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Julia Escudero

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We Hate You Please Die @ Le petit bain 2021
Photo : Louis Comar

Il aura fallu s’armer de patience pour retrouver les fous furieux de We Hate You Please Die en live. En juin, lors de leur interview, la question de revoir sur scène la quatuor originaire de Rouen se posait déjà.  Tout vient donc à point à qui sait attendre et en ce 2 décembre, c’est dans un petit Bain complet que les retrouvailles ont finalement lieu.

La foule est dense et connaisseuse et le lieu se transforme aisément en bar punk faisant oublier les températures glacées extérieures. C’est MSS FRNCE qui a la lourde tâche d’ouvrir la soirée. Pas de quartiers pour le groupe punk parisien qui balance ses sons énervés sans retenue. La sophistication n’est point de rigueur, seules les guitares déchaînés font échos à des riffs calibrés pour les grosses enceintes et le lâché prise. La musique du combo sent bon la bière, les pogos et la transpiration. D’ailleurs, il n’en faut pas plus pour que la foule se mette dans le jus, un jus au houblon et bien secoué. La fosse est chauffée, l’air électrique, il est temps de laisser place à la tornade We Hate You Please Die.

We Hate You please die à l’abordage du petit bain

Voilà donc le quatuor originaire de Rouen qui débarque en trombe sur scène sur le titre « Exhausted + ADHD » issu de sa dernière galette. Engagé, il n’hésite pas à inscrire sur leur caisse le message « More women on stage ». Une notion cohérente pour un groupe à la parité évidente, puisque composé de deux hommes et deux femmes et ce même si cette alliance des genres, s’avère être une pure coïncidence liée à une entente artistique. D’ailleurs en seulement quelques notes, cette dualité rappelle sa pertinence. La voix grave et précise de Raphaël Balzarise fait ainsi l’écho puissant des riffs chantés en guise de chœur par Chloé Barabé. C’est cette alliance entre voix torturée et hymnes riot girl qui font d’ailleurs la force immédiate de We Hate You Please Die. Ce qui se vaut sur album se vaut aussi en live. A cela près que la puissance des titres est alors décuplée. Les titres s’enchaînent « Barney », « Structure » mais aussi « Otterlove » sont de la partie.

Quelques jours avant que le gouvernement n’interdise de danser, rappelant que l’art et la vie en société peuvent aujourd’hui devenir à toute vitesse un crime, notre quatuor invite lui à l’union. Au fond de la salle un petit groupe aux tenues punks s’amuse à raconter ne pas aimer ce type de musique. Des éclats de rire et des mouvements saccadés viennent alors trancher avec cette phrase définitive. Aux premiers rangs, la tension monte d’un cran lorsque Raphaël invite la foule à se diviser en deux groupes. « D’un côté team Pécresse et de l’autre team Ciotti » s’amuse-t-il avant de rebondir « Non ok, team Edward et team Jacob alors ! ». Dans une ambiance bon enfant, la fosse se scinde en deux, sagement. Le leader invite aux pogos, et les pogos furent.

Avec précision, les rouennais vont chercher chaque membre de l’assistance et l’invite personnellement à prendre part à la grand messe qui est en train d’avoir lieu. Les instruments sont millimétrés, le groupe sait se faire sophistiqué, sublimer le rock et l’inviter à fusionner. Alors que le post punk a depuis quelques temps eu l’excellente idée de revenir sur le devant de la scène, nos compères jouent avec ses codes et lui offrent une énergie garage bien à eux.

La foule n’est pas la seule à pogoter et slamer avec ferveur. Là, au milieu de ce tourbillon humain bouillonnant, le leader se lance dans un slam épique, retenu par une foule qui profite de ce lâcher prise effervescent. Les guitares saturées et la batterie sauvage de « Coca Collapse », ce jeu de mot sublime, ne font qu’accentuer la beauté de l’instant. La chanteur ajoute à un débit hallucinant quelques parties au screamé léger. Au fond de la salle, une bière à la main, l’assistance danse volontiers en demandant encore et toujours plus.

