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Julia Escudero

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The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Voir un concert des groupes de Julian Casablancas c’est toujours prendre un risque. L’excellence studio de The Voidz et The Strokes la disputant  à un rendu scénique en demie-teinte qui ira conquérir les plus grands fans pour mieux laisser de côté un public moins adepte et mois indulgent. C’est pourtant un pari qu’a choisi de relever le festival des Inrocks le temps de deux dates parisiennes les 4 et 5 mars au 104.  Nous étions au premier des deux shows. Un moment acclamé par les fans et avouons le, une franche réussite. On vous raconte.

The Voidz & l’ivresse humaine

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Voilà un moment que nous n’avions pas vu les Voidz dans la capitale française. Le très novateur groupe du génie Julian Casablancas s’était offert un Pitchfork en 2018. Un moment inoubliable par ses prouesses musicales, son univers hors case du hard rock au post punk en s’offrant des envolées électros. Mais rien n’est jamais trop beau pour le new-yorkais, compositeur émérite, adulé, adoré par un public en soif de réelles propositions musicales. Un moment aussi gravé dans les mémoires parce que Casablancas est de ces génies capricieux, qui ose tout, prend le live sans se prendre la tête. Il est ce premier de classe qui ne fait pas d’effort au contrôle et rate la moyenne, faute d’implication. Peu loquace le bonhomme s’était pourtant permis la dernière fois d’insulter le Pitchfork qui l’invitait, hop on ne se prive de rien ! Et, puis plus récemment il se faisait un passage à Paris à Rock en Seine avec les Strokes cette fois, face à un public majoritairement déçu. Le son qui ne fonctionnait pas, dirons-nous. Une gestion de scène qui en rebutait certain.es. Le rock n’est pas mort, mais son attitude désinvolte l’est certainement. Alors ce soir, en ce 4 mars, les attentes et craintes sont là. Le public est pourtant venu en masse au 104. Salle magnifique qui accueille finalement bien trop peu de concerts. Son immense hall permet à chacun.e de voir la scène où qu’il se place. Des transats sont installés en arrière salle et lorsque le concert débute sur « Blue Demon » qui fait également ses débuts en format live, certain.es choisissent d’y rester. Le reste de la foule se compacte, s’approchant au maximum.

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Il faut plisser les yeux. Les jeux de lumières plongent les musiciens dans la pénombre. Ressortent des éclairs roses et bleus qui semblent dessiner le logo des Voidz. L’aspect rétro 80’s de la formation se dessine d’entrée, des choix de couleurs aux tenues, sans oublier le son. « QYURRYUS » succède rapidement. L’auto-tune prend le pas sur le voix du chanteur, métallique, franchement électro. Il dévore le rock pour mieux le faire ressortir. Les guitares résonnent follement.  Casablancas est de bonne humeur. Ca se voit, mais ça s’entend aussi côté public. L’humeur est partagée, rendue au centuple. L’euphorie est telle qu’elle semble se faire ivresse, les têtes tournent, les corps s’activent, les yeux sont hypnotisés. Le meneur, lui, est particulièrement sobre ce soir. Rock’n’roll mais avec l’envie de bien faire. Au premier rang, quelques guerres de fans font rage pour conserver sa meilleure place au plus près du chanteur et de ses acolytes. Les fameux Voidz, réduction de Julian Casablancas & the Voidz, le nom d’origine de la formation. Le 104 donne un sacré écho à la performance, le son résonne contre ses murs et habille avec élégance l’échange musical de la soirée. L’allégresse humaine est à son sommet, et toutes les oreilles espèrent écouter « Human Sadness » tôt ou tard.

