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Julia Escudero

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La mode est à la nostalgie. Celle d’une époque candide et joyeuse, où la musique prospérait et où il faisait bon vivre. Les années 80 et les années 90 n’ont jamais autant fait rêver et autant inspiré. Inspirer oui mais pas au point d’imiter, il faut savoir les renouveler pour se plonger dans un passé revisiter, dans une nouvelle lecture moderne du propos qui sache se re-créer dans une époque.

S’approprier un courant pour le recréer c’est une chose que Laura Lefebvre a bien compris. Preuve en est donnée avec ce « FLASHBACK » déjanté auquel la chanteuse nous convie. Si son clip complètement fou allie avec succès le kitch des séries old school de science-fiction à une douceur sucrée pop, son titre n’est pas en reste. La folle aventure prend ses racines lo-fi dans une introduction aux notes suaves. Vient la voix qui s’invite comme une comptine  sur quelques notes qui se répètent. Comme une Lolita moderne, la musicienne joue avec son timbre de femme-enfant. Jouer est d’ailleurs un mot qui convient bien à ce morceau qui se joue des codes pour mieux les tordre, faire du kitch un atout et monter en puissance sur un refrain aussi punchy que rafraîchissant. Le titre aurait pu être le thème principal d’une série qui aurait bercé notre enfance. Pourtant les sonorités urbaines qui touchent à un électro sensuel viennent vite changer la donne. Sans jamais se prendre au sérieux mais en étant sérieusement qualitative la canadienne Laura Lefebvre réussi un tour de force qui pourrait habiller aux couleurs lilas nos folles soirées d’été (on souhaite fort du moins qu’elles soient folles).

Celle qui officiait un temps dans le folk rock minimaliste ne connait plus aujourd’hui de frontières. Son nouvel EP « La Terre est plate » sortira le 23 avril 2021. Pas besoin d’un vaisseau spatial et de théories complotistes pour y adhérer.

Découvrez le clip de « FLASHBACK »


La duo Bandit Bandit c’est du rock mais pas que. C’est du rock dopé aux références 60’s, à ce que la variété française a eu de plus noble de Françoise Hardy à Serge Gainsbourg. Pas étonnant donc que le couple déjà mythique soit comparé aux Bonnie et Clyde de la chanson française. D’ailleurs le duo vient de sortir sa reprise du célèbre morceau. Ce tourbillon d’énergie a su rapidement se mettre le public dans la poche et fait partie cette année de la sélection du Chantier des Francos. C’est d’ailleurs à cette occasion que Maëva et Hugo ont accepté de se prêter au jeu du questions/ réponses pour Popnshot. On parle de Serge Gainsbourg, du prochain EP, d’engagement à la cause féministe, de variété, de concerts et de rock qui sent la bière et qui a besoin de live pour exister. Interview.

Découvre l’interview de Bandit Bandit

 


Découvrez la reprise de Bonnie and Clyde de Bandit Bandit


Cuarteto Tafi

Et puis il n’y eu plus de concerts.  Aucuns, zéro, nada. A la place, un vide terrifiant et cynique, une absence d’enthousiasme de son, de convivialité. Au début 2021, il n’y avait rien. Les jours passaient, ils n’apportaient qu’un quotidien privé d’une culture pourtant base de nos civilisations, de nos modes de vies. Ces mêmes modes de vies à la fois si proches et si variés dont le monde avaient le secret. Les mêmes donc qui trouvaient leurs reflets dans la musique, celle qu’on appelle musique du Monde ou World music. Celle-là même qui rassemblait le Monde en le réunissant le temps de quelques notes rappelant que nos différences pouvaient nous unir et de fait être la plus grande beauté de notre planète – humaine.

Cette diversité créatrice, le festival Au Fil des voix avait à coeur depuis des années de l’apporter à Paris et d’offrir tant aux novices qu’aux amateurs éclairés un coup d’oeil sur le Monde entier, ses instruments atypiques, ses notes, sa joie, sa convivialité, ses luttes communes et diverses. Cette énergie là, elle ne pouvait pas être stoppée ni par un virus ni par des décisions politiques. Cela reviendrait, en temps de crise, à réduire notre perception humaine en un vaisseau qui ne serait que notre salon. Alors, le festival a choisi de se battre avec cette arme que l’on connait malheureusement trop de nos jours : la diffusion de performances lives en streaming et sur écrans. Et puis le 4 février, comme une chance qui croiserait notre route, nous voilà invités à un concert au 360 dans la Goutte d’Or de Paris, là où la diversité vit tout en adoptant les codes de la vie parisienne. Impossible de refuser. L’Argentine sera donc au programme avec le groupe Cuerteto Tafi.

