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MaMA festival

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Le MaMA festival est l’occasion d’arpenter 3 jours durant le quartier de Pigalle à Paris pour découvrir le meilleur de la scène indépendante et émergente. Cette année, crise sanitaire oblige, nous a permis de nous concentrer sur la scène hexagonale et de découvrir la scène musicale de demain. Concerts, showcases, évènement en off ont donc bercé notre vie à une rythme effréné au grès de courses sur le bitume et dans les salles du quartier. Découvrez notre sélection d’ artistes  qui ont conquis nos coeurs sur cette édition 2021.

Laake

: Bande originale

A la croisée de la musique électronique,(néo) classique et cinématographique, l’univers de Laake est grandiose et son oeuvre intemporelle. Le musicien mélange les notes de ses touches d’ivoire, des instruments classiques et des beats électronique de façon minérale . Le compositeur autodidacte , actif sur la scène auprès des plus grands (Vitalic, Max Cooper ou Laurent Garnier) depuis 2015, a sorti après 2 EPs son premier album le 27 mars 2020. « O » (pour Orchestrai) est parfaitement équilibré. La présence de deux violons, un violoncelle, un alto, un trombone basse, deux ténors et une trompette intensifie les compositions de Raphaël Beau, et offre une symphonie romantique à couper le souffle. Sur scène l’artiste, entouré de ses 8 musiciens, dévoile un spectacle profond, parfaitement orchestré. Les performances des ce virtuose hybride devraient, on l’espère, apparaitre régulièrement dans des oeuvres du 7èmes art tant celles-ci se vivent comme une expérience à part entière. Claque auditive aux montées soutenues, sophistication de ses compositions, mélange des genres pour mieux brouiller les pistes, sont autant d’atouts qui enrichissent l’univers luxueux de celui qui navigue en eaux troubles et sublime tout ce qu’il touche.

Dirtsa

: princesse urbaine rétro 90

Lauréate 2021 du Prix Ricard France Live Music, Dirtsa devient la première artiste Hip-Hop à remporter ce prix. Son style est un mélange de  Hip Hop Lo-fi, de soul/r&b, et d’afrotrap, et combinant le metissage de sa culture franco-camerounaise et  autant influencé par la scène années 1990 et actuelle. Ses deux premiers singles « Straight out of France » et « Underdog » sortis respectivement en janvier et mai 2020 sont deux hymnes engagés où elle évoque avec mélancolie  la lutte de la cause noire et de l’anti-racisme. Dirtsa est  une artiste engagée qui joue avec les codes de toute la scène urbaine des 30 dernières années. Avec des accents à la Mary J. Blige, le talent des Fugees, elle saura mettre toutes les générations d’accord et créer de la modernité en puisant dans l’ancien.

Franky Gogo

: batteur.euse et battant.e

Franky Gogo est un·e artiste déroutant.e. Avec ses sonorités techno-punk, Franky Gogo brouille les pistes et les identités musicales pour récréer des mélodies denses et puissantes. Fort de ce contraste, sa musique est aussi douce qu’elle sait se faire brutale.  La noirceur qui s’en dégage devient dansante, la douleur galvanisée y est belle et brute comme un diamant. Après avoir accompagné à la batterie des artistes comme Bertrand Belin, Theo Hakola ou Discodeine, cet.te musicien.ne donne la parole au corps et à l’âme et remet en question les notions de genre figé. Le clip de Fast and Too Much, qui prépare la sortie le 27 novembre de son EP homonyme colle des sueurs froides et profite d’une esthétique aussi léchée que déroutante. Véritable chef d’oeuvre musical, il se sublime par une image aussi sombre et puissante que ses sonorités. Son concert durant le MaMA qui a fait salle comble annonce sans aucun doute le succès de cette nouvelle égérie de la scène queer.

Vikken

: sublimer les douleurs

Il aborde la lassitude et le questionnement d’une génération, la routine du quotidien, l’identité, l’avenir et l’espoir et dans l’incroyable « Pour une amie » les questions déboussolantes et intrusives auxquelles doivent faire face de nombreuses personnes trans au quotidien. Ses compositions électro sont d’une efficacité redoutable. La répétition de ses thèmes musicaux mêlée à des sonorités dark mettent en valeur le discours du DJ. Cela crée un climat oppressif qui reflète parfaitement les difficultés de tous les jours que Vikken a choisi de mettre en avant. Scéniquement le garçon interprète ses morceaux de manières « sombre et sobre » et livre au public un moment de frénésie entêtante, libératrice d’un quotidien oppressif.

