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Brimstone de quoi ça parle ?

Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Brimstone est-ce que c’est bien ?

Brimstone dakota fanning

Sorti en 2017 avec à son affiche une Dakota Fanning plus éblouissante que jamais, un Guy Pearce d’une férocité sans limite et petit coup de pouce, Kit Harington gonflé à bloc par son fan club de « Game Of Thrones », ce Brimstone n’a décidément pas eu la visibilité publique qui lui est dû. Et pourtant force est de constater que le premier long métrage international du néerlandais Martin Koolhoven est une claque saisissante réussissant le pari risqué de réunir les genres en s’appropriant leurs codes pour mieux les sublimer. Découpé en quatre actes tous plus puissants les uns que les autres, ce film hors normes suit le calvaire de Liz poursuivit par un Boogeyman on ne peut plus humain prêt à tout pour l’avoir à ses côtés. Si le terme  convient pour définir cet homme qui se sent porteur d’une parole de Dieu déformée pour mieux servir ses intérêt, son statut et ses travers sont avant tout un miroir grossissant d’une société passée qui est toujours d’actualité.

Dès son premier verset, cette oeuvre n’épargne rien au spectateur ni à son personnage central, une femme à la force mentale extra-ordinaire. Avec une photographie sublime, un graphisme sombre qui fait échos au propos qu’il évoque, Brimstone impose son atmosphère viscéral dès ses premières minutes. Ici point d’espoir de rédemption, le martyr de Liz ne s’estompe pas et la caméra enferme avec elle un spectateur désireux de la voir se battre et se sortir de la spirale infernale qui la poursuit. Maudite mais battante, elle est portée à l’écran par la sublime Dakota Fanning, qui enfant était la coqueluche d’Hollywood. Le temps lui aura préféré sa petite sœur, la talentueuse Elle Fanning, que les spectateurs ont pris le plis de retrouver film après film. Pourtant, elle livre ici une performance sans faute, exprimant froideur et détermination propre à certains survivants brisés. Cette noirceur que peu de temps de répit ne viennent alléger étaye ce brasier d’émotions qui s’étend sur 2 heures 30 haletantes. Il serait injuste de ne pas également souligner la performance de l’implacable Guy Pearce, habité par son fanatisme, obsédé par ses démons et ses justifications, terrifiant dans sa froideur, ainsi que celle de l’incroyable Emilia Jones ( qu’on a vu depuis dans Locke & the Key), révélation au jeu sobre, bluffante de candeur et de force en toute circonstances.

Trois registres, une histoire

brimstone preacher

Pourquoi se contenter d’un seul registre lorsqu’il est si facile de brouiller les pistes en les mélangeant pour sublimer et accentuer les traits forts de son histoire ? Brimstone choisit de ne justement pas choisir un seul type d’oeuvre pour mieux se centrer sur une histoire narrée de plusieurs façon, et cette alliance fonctionne à la perfection.

Horreur et thriller se succède alors qu’à chaque instant rôde la peur du retour du prêcheur, de ses nombreuses et éprouvantes violences qu’elles soient psychologiques ou même physiques. Outre cette traque qui pourrait emprunter au survival, et le monstre qu’il semble impossible à éliminer, prêt à renaître tel un Jésus infernal venu distiller sa parole, la violence, elle, s’invite à mesure que la pellicule avance. Quelques rares scène gores sont d’ailleurs de la partie, mais toujours filmée avec une certaine maîtrise et pudeur allant jusqu’au hors champs pour ne pas entrer dans un simple jeu de boucherie qui éloignerait le spectateur du propos initiale. La violence sert ici à appuyer des thématiques lourdes de sens, jusque dans les tripes de celui qui regarde. Il n’est pourtant pas question de satisfaire uniquement le fan de films d’épouvantes, tant le métrage ne laisse au genre qu’un petit terrain pour exprimer via des atrocités jamais gratuites un propos tranché sur le fanatisme.

Le western est lui aussi de la partie, ses personnages habituels y ont ici une autre couleur. Le gentil cow-boy pas si blanc de tout reproche, courageux et invitation à l’espoir est bien présent tout comme un duel peu fair-play et une esthétique dominante propre à ce registre aujourd’hui peu exploité.

C’est pourtant surtout un drame que nous sert un réalisateur qui n’hésite pas à relancer son intrigue à coup de révélation savamment amenées. Difficile de ne pas souffrir aux côtés d’une héroïne malmenée, vaillante, affrontant la vie avec la froideur de son bourreau, encaissant les coups avec une véritable volonté de vivre et de vivre libre. Issue d’une communauté immigrée, réfléchissant à la vie de communauté et aux dérives des meneurs aux grands mots, elle garde une dignité admirable en toute épreuve. Situé au 19ème siècle, le drame ici raconté semble presque normalisé dans son époque. Et pourtant, alors que tous ces propos font encore échos à une société contemporaine, qu’il est difficile de ne pas bondir de son siège, outré(e) et révolté(e), alors que la douleur de nos protagonistes laisse une marque au fer rouge à mesure que les actes s’enchaînent avec ardeur.

