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Julia Escudero

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SLEAFORD MODS JASON WILLIAMSON INTERVIEW PLANET X MARTIN PUJOL
SLEAFORD MODS JASON WILLIAMSON INTERVIEW PLANET X ©MARTIN PUJOL

Sleaford Mods est de retour. Planet X, c’est une théorie qui prédit que la dite planète va entrer en collision avec la Terre. Ou bien, qu’elle passera si près de nous que les conséquences seront terribles. C’est aussi un constat. Et si la catastrophe s’était déjà produite et que nous vivions actuellement dans un Monde post-apocalyptique ? Après tout, l’actualité nous donne chaque jour ce sentiment de fin du Monde. Ainsi né l’excellent « The Demise of Planet X » de Sleaford Mods, paru le 16 janvier 2026. Cadeau de début d’année où plus rien ne fait sens et où les bonnes résolutions n’ont plus leur place. Pour mieux en parler, nous avons rencontré Jason Williamson, chanteur du groupe mythique, dans les locaux de son label : Beggars. La légende du punk est fascinante. Alors qu’on s’attend à une rencontre enragée, voilà un homme à l’élégance britannique digne de Daniel Craig dans James Bond. Posé, passionnant, réfléchit. En toute connaissance de son art, il a pris le temps de répondre à nos nombreuses questions, avec un réel recul sur le Monde qui nous entoure, celui qui aurait touché à sa fin. Ce qui n’est pas fini pour lui c’est bien l’immortalité du punk, contrairement à X, anciennement Twitter, bastion d’une planète trop violente. Interview vidéo.

Réalisation : Martin Pujol / interview : Julia Escudero


Adrien Comar, journaliste top albums 2025

  •  Lambrini Girls – Who let the dogs out

Après un génial premier EP, le duo féminin sort Who let the dogs out, concentré punk et ultra engagé venu tout droit de Brighton. La viscéralité des morceaux, la force de l’engagement progressiste et les déferlantes surpuissantes que sont les concerts du groupe font de Lambrini Girls les outsideuses de 2025.

Lambrini girls top album 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Jennifer Walton Daughters
  • Caroline Caroline 2
  • Shame  Cutthroat
  • Big ThiefDouble Infinity

LES Meilleurs concertS D’adrien

  • Oasis – Wembley Stadium
  • Zaho de Sagazan – Vodafone Paredes de Coura
  • Cash Savage and the last drinks – La Maroquinerie

 

Louis Comar, photographeop albums 2025

  • Pulp – More

24 ans après la sortie de leur dernier album, Pulp est de retour pour nous proposer « More », un disque dans la lignée de ce qu’ils savent si bien faire : des tubes britpop fédérateurs, taillés pour le live.

Pulp album More

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Lady Gaga – Mayhem
  • Lorde – Virgin
  • Ghost – Skeleta
  • Florence + The Machine – Everybody Scream

LES MEILLEURS CONCERTs DE LOUIS

  • Oasis – Wembley Stadium
    Le retour tant attendu des frères Gallaghers. Ce « Reunion tour » a tenu toutes ses promesses et a proposé une série de concerts déjà mythiques. Ce concert, à Londres, dans l’antre de Wembley, était un moment d’anthologie.
  • Pulp – O2 Arena
  • Lady Gaga – Accor Arena
  •  Lorde – Zénith de Paris
  • Cage The Elephant – Zénith de Paris

 

Pénélope Bonneau Rouis, journaliste & photographe top albums 2025

  • The New Eves – The New Eve Is Rising

The New Eve Is Rising, album éponyme de The New Eves, se présente comme une
déflagration féminine et collective, à la fois politique et viscérale. Entre post-punk tendu,
incantations quasi rituelles et énergie garage, le groupe y affirme une identité
farouchement libre. Les morceaux alternent colère, ferveur et moments de communion,
portés par des voix multiples qui refusent toute hiérarchie. L’album sonne comme une
renaissance collective, fière et indomptable, où l’affirmation identitaire devient un acte de
puissance et de foi.

