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Alexandre Bertrand

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Tamino et ses musiciens saluant le public de la Maroquinerie – 4 juin 2018
@Ramy Moharam Fouad


Lundi 4 juin 2018, Roni Alter puis Tamino se sont présentés sur la scène de la bouillante Maroquinerie pour le plus grand bonheur d’un public enthousiaste et conquis. Un grand moment avec un futur grand de la scène internationale. Reportage.

Les orages touchaient une grande partie de la moitié nord de la France hier mais ont fini par éviter Paris. Non, vous n’avez pas mal cliquer, il ne s’agit pas d’un compte rendu météorologique, pourtant la chaleur moite qui envahissait la Maroquinerie le 6 juin 2018 était de celles qui envahissent l’air un peu avant qu’un orage n’éclate et ne vienne mettre fin à une torpeur estivale. Arriva alors la délicate Roni Alter dans une belle robe à fleurs très 70’s.

Roni Alter
@cool israel

Pleine de douceur, en une poignée de morceaux, il ne lui faut que sa guitare et son talent pour nous emmener délicatement dans son univers lancinant et envoûtant. Applaudie à chaque morceau, même lorsqu’elle annonce que ce sera son dernier (  » C’est pas très positif en fait« , plaisante t-elle avec la salle acquise à sa cause), l’auteure-interprète israélienne nous fait profiter de toute sa poésie teintée de folk et d’un zeste de mélancolie. Son morceau « Once again« , petite pépite de son répertoire, fait bouger les tetes dans un rythme en harmonie avec, de ci, de là, les épouvantails, improvisés ou sortis des placards qu’un nombre grandissant de spectateurs a emmené avec lui.  Sa reprise d' »I Follow Rivers » de Lykke Li est à son image et il faut même un temps pour se dire que, oui c’est vrai, elle n’est pas de son répertoire mais qu’elle n’a eu aucun mal à lui en donner l’air… Mais assez rapidement, Roni Alter vient nous rappeler qu’elle n’est à la Maroquinerie « qu’en première partie » de celui que tout le monde attend : Tamino.

Tamino plein de promesses et de talent enflamme la Maroquinerie ! 

Si je vous dis Amir Moharam Fouad ? Pas grand monde autour de la Maroquinerie n’aurait su de quoi et qui on pouvait bien leur parler. Par contre, la simple évocation du nom de Tamino aurait suscité un enthousiasme sincère et spontané comme on en voit pas si souvent. Le public, connaisseur ou avide de découverte, était prêt à être conquis par un Tamino, arrivant sur scène. Dans l’oeuvre de Mozart, Tamino était un magicien musicien symbolisé par le feu, il n’aura fallu qu’une poignée de secondes pour se rendre compte à quel point ce pseudonyme a été bien choisi…

@UNIT – PRODUCTION

L’attente, inévitable, entre la première partie de Roni Alter et le concert principal de Tamino, a inévitablement fait monter la température au sein de la Maroquinerie. La salle finissant de se remplir a vu fleurir pendant l’entracte les éventails, agités frénétiquement, pour tenter de se rafraîchir, rôle dans lequel les traditionnelles bières ont a priori échouées… Chemise noire, guitare en bandoulière, n’a besoin que d’apparaître pour que la ferveur – communicative – envahisse la salle. Celui que l’on compare souvent à Jeff Buckley a pourtant des intonations proches de Thom Yorke dans ses premiers morceaux. Mais, trêve de comparaisons hasardeuses, Tamino a son style et son aura propres à lui et comme avec Roni Alter quelques minutes auparavant, le public est rapidement transporté dans son univers. La chaleur de la salle aide à se laisser bercer par cette voix profonde. Cette dernière est en décalage avec la timide voix qu’il adopte lorsqu’il essaie de parler en français avec le public entre deux morceaux, tout comme la noirceur des textes qui couplés à leur instrumentalisation confère à l’ensemble quelque chose d’au final paisible. Quelque chose qui couve. L’image de la torpeur, déjà évoquée un peu plus haut, n’est pas négative en soi. Car si Tamino nous emmène bien, doucement, en nous berçant tout au long de ses premiers morceaux, plaisants mais s’enchaînant parfois sans que l’on puisse les distinguer, tant ils forment un ensemble homogène, ce n’est que pour laisser éclater son talent de façon dans le dernier tiers du concert grâce à « Indigo Night »

