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Alexandre Bertrand

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Adonis Creed ( Michael B. Jordan ) et Rocky Balboa ( Sylvester Stallone) en route pour un dernier combat<br /> © 2018 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved
Adonis Creed ( Michael B. Jordan ) et Rocky Balboa ( Sylvester Stallone) en route pour un dernier combat
© 2018 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved


Mercredi 9 janvier 2019 est sorti en salles le deuxième opus de la saga “Creed“, spin-off des célébrissimes “Rocky“. Porté par Michael B. Jordan et Sylvester Stallone, ce dernier en profitant pour faire ses adieux au personnage/alter ego qui l’aura fait connaitre, et auréolé de bons retours outre Atlantique, le film de Steven Caple Jr vient nous raconter les nouvelles aventures d’Adonis Creed et de son célèbre mentor Rocky Balboa. Pour quel résultat ? Critique.

Creed 2 : A l’origine… (Là ou le bas blesse)

En 2015, le jeune cinéaste Ryan Coogler (porté aux nues depuis grâce au succès de Black Panther), réalisait Creed : L’héritage de Rocky Balboa, vendu sous l’angle du très à la mode concept du requel et prolongeant ainsi une saga entamée avec le magnifique premier opus qui s’était pourtant vue offrir une conclusion aussi touchante que réussie avec Rocky Balboa en 2005. Mais qu’est ce qu’un requel me direz vous? C’est un terme hybride désignant une sorte de mélange entre le principe du remake et celui de la sequel. Ce nouveau concept, très à la mode au cours de notre décennie a donné dernièrement naissance par exemple aux Jurassic World, à la dernière trilogie Star Wars, aux Animaux Fantastiques, Halloween ou bien encore au prochain Men In Black International.

Surfant sur la vague de nostalgie actuelle, tout en essayant d’apporter un souffle nouveau pour séduire les jeunes consommateurs  un public plus jeune, la plupart des requels ont tendance à se perdre dans le fan service le plus stérile. Ainsi, le Retour de la Force et le premier Jurassic World apparaissaient comme des quasi copies carbones lorgnant de façon très gênantes sur leurs illustres prédécesseurs. De même, si le premier Les Animaux Fantastiques avait pour lui une certaine fraîcheur dans sa manière d’appréhender l’univers potterien, sa suite, Les Crimes de Grindelwald, sortie récemment, est tombé tout entier dans le travers du biscuit pour fans (beaucoup trop de Dumbledore et de Poudlard pour être honnête).

© 2018 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved
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Creed, premier du nom, n’échappait pas à la règle. Sorte de “Retour de la Force” de la saga Rocky, Ryan Coogler prenait le même parti pris de J.J Abrams, incapable de transcender son matériel de travail et préférant miser sur la fibre nostalgique du spectateur en singeant l’oeuvre originelle plutôt que de tenter une réelle prise de risque. De même, le personnage d’Adonis Creed, voulu comme le Rocky Balboa des années 2010 ne parvenait pas vraiment à exister. En effet, son postulat de base, à savoir fils bâtard de Creed plaquant une existence dorée pour se faire cogner comme son boxeur de père étant à mille lieux, à tout point de vue, du loubard italo-américain de Philadelphie parvenant aux sommets à force d’abnégation et de volonté. Néanmoins, se collant dans le sillon du chef d’oeuvre qu’est le premier Rocky, sans originalité mais jouant du concept de passage de flambeau, Creed premier du nom ( titré, comme un symbole, en France “L’héritage de Rocky Balboa“) avait obtenu un certain succès tant commercial que critique. Assez pour justifier une suite…

Creed 2 : De quoi ça parle ?

Creed 2
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Quelques années après les événements du premier film, Adonis Creed ( Michael B. Jordan : Black Panther, Chronicle) finit par devenir champion du monde des poids lourds, toujours sous le patronage bienveillant d’un Rocky Balboa ( Sylvester Stallone), remis de son cancer. C’est alors que venu d’Europe de l’Est, un boxeur au physique imposant (Florian Munteanu) du nom de Viktor Drago le défie. Un nom lourd de sens tant pour Balboa que pour Creed

En effet, trente ans auparavant, Apollo Creed est mort sur le ring suite à un combat face à Ivan Drago ( Dolph Lundgren, le seul vrai Punisher, Universal Soldier ou bien encore The Expendables). Pour venger la mort de son meilleur ami et ancien adversaire, Rocky Balboa est alors venu défier le boxeur soviétique jusqu’à Moscou en pleine Guerre Froide. Combat qui aura marqué Rocky à plus d’un titre, puisque souffrant de lésions cérébrales, il est déclaré inapte pour la boxe et finira ruiné.

