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Penelope Bonneau Rouis

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Ralph Of London
Ralph Of London by Pénélope Bonneau Rouis

À l’occasion de leur passage au NOPI (Paris 17) le 13 mai dernier pour promouvoir leur dernier EP sorti le 8 avril 2022, Yellow Sky Highway, le groupe franco-anglais Ralph of London a accordé une interview à Pop & Shot. Entre militantisme politique, jeu vidéo et « shitpop », voici toutes les choses à ne pas manquer pour découvrir ce groupe. 

Vous avez un nouvel EP, Yellow Sky Highway sorti le 8 avril dernier, en quelques mots comment le décririez vous? 

Ralph : Un mélange parfait de chacun de nos propres décors et intentions musicales. Une sorte de projection de notre futur en tant que groupe.

Vous avez déclaré que cet EP était une introduction à votre prochain album. Pourquoi avoir choisi cette direction ? 

Ralph : On a choisi cette direction afin de poser de nouvelles fondations. On est vraiment passés par une transition par rapport à ce que nous faisions avant dans le sens où les précédents projets du groupe étaient surtout des adaptations de chansons que j’avais enregistrées en solo. L’album précédent (The Potato Kingdom, sorti en mars 2020) en comportait 99% tandis que pour ce nouvel EP, c’était totalement le contraire et chacun a vraiment apporté sa pierre à l’édifice en terme d’arrangements, etc. J’ai envie de dire 25% chacun. Donc j’ai écrit quelques unes des chansons, Diane en a écrit quelques unes aussi et ensuite nous nous sommes demandés où nous voulions aller avec tout ça, ce que nous voulions mettre sur cet EP, ce que nous voulions entendre et comment nous voulions travailler ces prochaines années. 

C’était quelque chose de vraiment nouveau pour nous alors sur les 18 chansons que nous avons enregistrées pour cet album, durant la période de confinement, on a décidé d’en choisir 5 et de les sortir d’abord sous la forme d’un EP pour montrer au public notre nouvelle direction.

Quand pensez-vous sortir cet album? 

Ralph : Le plus tôt possible. Diane ? 

Diane : En étant réaliste, ce serait plutôt aux alentours de 2023, début d’année 2023. On devrait d’abord laisser l’EP se diffuser un peu, voir les réactions (bien qu’elles soient très bonnes), et ensuite s’en servir pour sortir l’album. C’est quelque chose qui se prépare et début 2023 me parait être un bon moment. 

Ralph : Diane retient un peu les reines, tandis que j’ai plus tendance à foncer comme un cheval fou, à créer de nouvelles choses et recommencer plusieurs fois. Diane est forte à calmer le jeu et à me ralentir donc c’est un peu un compromis pour nous deux. 

Quelle est l’inspiration derrière le nom de l’EP ? 

Ralph : C’est une réflexion sur la direction que l’on prend en tant que société. Le ciel jaune est un peu comme le feu de Prométhée sauf que cette fois, il représente l’industrie, la pollution et cet obscurantisme planétaire qui nous hantent. Ce ciel jaune est une paroi symbolique entre nous et notre nature autant en tant que société qu’en tant qu’espèce. Et le chemin vers ce ciel jaune est un peu celui que nous empruntons.

On trouve de l’amusement dans cette dystopie 

Donc c’est un titre un peu pessimiste ? 

Ralph : C’est pas pessimiste, mais plutôt dystopique mais on trouve de l’amusement dans cette dystopie.

François : Funtopia 

Ralph : C’est aussi conceptuel, parce que nous avons aussi un jeu video qui sort avec l’EP, qui s’appelle Yellow Sky. L’idée du jeu c’est qu’il y a une trainée de débris de l’espace qui entoure la terre. C’est ce qui forme ce chemin jaune. Donc le principe de ce jeu est de renverser la contamination et la destruction, de nettoyer la planète en soit.

L’une des principales inspirations derrière l’EP est l’univers du jeu-vidéo.

D’où vous est venue l’idée pour le jeu-vidéo ? 

Ralph : Mon frère est développeur 3D et l’une des principales inspirations derrière l’EP est l’univers du jeu-vidéo. En fait, il y a trois inspirations pour cet album. La première : les jeux-vidéos, la deuxième, l’Afrobeat et la dernière tourne plutôt autour de mon propre parcours musical, l’évolution de la pop britannique. 

Donc faire un jeu vidéo nous paraissait cohérent avec cette esthétique du jeu vidéo que nous avions en tête. Alors en le développant, on s’est demandé « qu’est-ce qu’on pourrait bien faire ? » C’est ce qui arrive quand on est dans un état désespéré de créer à un moment où on veut juste que le monde ait accès à notre musique. 

François : La musique de notre jeu-vidéo est inspirée par la musique de l’EP et on avait vraiment en tête de s’amuser du début à la fin, de prendre le temps de créer, de recycler nos anciens projets et avoir la force de passer à une nouvelle forme d’inspiration. À chaque fois, on se disait : « et si on faisait un jeu-vidéo, inspiré par notre musique, elle-même inspirée par un jeu-vidéo », etc etc. On trouvait que c’était une dynamique intéressante. 

Vous avez récemment sorti un clip pour votre chanson White Bred Blues, dans lequel nous rencontrons Mark Shepps, ancien sans-abri. Comment l’avez-vous rencontré et comment vous est venue l’idée ? 

Diane : On a une amie qui vit à Bristol, Sheherazade Bodin qui a réalisé le clip. On lui avait demandé si elle serait intéressée de tourner une vidéo pour nous. On lui a montré la chanson que nous avions choisie, on lui a proposé de nous dire ce qu’elle en pensait, et si ça l’inspirait. Elle est revenue vers nous avec cette idée de suivre des sans-abris dans leur quotidien. Par le biais d’amis, elle a rencontré Mark. On a ensuite fait le déplacement jusqu’à Bristol pour le rencontrer. C’était très intéressant d’entendre son histoire. On pense même aller un peu plus loin avec cette idée et peut-être faire un vrai documentaire sur lui. Mais l’idée principale de suivre Mark n’était pas la nôtre mais celle de Sheherazade. 

