Dans « Portrait de Rita », présenté à l’Espace 1789 de Saint-Ouen, Laurène Marx continue d’explorer la forme du stand-up triste, avec cette fois la comédienne Bwanga Pilipili sur scène, seule derrière son micro. Contant l’histoire vraie de Rita Nkat Bayang et de son fils, le spectacle saisit de ses griffes le racisme systémique et les violences policières. Avec sa forme simple, rayonnante et dérangeante, le « Portrait de Rita » cogne là où il faut.

VIOLENCES RACISTES ET POLICIÈRES
Le récit raconté par Laurène Marx et Bwanga Pilipili est celui de Rita et de son fils de neuf ans, étranglé au sol par le genou d’un policier alors qu’il était à l’école. Le monologue part de l’arrivée de Rita en Belgique jusqu’à ce moment choquant, imbriquant les chaînes du racisme systémique. Le spectacle ne fait pas de cette violence policière le cœur de son récit et concentre son attention sur tous les comportements et délits racistes subis par Rita depuis son départ du Cameroun. Le texte ne spectacularise pas un événement isolé mais s’efforce bien de rendre compte des mécanismes racistes latents et omniprésents dans les pays européens.

PORTRAIT À TROIS TÊTES
En choisissant d’élargir ce contre-récit à une analyse systémique du racisme et de ses diverses manifestations – agressions sexuelles, violences policières, injures etc. – le « Portrait de Rita » conjugue une histoire individuelle à une réflexion politique sur les sociétés européennes. Le texte ne se limite néanmoins pas à cela puisqu’il croise trois expériences, trois subjectivités, celle de Rita, celle de Bwanga Pilipili, et celle de Laurène Marx, autrice blanche et trans. C’est la force de ce récit à trois voix que de mettre en avant des savoirs situés, des expériences de personnes racisées et d’une personne blanche questionnant son propre racisme.

STAND-UP TRISTE
La forme du seul-en-scène est largement poignante et fascinante dans la mise en scène de Laurène Marx. Debout derrière un micro pendant une heure et demi, Bwanga Pilipili maîtrise à la perfection son adresse et sa diction. Très vite, les mots se font mélodie et le moindre geste devient un signifiant spectaculaire. Après l’immobilité et la parole, une danse et une musique élargissent de façon grandiose le jeu de la comédienne, maîtrisant ce langage scénique à la perfection. Seules les lumières et la création sonore, un peu simpliste, gagneraient à être plus travaillées pour gagner en lisibilité.

le portrait de multiples récits
Laurène Marx et Bwanga Pilipili narrent ce « Portrait de Rita » avec simplicité et émotion. En croisant les récits et en ne cherchant pas à rendre spectaculaire l’histoire de Rita Nkat Bayang et de son fils, les artistes parviennent à dénoncer et interroger le racisme systémique comme il existe dans les sociétés européennes contemporaines. Sans jamais dénaturer le propos, la poésie et la sincérité du texte donnent une ampleur unique à ce portrait multiple.
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