PIFFF 2017 : Debrief’ d’un festival de haute volée ! ( Reportage)

festival PIFFF 2017

DR PIFFF

Du 5 au 10 décembre 2017, au Max Linder Panorama, s’est tenue la septième édition du Paris International Film Festival ( ou PIFFF c’est plus court et plus rigolo). Retour sur un festival de très haute qualité à la programmation aussi variée que la richesse des thèmes qui ont pu y être abordés. Reportage.

Pour la deuxième année au Max Linder Panorama, après avoir fait ses débuts au Gaumont-Opéra et fait un crochet par le Grand Rex, le PIFFF se livrait aux spectateurs pour la septième fois consécutive. Après avoir permis de découvrir des petits bijoux du genre de ces dernières années comme Detention, Grave, Malveillance, Evolution ou bien encore l’Étrange couleur des larmes de ton corps ( et ceci est un panel LOIN d’être exhaustif), que fallait-il attendre de cette édition ? Que du bien ! C’est Pop&Shot qui vous le dit!

 

PIFFF 2017 : Une sacrée histoire de fantôme qui met une claque d’entrée et donne le ton pour le reste du Festival !

 

festival PIFFF 2017

DR Universal Pictures

 

A Ghost Story, la nouvelle réalisation de David Lowery ( Les amants du Texas, Peter et Elliott le dragon ) avait un pitch de départ pouvant laisser perplexe : Tué dans un accident de voiture, un homme vient hanter son domicile et observe le douloureux quotidien de son ancienne compagne… Quand on sait que le fantôme serait représenté par Casey Affleck , vêtu d’un simple drap blanc, la menace d’avoir a faire à un drame indé flirtant avec l’existentialisme était réelle. A raison. Oui, il s’agit d’un film indé. Oui, il est question d’existentialisme. Oui, fan de CGI marvelien ou de jump scare Blumhousien, le fantôme dont le film raconte l’histoire sera bien incarné par un acteur sous un drap blanc. Aussi simple qu’est l’artifice il marche. Si le film fera l’objet d’une critique à part entière prochainement, il est important de noter que le film de Lowery est un véritable bijou comme on en voit peu. La musique de Daniel Hart, sublime, transporte le spectateur dans une odyssée ou les notions de temps et de lieu finissent par s’estomper. L’émotion du spectateur est bien présente, elle, tout au long du film pour accompagner Casey Affleck dans sa quête.

 

festival PIFFF 2017

DR Toei Kyoto Studios
Les excellents Takuya Kimura et Hana Sugisaki interprètent Manji et Rin

 

Cette introduction de haute volée a donné le ton à un festival de très bonne qualité, Blade of the Immortal, le 100ème film de Takashi Miike passant juste après A ghost Story n’avait pas à rougir. Ce film de sabre japonais, adaptation d’un manga fleuve à la musique toute westernienne, très bien interprété notamment par Takuya Kimura et Hana Sugisaki, a vu se succéder les combats contre des protagonistes aux looks improbables tout en sachant garder une atmosphère des plus prenantes. Vraiment la première soirée du PIFFF aura été une franche réussite.

PIFFF 2017 : Une compétition aux participants de très bonne qualité remportée par le Méxicain « Tigers are not afraid »

 

 

festival PIFFF 2017

Extrait de « Dave Made a Maze » DR Gravitas Ventures

 

C’est là le nerf de la guerre : la compétition! Le premier à se lancer a été Dave made a maze de Bill Watterson. L’ancien musicien, reconverti derrière la caméra, donne tout ce qu’il a, sans ménagement aucun. Visuellement, avec cette histoire d’un gentil looser ayant construit un labyrinthe en carton dans son salon « bigger on the inside » dans lequel se perdent ses amis venus le secourir, le film a du potentiel. Imaginez un épisode de la Quatrième Dimension réalisé par Spike Jonze ou Michel Gondry et cela vous donnera une idée du film. Malheureusement, une interprétation très inégale et un manque de maîtrise dans le récit et dans le rythme font que ce premier film tient plus de la sympathique confiserie geekette que du chef d’oeuvre prometteur.