Lucie Antunes

:  force et percussions

Lucie Antunes, percussionniste et titulaire de plusieurs prix de conservatoires et d’un diplôme du Conservatoire National Supérieur a battu le fer (et surtout les percussions) aux côté de Moodoïd, Aquaserge, Yuksek ou encore Susheela Raman avant de se consacrer à sa propre musique.  En solo, l’incroyable musicienne livre un set qui rompt avec les habitudes et  revisite la notion même de dancefloor. Ses nombreuses percussions créent un retour aux sources avec naturel, galvanisant l’humain et la cohésion. Sur scène, Lucie Antunes joue avec une batterie, une marimba ,un vibraphone, et des percus, et est accompagnée de Jean-Sylvain Le Gouic au moog, prophet, percussions et modulaires ainsi que de  Franck Berthoux complice de toujours qui traite le son en temps réel. L’ensemble est servi accompagné de modules luminaires qui marque le rythme et offrent un ballet  lumineux aussi aérien et captivant. C’est d’ailleurs le terme qui cristallise la nature même de performances physiques, millimétrées et redoutablement impressionnante. Lucie Antunes est une forme de la nature qui sait jouer des éléments et de ses instruments pour tout faire résonner en même temps. La puissance est maîtresse de ses performances. Aussi belles à regarder qu’à écouter elles balayent de la main l’idée que les rythmiques ne puissent être que des accompagnements pour mieux les centrer au coeur d’une esthétique inégalable.

Terrier

: sort de son trou

Terrier défini sa musique comme du hip-hop/pop/punk hooliganesque. Tout un programme donc qui ne laisse personne indifférent. A tel point que l’artiste chouchou se retrouve sélectionné par le prix Chorus ou encore le Fair. Le vendéen raconte qu’a son arrivé à Paris, plus particulièrement à Montreuil, il avait installé son studio dans un parking sous-terrain et qu’il ne voyait pas la lumière du jour, qu’il ne savait pas quelle heure il était, quel temps il faisait…c’était son « terrier ». C’est cette installation francilienne qui l’inspirera. Durant sa prime jeunesse Terrier faisait des BO de films ou  de pubs « imaginaires ». Maintenant il s’inspire de son environnement, s’ouvre musicalement et exprime « l’importance des choses que l’on perd ». Cet OVNI musical offre la richesse de toutes les musiques modernes et finalement, plutôt que de le rendre inaccessible, rassemble un public varié. Un traversée punk qui devrait l’emmené sur le chemin de la réussite.

Thérèse

: pop coup de poing !

Thérèse, Claudia, Maniseng, Lin Fu Xian, Pao Pao de son nom complet et s’est faite remarquer dans le duo très rock La Vague où elle apportait son énergie dantesque. Naviguant aujourd’hui en solo, l’incroyable musicienne porte haut et fort les couleurs de ses engagements notamment en matière de lutte contre le racisme anti-asiatique et le féminisme. Et ce message se traduit par la construction de morceaux  qui frappent forts comme  le récent « Chinoise ? ».  Elle y revient sur le tous les clichés issus de la culture de l’asian-bashing pour les renversés dans des compositions aux influences aussi variées que construites. Une structure pop, dans la veine de la grande prêtresse du registre devant laquelle elle n’a pas à rougir,  M.I.A, alliée à des sons orientaux – la véritable modernité musicale se situe là-, mêlant français, anglais et chinois, sont les ingrédients de la musique de Thérèse. Véritable valeur montante de la scène française, elle a fait salle comble au MaMA laissant dehors beaucoup de monde frustrée de ne pas l’apercevoir. Il faut dire que la musicienne est sur tous les tableaux, parle avec aisance, multiplie sa fougue créatrice de la mode à la musique, convainc, bouleverse et s’ose même sur des terrains plus osés en parlant notamment de sexualité dans « Skin Hunger » à la production millimétrée.  Elle est arrivé avec la Vague, mais il faut s’attendre à ce qu’elle se transforme en une déferlante qui occupera au même niveau que Pomme ou Suzane l’espace  de la scène francophone féminine engagée.

LULU VAN TRAPP

: cabaret sensuel

Lulu Van Trapp mama festival 2021
Photo : Louis Comar

Nouvelle coqueluche de la scène française, Lulu Van Trapp sonne déjà dans les esprits avertis comme la révélation de l’année 2021. Il faut dire que le sulfureux groupe sait jouer de ses charmes. Un premier EP en poche (« I’m not her to save the world »)  et voilà que le quatuor est déjà au centre de toutes les attentions : sélectionné par Rock en Seine pour son édition réduite de 2021, puis le MaMA, rien n’arrête la troupe. Il faut reconnaître que les compères ont le sens des mélodies : s’osant à créer un univers proche des très sensuels Rita Mitsouko pour mieux brouiller les pistes et créer en anglais une pop inter-générationnelle bien sentie. Lulu Van Trapp est de ces groupes qui séduisent sans tabous et qui sortent le grand jeu à chaque nouveau rendez-vous. Difficile de ne pas en devenir rapidement fous. Quel meilleur lieu donc que la Machine du Moulin Rouge et toute l’histoire qu’évoque ce nom pour présenter sur le festival le combo qui réconcilie chanson et rock ? En passant par tous les registres sans jamais se trahir, la formation se dévoile avec cohérence couche après couche. Le Monde entier ne peut qu’attendre d’en voir encore et toujours plus.

