L’Étrange Festival 2017 : Retour sur deux soirées de festival

L’Étrange Festival 2017 continue jusqu’à dimanche 17 septembre avec la soirée de clôture et la remise des Grand Prix Nouveau Genre et Prix du Public. Après le visionnage de Mayhem, lors de l’ouverture du festival, l’équipe de Pop&Shot continue le visionnage de films présentés lors de cette édition 2017.

« Spit’n’Split » de Jérôme Vandewattyne

DR spitnsplit

Pendant deux ans, un réalisateur belge va suivre les tournées du groupe rock The Experimental Tropic Blues Band, dans des salles de concert de plus en plus miteuses. Dès les premières minutes, on sait que le groupe en question a fini par se séparer dans des conditions dramatiques. Dramatiques comment? C’est ( a priori) tout l’intérêt du long-métrage de Vandewattyne. Mockumentary. Documenteur. Ces faux documentaires comme on dit dans la langue de Molière mêlent fiction et réalité, parfois jusqu’à une réelle confusion ( cf Ruggero Deodato, le réalisateur de Cannibal Holocaust obligé de venir s’expliquer et d’apporter la preuve que les acteurs de son film ne sont pas réellement morts!). D’ailleurs une citation de Musset ( « Tout le réel pour moi n’est que fiction ») en ouverture vient enfoncer le clou. On vous présente un documentaire, mais hey hey c’est pour de faux. Sans faire de raccourcis belges à l’emporte pièce, C’est arrivé près de chez vous, il y a vingt ans maintenant, n’avait pas besoin d’autant pour impliquer son spectateur et le faire se poser des questions sur ce qu’il est entrain de regarder. Mais qu’est ce que le spectateur de « Spit’n’Split » en plein L’Étrange Festival est entrain de regarder au fait? L’errance d’un groupe de rock aux quatre coins de l’Europe dans une tournée fauchée ou la promiscuité et les échecs font monter peu à peu en pression chacun des membres et ou à un moment donné alcool et drogues ne suffisent plus… Pourquoi pas? Sauf que… Cette montée en pression, cette promiscuité, elle n’est jamais ressentie, des commentaires en voix off sur la situation (  » A un moment donné, tu ne supporte même plus ton pote qui se brosse les dents à coté de toi ») sont plus efficaces… Le personnage(?) de Jeremy Alonzi crève bien sur l’écran. Mais les mésententes au sein d’un groupe de rock ne peuvent elles être vues qu’à travers les brimades de l’un des membres contre l’autre? Est ce que cela ne pouvait pas être présenté de façon plus nuancée? Bref, la tension monte et finit par éclater au cours d’une scène de dérapage flirtant grandement du coté de Gaspard Noé. Sauf que n’est pas Gaspard Noé qui veut et les dernières minutes du documenteur ressemblent plus à un trip d’art et d’essai qu’autre chose. Interroger sur les notions de fiction et de réalité? Pourquoi pas mais pour dire quoi? Aucune idée… En résumé, un film sympathique dans son déroulé (par les facéties de Alonzi notamment) mais bien opaque et distancié dans sa conclusion. Un voyage dont on finit par sortir en cours de route.

« Firstborn » de Aik Karapetian

DR Pirmdzimtais

Alors que Francis et Katrina rentrent d’une soirée un peu arrosée, ils sont agressés par un motard qui dérobe le sac à main de la jeune femme. Francis retrouve par la suite le coupable et l’assassine en tentant de trouver une solution à cette affaire. Quelques jours plus tard, Katrina annonce sa grossesse inespérée, ce qui va peu à peu semer le trouble dans la famille… Peckinpah et Polanski sont convoqués pour parler de Firstborn. Peckinpah et Polanski ? Non ? Personne? Aucun des deux? Pas vraiment surprenant… Mais il ne faudrait pas être trop dur avec le film letton de Karapetian. Non, le doute n’est pas vraiment ressenti sur la nature du bébé de Katrina. Au pire, un personnage d’ami flic apparaît bien de façon trouble au début du film… Pour finir par pratiquement disparaître au fur et à mesure que le film balance dans le thriller, un comble! Exit Rosemary’s Baby donc. Les chiens de paille? Oui, le personnage de Francis est faible et entouré de personnages masculins bien plus forts que lui qui le renvoient à sa médiocrité et le font monter en pression. Mais le personnage a d’entrée de jeu un comportement agressif et se présente au final plus comme un être égoïste et frustré que comme quelqu’un dépassé par la situation. L’évolution vers une sorte de thriller est très bien faite néanmoins et le développement de l’histoire est vraiment intéressant. Quelques éléments symboliques ( la bête dans la foret, les scènes de théâtre japonais) pêchent par manque de sens. Formellement et dramaturgiquement intéressant, Firstborn ne convainc pas, la faute à un manque d’entrain et d’implication. Malgré la déception, c’est un 7 qui a été donné lors du vote des spectateurs à la fin de la séance.