The Voidz, ces altesses humaines

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

La déception pourrait être au programme puisque d' »Human Sadness », titre phare d’une belle dizaine de minutes, il n’y aura point en live. La faute à un format long surement difficile à aborder. D’ailleurs ce sont ceux qui se prêtent le plus à l’exercice du concert qui sont interprétées. On découvre alors une légère dominante du dernier opus « Like all before you », prouesse sorti l’an dernier. « 7 Horses », « Overture », « Prophecy of the Dragon » pour n’en citer que quelques uns figurant parmi eux. « Tyranny », premier bébé fou du gang n’est pas en reste pour autant et vient défendre 4 de ses morceaux électro post punk, futuristes. Plus que moderne d’ailleurs, Casablancas et son équipe ont toujours eu un temps d’avance. Définissant le post punk avant qu’Idle et Fontaines D.C ne viennent lui ajouter ses couleurs. Le set est si plaisant qu’on se sent presque dans l’appartement des musiciens, confortablement installé.es dans leurs salons, qu’on imagine bordé de belles moulures au plafond et d’une décoration industrielle sortie de 2050. L’alliance monstrueuse de références passées à la classe assumée et d’une capacité à recréer tout, à tout repenser. Le public se délecte de « Johan Von Bronx » et du monstrueusement efficace « M.uatually A.ssured D.estruction ».  Et quitte à vivre quelques instants dans le salon des Voidz on en profite pour faire la discussion. Voilà qui est assez rare avec le musicien ! Il lâche alors qu’Emmanuel Macron est fan de leur musique.  Le nom est immédiatement hué. Si fort que le tacle envoyé à Donald Trump par la suite en devient à peine audible. Il faut dire qu’on en attendait pas moins d’un chanteur adepte de Bernie Sanders. Il avait même, pour l’anecdote, joué avec les Strokes pour le dernier meeting du politicien en 2020. Il doit être bien difficile être new-yorkais, démocrate et musicien par les temps qui courent aux USA. Non pas que cette présidence ne soit facile à vivre pour le reste du Monde. Ce soir au 104, où on essaie d’oublier un peu le monde pour mieux pogoter, notre meneur en profite pour remercier le public en français dans le texte. Si d’habitude la chose est commune elle l’est bien moins quand on parle des Voidz. Le public y réagit en masse tout comme il profite des moments les plus rock du set issus du très hard rock second album « Virtue ». « Permanent High School » ayant rejoint son comparse en début de set.

The Voidz - Les Inrocks Festival Paris 2025 - Crédit photos : Louis Comar
The Voidz – Les Inrocks Festival Paris 2025 – Crédit photos : Louis Comar

Dans les yeux des fans de la première heure de notre iconoclaste musicien, sa pâte sublime chaque titre et se vit comme une nouvelle découverte de son répertoire. A défaut du morceau le plus attendu de notre setlist le public pourra se délecter d’un rappel avec « Flexorcist » ( issu du dernier album) et d’un joli cadeau qu’est la possibilité de se procurer en vinyle l’introuvable premier album du groupe. En sortie de salle, le public euphorique s’interroge toujours « Mais en fait, c’était un bon concert ? ». Impossible d’en tirer une réponse exacte mais les coeurs qui battent forts, les sourires immenses, les fronts en sueur feront toujours répondre oui à l’unisson aux humais plein de tendresse pour le groupe que nous sommes. En tout cas, la « sadness », elle, est  exclue !


Circuit des Yeux, le projet musicale d’Haley Fohr sera de retour le 14 mars avec un album envoûtant et hors cases « Halo on the Inside ». Originaire de Chicago, la multi-intrusmentiste brillante y livre des mélodies synth-waves, un vent de nouveauté qui souffle sur l’indie folk hantée à laquelle elle nous avait habitués. Sa précédente galette « -io », était portée, il faut le dire par les douleurs et le deuil. Celle-ci malgré son apparente noirceur raconte une toute autre histoire. Celle du retour à la vie, de la découverte de soi et d’une nouvelle forme d’amour propre, celle surtout de toutes les formes d’amour. 

Nous avons rencontré Haley Fohr dans les locaux de son label, Beggars à Paris. Avec elle nous parlons de musique, de boucles, de mythologie grecque, de cinéma, de science-fiction, de quête philosophique de la vérité et d’enfant intérieur. Interview.

Circuit des Yeux credit Dana Trippe
Circuit des Yeux credit Dana Trippe

Interview Circuit des Yeux

Pop&Shot : Bonjour, comment vas tu ? Tu enchaînes les concerts et la promo, tu reviens d’ailleurs tout juste d’Australie. Cette vie , elle n’est pas trop fatigante ?

Circuit des Yeux : Tu vas aussi loin que tu peux et quand tu rentres, tu ne fais que dormir. Ca fait partie du travail.

P&S: Parlons de ton nouvel album. Il sort le 14 mars. Commençons simplement. Comment le décrirais-tu à quelqu’un qui ne l’a jamais écouté ?

Circuit des yeux : C’est un album de danse façon opéra. C’est très actuel et dramatique.