Une cover punk s’invite à la partie alors que la joyeuse troupe reprend « Bad Girls » de M.I.A qui annonce déjà le début de la fin de ce moment si attendu. C’est sur les deux hymnes cultes du groupe qui sont aussi le nom de ses deux opus que se conclut la soirée. « Can’t wait to be fine » se déguste comme un dernier moment psyché rock avant de tout donné sur le maintenant classique « We Hate You Please Die ».  La troupe se laisse alors aller à ses notes, jouant avec les corps et les tordant comme des cordes de guitares. Raphaël vit ce dernier instant avec une ferveur communicative. La douceur de ses premières secondes montent en une intensité culminante, les instruments se font obsédants, les corps sautent, se roulent sur le sol, la tension est à son apogée, le rubicon a depuis longtemps été franchi. Alors que les échos de ces paroles puissantes pourtant sorties d’une bande-dessinées sont scandées, le public lui, les yeux rivés sur la scène n’a de cesse de penser « We Love you ». Pour ce qui est de la fin de ce titre, on ne s’était pas sentis si vivants depuis bien longtemps. Les larsens dans les oreilles, alors qu’il faut rejoindre le froid extérieur qui tranche avec violence avec le moment passé, il est bon de se rappeler qu’il faut protéger la musique live à tout prix. Elle est la clés d’une humanité qu’il ne faut jamais sacrifier sur l’autel de la peur.


Le froid s’est abattu d’une traite sur la capitale française. Il est arrivé si rapidement qu’il parait impossible pour les corps et les esprits de comprendre ce retour si brutal à l’hiver qui semble pourtant perdurer depuis presque deux ans. Dehors, les bouches font de la buée et les manteaux s’épaississent. Alors, il ne reste plus qu’à se rechauffer. En intérieur certes, mais aussi les coeurs en retrouvant sur scène les artistes qui font vibrer et le public, le contact humain donc, dont tout à chacun a tant besoin.

Après avoir chanté tout l’été, laissant les trouble du passé là où est leur place, loin derrière nous, voilà que les restriction revenaient en ce jour humide. Premier soir pour le retour des concerts masqués pour combattre la vague de trop de Covid. De quoi néanmoins, rester sur ses gardes et profiter encore plus de chaque seconde partagée de musique live (life).

AaRon Zenith de Paris 2021
Photo : Louis Comar

Adaam Naas en set intime

C’est un Zénith en configuration restreinte qui attend les spectateurs. En première partie, le groupe a invité le très talentueux Adam Naas. Devant un grand rideau blanc, aidé seulement d’un musicien, le chanteur émeut. Celui qui avait habitué le public à ses sons doux interprétés avec un groove à la Prince, cette fois, choisit de transformer la salle en cocon. Les riffs lyriques font la part belle à une voix aérienne et maîtrisée qui invite à l’introspection. La douceur est maîtresse, là où une fosse complète et des gradins assis chuchotent pour mieux respecter l’ambiance intimiste de ce moment suspendu.

Les trio maître de la soirée, AaRon arrive enfin sur scène. La foule les attendait de pied ferme. Sa chaleur est communicative lorsque tombe le rideau. Derrière, un effet drapé permet de mieux appréhender ce concert sous forme de cocon énergique. La bande prend le contrôle de la soirée et passe habillement d’un ton à un autre, d’un registre à un autre, parfois en un titre. La pop peut avoir de nombreuses facette et Aaron l’a bien compris. Comme avec une boule de disco, les lumière s’alternent à toute allure. Le chanteur vêtu d’une large chemise entraîne la foule dans son enthousiasme. Il prend d’emblée le temps de raconter sa joie à retrouver la ferveur du live, mais aussi ce Zénith de Paris tant attendu. La pandémie l’avait forcé à être reporté de nombreuses fois. Topo, les fans sont extrêmement réceptifs. Chaque mouvement de danse est repris, vécu pleinement. Le catalogue musicale d’AaRON est pluriel. Il se réinvente en continue et malgré sa connotation emprunte de vague à l’âme et de spleen sait se faire dansant.

La foule entraînée dans un tourbillon pop

D’ailleurs, il ne faut pas plus de quelques minutes pour que la sauce ne prenne. Dans les gradins, les places assises sont vite délaissées. Debout, tout le monde danse et frappe dans ses mains en rythme, avec convivialité. La fine équipe sur scène, elle, aime à communiquer avec son public. les interactions se font nombreuses. Le chanteur du groupe profite de sa présence pour parler de transidentité, défendant d’ailleurs ceux qui sont nés dans le mauvais corps et dont la cause doit être mise en lumière pour mettre loin derrière les discriminations dont iels peuvent souffrir. Le trio profite de l’un de ses titre pour se faire la voix d’un petit garçon qui les avait par ailleurs ému.

