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Julia Escudero

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PRIX JOSEPHINE 2024 BONNIE BANANE
©Kevin Gombert

Il est en France une tradition de prix décernés par l’industrie dont la justesse des lauréats semble parfois manquer de cohérences. Des découvertes qui n’en sont pas, des albums oubliés, la pluralité musicale de notre pays effacée. En ce sens le Prix Joséphine fait office d’OVNI dans le paysage. En 2024, il célébrait sa troisième édition et faisait face à son succès fulgurant étant même dans l’obligation de refuser certaines accréditations tant la demande était forte.

Concrètement, des journalistes musicaux font un premier tri des albums français qui ont marqué l’année via une liste de candidats. Cette année 350 artistes ont candidaté et envoyer leurs album. Un lourd travail pour le jury chargé de réduire ce nombre à 40. C’est finalement un jury composé d’artistes qui a la lourde tâche de choisir 10 finalistes parmi les albums qui leur sont proposés puis de sélectionner un ou une seul.e gagnant.e. Une démarche originale qui permet aux artistes valoriser d’autres artistes en ayant pleinement conscience de leur travail et de leur processus créatif. Cette année,  Disiz était le président de ce jury et particulièrement ravi de pouvoir effectuer ce travail de sélection et de récompense. Autre particularité, il récompense l’album qui marque une année et se base uniquement sur le format album. A ces côtés, un jury pointu dont les échanges ont été d’après son président fournis et houleux. On y trouvait Adé, Agoria, Irma, Dinos, Izïa, Léa, Bachar Mar-Khalifé, Maïa Colette, Rone et November Ultra.

C’est d’ailleurs November Ultra, première lauréate du prix, qui a joué les maîtresse de cérémonie le temps de la soirée, profitant des interludes du live pour interviewer les artistes mais aussi échanger sur leur profession commune et leur processus créatif.

C’est le 26 septembre en partenariat avec Fip Radio que le prix Joséphine révélait donc son grand lauréat à la suite des performances lives des 10 finalistes. Il est essentiel de relever la grande qualité de la sélection. La diversité y était de mise, faisant la part belle à des courants musicaux pluriels, des albums divinement écrits et produits mettant en lumière une nouvelle scène en pleine éclosion d’une immense richesse.

And the winner is …

PRIX JOSEPHINE 2024 BONNIE BANANE
©Kevin Gombert

C’est Bonnie Banane qui remporte le prix Joséphine 2024 pour son album Nini, un condensé de modernité, brouillant les pistes et les genres pour mieux ressembler à la personnalité déluré de la chanteuse. Cette dernière n’a pas manqué de remercier toute son équipe, dont celle du studio Motorbass, avant de … faire tomber son prix !

Le prix Joséphine en profitait pour présenter son nouveau prix, remis par les jeunes de 18 à 20 ans sélectionnés par le pass culture. C’est ce jury à part qui récompensait sur scène Luidji pour sa musique à fleur de peau et sincère.

Retrouvez le palmarès du Prix Joséphine 2024

PRIX JOSEPHINE 2024 BONNIE BANANE
©Kevin Gombert

A noter que les 10 finalistes sont toutes et tous les gagnant.es du prix.

  • Bonnie Banane – Nini
  • Clara Ysé – OCEANO NOX
  • Crystal Murray – Sad Lovers And Giants
  • ELOIDernier Orage
  • Irène Drésel
  • Lala &ce – Solstice
  • LORD$ – Speed It Up
  • Lossapardo – If I Were To Paint It
  • Luidji – Saison 00 :
  • Sophye Soliveau – Initiation

La fille en rouge, Girl in Red donc, c’est comme ça que Marie Ulven s’était décrite par SMS à une connaissance pour être retrouvée au milieu d’une foule. C’est ce qui lui a valu son pseudo. Aujourd’hui, en ce 11 septembre 2024, c’est aussi ce qu’elle est. La fille en rouge, certes au milieu d’une foule toujours, mais une foule qui réagit comme un corps unique à chacun de ses mouvements et de ses mots. Rouge de plaisir, rouge de ne faire que danser, la foule du Zénith de Paris avait pris pour étendard les codes couleurs de la chanteuse pour les faire siens le temps d’une soirée ouverte par Nieve Ella. Retour sur un concert de rentrée où unicité et union faisaient bon ménage.

