôler le corps de Colin ? A s’adapter en quelques jours à une vie qui n’est pas la sienne tout en ne s’oubliant pas ?  Toutes ces questions trouveront réponses au court d’une heure quarante haletante de bobine à ne pas laisser entre toutes les mains. Nul doute que ce Possessor a tout pour devenir culte auprès des fans de cinéma de genre au coeurs bien accrochés.

En espérant que le film se distribue dans les cinémas français qui sont souvent frileux lorsqu’il s’agit de diffuser de l’horreur bien construite. L’Etrange Festival, lui, se poursuit au Forum des Images jusqu’au 13 septembre.

Découvrez la bande-annonce de Possessor

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