Un aboutissement en deux temps pour Tamino 

Car, « Indigo Night » apparaît comme le paroxysme de la soirée avec le recul. Peu importe qu’il fasse chaud, peu importe que l’on se presse pour mieux voir le prometteur artiste flamand, peu importe que certains textes aient pu toucher voire raviver, par leur beauté, des sentiments enfouis,  peu importe que l’on ait eu l’impression que les précédents morceaux se ressemblaient un peu (trop), Tamino libère ce trop plein de sensations comme un orage salvateur qui vient d’enfin éclater. La voix s’envole, la voix s’enflamme, l’instrumentalisation se fait plus hardie, plus présente, plus forte tout simplement. Tamino n’interprète plus, il vit ce morceau, puis les deux suivants avec la complicité de ses deux musiciens. Le public déjà conquis, n’hésite alors plus à rugir de plaisir et à consacrer l’artiste qui a enflammé la soirée. Un rappel en deux chansons semble la moindre des choses, tant il est évident que le public, composé en très grande  majorité de trentenaires, n’a pas été rassasié et qu’il souhaiterait profiter encore et encore des talents de l’artiste belge. Mais il n’est de si bonne compagnie qui ne se quitte… Aussi le public pourra t-il se rassurer en se disant que, comme attendu, Tamino est bourré de talent, mais qu’il est aussi fait de promesses pleines de génie qui ne tarderont pas à éclore…

Envie de découvrir Tamino ? Pourquoi pas aux Nuits Secrètes cet été?! On te parle de l’édition 2018 juste

 

Extrait de « Over your dead body » de Takashi Miike

Du 7 au 22 avril 2018, en parallèle de l’exposition Enfers et fantômes d’Asie au musée du Quai Branly – Jacques Chirac, se déroulera Fantômes d’amour et de terreur – Vision d’un cinéma hanté la programmation -gratuite!- d’une trentaine de longs métrages, en provenance d’Orient ou d’Occident, tous liés par la thématique commune du fantôme. 

 

Couverture du catalogue « Enfers et Fantômes d’Asie » par Stéphane du Mesnildot et Julien Rousseau aux éditions Flammarion

 

Du 10 avril au 15 juillet 2018, se déroulera l’exposition  » Enfers et fantômes d’Asie », une plongée mêlant les différents arts graphiques ou bien encore le théâtre pour un voyage dans l’histoire de la représentation des fantômes en Asie. Chapeautée par Julien Rousseau, responsable de l’unité patrimoniale Asie au musée du quai Branly – Jacques Chirac, l’exposition  » Enfers et fantômes d’Asie » mettra particulièrement en avant la partie consacrée au Septième Art tout au long du mois d’avril.

Sadako dans The Ring (1998)

En effet, du 7 au 22, la programmation d’une trentaine de longs métrages soigneusement choisis par Stéphane Du Mesnildot, critique aux Cahiers du Cinéma, spécialiste du cinéma asiatique, et notamment du cinéma fantastique japonais sera organisé gratuitement ( dans la limite des places disponibles) au musée du quai Branly. Quelle meilleure occasion alors de pouvoir découvrir ou redécouvrir des classiques du cinéma de genre tels que « Le carnaval des âmes« , « Ne vous retournez pas« , « Histoire de fantômes japonais » mais aussi les plus récents « Ring« , « Le voyage de Chihiro » ou bien encore le cultissime « Jack Burton dans les griffes du mandarin« (revu dernièrement à l’occasion du PIFF 2017)?

Éternel Kurt Russell dans Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin

L’au delà est une thématique universelle et Stéphane Du Mesnildot ne s’y est pas trompé en mettant des passerelles entre cinéma d’Asie et cinéma « d’Occident ». Du Japon de l’ère Edo « d’Histoires de fantômes japonais » au Los Angles des 80’s ( et la quasi coupe mulet de Kurt Russell) de Jack Burton dans les griffes du mandarin, de la mortifère Venise de  » Ne vous retournez pas » au Bangkok de « The Spiritual World« , toutes les époques et tout les lieux se prêtent à des histoires de fantômes. Et avec elles, parfois, souvent, l’une des meilleures façons de parler des vivants…

Pour voir dans le détail la programmation des trente films choisis dans le cadre de « Fantômes d’amour et de terreur – vision d’un cinéma hanté » au musée du Quai Branly c’est par ici !

Disponible en DVD depuis le 14 février 2018, la suite du mythique Blade Runner aura fait parler d’elle au moment de sa sortie. Pour un succès commercial relatif comparé aux standards actuels, le film a eu un accueil critique globalement dithyrambique. Et le spectateur dans tout ça il en pense quoi ? Deuxième édition des Discussions de fans avec Jérémie, Sébastien et Ninon.