Structures

: Manchester division

S’il y a bien un groupe de rock brut qui a fait parler de lui cette année et au MaMA  festival c’est Structures. Le post-punk depuis quelques années occupe le devant de la scène anglaise et Structures l’a rejoint avec sa French touch. Nos 4 sympathiques amiénois envoient un son brutal, salvateur et libérateur qu’il est difficile de ne pas comparer avec la scène de Manchester des années 80. Mais ce quatuor peut surprendre et mettre un pied de nez à ceux qui les pensaient coincés dans l’univers new/cold wave. C’est par exemple le cas avec le morceau comme « Sorry I know it’s late, but” qui crée un retour plus pop digne de  la grandes périodes Brit-pop des années 90. Leur EP sorti en 2018 est parfaitement rodé, et après cette période d’arrêt du Monde on peut s’attendre à la sortie prochaine d’un album qui devrait placer Structures  en tête de liste des artistes à connaître de la scène indie française.

Coco Bans

: heartbreaker

coco bans mama festival 2018 boule noireRemarqué lors de l’édition 2018 du MaMA festival, Coco Bans a sorti un premier EP en 2019 « Fantasy & Parables ». Un premier opus rêveur servit à coup de  pop folk  solaire. En 2021, elle opère un renouveau sensationnel et revient en force grâce à son EP « aka Major Heartbreak ». L’artiste américaine, Allyson Ezell de son véritable nom, s’y livre au court de 6 titres  intimistes. L’Auteure, compositrice et interprète marche sans vergogne dans la cour de grands noms de la scène internationale comme Florence and The Machine où encore Lana Del Rey. Avec sa voix aérienne et ses riffs mélancoliques, la tornade blonde sublime tout ce qu’elle touche. L’excellent « What did you say » et sa pop sombre est l’occasion de mettre en valeur sa puissance vocale et sa créativité mélancolique. De son côté « Being brave is stupid » ( en duo avec Von Pourquery) convoque l’esprit de Gainsbourg pour lui faire rencontrer une pop sensuelle actuelle à la douceur irrésistible. Coco Bans s’apprécie autant dans ses arrangements soignés que dans ses épopées scéniques survoltées. incontournable.

 

Avec un peu t’aide de Julia Escudero

Structures mama festival 2021

MaMA festival 2021 : retrouvailles avec le monde de la musique, enfin. (Reportage)

Depuis deux ans Pigalle s’était endormie. Ces dernières semaines quelques vibration la faisaient timidement sortir…

mama festival 2018

MaMA Festival 2018: déambullations en musique (Retour sur 3 jours de découvertes que vous devez écouter!)

[list1][/list1] Du 17 au 19 octobre 2018, le MaMa festival investissait les salles du quartier…

MaMA Festival jour 2: flâner à Pigalle de découvertes en découvertes (reportage)

Jour 2 du MaMA Festival dans le quartier de Pigalle ce 19 octobre. La température…

Du 16 au 18 octobre, le MaMA Festival fêtait ses dix ans. Au programme: conventions adressées au professionnels, de nombreux événements, showcases et concerts. C’est le Canada avec son dispositif Ma Cabane à Paname qui ouvre les festivités et propose un lunch réseautage au bar à Bulles. La francophonie canadienne et ses artistes ont à cœur de collaborer régulièrement avec la France et se déplace en délégation à chaque MaMA. L’occasion de présenter des événements et des artistes extraordinaires qu’on vous invite fortement à découvrir. A noter, puisque l’occasion nous est donnée d’en parler que le Canada en plus d’être un pays magnifique et accueillant, met la culture au centre de ses préoccupations. Les initiatives liées à la culture ET à la musique y sont nombreuses, des budgets y sont alloués. De quoi faire encore et toujours rougir la France qui oublie régulièrement avoir été un pays d’une importance capitale en terme de culture et d’art (l’expulsion récente de Mains d’œuvres étant l’un des derniers événements en date à prouver le bon traitement que l’on accorde aux artistes).

Avant de débuter les concerts, il est également possible de flâner entre les stands du village du MaMA, disquaires ( notamment la superbe enseigne Dizonord que vous retrouverez rue André Messager)  et actions liées à la musique sont présents malgré le froid et la pluie pour proposer des activités variés aux festivaliers.