P&S : Son titre « Halo on the Inside » est très lumineux, il semble annoncer que quelque chose de beau est en train d’arriver.

Circuit des Yeux : Ca vient d’une session d’écriture que j’ai fait au tout début. Les paroles semblaient couler de moi et j’ai pensé que c’était une bonne réplique. Et après y avoir réfléchi en profondeur, j’ai réalisé que je m’étais embarquée dans un voyage d’amour propre et d’auto acceptation. Je pense que tout le monde passe par là. Mais ce voyage je l’ai entamé depuis un bon moment. Je vis une dichotomie et je pense que ça arrive aussi à d’autres personnes. La société et la vie paraissent lourdes et sombres. Et je voulais donner corps à  tout ça que ce soit comment c’est perçu de l’intérieur comme de l’extérieur. Je voulais donner à ce sentiment les traits de l’enfant intérieur doux et espiègle qu’on a tous en nous. C’est de là d’où vient ce titre. Parce que je pense qu’on a tous ça. Le plus on passe de temps sur Terre, le plus on l’éveille.

En tant qu’Américaine, j’ai honte actuellement.En tant qu’Américaine, j’ai honte actuellement.

P&S :  la société actuelle comme les informations qu’on peut suivre sont très sombres en ce moment. Est-ce quelque chose dont tu avais besoin de parler avec ta musique ?

Circuit des Yeux : En tant qu’Américaine, j’ai honte actuellement. La manière dont la réthorique politique existe ne colle pas avec mes valeurs morales. Il y a aussi un nouveau gap de passé avec la technologie. Je me sens empoisonnée et je ne peux pas mettre le doigt sur ce qu’est ce poison. Je me sens hors de contrôle et je voulais personnifier cette confusion. Mettre des notes sur ce que je ressens. C’est ce que je traduis avec les instruments. Alors que la voix est pure. Je chante des idées simples et douces. C’est mon combat actuel : lutter contre le chaos et rester pure.

P&S : La bio de l’album parle beaucoup de métamorphose, d’un nouveau départ. Pourquoi as-tu ce besoin de nouveau départ ?

Circuit des Yeux : En toute honnêteté, je n’ai pas choisi ce nouveau départ. La vie a changé, beaucoup de choses ont changé ces deux dernières années pour moi et j’ai du faire corps avec ce changement. il arrive un moment dans la vie où quelque chose d’énorme t’arrive et tu dois y faire face et avancer. La musique m’a aidée à le faire d’une certaine manière. Elle m’a permis de me connecter au monde et pas de seulement rester chez moi à regarder la télé.

Quand je chante ma musique, je me sens soulagée, calme et en contrôle.

P&S : La musique, tu le dis souvent, t’aide à tout affronter dans la vie. Est-ce que l’écriture de cet album à eu ce même effet pour toi ?

Circuit des Yeux : Oui, toujours. Plus je fais ce travail, plus je n’aime pas l’écriture des albums. Je n’aime pas m’asseoir et faire face aux ténèbres parce que c’est ce que je fais. Mais d’un autre côté, j’aime chanter. C’est physique, comme un athlète et il y a de l’endorphine qui se libère. Quand je chante ma musique, je me sens soulagée, calme et en contrôle. Ca me fait le plus grand bien physique et psychologique.

P&S : J’ai lu que tu parlais de trouver ton son intérieur. J’avais eu une discussion similaire avec Julia Holter quand elle sortait son dernier album. Elle parlait de sa grossesse et donc son « son intérieur » était très aquatique, puisque très proche du son du corps. Et pour toi, ça sonne comment ?

Circuit des Yeux : Le mien est composé de deux choses : la sexualité et c’est une chose à laquelle je n’ai jamais vraiment fait face de façon à me donner du pouvoir. Et le second sonnerait comme une comédie. Comme une enfant. Quand j’écrivais ça, je m’autorisais à simplement réagir et ce qui sortait de moi était si surprenant. C’était mon humeur d’enfant. Et c’est ce son intérieur qui caractérise mon travail.

Circuit des yeux- credit Dana Trippe
Circuit des yeux- credit Dana Trippe

P&S : La pochette de l’album fait aussi penser à l’enfance. Ta coiffe dessus n’est pas sans rappeler celle de Maléfique de « La belle aux bois dormants ». C’est une idée à laquelle tu as pensé ?