The New Eves - The New Eve Is Rising

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • CMAT – Euro-Country
  • Baxter Dury – Allbarone
  • Anna Von Hausswolff – Iconoclasts
  • Florence + The Machine – Everybody Scream

LES MEILLEURS CONCERTS DE PÉNÉLOPE

  • Patti Smith – L’Olympia
  • The New Eves – La Mécanique Ondulatoire (Pitchfork Festival)
  • Bricknasty – La Boule Noire

 

Léonard Pottier, journaliste, community manager op albums 2025

  • caroline  – caroline 2

caroline transporte son rock dans des filaments de guitare labyrinthiques où les nappes sonores se lient et se délient au travers de compositions abstraitement concrètes. Ça ne veut rien dire ? Mince. Alors en un mot : grandiose.

caroline - caroline 2 cover

  • Rosalia – LUX
  • Viagra Boys – viagr aboys
  • Mairo – LA FIEV
  • Alan Sparhawk with Trampled by Turles – Alan Sparhawk & Trampled by Turtles

les meilleurs CONCERTS de leonard

  • Little Simz – Zénith de Paris
  • Neil Young – Adidas Arena
  • Heartworms – Petit Bain

 

Théophile Le Maitre, vidéaste, photographe

  • Mark William Lewis – Mark William Lewis

Il m’aura fallu du temps pour entrer dans cet album. Plusieurs écoutes, même, avant d’accepter d’en franchir la pénombre. L’univers est sombre, presque austère, mais d’une beauté troublante. Une grande intensité s’en dégage, mêlant fragilité et gravité, comme une bande originale intérieure qui se déploie lentement. L’influence cinématographique est évidente : pas étonnant que l’album soit signé chez A24 Music, émanation du studio de cinéma new-yorkais

Mark William Lewis - Mark William Lewis top albums 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Geese – Getting killed
  • WHATMORE – WHATMORE
  • Hudson Freeman – Is a folk artist
  • Natalie Bergman – My home is not in this world 

 

Laura Naval, vidéaste top album 2025

  • Dominic Fike – Rocket

Alors oui ce n’est pas un album mais une Mixtape ! Encore un banger de l’artiste, c’est simple tout ce que touche Dominic Fike se transforme en un Groove incroyable. Complètement dans son époque, c’est le projet le plus introspectif de cet artiste plus que complet.

Dominic Fike - Rocket top albums 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Noga erez – thE vandalisT AGAINST ALL THE MACHINES 
  • Wet leg – Moisturizer
  • The Beaches – No hard feelings 
  • Tate Mcrae – So close to what

LES MEILLEURS CONCERTS DE LAURA

  • Archive – Zenith  de Paris

Un des concerts le plus fort de mon année 2025. Je me suis laissé complètement emporté par la transe de ce groupe de rock progressif légendaire. C’est simple on n’a juste pas envie que cela s’arrête.

  • Augusta – Les 3 Baudet
  • Montell fish – Rock en Seine
  • Altin Gun – Le Kilowatt
  • Fionn Regan – L’archipel

 

KÉVIN GOMBERT, PHOTOGRAPHE ET RÉDACTEUR

  • Lambrini Girls – Who let the dogs out

Le duo de Brighton publie un album féroce, énervé et qui revient aux racines du Riot.
Lily Macieira et Phoebe Lunny jouent de manière brutale un hymne  protestataire. Une œuvre anti-patriarcale, contre le raciste et toute forme de discrimination avec la force d’une production puissante et travaillée. Pendant longtemps j’ai toujours trouvé que les productions d’albums leadés au féminin manquaient souvent de quelque chose. Cette album a été une grande révélation. Ça sonne comme un album de post punk actuel. Point. Il n’y a pas de différence de traitement dont beaucoup de groupes féminins ont pâti ces 20 dernières années. Bref ça sonne bien, fort et juste. Enfin.

LAMBRINI GIRLS who let the dogs out top albums 2025

  • Geese – Getting killed
  • Mei Semones – Animaru
  • Mae Powell – Making room for the light
  • Freddie Gibbs – Alfredo 2

Julia Escudero, rédactrice en chef top albums 2025

  • Geese – Getting killed

Changement de style pour Cameron Winter et sa bande qui redéfinissent tous les codes du post punk en un seul album. Voyage initiatique onirique, périple sonore sommet de composition, l’opus se vit comme un film et vient toucher les tripes. Insaisissable et puissant, ce sans faute vient se glisser au sommet de tous les tops, et l’honnêteté voudra qu’il prenne place dans le miens.

