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Julia Escudero

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C’est la série doudou du moment, Nobody Wants This débarquait pour sa seconde saison sur Netflix en octobre 2024. Série d’amour, quasi impossible mais pas trop, elle permet en plus de retrouver à l’écran deux acteurs.trices chouchous du grand public et de nous : Kirsten Bell et Adam Brody. Mais entre plusieurs moments adorables ponctués de gloussements parce que l’amour c’est beau, la série vient à poser problème. Notamment dans l’évolution de Joanne au court des deux saisons. Peut-on être adorable et un peu toxique quand même ? Quels messages renvoie un show en matière d’identité personnelle dans une relation amoureuse ? Décryptage entre bon moment de binge watching et grinçage de dents.

nobody wants this netflix saison 2Nobody Wants This : De quoi ça parle ?

La relation improbable entre une femme au franc-parler et agnostique et un rabbin non conventionnel. (résumé officiel)

Nobody Wants This : Amour, gloire et religion

Le postulat de base ne peut que faire plaisir : un rabbin, doux comme un agneau, beau gosse et encré dans ses traditions, tombe follement amoureux de Joanne, podcasteuse amours / sexo dont l’esprit libre est en opposition avec la vie d’un homme de foi. Comme le veulent nombre de comédies romantiques, l’alliance des deux va contrarier leurs entourages, leurs visions du monde, leurs existences parce que l’amour vous transforme et vous épanouit. Aussi parce qu’une bonne histoire d’amour doit avoir son lot d’embuches. Et de personnages secondaires croustillants  : Morgan et Sasha en tête de list pour les nommer. Cette trame c’est celle qu’on nous propose au court des tous premiers épisodes, Joanne est habituée aux dates foireux, à moins qu’elle ne soit trop exigeante. Elle utilise son podcast qu’elle co-anime avec sa sœur, Morgan, donc, pour en rire et en tirer des conclusions universelles. Celle qui ne croit pas vraiment en l’amour va changer radicalement au contact de Noah. Voyez-vous, Joanne, souffre en fait de nombre d’insécurités que seul un homme bien pouvait combler. Admettons, c’est un peu comme dans les téléfilm de noël sauf que personne ne part trouver son vrai soit à la ferme, vrai soit qui est en fait une trad wife endormie. Bonne nouvelle, pour trouver la trad wife en soi, pas besoin de verdure, on peut aussi le faire à Los Angeles. Parce que c’est bien ça qui bloque dans Nobody Wants This. Toute notre envie d’aimer le show, et d’apprécier dans ses grandes lignes sa légèreté, son humour et sa douceur viennent se heurter à des tournants d’écriture qui pour le moins surprennent. En début de parcours Joanne, est pleine de bon sens et de spontanéité, elle apporte un grain de folie à sa relation notamment par un message dès le début qui vient caractériser le personnage:  un baiser si intense qu’elle croit « être enceinte ». Seulement voilà, la party girl tourne vite à la trad wife, parce que sa découverte d’un univers religieux vient tout basculer. Et si aimer c’était s’oublier parce qu’on avait tout faux ? Vient alors sous-entendre le show qui refuse de se confronter à l’unité de chacun.e. Et certes, l’histoire de la série est entièrement adaptée de la vie réelle de son autrice : Erin Foster, elle même transformée par la rencontre de son futur mari de confession juive. Reste qu’une belle histoire d’amour doit toujours inspirer deux personnes à se compléter sans chercher à transformer l’autre.