Après un premier opus parlant de passage de flambeau entre deux générations de boxeurs ( et d’acteurs), le début idéal de Creed 2 aurait du être un plan sur la pierre tombale de Rocky. Le premier Creed lui collant un cancer (après les liaisons cérébrales du 5, dont on a jamais plus entendu parler dans le reste de la saga, ça commence à faire beaucoup), cela aurait pu être une évolution logique et une bonne transition pour passer à une nouvelle histoire, celle d’Adonis Creed. Sauf que… La nostalgie est à la mode en ce moment et les producteurs ont décidé d’y aller à fond en liant ce Creed 2 au Rocky 4.

Creed 2
La famille Drago, antagoniste de Rocky et Adonis
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Comme dit précédemment, ce quatrième opus voyait la mort d’Apollo Creed et le combat Rocky/Drago. Au lieu d’aller de l’avant, la saga Creed regarde donc encore une fois en direction d’un passé censément glorieux. Sauf que copier , s’inspirer fortement, d’un classique comme le premier Rocky peut s’entendre ( au delà de la vacuité de la démarche), quand on commence à vouloir lorgner vers le plaisir coupable qu’est Rocky 4, cela peut être plus problématique…

En effet, imprégné des années Reagan jusqu’au bout des ongles, cet opus est une succession de séquences servant d’illustration visuelle à des tubes du moment sous fond d’affrontement USA/URSS d’une finesse quelque peu pachydermique. Guerre Froide, ambiance MTV, brushing impeccable de Stallone et signes extérieurs de richesse ( cf la scène de la Lamborghini qui aura inspiré probablement le gag de la Safrane dans la Cité de la Peur). So 80’s… Mais un plaisir coupable de vidéoclub peut-il donner lieu à des prolongations qui en vaillent la peine, passé l’effet Madeleine de Proust?

Creed 2 : Est ce que c’est bien ?

Creed 2
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Cette partie contient des spoilers du premier quart d’heure du film.

Creed/Drago. Dès le début, le ton est posé, les trajectoires des deux fils de étant mêlés. En introduction, Viktor Drago émergeant de la banquette d’un appartement miteux de Kiev (parce qu’en Europe de l’Est tout est miteux c’est bien connu), surveillé de près par son entraîneur de père, pour aller livrer un combat qu’il va gagner sans mal. Titre : Creed II. Enchaînement cette fois sur Creed se préparant à livrer combat pour la couronne mondiale. Intervention du vieux mentor Rocky Balboa pour le motiver à base de deux ou trois phrases de grand sage. Combat gagné sans mal. Adonis Creed est parvenu à être champion du monde des poids lourds. Consécration du jeune héros qu’on laissait battu de peu à la fin du premier opus. Dix minutes de métrage seulement se sont écoulés et pourtant, c’est comme si tout le reste du film était déjà résumé.

Commencer le film en présentant Viktor Drago , nouvel Némésis de nos deux héros trente ans après les ravages causés par son père, est en soi une bonne idée. La menace est là, présente, à mille lieux pour le moment du quotidien de nos héros et ils n’en savent rien. Aux deux bouts du globe, deux fils se battent pour la mémoire de leurs pères. Si elle peut faire tiquer de prime abord, l’idée de faire de faire de Creed 2 une sorte de Rocky 4 : Trente après, croiser de nouveau un Creed, un Drago et un Balboa, avait largement de quoi faire au niveau symbolique et dramaturgie quasi shakespearien.

Pourtant dès le début, il n’en est rien et l’impression de danger ou tout du moins de puissance que devrait dégager Viktor Drago est totalement annihilé par une mise en scène du combat sur-découpée rendant peu lisible l’action qui se déroule. De cet incipit, ne subsiste donc l’information que Drago est le nouveau méchant du film et… c’est tout! En même temps, vu qu’il est russe on aurait du se douter aussi… De son coté, aux Etats Unis, Adonis Creed se prépare à combattre pour le titre des poids lourds. La tension est à son comble dans le vestiaire. Enfin… Adonis exhibe ses abdos, sa copine lui demande en langage des signes s’il a bien fait caca et l’apparition de Rocky est iconisé à mort en terme de mise en scène avec un jeu de miroir et un début de speech, du niveau des mantras qu’on trouve sur le mur Facebook d’un préado, lancé depuis la pénombre. La tension est à son comble on vous dit.