Circuit des Yeux : L’imagerie est très important à mes yeux. Ca représente le diable et l’histoire de Pan dans la mythologie grecque.  Il est mi chèvre / mi humain. Il y a une sorte de retour karmique. Je suis un peu obsédée par les figures animales, ils n’ont pas de pouces ! C’est fou tu ne peux t’accrocher à rien. Tu ne peux pas t’exprimer. Je voulais donc représenter l’anti-héros et j’aime aussi à quel point j’ai l’air relaxé dessus. Je ne veux pas avoir l’air parfaite, être humaine suffit amplement. Le fait de faire la fête est associé avec cette image d’anti-héros et ça fait partie de la vie.

Malgré la musique, la fête, le sexe, c’est l’humanité qui finit par gagner.

P&S : Tu es devenu obsédée par l’histoire de Pan suite à un voyage en Grèce. Pourquoi cette histoire au milieu de toutes les histoires qui peuplent leur mythologie ?

Circuit des Yeux : J’aime le fait que Pan meurt dans cette histoire. Ils sont à demi Dieu, à demi humains. Et souvent ils libèrent leur moitié  Dieu. Ils veulent atteindre quelque chose de plus grand qu’eux même. Et j’aime le fait que Pan termine son histoire sur la mortalité. Malgré la musique, la fête, le sexe, c’est l’humanité qui finit par gagner.

P&S : Le fait que les choses finiront quoi qu’on fasse ?

Circuit des Yeux : Tout finira et il y a une forme d’acceptation à tout ça. Tout ce qui se passe maintenant est assez bien, suffit. L’acceptation de soi, aussi naïf que ça puisse sonner, c’est très important.

P&S : L’album est aussi cinématographique. Dans les inspirations, tu parles de John Carpenter et de Donnie Darko. Tu avais ces films en tête en créant l’album ?

Circuit des Yeux : J’aime l’approche cinématographique. Ma musique a toujours été plus épisodique que celle des pop stars classiques. Et dans les films noirs, ou ceux de SF on découvre toujours une vérité psychologique. Une vérité émotionnelle que les mots ne peuvent décrire. Et ma musique parle de ça.

P&S : Donnie Darko, c’est une référence importante pour toi ?

Circuit des Yeux : Ce n’est pas mon film culte mais je l’ai vu adolescente. Il était étrange et sombre et marquant. Je me souviens y avoir découvert une forme de fatalité que je ne connaissais pas.

La fatalité m’effraie, ce serait une perte de contrôle.

P&S : C’est quelque chose que tu as expérimenté par la suite, la fatalité ?

Circuit des Yeux : J’étais trop naïve. La fatalité m’effraie, ce serait une perte de contrôle. Quand tu es jeune, tout semble être possible. Donc je pense que cette partie de l’histoire m’a frappée plus tard.

La musique ce n’est pas si sérieux. Ce qui compte c’est que tout le monde soit en bonne santé et en vie.

P&S : J’ai remarqué que quand on regarde la couverture de ton précédent album -io, sa couverture est lumineuse, les couleurs sont solaires. Pourtant le thème y est bien plus sombre et grave. Alors que le nouveau a cette pochette sombre mais des thématiques plus lumineuses. C’est aussi vrai pour les compositions. C’est quelque chose que tu avais en tête ?

Circuit des Yeux : C’est vrai mais je n’y avais jamais pensé ! C’est très cool ! Je suis dans un moment plus lumineux de ma vie clairement. Je ne sais pas si on peut voir l’arc narratif des différents albums. Visuellement sur le dernier j’étais en chute libre. Je devais faire face à beaucoup de chagrin et de deuil. J’ai l’impression d’être tombée. Spirituellement d’être tombée à un niveau plus bas. J’ai le sentiment depuis, d’avoir transcendé quelque chose. Quand quelque chose de très difficile t’arrive ça t’apporte de l’élévation plus tard dans la vie. Et c’est encore plus vrai avec la musique. La musique ce n’est pas si sérieux. Ce qui compte c’est que tout le monde soit en bonne santé et en vie. Et finalement avec tout ça j’ai pu plus librement utiliser la comédie et d’autres parties de ma personnalité. J’étais peut-être trop sérieuse avant.

P&S : Sur cet album, comme sur le précédent tu as dû composer en solo. Tu as même composé celui-ci de nuit. Comment s’est passé ce processus ?