Geese : Getting Killed

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Lorde – Virgin
  • Big Thief – Double Infinity
  • Baxter Dury – Albarone
  • Sydney Minsky Sargeant – Lunga

LES MEILLEURS CONCERTs DE JULIA

  • Lorde – Zenith de Paris
    Que de puissance pour cet Ultra Sound Tour ! La magie de Lorde opère en alliant la simplicité à la sincérité. On a le tournis en la regardant courir sur son tapis, on tombe amoureux.se de son répertoire alors qu’elle touche les faisceaux de lumière avec ses doigts. Moment immanquable, elle signe la tournée de l’année.
  • Chappell Roan – Rock en Seine
  • Michael Kiwanuka – Zenith de Paris

 

 

L’extrême droite, comme tout bord politique cherche à recruter. Plus que n’importe quelle autre appartenance politique, celui-ci qui ne dupe pas la totalité des foules et  a grand besoin de se rendre sympathique dans une quête perpétuelle de « se dédiaboliser ». Et pour se faire, pour magnifier sa communication, ces derniers n’hésitent pas, de par le Monde, à utiliser des morceaux et l’image artistes connus dans leurs meetings ou comme faire-valoir. Le détournement est massif. C’est bien là que les choses coincent. Parce que la musique, très souvent politisée, combat en écrasante grande majorité les idées de ces partis et de leurs adhérents. La culture de façon générale s’est toujours opposée aux politiques répressives et a toujours été  aux côtés de la justice sociale . Ce qui était vrai pour Jean de La Fontaine ou Victor Hugo l’était tout autant pour The Clash, Green Day ou encore John Lennon et l’est encore plus aujourd’hui.

donald trump musique vinyleUtilisation abusive, retournements de messages initiaux, les atteintes sont nombreuses.  Ces politiques utilisent l’image de musicien.nes qui sont pourtant leurs opposants pour créer l’adhésion. Petit tour non exhaustif d’une histoire qui oppose musique et politique.

Mylène Farmer et la comparaison à Marine Le Pen

C’est arrivé ce 5 décembre 2025,  Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement National à l’Assemblée Nationale, profitait d’une interview sur France Info pour faire une bien étrange comparaison. Il était alors interrogé sur la célèbre radio en réaction à un sondage IFOP Elle, selon lequel 30 % des personnes homosexuelles seraient prêtes à voter pour Jordan Bardella s’il était candidat à l’élection présidentielle de 2027. Le voilà qui expliquait que Marine Le Pen était un peu comme Mylène Farmer. Et d’argumenter : « Discriminée toute sa vie à cause de son nom, Marine Le Pen à cette même blessure que les homosexuels. Elle les comprend comme Mylène Farmer ». Une comparaison plus que mal venue qui n’a pas manqué de faire réagir, autant sur les réseaux sociaux que dans la presse. Ce n’est pourtant pas la première fois que l’image de la chanteuse est utilisée par le RN et son ancêtre, le FN. En 1995 déjà, un sosie de la musicienne se produisait lors de meetings du Front National. Line Gregory, de son prénom,  interprétait le titre « Sans contrefaçon » face aux militants du mouvement, brandissant des pancartes type « Les jeunes avec Le Pen. » A l’époque déjà, Mylène Farmer se révoltait de l’utilisation abusive de son image et quelques peu incompréhensible. Elle profitait d’ailleurs  du JT de France 2 pour prendre la parole : « Je suis scandalisée d’apprendre que Monsieur Le Pen ait pu utiliser mon image et tromper les gens de cette façon. Je trouve que ce procédé est révoltant, c’est scandaleux. » Elle portait alors plainte contre Jean-Marie Le Pen, un procès qu’elle gagnera sans « contrefaçon » mais ne suffit à priori pas éviter que l’histoire ne se répète.