GIRL IN RED_ZENITH PARIS - 2024 _LOUIS-COMAR
Girl in Red au Zénith de Paris par Louis Comar

Ella, elle l’a….

Ce mois de septembre ressemble à nouveau au mois de novembre, deux petits mois seulement après avoir pu expérimenter une certaine dose de soleil. Le temps se décline comme une boucle sans fin. La grisaille continue ayant raison des humeurs et de l’élan certain qu’évoque le top départ de la rentrée. Si la chaleur et l’entrain refuse d’envahir nos extérieurs, ils pourront bien s’inviter en intérieur. C’est face à un Zénith qui affiche complet que démarre la soirée sur le set de Nieve Ella accompagnée de ses amis comme elle aime à les décrire. La musicienne britannique dévoilait en 2023 un EP qui lui valait de piquer la curiosité : Lifetime of Wanting. Et comme si le public avait passé une vie entière à attendre ce moment, le voilà qui dès les premiers instants, réagit avec puissance à chaque note de guitare posée. A tel point, que, fait rare pour une première partie, il ne faudra attendre que quelques titres pour que le Zénith se jonche de petites lucioles de lumières, constellant ses sièges d’étoiles importées par les téléphones. L’avantage certain d’avoir à faire à un public d’adeptes, jeune et prêt à tout pour rendre le moment magique. Toute la soirée durant, le concert se construira comme un miroir. L’artiste sur scène dévoilant de se personne face à un par-terre d’êtres tout aussi uniques. Elles et ils pourraient être la fille sur scène, désireuse de se raconter, de se dévoiler. Nieve Ella, a ce je ne sais quoi que d’autres n’ont pas. Cette façon de faire du pop rock avec modernité et une telle aisance que chaque titre est une évidence d’écoute. En juin, elle sortait le titre Sugarcoated qui parle du syndrome de l’imposteur. Et là encore, le miroir est là, présenté au public, qui de par son jeune âge a besoin d’icônes qui va toucher son coeur et ses angoisses, durant le long cheminement qu’est celui d’apprendre à se connaître. Nul doute que Nieve Ella sera de celles qui montrent la voie en utilisant sa voix. La chemin qui transforme les jeunes femmes en héroïnes, il se fait plus facilement en écoutant du pop rock.

NIEVE ELLA_ZENITH PARIS - 2024 _LOUIS-COMAR
Nieva Ella au Zénith de Paris par Louis Comar

Petite Marie

GIRL IN RED_ZENITH PARIS - 2024 _LOUIS-COMAR
Girl in Red au Zénith de Paris par Louis Comar

« Marie ! Marie ! » scande la foule durant le changement de plateau. Côté public, les looks sont travaillés. La mode est un vaisseau, elle reflète ce que l’on veut dire de soit. A l’âge charnière de l’adolescence, elle permet de parler fort quand les mots viennent à manquer.  C’est aussi vrai en grandissant. Et  elle va de paire avec le musique en ce mercredi, comme la preuve de l’appartenance à un clan dans lequel chacun.e a le droit à ses différences.

C’est l’album « If I could make it go quiet » (2021) qui a fait le succès de Girl in Red. Et ce soir pourtant, sera bien à l’opposé du silence, c’est une promesse. « Il faut rendre nos petits moments iconiques » expliquera la chanteuse en fin de set. Un mantra qui permettra sûrement de mieux appréhender la totalité d’un concert diablement travaillé et parfaitement écrit de bout en bout.  « DOING IT AGAIN BABY », qui est aussi le nom de son dernier jet, ouvre le bal. L’iconique Marie porte bien son nom tant il est évident qu’elle est une figure sanctifiée. Chacune de ses interventions permet à son audience de réagir immédiatement, chaque blague est accueillie par des rires fournis, chaque parole est chantée comme un acte de foi. Il n’existe pas un mot qui n’est ici pas connu de tous et de toutes. Face à un tel engouement, il lui est forcément plus facile de se confier. C’est ainsi qu’on apprendra qu’elle est à son premier jour de règles, sa red line. Les temps ont bien changés. S’il serait aisé de penser aux débuts de carrière d’une autre icône pop rock en découvrant l’univers scénique de Girl in Red :  Avril Lavigne. Pourtant un océan sépare les débuts des deux musiciennes.  Une telle annonce en 2002, aurait paru impossible. Et pourtant, le féminisme a fait de tels bons en avant qu’aujourd’hui, l’information se livre avec aisance, rendant obsolète les hontes qui n’auraient jamais dû exister. Tout comme la canadienne à ses débuts, la norvégienne Girl in Red porte ce soir une cravatte sertie d’un costume. Un accessoire que l’on retrouve aussi dans le public. Elle pouvait avant représenter une prise de liberté en empiétant sur des codes vestimentaires masculins. Aujourd’hui, les genres ont été questionnés, les frontières brouillées. Nous sommes loin du simple retour d’un élément détourné mais bien en en train de vivre une nouvelle ère. Et celle-ci est peuplée d’un public qui chante de tout son coeur ses maux d’amour, s’appropriant ceux de Marie pour mieux les crier. Des drapeaux LGBT peuplent le Zénith, Marie est aussi une icône queer comme aime à la décrire le magazine Paper. Elle fait donc partie de ses artistes essentiels, de ceux qui montrent l’exemple tout en utilisant sa sensibilité comme une force.