Circuit des Yeux : J’ai toujours été plus ou moins entourée. Mais pour l’écriture, j’aime faire ça de façon isolée. Sur ce nouvel album en revanche j’ai eu un producteur pour la premier fois. C’était très collaboratif. Et puis il a aussi transcendé des idées que j’avais qui pouvaient ne pas être si bonnes ou pas entièrement terminées.  Tout ça m’a rendue très vulnérable. Mais pour l’écriture j’étais seule et je travaillais tard dans la nuit. C’était moins stressant. J’avais l’impression que je pouvais me laisser aller et travailler sans arrière-pensées parce que tous ceux que j’aime étaient en train de dormir et relaxés. Je pouvais mieux m’entendre que durant la journée. Et puis quand les choses étaient plus compliquées, que je n’aimais ce que j’écrivais, avant j’aurai forcé et continué et là je laissais tomber mes propre règles et habitudes. Je prenais un snack, j’allais danser, j’appelais un ami… Et je pense que la musique a été améliorée par ça.

Circuit des Yeux - Canopy of Eden - credit Dana Trippe
Circuit des Yeux – Canopy of Eden – credit Dana Trippe

P&S : Tu es toujours très honnête sur tes sentiments et ta santé mentale. Que se soit sur scène, sur les réseaux sociaux ou en interview. Est-ce que ça fait partie du travail d’artiste de se livrer comme ça ?

Circuit des Yeux : Je ne dis pas forcément tout. J’ai des secrets que personne ne saura jamais. Mais quand il s’agit de santé mentale c’est autre chose. Ca a été un gros travail sur moi, j’avais l’impression de ne pas entrer dans les cases et c’est important de faire savoir à des gens qu’ils ne sont pas seuls sur ce sujet. Etre neuro-divergeant, déprimé, c’est quelque chose qui existe, qui est naturel et il y a des gens que tu peux trouver pour te comprendre. C’est spécifiquement vrai dans l’art. Je veux être un exemple sur ce sujet.

On pense, et c’est encore plus vrai en tant que femme, que si on ne fait pas telle ou telle chose les choses ne se passeront pas comme on le souhaite.

P&S : La santé mentale dans l’industrie de la musique est devenue un gros sujet de nos jours. On en parlait également avec Bill Ryder Jones, qui se disait très concerné. Est-ce aussi un sujet sur lequel tu souhaites t’exprimer ? Notamment sur les besoins des musicien.nes ?

Circuit des Yeux : Je veux dire que c’est vraiment difficile. Si vous vous sentez mal vous avez une réaction normale à quelque chose qui n’est pas  naturel. Je pense qu’il est important d’avoir des limites et de les respecter. Je l’ai appris plus tard dans ma vie. Suis ton intuition, si tu ne veux pas être photographié par exemple, n’hésite pas à le dire. On pense, et c’est encore plus vrai en tant que femme, que si on ne fait pas telle ou telle chose les choses ne se passeront pas comme on le souhaite. Il faut rester soi-même pour que les choses se passent comme elle doivent se passer.

P&S : Je voulais aussi te parler de tes paroles. Il y en a peu par morceau mais chaque mot semble être pesé comme pour lui donner encore plus de sens …

Circuit des Yeux : La plupart des paroles sur cet album me sont venues d’elles-même sur le moment. Et je les ai laissé couler. C’est comme le morceau qui donne son titre à l’album « Halo on the Inside ». Il y a cette coquille et ce son très lourd mais le message et la voix sont doux et pures. Ces concepts d’amour et vulnérabilité j’essaie de les garder au plus simple.

Parfois on a besoin d’entre quelque chose encore et encore pour y croire…

P&S : Et côté mélodies tu utilises beaucoup de boucles et de répétitions. C’est quelque chose que je trouve toujours très intéressant dans la musique, pourquoi utilises-tu ce procédé ?

Circuit des Yeux : Les mantras m’aident beaucoup. J’en ai toujours utilisé dans ma musique. Les répétitions fonctionnent. C’est comme dans le yoga et la méditation, il y a beaucoup de répétitions.  Dans la religion, la prière est un mantra, pleine de répétition. Parfois on a besoin d’entre quelque chose encore et encore pour y croire…

P&S : Sur le titre Truth, tu répètes « Truth is just imagination of the mind ». Tu crois que la vérité n’existe pas ?