mylene farmer sans contrefacon le pen D’ailleurs, pour la petite histoire dans la grande histoire (ou détail de l’histoire comme vous préférez), l’ancien président du FN, aujourd’hui décédé entretenait une histoire particulière avec le monde de la musique, puisque, le saviez-vous ? Il avait aussi créé un label d’édition en mars 1963. Suite à sa défaite aux élections législative, Il fondait en effet la Société d’études et de relations publiques, une agence de communication. La Serp se spécialisait alors dans la publication d’enregistrements sonores de grands textes historiques et de chants militaires. Son catalogue allait des discours de Lénine aux chants de l’Armée Rouge en passant par … les discours d’Adolphe Hitler. Voilà qui lui vaudra d’être condamnée en 1968 pour apologie du crime de guerre. En effet, l’un des pressage comprenait des chants du IIIème Reich mais surtout une pochette présentant un Hitler triomphant ainsi qu’au verso un texte qui fut jugé apologique du führer. Le disque fut retiré de la circulation pour être ré-édité par la suite sans la pochette incriminée. Aujourd’hui Marine Le Pen fait tout pour se détacher de l’image de son père. Notamment depuis 2015 alors que celui-ci s’en prenait à un autre musicien, Patrick Bruel promettant d’en « faire une fournée » avant de réitérer sa promesse dans le journal Rivarol. Tout ? disons qu’on aura tout de même déjà vu plus radicale comme rupture. Le discours de Sébastien Chenu, député RN et vice président de l’Assemblée Nationale tente d’aller en ce sens et d’appuyer ce propos : « Les homosexuels ont un rapport plus incisif à la liberté parce qu’ils ont dû faire acte de violence symbolique pour la conquérir. » Pour autant, il y a fort à parier que la créatrice de « Anamorphosée » n’est peut-être pas pour autant flattée par la comparaison.  D’autant que Marine Le Pen, qui se veut « l’amie » des personnes LGBT+ était, on le rappelle opposée au Mariage pour Tous et promettait même en 2013 que si elle était élue à la présidence le République, elle l’abolirait. Mylène Farmer, elle s’était positionnée en 2012 en faveur (évidente) de la loi Taubira, en couverture du magazine Têtu, si on veut pousser l’analogie.

Donald Trump : Sabrina Carpenter, les Village People, Charli XCX et les autres…

La France n’est pas un cas isolé en matière d’utilisation de musique pour promouvoir  ses campagnes politiques et ses célébrations de partis. En tête de liste le président américain, Donal Trump a une liste sans fin de morceaux utilisés au détriment d’artistes qui ne partagent en rien ses opinions. Dernière en liste, Sabrina Carpenter. Le titre de la chanteuse, « Juno » avait en effet été utilisée en tant que bande son d’une vidéo montrant une séquence d’arrestation musclée dans le cadre de durcissement de la politique migratoire du chef des MAGA. La réaction de la chanteuse ne s’est pas faite attendre : « Cette vidéo est ignoble et répugnante. Ne m’associez jamais, moi ni ma musique, à votre programme inhumain. » dénonçait-elle sur les réseaux sociaux. De son côté, Abigail Jackson, porte-parole de la Maison Blanche s’est alors empressée de lui répondre : « […] Nous ne nous excuserons pas de renvoyer des meurtriers, violeurs et pédophiles illégaux hors de notre pays » puis d’ajouter : « Toute personne qui défend ces monstres doit être stupide, ou attardé ? ».  Personne ne s’attendait à une réponse respectueuse de la part du bureau ovale et pourtant, ce dernier franchit toujours toutes les limites.

sabrina carpenter juno trumpLa musicienne rejoint un long palmarès d’artistes ayant demandé au président américain et son équipe de ne pas utiliser leur musique pour promouvoir leurs idées. Parmi eux, on retrouve notamment Beyoncé qui avait menacé de déposer un recours auprès des équipe de la Maison Blanche pour l’utilisation du titre « Freedom ». Ce dernier était devenu par la suite l’hymne de la candidature de Kamala Harris,  pour laquelle la star avait publiquement affiché son soutien. Trump a par ailleurs développé une playlist variée qui va vastement piocher du côté de ses opposants. En 2024, il concluait son discours annonçant sa victoire au parc des expositions de Palm Beach par le titre « YMCA » des Village People. Cet hymne queer est devenu en quelques sortes, le morceau de ralliement de Trump. Tout débute en 2020 alors que le titre est inscrit au National Recording Registry de la Bibliothèque du Congrès, alors reconnue comme «culturellement, historiquement ou esthétiquement significative». Il devient alors un simple morceau festif et perd, du moins aux yeux d’un certain public, tout son côté subversif et gay. Il résonne ensuite dans des rassemblements anti-confinement. Les lettres sont changées par la foule, YMCA, devient MAGA, quatre lettre, zéro rapport, bref. Le président se l’approprie pour dynamiser ses rassemblements ou danser sur des victoires sportives comme la clôture du tirage au sort de la Coupe du Monde de football de 2026. A ses yeux, le morceau représente la classe ouvrière sur laquelle Trump va lorgner les votes. Parmi les titres plus anciens qu’il utilise lors de ses meetings, on retrouve des morceaux de David Bowie, Elton John ou encore Bruce Springsteen. Ces choix ne sont pas le fruit du hasard : ils cherchent à éveiller une nostalgie des années 80 que les américains conservateurs voient comme l’âge d’or de la grandeur de l’Amérique. Pourtant même le classique ne veut pas être associé à son nom. En 2016, la famille de Pavarotti, dont il est un grand fan, lui demande d’arrêter de jouer le morceau « Nessun Dorma », un titre culte du chanteur d’opéra italien.