Si l’heure est la bienveillance, elle l’est sur tous les plans. Alors que les instruments se déchaînent, portés par des jeux de lumières, le frontman lui, danse volontiers, prenant possession avec élégance d’une avant-scène conquise. Loin du froid de l’hiver, le live d’AaRON se fait refuge. Après quelques plaisanteries sur sa tenue de scène, le musicien convie aussi les amoureux à danser. « C’est votre moment » scande-t-il. Ne faut-il point oublier, que ceux qui signent une pop résolument mélancolique sur album savent lui donner une saveur pastel en live.

C’est aussi pour défendre son nouvel album tout aussi coloré, que le groupe qui a parcouru le monde est présent ce soir. Cette nouvelle pépite intitulée « Anatomy of Light » profite de titres en français pour toucher les coeurs et apporter à l’univers onirique d’AaRON une nouvelle vision.

Ces retrouvailles ne sauraient pourtant être complètes sans jouer le titre phare du groupe « U-Turn (Lili) », c’est évidemment en fin de set que ce morceau aujourd’hui culte et sorti il y a 15 ans est interprété. La foule se laisse aller à des tourbillons de spleen et de beauté et reprend avec douceur les paroles en choeur. Un rappel conclut cette jolie soirée. L’attente valait la peine !


The Hives @ l'Olympia Paris 2021
Photo : Louis Comar

Mercredi 17 novembre 2021, après une journée beaucoup trop fraîche dans la capitale française, le froid a laissé passer quelques rayons de soleil, et une chaleur mitigée. Assez du moins pour permettre à quelques fans téméraires d’attendre le retour de la légende suédoise, The Hives, devant les portes de l’Olympia. Amassés devant la grille, ces fans inconditionnels espèrent bien prendre d’assaut le premier rang  pour vivre la fameuse tornade venue du Nord de pleine face. Logique, le groupe de trente ans d’âge est réputé pour ses incroyables performances live.

Quelques heures avant de monter sur scène, Howlin’ Pelle Almqvist, le chanteur sirotait dans les loges un café chaud, confiant au passage être un peu malade. La faute à de nombreuses journées sans repos à courir les salles et les scènes. Pourtant rien ne pourra l’arrêter ni l’empêcher de tout donner en concert. C’est la passion de la scène qui les pousse, lui et sa folle troupe de compères en noir et blanc, à exister. « Je suis content que vous soyez là les gars, mais personne ne viendrait, je continuerai quand même à faire des concerts. » s’amusait-il d’ailleurs.

Come On !

Il est 20 heures lorsque le concert commence sur une performance survoltée de The Dahmers. Originaire de Suède, le groupe de rock garage féru d’horreur, arbore des costumes de scène noir et blanc mais cette fois à l’effigie d’un squelette. Enervés et énergiques, la joyeuse bande balance franchement, bondit et rugit tout en insistant sur sa passion du gore et son envie de donner des frissons. Pas vraiment étonnant quand on sait que la fine équipe a choisi le nom d’un tueur en série comme étendard. Côté public, la chaleur monte d’un cran et les notes acérées font mouche. Aiguisée comme une pointe de couteaux, les morceaux entrent autant en tête que les périples du célèbre serial killer qui n’avait pas hésité à ouvrir le crâne d’une de ses victimes. Détail atroce, on en conviendra.

The Hives @ l'Olympia Paris 2021
Photo : Louis Comar

Les lumières se rallument, avec une violence presque douloureuse. L’heure pour certains de se ruer sur l’un des nombreux bars de la salle et prendre quelques victuailles avant de se lancer dans l’arène.  Un show de rock se doit de sentir la bière et la sueur. Pour la deuxième partie, l’audience peut compter sur The Hives qui débarquent enfin, à 21 heures sous un tonnerre d’applaudissements. Sans grande surprise les musiciens balancent d’emblée leur titre « Come On » en invitant le public à se déchaîner. Dans leurs nouveaux costumes du meilleur effet, qui brillent dans le noir, ils transforment immédiatement l’Olympia en un immense garage où le rock est roi. Le costume, expliquait le chanteur, est bien la façon d’être encore plus punk que les punks. Après tout, faire un pied de nez aux tenus traditionnellement associées au courant, n’est-ce pas la meilleure façon de se rebeller ? Le ton est donné.