nobody wants this kirsten bellNobody Wants This : coup de foudre à la synagogue

Parce que nous le disions, Noah est rabbin. Et c’est là que la belle histoire d’amour coince. Pour trouver épouse et se consoler de sa rupture avec la parfaite Rebeccah (qu’il a quitté) , figure idéale de l’épouse juive par excellence, il lui faut une femme, elle même juive. Bien sûr et c’est là l’histoire, il est important pour un rabbin de représenter une communauté soudée par la foi. Et l’entourage comme la tradition peuvent avoir besoin de ce repère fixe. Oui mais, alors qu’ils se connaissent à peine, Noah demande à sa copine athée de se convertir pour que leur amour perdure. Les couples inter-religieux ou de fois différentes, même quand il s’agit d’absence de foi, rencontrent régulièrement ce problème, peut-on s’aimer si on ne croit pas en la même chose ? Sauf qu’ici, Joanne est souvent montrée comme le problème. Parce qu’elle ne trouve pas la grande révélation, veut-elle devenir juive ? Elle doit le sentir. Sauf qu’ici l’idée d’être ou non juive tient à épouser une suite de traditions et de fêtes. Et oui la religion juive s’articule autours d’instants de vie communs, fort plaisants et enrichissant en terme de famille, d’amitié et de communauté. Mais comme toute religion elle est aussi liée à des croyances, notamment celle en Dieu. Et c’est aussi cela qu’il faut sentir, une conviction en un texte, une doctrine, une entité supérieure.

Mais non, comme une pub pour la religion (un thème si américain mais qui a au moins le mérite de ne pas être chrétien cette fois et c’est déjà ça), l’idée même de s’interroger sur l’existence d’un Dieu n’est jamais abordée. Joanne pourrait donc bien s’activer et tout en elle vient crier à son envie de devenir conformiste. Parce que son existence était dans le faux. Elle crie mariage, bébé, et conversion parce que les fêtes juives sont fun. Et il n’y a rien de mal à parler d’une vie collective tournée autour d’une foi commune, d’une communauté et ses traditions. Ces chemins sont emplis de belles choses. Mais il y a à s’interroger sur le besoin de raconter qu’une foi traditionnelle serait le seul chemin juste à suivre pour s’épanouir. Sans jamais aborder les difficultés à croire un texte, à comprendre pourquoi on agit comme si ou ça. D’ailleurs le mot kasher n’existe même pas dans le show. Ici seul le porc serait proscrit. D’ailleurs comme pour faire encore passer le personnage de Joanne pour la reine des idiotes, elle apporte à son premier repas avec sa belle famille un plateau de charcuteries.

nobody wants this morganSeule sa sœur lui dit qu’elle a changé et rien de tout ça ne semble problématique. Personne ne se demande où est passée Joanne, si Noah veut maintenir l’unité de la personne qu’il aime. Non, il lui demande avec patience et répétition de se convertir et de croire vite. De croire en des fêtes en soit, si on résume. Les scènes s’enchaînent et l’envie de crier souvent aussi. Parce que chaque red flag est présenté comme super cute. Oui Noah est un personnage touchant, mais il est aussi comme on le voit dans la saison 2 réfractaire à trouver une synagogue progressiste qui réadapte le message religieux pour moins appliquer le texte à la lettre. Les scénaristes eux mêmes tournent l’idée au ridicule. Le progressisme est une connerie, il faut garder la tradition. Et si tout n’est jamais à jeter en matière de traditions, si la question est sensible et délicate et apporte autant de réponses que de couples mixtes dans la vraie vie, on vient à se demander si Joanne n’est pas écrasée en tant que femme. Noah finalement, qui veut bien faire avec la famille de sa douce (mais les traditions hein) ne change rien pour elle. Elle vient beaucoup chez lui, participe à ses célébrations, fait tout pour être aimée par ses proches, change ses rêves et envies. Lui, en revanche, lui interdit de parler de leur couple sur son podcast pour garder leur intimité. Evidemment ça s’entend mais dans ce cas, on ne peut pas demander à l’un de placer le boulot de l’autre au cœur de ses priorités. Alors il quitte son temple, c’est vrai mais ce fait ne change rien. Il faut que Joanne change de religion et apprenne tout du judaïsme. Et à priori on part du plus bas niveau de connaissances possibles. Elle doit apprendre, embrasser les traditions, s’isoler dans sa relation, se détourner de ce qui la caractérise pour devenir l’autre. Et dans ce schémas, elle n’a de cesse d’être repoussée, notamment par Esther, la femme de Sasha qui passe son temps à la traiter de « Slut ». Personne ne l’aime. Voilà qui importa peu à Joanne qui fera tout pour être acceptée y compris et surtout se perdre.