Creed 2
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Vu qu’on est à dix minutes-un quart d’heure de métrage et que la promo entière du film a été faite sur le duel Creed/Drago, l’issue du combat laisse chancelant le spectateur qui voit donc Adonis Creed remporter son combat. Sans avoir vraiment pu vibrer pour lui, le cadrage et le montage de ce dernier étant du même niveau que celui du fils Drago quelques minutes auparavant. Pas possible de rejeter la faute sur le réal’ de seconde équipe ou d’un éventuel accroc sans conséquence. Houston, ou plutôt Philadelphie, on a un problème.

Car dès lors, le réalisateur Steven Caple Jr va s’échiner à ne pas insuffler un zeste d’émotion, de tension ou de quoi que ce soit de sensitif durant les différentes scènes clés de ce début de métrage. Retrouvailles Rocky Balboa/Ivan Drago dans une configuration qui aurait du être un mini Heat et qui est expédié comme on abrégerait la visite d’un vieux relou. Adonis Creed passe son temps à dire qu’il ne fait pas ce combat pour Apollo. Rocky expédie la conversation avec Adonis quand il veut le mettre en garde de ne pas combattre le fils Drago avec une émotion dans la voix, en parlant de celui qui a tué son meilleur ami et qui a ruiné sa vie, proche de celle d’un neurasthénique. Adonis révèle à sa mère adoptive, femme d’Apollo et donc veuve Creed depuis Rocky 4, qu’il va combattre un Drago et a tout juste droit à une remontrance plus proche du “ben fais comme tu veux ” plutôt que de la colère froide et de la douleur que devrait ressentir celle qui a perdu l’homme de sa vie sur le ring et qui aura tout fait pour que son enfant adoptif ne monte jamais sur un ring.

Peu d’émotions, pas de tension ou de montée dramatique. A un point tel, qu’on finit par se demander ce que le film veut raconter. Entre une demande en mariage maladroite qui aurait du être touchante et qui finit par une mise en scène aux fraises par être gênante et une tentative de reprise de contact de la part de Rocky avec son fils expédié. Nombreux sont les exemples de scènes qui s’accumulent, ne menant à pas grand chose et semblant être là que pour jouer les passages obligés d’un film qui n’a pas grand chose à dire…

Ou plutôt qui pense qu’il n’a pas grand chose à dire, tant la donne change au milieu du métrage.  En effet, quand naissent les doutes d’Adonis et de Bianca ( Tessa Thompson, impeccable de bout en bout), que deux événements, l’un sportif et l’autre plus intime, viennent ébranler jusque dans leur vie de couple, le film de Steven Caple Jr arrête les approximations et se met enfin à raconter une histoire avec une certaine conviction. La partie du rebond, tout en sensibilité, arrive enfin à faire passer de l’émotion. Un sursaut bienvenu alors que se profile l’entrainement du fils Creed puis le combat final contre le fils Drago.

Creed 2
Tessa Thompson dans le rôle de Bianca, impeccable de bout en bout tout au long du film
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Meme si le combat n’est pas en soi à la hauteur, un passage chanté et un martèlement de poings sur le ring avec la frénésie d’un hyperactif de 5 ans 1/2 n’aidant pas vraiment à se plonger entièrement dans la tension de ce qui devrait être un climax final. Mais c’est encore une fois par l’émotion ( comme depuis les tout premiers Rocky?) que viendra malgré tout le salut du film, la toute dernière scène de l’un des personnages les plus marquants du cinéma du dernier demi siècle finissant par enlever une petite larme…

Creed 2 : K.O technique ou T’as rien dans le ventre ?

Creed 2
La bonne surprise du film : Dolph Lundgren convaincant dans le rôle d’un Ivan Drago revanchard
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Le problème de Creed 2 vient-il donc uniquement de la mise en scène et de la direction d’acteurs de Steven Caple Jr? Non mais elle n’aide vraiment pas, il est vrai. Comme il a déjà été dit, la plupart des scènes qui auraient du marquer le début du film et faire monter la tension avec le retour de Drago dans la vie des Creed et de Balboa est au mieux expédié, au pire raté, comme autant de boulets que Caple Jr et sa star Michael B. Jordan voudraient se débarrasser.