Elle jouait sur un piano rouge, c’est peut-être un détail pour vous …

GIRL IN RED_ZENITH PARIS - 2024 _LOUIS-COMAR
Girl in Red au Zénith de Paris par Louis Comar

Il ne faut pas attendre longtemps pour que le premier album de la chanteuse s’invite à la soirée. Il peuplera ainsi largement sa set list . Body and Mind ou encore Hornylovesickness sont vite interprétés alors que les morceaux défilent à toute allure. Sur les planches, dont la scénographie entre écran et bonnet rouge géant habillent parfaitement l’instant, un piano rouge a été installé. Il est, pour Girl in Red, un lieu pour tout dire et s’amuser. Elle y démarre des titres, cafouille en riant, parle beaucoup et se fait la bonne amie d’un soir. Bout-en-train et confidente à la fois. We fell in love in october est un temps fort de la soirée, chanté par toute l’audience. Il aura l’occasion d’être vécu une seconde fois, plus tard, alors que la chanteuse s’offre un medley de ses titres guitare en main et en changeant radicalement les rythmes de ses compositions. Tordant ses morceaux comme un jeu aux possibilités infinies pour mieux surprendre ses adeptes et ami.es d’un soir. Ou peut-être d’une vie si l’on compte les nombreux « Je t’aime » qu’elle lance dans la langue de Molière et qui s’inscrivent dans la continuité d’un court morceau également revisité en français en début de soirée.

 

Serotonin est une bonne occasion de comparer les versions lives et albums des titres de la chanteuse. La prod de l’album leur offrant une puissance pop plus directe, là où le live, accentue les guitares et tire plus vers le rock. Il est d’ailleurs interprété à la suite de You Stupid Bitch, hit qui frappe fort et à l’efficacité indiscutable. « The perfect one for you is me » disent les paroles. Ce soir Marie, est the perfect one de toute l’assemblée. Le besoin de perfection, on pourrait même le ranger, l’expédier au loin tant il peut être vecteur d’erreurs . La perfection est dans l’unicité. Son dernier né n’est pas non plus oublié, notamment grâce à A Night to Remember.  Un titre en bonne illustration de la soirée. Parce que ces nuits de concerts entre amis, ce sont elles qui vous forgent et vous créent. Et cette nuit, elle touche déjà, si vite, bientôt à sa fin. Une reprise de Seven Nation Army des White Stripes mais au paroles changées fait une brève apparition, certains morceaux n’existent que le temps de quelques secondes éphémères. Evidemment You Need Me Now ?  initialement en duo avec la super star Sabrina Carpenter arrive en bout de course. Et puis, pour finir sa folle soirée avec ses ami.es, Marie demande à l’audience de se diviser en deux et de lui laisser de la place pour traverser la foule. Un baiser à son guitariste et puis les premières notes d’ I Wanna be your girlfriend, le titre qui lui a valu le succès se font alors entendre. Et la voilà qui transporte sa bedroom pop au milieu du monde, loin de l’intimité et des mots chantés en secret. Ce soir l’intimité aura été collective et partagée. Les mots d’amour et les relations torturées auront été utilisés comme une arme qui rend plus fort. Tous les maux de toutes les filles et les garçons « en rouge » dans le public auront pris de l’importance. Uniques et puissants au milieu d’une foule et  pourtant visibles de tous.tes.

