Grave: chronique d’un film choc garantie sans jeu de mots foireux

Ici, on aime le cinéma de genre, d’ailleurs on aime le cinéma tout court et tout les genres. Pourquoi le préciser? Parce qu’en fouillant la toile pour en savoir plus sur ce fameux « Grave », j’ai pu voir moults avis de chroniqueurs détestant le genre ou même, allez hop, n’ayons pas peur des mots, le cinéma d’horreur.

L’autre raison qui fait que j’évoquerai brièvement cet amour pour ce cinéma particulier est que, « Grave » a été visionné sous le prisme de l’impatience et de la bienveillance. L’ayant raté à Géradmer, c’est bien le premier jour de sa sortie en salles obscures que votre rédactrice s’est jetée dans la salle.

Naïve et pensant encore qu’en France nous pouvions avoir de la curiosité pour un cinéma à part, j’imaginais déjà une salle comble pour cette séance. Et puis bon, c’était bien le cas lors de mon second visionnage de l’excellent « Split » qu’il faut absolument aller voir si ce n’est déjà fait.

« Grave » raconte donc les déboires de Justine (Garance Marillier), jeune surdouée et végétarienne convaincue qui entre en école de vétérinaire. La même que ses parents ont fait et celle dans laquelle elle retrouve sa sœur aînée, Alexia (Ella Rumpf) déjà bien intégrée. Bizutée, Justine est forcée de manger pour la première fois un morceau de viande (un rein de lapin cru qui plus est). Cet incident réveil en elle un appétit dévorant pour la chair humaine.

Véritable bête de festival, « Grave » fait office de premier de classe dans le genre, raflant tous les prix qu’il convoitait un à un. Pourquoi un tel engouement?

Peut-être parce que le film cherche à multiplier les thématiques intelligentes et modernes. A force de métaphores, d’entendus et de sous-entendus, le film finit même par se perdre dans les très nombreuses thématiques qu’il aborde.

Le poids de la famille est pourtant l’un des fers de lance de notre métrage. Justine est poussée. Elle l’est par ses parents, un mère qui impose à ses enfants d’être végétariens et les poussent vers sa propre école. Une sœur présente qui pousse à l’extrême émancipation, apprend à la trop naïve, trop bonne élève trop vierge Justine à s’assumer. Quels sont les véritables choix ici d’une héroïne fragile ?

Vierge vous dites ? « Grave » peut aussi être perçu sous l’œil de la sexualité. Celle du coloc gay de Justine, Adrien ( Rabbah Nait Oufella). Celui qui en parallèle de l’envie de viande humaine poussera notre Justine vers des envies de chair ( non ceci ne compte pas comme un jeu de mots foireux). Et puis hop lâchons-nous (ceci n’est pas un spoiler): c’est lui qui aura cette réplique forte intéressante lorsque Justine commence à se cacher dans son envie de manger de la viande (animale pour le coup) : Justine « Ce sandwich c’est du porc tu sais. », Adrien  (l’acteur qui le joue est d’origine maghrébine) « Oui et alors?» Hop Hop, dehors les clichés.

Un parti pris pro-végétarien

Mais « Grave » est surtout, et contrairement à ce que d’autres pourront dire ça et là, un bon parti pris pour vous inciter à choisir la purée au steak à la cantine. D’entrée un petit débat entre les jeunes étudiants vétérinaires ne laisse d’ailleurs pas de doute à ce sujet. Sous l’œil médusé de ses camarades, l’héroïne défend avec passion que violer un gorille est pour elle un crime aussi grave que le viol d’une femme. Ses camarades sont médusés par ce constat. Et donc manger un homme vous choque à ce point plus que le sort des animaux ?

Du cannibalisme oui mais sous le regard des autres. L’improbable aspect de « Grave » c’est aussi ce regard de l’autre, ce jugement constant que subit notre héroïne, jamais livrée seule face à elle-même dans cette puberté cannibale. Quels que soient ses actes, Justine est toujours regardée et même entourée. Un choix réellement original.

Des métaphores, des métaphores, mais finalement « Grave » c’est bien ou pas ?

« Grave » est surprenant. Surprenant parce que malgré des scènes très dures, il ne bascule jamais complètement dans la violence. Surprenant parce que son pitch promet une violence inouïe mais justifiée sauf que le film n’explose jamais. Ses personnages non plus, quelque part déconnectés de l’horreur. Miroir d’une société ( parce qu’encore une fois le film veut faire passer des messages) ou choix scénaristique? Ce manque de montée passe peut-être à côté de quelque chose.

Sortie de salle, il est possible, comme ce fut le cas pour moi, de retenir les défauts du film. Il n’en est pas exempt tant il veut trop en dire, tant il ne va pas assez loin. Vraiment ? Oui vraiment, certaines scènes prennent certes au tripes, mais le gore, l’ignominie touche surtout au domaine de la fable.

Pourtant, s’il y a tant à en dire c’est surtout parce que les promesses sont là, l’originalité aussi et la capacité à toucher un large public également. Le cinéma d’horreur a la force de pouvoir faire passer des messages forts mieux que n’importe quel autre genre. Comme les contes le faisaient en leur temps avec leurs morales « jeune-filles/ jeunes-hommes ne désobéissez pas sinon voilà ce qui pourrait vous arriver »… La peur, la gêne, le choc sont de bons éléments pour parler morale. Puisque c’est bien en jouant avec les frontières de l’immoral qu’on en comprend le mieux les limites. Et en ça « Grave » est une réussite et un très beau premier né pour sa prometteuse réalisatrice, Julia Ducournau.

Pour en savoir plus: « Grave » est un carton selon les Inrocks.

et la chronique de Première.

 

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