« Cold Hell » de Stefan Ruzowitzky

DR

Le voilà le chouchou de ses deux soirées passées à L’Étrange Festival ! 
Özge, immigrée turque en Autriche, chauffeur de taxi et adepte de boxe thaïlandaise, assiste à l’assassinat de sa voisine. Le tueur, un fanatique religieux, l’a vue et va tout faire pour l’éliminer coûte que coûte. Mais serait-il tombé sur plus fort que lui ? Ruzowitzky sait y faire avec une caméra, depuis le premier Anatomie en 2000, c’était une certitude. Après une expérience malheureuse outre Atlantique (le passé innaperçu Cold Blood avec Eric Bana et Charlie Hunnam) et un film historique ( Les faussaires), Ruzowitzky revient au cinéma de genre avec un thriller à l’ancienne sur fond social. En effet, le personnage principal est une immigrée turque. Et la façon dont elle est traitée s’en ressent, à voir avec la facilité avec laquelle la police laisse tomber lors du signalement du meurtre de la voisine. Mais le personnage d’Özge est un personnage qui en impose, pour des raisons qui sont dévoilés plus tard dans le film (à tort d’ailleurs qu’elles soient aussi explicités), vit seule, ne fait confiance en personne et « en a gros ». La scène du combat de boxe démontre bien qu’il ne tient qu’à un fil que toute la violence contenue en elle ne demande qu’à exploser… L’introduction du film est d’ailleurs sublime. Il est vu en parallèle Özge qui conduit dans la ville jusqu’au moment ou elle se retrouve coincée dans une rue à sens unique par une voiture ne voulant pas bouger. Dans une chambre d’hôtel, une femme dévêtue regarde lascivement par une fenêtre, éclairée par des néons flashy que ne renierait pas Atomic Blonde. Énervée, Özge sort de la voiture et s’explique avec les passagers du véhicule de devant. A l’hôtel, un homme se rapproche doucement mais surement de la femme. Dans la rue, Özge, insultée car elle est une femme, en vient aux poings pour se faire entendre. Dans la chambre, la femme est projetée au sol et torturée. Montage parallèle de deux antagonistes qui ont pourtant le même rapport au monde…  Ce qui est particulièrement marquant avec ce personnage, c’est sa propension à ne faire aucun compromis. Loin de tomber dans une sorte de running gag, il y a un moment du film ou Özge doit quitter son domicile. Cherchant refuge, elle quitte coup pour coup le domicile familial, l’appart’ d’un amoureux transi, un foyer pour femmes en difficulté, dès qu’elle se sent en difficulté. Özge ne transige pas dans cette société ou elle est pointée du doigt, que ce soit par ses racines ou bien par son environnement. Cold Hell est un film parlant de violence, de violence dans les rapports, de violence contenue, de violence morale… Les scènes plus apaisantes et apaisées de Özge et sa petite cousine ayant fini par trouver un refuge inattendu fonctionnent parfaitement et il est facile de sourire et s’adoucir en même temps que la plupart des personnages. Le dernier quart d’heure n’en fonctionne que mieux quand la menace du tueur en série revient et que sa traque de l’héroïne reprend. Le combat final entre la taxi et le tueur fait mal et on voit les stigmates des coups et tortures portés par l’un et l’autre. Seul bémol, ne pas aller jusqu’au bout de la logique du chasseur finissant chassé et de voir une Özge laisser exploser toute sa vie de haine contenue contre un ennemi vomissant tout ce qu’elle est (une femme tout simplement). Le plan final n’en sera que plus touchant. Une franche réussite et un 9 donné pour le Prix du Public de L’Étrange Festival ! 

« The Villainess » de Jung Byung-gil

DR NEW Productions

Entraînée depuis l’enfance aux techniques de combat les plus violentes par une agence de renseignement après l’assassinat de son père, Sook-hee est une arme redoutable. Afin de gagner sa liberté, elle est engagée comme agent dormant. Mais un jour, elle va découvrir la vérité sur le meurtre de son père.
Rurik Sallé en présentation du film à L’Étrange Festival a dit de Jung Byung-gil qu’il avait envie de travailler à Hollywood. Et force est de constater que le monsieur se dépense sans compter pour montrer de quel bois il se chauffe! Toute la première partie du film est une longue successions de scènes d’action ou les coups, égorgements et autres flinguages pleuvent. Jouant sur plusieurs temporalités, le début est confus. Puis peu à peu, les éléments se recollent et l’histoire suit un déroulement plus classique. Hardcore Henry, Nikita, Kill Bill, Jung Byung-gil ratisse large. Sans vergogne pour montrer qu’il sait faire joujou avec son gros objectif, multipliant les plans à la « caméra impossible » ( grossomodo à la David Fincher époque Panic Room). Le résultat est un divertissement efficace mais qui à force de vouloir marquer risque de ne pas marquer grand chose. A force de trop vouloir en faire, on perd en efficacité… Et c’est finalement les scènes de milieu de film, avec l’héroïne tentant de vivre une vie normale qui sont les plus réussies. Un comble pour un film se voulant comme une carte de visite d’un cinéaste d’action! Mais un agréable moment quand même, comme on passe souvent à L’Étrange Festival !

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