D’olivia Rodrigo à Taylor Swift

olivia rodrigo All American Bitch trumpCôté pop, un titre issu de la discographie de Charli XCX avait lui aussi été utilisé.  Pourtant, la chanteuse avait publiquement affiché son soutien à Kamala Harris, l’adverse de Trump, la qualifiant même de « brat » sur les réseaux sociaux. Un superbe compliment quant on y pense. Comme pour le cas Sabrina Carpenter, Olivia Rodrigo avait elle aussi vu son titre, « All-American Bitch » être repris sur une vidéo incitant les migrant.es sans papiers à quitter le pays. Sa réponse sous la vidéo postée sur les réseaux sociaux était sans appel :  » N’utilisez jamais mes chansons pour promouvoir votre propagande raciste et haineuse. » Le commentaire fut retiré (probablement par l’équipe présidentielle) tout comme le morceau, la preuve que cette fois-ci le message fut entendu. Pourtant, la peur d’un dépôt de plainte ne semble pas les effrayer.

taylor swift the fate of ophelia trumpEnfin impossible de ne pas souligner le bras de fer qui oppose l’administration Trump à Taylor Swift et  les accusations qui lui sont aujourd’hui faite d’être elle aussi une MAGA. On disait d’elle que son intervention pourrait à elle seule changer le cours des élections. Après un temps sans parler, elle avait finalement affiché son soutien à Kamala Harris. Plus tard, Trump qui ne cache pas son désamour pour elle lui lançait quelques tacles. Notamment alors qu’elle se faisait huer, s’amusant à dire que les MAGA avaient une longue mémoire. Depuis l’élection, la chanteuse ne s’est pas exprimée laissant spéculer les grands investigateurs des réseaux sociaux quant à une sympathie de la pop star la plus puissante du moment pour cette politique conservatrice. Les indices furent trouver en masse pour aller en ce sens. Jusqu’à un collier vendu sur son merch officiel représentant des éclairs qui seraient en fait un image nazie glissée discrètement (et la question du pourquoi quelqu’un ferait-il ça  ? ne se pose pas. Mais le bon sens dirait que si on voulait convaincre des fans de rejoindre une idéologie, on éviterait de faire un clin d’œil discret à coup de colliers). Toujours est-il que Trump expliquait lui détester Taylor Swift tout en laissant son équipe participer à une Trend sur « The Fate of Ophelia ». Utilisation face à laquelle Taylor Swift est également restée silencieuse. Doit-elle ou non s’exprimer ? Le débat est aujourd’hui ouvert. Il n’empêche que ses textes, ses anciennes prises de partie et son féminisme laisse à penser qu’elle fait bien partie de ceux dont l’image fut détournée par les MAGA.

Et cette playlist utilisée par Trump a pu être l’une des raisons de sa victoire. La musique de par sa capacité à accrocher, à rentrer dans vos vies devient rapidement familière, elle met en confiance. Ces choix n’ont rien d’anodin.

