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Julia Escudero

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Qu’est ce que c’était que ça ? Ou bien « What was that ? » comme dirait  le titre de la chanson du dernier album de Lorde, « Virgin », publié en juin dernier. Alors que les heures passent, cette sensation d’avoir vécu un moment si immense qu’il peine à être décrit perdure. Le Zénith de Paris l’incroyable Lorde avait tout de le claque aussi attendue qu’espérée. La chanteuse a profité de sa soirée pour tordre tous les codes, ceux de la féminité, ceux du live, ceux de la pop et créer une expérience si immersive et réelle qu’elle réinvente à elle seule la notion même de concert. Un moment si rare qu’il serait impossible de ne pas laisser couler sur des pages et des pages une longue liste de superlatifs pour tenter de vous plonger avec nous dans la beauté des souvenirs qui peuplent nos mémoires. Le décollage pour l’Ultrasound tour est imminent, allons-y !

Lorde Zenith Paris Ultrasound tour par Louis Comar
Lorde par Louis Comar

Everything is blue lorde

Nous y étions ! Et autant dire qu’accéder au concert de Lorde ce 10 novembre n’était pas mince affaire. Show hyper prisé, rempli en seulement quelques heures, la musiciennes était attendue de pied ferme pour son grand retour dans la capitale. La sortie de son merveilleux album, « Virgin » avait déjoué les pronostics et remis la chanteuse dans les petits papiers de fans souvent déçu.es par son prédécesseur « Solar Power ». Alors à 21 heures lorsque les lumières s’éteignent, tout devient bleu. Les couleurs de la salle comme celles de nos esprits. « Hammer », le premier titre de « Virgin » ouvre le bal. Sa mise en place entêtante résonne comme un avertissement. Après cette soirée, vous ne serez plus la même personne disent les notes. Il est impossible de ne pas  lui reconnaître son immense capacité à construire un morceau. La mise en place soignée, la montée en puissance à mesure que les riffs progressent, l’apogée. Si cette force d’écriture fonctionne particulièrement sur album, elle vient tout renverser en live. Chaque titre, à chaque instant des 1 heures 30 que nous passerons en compagnie de la chanteuse sera porté par son lot de retenu, d’attente, d’explosion de joie. D’ailleurs, la sainte Lorde de la pop (ou mother comme l’appellerons certaines personnes)  compte bien captiver jusqu’au dernier membre de l’audience. C’est ainsi qu’elle balance en deuxième position le titre auquel elle doit son succès : l’immanquable « Royals » et sa précisions aux mille rythmes. Lui succède « Broken Glass ». C’est d’ailleurs « Virgin » qui peuplera une grande partie de la set-list, en occupant pratiquement la moitié. Et voilà qui n’est pas pour nous déplaire.

Lorde concert novembre 2025 Virgin
photo par Louis Comar

Virgin : à album cru, live brutal lorde

Ella Marija Lani Yelich-O’Connor de son véritable nom arpente la scène sans fin. On demande aux pop stars d’être belles, sexys, parfaites, de proposer une image de la féminité version girl next door que l’on ne pourrait approcher. Seulement voilà, Lorde elle n’a que faire des codes. « Virgin » en est la preuve par mille. Rarement un album aussi cru et organique pour parler du corps féminin n’avait autant résonner sur une scène mainstream. C’est sa sincérité qui prime. Les injonctions, les obligations, les douleurs. Et si Lorde ne se sentait pas en adéquation dans le rôle attribué à son genre ? C’est bien ce dont il est notamment question sur « Man of the Year » qu’elle interprètera plus tard, du scotch sur sa poitrine pour mieux interroger sur la binarité.  Pas besoin pourtant de ce titre emblématique pour faire de cet opus et de cette scène une vaste remise en question de tous les stéréotypes. La voici donc qui fait tomber le bas, un pantalon baggy, pour laisser découvrir un caleçon Calvin Klein. Le sexy n’est pas là, l’utilisation du corps est toute autre. On a bien souvent entendu des fans remercier les artistes pour leur capacité à émouvoir, à parler aux coeurs. L’idée m’avait toujours intriguée. Doit-on remercier quelqu’un qui fait son métier ? Une profession si enviable de plus ! Et pourtant un grand sentiment de gratitude vient à s’emparer de la salle lorsqu’Ella s’y produit dans toute son imparfaite perfection. Sa vulnérabilité à fleur de peau, sa capacité à gérer une foule. Là où le live est un travail de mois de réflexion, à fortiori un live pop qui nécessite de la précision , celui-ci respire l’honnêteté . Derrière les vaisseaux bleus, la magie d’écrans aux images millimétrées, la force de réalisation qui évoque autant le clip qu’un show de la fashion week, le message translucide fait croire que nous passions une simple soirée entre ami.es.