Ralph : Elle nous a présenté plusieurs idées qui avaient vaguement à voir avec des questions sociales qu’elle avait interprétées en écoutant les paroles. On a décidé de choisir cette idée-là, parce que ça parlait de quelque chose qui est dans le thème du « nettoyage de la planète et du cosmos » et cette idée de nettoyer la société, pas comme les nazis le faisaient mais juste cette manière de gérer nous-mêmes nos problèmes. Montrer quelqu’un qui a vécu dans la rue pendant 20 ans et a survécu nous paraissait être une direction assez audacieuse pour ce single. On voulait faire quelque chose « d’inconfortable » et peu représenté en pop. Pour briser la glace en soit. Pour nous, tout ça s’imbriquait parfaitement.

On voulait faire quelque chose « d’inconfortable » et peu représenté en pop.

Votre dernier album, The Potato Kingdom, est sorti quelques jours avant le confinement. En ayant ça en tête, comment avez-vous appréhendé la sortie de Yellow Sky Highway?

Ralph : C’est bien que l’on ait dépassé cette mésaventure aussi vite. On a eu la chance de profiter de cette opportunité et avec toute la société se mettant sur pause pendant deux ans, on s’est dit que c’était notre moment et que l’on ne devait pas perdre de temps. Nous n’avons pas eu l’opportunité de promouvoir cet album, cela a été décidé pour nous et maintenant, il fait partie des archives, relégué au rang de postérité. Si les gens nous parlent de cet album un jour, il n’est pas évident que nous voulions le revisiter étant donné qu’il est définitivement derrière nous maintenant. 

François : Notre manière de créer et de faire la musique est surtout guidée par cette idée de ne pas trop regarder derrière nous, sinon on serait coincés et on commencerait à avoir des regrets. Alors pour continuer sur notre lancée, on recrée à chaque fois, un peu comme un phoenix qui renait de ses cendres encore et encore. Alors même si sur le moment, ne pas pouvoir promouvoir cet album a été décevant, symboliquement nous avons atteint un nouveau lieu de création. 

Vous définissez votre musique comme de la « shitpop ». D’où vous vient le terme ? 

Ralph : J’ai choisi ce terme là pour aller un peu à contre-courant de toutes ces variations de pop. S’il y a de la bedroom pop, autant faire de la trousers pop. De la pop pour les pantalons… ou slippers pop ! Pour les chaussons. Donc oui, si on a choisi ce terme de shitpop c’est parce qu’on a  pas spécialement envie de mettre notre musique dans une catégorie particulière. On veut juste que les gens écoutent notre musique. Mais comme beaucoup de gens ont besoin de tout étiqueter, alors on est partis avec ce terme. C’est de la shitpop, n’en attendez rien d’autre que ça. Mais ce ne sont pas deux mots séparés, shit pop (= pop merdique) non c’est shitpop. On trouvait que ça définissait bien notre musique. 

Diane : C’est avant tout de l’auto-dérision. On fait de la pop, mais les chansons que l’on produit ont des sujets un peu lourds et ne rentrent pas forcément dans une catégorie particulière. On s’amuse quand même et on essaye de ne pas trop se prendre au sérieux. C’est aussi de cette démarche que nous est venu le nom. 

Ralph, tu es le seul membre anglais du groupe. Et vous avez toujours exprimé, en tant que groupe, le souhait de garder une connection entre la France et l’Angleterre. Avec le Brexit, comment avez-vous conservé ce lien? 

Ralph : Le jour où le référendum a été annoncé, j’étais à Berlin. Dès que quelqu’un me parlait, on me demandait ce que j’en pensais et je disais juste que c’était la merde. Mais bon, que faire ? Je suis dépendant du continent, la culture britannique dépend fortement de sa place dans ce système. Quand l’idée du Brexit est venue, c’était pour moi le début d’une vague fasciste qui allait s’abattre sur le monde, pas qu’en Europe. Et ça n’a pas manqué. Le peuple britannique a essayé de minimiser l’affaire, comme si ce n’était pas un signe de fascisme. Mais c’est mauvais pour l’économie. Ceux qui ont voté pour le Brexit ne vont pas en bénéficier du tout, ils sont même en train de perdre.
Notre manière d’y faire face a juste été de refuser d’être entravés et ça nous a été très douloureux. Pas pour nous faire plaindre mais Diane et moi avons traversé les frontières sans arrêt depuis et ça devient de plus en plus compliqué, et de plus en plus brutal. Les policiers aux frontières ont obtenu plus d’autorité pour rendre notre vie encore plus difficile. C’est horrible, dur et plus cher. On ne peut qu’en être défiants. Depuis le Brexit, je me suis retrouvé ici et je suis bien mieux de ce côté-là. Je suis européen, ce groupe est européen et c’est ce que nous représentons. Pour moi le Royaume Uni est européen. C’est juste qu’il se retrouve pris dans un piège politique horrible et dieu sait quand ça se terminera. 

Diane : Et puis, c’est beaucoup plus difficile de jouer au Royaume Uni parce qu’on a pas de visa. C’est même plus facile pour les groupes en venant jouer en Europe que l’inverse parce que les pays européens sont plus souples. En Angleterre, il faut remplir tellement de documents et de contraintes que c’est épuisant. 

Ralph : On doit garder ce pont invisible entre la France et l’Angleterre intact. Si nous devions avoir une mission politique, ce serait celle-ci.