Une histoire qui ne date pas d’hier

the cure staring at the seaSi ces exemples de détournements font partie de l’histoire moderne, elle est pourtant intrinsèque à l’histoire même de la musique. The Cure, à titre d’exemple,  en fut une victime en 1978 lors de la sortie de leur morceau « Killing an Arab ». Le titre cherche à résumer une courte partie du texte d’Albert Camus, « L’étranger ». Pour éviter toute confusion concernant les paroles, le groupe envoyait alors à la presse un livret explicatif détaillant les intentions du titres. A la sortie de l’album « Standing on a Beach » qui l’inclut, une pastille est ajouté au vinyle pour préciser qu’il ne s’agit pas d’une incitation au racisme. Pourtant, rien n’y fait.  Malgré ces précautions, le Front National Britannique tente de le récupérer pour en faire un hymne xénophobe. La guerre du Golfe n’arrange rien. Entre 1990 et 1991, le groupe est obligé de donner des conférences de presse aux Etats-Unis alors que le morceau est repris comme un hymne guerrier sur de nombreuses radios. La BBC finit même par le censurer. A bout, Robert Smith, le meneur prévient sa maison de disques et lui demande que des poursuites soient immédiatement engagées en cas d’utilisation du morceau à des fins de propagandes.

Ce type de problématiques est particulièrement connue dans la scène punk. Si cette dernière va souvent piocher ses idées du côté des révoltes et de la gauche, ce n’est pas le cas de tout son public. Entre provocations et colère scandées en musique, la vaste histoire du punk va parfois rencontrer celle de mouvements néo-nazis. Il faut dire que l’histoire veut que le courant vient à chercher à regrouper les luttes des jeunesses issues de la classe ouvrière. Parmi elle, on retrouve de nombreux skinheads. Si le terme aujourd’hui est largement associé aux  nostalgiques du troisième Reich, ce n’était pas uniquement le cas à son origine. Il s’agissait surtout de revendications issues de classes très pauvres. Attention, on dit bien « pas uniquement » puisque la jeunesse skinhead rejoignait en masse les rangs des groupes politiques d’extrême droite britanniques à la fin des années 70 et au début des années 80. C’est ainsi que le courant oi!, sous genre du punk qui se développait dans la fin des années 70 se retrouva fortement identifier à ce type de revendications politiques. Les jeunesses skinheads, venaient massivement aux concerts de ces groupes.Si certains groupes vont effectivement s’allier à des revendications clairement racistes, d’autres tentent de s’y opposer radicalement. C’est notamment le cas du groupe Sham69, l’un des fondateurs du genre qui s’appelait initialement street punk. La formation s’allie au Clash et revendique ses oppositions à un public qui les suit et vient en masse foutre le bordel dans ses concerts. Le groupe participe au concert Rock Against Racism aux côtés d’artistes engagés comme The Clash ou Buzzcocks. Mais rien n’y fait. C’est d’ailleurs ce qui vaudra à la formation de se séparer, pour mettre une véritable distance avec un public qui détourne sa musique et son propos. Sa reformation ne se fera que quelques années plus tard. Cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres à travers une très longue et large histoire qui se perpétue encore aujourd’hui. Car après tout si l’on peut séparer l’artiste de son œuvre, ne peut-on pas lui prêter des propos à l’opposé des siens ? La musique est une telle alliée de vie qu’elle peut facilement devenir une arme de propagande. A chacun.e de rester prudent.e et de prendre le temps d’écouter ce que les créateurs.trices ont à dire de leurs morceaux et pas les fumeuses interprétations qui en sont faites.

Bérurier noir - Porcherie live 1989

C’était très certainement l’un des films les plus attendus de cette année. Le Frankenstein de Guillermo del Toro et sa créature interprétée par Jacob Elordi, la coqueluche actuelle du cinéma mais aussi l’un des acteurs les plus talentueux de sa génération, devait faire un carton. Le mythe allait alors trouver un nouvel essors via la plateforme Netflix. L’œuvre culte de Mary Sheley continue, longtemps après sa mort de faire jaser et de trouver force critique à son récit. Le propos rappelant les faiblesses des hommes et que le grand méchant de toute histoire sera toujours l’être humain froisse et perturbe. Il n’en est pas moins vrai et chacune de ses mises en images ne saurait manquer de mettre en lumière l’incroyable poésie d’un récit qui ne juge pas sur les apparences.

Frankenstein NetflixFrankenstein : De quoi ça parle ?