Le soir tombe et les premiers concerts sont sur le point de débuter. Comme chaque année, mieux vaut porter de bonnes chaussures et des couches de vêtements à enlever et remettre puisqu’il faudra courir dans tout Pigalle pour voir un maximum de concerts et éviter de rester en dehors des salles ( dommage pour notre chouchoute Silly Boy Blue qui a, nous a-t-on dit retourner une Chaufferie pleine à craquer et dans laquelle il était impossible d’entrer). Les dix ans du MaMA festival sont placés sous le signe de la découverte, et pour en écouter un maximum il faut courir du Bus Palladium au Carmen, en passant par la Boule Noire et la Machine du Moulin Rouge ou encore les Trois Baudets. Comme chaque année, la qualité est au programme. Top des concerts forts que nous avons vécu.

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JOUR 1: mercredi 16 octobre 2019

Théophile

Ouverture du Mama festival avec ses tous premiers showcases. Theophile fait ainsi partie des premiers à se lancer. Le chanteur charismatique aux cheveux longs offre une pause douceur aux accents pop et aux instruments rouges:  guitares, claviers. Dansants, les titres en français dans le texte prennent rapidement des accents groovys. Les années 80 sont de la partie alors que le duo solaire uni ses voix et fait entrer un peu de soleil dans cette première journée du MaMA marquée par une pluie torrentielle. Dans la lignée de la vague pop qui s’abat aujourd’hui sur le monde de la musique, Théophile se démarque par un certain charisme et une belle synergie de duo.

The Pier

Cocotiers sur la scène et rock empreint de bonne humeur: voilà que débarque The Piers. Avec une energie qui n’est pas sans rappeler Vampire Weekend, le quatuor deluré prend possession de la Boule Noire. Au programme: du rock aux riffs solaires comme on en retrouve souvent à 15 heures sur les festivals d’été. Si la recette des compositions de la formation est connue de tous: grosses guitares, chants énervés et fond de noise pop sont de la partie, l’énergie inconditionnelle des acolytes séduira toujours un public d’adeptes des pogos.

Feli Xita

Assistée d’un batteur, la jolie chanteuse de Felix Xita se présente seule sur scène vêtue de sa jupe longue et de son visage poupon. Avec quelques moues et une forte envie de séduire, la jeune femme distille une pop française dansante à écouter en buvant un cuba libre en bord de mer. Ça tombe plutôt bien puisque celle dont le timbre pourrait rappeler une certaine Vanessa paradis, se produit ce soir au Cuba café. Si ses titres peuvent tous sonner comme des reprises, cette nouvelle venue sur la scène francophone emprunte aussi à la belge Angele et ses attitudes de femme enfant. Elle s’offre une reprise moderne de «  Ce soir je serai la plus belle pour aller danser. » de Sylvie Vartan. Bonne humeur et atmosphère festive pour cette Esmeralda de la chanson qui sera la  plus belle pour vous faire danser.

Feli Xita

Joanna

Les années 90 ont à nouveau la côte. Côté mode, ça signifie que le fluo est de retour et côté musique cette nouvelle signe le come-back du r’n’b. Joanna avec sa « pop urbaine » est dans la lignée de cette seconde vague. Le timbre de la chanteuse est indiscutablement plaisant. Sa douceur et sa finesse sont d’ailleurs autant d’atouts pour séduire dans un registre qui ne manquait pas forcément tant que ça au paysage musical actuel.

Joanna

Tessa Dixon

Au milieu de statust et dans cette salle magnifique salle parisienne qu’est le Carmen, Tessa Dixon s’impose comme la bonne surprise de cette première journée et ce dès ses première notes. La jeune fille au traits aussi fins que les statues qui la contemplent s’appuie sur un timbre tantôt suave, tantôt aïgu et fait honneur à ses ainées qui ont marquées les top de la pop américaine. Lea Andreone n’a qu’à bien se tenir, la relève est assurée. Sourire aux lèvres, refrains travaillés, accrocheurs, calibrés, il se pourrait que Tessa Dixon soit la révélation qu’il vous faut pour parfaire vos road trips, vous faire danser, accompagner les moments forts de votre vie. Communicative, elle prend par ailleurs le temps de dédier un titre aux cœurs brisés dans la salle. Ses notes prennent alors dans leurs bras ceux qui en ont besoin, chantent la douleur, la console. Une pause essentielle.

