Leur nom tire son origine de longues sessions de composition qui s’étirent jusqu’au petit matin. Larosée c’est Camille et Jérémie, deux univers et deux personnalités aux parcours différents, qui s’assemblent délicatement pour former un duo folk et onirique. Ils ont sorti leur premier EP « same for me same for u » le 16 octobre 2026 : un projet qui rassemble leurs influences diverses. Nous les avons rencontré lors d’une soirée, autour d’une tisane pomme-cannelle dans le 9e arrondissement.

Larosée : Notre objectif va être d’être synthétique, c’est notre point faible. (rires)
Pop & Shot : Il vaut mieux avoir ce problème que l’inverse ! (rires). C’est parti ? Première question très simple : pouvez-vous vous présenter chacun votre tour ? J’ai vu que vous veniez de genres musicaux différents donc je me demandais comment vous aviez fusionné et réussi à construire un projet ?
Camille : Moi par rapport à la musique ?
Pop & Shot : Oui.
Camille : Alors ! (rires)
Pop & Shot : Non, ta vie de A à Z, depuis ta naissance. Je plaisante. (rires)
Camille : En ce qui concerne mon premier rapport à la musique… ma mère est ivoirienne et mon père est français. Ma mère organisait des grandes messes chez moi où tout le monde chantait. Ce n’était pas des messes classiques, c’est la religion dehima, qui est un dérivé du christianisme, où tout le monde chante. Il y a des harmonies de fou entre les hommes et les femmes et c’est très mélancolique. Je pense que c’est mon premier rapport à la musique. De l’autre côté, il y a mon père qui adore la musique et qui écoutait pleins de CD de folk, de rock… Ensuite, j’ai découvert un groupe d’amis au collège et on était le groupe d’artistes, on faisait de la musique ensemble, on écoutait plein de vinyles, des classiques de rock : les Rolling Stones, les Beatles… J’ai eu une période très folk après : Joan Baez, Ben Howard… Au lycée, j’ai commencé à tomber sur Lauryn Hill et James Blake qui m’ont fait vriller. Je me suis dit “ok, une chanson c’est pas uniquement un couplet et un refrain : tu peux faire tout ce que tu veux !”. Je me suis tournée après le lycée vers le funk et on s’est rencontré à ce moment-là avec Jérémie. Voilà : trop long ? (rires)
Pop & Shot : Du tout ! Je ne connaissais pas du tout les messes dont tu as parlé : c’est très intéressant. En écoutant votre EP, j’ai été marquée par les harmonies, qui sont en effet des harmonies plutôt mélancoliques. Je me demandais si l’inspiration venait de ces messes.
Camille : Justement, c’est en me demandant d’où vient la musique que je me suis rappelée que de mes trois à mes cinq j’avais assisté à ces messes. Après, je suis allée plusieurs fois voir ma mère à l’église. Ce ne sont pas les mêmes harmonies, mais ça a débloqué quelque chose c’est sûr.
Pop & Shot : On retrouve vraiment dans Larosée toutes les influences que tu as cité, que ce soit dans les harmonies ou dans ta voix avec des inspirations folk. Je te laisse te présenter Jérémie.
Jérémie : Alors moi, j’ai commencé la musique très très tôt parce qu’il y a beaucoup de guitaristes dans ma famille. Il y a cet amour de l’instrument, du partage. A chaque repas de famille, dès qu’il y a une occasion, on sort les guitares. Le côté acoustique m’a beaucoup marqué. Cependant, je suis parti assez vite dans des trucs moins acoustiques, avec une période plus rock, même assez tournée vers l’électronique et la composition avec ordinateur. J’ai toujours gardé les deux en parallèle : le rock et la musique électronique, en écoutant des artistes comme Radiohead. J’écoutais aussi des classiques des années 70 comme Led Zeppelin mais aussi un peu avant les Beatles, ça a beaucoup joué vers mes 10-12 ans. Après c’était plus acoustique, on avait un duo avec mon frère, on a fait pas mal de guitare ensemble et des trucs plus folk et finger picking. Ce qui est marrant, c’est que ça a quand même une grosse empreinte sur mon jeu de guitare. Aujourd’hui, dans notre musique on utilise complètement le finger picking : c’est très présent mais d’une manière inconsciente. Sinon plus tard, je me suis plus mis dans la musique électronique avec le côté intimiste de la musique underground. Aujourd’hui, on se retrouve à allier des guitares avec des machines. On fait un mix de tout ça.
Camille : Oui, on a rassemblé toutes nos influences.
Jérémie : Ce qui nous a rassemblés, ce sont tous ces points là. Par exemple, Camille adore James Blake et moi, je ne connaissais pas à ce moment-là, mais ce sont déjà des projets hybrides entre la musique électronique et l’acoustique. Il y a aussi ce côté très folk où on s’est retrouvé.
Camille : Je pense qu’on n’écoute pas forcément les mêmes choses…
Jérémie : Clairement.
Camille : …individuellement… mais l’expérience folk qu’on a vécu à 10-12 ans, quand on ne se connaissait pas du tout, respectivement, ça nous rapproche de fou, et donc on a ces mêmes références là et ensuite on essaie de se faire découvrir des trucs.
Jérémie : On n’écoute pas les mêmes choses et de temps en temps ça se rejoint avec pile la bonne dose de chacun.
Pop & Shot : Et donc comment vous composez ? Par quoi vous commencez ? Il me semble que vous composez et écrivez à deux. Il y a juste le mix que vous ne faites pas. C’est bien ça ? Sinon, vous faites tout vous-mêmes.
Camille : Le mix parfois on le fait à deux. On fait un second mix, un pré master en gros. Et un master avec Olivier Pussac.
Jérémie : Pour la composition, ça part beaucoup de guitare/voix au début.