L’heure du crime

La sauce prend complètement alors que les titres s’enchaînent « Main Offender » précède « Go right ahead » alors que Pelle enchaîne les sauts et les bonds, se jetant régulièrement de son ampli, les cheveux au vent. Garder le rock’n’roll sexy malgré les âges ? Voilà l’une des problématique d’une formation qui une fois sur scène n’a rien perdu de sa superbe et de sa folie. Le frontman n’a de cesse d’interpeller la foule, de lui parler. En anglais, en français avec aisance et un fort accent qui lui fait prononcer le U d’album. L’initiative est appréciée de tous alors que la foule maintenant devenue un seul corps répond favorablement à chaque demande et à chaque note distillée par les maîtres de la soirée.

Il est temps d’écouter un nouveau morceau et « Good Samaritan »parue en 2019, ce qui dans l’histoire des Hives est particulièrement récent, fait trembler les murs de la mythique salle. Le groupe sait composer son histoire et s’inspirer de ses icônes, recréant l’univers particulier d’un the Sonics, Social Distortion ou même des Dead Kennedys en un nouveau jus dosé et actuel.  La set-list défile : « Two Timing Touch », « My Time is coming », « Hate to say I told you so » s’enchaînent.

Les yeux écarquillés, la tête pleine de notes, voilà que notre frontman interpelle la foule pour lui expliquer qu' »It’s my time ». Evidement après les confinements, les restrictions, les interdictions, qu’il est bon que l’heure soit enfin au lâcher prise, à l’amusement. L’anarchie rock, le tourbillon d’ondes déchaînées, vibrantes, larsenantes, enragées n’aura jamais été si pertinente, si bestiale et primordiale. Voilà donc que le messe est dite « If it’s my time, then it’s your time! » balance-t-il comme un cris de guerre. La troupe est alors mise à contribution. Il faut lever les mains, il faut répondre, il faut crier, et le tout fait office d’exutoire parfait. Un show de The Hives laisse les chichis au placard. Pas d’écrans, pas d’artifices, seule l’énergie compte. Et cette dernière se propage en ondes de chaleur et de notes. Elle percute chaque membre du public maintenant électrisé comme un pantin, sommé de danser. Quelques sauts en plus et voilà que l’onde touche jusqu’au plus réticent des spectateurs, qui a maintenant les bras dans les airs.

Une petite pause ?

« On va prendre 10 secondes de pause. » explique maintenant le leader. Non, impossible, les corps et les esprits sont chauffés, personne ne peut s’arrêter. « C’est pour mieux repartir pourtant. » justifie-t-il. Les pieds tapent, l’audience en demande plus, l’apogée du show, bouillante comme si son équipe venait de marquer un but, l’Olympia est un stade qui réclame d’être nourri et le rappel arrive alors comme une délivrance. Il en faut plus, laisser les pensées vagabonder et se perdre, encore dans les guitares saturées. Le groupe revient sur « I’m Alive » avant d’inviter toute l’assistance à s’accroupir. Ceux qui sont familiers des concerts de rock connaissent bien le principe, rester assis pour mieux bondir tous ensemble. The Hives faisait partie des précurseurs du mouvement. Le dernier saut de la soirée est collectif et enragé. Côté morceau, c’est « Tik Tik Boom » qui clôt les festivités. Tik, tik, tik, le temps passe si vite quand on s’aime.


Midnight Mass saison 1 Midnight Mass : de quoi ça parle ?

Une communauté fait face à des événements miraculeux et à de sombres présages après l’arrivée d’un mystérieux prêtre.

Midnight Mass : pourquoi c’est bien ?

Le mois d’octobre est signe de bons présages pour les fans de cinéma de genre. Halloween leur permet en effet de faire le plein de métrages plus ou moins qualitatifs à visionner en masse, histoire de rendre les feuilles qui tombent un peu plus rouges sang et beaucoup moins déprimantes. Le géant du streaming Netflix l’a bien compris, proposant chaque année au cours de ces dates clés plus de rendez-vous pour les amoureux du genre que la Saint-Valentin ne pourrait en offrir. Et, fidèle comme elle peut l’être, elle a fini par s’acoquiner avec Mike Flanagan pour s’assurer d’offrir en plus, une proposition qualitative, devenue, grâce à ses abonnés, promesse de résultats fructueux. Il faut dire que le réalisateur avait habitué à l’excellence avec ses « The hunting of Hill House » et sa suite toute aussi fine « The Hauting of Bly Manor ».  Bien qu’inégal avait déjà acquis ses lettres de noblesses avec une petite merveille en guise de coup d’essai et ce, sans budget, « Abstentia » puis l’incroyable prouesse « The Mirror » qui avait de quoi donner le tournis en quelques images. Facile donc de lui pardonner ses quelques sorties de pistes, j’ai nommé « Sans un bruit » et « Ne t’endors pas » qui loin d’être mauvais étaient pourtant quelques crans en dessous du lot.