Le journal de Joanne (mais pas trop) nobody wants this

nobody wants this saison 2Mais qui est la femme de ce couple ? La question reste en suspend. A priori, victime du divorce de ses parents, le père ayant fait son coming out tardivement, elle est blindée d’insécurités. Parce que sa famille est clairement moins bien que celle de Noah. Ou du moins c’est ce que dit le show, alors que c’est entièrement faux. Lui a le parfait foyer et une mère de caractère qui défend ses convictions, mais s’avère attachante. La mère de Joanne est un peu illuminée et se contente de suivre des instants de passion temporaire, se découvrant même « juive » d’un coup suite à une soirée. Joanne elle, ne veut qu’être rassurée. Petite chose adorable qui s’inquiète de tout mais se fait rassurer à chaque fin d’épisode ou presque. La première fois c’est touchant, de voir des angoisses disparaitre au profit de la naissance de l’amour. C’est même assez réaliste. Et puis au fur et à mesure on rêve que les rôles s’inversent, que chacun.e apporte à l’autre son lot de renouveau. Pourtant le coup du couple que tout oppose fonctionne généralement bien. Comme dans « Dariah et Greg » dans les années 90. Si vous ne l’avez pas, c’est un vieux show, pas d’inquiétude. Comme Seth et Summer dans « Newport Beach ». Si vous ne l’avez pas, Adam Brody est Noah et Seth …. Et d’ailleurs l’acteur joue d’une sympathie naturelle qui en fait effectivement le petit ami idéal. Resterait aux scénaristes à s’adoucir dans l’écriture. A la fin de cette nouvelle salve d’épisodes Noah choisit enfin Joanne après une nouvelle rupture. Il la choisit même si elle prend le temps de se convertir. De là à savoir s’il accepterait une femme athée à ses côtés, en l’aimant malgré leurs différences, les choses sont loin d’être si simples. Nous voilà donc en train de rêver de voir un personnage exister pleinement, mettre aussi en avant les avantages de ses choix de vie à elle. Sans en faire une opposition à celles et ceux qui croient. Sans se dire supérieure à l’autre, mais en affirmant ses croyances, ses besoins et convictions. Et ce sans que le show ne la juge entièrement et ne la fasse passer pour une créature needy, désespérée et triste. On peut croire en l’amour mais pas en Dieu. On peut aussi croire aux deux. Tous les besoins se respectent. Être en phase avec soi-même, croire en soi et y croire encore plus fort dans les yeux de la personne aimée, voilà la plus belle des déclarations. Non les athées ne sont pas tristes et sans but, ils croient en l’instant présent et en la vie. Ils peuvent croire en l’amour. Il n’y a pas à juger, rejeter les croyants, il y a de la beauté dans les rites comme dans l’essence d’une femme libre et moderne. On peut croire en toutes les formes d’amour et trouver que c’est suffisant. Everybody wants this.