L’agent K ( Ryan Gosling) plongé dans un monde ou la frontière entre virtuel et réel est bien mince…

 

Qu’est ce que tu as pensé globalement du film ?

Jérémie :J’ai été très agréablement surpris. J’avais franchement peur de ce que ça allait donner même si l’équipe autour du film était de bonne qualité sur le papier. Je suis rentré dans la salle en m’attendant à être déçu et ça n’a pas du tout été le cas. Pour moi, le film est très très proche du niveau du premier et un des points qui place le premier devant c’est aussi sa primauté chronologique. L’ambiance est fabuleuse dans ce film et on retrouve totalement le côté magnifiquement salle au niveau esthétique. Une chose que j’ai adoré, c’est la maîtrise de Denis Villeneuve à gérer des éléments omniprésents sans qu’il ne soit visible dans le champs de la caméra. Aujourd’hui, les réalisateurs ont tendance à tout montrer, ce qui ne laisse pas de place active au spectateur. Ici, la gestion de ce qui est montré et surtout de ce qui n’est pas montré est excellente. L’exemple typique est la première scène dans la ferme. La cocotte en fonte est omniprésente dans l’ambiance, au niveau sonore et visuelle car elle est un des seuls éléments que l’on distingue dans l’obscurité et pourtant, nous ne verrons jamais ce qu’il y a dedans malgré le fait que K regarde dedans .

Sébastien : Une grande réussite. Techniquement, d’abord le film est un petit bijou de maitrise et je pense que tout cinéphile, même ceux qui ne s’intéresse pas à la SF, devrait le voir ne serait-ce que comme objet d’études. Le chef op mérite un oscar, l’ambiance sonore est prenante et colle à l’image. Concernant l’histoire, c’est très fidèle au premier opus tout en étant un film à part entière. Il peut plaire à tous.

Ninon : J’avais peur de m’ennuyer, de ne pas aimer du tout et passer un moment pénible. Globalement je ne peux pas me décrire comme une fan de SF mais plutôt de Fantastique donc je partais sans grand espoir mais tout le monde en parlait de Blade Runner. J’ai toujours entendu dire que le premier était un monument de SF donc je me suis dit « pourquoi pas ? ». Lorsque j’ai su la durée du film j’ai vraiment croisé les doigts pour qu’il soit bien. Je suis donc allée voir Blade Runner 2 sans connaitre le 1er. Depuis j’ai visionné le premier. J’ai apprécié ce film mais sans plus. Je sais que je ne le regardais probablement jamais. On suit l’enquête d’un Blade Runner qui finalement tombe sur une réplicante qui aurait accouchée d’un enfant chose impossible normalement. On apprend qu’il s’agit d’une réplicante spéciale : Rachel. Que l’enfant aurait a peu près le même âge que notre Blade Runner. Il doit chercher l’enfant et le tuer parce que cela entrainerait une crise. Il pense que l’enfant c’est lui mais non ses souvenirs ont été manipulé pour protéger l’enfant de Rachel et du Blade Runner déserteur qui serait lui aussi un réplicant. Je passe le // qu’on peut faire easy avec le christianisme etc. Je trouve que l’histoire est traitée par-dessus la jambe. On perçoit ce qu’il y’a d’important dans tout cela et de crucial si on réfléchit mais les personnages pas vraiment. On dirait un film qui prépare plus une transition vers un Blade Runner 3 (je ne sais pas si c’est un projet qui existe) qu’autre chose. Ce que j’ai perçu c’est simplement que les personnes qui ont travaillé sur ce film aimaient cet univers et voulaient simplement s’y balader. Ce qui manque dans ce film je crois que ce sont de réels moments où les personnages s’interrogent sur ce qu’ils font, qu’ils se remettent en cause eux, leur système et leur façon de vivre, de penser. On dirait qu’ils sont immobiles. Je pense qu’il aurait dû traiter à fond les thèmes que l’existence de ces réplicants / esclaves impliquent. Toutes les questions morales, éthiques, philosophiques et psychologiques que cela entraine. Comment-en est on venu à un tel monde ? Par quel moyen ?

Le buzz autour du film, avant sa sortie, présentait le film comme l’un des meilleurs films de SF du début du siècle, tu en pense quoi ?

