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Fjord de Cristian Mungiu (2026)
Fjord de Cristian Mungiu (2026)

Après avoir remporté la Palme d’or avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le réalisateur roumain Cristian Mungiu revient avec Fjord, un drame d’une grande densité qui interroge l’une des questions les plus brûlantes de notre époque : jusqu’où une société peut-elle accepter des valeurs qui s’opposent aux siennes ?

FJORD : De quoi ça parle ?

Présenté au Festival de Cannes, le film s’inscrit dans la lignée du cinéma de Mungiu : un récit réaliste, tendu et humaniste, qui refuse les réponses simples. Placé sous l’angle du drame judiciaire, Fjord reste avant tout une réflexion sur le choc des cultures, la protection de l’enfance, la liberté religieuse et la polarisation croissante des sociétés occidentales.

L’histoire suit Lisbet (Renate Reinsve) et Mihai Gheorghiu (Sebastian Stan), un couple installé dans un petit village norvégien après avoir quitté la Roumanie avec leurs cinq enfants. Très attachée à ses convictions religieuses, la famille vit selon des principes traditionnels qui contrastent fortement avec ceux de leur nouvel environnement. Les enfants n’utilisent ni téléphone portable ni réseaux sociaux, les prières rythment le quotidien et les études bibliques occupent une place centrale dans l’éducation      .

Tout bascule lorsqu’une enseignante remarque des ecchymoses sur l’une des filles. Une enquête est ouverte et Mihai reconnaît avoir parfois eu recours à des gifles ou des fessées comme méthode éducative, des pratiques qu’il considère normales dans son pays d’origine. En Norvège, ces aveux suffisent à déclencher le placement immédiat des cinq enfants dans des familles d’accueil.

Fjord de Cristian Mungiu (2026)
Fjord de Cristian Mungiu (2026)

Fjord : Est-ce que c’est bien ?

À partir de cette situation, Mungiu construit un film qui refuse le manichéisme. Il ne cherche ni à justifier les châtiments corporels ni à condamner aveuglément les institutions. Son véritable sujet est ailleurs : comment une société réagit-elle face à une famille dont les valeurs religieuses, culturelles et morales diffèrent profondément des siennes ?

Le scénario souligne que les Gheorghiu ne sont pas uniquement jugés pour leurs méthodes éducatives. Leur vision conservatrice de la famille, leur pratique religieuse visible et leur statut d’immigrés semblent également influencer le regard porté sur eux. Le réalisateur interroge ainsi la frontière entre la protection légitime des enfants et le risque de transformer les différences culturelles en motifs de suspicion.

Fjord de Cristian Mungiu (2026)
Fjord de Cristian Mungiu (2026)

Un film politique ?

L’une des plus grandes forces de Fjord réside dans le refus de Cristian Mungiu de désigner clairement un coupable. Le réalisateur ne cherche jamais à dire au spectateur ce qu’il doit penser. Il expose les faits, laisse les contradictions s’installer et oblige chacun à composer avec son propre système de valeurs.

C’est précisément cette neutralité apparente qui rend le film si troublant. À mesure que l’histoire progresse, les autorités norvégiennes, pourtant animées par une volonté légitime de protéger les enfants, finissent par apparaître comme une machine administrative froide, inflexible, presque oppressive. À l’inverse, cette famille profondément religieuse, conservatrice et patriarcale, dont les convictions peuvent heurter une partie du public, se retrouve progressivement dans la position de victime.

Mungiu joue ainsi avec les attentes du spectateur. Il ne cherche pas à réhabiliter les valeurs traditionnelles ni à discréditer les idéaux progressistes. Il montre simplement comment la certitude d’agir pour le bien peut conduire à une forme d’intolérance lorsque toute divergence culturelle ou morale devient suspecte. Cette inversion des rôles est particulièrement dérangeante : ceux qui incarnent la défense des droits et de l’intérêt supérieur de l’enfant prennent parfois les traits d’un pouvoir écrasant, tandis que ceux dont les idées sont les plus contestables deviennent les victimes d’un système convaincu de sa propre vertu.