Quête de Rédemption

sermonts de minuit NetflixHabitué aux dialogues construits, aux personnages écrits et aux intrigues qui se déplient comme autant de bonbons savamment distribués, son nouveau jet « Sermons de minuit » en français dans le texte ne pouvait que laisser entrevoir le meilleur. Et pour cause, cette mini-série pourrait bien être, la masterpiece d’un cinéaste au talent indéniable. C’est sur une petite île isolée que le réalisateur nous donne rendez-vous dans une univers très Stephen King -ien ( en admettant qu’il soit possible de faire de ce nom monumental un adjectif comme se fut le cas pour Lovecraft).  Sur cette île donc, il se passe peu de choses, et pourtant au milieu de cette communauté relativement pauvre, meurtrie par une marée noire qui a laissé les pécheurs locaux dans une certaine panade, se terrent un groupe de personnages pluriels aux intrigues toutes plus fascinantes les unes que les autres. Riley (Zack Gilford), qui semble d’ailleurs donner le la à toute la tribu revient sur l’île suite à sa sortie de prison lié à un accident de voiture en état d’ébriété. Dans cette bourgade où la religion est maîtresse, où l’Amérique pieuse reprend ses droits, la foi est partagée, mais aussi délaissée. Pourtant Riley, lui, devient à mesure que les épisodes passent la conscience d’un public de prime abord captivée par une doctrine religieuse grandissante. Car c’est bien là que se situe le coeur de l’intrigue de « Midnight Mass », doit-on croire sans sourciller les préceptes religieux si ceux-ci sont la promesse de miracles et même du plus grande des miracles, repousser la mort ? Personnifier par l’arrivée d’un nouveau prêtre charismatique, beau parleur et incroyablement attachant, la religion se répand sur l’île à toute vitesse comme une maladie extrêmement contagieuse. En cause peut-être le besoin de croire, très certainement la peur de la mort, encore plus certainement la part de popularité d’une foi qui pourrait aussi bien être le nouvel Instagram à suivre.

Chacun y trouve son compte, d’autant plus que les miracles eux, pleuvent et que la Bible, citée à tout va, devient la justification à chaque action, empêchant par ailleurs les habitants de douter. Et malheur, d’ailleurs à celui qui remettrait en cause la parole divine. Pour construire son récit, Flanagan embrigade dans un premier temps le spectateur dans son discours, l’endoctrine même jusqu’à lui faire perdre la raison. Le fantastique, l’horreur est sous-jacente, non dite, si discrète qu’elle se fait oublier. Ses personnages emblématiques, ceux qui inspirent la confiance comme Erin Green (Kate Siegel déjà vu dans les « Hunting of »), sont eux-mêmes les portes-paroles de cette vision brandie. Notre réalisateur prend alors sont temps, peint son cadre, y ajoute un rythme lent, le saupoudre de dialogues tous plus fascinants les uns que les autres. L’empathie est là et lorsque la nature réelle du propos se dévoile enfin, il devient impossible de ne pas se choquer d’à quel point le croyant peut se laisser aveugler par ses croyances. Pour parfaire son propos, Flanagan oppose ses discours, le prêtre convaincu et convaincant qui parle au nouvel athée Riley, qui oppose des arguments recevables à d’autres argumentaires au court de réunions évoquant le parcours de croix du chemin de la rédemption.