Lorde Zenith Paris concert
Lorde par Louis Comar

Côté set-list les tubes s’enchaînent. Combien Lorde a-t-elle de méga hit ? Chaque morceau de son répertoire frappe si fort qu’il est impossible de passer à côté. On chante à tue-tête sur « Buzzcut Season » alors que la chanteuse elle, fait face à un ventilateur géant. La chorégraphie est sublime, simple, pure et ses danseurs eux aussi sortent des cases traditionnelles. Des morceaux comme  « Favourite Daughter » ou encore « Shapeshifter » prennent des nuances supplémentaires en live, plus incisifs, plus percutants encore. D’autant que la chanteuse s’allonge sur une plateforme pour nous livrer ses mélodies. Cette dernière s’envole dans les airs, à moins que ça ne soit l’audience qui se sent aussi pousser des ailes. Chaque mot est chanté par l’assistance, Lorde pourrait plutôt être une reine, pas besoin de tant de modestie.

Au nom du lorde, de la musique et du saint corps

Lorde Zenith Paris concert
Lorde par Louis Comar

Impossible de ne pas prendre le temps de souffler, rapidement pour ne pas parler du titre « Clear Blue ». La couverture de « Virgin » est une radiographie qui vient immortaliser le stérilet d’Ella. Une pochette qui percute alors que la chanteuse s’interroge sur les tortures infligées au corps de la femme en matière de contraception. Elle expliquait avoir souhaité arrêter les hormones, les obligations, les contraintes. Un message d’autant plus important que nombre de femmes sont toujours seules à porter le poids de la contraception dans les couples hétérosexuels. Et la voilà donc, voix légèrement robotisée par un effet, qui vient à nous parler dans son titre de test de grossesse. De peur d’être enceinte, de solitude face à ces angoisses. Le féminisme de Lorde est essentiel, concret et adressé à un large public qui a besoin de l’entendre, parce que seul l’art pourra aider à faire bouger certaines lignes. D’ailleurs n’est-ce pas son féministe qui n’aura pas permis à « Virgin » sa nomination aux Grammys 2025 ? C’est en tout cas ce sur quoi s’interrogeait Rolling Stone alors que la chanteuse, seule femme nommée dans la catégorie meilleur album en 2018, avait pris une page entière de journal pour faire un pied de nez à l’institution lorsqu’elle avait perdu. Merci de laisser place aux artistes féminines n’est-ce pas ?  Il n’empêche que les têtes se secouent carrément maintenant, les cheveux bouclés de la chanteuses sautent dans tous les airs, magnifiquement imparfaits comme ses ongles au vernis à moitié fait. Dans la grande fête de Lorde, chacun.e est libre d’être lui ou elle. On ne cherche pas à impressionner, on chercher à exister pleinement. Et toute cette énergie se retrouve sur un tapis de course installé sur scène. D’abord utilisé par ses danseurs puis par la chanteuse qui interprète la petite merveille qu’est « Supercut » que l’on retrouve sur l’album « Melodrama ». Nous parlions de superlatifs, et il en manque alors qu’en pleine course, elle délivre une performance sans faute. Le résultat est bluffant. Le corps est sublimé, challengé, il répond à l’esprit.