La conclusion de Fjord laisse un goût amer. Mungiu ne propose ni réconciliation ni victoire idéologique. La seule échappatoire semble être le départ, comme si la coexistence était devenue impossible dès lors que deux visions du monde refusent de s’écouter. La fuite n’apparaît pas comme une solution, mais comme le constat d’un échec : celui d’une société où chacun reste enfermé dans ses certitudes, incapable de reconnaître la part de vérité de l’autre. C’est peut-être le message le plus inquiétant du film. Plutôt que les convictions elles-mêmes, serait-ce l’impossibilité du dialogue qui menacerait le vivre-ensemble ?

Le film sortira en salles le 19 août prochain.


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Miss – crédit Warner Bros

Dans le cadre du Club 300, au Forum des Images, peu de temps avant le confinement qui aura tant impacté nos vies, était présenté Miss, deuxième film du réalisateur franco-portugais Ruben Alves. Ce film aura été aussi impacté par le COVID-19 en étant l’un des premiers à voir sa date de sortie en salles repoussée et passer du 11 mars au 23 septembre 2020. Projeté hors compétition lors du dernier festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez cette année, que vaut Miss ?

MISS : De quoi ça parle ?

MISS FILM WARNER BROS

Alex, petit garçon gracieux de 9 ans qui navigue joyeusement entre les genres, a un rêve : être un jour élu Miss France. 15 ans plus tard, Alex a perdu ses parents et sa confiance en lui et stagne dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même…

MISS : Est-ce que c’est bien ?

MISS FILM

De ce sujet, Miss pouvait donner lieu à toutes les transgressions et propre à secouer le cocotier d’une comédie française ronronnante. Malheureusement, l’originalité, la présentation d’un Paris underground et la revendication de présenter un personnage transgenre en tête d’affiche s’éclipsent assez rapidement au profit d’une œuvre plus convenue destinée à se faire aimer du plus grand monde. A l’image d’Alex, son personnage principal finalement.

Car c’est l’une des forces de Miss, involontaire peut être, d’être à l’image de l’état d’esprit pendant une grande partie du film. En effet, oscillant entre volonté de franche comédie ( à travers les personnages de la colocation d’Alex) et fond social ( prostitution, atelier clandestin…), voire sociétal ( le premier concours donne lieu à un discours émancipateur et féministe) la première moitié du film ne sait pas trop sur quel pied danser. Tout comme son personnage principal qui voit son rêve prendre forme peu à peu , au risque de se perdre. Jusqu’à ce que vienne le point d’orgue du film.

C’est assez rare que l’utilisation d’une chanson fasse autant mouche. Ayant fini par perdre totalement pied et victime d’une agression, Alex déambule dans les rues de Paris, au son de « Drôle d’époque » de Clara Luciani, se rendant compte de ce qu’il a perdu et remettant en cause ce à quoi il aspire. Une heureuse surprise qui donne un coup de fouet à Miss et qui permet d’aborder la dernière partie du film, le fameux concours Miss France.

Sont à relever particulièrement dans Miss les performances de Thibault de Montalembert dans le rôle du travesti Lola et d’Isabelle Nanty dans celui de Yolande. Respectivement colocataire et propriétaire du personnage principal Alex, ils sont les piliers du film avec des interprétations sans failles tant sur le terrain de l’émotion ( la scène des tarifs que Lola explique à Alex) que sur celui de l’humour (le personnage qu’incarne de Montalembert monopolise pratiquement tout les bons mots du film).

En résumé, bourré de maladresses, finissant par perdre la force son propos à trop vouloir être positif, Miss n’en est pas moins un film qui délivre un message essentiel et bourré d’optimisme. Un film comme on en a besoin en ces temps incertains et qui tombera à point nommé en septembre, alors que les salles seront rouvertes et que l’on pourra de nouveau aller au cinéma !

Miss : la bande annonce


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Affiche américaine d’A couteaux tirés


Dans le cadre du Club 300 d’Allociné était projeté au Forum des Images, A couteaux tirés, le dernier film de Rian Johnson, le metteur en scène de Looper et des Derniers Jedi. Au programme, une enquête façon  » Agatha Christie » convoquant un casting hollywoodien mirifique ( Daniel Craig, Chris Evans, Jamie Lee Curtis…). Un film plus « sage » pour celui qui a défrayé la chronique il y a deux ans avec le controversé Episode VIII de la saga Star Wars? Critique ( sans spoiler).

A couteaux tirés : De quoi ça parle ?