Imany

La Cigale, bientôt 22 heures, et voilà que coiffée d’un foulard africain rouge et vert, la sympathique Imany accueille la foule dans son set chaleureux. Entre pop et voix sublime, la chanteuse est une bête de scène. Habituée au public et aux salles de belle taille, elle se retrouve face à un parterre d’adeptes, prêt à reprendre ses morceaux et à l’applaudir chaleureusement. Communicative, la Tracy Chapman à la française annonce une sortie d’album live pour le 25 octobre et un nouveau titre «  Vous ne le connaissez pas donc si je me plante vous ne pourrez rien dire… »  avant d’expliquer: «  Ce titre parle du fait vous soyez les seuls responsables de votre destin. » Dansante, entraînante, époustouflante, la voilà qui entraîne la salle dans son tourbillon d’énergie et d’émotions. Avant d’entamer le culte « Silver Lining (Clap your hands) », la musicienne promet que « si vous faites assez de bordel,l es artistes que vous avez vu ce soir reviendront sur scène ». Elle observe alors amusée, une salle déchaînée qui crie siffle et applaudit à tout rompre. Le titre s’éternise et traîne, diffuse sa bonne humeur face à un public qui joue volontiers les choeurs. Et à la fin, chose promise chose due…

Tous les artistes présents ce soir là à la Cigale ce soir

Sur les « ho ho ho » de « Silver Lining (clap your hands) » répétés par le public comme une incantation, tous les artistes programmés ce soir là dans la salle parisienne reviennent sur scène un à un . Tous branchent rapidement leurs instruments, confient que le moment n’a pas été répété et qu’il se passe « à l’arrache » alors pour les aider le public continue de chanter encore et encore « ho hoho ». Porté par les autres musiciens, chacun chante, interprète un de ses titres, dans l’uns des plus beaux moments de communion que l’on puisse imaginer en concert. Public et musiciens s’allient dans cette improvisation incroyable et chaleureuse où tout le monde est à la fois tête d’affiche et chœurs.

 

JOUR 2: jeudi 17 octobre 2019

 

Lola Marsh

Comme toujours la jolie salle du Carmen affiche presque complet pour accueillir Lola Marsh. Difficile de se frayer un chemin pour apercevoir le groupe israélien. Pour autant pas besoin de bien voir les fleurs et les paillettes sur ses vêtements pour se laisser porter par la pop envoûtante de la chanteuse à la voix reconnaissable entre toutes. Toujours aussi chaleureuse et hypnotisante, la belle enchaine les titres qui ont tous la saveur d’un single. Un des délicieux gins qu’offre la salle à la main et voila que le combo propose d’écouter un nouveau morceau sorti le jour même. Au programme saveur acidulées, et tempo entrainant. Lola Marsh devrait déjà fait partie des grands noms de la scène actuelle. Et si pour l’instant seul un groupe d’initiés profitent de leurs accords, c’est pour mieux s’en délecter avant que le groupe ne devienne la douceur de tous.

Dewaere

La Boule Noire, lieu des plus grands moments de rock du MaMA festival s’en paye un nouveau ce soir,  pour le concert de Dewaer.  Et pas des moindres lorsque l’on voit la qualité du set du groupe qui flirt avec le rock new-yorkais pour mieux lui offrir des moments de punk rock. Côté scène, le chanteur, un poik pompette, tout le monde en conviendra, joue la carte de la plaisanterie «  Si vous êtes les programmateurs d’un grand festival, nous on est preneurs. Avec un look classique, les rockeurs font sonner leurs guitares, basse et batterie face aux murs recouverts de femmes dévêtues. Impossible de ne pas penser aux Strokes en sautillant sur ce live 100% made in France. A l’annonce du dernier morceau le public s’émeut. «  bha si, on est pas la pour toutes la soirée non plus » repond le trio, qui aurait fait pogoter toute l’assistance si quelques bières de plus avaient eu le temps de couler dans l’audience. Un premier dernier morceau, un deuxième, un troisième, Deweare pourrait finalement bien rester toute la soirée et par la même occasion rappeler l’existence d’un rock je m’en foutiste, couillu et sans concession.

Musset

Comme l’an passé, le Phonomuseum se fait salle de concert le temps du MaMA. C’est donc face à cette histoire forte de la musique enregistrée que Musset a la lourde tâche de jouer. En solo, guitare/voix, le chanteur, promene le public assis sur des chaises comme au sol à travers ses ballades à textes. « J’espère bien que tu n’as pas baissé les bras. » chante-il avec douceur. Un moment émouvant, prenant et une belle pause douceur entre deux concerts.