Lorde Zenith Paris Ultrasound tour Virgin par Louis Comar
Lorde au Zenith de Paris par Louis Comar

Solar Power : le soleil au Zénith lorde

Et toi petite, tu es de la dynamite, dirait la chanson d’un chanteur dont on ne peut pas oublier à quel point il a pu être problématique envers sa compagne. Il n’empêche que le soleil a bien pris possession de la salle ce soir et il est entièrement bleu. La chanteuse prend le temps de parler avec son audience et d’évoquer son intoxication alimentaire de la veille qui la forçait à annuler son show au Luxembourg. Et à faire trembler tout le Zénith de Paris craignant lui aussi une annulation. Il n’empêche que, parler vomis en dehors d’un concert de punk reste un joli tabou levé. Et quitte à faire des doigts aux tabous, Lorde en profite pour rappeler qu’elle fêtait ses 29 ans quelques jours plus tôt et comme il est incroyable de vieillir, d’avancer dans la vie, de prendre le pli du temps qui passe et d’y trouver mille beautés. Puis il est temps d’évoquer, le temps de deux titres, son avant-dernière galette « Solar Power ». Cette dernière la conduisait lors de son dernier passage parisien au Casino de Paris, voilà qui pourrait expliquer le choix d’une salle de « petite capacité » comme le Zénith pour accueuillir l’UltraSound Tour. De petite capacité quant au remplissage auquel peut prétendre la chanteuse évidemment, le Zénith restant une salle de belle envergure. S’enchainent « Big Star » et « Oceanic Feeling ». A ce moment de la soirée, Lorde a déjà réussi à me rappeler, au milieu des centaines de concerts que j’ai l’immense chance de pouvoir faire chaque année, pourquoi la musique vaut la peine d’être vécue et pourquoi elle vaut le coup de toujours se battre pour maintenir cette chance. « Melodrama », l’album chouchou des fans reprend ses quartiers sur un temps émotion : « Liability ». Voilà que le  Zénith se pare  entièrement de vert sur « Green light », le plus grand titre d’ouverture d’un album de pop de tous les temps si vous souhaitiez me poser la question. Et l’objectivité de la presse ? Ayant découvert récemment l’intégralité du répertoire de Lorde après des années en tant que critique musicale, je serai tentée d’argumenter qu’elle doit encore exister. Les autres super titres ne sont pas oubliés pour autant. « What was that » l’immense single de « Virgin » prend une place centrale en bout de set et se voit porté par des écrans aux textes futuristes. Enfin « Team » du premier né « Pure Heroine » permet à la chanteuse et ses danseurs de s’envoler grâce à une plateforme. Et nous sommes tous.tes dans la même équipe ce soir, la plus belle de toutes.

Lorde Zenith Paris Ultrasound tour novembre 2025
photo : Louis Comar

Nous sommes Les Adam et Eve sorti.es de la côte de Lorde

La chanteuse a changé de tenue, elle brille face à nous et s’adresse directement au public. La fosse se creuse, un espace se crée et les portables s’y tendent. Voilà la chanteuse qui s’engage dans le public pour y chanter « David » et sa douceur sans fin. C’est ainsi qu’on dit au revoir à « Virgin », le coeur sur les lèvres. Il reste pourtant un dernier morceau. Lorde se perche dans les gradins, au centre de son public. Avec la sincérité d’une bonne amie, elle lance quelques « Je vous aime » à l’audience. Au commencement était « Pure Heroine », celle qui se tient encore devant nous. Au commencement était « Ribs », et telle une Eve qui nous donne quelques bouffées de vie, Ella s’apprête à lancer son dernier morceau. Les notes défilent et les lumière en un sillage astucieux provoquent une vague de brouillard au dessus de son visage. Le brouillard semble créer des vagues et lorsqu’elle tend la main pour les toucher du bout des doigts, elle semble nager. Le corps est constitué d’eau et de musique ce soir.  » We can make it so divine » chante-elle avec une foule qui crie chaque mot. Loin d’être des paroles en l’air, voilà que le divin aura bien pris part à la soirée.  Perchée au dessus de la foule, la prêtresse au sweat rouge, la plus humaine que l’on puisse rêver, nous attribue quelques dernières grâces. « But that will never be enough » répète-elle en boucle. Des mots qui résonnent tout particulièrement en cette fin de soirée. Parce que nous aurions pu habiter dans ce concert de Lorde, pour le reste de l’éternité.