Pourtant des bonnes idées ou surprises, le film n’en manque pas. Le fameux “passage du rebond”, sorte de parenthèse d’un quart d’heure-vingt minutes annonçant le derniers tiers du film, qui a déjà été évoque. Ivan Drago, incarné par l’inusable Dolph Lundgren et dont le personnage acquiert en quelques scènes une profondeur insoupçonnable par rapport à ce qu’il incarnait dans Rocky 4. La bonne surprise du film alors que son retour pouvait faire peur. Des échos- assez fins- de la mort d’Apollo Creed sur le ring se retrouvent à deux moments. Tout d’abord, quand son fils Adonis est en difficulté face au fils Drago et qu’il refuse, comme son père, qu’on jette l’éponge. Enfin, quand Ivan Drago hésite à jeter l’éponge pour protéger son fils en difficulté sur le ring, effet miroir de Rocky qui, hésita, en son temps lui aussi pour protéger Apollo…

Creed 2
Adonis ( Michael B. Jordan) et Bianca ( Tessa Thompson) dans leur bulle
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Mais malheureusement, chaque bon moment est contrebalancé par quelque chose de plus négatif, comme si Caple Jr n’avait pas bien compris ce qu’il racontait. Au retour agréable, car travaillé, d’un Ivan Drago, la mode du fan service nous met dans les pattes une Brigitte Nielsen de retour dans le rôle de Ludmila Drago, là juste pour faire une apparition clin d’œil d’une finesse J.J Abrams-ienne. Ou bien encore le combat final dont la dramaturgie entamée par la mise en scène est sublimée par les notes du thème du tout premier Rocky et donnant un regain d’émotion….pour voir le combat se terminer une poignée de secondes plus tard….

Au final, Creed 2 s’avère donc être une belle déception. Suite d’une saga dont la justification et la raison d’être pouvaient déjà interroger sur sa sincérité, elle n’aura jamais réussi à se transcender, ne sachant vraiment jamais ni d’ou elle venait ni ou elle allait. La façon dont un Rocky Balboa aura été mis en avant dans le premier Creed (au point d’en faire une sorte de Rocky 7) pour finalement le laisser de coté une grande partie du métrage et voir la relation s’achever par un bref hochement de tète et un au revoir méta-lourdingue. La façon dont Adonis aura passé son temps à dire qu’il ne combattait pas pour son père. Passé donc deux films ou on aura oscillé entre le trop et le trop peu, la saga Creed, porté dorénavant par les seules épaules de Michael B. Jordan, sera obligé d’aller de l’avant si un troisième volet devait voir le jour.

En effet, après avoir fait son Rocky 1 ( et un peu 5) avec le premier Creed et revisité Rocky 4 ( et un peu 3), il ne reste plus rien de la saga originelle dont on puisse s’inspirer. Alors qu’aucune note de Bill Conti ne se fait entendre tout au long du générique de fin de ce Creed 2, n’est ce pas là le symbole qu’une page s’est définitivement tournée? Tout au long des deux films qui lui sont consacré, Adonis Creed est un personnage qui n’aura jamais existé qu’en réaction, que ce soit à son père Apollo ( et son héritage), à Rocky (et son mentorat pesant), à sa femme Bianca (et ses problèmes de santé) ou bien au poids du nom qu’il s’est battu pour mériter de porter. Alors à quoi ressemblera un futur film Creed ? Gageons que l’on n’attendra pas très longtemps pour le savoir, l’étoile montante d’Hollywood, Michael B.Jordan, n’allant probablement pas se priver du rutilant “véhicule à star” sur lequel il vient de mettre la main avec la franchise Creed…

Couverture du livre " Back to the 80's Generation Videoclub! " aux éditions Alain Ducasse<br /> Droits réservés Webedia
Couverture du livre ” Back to the 80’s – Generation Videoclub! ” aux éditions Alain Ducasse
Droits réservés Webedia

Le 11 octobre 2018, la rédaction AlloCiné a publié aux Editions Alain Ducasse, “Back to the 80’s – Génération Vidéoclub !“, lettre d’amour au cinéma des années 80 et aux années VHS à travers 100 films culte. L’occasion pour la rédaction de présenter le livre au cours d’une projection spéciale de SOS Fantômes et d’avoir en invité spéciale le doubleur Richard “The Voice” Darbois.  Une soirée Madeleine de Proust toute en nostalgie.