GIRL IN RED_ZENITH PARIS - 2024 _LOUIS-COMAR
Girl in Red au Zénith de Paris par Louis Comar

Jungle -@Pénélope Bonneau Rouis
Jungle -@Pénélope Bonneau Rouis

Cette année le festival Rock en Seine ne connaîtra pas de fin. Cinq jours durant le parc de Saint-Cloud promet d’entraîner les festivaliers dans une fièvre dansante plurielle. Une véritable épidémie de danse, poussant chacun.e à se déhancher jusqu’à en perdre la raison. En ce vendredi qui met Fred Again en tête d’affiche, il fallait couvrir un maximum de scènes. Un pas chassé par-ci, un moonwalk par là et c’est parti !

Ballet inclusif

En ce début de journée, les festivaliers arrivent au compte goutte. De quoi se ressourcer avant le bain de foule programmé de ce soir et enfin voir entièrement la Grande scène, sans faire des pointes des pieds de ballerine ! C’est fort appréciable pour pouvoir profiter pleinement du concert de Thomas de Pourquery, un poil en décalage du reste de la programmation. Avec sa voix puissante et son saxophone, le chanteur époustoufle comme toujours. C’est même un véritable ballet qui est offert à l’assemblée lorsque deux choeurs le rejoignent sur scène. L’un d’eux inclusif, est entièrement constitué de personnes handicapées, le second est le choeur de Radio France. Son free jazz en est évidemment sublimé tout comme les compositions de son dernier né « Let The Monster Fall » qui, lui, touche au rock.

Une petite pirouette et nous voilà propulsé.es sur la scène Cascade où Olivia Dean nous entraîne dans son univers soul. La chanteuse britannique cite volontiers Lauryn Hill et Amy Winehouse parmi ses idoles. Sublime et souriante, elle entraîne les festivaliers dans quelques déhanchés sensuels , toujours le sourire aux lèvres. D’entrée la musicienne conte son plaisir d’être ici à Paris et d’imposer sa seule règle : s’amuser. Pas besoin pour elle d’en faire des tonnes, l’élégance est de rigueur et parler avec son coeur suffit. En seulement un album studio, « Messy » publié  en 2023, la chanteuse a déjà prouvé qu’elle avait l’étoffe des plus grand.es.  Il faut dire que Rock en Seine avait déjà eu le nez creux en l’invitant il y a deux ans de ça. Olivia Dean n’hésite pas à l’évoquer, expliquant que beaucoup moins de monde était venu l’applaudir alors. Aujourd’hui, chaque cri de la foule, hyper réactive à chacun de ses gestes semble encore la troubler. Comme une découverte constante de sa notoriété. Pourtant, elle était l’un des noms les plus cités de la journée, plus qu’un bruit de couloir, il s’agissait surtout de la promesse d’un brillant avenir.

Not waving, but breakdancing

Nous voilà échauffé.es, il faut maintenant passer au breakdance. Quelques top rocks permettent de rejoindre la Grande Scène où l’un des meilleurs représentants du Hip hop actuel nous a donné rendez-vous. Entouré de ses musiciens, Loyle Carner débarque enfin sur scène. Il faut reconnaître au rappeur britannique qu’il est l’un des meilleurs de sa génération. Outre un flow bouleversant, il offre au mouvement une touche d’élégance et de raffinement qui renverse toute.s celleux qui l’écoutent. On n’aurait assez d’une vie pour conter l’excellence du titre « The Isle of Arran » qui ouvrait son album prouesse, mais aussi son premier « Yesterday’s Gone ». Puissance, noirceure, pouvoir venaient y hanter chaque note. Sur scène, plus classique que sur son album, le père du désormais culte « Hugo » joue la carte de la sobriété.  Un peu trop peut-être tant ses enregistrements studios ont habitué au grandiose. Son timbre lui suffit à conquérir les âmes et connaissant bien ses classiques il dédie même un titre à son idole Madlib. « Vous le connnaissez ? » interroge-t-il. Evidemment, et il y a fort à parier que Loyle Carner laissera une trace similaire dans le monde en pleine effervescence du hip hop.