béesauBéesau, fascinant touche-à-tout et  acrobate musicale. Le trompettiste puise autant dans le hip hop, le jazz, que l’électro pour créer des sons hors normes où le classicisme rencontre la pointe de la nouveauté. De passage au MaMA Music & Convention pour un concert survolté à la Cigale, il nous fallait rencontrer le musicien.  D’autant qu’il en profitait pour parler de la sortie de son tout nouvel album  virtuose : « Une fleur et des papillons » paru le 7 novembre. Dessus et en full instrumental, le voilà qui explore le thème bien connu des histoires d’amour. Sous ses riffs celle-ci se construit à l’envers, d’une rupture qui catalyse, à des retrouvailles émouvantes. Les histoire d’amour finissent mal en général mais lorsque ce n’est pas la cas, elles poussent à une créativité débordante. Voilà donc que les notes racontent toute une histoire qu’il nous faudra recréer dans nos esprits. Lors de notre rencontre Béesau s’est longuement confié, n’hésitant pas à parler sans retenue et avec une sincérité débordante. On a donc appris qu’il n’aimait pas la trompette et peinait à la travailler quotidiennement l’instrument  ! Un comble qui nous a bien amusés. Entre autre de cette révélation on a parlé jazz, purisme, genèse d’un album, histoire d’amour, conscience de soit, titre, du musicien Thomas Enhco, de live et de son double rôle à la production et à la composition.

A noter que Béesau sera de passage à Paris à l’occasion d »un concert à la Gaîté Lyrique le 16 janvier 2026. Prenez vite vos places.

 

Découvrez l’interview de Béesau

Interview Béesau- MaMA festival et convention 2025

Vidéaste / réalisation : Martin Pujol

Interviiew : Julia Escudero


Austra interview
Austra par Théophile Lemaitre

Austra est de retour ! Après une longue période de blocage créatif lié à une rupture douloureuse, la musicienne de talent signe en novembre 2025 un nouveau jet à la grandeur inconditionnel : « Chin Up Buttercup ».  C’est à l’occasion de cette sortie que nous avons le plaisir de rencontrer Katie Stelmanis de son véritable nom dans les locaux de son label : Domino Records.  L’artiste canadienne cumule des dizaines de milliers d’écoutes sur les plateformes en plus d’avoir été l’une des première représentantes importantes des scènes queers de Toronto. Sa musique, insaisissable joue entre électro, pop, opéra, douceur et ne se limité à aucune barrière. Et ce nouvel album s’inscrit dans cette continuité hybride à fleur de peau.

Lors de cette rencontre passionnantes nous avons parlé d’industrie de la musique, de Londres, de Toronto, de santé mentale, de deuil amoureux, de Madonna, de Donald Trump. Rendez-vous en vidéo pour tout découvrir !

Découvre le portrait vidéo d’Austra

AUSTRA, La fin du gel - Portrait

Sydney Minsky Sergeant : brillant men’s club

Sydney Minsky Sargeant
Sydney Minsky Sargeant par Max Miechowski

Sydney Minsky Sergeant a bien grandi ! Poussé à la célébrité et sur d’immenses tournées depuis son plus âge grâce à son groupe de génie, Working Men’s Club, le chanteur avait besoin de prendre du recul. Voir même de faire une pause pour mieux regarder dans le rétroviseur. Le voilà donc en studio avec son ami, le producteur Alex Greaves pour enregistrer un seul morceau « Lisboa ». Seulement, le rendu est trop bon, il faut poursuivre l’opération, aller chercher d’autres titres. Alors, Syd, pour les intimes, part en quête de son répertoire. Il retrouve ses premiers écrits, datant parfois de ses 14 ans. Comment un môme peut-il avoir la maturité artistique d’écrire pareille prouesses ? La question se pose. Et pourtant, la réponse semble évidente. Le musicien a la même aura en solo qu’un certain Grian Chatten de Fontaines D.C qui s’offrait sur « Chaos for the fly » un masterpiece. « Lunga » est de ce type de chef d’oeuvres, une merveille, aussi simple que bouleversant. Son post punk s’y fait plus folk, plus acéré. Derrière les douleurs qui lui servent à écrire, vient le besoin d’avancer. Autant peut-être que celui de se reconnecter à une version de lui aujourd’hui lointaine. Pour lui donner vie, il prend en main tous ses instruments, enregistre même dans une église donnant ainsi de la profondeur au son. Le même degré de profondeur et d’espoir qui hantent son esprit .  « C’est un pas de côté par rapport à ce qui m’a rendu célèbre cet album » explique-t-il « J’avais besoin de le faire. C’est un voyage méditatif. Il m’a permis de réaliser des choses pendant que je grandissais et d’avancer. » L’occasion pour lui de repenser à ses relations passées, sans colère ni ressenti mais plutôt : « De faire le point sur mes émotions. De me demander où est ma place dans le Monde. »