Yseult

Connue pour avoir fait la Nouvelle Star, Yseult débarque en solo et vêtue de noir face à une Cigale déjà conquise. Entrée fracassante et  voix puissante comme aiment à mettre en avant les émission télévisées sont de la partie.  A ce point? Non puisque loin d’être un objet grand public destinée à être simplement consommée le temps de quelques votes,  la chanteuse se crée et s’offre un véritable univers loin de cette machine à cash qu’est le petit écran. « Première Cigale, deuxième soucis technique, c’était pas pareil à la Boule noire. Pourtant cette date est très importante pour moi. » confie-t-elle. Problème ou pas, la chanteuse comble et s’en amuse de bon coeur. Elle se lance finalement a capella pour le titre « Sur le fil », qu’elle interprète habituellement avec la chanteuse Angele dont elle a assuré les premières parties. Sa voix suffit. Pas besoin d’instruments pour convaincre. Elle décide d’assurer son set jusqu’au bout, de rattraper les morceaux non interprétés et tant pis, si on déborde un peu en terme d’horaire:  » J’aime tellement ce métier, je n’ai pas mis mes potes de côté, ma vie de côté pour m’arrêter là. » Qualibrée grand public, la chanteuse sait déjà gérer la foule, nul doute qu

’elle ira loin.

Corps

En duo, Corps prend possession du Carmen. Le hip hop a la cote en ce moment et ça tombe bien puisque c’est l’heure de le réinventer. Comme le rock avant lui, il

peut maintenant s’habiller aux couleurs de l’électro. C’est le cas avec Corps, qui teinte un phrasé grave  d’une gamme électro pointue et répétitive. A la sauce de Glauque, également programmé sur le MaMA, le groupe lui donne alors des tonalités lourdes. Le rap n’a plus besoin de venir des banlieues, il n’est plus un moyen d’expression pour dépeindre un ghetto difficile à vivre, il n’est plus non plus l’apparat du bling bling. Non il se positionne dans les beaux quartiers, les lieux aux grands miroirs, statues et cocktails tendances. Il n’a plus de couleurs, de tenues. Corps en est l’illustration, combinaison à la mode du moment sur le dos, guitares travaillées à l’appuie. Ouverture des genres vous dites? Pour le mieux puisqu’aujourd’hui, une nouvelle forme de créativité peut s’y exprimer.

JOUR 3:  vendredi 18 octobre 2019

Ebony Frainteso

Il y a la queue devant la Boule Noire en ce dernier soir de festivités. Et si finalement la salle n’est pas complète ce n’est pas faute de public voulant découvrir Ebony Frainteso sur scène. La britannique vaut d’ailleurs le détour puisqu’ accompagnée d’un simple piano, elle laisse libre portée à sa voix. Ballades et histoires de ruptures sont au coeur de ses compositions soul, profondes , le tout porté par un timbre qu’elle sait décliner à l’infini jusque dans les notes les plus aigues. Coiffee d’un carré, vêtue d’une simple veste bicolore, la musicienne mise tout sur son timbre pour convaincre. A raison, sans révolutionner son registre, elle sait en être un atout majeur. Malgré, cette fois les murs aux visuels osés, elle transforme la boule noire en un cosy piano bar, et communique volontiers avec son audience à la manière d’une Alicia Keys à ses débuts. Manque pourtant un soupçon d’originalité pour parfaire son registre

Süeür

Süeur évidemment Süeür, puisque s’il y a bien un nom qui tourne déjà dans le milieu professionnel depuis cet été c’est celui-là. D’ailleurs, il faut faire la queue au (minuscule) Cuba Cafe pour venir applaudir la nouvelle sensation Hip Hop. Le groupe débarque à 20h45,  avec un chanteur à la capuche noire vissée sur la tête. Le premier titre de cette sensation attendue est coupé d’un sobre » bonjour ». Le chanteur propose une vision du hip hop en français dans le texte, particulièrement rythmée. De saez, en dehors de son lien familial, il garde ce timbre de voix perchée atypique. Loin pourtant du style de son aîné, Süeür aborde des titres plus mordants et s’appuie sur des notes répétées pour séduire ( et entrer facilement en tête). Il ne lui faut que trois morceaux pour se mettre dans la fosse et accélérer sa batterie. Quatre titres et le voilà torse-nu, c’est aussi à ce moment là qu’on entre dans le vif du sujet, clairement plus hip hop et qu’une partie de la foule, déjà convaincue se met à danser avec lui. Une reprise puissante de  leo ferre se fait entendre, modernisée une nouvelle fois après que Noir Désir qui s’y soit essayé « Thank you satan ». On passe du phrasé à la chanson, l’énergie est là et la rage du texte s’exprime avec force. Convaincant comme il fallait s’y attendre, et plus qu’à suivre de près, Süeür est sans conteste l’une des plus grosse claque du MaMA Festival. Et faut-il le dire? Personne ne sort de ce concert sans avoir sué comme il faut. ( #payetonjeudemots)

(Thisis) Redeye

Recommandation de dernière seconde et nous voilà embarqués dans un road trip américain conduit par des francophones au Bus Palladium. L’embarcation n’est pas complète et c’est bien dommage puisqu’a defaut d’être complètement novateur, le quatuor pop rock nous plonge dans son univers qui sent bon le désert et les refrains bien sentis. Les morceaux défilent avec naturel, les paysages se dessinent. Le set est calé et inspiré, l’énergie est là. Il serait facile de savourer leurs notes rappeuses avec un bon whisky et de reprendre la route en laissant tout derrière nous. Un nuage de poussière, et quelques notes qu’on apprendra rapidement à fredonner pour seul trace de notre passage.