Pop & Shot : Après vous enrichissez avec des synthés autour par exemple ?
Camille : Ça peut aussi commencer par un synthé et après on se dit “hum c’est pas mal”. Pour “Baby you’re a star”, le deuxième morceau de l’EP, on était en vacances avec des potes et on était au petit dej. J’ai commencé à faire de la guitare et donc ça s’est fait naturellement comme ça. Après ça peut être moi de mon côté, et après on s’amuse ensemble jusqu’à ce que le son n’ait plus rien à voir ! Ça peut partir de moments individuels mais souvent c’est ensemble. Après les mélodies et paroles arrivent très rapidement.
Jérémie : Quand Camille fait les premières mélodies, il y a déjà des mots et il y a presque un sens, il y a déjà une base, qui n’est pas hyper claire mais ça fait déjà sens. Il y a déjà une idée, des mots…
Camille : Après, c’est un texte à trou et quand ça devient un texte à trou, on se demande ce qu’on veut vraiment dire, ce que cette note exprime. Là on s’y met à deux. On fait nos sessions studios ensemble après Jé est plus technique parce que lui a beaucoup utilisé les synthés, mais avant de le connaître, j’avais aussi un synthé, j’avais Appletone donc je suis aussi là dedans. On se comprend, on est tout le temps ensemble.
Pop & Shot : Pendant vos concerts, vous jouez à la guitare ou vous ramenez des synthés, des bandes…?
Jérémie : Ca dépend des concerts…
Pop & Shot : des équipements déjà ?
Jérémie : Surtout de l’endroit, selon la taille et la vibe. A chaque concert, ce n’est jamais dans le même ordre, avec le même matériel. On change la guitare qu’on prend, on change le micro, et du coup on a plusieurs formats de live. Sur nos trois lives, on a un guitare/voix, un avec les machines et un avec sampleur, boîte à rythme…
Camille : Il y a le guitare/voix avec les pédales. On a fait une première partie de Boule Noire et donc ça ça nous a mis un petit coup de pression (rires) et là on a utilisé l’ordinateur et on a mis des samples derrière. Jé avait pleins de pédales pour la guitare et ça c’était plus le format qu’on a fait où ça balance tout : il y a tous les effets, toutes les petites voix, les harmos…
Jérémie : Moins minimaliste mais sur un gros système ça marche très bien et sur des petites salles avec des petites machines ça marche très bien aussi.
Camille : On veut à terme enlever l’ordi …
Jérémie : On a le live au cas-où avec l’ordi mais si on peut enlever l’ordi avec des machines instruments live on le fera oui.

Pop & Shot : Vos paroles restent évasives pour que chacun puisse y mettre son interprétation. Est-ce que vous avez réfléchi au cheminement de l’EP ? A l’ordre ? Qu’est-ce qu’il raconte ?
Jérémie : En fait on a plus choisi musicalement. C’est pas par rapport aux paroles. Il n’y a pas forcément de chronologie dans les paroles. C’est plutôt plusieurs aspects d’une personnalité.
Camille : C’est un peu comme un cycle de ‘tu vas bien”/ “je vais mal” “tu penses à ça” / »je pense a ci”. Il n’y a pas trop de cheminement.
Jérémie : Même si on a l’impression que c’est évasif, il y a des personnes qui nous donnent exactement le sens initial alors qu’il peut y avoir plusieurs interprétations.
Pop & Shot : J’ai adoré le clip de Cheatcode. C’est très cinématographique. Est-ce que le cinéma vous inspire ? Si oui, comment ?
Larosée : Merci ça fait plaisir !
Pop & Shot : Je glisse des petits compliments ! (rires)
Camille : J’adore le cinéma mais pareil on ne regarde pas les mêmes films !
Jérémie : Mais de temps en temps ça matche complètement !
Camille : J’adore Alice Rohrwacher, la réalisatrice italienne qui a fait “Lazarro Felice” par exemple.
Jérémie : Dans la lenteur des plans, c’est très présent.
Pop & Shot : Est-ce que c’est présent quand vous écrivez vos chansons ? Est-ce que vous avez des images qui vous viennent ?
Camille : Oui beaucoup !
Jérémie : Moi pas tellement, c’est tourné autour des sons. C’est pas du tout la première chose qui se passe. C’est mon corps qui réagit à des mélodies, je sens que ça va plus ou moins me toucher. Alors que Camille a grave des images, des couleurs, des textures…
Camille : Oui c’est très visuel.
Pop & Shot : Ça se sent dans le clip !
Camille : Merci ! On voulait aussi qu’il y ait une image associée comme c’est le tout premier film qu’on fait, on voulait qu’il y ait un univers associé à ça et on voulait toucher à tout nous-mêmes pour qu’on puisse nous identifier à des images. Mais c’est pas nous qui faisons la colorimétrie c’est Tanguy ? Si on avait fait la colorimétrie ça aurait été une catastrophe (rires) !
Jérémie : Pas une catastrophe ! Ca aurait juste été mille fois moins bon.
Camille : C’est un réalisateur photographe qui est incroyable ! Il y a un prochain clip qui arrive le 28 octobre et c’est lui qui a tout fait !
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