Drame conjugal bouleversant sur toile de fond politique, Un fils est le premier long-métrage de Medhi M. Barsaoui, sélectionné au 76e Festival international de Venise dans la section Orizzonti, lors duquel Sami Bouajila a remporté le prix du meilleur acteur. C’est aux côtés de Najla Ben Abdallah que ce dernier incarne le rôle d’un père dévasté après que son fils ait été grièvement blessé lors d’une attaque terroriste en Tunisie. En essayant de sauver à tout prix leur enfant, le couple va se trouver confronté à des secrets et à des dilemmes qui ne manqueront pas de l’altérer directement.

 

 

Un scénario honnête et subtil 

 Intelligemment construit, Un Fils déroule son histoire autour d’un point central : l’enfant. Cependant, plusieurs stades de scénario font leur entrée petit à petit, jusqu’à dérouler un tableau plein de troubles et de malaises, mélangés à un sentiment d’espoir et une angoisse perpétuelle. Jamais le film ne s’essouffle, puisqu’il trouve constamment un ailleurs vers où aller, une brèche dans laquelle s’insérer et nous tenir en haleine. Un Fils parle avant tout des failles d’un couple. Il mêle l’urgence de la survie à une confrontation inattendue des parents, dans un moment où les sentiments sont décuplés et les esprits meurtris. En s’interrogeant sur des thèmes de tous les jours (paternité, amour, valeurs morales…), le film confronte le spectateur à des situations surprenantes, toujours subtilement amenées et disséquées afin d’engager une réelle réflexion. La manière dont Mehdi M. Barsaoui filme ses personnages, d’une neutralité et d’une sobriété remarquable tout du long, nous permet de construire un avis personnel sur les enjeux qu’il aborde. L’homme et la femme jamais jugés dans leur démarche, nous sommes alors amenés à nous interroger sur leur vision et leurs actions sans avis préétablis. On se range aussi bien du côté de la mère que du père, en comprenant les difficultés auxquelles les deux séparément sont confrontés. Le film a le mérite d’être clair sur cela : il délivre toutes les informations de manière neutre et compréhensible pour ne pas pencher la balance d’un côté…

 

Politique et corruption : un climat à en faire grincer les dents

 En déroulant son récit sur le sol tunisien, le réalisateur en profite pour le parsemer d’un regard politique bien dosé. Dans un système en plein bouleversement, quelques mois après la révolution et la chute de Ben Ali et quelques semaines avant celle de Khadafi, ce drame prend d’autant plus d’ampleur, tant les obstacles et épreuves sont nombreuses et ne permettent pas de faciliter les soins et d’apaiser les tensions. Tout est mêlé à une atmosphère oppressante qui ne tarde pas à avoir des répercussions sur le couple : comment régler un épisode si dramatique quand le climat autour est tout sauf favorable ? Dans un pays qui oblige à ne plus faire confiance à ses institutions, dans lequel la justice est capable d’emprisonner ses citoyens pendant cinq ans pour un simple adultère et où le trafic d’organes va de pair avec la corruption, il est primordial de rester lucide et de s’en tenir à ses valeurs. Mais à quelle limite ? L’homme aisé ayant pleinement réussi qu’incarne Sami Bouajila va bientôt être confronté à sa morale et à ses valeurs, prétendant être « un homme moderne » mais dont les actions ne semblent pas refléter cet état d’esprit. A quel point les drames nous changent-ils ? Et jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

 

L’humain révélé

 Grâce à une mise en scène classique et sincère, la réalité qui se joue devant nous est bouleversante. Elle nous confronte à toutes sortes de dualités qui, rassemblées, semblent constituer tous les êtres humains. Avec un fil conducteur qui va droit au but, Un Fils évite le pathos et fait de ses personnages un croquis véritable de l’homme face à l’adversité. Filmés en format scope, les acteurs sont isolés pour que l’on visualise sans artificialité leur état d’esprit. Quoi de plus pénétrant qu’un regard capturé par un gros plan ? Les failles s’ouvrent, les faiblesses surgissent, mais le courage n’est jamais loin pour autant. Sinon, comment faire pour différencier les fonctions sociales qui nous caractérisent, parfois trouées de balles, comme celle du père et du mari, pas forcément compatibles ?

 Avec deux acteurs formidables pour le porter, Un Fils se présente comme une œuvre importante pour réfléchir sur le statut de père et de parent dans les temps qui courent. Les liens du sang sont-ils l’unique preuve de ce statut ? L’enfant, qui passe au second plan pendant tout le film, est pourtant le cœur central de l’histoire, car il est celui qui relie tout, et auquel s’adresse ce regard final entre la femme et son mari, dont on ne saura jamais la signification : espoir ou destruction ?

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