Julien Granel

La soirée de vendredi est déjà bien entamée lorsque Julien Granel débarque sur la scène de la Chaufferie à la Machine du Moulin Rouge. En solo avec son clavier, le musicien surfe sur la nouvelle vague française comme un certain Voyou avant lui. Il communique volontiers avec son audience et partage un morceau « composé la semaine précédente ». Intitulé « Danse Encore » le chanteur ajoute que « Tout est dans le titre. » et d’ailleurs la foule le suit volontiers.  Clairement dans l’air du temps, il s’appuie sur un succès espéré à coup de riffs à la mode. Dans le coup oui, créatif, certainement moins.

Best Youth

Duo féminin et masculin vêtu de blanc, Best Youth s’appuie sur un guitariste talentueux et une belle synergie pour faire sortir sa performance du lot. Sa chanteuse dévoile ses ballades pop a l’aide d’une voix cristalline. Avec sensualité, les deux musiciens se tournent autour et semblent autant déterminés à se séduire qu’a séduire un public assis. Une tentative de communication en français plus tard et voilà qu’on repasse à l’anglais et aux claviers. Une parenthèse reposante avant de  reprendre le rythme des sets électros proposés en clôture.

La Chica

Le MaMA est presque terminé mais avant de lui dire au revoir, reste à faire un détour par le Backstage by the Mill pour apercevoir le set très attendu de la Chica. Il faut patienter pour entrer dans la salle, tout comme pour prendre un verre au bar ( 30 minutes quand même!)  débordé par une foule compacte. L’énergie de la chanteuse et la richesse des ses compositions valent néanmoins le détour. Toute la salle danse volontiers. Autant se défouler avant de devoir à nouveau patienter pour sortir de la salle…

 

 


« Tu vas au MaMA Festival, tu vas écouter de la musique de bobo » lâchait un ami alors qu’il était question de faire un saut au célèbre festival parisien pour l’équipe de Pop&Shot. Qu’est-ce que la musique de bobo? Je ne sais pas vraiment mais si le MaMA en est, alors la musique de bobo c’est la découverte et un éclectisme sans limites. Le festival qui prend d’assaut toutes les salles de Pigalle 3 jours durant est l’événement de l’année pour qui est friand de multiplier les coups de coeur.

 


Outre 40 concerts programmés par jour et ce, issus de toutes les formes et de tous les genres, le MaMA festival offre également aux professionnels de la musique de nombreuses conférences et rencontres. De quoi vivre donc des journées hyper remplies.

 

Le 18 octobre pour son jour 1, c’est une programmation spectaculaire qui attend les très nombreux festivaliers. Difficile même de faire un choix sans sacrifier de trop nombreuses pépites. Pourtant, ce choix il faut le faire et courir d’une salle à l’autre oblige à faire des concessions. Dehors, il fait incroyablement doux pour la saison. Les terrasses des bars alentours sont donc prises d’assaut par de nombreux détenteurs de pass pros pendus au cou mais aussi de mélomanes avertis. L’énergie est là et Montmartre, à deux pas, longtemps connu pour abriter tout le gratin artistique de la capitale retrouve ses lettres de noblesses. Nous voilà plongés dans l’univers de cet événement au court duquel la quête de découverte fait loi.
Les premières heures de la soirée sont occupées par des rencontres au Trianon et à l’Elysée Montmatre. On y discute musique autour d’un verre, d’un thé bio ou d’une huître ( oui une huître). Vient enfin l’heure tant attendu des concerts. A vos marques….