Il serait en un sens bon, avant d’entrer dans le détail de cette performance haute  couleurs où énergie et passion se mélangent, de rappeler qu’un concert et une performance scéniques sont néanmoins deux choses distinctes. Un concert est une grande communion. Un partage entre les différents membres d’un public d’un moment transcendé par la musique. Une performance se passe de public. Bien que peut-on réellement se passer pleinement d’un public pour pratiquer un art vivant ? C’est ce qu’a essayé de faire Cuarteto Tafi, il faut le reconnaître avec succès, en ce jour et sur cette scène face à un public restreint pour mieux le faire vivre dans des salons face à un public semi-confiné.

Une performance transcendante

Voilà donc notre quatuor qui s’élance mené par la jolie et hypnotisante Leonor Harispe  pieds nus et en robe de soirée noire. D’entrée, l’humeur est à la fête. Retrouver une salle de concert est un plaisir qu’on ne boude pas qu’on soit artiste ou public professionnel. Ou même un jeune bébé au deuxième balcon, peut-être lui peu conscient de sa chance. « Est-ce que vous êtes chauds ? » lance la chanteuse devant ses trois musiciens entre guitares, percussions, oud et bezouki. C’est une histoire d’amour entre la France et l’Argentine qu’est venu nous raconter le groupe. Dans cette histoire, la musique se vit avec le corps et le coeur. La danse est un atout, une importance capitale que des chaussures ne sauraient arrêter. Les morceaux s’enchaînent à toute allure alors que les mélodies solaires viennent remplacer les froideurs extérieur. L’opération marche tant que dehors, la froid de février renonce à la journée s’abandonnant à une chaleur printanière, laissant apparaître quelques jolis rayons de soleil. Dedans, les luttes convergent. Les problématiques du Monde se rejoignent nous disions vous en début de papier. Celle des femmes cherchant à s’émanciper par exemple. En Europe elle a pris le nom d’un hashtag, en Argentine d’un regroupement de femmes et d’artistes qui ont réussi à gagner en indépendance, en droit à l’IVG. Cette histoire là nous est aussi contée à corps et à instruments, en argentin dans le texte. Et finalement, il est bon de se rappeler que face à la musique, la barrière de la langue n’existe pas.

Les notes, l’énergie se suffisent à faire passer un message collectif, audible par tous. Comme lors d’un concert et non d’une performance, l’équipe invite un public réel et virtuel à se joindre au mouvement, en se levant, en partageant un temps donné. La chaleur de l’Amérique du sud, ici dans nos beaux bâtiments loin de ces vertes contrées, nous la connaissons, nous l’identifions. Elle se retrouve dans cette performance aux chants traditionnels et vivants. Les douleurs de l’amour nous sont contés et introduits en français pour mieux que les comprendre. Tout comme les failles et les douleurs. Les souffrance, le groupe les transforment en énergie positives qui donnent l’envie d’oublier les masques et les chaussures, de se laisser transcender et de s’oublier au grès de mouvements de danse en espérant avoir la grâce de ceux proposés sur scène. La reprise n’a toujours pas de date, le vide semble vouloir s’éterniser. Il est pourtant bon de se souvenir que le bruit de la musique couvrira toujours tous les maux, et que nous serons là, le Monde entier, au rendez-vous pour vivre à nouveau notre langue commune ensemble. En attendant, nous soutiendrons ses meilleurs interprètes, nos artistes.

Le festival au Fil des Voix se vit en streaming juste ici du 15 au 28 février.

Brisa roché et fred fortuny
Photographie © Christophe Crenel

Si 2021 part avec les mêmes difficultés que 2020, la lassitude en plus, le Monde de la musique continue lui de tourner. Au ralentis en ce qui concerne le live, mais à toute allure, en ce qui concerne les compositions. En ce début d’année, trois sorties musicales sortent du lot et promettent leurs doses d’émotions fortes. On vous raconte.