 

 

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The Endless de Benson/Moorhead
DR Well Go USA Entertainment

 

The Endless de Justin Benson et Aaron Moorhead, les réalisateurs de Résolution et Spring, était attendu par une petite communauté de fans, impatients de voir la nouvelle réalisation des prometteurs metteurs en scènes « couteau suisse » ( ils sont comédiens, scénaristes, réals, chefs op’ de leurs films et savent en rire) en provenance des USA. Connectant avec une de leur précédente oeuvre de façon aussi inattendue que logique, les deux compères continuent d’aborder les thèmes fétiches comme la place de l’image dans un récit et savent entretenir un climat de paranoïa sans moyen grandiloquent. Benson et Moorhead confirment leur statut de réalisateurs dont la carrière est à suivre de très très près. Et en plus, il y a un peu de Lovecraft dedans alors…

 

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Affiche de Revenge
DR Monkey Pack Films

 

Ajin : Demi humain et Golem, le tueur de Londres sont à ranger dans la même catégorie : d’honnêtes divertissements de genre mais sans une grande valeur ajoutée. A moins que le panier était trop haut cette année? Evidemment, l’action débridée de Motohiro n’a rien de comparable avec l’élégance victorienne du film de Juan Carlos Medina, mais ils ont le mérite de réussir ce qu’on peut appeler de corrects série B. Bien qu’imparfait, Revenge de la française Coralie Fargeat, rape and revenge dans le désert marocain a permis de se poser la question de la place de la femme dans le cinéma de genre en 2017 et en ces temps de Weinstein-gate. Si l’interprétation de la moitié du casting (resséré) pose sérieusement problème, les qualités techniques de la réalisatrice dans un final dément en terme de réalisation, de gestion de l’espace et d’hémoglobine laisse apparaître un talent plus que prometteur pour notre Hexagone toujours aussi frileux avec le cinéma de genre.

 

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Matthew Gray Gubler dans le déjanté 68 Kill
DR IFC Midnight

 

68 kill et Tragedy Girls, dans des styles différents ( encore que..) nous parlent d’une Amérique qui ne va pas bien. Le jeu de massacre white trash de Trent Haaga n’a clairement rien à envier aux œuvres de jeunesse des frères Coen avec cette histoire de braquage qui tourne mal. Mention spéciale à Matthew Gray Gubler dans un rôle de looseur attachant à mille lieux de son personnage qu’il porte depuis une décennie dans Esprits Criminels. A noter un sous texte inspiré et intéressant dans cette odyssée, ou Chip traversant le Sud Profond ne cesse de rencontrer des personnages de plus en plus dérangés, frustrés et violents. Triste constat d’une Amérique Trumpienne? Tragedy Girls, dans la lignée d’un Detention passée en clôture de la première édition du PIFFF, stylisé et irrévérencieux a déployé une énergie folle et imagée pour parler des dérives meurtrières de deux ados prêtes à tout pour faire le « buzz ». Mortellement fun, Tragedy Girls fait garder la pêche au spectateur tout au long de ses 99 minutes de film, sans jamais se prendre vraiment au sérieux, mais en ne prenant jamais le genre de haut. Ce qui est assez rare de nos jours pour le souligner…

 

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Très belle affiche de Matar a dios
DR Alhena Production

 

Matar a dios des très prometteurs Casas et Pinto ( un de leur court métrage, RIP, a gagné le prix du court métrage international au PIFFF alors qu’ils étaient aussi en compétition pour le long métrage) n’a rien à renier avec un Alex de la Iglesia. Sensible, humain, drôle, jamais la famille d’affreux catalans troublée dans leur réveillon par l’apparition d’un clochard nain prétendant être Dieu n’est jugée. La fin fait autant sourire que réfléchir sur la nature humaine. Du très bon niveau pour ce qui aurait pu être un candidat crédible pour le Prix du Meilleur Film du PIFFF… Mais il en est allé autrement…