Un conte sur la condition de la femme

Si les sous-textes sont nombreux dans ce film jusqu’au-boutiste, la condition de la femme est l’unes de ses thématiques centrales. Difficile de parler librement de ce sujet sans risquer de spoiler un spectateur désireux de le voir. Sans trop en dire, une héroïne forte mais en adéquation avec son temps est l’un des premiers piliers de cet axe. A cela, il est facile d’ajouter que violence conjugale, prostitution et culpabilisation de la femme face à l’accouchement et à la maternité sont de la partie. Face à la beauté de notre héroïne, nombreux sont ceux à estimer avoir des droits sur elle et sur son corps. Si une femme fait un affront à un homme, elle devra en subir les conséquences au centuple. La mise en image des règles et son interprétation par l’homme est également une piste de réflexions que distille le réalisateur. Si le sang a coulé alors la jeune-fille est enfin une femme avec ce que cela implique. Un tel traitement des menstruations pourrait rappeler le livre « Carrie » de Stephen King découvrant ses règles face à une mère pieuse qui en donne une interprétation bien différente du simple cycle  naturel et normal.  Les maux faits aux femmes sont nombreux et révoltant. Le message y est toujours donné sans l’appuyer avec lourdeur, sans perdre de la force de son propos et de son époque et surtout sans s’imposer aux spectateurs.

Travers et fanatisme religieux

brimstone guy pierce

A l’instar d’un Saint-Maud qui abordait l’extrémisme religieux et remportait cette année le grand prix du festival de Gerardmer, Brimstone aborde la thématique religieuse avec une modernité sans fausse note. Le texte sacré servant ici à justifier tous les excès, la peur de l’enfer, donnant corps au royaume de Lucifer sur Terre.  Il faut se méfier des prêcheurs et des faux apôtres met en garde une oeuvre qui ne manque pas de montrer que les plus pieux n’hésiteront pas à se servir de la religion pour justifier leurs plus bas instincts et les plus atroces des comportements. Le prêcheur péche en dictant la droiture, sans jamais se remettre en question et ce de bout en bout jusqu’à un dernier act terriblement haletant. Le film ne mâche pas ses mots et pointe du doigts les dérives égoïstes de la religion et de ses acteurs. Une oeuvre magistral, éprouvante, puissante à voir absolument et disponible, ça tombe bien, sur Netflix.

Découvrez la bande-annonce


 Besoin de cinéma ? Envie de (re)plonger dans les chef-d ’œuvres qui ont bâti l’histoire cinématographique ? Ce site de VOD est fait pour vous ! La Cinetek vous propose de revisiter cette histoire en mettant à disposition (non gratuitement, cela va de soi) un grand nombre de films, cultes ou non, qui ont bercé les imaginaires de plus d’un. Englobant une large période (des débuts du cinéma jusqu’en 2004), le site se définit comme « la cinémathèque des réalisateurs » et regroupe plus de 1000 films disponibles à la demande. Triés par réalisateurs, dans un objectif de mettre la lumière sur ces derniers autant que sur leurs films, indissociables, les œuvres dont est possesseur le site englobent tous les genres et tous les pays. De François Truffaut à Fritz Lang en passant par Ingmar Bergman, Michel-Angelo Antonioni, Kenji Mizoguchi… La Cinetek explore en profondeur le cinéma et en ressort avec des possibilités de choix immenses. Dans un objectif premier de rendre visible sur internet les grands films du XXè siècle, ainsi que des œuvres plus secrètes qui n’ont pas l’occasion d’être éclairées autrement, La Cinetek s’est forgée une image qui se veut à l’opposé total de Netflix, sans pour autant se positionner dans une logique de concurrence. Le site existe pour tous les amoureux du cinéma ainsi que les curieux, jeunes et vieux, de toutes horizons, qui trouvent dans le septième art une manière de penser, de se définir et d’exister. Il fut créé en 2015 sous l’initiative de trois réalisateur/rices : Pascale Ferran, Laurent Cantet et Cédric Klapish.

 

Une immense bibliothèque de films !

 On aime se perdre dans ce vaste catalogue pour y découvrir des œuvres encore inconnues à notre esprit et naviguer parmi des paysages multiples et variés. Mais aussi pour revoir nos films préférés, qui nous ont marqués dans notre enfance. Néanmoins, il peut s’avérer complexe de choisir parmi tant de propositions. Pas de problème, il y a une solution à cela : le site vous propose plusieurs listes de réalisateurs, c’est-à-dire les films préférés de vos réalisateurs préférés (50 films de chevet, ça ne rigole pas !). En questionnant ces professionnels en la matière, que vous les aimiez ou non, des visions uniques et intimes du cinéma en ressortent, qui serviront à attiser votre curiosité ou sinon vous amener à revoir certains classiques sortis de votre esprit depuis le temps. Près d’une dizaine de films sont ajoutés tous les mois, ce qui permet au catalogue de constamment grandir. Parallèlement, plusieurs bonus (interviews, archives télé…) accompagnent certaines œuvres, afin d’aider à leur lecture, et d’y apporter des connaissances extérieures.