Quelques pas de bourrée jusqu’à la jungle

Quelques pas de bourrée plus tard, sait-on jamais que notre parcours aie croisé malencontreusement et sur le hasard d’un (l)oui(s) dire quelques verres et voilà que Rock en Seine s’est transformé en dancefloor géant. Jungle a pris possession de la Grande Scène et l’a habillée de ses couleurs ocres. L’instant est si solaire qu’il fait aisément oublier les feuilles qui jonchent les sol de Saint-Cloud. Le public s’amasse en nombre, se faisant de plus en plus dense à chaque instant comme si les sonorités opéraient le charme du serpent. Sur scène, les voix se répondent à la perfection, tout comme les instruments diablement festifs. On y oscille hypnotisés au grès d’un périple à travers leurs très nombreux singles. « Happy Man », « Back on 74 », « I’ve been in love », « Busy Earnin' », le groupe de Lydia Kitto et Josh Lloyd-Watson n’ a-t-il à son actif que des tubes ? La machine peut-elles seulement s’arrêter ? Les hanches, elles, ne peuvent être stoppées. (saint) Clou du spectacle : le soleil se couche doucement sur le festival, permettant aux premières effluves de la nuit de se distiller et d’inviter au lâcher prise pour se fondre entièrement avec la musique.

Jungle -@Pénélope Bonneau Rouis
Jungle – @Pénélope Bonneau Rouis

De la danseuse banane au bugaku

Si Joséphine Baker est la danseuse Banane (en raison de la danse qu’elle faisait avec sa jupe faite de bananes artificielles), on ne peut que souhaiter à la tornade Bonnie Banane une carrière aussi époustouflante. La musicienne publiait en 2024 un tout nouvel album « Nini », qui comme ses prédécesseurs était un pure jus de modernité. Sur scène, la chanteuse appose un univers à part et jusqu’au boutiste. Ses mélodies hybrides y prennent une âme enivrante, entre chant, spoken word et véritable performance.

La découverte de la journée se fait sur la scène Firestone grâce à la prestation d’Aili. Duo d’électro nippo-belge qui mélange brillamment ses influences et fait cohabiter à la perfection deux cultures musicales. La véritable modernité en musique tient à casser les frontières et aller emprunter aux instruments du Monde entier, on se tue à le répéter. Electronica cosmique, pop et paroles en japonais s’y rencontrent en une langue pourtant parlée de tous.tes : la musique. Nous voilà donc bilingues à danser la danse traditionnelle japonaise : le bugaku. Ou pas, le moment happe toute l’assistance qui se laisse guider pas à pas sur des mouvements plus proches de l’aérobic que du mai et odori. On y fait son sport sans s’en rendre compte alors que le public s’y amasse laissant tous les tracas du quotidien, loin là-bas, quelque part au milieu de l’océan pacifique.

Un dernier tour de piste

Moment le plus attendu de la journée, et la quantité de tee-shirts à son effigie dans la foule en étaient l’avertissement, Fred Again prend possession de la Grande Scène. L’artiste sud-londonien offre à la journée du vendredi une toute dernière grande fête, transformant son environnement en dancefloor géant. Son public à n’en pas douter était ravi. Ici, on peine peut-être plus à comprendre l’engouement, sûrement parce que son registre s’inscrit dans un trait trop commun pour réellement piquer la curiosité.

Il fait nuit noire, la nuit tous les chats son gris et nous faisons des pas de chats jusqu’à la scène du Bosquet. Il aurait été dommage de rater le duo Charlotte Adigéry & Boris Pupul. C’est à eux que l’on doit l’incroyable morceau « HAHA ». A sa première écoute, le titre frappe, il appelle l’oreille et crée même une forme de malaise tant il prend aux tripes. Cette première surprise qui pourrait inviter à ne pas l’aimer appelle à une seconde immédiate. Pourquoi une réaction si puissante ? Et enfin la réponse : parce que c’est un morceau brillament écrit qui innove et se glisse sous la peau. Sur scène, sa précision fait mouche. Les pas de danse se font hystériques, alors que l’électro se voit porteur de messages féministes lorsqu’on l’on tend l’oreille. Un dernier pas brisé, à moins que ça ne soit la fatigue et il est temps de faire la révérence pour aujourd’hui. Rock en Seine nous attend pour nous entraîner encore deux jours durant dans une folle ronde !