Wet Leg - Olympia Paris 2025 - Crédit Photo : Louis Comar
Wet Leg – Olympia Paris 2025 – Crédit Photo : Louis Comar

Il n’y a pas une minute à perdre ! Le parcours de Wet Leg, depuis ses tous débuts s’est toujours fait à pleine vitesse. De l’arrivée du succès dès son premier super single : « Chaise Longue », à la reconnaissance public comme critique, il a suffit une enjambé. Tout s’est enchaîné dans une course folle ! Aussi incisive et puissante que le rock qui caractérise la formation menée par Rhian Teasdale et Hester Chambers. Voilà qui est également à l’image de leur premier Olympia de Paris ce 27 octobre en marge d’un second le 30. Un concert qui va droit au but et à l’efficacité redoutable. On vous raconte.

C’est un sprint ! wet leg

On rembobine, histoire de s’échauffer. C’est à un concert d’Idles que les deux amies, originaires de l’île de Wight, décident de se lancer dans la musique ensemble. Nous sommes en 2018, et déjà les musiciennes, qui finiront par se hisser à la tête d’un quintette, créent à toute allure. Seul le Covid viendra ralentir leur course effrénée. Ralentir et non arrêter. Elles profitent de cette mise en pause forcée pour tourner le clip de « Chaise longue », se font connaître sur les réseaux sociaux. Leur titre devient viral. C’est un sprint, pas un marathon !  En sortie de confinement, les festivals anglais dont elles font le tour connaissent déjà leurs paroles par coeur.  Leur faudra-t-il marquer l’arrêt pour reprendre leur souffle ? Après la sortie en 2022 de « Wet Leg » leur premier opus et ses récompenses des NME Awards au Billboard 200, il faut attendre 2025 pour célébrer leur retour avec « Moisturizer ». Le coup de grâce ! Wet Leg est rapide mais, c’est confirmé, le groupe est loin d’être un  épiphénomène. Et si finalement nous assistions à un marathon olympique ? Une course vive qui ne saurait jamais être arrêtée ?

La contexte est important puisque c’est avec cette sensation de tournis que nous nous retrouvons ce soir à l’Olympia. L’adrénaline est à son apogée pour cette première performance qui comptera en tout deux dates. Il est 21 heures quand la formation débarque enfin sur scène. Le souffle du public est court. Nous sommes-nous assez échauffé.es ?  Trop tard maintenant pour se poser la question, voilà que « Catch these fists » lance ses grosses machines. La précision est immense, le son fabuleux. Un nappe de brouillard envahi la scène, les corps se secouent instantanément. C’est le deuxième titre qui a valu le succès au groupe qui suit : « Wet Dream ». Ce concert tient de la claque incisive, un coup de pied bien asséné qui brouille tout sur son passage.

Travailler son cardio et tomber amoureux

Wet Leg - Olympia Paris 2025 - Crédit Photo : Louis Comar
Wet Leg – Olympia Paris 2025 – Crédit Photo : Louis Comar

wet leg

Il est actuellement d’usage pour les concerts de s’éterniser, de jouer de beaucoup de mises en scène. Si vous trouvez que les shows durent aujourd’hui plus longtemps, parfois au risque du trop longtemps, ce n’est pas une impression. Au contraire, pour justifier d’augmentations de prix des places certain.es vont jouer la carte de la prolongation. Wet Leg déjoue ce soir tous les codes, toutes les obligations. La set list défile vitesse grand V et ne cherche pas à se parer d’inutiles fioritures. Sur 19 morceaux interprétés, « Moisturizer » prend le lead et s’offre 11 titres. De son côté, le premier né « Wet Leg » verra 8 de ses compositions interprétées. Et une évidence vient à apparaître : tous les morceaux de la formation font immédiatement mouche. Tous ont l’âme d’un super single. A tel point qu’il parait improbable d’identifier des temps forts. Le concert entier est un temps fort.  Ainsi s’enchaînent « Liquidize », « Being in love », « Don’t Speak », « Pillow talk » ou même « Jennifer’s body ». Dont le titre n’est pas sans rappeler le film d’horreur avec Megan Fox qui reprend aujourd’hui une sacrée quote et une belle aura féministe. Et c’est d’autant plus pertinent avec l’univers de Wet Leg tout aussi radical et féminin qui utilise ses beautés pour optimiser un pouvoir inébranlable.