Back to the 80’s – Génération Videoclub! :

C’est quoi un film culte?

Qu’est ce qu’un film culte? Il est vrai que ces derniers temps, le terme a été plus que galvaudé et utilisé à toutes les sauces. En se rendant à la soirée organisée au Forum des Images le 17 octobre 2018 pour la sortie de “Back to the 80’s – Génération Vidéoclub !“, le débat faisait rage entre membres de la rédaction de Pop&Shot. On peut adorer Empire du Soleil (et c’est le cas de l’auteur de ces lignes) et considérer néanmoins que le film culte de l’année 1986 est incontestablement “Top Gun“. Un film culte, c’est quelque chose allant au delà de la technique, de la performance. C’est la Madeleine de Proust, le Plaisir Coupable, c’est de ces films qui marquent et dont on se souvient des années après, le contexte et l’endroit dans lesquels on a pu les visionner. C’est celui qui a fait rêver, qui a permis de s’échapper du quotidien, celui qui a fait fantasmer. On a voulu devenir barman en regardant “Cocktail“, apprendre à danser devant ” Dirty Dancing” ou bien partir à la chasse au trésor après avoir vu “Les Goonies“. Un film culte c’est un rappel indélébile à l’enfance, à l’adolescence, à la jeunesse en général. Un film culte c’est un film marqué au fer rouge dans son inconscient et qui, que l’on soit cinéphile ou non, fait partie de son inconscient. Un film qui finit par faire partie de soi. Qu’on reverra souvent ou auquel on empruntera éhontément des répliques dans la vie de tout les jours.

Back to the 80’s – Génération Videoclub! :

On a pas tout les jours 8 ans…

Richard Darbois et Yoann Sardet lors de la présentation de " Back to the 80's Génération Vidéoclub!" au Forum des Halles
Richard Darbois et Yoann Sardet lors de la présentation de ” Back to the 80’s – Génération Vidéoclub!” au Forum des Halles

En rentrant dans la salle 500 du Forum des Images, la nostalgie battait son plein avec des extraits de BO des films des années 80, projections sur grand écran de répliques cultes convoquant tout aussi bien Shining que Rocky IV et un nombre impressionnant de spectateurs portant T-shirts ou casquettes Jurassic Park! Mais tout ça ce n’était rien comparé à l’émotion provoquée par l’interruption du speech de Yoann Sardet par un florilège de voix en provenance direct des décennies passées : Richard Darbois, doubleur officiel d’Harrisson Ford, Danny Glover, Patrick Swayze, Arnold Schwarzenegger, Dan Akroyd ou bien encore Richard Gere. Peu importe la date de naissance, à ce moment précis, l’age moyen de la Salle 500 du Forum des Images n’excédait pas les 10 ans. Indiana Jones, le Génie, Bodhi, Docteur Ian Malcolm, le Capitaine Crochet… Impossible d’être exhaustif tant la carrière de Richard Darbois est longue et tant il aura marqué toute une génération de cinéphiles en herbe. Une carrière sur laquelle Richard Darbois est revenue de bon cœur lors d’une séance de questions/réponses après la projection de “SOS Fantômes“, un film parfait pour maintenir cet état second dans lequel le spectateur aura été plongé tout au long de la soirée : celui d’un enfant de 8 ans qui regarde bouche bée la VHS qui vient de se lancer dans le magnétoscope.

Back to the 80’s – Génération Videoclub! :

Est ce que c’est bien?