Prendre la route pour se découvrir en tant qu’adulte

C’est à l’occasion de son passage au Pitchfork festival, dans la salle du Silencio que j’ai eu la chance de discuter avec Sydney Minsky Sergeant. Il faut le dire, il est beaucoup trop facile de se laisser tomber en amour lorsque l’on écoute ce premier album. Si les titres y ont été écrits à différentes périodes de son existence, le musicien arrive à donner à l’ensemble une cohérence rare. Plus qu’un opus, c’est un voyage initiatique que l’on découvre. Une certaine obscurité le peuple et au fond une note d’espoir prend la dominante. L’adolescence est une période charnière, puissante de la vie. Et notre homme n’a jamais vécu la sienne de façon normale. Les tournées, les concerts l’ont éloigné du chemin que l’on emprunte tous.tes et qui permet de définir l’humain que nous souhaitons être une fois que l’âge adulte nous a atteint. Et surtout pas éteint d’ailleurs. C’est de cet apprentissage qu’il est important de parler pour le jeune homme timide qui regarde de côté pendant que nous conversons. « Dans la majorité de l’album il y a beaucoup de sentiments issus de mon subconscient.  » explique-t-il en pesant chacun de ses mots. « C’est quand j’ai conclut l’album que je me suis senti grandi sur beaucoup de  sujets. Sur beaucoup de cadences de l’albums, certaines choses sont parfaites et d’autres imparfaites. Je me suis senti bien plus adulte parce qu’il n’a rien à voir avec tous les autres albums que j’ai fait.  Tout s’est emboité au cours des dernières années. Et à la fin je me suis rendu compte que j’étais une personne complètement différente de celle qui a écrit les morceaux. »

S’il parle facilement de perfection c’est avant tout parce qu’il est tout autant perfectionniste sur scène. Ce soir là, sur les planches du Silencio, le son des instruments devient son travail le plus méticuleux. Stressé, probablement mais surtout déterminé. Chaque note est pensée avec profondeur alors que trois musiciens lui donnent la réplique. Assis au centre de la pièce, le regard songeur, notre homme se raconte avec la même sincérité qu’il avait plus tôt lors de notre échange.  » Je voulais capturer l’idée d’un nouveau jour et être le plus honnête possible. J’en profite pour embrasser les beaux côtés de la vie mais aussi accepter que j’ai fait des erreurs et que je ne compte pas les fuir. »