 

Trois coups de coeurs en cette première journée du MaMA festival:

 

« Il faut voir Eddy De Pretto en live, il est extraordinaire. » C’est ce qui se dit absolument partout. Le lauréat des Inouïs du Printemps de Bourges remporte une fière unanimité chez les festivaliers. Alors, sans trop réfléchir, hop hop on y va. Le Backstage du Sullivan fait patienter la foule en extérieur, la queue est longue, dense, prête à se précipiter à l’intérieur. L’occasion d’entendre encore du bien du musicien: « J’ai assisté à ses balances, lance le régisseur de la salle, c’est vraiment top! », nous voilà prévenus.
Et nous ne sommes pas les seuls a avoir été informés des qualités de l’artiste à en juger par la salle, pleine, très pleine, trop pleine qui attend les spectateurs. A l’intérieur, pas un millimètre d’espace, tout le monde est coude à coude tourné vers la scène. Topo la chaleur monte… beaucoup. Heureusement, le set est à la hauteur de sa réputation. Petit génie des mots plein de sensibilité, il entraîne la foule dans ses rêves ainsi qu’à Créteil, de là où il est originaire. Aidé d’un acolyte à la batterie, notre nouveau talent qui fait déjà le buzz profite d’un débit hallucinant. Pas timide, ce débutant habite pleinement la salle de ses textes. Dans l’assemblée ça murmure « C’est superbe non? » et aussi « Holala, il fait chaud » mais ça finalement c’est une autre histoire.

Eddy de Pretto Mama festival 2017 Eddy de Pretto Mama festival 2017

 

Cette histoire là pousse néanmoins la foule à sortir massivement prendre l’air à la fin de la performance. Direction la Boule Noire pour y voir l’Inspector Cluzo. Ne parlons pas de découverte pour un groupe qui a 10 ans d’existence et a, selon ses dires, tourné dans 45 pays. Là encore, la salle parisienne est pleine, mais pas à ras bord. Tant mieux, les riffs rock’n’roll de cette formation géniale donne envie de se défouler. « Ça fait plaisir d’être là, lance le chanteur barbu, mais la sono c’est de la merde. C’est pas de la faute des techniciens, ils sont adorables mais franchement ça n’envoie pas assez pour faire du rock. On se croirait à Rock en Seine! » Le ton est donné, la guitare balance, le batteur se déchaîne et c’est vraiment bon. On en profite pour « emmerder » avec le chanteur les gros groupes anglais comme Royal Blood et pour écouter cet avis «  On mange du foie gras. Si vous voulez être écolo faut quitter la grande ville sinon ça ne veut rien dire. Nous on cultive nos patates! » Sans concession donc comme du vrai rock. Du vrai rock avec un vrai final à base de batterie renversée et de musicos qui continue à taper dessus. De la vraie musique de bobo comme je vous le disais au début donc.

Inspector Cluzo mama festival 2017

Inspector Cluzo mama festival 2017

C’est au théâtre du lycée J. Decour qu’il faut maintenant se rendre. Comme ce doit être cool d’ailleurs que son lycée se transforme en salle de concert, le temps d’un festival… Là Cabadzi devenu pour l’occasion Cabadzi X Blier monte sur scène pour ce qui sera certainement la plus grosse claque de la soirée. Le duo est venu équipé d’un décor, des rideaux qui se déplacent fait de petits fils pour jouer sur leur transparence. Dessus, sont projetées des scènes sous forme de dessins-animés graphiques proche de la bande dessiné. Les scènes et les paroles sont crues, la composition musicale est extra-ordinaire. On pense à Fauve parfois sur certains couplets mais à un Fauve acide qui aurait bouffé du Virginie Despentes. Et puis pas tant que ça, Cabadzi qui existait bien avant les début de la carrière éphémère de Fauve a sa propre pâte et cet univers hypnotisant, bouleversant. « Vous voulez chanter? lance le chanteur à la foule avant de murmurer « Elle est fatiguée, elle a trop baisé. » L’audience reprend doucement en chœur comme si elle murmurait quelques incantations sacrées au court d’une grande messe. Cette initiative artistique, ce sublime mélange de la création musicale et du cinéma de Bertrand Blier vaut absolument toutes les éloges. A vivre sans réfléchir si l’occasion vous en est donnée.

Cabadzi X Blier Mama festival 2017 Cabadzi X Blier Mama festival 2017 Cabadzi X Blier Mama festival 2017
Le seul regret qu’on puisse avoir au MaMA c’est de savoir d’avance qu’on ne pourra pas tout voir. C’est le cas pour Adam Naas au Carmen, complet de chez complet et rendant impossible l’entrée à un bon paquet de spectateurs. Spectateurs qui n’hésitent d’ailleurs pas à doubler la file d’attente pour maximiser leurs chances de rentrer et minimiser leurs chances d’être polis. Qu’à cela ne tienne, on (re)verra Adam Naas, découvert au festival des Inrocks, au Chorus des Hauts-de-Seine. Quant au MaMA, demain est un nouveau jour riche en découvertes…

Bonus, quand deux photos coïncident parfaitement:

Inspector Cluzo mama festival 2017

 

DR Photos: Kévin Gombert