La famille Thrombrey au grand complet.
A couteaux tirés

Célèbre auteur de polars, Harlan Thrombey ( Christopher Plummer) est retrouvé mort dans sa somptueuse propriété, le soir de ses 85 ans. L’esprit affûté et la mine débonnaire, le détective Benoit Blanc ( Daniel Craig) est alors engagé par un commanditaire anonyme afin d’élucider l’affaire. Mais entre la famille d’Harlan (comportant rien de moins que Jamie Lee Curtis, Don Johnson, Chris Evans, Michael Shannon, Toni Collette, Katherine Langford et Jaeden Martell) qui s’entre-déchire et son personnel qui lui reste dévoué, Blanc plonge dans les méandres d’une enquête mouvementée, mêlant mensonges et fausses pistes, où les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné jusqu’à la toute dernière minute.

A couteaux tirés : Est ce que c’est bien ?

Image extraite d’A couteaux tirés, de Rian Johnson

Après le tumulte né de la réception de « son » épisode de la saga Star Wars, on avait plus trop entendu parler de Rian Johnson. Le réalisateur américain qui avait gagné en visibilité avec le sympathique et rondement mené Looper en 2012 revient avec un film d’enquête sur un meurtre commis dans une maison bourgeoise. Faux semblants. Famille richissime se déchirant l’héritage familiale. Suspects multiples avec chacun de bons mobiles. Cadre luxueux. A couteaux tirés a tout d’un Cluedo de luxe. Un simple divertissement ? Un bonbon sucré pour faire passer la pilule amère (selon certains) des Derniers Jedi? Pas seulement…

Car, encore une fois, Rian Johnson prend un malin plaisir à jouer avec les attentes du spectateur. Sans spoiler quoi que ce soit, car comme l’a si bien dit Johnson dans sa présentation du film, « don’t tell your friends who done it, because it’s a whodunit« , le film a cette qualité rare qu’il ne ressemble pas à ce que la présentation laisse entendre. Ainsi, le personnage principal du film n’est-il pas Daniel Craig, le détective Benoit Blanc, ersatz d’Hercule Poirot dont nous suivrions l’enquête pas à pas pour découvrir qui est le meurtrier d’Harlan Thrombey. Le cœur du donut  de l’intrigue d’A couteaux tirés est dans le cheminement du personnage de Marta, incarné par Ana de Armas, qui confirme le potentiel aperçu dans Knock Knock, mais qui est, de prime abord la moins « connue » du casting pléthorique du film. Ainsi, même les personnages secondaires des plus jeunes membres de la famille Thrombey sont incarnés par Katherine Langford ( inoubliable Hannah Baker de 13 reasons why) et Jaeden Martell ( le Bill Denbrough enfant dans la nouvelle saga Ça ).

Ponctué de nombreux rebondissements, baladant le spectateur de statu quo en statu quo en le prenant constamment à contre-pied et usant savamment de l’humour ( on ne « sort » jamais de l’intrigue pour autant), A couteaux tirés est une franche réussite. En détournant les codes du « whodunit » pour mieux les sublimer, le film surprend agréablement par sa finesse et son aspect plaisant.  De plus, Rian Johnson, se faisant plaisir, réussit à glisser deux-trois piques à l’Amérique de 2019 clivée irrémédiablement entre Démocrates et Républicains pour mieux renvoyer toute cette famille richissime dos à dos concernant l’hypocrisie de leur rapport de classe envers l’extérieur. Enfin, une dernière petite flèche du Parthe glissée sur la vacuité de s’attacher autant à la notion d’héritage, comme un message adressée aux nombreux haters lui étant tombé (injustement) dessus après l’Episode VIII achève de nous convaincre d’avoir passé un excellent moment avec un thriller drôle, rythmé, plaisant et excellemment interprété. Un agréable moment proposé par Rian Johnson avec sa partie de Cluedo de luxe !

 

Swann Arlaud et Maud Wyler dans Perdrix
Copyright Pyramide Distribution

Après avoir enchanté la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 2019, le premier film d’Erwann Le Duc, Perdrix, était projeté dans le cadre du Club 300 d’Allociné avant sa sortie prévue le 14 août 2019. L’occasion pour Pop&Shot de se faire une idée sur cette comédie amoureuse portée par Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant et Nicolas Maury. Critique

Perdix : De quoi ça parle ?