Wet Leg - Olympia Paris 2025 - Crédit Photo : Louis Comar
Wet Leg – Olympia Paris 2025 – Crédit Photo : Louis Comar

Peu de mise en scène vient à peupler ce live. Des déhanchers et des sauts, l’apparition d’un téléphone vintage dans les mains de la chanteuse et deux petites interventions rapides. En même temps, nous sommes là pour écouter de la musique. Et celle-ci vient à balancer son lot d’endorphine. Le sport est connu pour être l’un des plus grands créateurs de cette hormone du plaisir. Ce concert sportif en est un encore plus grand.

En bout de course mais pas à bout de souffle !

Wet Leg - Olympia Paris 2025 - Crédit Photo : Louis Comar
Wet Leg – Olympia Paris 2025 – Crédit Photo : Louis Comar

wet leg

Vous avez déjà envie de prendre une pause pour vous installer sur une chaise longue ? Pas tout à fait ! Wet Leg nous offrira cette oasis dans un court instant. L’occasion d’ailleurs de rappeler que le second né du groupe battait à pleine couture les ré-éditions des frères Gallagher dans les charts. On ne se lasse pas de parler de cette victoire par K.O. Ici, à l’ Olympia, la course s’est transformer en triathlon. Les sports se croisent. On se fait boxer et on fait des sauts en hauteur, à coup de pogos qui font voltiger. Pas vraiment besoin de natation pour être mouillé, l’humidité était dans le titre. « Angelica » (issu du premier album) vient sonner le début de la fin. Toute l’assistance le reprend en coeur. La justesse des musicienn.es et de la voix, la capacité à gérer les rythmes méritent leurs médailles d’or. En fond de scène, le drapeau palestinien, fièrement affiché depuis le début de la soirée permet à tout le monde de garder en tête le génocide et la guerre. Le message est limpide. Voilà que débarque notre célèbre « Chaise Longue ». On accélère encore un bon coup. Bien qu’il faille souligner  que ce concert de Wet Leg n’est définitivement pas comme les autres. Le titre le plus connu est normalement le point central d’un show, celui le plus attendu. Mais ici, parce que la force donné est équitable en chaque titre, la force reçue par la foule est proportionnellement puissante. Oui, le set de Wet Leg se vit le temps d’une phrase comme un problème mathématique, une équation au nombre parfait, plus que comme le cours d’EPS que nous vivions jusqu’ici. Cours ? Tu cours ? Toujours le temps de deux derniers titres « CPR » et la crème du dernier album : « Mangetout ».  On sort les jambes tremblantes et électrisées de cette soirée au rock exalté. Si en plus ces jambes sont humides, nos souvenirs seront plein d’étincelles.


La force, voilà le mot qui qualifie le mieux les performances de Yungblud. Une force émotionnelle, une tornade, une mise à nu, aussi littérale qu’imagée. Parce que son rock s’écoute fort, parce qu’il a fait revenir le courant sur le devant d’une scène en force. Parce que son public l’adule fort. Et voilà qui se confirmerait ce 8 octobre à l’Adidas Arena. Nous y étions, on vous embarque.