Circuit des Yeux : C’est un genre d’énigme avec des mots que j’adore. Parce qu’il n’y pas de réponse. Je pense que les histoires qu’on se raconte sur nous même et ce que le monde extérieur dit de nous peut être très loin de la réalité. Ca dépend comment on voit ça, de façon positive ou négative.

P&S : C’est un débat philosophique. La vérité est-elle unique ou est-elle celle dite par le plus grand nombre ?

Circuit des Yeux : C’est une question qui concerne aussi les journalistes. C’est aussi ton travail de savoir ce qu’est la vérité. Ca dépend aussi de si on parle d’une chose subjective. Pour moi, même si c’est naïf, la seule chose véritable est l’amour. Je ne veux pas dire forcément l’amour romantique. Ca peut simplement être le fait d’aider quelqu’un à traverser la rue. La gentillesse est l’antidote à tout.

Circuit des Yeux sera en concert à Paris le 12 mai 2025, au Point Ephémère. 


Gus Englehorn, ce nom ne vous dit peut-être rien pour l’instant. Et pourtant, voilà qui va changer dès l’écoute de son excellent « The Hornbook » paru le 31 janvier 2025. Chaque année, les promesses sont nombreuses, de nouveaux talents, de pépites à suivre, d’album à écouter…  Les promesses ne sont pas toujours tenues. Pourtant, certains sortent pourtant du lot tant leur première écoute vient à faire monter une soif insatiable de la découverte de leur royaume entier. C’est le cas de l’époustouflant « The Hornbook ».  L’écoute de son premier titre  donne le La d’un album psyché-pop qui pousse ses idées aux confins du rock. Un opus qui ose tout, voit tout en grand et réinvente enfin le genre en lui prêtant des airs de conte pour enfants. On en est fous ! On vous explique pourquoi, vous nous remercierez plus tard !

Gus_Englehorn by Kealan Shilling
Gus_Englehorn by Kealan Shilling

The Hornbook  : le livre des révélations

Il est arrivé dans mes mails un triste jour de janvier, il faisait froid, je me plaignais que ce début d’année ne m’avait pas encore apporté mon lot de révélations musicales. C’est un peu de ma faute aussi, j’étais passée à côté de Gus Englehorn. Génie nomade aux multiples patries, aujourd’hui basé à Portland, hier au Québec, dans l’Utah, Hawaï ou l’Alaska où il est né, le maître n’en est pas à son coup d’essai. Un premier album en 2020, « Death & transfiguration » donnait le ton d’une oeuvre importante, la suite en 2022 avec « Dungeon Master » continuait d’écrire l’histoire avec une pochette qui n’est pas sans rappeler celle d’un autre génie du rock : Kurt Vile. Un titre comme je le disais, a suffit a me donner l’envie, urgente, brulante, d’écouter l’intégralité de sa discographie. Il y aurait tant à dire de ces deux premiers jets, de cet oeil novateur qui les habite, de ces morceaux pluriels, de cet univers à part. Il faudra pourtant se concentrer, et c’est déjà beaucoup sur « The Hornbook », dernier objet fascinant et ses rythmes qui pulsent le sang pour mieux faire battre les coeurs.

Tout y commence fort bien. Si on oublie la longueur de son titre : « One eyed Jack Pt I & II (The interrogation / the other side), le premier morceau touche à la perfection. On y fait une plongée hypnotisante dans le psyché. Le morceau, à la précision millimétrée, dose savamment les répétitions obsédantes et les parties parlées. L’âme de Madlib y plane, dans son introduction et dans son fond musicale. Un autre génie, du Hip Hop cette fois mais les registres souvent croisés sur notre albums, ne seront jamais une frontière pour notre maître d’orchestre. Le Rubicon est franchi, le retour en arrière est déjà impossible. En un titre, on en veut beaucoup plus. Cette proposition résolument rock est surtout une montée en puissance qui annonce parfaitement la suite.