Un aperçu de "Back to the 80's Generation Vidéoclub!" avec l'un des représentants les plus marquants de la décennie...
Un aperçu de “Back to the 80’s – Generation Vidéoclub!” avec l’un des représentants les plus marquants de la décennie…

Si une période se prête bien aux films cultes, ce sont bien les années 80 (ainsi que les années 90 prévues pour une éventuelle suite), la consommation de films s’est démocratisée et a fait son apparition dans les salons de tout à chacun. Toute une génération a pu facilement s’ouvrir à tout un pan de la culture ciné. Avec du bon et du moins bon. De l’avouable et du moins avouable. Illustrant à merveille cette richesse, les cent films proposés dans le livre de la rédaction d’Allociné ” Back to the 80’s – Génération Videoclub!” plongeront les plus anciens dans leurs souvenirs et les plus curieux à la découverte ou redécouverte d’œuvres classiques. Bénéficiant d’une très belle mise en page c’est un très bon ouvrage à avoir pour lancer des débats cinéphiliques essentiels et enflammés sur les films nommés (Superman II?!) et ceux qui ne le sont pas (Police Fédérale Los AngelesLa Folle journée de Ferris Bueller?)!

L’emblème de Terres du Son

Dimanche 8 juillet 2018 marquait le dernier jour du festival Terres du Son. Au programme, une grande variété d’artistes et d’univers aussi différents que talentueux. Tout cela pour une fin de festival en pente douce ? Pas du tout! Bien au contraire, tant les artistes confirmés ( Calypso Rose, Feu! Chatterton, Fakear) mais aussi les agréables découvertes ( Vox Low, BCUC) ont pu tout donner pour que la quatorzième édition de Terres du Son se termine de la plus belle des manières! Reportage.

Un dernier jour de festival (réussi) comporte toujours un peu de tristesse : dommage que cela soit déjà fini. Mais le plein soleil estival emporte vite le vague à l’âme alors que débute cette troisième et dernière journée d’éco-festival. Et les réflexions s’envolent avec le sens de la fête insufflé par la courte prestation du Villejuif Underground! Le public du Chapit’O, comme souvent au cours de ce festival aura été enjoué et gâté par la prestation qui se jouait sous le chapiteau. Pas le temps d’avoir des regrets, au loin (enfin tout est relatif sur la Prairie) retentit le son de Némir

Terres du Son : Calypso Rose, Némir et Vox Low emportent l’adhésion !

Image officielle de Calypso Rose
@Tout droits réservés

Némir artiste hip hop? Oui mais pas que. Le public du Biloba l’aura bien compris tant la complicité entre l’artiste et les spectateurs aura pu être flagrante, et les réactions de la scène de Terres du Son particulièrement enthousiastes! Mais place au tour de la remarquable Calypso Rose. A 77 ans, la chanteuse de Calypso a une énergie qui ferait palir bon nombre de professionnels ayant l’age d’être ses petits enfants! Avec une douceur incroyable, entre deux chansons, elle aura pu aborder tout autant le nombre incalculable de mariages de l’un de ses musiciens que du sort des domestiques de Trinidad dans les années 60 avant son titre No Madam. Mais surtout Calypso Rose a assuré un show inégalable d’énergie et d’élégance matinées d’ambiance caribéenne invitant au voyage.

Si Calypso Rose nous a fait voyager sans mal dans les Caraïbes, Vox Low aura permis lui de voyager à une époque facilement identifiable : celle de Dépêche Mode. Véritable petite pépite étiquetée post punk-cold wave, Vox Low a continué de faire danser les festivaliers et de les faire participer à cette ambiance de fête permanente qui aura animé toute  cette dernière journée de Terres du Son. Entre temps, la scène Propul’Son aura elle aussi livré une nouvelle pépite avec Lehmanns Brothers, un groupe très énergique, n’hésitant pas à taquiner le public en particulier les personnes assises et dont le mélange de jazz, funk, hip-hop, house et soul aura bien fait bouger le public, nombreux, de Propul’Son.

Terres du Son : Défi relevé pour Feu! Chatterton !

Feu! Chatterton en conférence de presse – Terres du Son 2018

Jouer notre set en festival est un véritable défi” avait pu dire plus tôt dans l’après midi l’un des membres de Feu! Chatterton. Une des curiosités de cette fin de journée, alors que le soleil commence légèrement à décliner était de voir comment le public de Terres du Son allait accueillir le groupe parisien. Loin des salles intimistes auxquels ils ont pu s’habituer ces dernières années, un public de festival allait-il être réceptif à leur univers? Le suspense n’a pas duré longtemps : Oh Ouiii! Un public enthousiaste a accueilli la prestation de Feu! Chatterton sur la scène de Biloba. La partition d’un dimanche de festival festif a donc continué de se jouer en cette fin de journée. Et la prestation du poète réunionnais Tiloun a œuvré dans ce sens, sur la décidément excellente scène de Propul’Son avec un maloya doux et touchant.