Longlegs, sorti le 10 juillet sur les écrans français est de ses thrillers à avoir fait couler beaucoup d’encre. Très attendu, le nouveau film d’Oz Perkins promettait le retour des thrillers comme on en fait plus. Une ambiance maîtrisée était alors promise à renfort de promotion autour d’un Nicolas Cage au sommet de sa forme et d’un véritable moment de frissons. Pour une fois, le teasing était même en dessous de la grandeur de l’œuvre. Puisque, tout en connaissant ses classiques, Longlegs s’avère être le joyau attendu par les aficionados de genre, un grand moment de cinéma, que l’on espérait plus. On en parle.

Longlegs Oz PerkinsLonglegs, de quoi ça parle ?

L’agent du FBI Lee Harker, une nouvelle recrue talentueuse, est affectée sur le cas irrésolu d’un tueur en série insaisissable. L’enquête, aux frontières de l’occulte, se complexifie encore lorsqu’elle se découvre un lien personnel avec le tueur impitoyable qu’elle doit arrêter avant qu’il ne prenne les vies d’autres familles innocentes.

Longlegs, pourquoi c’est excellent ?

Et s’il était possible de faire mentir tous les adages ? Peut-être êtes-vous familier.es avec cette notion : plus Nicolas Cage a les cheveux longs dans un film, plus ce dernier sera mauvais. L’acteur star a, on le sait, à son actif nombre de navets assumés tout juste bons à payer ses factures. A tel point qu’on en oublierait ses capacités de grandeur et de choix d’excellence scénaristiques. Eh bien, il fallait patienter. Avec ses longs cheveux et ses longues jambes l’acteur se paye l’un des meilleurs films de ces dernières années et l’une de ses performances les plus marquantes, à vous obséder pour les années à venir.

longlegs afficheTout démarrait déjà fort bien. Il suffit de quelques plans à Longlegs pour se mettre dans le bain et s’émerveiller. Un décors glacial, une mise en scène oppressante et une enfant. L’image se fait carrée, vintage comme un vieux téléviseur pour se présenter. Là un intrus, le ton doux et pourtant si menaçant, l’ombre du mal, à peine dévoilée, vue des yeux d’une petite fille. Point de scène de slasher et de massacre. Non, Perkins choisit un dialogue simple dont seule la caméra, la musique et la noirceur du propos viennent nourrir une angoisse indicible. Cette mise en bouche, qui donnerait envie de prendre ses jambes à son cou, marque le coup d’envoi d’un film qui jamais ne commettra d’impairs et saura toujours tenir son spectateur en haleine. Son atout, un film taillé sur le fil du rasoir, une atmosphère obscure et pesante. On pourrait l’écrire en boucle comme une obsession digne du plus grand culte : quelle ambiance !

Gérer ses références sans se prendre les pieds dans le tapis

Libération avant nous parlait du très attendu Longlegs, comparant son succès à celui de Smile. Film d’horreur à l’immense succès qui redonnait aux films de démons une véritable aura. Le journaliste s’interrogeait alors sur ces succès, était-ce lié au simple fait qu’enfin en matière d’horreur le boulot soit fait et non aux immenses qualités des métrages ? La pauvreté du paysage horrifique n’était il pas ce qui embellissait le tableau ? Ce qui est vrai pour Smile est faux pour Longlegs, me permettrai-je de répondre. Le premier en effet avait le mérite de faire peur là où le genre s’embourbait ces dernières années dans une successions de clichés mal écrits et de coutumes usées en boucles. En sa faculté à bien faire le taff, oui Smile valait le détour. S’osant même à avoir enfin des idées et traitant du poids du traumatisme en l’associant à l’horreur. La finesse venait certes à lui manquer mais le propos et sa mise en scène offraient un très bon spectacle. Sans pour autant valoir qu’on lui accorde toutes les éloges qui lui furent faites (une suite en prévision laisse par ailleurs craindre le pire, même l’excellent Conjuring ayant sombré sur l’autel de vouloir y ajouter des suites à la médiocrité risible), le film fonctionnait parfaitement bien.  Longlegs n’est point du même sang. Il ne s’agit en rien d’une œuvre qui se contenterait d’écrire convenablement un thriller. Bien au delà, il se construit à la perfection de plan en plan. Et si son sujet semble en partie reprendre aux classiques du genre c’est parce qu’il leur fait référence avec amour. Les inspirations y sont digérées et fines sans pour autant être copiées.