Maud Wyler et Swann Arlaud dans Perdrix
Copyright Pyramide Distribution

Pierre Perdrix vit des jours agités depuis l’irruption dans son existence de l’insaisissable Juliette Webb. Comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans son univers et celui de sa famille, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre.

Ainsi, de prime abord, la trame de Perdrix se présente comme celle de n’importe quelle comédie romantique.  Le personnage principal voit son quotidien bouleversé par l’arrivée de ce qui va devenir son love interest et qui va remettre en cause ce qu’il croyait établi jusque là. Le canevas est rodé depuis l’age d’or des comédies romantiques dans les années 1990. Pour se démarquer donc, il faudra donc innover soit sur la forme, soit sur le fond. Et justement c’est là que Perdrix se distingue…

Car on ne sait pas forcément à quoi s’attendre quand on se rend compte que la comédie amoureuse mettra en scène un capitaine de gendarmerie dépassé (Swann Arlaud), une grande voyageuse perdue( Maud Wyler), une animatrice radio qui n’émet quasiment que pour elle( Fanny Ardant), un biologiste fan de lombrics qui peine à transmettre sa passion ( Nicolas Maury) mais aussi un groupuscule d’activistes nudistes et un tank garé en double file devant la gendarmerie ! Le tout dans des paysages vosgiens  mis en valeur par la caméra d’Erwann Le Duc. La première qualité de ce premier film est très clairement de dynamiter nos attentes. Mais pour quel résultat ?

Perdrix : Est ce que c’est bien ? 

La famille Perdrix au grand complet incarnée par Fanny Ardant, Nicolas Maury, Patience Munchenbach et Swann Arlaud
Copyright Pyramide Distribution

Au rayon des qualités de Perdrix, tout d’abord il y a son ton ainsi que sa façon de manier l’humour. Sortant du sentier battu du commun de la production comique tricolore, la comédie amoureuse surprend dès le début en s’attelant à user de l’absurde et du loufoque pour dépeindre sa galerie de personnages croquignolette. Mais toujours avec bienveillance et tendresse. Il ne s’agit pas de rire d’eux ni avec eux mais bien d’égayer à intervalles réguliers la progression des personnages tout au long du film.

En effet, une autre grosse qualité de Perdrix est la sensibilité qui émane de la comédie amoureuse du début jusqu’à la fin. Loin d’un prétexte à une succession de gags loufoques, doucement, délicatement, sans forcément s’y attendre, le film nous parle du plus noble des sentiments, l’amour, à travers l’évolution de chacun des membres de la tribu Perdix. L’amour d’un gendarme moteur (pas forcément) contre son gré d’une famille dysfonctionnelle pour une jolie tornade qui vient chambouler le quotidien de sa torpeur vosgienne. L’amour que continue de porter une mère de famille au souvenir d’un mari décédé depuis de très nombreuses années. L’amour d’un père célibataire pour sa fille adolescente qu’il couve et qui est d’ores et déjà plus mature que lui.

Sans dévoiler les péripéties qui animent la petite ville de province dans laquelle on trouve tout aussi bien un groupe de nudistes révolutionnaires que des soldats d’opérette cherchant le chemin de leur champ de bataille fantasmée, comme dans toute bonne histoire, les personnages principaux vont évoluer. L’arrivée de la truculente Juliette Webb ( Maud Wyler) va ainsi pousser, pour différentes raisons les membres de la famille Perdrix ( Swann Arlaud, Nicolas Maury, Fanny Ardant et Patience Muchenbach) à sortir de leur zone de confort et à s’affirmer mais aussi et surtout accepter. Accepter qui ils sont et ce qu’ils désirent. Il est particulièrement bien trouvé, par exemple, que la situation bascule définitivement entre les personnages de Maud Wyler et de Swann Arlaud, une fois qu’ils se seront mis à nu en se déclamant leurs portraits respectifs au visage l’un de l’autre.

Un esprit chagrin pourrait toujours dire que, malgré tout, l’enjeu principal, dissimulé sous quelques effet que ce soit, reste quand même, au bout du compte et pour l’essentiel, de savoir si personnage principal 1 finira avec personnage principal 2 et comment il va y parvenir. Mais on ne pourra qu’apprécier l’originalité le ton et le joli message du film. Une belle petite pépite tricolore que cette comédie amoureuse qu’est Perdrix.