Ce n’est pas l’un des meilleurs. C’est LE meilleur. Ce film est une très grande oeuvre du cinéma de science-fiction. Il détrône District 9 qui était mon préféré du 21e siècle jusqu’à présent, juste devant Mad Max fury road.

Oui clairement, mis à part Mad Max peut-être,il n’y a même pas match. Pourquoi ? Les autres films manquent singulièrement de profondeur (on en reparlera). Après je n’aime pas trop définir Blade Runner 2049 juste comme un film de SF. Il tient autant (comme son aîné) du film de SF que du polar. Et dans un monde où une partie du public a des préjugés sur la SF, ça a son importance.

Cette histoire de meilleur film de SF du siècle c’est juste un coup de promo rien de plus. Le siècle est à peine entamée comment on peut dire une chose pareille, c’est absurde. C’est un film de SF sympa. On croit en la réalité de cet univers, il est très bien travaillé avec ce futur apocalyptique glauque et sinistre. J’aime bien l’idée d’une catastrophe écologique qui amène à ce monde. Hormis cela il ne restera pas dans les mémoires outre mesure.

@WarnerBrosPictures

 

Une suite à Blade Runner, ça en valait la peine ? D’ailleurs, qu’est ce que tu pensais du premier film avant qu’on parle d’une suite ?

 

Non clairement pas. Le premier se suffit à lui-même et n’avait nullement besoin d’une suite. D’ailleurs, j’aurais même préféré, quitte à faire une suite, qu’elle soit dans le même univers mais avec un scénario sans aucun lien avec le premier. Attention, ça n’enlève en rien ce que j’ai pensé du film. Il est vraiment excellent et l’équipe a clairement fait une oeuvre fantastique, pas nécessaire dans l’absolu mais fantastique. Ce que j’ai pensé du premier ? Un chef d’oeuvre ! Pour moi la meilleure représentation cinématographique de la mélancolie et du spleen Baudelairien. Des acteurs au top, une ambiance superbement écrasante, une empathie omniprésente sur la solitude absolue du personnage principal, et j’en passe. J’ai écrit un article là-dessus d’ailleurs pour ceux qui veulent avoir plus de détail 

C’est un monument du cinéma, une des définition du cyberpunk. Je l’ai vu quand j’en avais 20 (donc le film était déjà bien bien daté) et le cœur du film est resté intact. Cette ambiance oppressante et décadente, cette impression d’avoir perdu définitivement quelque chose à l’humanité en allant vers cette société si similaire à la notre. Cette réflexion sur l’humain…
Mis à part certaines coupes de cheveux qui m’ont fait sourire (ah les années 80 ), le film n’a pas pris une ride.Blade runner 2049 est presque indépendant du premier. Le point commun est cet univers très particulier. Et c’est pour ça que c’est une suite légitimite, il continue d’explorer un univers avec ses propres réflexions.
En fait la partie la plus imparfaite est le fait que deckard soit dedans car on sent qu’il est là parsque le studio a insisté qu’il soit dedans. On sent que c’est pour faire plaisir aux fans plus que pour l’histoire.

Alors le premier Blade Runner je l’ai vu seulement après avoir visionné le 2 et ben j’ai été choquée. Déjà tout le monde parle d’une histoire d’amour incroyable entre Rachel et  Deckard. J’ai jamais vu, à aucun moment de l’amour entre eux. Dans le 2, on nous parle de leur rencontre comme un coup de foudre etc. Eh bien dans le 1 franchement le coup de foudre je le cherche encore… Tout ce que je vois c’est que Deckard viole Rachel. Ensuite il l’emmène on ne sait où et elle le suit parce que ce film a été scénarisé par des truffes qui trouvent que le viol y’a rien de plus romantique et donc elle tombe amoureuse de lui comme par magie. Elle espère sans doute qu’il la sauvera et c’est tout. Franchement je n’ai pas compris du tout l’intérêt suscité par le 1. Bon après j’imagine que dans les années 80 ça devait être un film fou mais l’histoire comme elle est présentée ne casse pas trois pattes à un canard. C’est simplement un mélange de film noir et de Sf comme le 2 d’ailleurs.