Longlegs Nicolas CageD’Hopkins à Perkins en passant par Spacey

Oz Perkins est on le sait le fils d’Anthony Perkins, l’interprète de Norman Bates dans le culte Psychose d‘Hitchcock. Avec un tel bagage, difficile pour notre homme de pas connaître ses classiques en matière de thrillers. Sauf qu’à mesure du temps, exception faite de True Detective, le courant avait connu un long moment de disette. Il semblait alors impossible de rendre le tueur en série iconique. Esprit Criminel a peut-être fait du mal qui sait, à force de banaliser le propos au risque de lui faire perdre sa capacité à effrayer. C’est comme quand les mots je t’aime, trop répétés, perdent de leur intensité. Pourtant, notre réalisateur aime les thrillers. Et ça se voit. Cette lettre d’amour, joliment écrite, elle ne fait que prendre en intensité, voilà ce qu’offre une belle plume – ou un bon jeu de caméra.

Tout du long, l’âme d’Hannibal Lecter, du Silence des Agneaux plane sur le métrage. C’est sûrement en raison du classique duo tueur en série / agent des forces de l’ordre jeune et innocente. Maika Monroe (que vous avez vu dans It Follows – mais c’est quoi la métaphore de ce film bordel ?) joue parfaitement bien le rôle de la détective Lee Harker. Entièrement dans son personnage, aussi fragile que mystérieuse, elle a peu à envier à son inspiration évidente Clarice Starling. Et elle fait de plus mentir Stephen King, le maître, qui expliquait qu’il faut profondément aimer les personnages pour que l’horreur fonctionne. Ici l’attachement peut paraitre moins puissant et, pour autant, le fil scénaristique qui se déroule fonctionne entièrement. Tout comme les jump scares, judicieusement dosés. Le scénario est peut-être moins important que dans d’autres œuvre parce que sa mise en images, elle, tient de l’excellence. Et puis Longlegs emprunte aussi bien des traits à ceux de Buffalo Bill, tueur recherché du Silence des Agneaux, au moins dans une scène dans son antre qui n’est pas sans rappeler le thriller culte. Tout comme le fait de s’en prendre aux familles rappellera forcément Dragon Rouge.

LonglegsL’ombre du grand méchant plane à tout moment sur notre film. Perkins cite volontiers et à raison Seven de David Fincher.  Dans ce dernier on ne voit presque jamais le tueur, (Kevin Spacey donc) mais il est pourtant toujours là. Sa scène, à la fin du métrage reste le moment le plus fort du film et celui qui a à jamais marqué les esprits. C’est que le réalisateur souhaite faire de son Longlegs et de Nicolas Cage, une ombre menaçante, qui hantera vos nuits d’insomnies malgré un court passage à l’image. Et le propos fonctionne, tout le temps. Surtout que notre grand méchant s’offre des scènes bluffantes (celle de la voiture notamment), portées par un jeu d’acteur à l’efficacité redoutable.

Enfin et sans trop en dire, alors que le monde semble comme toujours tourner dans tous les sens, les réseaux sociaux s’osant à parler satanisme avec un sérieux moyenâgeux, le film revoit son mythe et le renvoie à sa juste place : sur une pellicule. ( Et donc pas dans les conversations sur X qui nourrissent une paranoïa elle profondément effrayante quant à la capacité de nos congénères à entretenir des légendes urbaines pour les ériger en faits. S’il vous plait, arrêtez de faire ça)

Au cinéma, l’idée du mal absolu qui s’en dégage fait toujours frissonner lorsqu’il est justement utilisé. En le détachant d’une certaine superstition religieuse mais en simple grand méchant, dont les actions ne seraient jamais de « détruire le Monde » mais bien de corrompre et de faire le mal. Longlegs, quant à lui restera un thriller diablement efficace, autant que ce que le cinéma d’Ari Aster a pu offrir, à courir voir sur grand écran, à très grandes enjambées s’il vous plait !