silence, ça pousse sydney minsky sergeant

Sydney Minsky Sargeant Lunga
Sydney Minsky Sargeant photo Max Miechowski

 » La raison pour laquelle je n’ai pas eu de mal à me replonger dans mes anciennes compositions c’est avant tout parce que je ressentais encore les émotions de cette époque. Certains sentiments étaient également comme une histoire fantaisiste que je me raconte. Par exemple quand je dis que tout va bien, ce n’est pas vrai. Mais c’est une façon de me convaincre et de me rassurer. C’est comme ça que j’avance dans la vie. Et puis il est rare que j’aille en studio et que j’accepte d’enregistrer un morceau si je ne pense pas ce que j’ai écrit.  » L’important pour lui, c’est de toujours rester honnête envers lui-même. Mais le chanteur utilise-t-il la pensée magique pour combler son apprentissage de l’existence ? Vous savez cette méthode qui permettrait à une personne de concrétiser ses désirs par le simple pouvoir de ses pensées. « Je crois que l’espoir peut te transporter vers un endroit meilleur. Même si vous n’y êtes pas du tout. Quand je travaillais cet album il n’y avait pas un moment où je voyais la mort à l’horizon. Peut-être que j’y pensais mais dans les faits elle n’était pas là. Il n’y a pas eu de moment où je goûtais entièrement au bonheur pourtant  tout ce qu’il y a de rationnel chez moi convoquait l’espoir. Et c’est ce qui est devenu le plus grand thème de l’album. »  Pour lui il est aussi important de se rassurer que de rassurer les autres. « C’est ok de se sentir comme de la merde. Et même sain d’aller mal parfois. Il faut embrasser ce sentiment et en tenir compte mais savoir que c’est un moment précis. » Parfois se replonger dans une période de sa vie à travers la musique le replonge dans le pire mais il sait que ce sentiment n’est plus vrai aujourd’hui. La composition lui sert pourtant à s’y replonger pleinement pour mieux avancer. La raison pour laquelle une mélodie existe c’est aussi parce qu’elle est la photographie d’un instant T. Un art qui va coller à « Lunga » dont la texture et la production sont particulièrement visuelles. Les titres s’y vivent comme une histoire que l’on raconte, une quête de  soi propre à la littérature qu’il affectionne particulièrement et qui l’inspire toujours. « C’est de la nourriture pour mes penser et ça me permet de me challenger. » Tout ça lui permet de me se questionner : « Pourquoi ai-je ressenti tout ça ? Qu’est ce que tu sais aujourd’hui que tu ne savais pas à ce moment là?  » Voilà qui  va de pair avec son désir profond de devenir une meilleure personne. Un sentiment qu’il exploite différemment dans son travail de composition et scéniquement. Lorsqu’il écrit le musicien arrive à dissocier le ressenti, à le réfléchir. Là où la scène plus brut, oblige à vivre dans l’instant. Et à créer une magie chaleureuse, une pureté si forte qu’elle englobe la petite scène parisienne de la salle créée par David Lynch sur laquelle il se produit ce soir-là.

Le bien, ennemi de ses compostions ? sydney minsky sergeant

« Si les choses vont trop bien pendant trop longtemps, elles deviennent ennuyeuses. » Lâche-t-il, en appuyant sur chaque terme, le regard toujours dans le vide, concentré sur ses mots. Autant qu’il peut l’être sur ses notes. Il faut dire qu’il sait être à fleur de peau et s’écouter entièrement. « Je peux me sentir bien quand je me sens mal, et l’inverse également. »  complète-t-il. Des sentiments qui peuvent souvent prendre de l’ampleur avec les tournées et introduisent chez lui un sentiment de chaos. « Peut-être pas à ce point mais ça peut être très stressant. Entre mes 16 et mes 20 ans, la vie est allée très vite pour moi. J’ai du composer avec l’industrie de la musique et mon groupe. J’avais le sentiment que les choses avançaient si vite que je ne pouvais pas les suivre émotionnellement. Ca m’a pris des années pour pouvoir me poser et prendre le temps de comprendre ce qui m’est arrivé. Et c’est ça ce qui était chaotique pour moi. » Voilà qui explique entièrement tout son propos et son travail de composition. Une vie d’adulte dans laquelle il était propulsé trop vite. Une vie de musicien que la plupart des gens n’expérimentent jamais. C’est toute la clé pour mieux percevoir les merveilles de son nouvel opus. « Je pense que j’avais juste besoin de redevenir une personne normale.  » Et la clé pour trouver cette normalité se trouve peut-être dans un miroir tourné vers le passé. Le titre qui donne son nom à l’album est d’ailleurs une interlude instrumentale  et expérimentale reprise du dernier morceau de l’album « Fear Fear » de Working Men’s Club. Le passé sombre s’y fait lumineux. Comme l’avenir d’un artiste intemporel à la pureté de compositeur trop rare. Sa délicatesse et son élégance lui auront ouvert les porte du Pitchfork, festival d’avant-garde qui a su trouver les talents de demain mettant notamment en scène Charli XCX par le passé. Nul doute que notre homme marquera lui aussi l’histoire de l’évènement.