Le réalisateur oscarisé Guillermo del Toro adapte le roman classique de Mary Shelley sur Victor Frankenstein, un scientifique brillant mais égocentrique qui donne vie à une créature lors d’une expérience monstrueuse, menant finalement à la perte du créateur comme de sa tragique création.

Frankenstein  : Est ce que c’est bien ?

Frankenstein par Guillermo del TorroDepuis sa sortie en ce mois de novembre 2025, Frankenstein de Guillermo del Toro n’a de cesse de faire parler de lui. La presse s’interroge, le gothique serait-il de retour ? Et pourquoi ? Spoiler alert, le registre n’a jamais vraiment quitté nos écrans. Ni son imagerie, ni son romantisme. Mais on peut lui accorder un retour en force auprès du grand public. On l’a notamment vu avec le « Dracula » de Robert Eggers, bien plus horrifique que ce Frankenstein : le registre plaît toujours. L’esthétique envahi nos petits écrans (Mercredi) et même la musique (Lady Gaga de Mayhem à sa tournée, Ethel Cain …)

A moins que le besoin de raconter de nouveau des contes et histoires cultes ne soit au centre de ce renouveau. Simplement lorsque le maître absolu du gothique, Guillermo del Toro s’en mêle, l’affaire ne pouvait que frôler la perfection. Contrairement à son comparse Tim Burton, le réalisateur mexicain a su garder la maitrise de son art sans jamais basculer vers le grotesque. Ce petit tacle à Burton ne saurait remettre en question du très bon dans une filmographie, mais il faudra admettre que certaines de ses œuvres ont fini par jouer la carte de l’auto-caricature.

La capacité de Del Toro à raconter une histoire, et il faut le dire l’immense budget qu’il peut mettre dans des décors, au demeurant sublimes, sont évidemment pour beaucoup dans le succès de son adaptation. Avant de crier au génie et de détailler les nombreuses qualités du métrage disponible sur Netflix, il faudra évoquer une toute autre œuvre. En 2015, Bernard Rose à qui l’on doit le « Candyman » originel (donc pas celui de Jordan Peele) réalisait lui aussi un film inspiré par la créature la plus célèbre du cinéma. Et, puisque le film est resté confidentiel, il est de notre devoir de rappeler qu’avec moins de moyens et une empathie sans pareilles limites, le metteur en scène proposait un film autrement plus sensible que celui aujourd’hui disponible sur Netflix puisqu’il y privilégiait les sentiments à l’image et se focalisait sur l’unique ressenti de la créature.

Frankenstein par Guillermo del Torro Jacob ElordiDel Toro, lui préfère adopter deux points de vues : celui de Victor Frankenstein (Oscar Isaac à la performance habitée), le créateur avant de nous plonger dans la vie d’un être pure, né de la reconstitution de cadavres et qui découvre la cruauté absolue absolue de l’existence, au détour de seules quelques beautés. Une mise en perspective qui n’est pas la même que celle du film originel de 1931, lui-même tiré de la pièce de Peggy Webling en 1927. Dans ces versions, la créature est créée à partir du cerveau d’un criminel, qui est de plus tombé au sol pendant son transport. Voilà qui explique ses agissements parfois violents sous le coup de la peur et de l’incompréhension. Pour mémoire, il noie une petite fille, sans en avoir l’intention.

On dit de ce nouveau film qu’il est une mise en abime des faiblesses des hommes, ceux avec un petit h. Si la chose est vraie, il est surtout une fable puissante sur la paternité et le poids des actes de nos pères.