 

Une des plus belles scènes du film
@WarnerBrosPictures

Que pense tu de cette mode actuelle de donner des suites à des œuvres marquantes, d’enrichir des univers passés ? ( cf Prometheus, Terminator:Genysis, Star Wars 7, Twin Peaks, le futur Predator)

 

C’est ! de ! la ! merde ! D’une part car beaucoup n’en avait pas besoin. D’autre part car la plupart du temps c’est entre le moyennasse et l’extrêmement mauvais. Jurassik World ou Terminator Genysis sont à la limite du ridicule, Prometheus et Alien Covenant, je ne préfère pas en parler, je vais vomir (et pas parce que je suis content). Star Wars 7 n’est qu’un copié collé complet mais inversé du 4 qui ne se justifiera qu’en partie si le 8 et 9 réservent de vrais surprises. Sinon ce sera une des trilogie les plus inutiles qui n’ait jamais existées. Heureusement la saga ou plutôt l’univers est sauvé par Rogue One qui est pour moi le meilleur « Star Wars » Dans cette vague de bof, heureusement qu’il y a eu Mad Max et Blade Runner. C’est à croire que plus personne n’a d’idées pour créer quelque chose de nouveau… Et c’est bien triste.

Ils sont pour la plupart ratés car ils manquent de fond. Ils n’existent pas en tant que films indépendants, ce sont des annexes des univers connus racontés de facon romancées. Donc peu importe l’intention louable ou non au départ, ça rate quasi invariablement.

Je pense que c’est simplement profiter des moyens actuels et surtout de la technologie pour essayer de remettre ces oeuvres à l’air du temps. Je ne vois pas trop l’intérêt et  pour Star Wars je vais attendre les avis des gens avant de me décider à le voir.

 

Après Indiana Jones et Han Solo, Harrisson Ford continue sa tournée d’adieu en reprenant le rôle de Deckard, pour quel résultat cette fois ? Est ce un retour réussi ?

 

Je pense qu’un certains nombre de personnes qui ont eu leur jour de gloire avec le nouvel Hollywood feraient bien de partir en retraite car ils n’apportent plus rien creativement parlant.

Je trouve que son seul retour réussi dans ces anciens rôle c’est Han Solo. Il n’était pas vraiment nécessaire de voir Deckard dans ce film.

 

Que vous inspire le relatif échec ( ou demi succès) au BO de Blade Runner 2 en ces temps ou on a quasi 5 films par an qui dépassent le milliard de dollars ?

 

Je suis au final mitigé. C’est toujours dommage quand un film de grande qualité ne soit vu et apprécié que par une petite quantité de gens. Ça ne va pas non plus forcément favoriser le genre (je rêve d’une anthologie de films dans l’univers de Shadowrun par exemple). Après je me console dans l’idée que ça ne va pas inspirer des producteurs avides d’argent facile pour faire des suites bâclées dans la hype du moment. Ce sont des films très exigeants, le temps doit être pris pour faire de la qualité.

Cyril Morin est un véritable touche à tout, à la fois compositeur, scénariste et réalisateur, celui qui se définit avant tout comme un « conteur » fête cette année ses 35 ans de carrière avec une double sortie d’albums. D’une part, la réédition de ses compositions pour la saison 1 de « Borgia » et d’autre part, son dernier opus  » New Dawn » : Une occasion en or de le rencontrer et d’échanger avec lui… 

Pochette de l’album New Dawn de Cyril Morin
DR : Julie Oona

Pop&Shot : Parlons de votre album « New Dawn », sorti il y a un petit mois maintenant. Pouvez vous nous dire quelques mots sur ses origines ?

Cyril Morin : New Dawn est un album qui vient de loin. Quand j’étais adolescent, j’ai travaillé, j’ai fréquenté de très bons musiciens de jazz. Mon instrument alors était la guitare. Mais j’ai fini par mettre de coté cet instrument… Et puis, avec le temps, j’ai eu ce projet de revenir à cette époque. Je me suis mis à écrire tout en reprenant la guitare, pour me remettre un peu au niveau, dans la mesure où beaucoup de compositeurs, par la force des choses, ne pratiquent plus forcément un instrument… C’est comme ça que j’ai pu mener à bien ce projet qui vient de mon adolescence…

P&S : Est ce que vous pouvez nous parler de vos sources d’inspiration ?

Cyril Morin : Justement, je pense que les musiciens écoutés pour cet album sont les mêmes que ceux que j’écoutais à l’adolescence… Il y a une grosse influence de Jaco Pastorius, de Brad Mehldau…  qui n’était pas là à l’époque, qui est plus récent. En fait, à l’époque il y avait trois types de musiciens : ceux qu’on écoutait sur des albums, Chick Corea, Herbie Hancock… Chick Corea que j’ai vu il n’y a pas longtemps, Herbie Hancock que j’ai pu rencontrer… L’influence est très vaste… On pourrait parler des musiciens de jazz dans la musique de films… Mais contrairement à de la musique de films, dans ce genre de cas de figure, on n’est pas limité pour les solos et on est dans une grande liberté, y compris dans l’improvisation.