Terres du Son : BCUC et Fakear mettent tout le monde d’accord pour la fin du festival ! 

Les surprenants et virevoltants BCUC sur la scène du Chapit’O de Terres du Son 2018

La grosse claque de dimanche, comme toute bonne claque, on ne l’a pas vu venir. Les sud africains de BCUC se préparaient sur la scène d’un Chapit’O pratiquement désert, alors que le soleil commençait à descendre au niveau des arbres environnants. Pas de costume brillant de mille feux à la Juliette Armanet, pas d’éclairage élaboré à la Lysistrata. Étiqueté Africangungungu, le lecteur nous pardonnera d’avoir eu le sentiment de partir dans l’expectative au commencement de ce set. Monumentale erreur! En une poignée de minutes, le Chapit’O était comble, appâté par l’énergie déployée par les membres du groupe de Soweto et la voix puissante du chanteur Jovi. Tout le long du set, rythmes ancestraux, rock et transe se mêlent en un parfait tout qui envoûte littéralement le public du Chapit’O pendant plus d’une heure. Une véritable découverte que BCUC, en provenance d’Afrique du Sud (pas loin de devenir un pays à suivre après le coup de cœur 2016 : Jeremy Loops).

Mais il était temps du clou du spectacle. Enfin presque clou. Fakear en effet était la dernière tète d’affiche de cette quatorzième édition de Terres du Son. Sur la scène de Ginkgo, l’artiste normand (vu en interview plus tôt dans l’après-midi : #teasing) s’en est donné à cœur joie en proposant un show riche en instruments. En effet, harpe ou bien encore guitares( dont une avec laquelle Théo Le Vigoureux / Fakear a joué quelques notes) étaient au rendez vous pour appuyer le set électro de Fakear. Un set de qualité pour, proche des douze coups de minuits, lancer les derniers instants de cette dernière journée de Terres du Son

Les Thé Vanille auront malicieusement su jouer de leur programmation. “Merci d’être là à Propul’Son et pas devant Fakear” aura lancé la chanteuse du groupe. Un groupe au dynamisme avéré et à l’énergie rock certaine. Une preuve encore que la scène Propul’Son aura réservé d’excellentes surprises et des coups de cœur avérés tout au long de ces trois jours de Terres du Son.  En fin de soirée, partagés entre les quatre scènes du festival, Préoccupations, Molécule, CTRL-Z et Meute fermaient la marche de ce quatorzième Terres du Son. Mention spéciale au premier et au dernier cité. Le premier, pour ne pas avoir démérité sous le Chapit’O malgré un public trop peu nombreux par rapport à la qualité des punks du groupe de Matt Flegel. Et enfin, le dernier pour avoir brillamment clôturé cet excellent festival avec sa fanfare techno prompte à enflammer ce milieu de nuit de juillet…

Tamino et ses musiciens saluant le public de la Maroquinerie – 4 juin 2018
@Ramy Moharam Fouad


Lundi 4 juin 2018, Roni Alter puis Tamino se sont présentés sur la scène de la bouillante Maroquinerie pour le plus grand bonheur d’un public enthousiaste et conquis. Un grand moment avec un futur grand de la scène internationale. Reportage.

Les orages touchaient une grande partie de la moitié nord de la France hier mais ont fini par éviter Paris. Non, vous n’avez pas mal cliquer, il ne s’agit pas d’un compte rendu météorologique, pourtant la chaleur moite qui envahissait la Maroquinerie le 6 juin 2018 était de celles qui envahissent l’air un peu avant qu’un orage n’éclate et ne vienne mettre fin à une torpeur estivale. Arriva alors la délicate Roni Alter dans une belle robe à fleurs très 70’s.