Yungblud Adidas AreneHello Yungblud, Hello

Avec « Idols » son quatrième opus sorti cet été, Yunglblud comptait bien ne se plier à aucun code. La preuve en était donnée dès le premier titre : « Hello Heaven, Hello ». Un exercice de plus de 9 minutes qui passe par 4 phases complètement distinctes dans lequelles les émotions se mélangent. L’exact opposé de ce que nous offre la scène mainstream en ce moment. Des morceaux plus lisses, plus facile d’accès. Mais non, il fallait que Dominic Richard Harrison, de son véritable nom, vienne à se moquer de ces préceptes. On dit que la jeunesse ne peut plus se concentrer, qu’elle a besoin de formats 20 secondes comme sur TikTok, qu’elle ne peut plus écouter des albums, de longs morceaux. Les « On dit » sont peuplés de conneries. Ce soir, dans la toute nouvelle salle parisienne, les visages sont très jeunes et très hypnotisés. D’ailleurs c’est sur ce premier titre, comme sur un pari osé que le chanteur débarque sur scène. La foule est happée, à tel point que, malgré une performance très « rock », elle préfère regarder la scène que pogoter. Côté scène justement, c’est un grain de folie qui vient immédiatement habiter l’arène. Le gladiateur enlève son haut, s’asperge le visage et les cheveux avec un verre. Son rock se veut bestial, sa langue sort et s’agite dans tous les sens et voilà déjà que la pyrotechnie vient chauffer la salle. Non qu’elle en avait besoin par ailleurs. La température est déjà montée d’un cran, sont-ce les muscles exposés ou les guitares qui résonnent fort ? Qu’importe finalement.

Yungblud - adidas arena Paris 2025 - Photo : Louis Comar
Yungblud – adidas arena Paris 2025 – Photo : Louis Comar

Yungblud : sang de gros show pour performance intime

Ce qui va peupler tout ce concert d’une heure et demie c’est avant tout la dualité. Parce qu’avec un décors relativement simple et ses musiciens, Yungblud propose un set plutôt intime. On pense aux concerts des rockeurs dans de plus petites salles. L’énergie prime sans artifices à une grosse mise en scène trop orchestrée. Ici, tout parait chaotique. Un chaos organisé certes, qui emporte tout dans son sillon. Mais un chaos tout de même, loin des spectacles où chaque pas a été répété cent fois. Certes, l’espace aidant, l’idole de ce soir – et pas que- va tout de même user de quelques tours de magies propres aux grosses productions pour faire vibrer la foule. Des confettis, balancés très tôt et surtout beaucoup de flammes, des flammes encore et des flammes toujours. Notre idole est déjà trempé, du coup on ne peut pas savoir s’il transpire ou pas, c’est un bon trick, retenez-le. La set-list, elle, va faire la part belle au dernier né du musicien. Son avant-dernier  album « Yungblud » n’apparaitra que deux fois, notamment très tôt dans le set avec « The Funeral ».  D’ailleurs « Weird » ne profitera que d’un seul titre, bien plus tard dans la soirée : « Ice cream man » presque en bout de concert.

Yungblud - adidas arena Paris 2025 - Photo : Louis Comar
Yungblud – adidas arena Paris 2025 – Photo : Louis Comar

Une idole et ses idoles

Yungblud - adidas arena Paris 2025 - Photo : Louis Comar
Yungblud – adidas arena Paris 2025 – Photo : Louis Comar