Notre père, toi qui ne m’a rien appris frankenstein

Frankenstein par Guillermo del Torro sur NetflixAu commencement Victor Frankenstein était un fils. Dans l’œuvre de Del Toro, seule la femme trouve le salut et la capacité d’empathie. Elle et le futur enfant, la créature. Les figures paternelles sont pourtant celles qui occupent une place centrales et celles qui doivent chercher la rédemption. Leurs échecs à comprendre sont la raison de toutes les violences. Ce ne sera ni la grandiloquence du film, ni les décors et maquillages qui seront les plus fascinants dans ces deux heures et demie de visionnage mais bien cet aspect du scénario qui vaut à lui seul le détour. La mère de Victor donc, tout comme plus tard Elizabeth, la femme de son frère (époustouflante Mia Goth) seront des guides, les personnages dont seule la bonté sera mise en avant. Dans ce récit les pères et toutes leurs représentations manquent à toutes leurs tâches. A commencer par le père de Victor. S’il le pousse à apprendre et donc à devenir adulte, le génie fou qu’il est, c’est aussi son éducation cruelle qui en fera plus tard un père médiocre. Le père, l’image de Dieu, le créateur, dont la seule compréhension de son rôle réside dans la violence. La foi est d’ailleurs évoquée à travers le personnage d’Elizabeth, mais si Dieu lui-même a abandonné ses enfants, que reste-t-il aux mortels ? Le défier serait-il si fou ? Frankenstein, qui revendique son nom dès le début du film reproduira par la suite le schéma dont il était la victime sur sa création, son fils. En se prenant pour Dieu certes, le défiant puisqu’il défit la mort, il oublie son devoir d’amour et de compassion. Et c’est cet incompréhension de son rôle, son manque de patience qui serviront à créer un récit sombre. La véritable dureté de lu métrage ne vient jamais de visions gores. Quelques morceaux de cadavres jonchés sur le sol servent pourtant à créer une petite maison des horreurs en mode maison hantée fantasmée. Mais les réactions des protagonistes masculins sont celles qui enferment, en immense majorité les horreurs.

frankenstein mia goth elizabethVictori Frankenstein rejette la créature qu’il a créée, son père rejette Frankenstein. D’autres figures paternelles viennent elles aussi noircir le tableau : l’oncle d’Elizabeth qui ne la protège jamais mais finit par penser à elle comme une monnaie d’échange, le commandant du bateau. Ce dernier est un père/ une forme de Dieu pour son équipage qu’il n’a de cesse à le maltraiter. Heureusement, ce Frankenstein est une longue quête de rédemption pour mieux apprendre à devenir un père.

Où l’âme se situe-t-elle ? frankenstein

Comme le veut la trame initiale du récit, la question essentielle que pose le film est de savoir qui est le monstre ? Lorsque Frankenstein est sur le point de donner vie à sa créature, la question se pose, mais où sera son âme ? A question compliquée, réponse bien plus simple. Si par âme on entend capacité à la bonté, alors celle de la créature rayonne bien plus que celles des humains qui l’entourent. A l’exception d’une figure paternelle, celle du vieil homme aveugle, seul ami de la créature. Puisque lui n’est pas en capacité de juger par les apparences. Ici l’image prime sur beaucoup. C’est ainsi que ce nouveau Frankenstein va mettre un soin tout particulier à ses couleurs. Chacune d’entre elles, comme le détaillera le réalisateur a son importance. Le rouge par exemple évoque la mère et l’enfance. Elle ne sera utilisée dans le film que pour ces séquences et pour habiller Elizabeth. Complexe d’Electre ? Figure unique de la femme qui serait toujours proche de la maternité ? La question se pose. Le vert évidemment vient à évoquer la créature. Si le récit met en garde : on ne doit pas se fier aux apparences, la mise en scène elle va en faire des tonnes pour soigner les siennes. Mais c’est aussi ce que l’on recherche dans le cinéma de son réalisateur.

créture Frankenstein par Guillermo del Torro sur NetflixLes apparences c’est ce qui hante une œuvre grandiose qui ne lésine devant aucun moyen. L’image y est travaillée plan par plan, la photographie incroyable. C’est cette dernière qui lui permet de plonger entièrement le spectateur dans cet univers si particuliers. Celui du conte sombre avec une morale puissante.

Doit-on pour autant comme on a pu le lire de parts et d’autres qualifier le film de chef d’œuvre absolu ? Non, il est loin d’être exempt de défauts. Il manque par moments de finesse, sa conclusion intervient beaucoup trop rapidement surtout comparée à une exposition qui prend énormément son temps.  La première partie traîne en longueur, perdant parfois le spectateur. Au détriment de l’histoire autrement plus fascinante de la créature qui aurait pu gagner en plus de développement. Le point d’orgue du film, son propos sur la rédemption est amené de façon trop abrupt. Il n’en demeure pas moins que l’histoire de la créature et sa modernité sans commune mesure méritent d’être constamment remises au goût du jour. En la matière Del Toro signe un film qui vaut intégralement son visionnage et promet de nombreuses heures de réflexion.