Julia Jacklin, nous étions tombés amoureux.ses de sa musique sur le parfait Crushing sorti en 2019. Une folk à fleur de peau s’y écrivait. A vous tordre le coeur. Cet opus a hanté nos peines et nos passions. Et nous étions pleinement libres de l’aimer. En 2022, l’australienne revenait à la conquête de nos coeurs avec PRE PLEASURE. Nouveau coup de coeur, nouvelle passion. Cet amour là était bien installé et fait pour durer. Voilà donc que nous attendions sa suite comme on attend le prochain date. Les papillons dans le ventre étaient bien là. L’annonce de The Gem jouait d’autant plus la carte de l’excitation que notre musicienne annonçait rejoindre le label 4AD. En la matière, c’était une promesse à demi-mots. Le label sait tirer l’excellence vers le haut, accompagner les artistes dans un tournant décisif de leur carrière, leur offrir un nouveau départ.
Du crush à sa suite
julia jacklin
C’est le 25 septembre que la musicienne dévoilait donc son nouveau récit emprunt d’émancipation intitulé The Gem. L’amour peut prendre bien des formes. Julia Jacklin l’expliquait ainsi : « Je veux aimer et être aimée, mais je veux aussi me sentir libre. La tension entre ces deux choses a été la question centrale de ma vie. » Peut-on effectivement aimer sans appartenir à quiconque ? Peut-on garder son autonomie totale face à celles et ceux qui nous enferment dans ce sentiment ? The Gem, le lieu de ce nouveau rendez-vous c’est le nom d’un pub. En 2017, la chanteuse quitte son Melbourne d’origine pour aller vivre à Sydney. Elle veut s’y intégrer et pour se faire elle sort de sa zone de confort et passe beaucoup de temps dans ce petit bar qui laisse jouer des artistes. Huit ans plus tard, alors que Melbourne est devenu sa maison, la voilà en quête de son nouvel album. Pour la chanteuse, la musique, comme l’amour est un instantané. Peut-être voit-elle même la composition comme le chemin de la simplicité, une transcription naturelle des sentiments. Elle pense l’écrire en deux semaines mais ça ne sera pas le cas. En avançant à tâton pour la première fois, sans relance de l’industrie musicale sur ses nouveaux projets, elle entame un travail de création bien différent de nos premiers béguins. Cette fois-ci l’histoire naitra en plusieurs étapes, tout ne sera pas un long fleuve tranquille. Et voilà qui donne sûrement à The Gem sa patte si particulière.
Tourments et sentiments julia jacklin
Bien différent de ses autres albums, ce dernier né est une histoire peuplé de parties bien distinctes. Il faut attendre le milieu de l’album pour retrouver les chants hantés qui ont fait nos premiers émois et auxquels Julia Jacklin nous avait habitué.es. L’opus s’ouvre sur le très réussi « Brand new », single en puissance au refrain obsédant, bien plus enjoué que ces précédents titres. La suite de ce premier chapitre s’offre un virage pop rock. On pense à l’excellence qui berçait la pop féminine des années 90, quelque part entre Leah Andreone, Neneh Cherry, Sheryl Crow et Suzanne Vega. Des compositrices de talent avec une véritable proposition musicale qui vient toujours hanter nos esprits. C’est tout particulièrement vrai sur la guitare de « If I had the hand of God » et la composition de « The Hardest Thing ». Si l’opus est aussi disparate et que ses étapes sont si marquées, c’est aussi parce qu’il a vécu deux naissances. La première a été célébrée en grande pompe. Listening party, fiesta, il semblait prêt à être révélé au monde. Seulement deux jours plus tard, Julia Jacklin voit les choses sous un autre oeil. Elle n’aime pas entièrement sa création, elle n’est pas achevée. Elle semble vouloir y prouver quelque chose. Ce quatrième album, comme dans une relation s’inscrit comme une étape décisive. Celle où l’on continue de vouloir être la personne que l’autre attend et celle où l’on a besoin de briser ce cercle. A force de ne plus être soit, on lâche comme un élastique. Et si ce nouveau jet parlait de se retrouver ? La musicienne s’y redécouvre titre après titre osant doucement enlever ses artifices pour mieux apprendre à se connaitre et à s’aimer. « Real Life » trouve sa place en sixième position de l’opus et fait la part elle à une batterie aussi omniprésente que répétitive. Tout comme le cercle de création dans lequel s’enfermait notre musicienne. Les habitudes sont là pour nous porter et nous réconforter. « Get Away from Me (I Think I’ll Love You Soon) » qui le suit est une véritable percée rock, bien plus lumineuse qu’à l’accoutumé. Un élan qui vient immédiatement se transformer en quelque chose de plus lent, plus douloureux. La liberté salvatrice du rock vient avec un prix. Et toujours cette question en tête aimer et être libre sont-ils antithétiques ?
De l’amour dans sa version la plus pure
Pour aimer, il faut aussi s’aimer soi-même. Et pour se retrouver pleinement, il faut creuser aux premiers instants des personnes que nous sommes. C’est ainsi que c’est une berceuse, « I Wish » qui vient conclure ce rendez-vous. Un retour à l’enfance et sa candeur réalisé avec The Maes. C’est aussi un nouveau message d’espoir qui s’écrit. La quête de soit est avant tout une quête de liberté. Les notes douces viennent alors porter ce propos tout comme la voix de la chanteuse qui susurre et appelle toujours. Julia Jacklin est une sirène de conte de fée. Elle hypnotise par ses féeries pour notre plus grand bien. Sa voix est un trésor qui se partage. Ce rendez-vous est en réalité autant une étape pour la chanteuse que pour celles et ceux qui l’écoutent depuis ses débuts. Une nouvelle façon de la connaître et de la découvrir. Qu’importe si on l’aimera ? Pas tout à fait. Aimer c’est aussi accepter l’autre dans sa totalité, aimer les imperfections et les traits de génies. Et pour se faire quoi de mieux que de parler à l’enfant en elle, lové quelque part dans le pub qui lui aura permis de trouver sa nouvelle maison ? Quitter The Gem, c’est toujours espérer y retourner au plus vite.
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