P&S: Est ce que le fait de revenir aux sources, c’est pour vous un nouveau tournant avec une boucle bouclée ?

Cyril Morin : En fait, je fonctionne avec beaucoup de boucles, dans mon travail et dans ma vie. En effet, avec les musiciens avec qui je travaillais, on écoutait beaucoup Mahavishnu Orchestra, Zaba, Jean Luc Ponty. Des années plus tard, par chance, j’ai pu faire écouter à Jean Luc Ponty mon album, ici, dans mon studio… C’est ce que j’appelle une boucle. On écoute quelqu’un à une époque, après on le rencontre et après… Je pense pas que j’aurais été capable de l’écrire mais mes références étaient à ce moment là. ça prouve qu’on est sur le bon chemin, tout d’abord, ça boucle quelque chose avec la passé… C’est quelque chose qui m’arrive très souvent, qu’on appelle la synchronicité. Je fais très souvent attention à ça, aux symboles et ce que ça veut dire…

 


« New York est une ville inspirante, car tout le monde est passé par New York »


 

 

P&S : Pour le clip de Ballad with Jaco, vous avez mis en images New York. Vous  avez pour habitude de mettre de la musique sur les images, est ce que l’inverse est aussi facile ?

Cyril Morin : J’ai fait quelques clips. Qui étaient basés sur des films, des rushs augmentés si l’on peut dire…. Et j’avais toutes ces images tournées à New York et j’avais envie de leur donner un sens, j’ai eu envie de les compiler avec tout les prénoms de ces jazzmen… C’est vrai que New York est une ville inspirante, car tout le monde est passé à New York… Tout les jazzmen sont passés à New York… Tout les artistes sont passés à New York… Quand on se ballade dans la rue c’est toujours quelque chose de chargé, il y a toujours quelque chose dans l’air, donc je trouvais ça bien de passer par New York, là où on sait que tant de musiciens, que l’on connaît tous, sont passés.

Couverture de l’album de la saison 1 de Borgia DR

P&S : L’intégrale de vos compositions sur la saison 1 de Borgia sort prochainement. Pouvez vous nous en dire plus sur votre participation à ce projet ?

Cyril Morin : Le constat c’est que quand on compose pour une série, on prend le générique, les morceaux les plus longs et ça fait la BO. Mais ça ne reflète pas vraiment tout le travail qui est réellement fait, c’est à la fois un travail de précision et de changement de rythme. Il faut savoir qu’une scène de série dure généralement une minute, on a une musique qui illustre cette scène, puis on passe à une scène suivante, etc… Une musique d’ambiance va succéder à une musique d’action puis une musique dramatique,etc… Je parle bien sur pour une musique de série, au cinéma c’est différent, on a plus de temps pour dérouler sa musique et on peut donc avoir quelque chose qui se suit. En reprenant mes différentes compositions faites pour la saison 1 de Borgia, je me suis dit qu’il y avait du sens et qu’en en groupant certaines, en en séparant d’autres, ça donne plus l’esprit d’un opéra. Avec des variations importantes plutôt que des thèmes qui se succèdent et qui n’ont pas forcément de lien. Mais il n’y a pas la dramaturgie, je dirais même l’inter dramaturgie. C’est à dire la combinaison des différents drames, les différentes tensions que peuvent vivre les personnages. Cette inter dramaturgie est beaucoup mieux mise en valeur dans cette BO que dans celle sortie à l’origine.

 

 


« La musique est un triangle entre ce qu’on a voulu dire, le résultat et celui qui dirige tout ça, le réalisateur »


 

 

P&S : Comment se passe le processus créatif sur une série ? Comment s’est passé le processus créatif sur Borgia ?

Cyril Morin : Sur une série, au niveau de la musique, il faut vraiment être force de propositions. J’ai beaucoup composé en amont, j’ai fait écouter beaucoup de musiques à Tom Fontana ( NDLR : le showrunner de Borgia), il me donnait son sentiment sur ce qu’il aimait, ce qu’il aimait moins… Quand les images sont arrivés, je me suis perçu qu’une grande partie de la série était plus intimiste que prévu, c’est à dire que ça se passait plus en huis clos que dans des grands espaces. Une partie des musiques que j’avais fait ne convenait pas, car j’étais plus parti sur quelque chose d’épique, de grandiose. Finalement, on a utilisé ces musiques là pour les scènes spectaculaires avec de grands espaces, de la foule, des figurants,etc… J’ai donc retravaillé sur les scènes intimistes, on est comme dans Le Parrain, c’est l’histoire d’une famille . Mario Puzo, qui a écrit Le Parrain, a sorti récemment un livre sur les Borgia ! Le parallèle est intéressant.