Whico Skyla : tourbillon rock

Groupe parisien formé en 2016, Whico Skyla revenait planter sa graine rock en décembre 2020. Au programme un second EP « Seeds are back » à l’énergie communicative et aux guitares endiablées entre maîtrise de ses références et laissé aller survolté. Impossible de ne pas le répéter : les temps sont dures pour les artistes indépendants. Crise du Covid vous dites ? Aussi mais pas seulement, puisqu’il leur est aujourd’hui extrêmement difficile de se rémunérer convenablement grâce à leurs créations. En cause, les plateformes de streaming et les tous petits revenus proposés aux jeunes artistes (pourtant talentueux) qui y sont présents. Par conviction, pour prouver que c’est possible, pour récolter les premiers fruits de leur travail, les musicien de Whico Skyla ont donc choisi de proposer dans un premier temps leur nouvelle galette uniquement sur leur site et ce bien avant de l’ouvrir aux géants du streaming, aujourd’hui figures inéluctables  pour (sur)vivre dans le milieu. L’EP devrait pourtant pouvoir se passer de ces énormes compagnies tant la qualité est au rendez-vous et l’âme folle du rock underground qui n’a besoin que d’un grain de folie et de bouche à oreille pour devenir culte. La formation menée par Alex Dusii (guitare chant), Florian Mensah (batterie) et Nicolas Moge (basse) s’offre une belle promenade dans les contrées lointaines du rock en 5 titres, n’hésitant pas à explorer sur chaque piste une nouvelle approche de ses classiques. Une intro sombre au jeu de basse profond laisse pressentir un univers technique, le premier titre « Fast Club » change pourtant de donne avec une introduction à 100 à l’heure, un chant  punk 80’s et un refrain accrocheur, passionnel et énergique. La maîtrise des instruments est là, évidente et pourtant c’est le grain de folie, l’ascension des notes qui gagne l’oreille et occupe le terrain. « Fearless » fait la part belle à la batterie, gardant l’énergie du précédent morceau, touchant au rock alternatif, s’appuyant sur un gimmick  à la guitare pour mieux entraîner son auditeur dans un tourbillon où la décontraction devient géométrique. L’âme d’Arctic Monkeys plane clairement sur ce titre. Cour de punk 101, permettant de rassembler passionnés et débutants, cette entrée en matière sent bon les pogos et la bière qui nous manquent aujourd’hui tant. « Twisting Road » permet de faire une pause sur fond de ballade rock et de voyager à travers les époques. C’est « Reaching for the stars (my face on the ground) » qui conclut la galette en un tourbillon lumineux et dansant où le rock se déguste avec une Pina Colada. L’âge d’or du rock revient, la France fera partie de ses précurseurs.

ODGE : mélancolie galvanisante

Difficile de ne pas immédiatement s’éprendre de l’univers d’ODGE.  Avec une voix passant avec aisance du grave à l’aigu flirtant parfois avec l’androgynie, la musicienne n’est pas sans rappeler le talent d’Imogen Heap.  Il faut dire qu’Eléonore Du Bois de son vrai nom a appris le chant à la maîtrise de Radio France dès ses 11 ans. Depuis elle a acquis un CV des plus impressionnants : composition de musiques de films (Nos enfants Chéris, Les Acteurs Anonymes) et tournées en tant que claviériste et choriste (Gaël Faure, Jo Dahan), elle assoie sa réputation. L’envie de se lancer en solo lui permet de créer ODGE. Diminutif du nom du chien de la famille : Roger. Seule, elle sort un titre magistral « Sad Love Song » une pop sombre et mélancolique teintée d’électro et surtout d’émotions vibrantes. Il y a là la grâce de composition toute en retenue qui était propre à la l’excellente de Fiona Walden dans ce premier titre. La musicienne excelle à appeler l’oreille sans jamais choisir la facilité, ritournelle bien construite s’ajoute à une puissance vocale et une faculté à construire un récit en musique. Celui de la fin d’une histoire d’amour vécue comme un deuil. Celui-là même raconté en image par une série de souvenir qui défilent comme dans les tous derniers instants d’une vie. Certains morceaux peuvent briser des coeurs pour notre plus grand plaisir. « Sad Song Love » fait définitivement partie de ceux-là.

Brisa Roché et Fred Fortuny : madeleine de l’oncle sam

Brisa Roché c’est LA voix de la musique américaine en France. Multi-casquettes elle chante, compose, écrit et peint. Découverte dans le jazz mais ayant depuis brillé dans la folk, la pop ou encore l’électro pop arty, la voilà de retour aux côtés de Fred Fortuny. Ce dernier rêvait de longue date de faire un album « américain » où mélodies et naturel se convoitaient. Voilà chose faite avec une pépite solaire écrite en duo : « Freeze where you U R ». C’est bien un road trip musical que propose la galette à travers des compositions lumineuses aux mélodies candides où la naïveté semble donner des ailes. Pour autant voix angélique et instruments travaillés rappellent avec beauté la précisions des grands musiciens qui l’ont composés. De la comptine rétro 50’s (« Tempted Tune ») à l’hymne galvanisant (« I Don’t want a man ») en passant par l’essaie artistique (« I Love You ») ou encore la ballade easy listening à la sauce 50’s, le duo ne se refuse rien en terme de créativité. L’âge d’or de l’Amérique illumine ses titres hors du temps qui conjuguent au passé et au présent dans la même phrase. Point de nostalgie piquante pour autant. Non ici tout n’est que calme et volupté. L’échos des voix appelle au calme et au bien-être (« The Pattern ») jusqu’à l’euphorie de la profusion pop des années 70’s Outre-Atlantique (« Window gun »). C’est d’ailleurs sur un touche de douceur portée presque uniquement par une voix candide (« Quite Clean ») que se conclut cette parenthèse onirique. Une bouffée d’oxygène dont nous aurions tord de nous priver.