Du Stephen King dans l’âme

Dans le cadre de l’horreur, il est toujours aisé de brandir la carte de Stephen King et d’accorder à chaque auteur la grâce du maître. Pourtant ce qui constitue réellement l’oeuvre du King est bien souvent oublié. Ce n’est jamais tant pourtant sa qualité à créer un mal absolu, non, mais bien sa capacité à dépeindre avec détails et précisions une communauté qui n’aura de cesse de rappeler que le mal absolu est bien humain et se cache parmi les plus écoutés.  Ce « Sermons de minuit » n’aura de cesse de rappeler pour des raisons évidentes « Salem » et pourtant ce sont d’autres oeuvres qui en auront le même cheminement de « Dôme » et son sheriff en  miroir avec Beverly aux « Tommyknokers » et leur prise de possession du corps et de l’esprit qui seront les plus proches de cette oeuvre. Flanagan crée ses personnages avec la même main que le maître, les rendant si détaillés qu’ils sont attachants dans leurs nombreux défauts. La comparaison ne tombe pas de nul part quand on sait que le monsieur avait brillamment porté sur écran « Doctor Sleep » (la suite de Shining) ou encore « Jessie » une fois de plus pour Netflix.  Stephen King racontait que pour que l’horreur fonctionne il fallait aimer ses personnages, Flanagan en a tenu compte rendant chacun de ses apôtres parfaitement bien écrit.

Il y aura aussi pour les connaisseurs, une référence qui ne serait sans rappeler « Carrie », le livre du moins, dans son final aussi grandiose que glaçant.  Et certainement aussi, à n’en pas douter dans le personnage de Beverly qui aurait bien du plaisir à discuter avec la maman de Carrie White au court d’une tea party entre extrémistes. L’ombre du King encore et toujours mais cette fois-ci clin d’oeil à sa toute première oeuvre.

Après moi, le chaos

Midnight Mass netflixEt si une seconde chance était possible et si la mort était évitable ? C’est bien cette peur qui pousse l’Homme vers un besoin viscéral de croire et c’est cette même peur qui pousse notre communauté à communier sans cesse avec une doctrine qui pourtant devient de plus en plus sectaire. Doucement mais sûrement, le réalisateur glisse cette notion à travers ses répliques. Un prêtre poussé vers le clergé en raison de la mort de sa jeune soeur, un héros rongé par la culpabilité d’avoir accidentellement ôté la vie, une femme démente en bout de course, une autre sur le point de donner la vie, un sherrif et son fils ayant perdu la mère de leur foyer, un dialogue long et fascinant à mi-parcours entre deux personnages clés, la peur de la mort en opposition à la vie est sur toutes les lèvres et pousse au pire. Celle de la seconde chance aussi. Quelle serait-elle, par exemple pour une petite fille en fauteuil roulant ? Et pour celui qui l’y aurait mise ? Le besoin de rédemption pourrait bien venir du discours religieux, quitte à s’il le faut, en passer par l’apocalypse. Le plus sinistres desseins viennent toujours des meilleures intentions. Il sera d’ailleurs bon de se délecter d’un tout dernier monologue mettant en abime une façon d’aborder la vie et la mort bien plus spirituelle que bien des récits en amont.

La foi oui d’ailleurs, mais pas toutes les religions aux yeux d’une même communauté. Celle qui nous intéresse est chrétienne et le sherrif musulman est lui mis au banc. Flanagan en profite pour rappeler d’un trait de crayon fin et bien construit que l’Amérique raciste domine toujours, que la tolérance et l’ouverture d’esprit devraient être plurielles, que même là où les similitudes sont nombreuses, il est aisé de pointer les différences pour faire de l’autre un ennemi.

« Midnight mass » se déroule avec lenteur et prend le temps d’installer son intrigue, laissant toujours planer un soupçon d’angoisse sous les bons mots et les belles tirades. Il prend le temps de créer un point de non retour, une apogée sombre qui se dessine inéluctablement avec l’accord général. Son dernier acte saura, lui, satisfaire les férus d’horreur qui jusque là devront simplement s’éprendre d’une atmosphère très bien ficelée. Loin d’être un simple récit horrifique, cette mini- série est un véritable voyage spirituel dénonçant avec sophistication les défauts d’une foi aveugle sans pour autant oublier de rappeler que les croyances sont autant de liens et de besoins pour des humains qui en ont une nécessité absolu.  Méfiez-vous des faux prêcheurs, n’hésite-t-elle pas à rappeler comme le fait l’excellent « Brimstone » disponible aussi sur Netlfix et que nous n’auront de cesse de conseiller.

Pour Halloween, pour les beaux jours, pour rappeler que l’horreur est l’un des meilleurs vecteurs de réflexions nourries, que vous soyez fans de genre ou non, regardez « Midnight Mass », offrez lui un esprit critique et ouvert, interrogez-vous, régalez vous en. Prenez et regardez le tous car ceci est l’oeuvre la plus aboutie de Flanagan, livrée pour vous.

Découvrez la bande-annonce de Midnight mass