P&S : Le processus créatif se fait donc en deux temps : avant les images et après les images. Est ce que cela se passe toujours de cette façon ?

Cyril Morin : Oui parce que la musique est un triangle entre ce qu’on a voulu dire, le résultat et celui qui dirige tout ça, le réalisateur. Finalement, c’est dans ce triangle qu’on doit se retrouver. C’est ce triangle qu’on doit combler musicalement, c’est à dire qu’il est possible que pendant le tournage on n’ait pas la scène que l’on voulait faire, l’ambiance qu’on voulait retranscrire, mais le fait de connaître le script permet de rajouter un petit élément dans la musique pour d’une certaine façon rattraper la scène. C’est l’équation entre ces trois choses qui permettent de faire une bonne musique de film/série. Je pense vraiment qu’il faut écouter les trois, même si j’aurais tendance, avec l’expérience à privilégier le scénario.

P&S : Est ce qu’il y a une différence entre composer pour une grosse production internationale, comme Borgia, et une saga de l’été française, comme vous avez pu le faire avec Méditerranée, il y a quelques années ?

Cyril Morin : C’est la même chose. L’époque a changé bien sur, on attend plus la même chose qu’avant. La fiction française a changé, elle est en pleine évolution, même si à mon avis elle est encore un peu lente. Ce qui a changé c’est le thème. On est moins demandeur sur une thématique, on est plus demandeurs sur une atmosphère. Il n’y a plus le rendez vous télévisuel, on regarde la série quand on veut. On va la chercher, à l’époque, elle passait. Ce sont deux approches très différentes, on recherchait le thématique pour que ce soit fidélisant, alors qu’aujourd’hui, ce n’est pas la musique qui fera qu’on sera fidèle ou non à une série. On a besoin de rentrer dans une ambiance, parce qu’en rentrant dans une série, on va y rentrer pendant 12 heures, 24 heures, 36 heures, c’est pourquoi donner la meilleure ambiance possible est essentielle. La musique crée un véhicule qui ballade le spectateur au milieu de personnages qui sont souvent plus complexes que dans le cinéma.

 


« Je travaille plus sur les sentiments que sur l’image »


 

P&S : Est ce que vous avez senti une évolution similaire dans l’univers du cinéma ? Et avez vous ressenti une évolution sur votre façon de travailler ?

Cyril Morin : Oui. J’ai moins besoin des images. Je travaille beaucoup plus sur les idées que sur les images. Je travaille beaucoup plus sur les sentiments que sur le spoting de l’image. Le spoting de l’image c’est le fait de dire « il rentre là, il ferme la porte, on passe d’un plan large à un plan serré sur le personnage et il ressort de la pièce » et que la musique doive suivre ce mouvement. Ce n’est pas quelque chose qui est intéressant au premier abord. Ce qui est intéressant c’est de se dire « on va dans tel univers , je vais prendre tels ingrédients qui sont de l’orchestration, je vais me rendre dans cet univers avec ces ingrédients et on va donner une couleur particulière, mais une couleur qui est pensée avant même d’avoir vu les images. Maintenant, c’est toujours bien de voir quelques rushes, quelques extraits, pas forcément le film en entier. Ça m’est arrivé récemment et souvent arrivé dans ma carrière. Vous avez mentionné « Méditerranée » tout à l’heure, pour « Méditerranée » j’ai fini la musique, le dernier jour de tournage ! Dans l’équation Histoire/Résultat à l’image/Vision du réalisateur, sur cet exemple précis, je me suis basé beaucoup sur ma relation avec le réalisateur, ce qu’il attendait et sur l’histoire, le script. C’est intéressant, je me souviens avoir rencontré Gabriel Yared qui lui me disait qu’il ne travaillait que sur le scénario. Et à l’époque je ne comprenais pas, j’avais presque trouvé ça loufoque ! Et en fait, quelques années plus tard, j’en suis arrivé à la même conclusion. Après, il y a des films ou on ne reçoit pas le scénario et ou on reçoit directement le film! Ça a été le cas sur mon dernier travail pour le cinéma d’ailleurs… On est dans une toute autre logique de création dans ce cas de figure…

P&S: Vous avez été récompensé dans de nombreux festivals, qu’est ce que ce type de reconnaissances vous apporte ?