La loi de The Hornbook

Mais au fait qu’est ce que ce Hornbook  au juste ? Il s’agit d’un outil d’enseignement pour enfants datant du 15ème siècle où était gravé l’alphabet, des chiffres et souvent des versets de la Bible. Gus Englehorn l’explique : « « Quand j’écrivais ces chansons, j’avais l’impression de rédiger un livre pour enfants — chaque chanson racontait une petite histoire ».  Difficile de le contredire, chaque titre à son univers propre et semble conter sa propre histoire. La sienne personnelle comme celle du rock. On passe des années 50 aux années 90. Du garage au Lo-fi. Des Libertines à Cage the Elephant, au moins pour son entrain et sa capacité tubesque. « Thyme », deuxième titre de l’opus vaut un arrêt sur image et une écoute en boucle. Il y a du Gorillaz dans son génie d’écriture. Sa répétition parfaitement orchestrée, les aléas de sa voix. Elle chuchote pour mieux trouver place dans nos cerveaux. Comme un enfant, on apprend, par coeur, chaque titre. Et on le répètera encore et encore, comme une comptine. The Hornbook dans sa définition, c’est aussi une loi si ancienne qu’elle est encrée dans nos habitudes et donc quasi impossible à changer. Et cet album va doucement se faire loi d’une nouvelle Bible du rock. Un classique, on le disait.

Il était une fois … Gus Englehorn

Gus Englehorn the hornbook
Gus Englehorn the hornbook

Composé sur l’île de Maui et enregistré à Montréal aux côtés de Marc Lawson, l’album OVNI nous prend par la main pour nous entraîner dans la beauté de ses paysages. L’introduction de « Roderick of the Vale », toute en douceur s’inscrit comme un temps calme pour mieux reprendre notre souffle. Il faut le dire, comme des enfants pendant la récrée nous voilà en train de sauter partout, les joues rosies de joie. Pas étonnant de voir le nom de Daniel Johnston cité dans le communiqué de presse de l’opus. De l’immense génie du lo-fi on retrouve la candeur et l’honnêteté.  Vous pensiez avoir repris votre souffle et mieux pouvoir appréhender ce conte obscure ? C’est sans compter sur le très énervé « Metal detector » comble de la modernité et ses rythmiques endiablées. A s’approprier dès son plus jeune âge.

Le titre le plus enfantin de notre coup de coeur est sans nul doute  » A song with arms and legs ». Certainement en raison de ce nom qui fait doucement sourire. Pour autant sa texture musicale, envolée joyeuse au milieu d’un périple au cours duquel on ne reprend que rarement son souffle, y est pour beaucoup. D’ailleurs, pas étonnant d’y retrouver une voix d’enfant pour accompagner celle si atypique de notre romancier, envoûtante à souhaits. Père Gus, raconte nous encore une histoire s’il te plait. Le voeux sera exaucé une dernière fois. L’épilogue « One Eyed Jack (Pt III) » vient à merveille répondre au premier bijoux de l’opus.  La saga nous raconte l’histoire d’un messie mythique. Clin d’oeil à notre hôte ?  La folk s’invite à l’instant, la guitare s’y fait précise, un fond post-punk persiste, tapis dans l’ombre comme le plus beau des dragons. Une dernière révérence et on se dit au revoir. Et ils vécurent heureux et eurent, on l’espère beaucoup d’albums. Ce livre musical aura au moins beaucoup d’écoutes et il peut compter sur nous pour y participer. Des première lueurs du jour aux heures où les carrosses sont depuis longtemps devenus des citrouilles et où les anciens enfants pas si sages voient les musiciens sous les traits de mages légendaires.


Voilà qu’Orange Blossom posait ses graines dans la célèbre salle parisienne de la Cigale ce 21 janvier 2025. Pour l’accueillir un vent glacial venait geler les os de ses spectateurs dehors, en ce premier mois de l’année, particulièrement rude . Pour le contrer, venait alors lui répondre le sirocco du groupe. Ces vents puissants et chauds que l’on retrouve habituellement dans le Sahara. Loin d’être une traversée du désert pour autant, la soirée qui montait crescendo laissait place au chant de la sirène Maria Hassan, fraichement débarquée dans le groupe.