 

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Affiche originale de Tigers are not afraid, le grand vainqueur
DR Peligrosa

 

Sicilian Ghost Story traînait une mauvaise réputation : projeté en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, le film avait reçu une volée de bois vert. A quoi pouvait-on s’attendre en le voyant en compétition quelques mois plus tard au PIFFF ? A la confirmation que le buzz cannois n’a aucune valeur en soi car c’est un véritable petit chef d’oeuvre sur la fin de l’enfance qui nous est donnée de voir. Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, tout en sensibilité, racontent l’histoire de la jeune Luna qui refuse d’oublier comme les « grands » ce qui a pu arriver à son amoureux de collège et de ne pas tenir compte de l’Omerta en vigueur dans la Sicile des années 90. Le fantastique y apparaît de façon plus diffuse mais aussi plus sincère dans ce film, dont les thèmes (l’enfance se réfugiant dans le fantastique pour lutter contre un quotidien invivable) se rapprochent du double lauréat Œil du Public / Prix Ciné + de cette édition du PIFFF, Tigers are not afraid. En effet, le film d’Issa Lopez a grandement touché le public, une mexicaine dans la salle allant jusqu’à « remercier » la réalisatrice  » de raconter la vérité sur ce qui se passe actuellement au Mexique« . Ce véritable drame social narrant les errements d’une petite fille, à l’abandon suite à la mort de sa mère, victime d’un gang, voit le fantastique arriver progressivement dans le récit jusqu’à un final zombiesque, lourd de sens, ou le Mal se fait dévorer par le chaos qu’il a contribuer à créer. Une dimension politique présente finalement tout au long du Festival

PIFFF : 2017, année politique…

 

Comme à Bourges un peu plus tôt dans l’année, la 7ème édition du PIFFF était éminemment animé de questionnements politiques. De par le contexte et le sujet de certains de ses films, le Mexique des gangs de Tigers are not afraid ou bien encore la Sicile mafieuse des années 1990 de Sicilian Ghost Story. Ou bien par un Trent Haaga présentant en vidéo 68 kill avec une marionnette de Donald Trump en couche culotte pour sidekick. En voyant un Shin Godzilla en clôture du festival, il est évident que Hideaki Anno et Shinji Higuchi parlent plus de l’immobilisme bureaucratique du système politique japonais et de sa mentalité conservatrice que véritablement du monstre géant radioactif venu des profondeurs de l’océan. La remise en cause ouverte du statut du Japon depuis la Seconde Guerre Mondiale semblant un non-sens en 2017 est aussi une revendication clairement explicitée dans le film. En ces temps de Weinstein-gate, il était intéressant de voir comme un Coralie Fargeat choisit de mettre en scène une femme dans un rape and revenge en 2017, dans une époque ou s’assumer complètement pour une femme est plus qu’un droit mais aussi un devoir ( cf ce dont il a pu être question lors de la sortie de The Handmaid’s Tale .). Alors que d’importants débats sociétaux voient le jour, le dernier film de Joseph Kahn ( Detention) a débarqué le vendredi soir avec Bodied, sans que personne ne l’attende vraiment, excepté les fans de Torque, la route s’enflamme  Detention! Cette version longue de la battle de fin de 8 Mile est un véritable brûlot aussi rare que précieux. Cette satyre moderne qui restera a priori invisible tant aux States qu’en France devrait marquer les esprits des chanceux ayant pu le voir pour sa seule diffusion hors des Etats Unis. Les mots ont leur importance et Bodied n’épargne aucun groupe socio-culturel. Les thématiques abordés au cours du film sont rares et Bodied gagnera assurément le statut d’oeuvre culte avec les années, véritable instantané de la société américaine de 2017 avec tout ses travers, non sens et contradictions.

