« Un pays enneigé. Un tyran borgne. Des jumeaux. Face à l’oppression, le frère glisse vers le pouvoir, la soeur entre en résistance. Cette histoire est l’ultime livre d’un écrivain mourant qui se nomme K. « Le Livre doit être une hache pour briser la mer gelée en nous » écrit F. Kafka dans une lettre à un ami. K, de cette façon, rédige un livre pour se sauver avant de passer du côté des mondes inquiets. Une ode à la puissance de la poésie face à la barbarie. Un conte qui fait jaillir la lumière d’un océan de glace. », retour sur ce spectacle poétique présenter aux Amandiers de Nanterre.

CONTE DE LA RÉALITÉ
Simon Falguières, fidèle à son écriture, entreprend de faire coexister deux mondes parallèles au plateau. Le premier, plus proche de notre réalité, chapeaute la mise en abyme d’un conte étonnant et symbolique sur la tyrannie. La scénographie mouvante habille intelligemment ces deux univers qui s’entrecroisent et se mélangent. La rêverie et la teneur politique des contes sont deux dimensions au centre de ces récits enchâssés portés par une troupe nombreuse et talentueuse. De belles petites astuces de mise en scène se succèdent pour faire exister ces fictions savamment imaginées.

UNE ÉCRITURE POÉTICO-RÉALISTE
La langue de Simon Falguières, déclaration d’amour au théâtre et à la poésie, a parfois ce défaut qu’elle oscille entre un registre naturaliste et un autre plus fantasmagorique, sans que les vases communiquent parfaitement. C’est quand l’un de ces deux langages est exacerbé que le texte est plus juste. En ce sens, le personnage shakespearien du fou qui invente le théâtre est d’une grande justesse, car le registre langagier est pleinement assumé. Autrement, les dialogues se voulant plus réalistes ne sont pas assez poétiques pour être théâtraux, mais trop métaphoriques pour être crédibles. Ainsi, l’écoute oscille et hésite entre ces registres de langues, pertinents par moment, dissonants d’autres fois.

symbolique du silence
Le spectacle traverse des modes d’expression musicaux, silencieux et poétiques pour explorer plusieurs niveaux symboliques de langage. Ainsi, la langue des signes est au cœur du spectacle, notamment grâce au travail de Karine Feuillebois, comédienne sourde et muette. « C’est une langue qui, par son histoire, incarne la résistance », rappelle Simon Falguières. Pour l’occasion toute la troupe a d’ailleurs été formée à la LSF. Ce langage silencieux, répond à la place centrale de la musique et du son dans le spectacle. La tyrannie met sur écoute par des micros, la LSF, la poésie et la musique résistent en inventant de nouvelles formes de parole. La création sonore est, en ce sens, un des atouts majeurs de ce spectacle.

RÊVER LE THÉÂTRE
« Le livre de K » propose, dans la lignée des Étoiles et du Nid de cendres, un travail poétique et théâtral sur les imaginaires du conte et leur portée politique et symbolique. Si le spectacle de Simon Falguières ne parvient pas toujours à faire rêver, il dessine, grâce à son écriture et sa mise en scène d’un langage théâtral et musical, la possibilité joyeuse « que, même dans la nuit, le théâtre peut encore ouvrir un passage ». Ce théâtre rassurant et poétique affirme son importance et sa joie, comme un câlin de 2h30 joliment mis en scène.
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