 

Et les prix alors ?

 Les prix sont abordables, de 2,99 à 3,99 euros pour une location de 48h, et de 7,99 à 9,99 euros pour l’achat d’un film (selon qu’ils soient en SD ou HD). De plus, le site vous propose un lecteur via lequel regarder vos films, une application pour ordinateur facilement téléchargeable, où vous retrouverez vos locations durant le temps imparti ainsi que vos achats disponibles à tout moment

 

Le meilleur pour la fin : une offre d’abonnement généreuse et bien pensée

Mais ce n’est pas terminé, car je ne vous ai pas encore parlé du plus intéressant dans tout cela : leur offre d’abonnement, lancé il y a un an maintenant, après une campagne de crowdfunding réussie. Pour 2,99 euros par mois, le site met à votre disposition 10 œuvres cinématographiques à regarder quand vous le souhaitez (dans les 30 jours impartis). Ces films sont choisis par le site lui-même selon un thème qui change chaque mois. Donc pas besoin de vous embêter, laissez-vous juste guider. Par exemple, le thème du moment se nomme « en ville » et regroupe les films suivants :

  • Les Ailes du désir (Wim Wenders, 1987)
  • La Dolce Vita (Federico Fellini, 1959)
  • Amsterdam Global Village – Partie 1 (Johan Var der Keuken 1996)
  • Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1961)
  • Insiang (Lino Brocka, 1976)
  • Justin de Marseille (Maurice Tourneur, 1934)
  • Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967)
  • Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)
  • Invasion Los Angeles (John Carpenter, 1988)
  • Leaving Los Angeles (Mike Figgis, 1995)

 Rien que pour cette offre plus qu’alléchante, on les remercie mille fois ! Elle permet à tout le monde de se cultiver à un prix tout à fait honnête et accessible. De plus, les sélections sont toujours finement composées, mélangeant classiques du cinéma et œuvres davantage méconnues mais non moins intéressantes. Cet abonnement vous permet donc de ne pas passer une heure à chercher quoi regarder parmi tout le catalogue, et vous ouvre également vers d’autres horizons, vers lesquelles vous n’auriez jamais pensé vous aventurer sans cela. On vous le promet, vous avez tout à y gagner.

Le site est disponible juste ici, n’attendez pas !

 

Extrait de « Over your dead body » de Takashi Miike

Du 7 au 22 avril 2018, en parallèle de l’exposition Enfers et fantômes d’Asie au musée du Quai Branly – Jacques Chirac, se déroulera Fantômes d’amour et de terreur – Vision d’un cinéma hanté la programmation -gratuite!- d’une trentaine de longs métrages, en provenance d’Orient ou d’Occident, tous liés par la thématique commune du fantôme. 

 

Couverture du catalogue « Enfers et Fantômes d’Asie » par Stéphane du Mesnildot et Julien Rousseau aux éditions Flammarion

 

Du 10 avril au 15 juillet 2018, se déroulera l’exposition  » Enfers et fantômes d’Asie », une plongée mêlant les différents arts graphiques ou bien encore le théâtre pour un voyage dans l’histoire de la représentation des fantômes en Asie. Chapeautée par Julien Rousseau, responsable de l’unité patrimoniale Asie au musée du quai Branly – Jacques Chirac, l’exposition  » Enfers et fantômes d’Asie » mettra particulièrement en avant la partie consacrée au Septième Art tout au long du mois d’avril.

Sadako dans The Ring (1998)

En effet, du 7 au 22, la programmation d’une trentaine de longs métrages soigneusement choisis par Stéphane Du Mesnildot, critique aux Cahiers du Cinéma, spécialiste du cinéma asiatique, et notamment du cinéma fantastique japonais sera organisé gratuitement ( dans la limite des places disponibles) au musée du quai Branly. Quelle meilleure occasion alors de pouvoir découvrir ou redécouvrir des classiques du cinéma de genre tels que « Le carnaval des âmes« , « Ne vous retournez pas« , « Histoire de fantômes japonais » mais aussi les plus récents « Ring« , « Le voyage de Chihiro » ou bien encore le cultissime « Jack Burton dans les griffes du mandarin« (revu dernièrement à l’occasion du PIFF 2017)?

Éternel Kurt Russell dans Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin

L’au delà est une thématique universelle et Stéphane Du Mesnildot ne s’y est pas trompé en mettant des passerelles entre cinéma d’Asie et cinéma « d’Occident ». Du Japon de l’ère Edo « d’Histoires de fantômes japonais » au Los Angles des 80’s ( et la quasi coupe mulet de Kurt Russell) de Jack Burton dans les griffes du mandarin, de la mortifère Venise de  » Ne vous retournez pas » au Bangkok de « The Spiritual World« , toutes les époques et tout les lieux se prêtent à des histoires de fantômes. Et avec elles, parfois, souvent, l’une des meilleures façons de parler des vivants…

Pour voir dans le détail la programmation des trente films choisis dans le cadre de « Fantômes d’amour et de terreur – vision d’un cinéma hanté » au musée du Quai Branly c’est par ici !