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Premiers bourgeons

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Un simple décors, sans fioritures se dévoile ce soir. Devant lui, une femme. Mais surtout une voix puissante, unique. Celle d’une chanteuse qui venait prendre sa place dans le jardin d’Orange Blossom en mars 2024 lors d’un concert au Bataclan. Le public la découvrait avec surprise, apprenant par la même occasion le départ d’Hend Ahmed sans plus de communication. Orange Blossom n’est point de ces groupes qui aiment à s’exposer. Au contraire, la formation nantaise aime à enrichir son jardin secret. Une hérésie en 2025 ? Point du tout finalement. Seule la musique vient à compter et c’est par elle seule que l’inclassable OVNI réuni ce soir une Cigale pleine à ras-bords. On peine à se frayer un chemin au milieu d’une foule dense et compacte venue danser. Il faudra pourtant retenir quelques instants encore, les pas de chats qui nous démangent. Ce sont les pas de velours et la voix  tout aussi douce de notre maîtresse de cérémonie qui viennent nous accueillir sur deux premier morceaux sans instruments, habituel phare du chant, pour la guider. »Dounia » puis « Ya Sîdî » se succèdent, clouant sur leur chemin toutes les bouches. Les saisons défilent en un claquement de doigts. L’hiver sans pitié fait alors place à un printemps puissant. Les feuilles poussent et la nature prend ses droits. Nous voilà en train de vivre l’éclosion d’un immense moment de live. C’est pour défendre l’opus « Spells from the drunken sirens » que la formation nous a donné rendez-vous ce soir. Mais doit on seulement défendre une telle beauté ? Les percussions s’invitent à la soirée et ne nous quitteront plus. Elles sont obsédantes, maîtrisées, précises, endiablées. Une tornade musicale à couper le souffle. « Pitcha » et « Mawj » permettent de monter encore d’un ton. D’un périple dans les musiques arabes, nous voilà propulsés dans un décors inconnu.  Est-ce du rock ? du trip-hop ? de l’électro ? Avons-nous suivi la sirène, hypnotisé.es, bien trop loin ? Plus tard dans le set « Nouh Al Hamam » issu du dernier jet d’Orange Blossom donnera un début de réponse à ces questions. C’est un tout, un tout harmonieux, venu nous bouleverser. L’incantation fonctionne et les hanches s’activent. Le cardio suit les rythmes. En quelle saison sommes-nous déjà ?

Rock chéri

Le violon effréné de Pierre-Jean Chabot, créateur du projet et dernier de ses membres fondateurs, vient habiter le moment. Il faut dire que le groupe voyait pousser ses premiers bourgeons en 1993. Ne n’y en trompons pas. Orange Blossom est un secret qui se susurre aux oreilles des connaisseurs.ses. Parmi eux, le chanteur de Led Zeppelin, Robert Pant, avait lui aussi planté ses mots doux dans le terreau du groupe. Par delà les maltraitances de cet hiver, la musique elle continue d’habiter les âmes. Les riffs se font de plus en plus effrénés et seuls quelques mots de remerciements viennent interrompre le répertoire qui puise dans la discographie complète  de nos artistes. Quelques part durant le voyage, ces derniers viennent nous murmurer quelques mots d’amour à l’oreille. « Habibi » que l’on retrouve sur l’album « Everything must change » permet de chérir l’instant. Le titre profondément rock, aux guitares saturées est un pont puissant entre musique du Monde et l’amour de la formation pour Joy Division et Tindersticks. Si l’idée de faire cohabiter les deux pourrait faire bourgeonner en vous des vagues de joie, imaginez l’alliance qu’ils font mélangés à des sonorités arabisantes. Les frontières n’existent plus. On traverse le Monde à pieds, le sol est chaud, nos visages aussi. Au milieu de la Cigale, notre groupe qui ne joue pas la fourmi, a semé une généreuse forêt.

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar

Le bouquet final

Il faudra achever notre périple, retourner aux froid rugueux et retrouver les réalités parfois difficile qui l’accompagnent bientôt. Avant de se dire au revoir, Orange Blossom nous offre un dernier bouquet : « Maria » issu de « Under the saheds of violets » qui, comme tout le set, baignera dans des effets de lumière sublimes, à ravir les photographes. La valse baroque laisse les têtes étourdies comme si des verres doublés avaient été consommés. Les joues rosies, comme si le sable les avait piquées, l’odorat captivé par la sensation que laisse le parfum des roses, les muscles tendus d’avoir trop dansés, nous voilà toutes et tous, un peu perdu.es alors que la sirène ne nous indique plus où aller. Tous et toutes ensemble néanmoins, comme des mélodies mélangées, plus fort.es, on devrait s’orienter, au moins jusqu’à notre prochaine écoute des morceaux d’Orange Blossom.

Orange Blossom - La Cigale 2025 - Crédit photo : Louis Comar
Orange Blossom – La Cigale 2025 – Crédit photo : Louis Comar