 

PIFFF 2017 : Du fun à la pelle en hors d’oeuvre!

 

festival PIFFF 2017

Mutafukaz a rempli le Max Linder. Et c’était mérité!
DR Ankama

 

Car si la compétition était de très bonne qualité, si beaucoup de films présentés donnaient matière à réfléchir, le PIFFF ça a été aussi l’occasion de procurer plusieurs gourmandises au spectateur. Jojo’s Bizarre Adventure : Diamond is unbreakable pour les fans des mangas! Leatherface par Bustillo et Maury pour les fans de bobines sanglantes en deuxième partie de soirée le samedi soir! Il est à noter la très intéressante intervention du duo de réalisateurs français venus avec deux scènes coupées nous présenter un peu plus ce qu’aurait du être « leur » Leatherface si le film n’avait pas été tronçonné (ouais elle est facile je sais) par les producteurs américains. Promettant plus d’une demi heure de scènes coupées lors de la sortie en Blu Ray en début d’année prochaine, le film sera à revoir avec un autre œil à ce moment là. Le décalé Survival Family donne matière à sourire grâce à la légèreté qui émane du film. Mutafukaz a confirmé toute la hype qu’il se trainait depuis de longs mois. Oui ce film est riche d’influences mais il sait les incorporer à son récit pour le nourrir et lui donner plus de force et de gueule. Un très chouette moment dans un Max Linder rempli à ras bord ( au sens propre ). Enfin, Le déjanté Mayhem fait toujours autant plaisir.

 

festival PIFFF 2017

Éternel Kurt Russell dans Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin. DR 20th Century Fox

 

Les séances cultes étaient particulièrement bien choisies. Le Maître des Illusions, dans un nouveau montage, donne à voir un très bon film d’horreur dont seul une poignée d’effets spéciaux apparaissent datés mais qui plus de 20 ans après sait toujours aussi bien distiller une ambiance malsaine et horrifique comme seul Clive Barker sait les retranscrire. Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de Maître Carpenter confirme à quel point le film avait plusieurs années d’avance sur son époque et la classe immortelle de Kurt Russell. Enfin, 36 15 Code Père Noel de René Manzor ( Le Passage) a été l’occasion de découvrir un chouette petit film de genre à la française, quasiment trente ans après sa réalisation dans une édition 2K des plus agréables à l’œil. Un conte de Noel plus noir qu’il n’y parait…

 

festival PIFFF 2017

Une des nombreuses victimes du barré Downrange de Kitamura
DR Genco

Mais la palme du fun pour cette 7ème édition du PIFFF revient au film projeté lors de la Séance Interdite : Downrange ! Le film du frapadingue Ryuhei Kitamura ( Midnight Meat Train, Versus) a progressivement emballé la salle du Max Linder, encore bien fournie malgré qu’il soit minuit passé, avec son huis clos à ciel ouvert. La mise à mort des différents personnages par le mystérieux sniper a fini par s’accompagner par des applaudissements de plus en plus nourris. Et ce fut un tonnerre de vivas et d’applaudissements qui a rugi lors du final aussi sanglant que grand guignolesque. Kitamura a clairement réussi son pari en présentant au PIFFF une chouette récréation sanguinolente de 90 minutes!

 

La bande-annonce de Downrange pour ceux qui en veulent plus!

 

De la qualité, de la réflexion, du fun, de l’inattendu, il est indéniable que la septième édition du PIFFF a clairement réussi son pari. Mention spéciale aux courts métrages, révélateurs de talents en devenir dont Arthur Molard avec son Scaramouche Scaramouche brillant et fin. Un très bon moment de cinéma au cours de ces cinq jours de festival. Voilà le sentiment laissé par le PIFFF cette année. Et ça fait du bien…

2 réponses to “PIFFF 2017 : Debrief’ d’un festival de haute volée ! ( Reportage)

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