C’est avant tout l’honnêteté qui vient peupler la nouvelle galette de Yungblud et donc forcément son concert. Il s’y livre, y parle de Dominique face à son succès et son alter ego musicien. Il y exprime sans retenue ses joies, peines, douleurs, larmes, colères. Elles passent notamment par de grosses guitares qui résonnent, des solos, des cordes. Elles passent aussi dans l’amour que lui renvoie le public : parce que oui, le chanteur a pris un véritable statut d’idole aujourd’hui. Dans l’assemblée, un panneau s’agite indiquant qu’une jeune fille a séché le couvre-feu pour venir à son concert ce soir. Plus tard juste après l’interprétation de « Fire » et juste avant « Changes », des panneaux se lèvent dans toute la salle « We won’t let you down » promettent-ils. Un fan projet organisé pour surprendre l’artiste. La meilleure manière pour des personnes qui se laissent porter par les messages d’un chanteur, trouvant des réponses à leur vie dans sa musique, de lui donner un peu d’amour. Et surtout de communier. De quoi adoucir notre homme ? Non, voilà qui lui fait encore gagner en énergie, il virevolte, rien ne semble l’arrêter. Dans sa course effrénée, il saute dans la foule, clope à la bouche et la lance dans l’audience. L’envie de l’attraper pour en tirer une latte se faire sentir, la musique suffira pourtant à remplacer la nicotine et quelques flammes donneront le sentiment de s’en être grillé une. L’hyperactif (diagnostiqué dans son enfance) utilise son énergie à bonne escient : comme une lance invisible qui va contaminer toute l’assemblée. Il se saisit d’une caméra qui sert à alimenter les écrans géants pour filmer la foule, niché  en son centre, puis pour lui faire quelques grimaces. La force se répartie, elle prend d’assaut chaque personne dans la salle. Elle devient contagieuse. Les visages forment un tout, les jambes s’activent, les bouches hurlent et chantent. Sommes-nous pris de la fièvre Yungblud ? Une sorte d’épidémie qui se transmettrait par le sang, jeune de surcroit et permettrait à tout le monde de vibrer sur le même mode. Merde à ce qui nous fait mal, merde au monde si difficile, on prend tous de la tornade qu’est notre meneur, ensemble nous sommes puissants. Ensemble, nous sommes la force.

Merci Ozzy

L’idole des uns a aussi ses propres idoles. Cette occurrence se fait sentir en premier lieu lorsqu’il interprète « My Only Angel » qu’il a écrit en duo avec les indétrônables Aerosmith. La seconde est lorsqu’il rend un hommage vibrant à Ozzy Osbourn. Dominique en était le fils spirituel, attaché autant à l’homme qu’à l’immensité de son répertoire et  son statut dans la scène hard rock / metal. Le roi est mort, le prince chante les larmes aux yeux, une reprise de « Changes ». L’instant est émouvant, le deuil, puissant lui aussi,  engloutit l’arène sous son poids quelques instant. Il faudra pourtant trouver la force de répartir et celle-ci, nous le disions, ne manque pas ce soir. La set list est relativement courte : 14 morceaux mais diablement efficace et bien dosée. Avant le rappel, l’un des morceaux les plus connus du musicien est interprété et repris par tout le public : « Loner » qui porte bien mal son titre ce soir tant la cohésion est de rigueur. Restent deux morceaux, eux aussi tirés du dernier album pour conclure : « Ghosts » et « Zombie ». Quand les lumières se rallument, l’énergie est encore là, présente, puissante. A tel point que la fin de ce concert semble improbable, comme si c’était rêve. Chacun prend avec lui une grande inspiration, la place au plus profond de son cœur tentant de retenir encor un peu d’énergie. On en aura bien besoin pour affronter l’hiver qui arrive.


The Sophs
The Sophs by Théophile LeMaitre

The Sophs c’est la nouvelle sensation rock qui nous vient tout droit de Californie. Alors certes, ils leur sont déjà beaucoup  comparés, mais les faits sont là : on sent beaucoup de The Strokes dans les compositions de la formation. Oui mais pas seulement ! D’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’en seulement quelques morceaux le groupe ait été repéré par Rough Trade Records qui les signaient à Londres. Depuis la machine n’a de cesse de monter. Au programme, une belle bande de potes prêts à tout pour vivre de la musique.  Il faut dire que leurs titres font immédiatement mouche. De « Sweat » qui cartonne à la première écouté au plus personnel « Death in the Family », un premier EP, « Sampler », donne un avant goût d’une capacité d’écriture à la précision hypnotisante et à l’efficacité redoutable. L’album est en préparation et l’attente à son apogée. On a rencontré les six copains chez Beggars à l’occasion de leur passage parisien pour un concert au Supersonic. On a parlé avec eux d’amitié, du choix de travailler en groupe, de réception du groupe en Europe, de la vie d’artistes aux États-Unis, mais aussi de comment créer un bon titre. Surtout, on en profite pour tirer le portrait de ces étoiles montantes aux riffs bien sentis. Vidéo.

Becoming : The Sophs

Devenir THE SOPHS - Portrait Pop & Shot