Roni Alter
@cool israel

Pleine de douceur, en une poignée de morceaux, il ne lui faut que sa guitare et son talent pour nous emmener délicatement dans son univers lancinant et envoûtant. Applaudie à chaque morceau, même lorsqu’elle annonce que ce sera son dernier ( ” C’est pas très positif en fait“, plaisante t-elle avec la salle acquise à sa cause), l’auteure-interprète israélienne nous fait profiter de toute sa poésie teintée de folk et d’un zeste de mélancolie. Son morceau “Once again“, petite pépite de son répertoire, fait bouger les tetes dans un rythme en harmonie avec, de ci, de là, les épouvantails, improvisés ou sortis des placards qu’un nombre grandissant de spectateurs a emmené avec lui.  Sa reprise d'”I Follow Rivers” de Lykke Li est à son image et il faut même un temps pour se dire que, oui c’est vrai, elle n’est pas de son répertoire mais qu’elle n’a eu aucun mal à lui en donner l’air… Mais assez rapidement, Roni Alter vient nous rappeler qu’elle n’est à la Maroquinerie “qu’en première partie” de celui que tout le monde attend : Tamino.

Tamino plein de promesses et de talent enflamme la Maroquinerie ! 

Si je vous dis Amir Moharam Fouad ? Pas grand monde autour de la Maroquinerie n’aurait su de quoi et qui on pouvait bien leur parler. Par contre, la simple évocation du nom de Tamino aurait suscité un enthousiasme sincère et spontané comme on en voit pas si souvent. Le public, connaisseur ou avide de découverte, était prêt à être conquis par un Tamino, arrivant sur scène. Dans l’oeuvre de Mozart, Tamino était un magicien musicien symbolisé par le feu, il n’aura fallu qu’une poignée de secondes pour se rendre compte à quel point ce pseudonyme a été bien choisi…

@UNIT – PRODUCTION

L’attente, inévitable, entre la première partie de Roni Alter et le concert principal de Tamino, a inévitablement fait monter la température au sein de la Maroquinerie. La salle finissant de se remplir a vu fleurir pendant l’entracte les éventails, agités frénétiquement, pour tenter de se rafraîchir, rôle dans lequel les traditionnelles bières ont a priori échouées… Chemise noire, guitare en bandoulière, n’a besoin que d’apparaître pour que la ferveur – communicative – envahisse la salle. Celui que l’on compare souvent à Jeff Buckley a pourtant des intonations proches de Thom Yorke dans ses premiers morceaux. Mais, trêve de comparaisons hasardeuses, Tamino a son style et son aura propres à lui et comme avec Roni Alter quelques minutes auparavant, le public est rapidement transporté dans son univers. La chaleur de la salle aide à se laisser bercer par cette voix profonde. Cette dernière est en décalage avec la timide voix qu’il adopte lorsqu’il essaie de parler en français avec le public entre deux morceaux, tout comme la noirceur des textes qui couplés à leur instrumentalisation confère à l’ensemble quelque chose d’au final paisible. Quelque chose qui couve. L’image de la torpeur, déjà évoquée un peu plus haut, n’est pas négative en soi. Car si Tamino nous emmène bien, doucement, en nous berçant tout au long de ses premiers morceaux, plaisants mais s’enchaînant parfois sans que l’on puisse les distinguer, tant ils forment un ensemble homogène, ce n’est que pour laisser éclater son talent de façon dans le dernier tiers du concert grâce à “Indigo Night

Un aboutissement en deux temps pour Tamino 

Car, “Indigo Night” apparaît comme le paroxysme de la soirée avec le recul. Peu importe qu’il fasse chaud, peu importe que l’on se presse pour mieux voir le prometteur artiste flamand, peu importe que certains textes aient pu toucher voire raviver, par leur beauté, des sentiments enfouis,  peu importe que l’on ait eu l’impression que les précédents morceaux se ressemblaient un peu (trop), Tamino libère ce trop plein de sensations comme un orage salvateur qui vient d’enfin éclater. La voix s’envole, la voix s’enflamme, l’instrumentalisation se fait plus hardie, plus présente, plus forte tout simplement. Tamino n’interprète plus, il vit ce morceau, puis les deux suivants avec la complicité de ses deux musiciens. Le public déjà conquis, n’hésite alors plus à rugir de plaisir et à consacrer l’artiste qui a enflammé la soirée. Un rappel en deux chansons semble la moindre des choses, tant il est évident que le public, composé en très grande  majorité de trentenaires, n’a pas été rassasié et qu’il souhaiterait profiter encore et encore des talents de l’artiste belge. Mais il n’est de si bonne compagnie qui ne se quitte… Aussi le public pourra t-il se rassurer en se disant que, comme attendu, Tamino est bourré de talent, mais qu’il est aussi fait de promesses pleines de génie qui ne tarderont pas à éclore…

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