Cyril Morin : Sur le plan personnel, tant que ce n’est pas un des prix majeurs de la profession, ça n’apporte pas grand chose. On ne va pas tourner autour du pot (rires). En même temps, je n’ai pas participé à beaucoup de compétitions françaises, car je n’ai pas réalisé de film français. Je n’ai eu qu’un film nommé pour les Césars. Pour les prix majeurs, il faut savoir que c’est quand même un gros travail d’attaché de presse. Tout seul, on a beau faire la plus belle musique du monde, on n’aura pas de prix. C’est très politique. La musique de film est très politique. Donc, je ne peux pas dire que ça m’ait apporté grand chose. A part… A part une grande satisfaction personnelle. quand on est musicien, la moitié de son enfance on joue faux. On essaie de faire des groupes, ça sonne pas terrible. Et petit à petit, on arrive à sortir quelque chose, mais ça prend vingt ans ! Peut être que les générations nouvelles sont beaucoup plus talentueuses et baignent dans de plus nombreuses influences, donc sortent des choses plus tôt. Mais il faut savoir que la moitié de son enfance, on est pas du tout un héros. C’est du travail la musique. Du coup, quand on a ses premiers droits d’auteur, quand on a ses premières récompenses dans des festivals, dans des petits festivals, ça fait extrêmement plaisir.

The Activist Cyril MorinP&S : Vous avez été récompensé, notamment pour The Activist, quelle différence faites vous entre la composition d’une musique, l’écriture d’un scénario et la réalisation ?

Cyril Morin : C’est une vaste question. J’ai beaucoup raconté d’histoires dans mes musiques ou mes albums personnels. Mais en musique, quand on envoie une histoire musicale, qui n’est pas chantée et est juste instrumentale, à cent personnes on aura cent histoires différentes. On n’est pas dans la précision d’une histoire. On est très flottant, très aérien, très dans l’éther… On est pas dans quelque chose de concis et de précis. Une autre façon de raconter une histoire, avec la même énergie, c’est justement d’écrire une histoire. C’est dire « là je vais vous parler de l’insurrection indienne en 73, à Wounded Knee, sous Nixon, à la fin de la guerre du Vietnam, le Watergate, les Oscars avec Brando », c’est dire « je vais vous parler de ça ». ça devient quelque chose d’extrêmement précis dans la communication. C’est une autre approche, moins éthérée, plus terre à terre, plus frontal, plus physique. C’est une autre façon de raconter une histoire. Passer à la réalisation après, c’est du coup continuer ça avec de l’image. Avec ces films ( NDLR : « la trilogie US »), c’était une sorte d’apprentissage. Ce n’est pas forcément évident quand on commence assez tard, comme je l’ai fait, avec ces films qui sont fait avec peu de moyens mais qui permettent de dire quelque chose, d’avoir un autre type d’expression. Après sur les images en elles mêmes on peut toujours s’améliorer… Je suis avant tout un raconteur d’histoire. Que j’écrive, que je compose ou que je réalise. Je ne suis pas intéressé par la pure forme, je suis intéressé par le fond. Tant pis si c’est de manière un peu classique parfois. « The Activist » a une réalisation très classique. Après, avec la pratique, on apprend à jouer avec les images, à les rendre plus volatiles, mais ça c’est quelque chose qu’on ne peut pas maîtriser tout de suite, sauf à sortir d’une école de cinéma et d’avoir étudié pendant de nombreuses années… J’apprends à le faire.

 


« Ce qui m’intéresse c’est de parler de la société »


 

P&S : Est ce un choix délibéré ou un concours de circonstances qui vous ont amenés à travailler sur des sujets ou histoire et politique sont étroitement liés, comme « Mitterrand à Vichy », « Série Noire »,etc… ?

Cyril Morin : C’est un vrai choix d’être dans des histoires mêlant politique et histoire. Ce qui m’intéresse c’est de parler de la société. C’est vraiment un choix de départ. J’ai jamais fait dans « l’entertainment ». J’aurais adoré faire un Disney, mais c’est pas moi. Tout simplement. Je suis plus dans une réflexion. Dans la forme d’expression, il y a une vision sur la société. C’est ce qui explique pourquoi je suis passé à l’écriture et à la réalisation. J’exprimais déjà ces sujets, si vous écoutez « Flood », un vieil album, ça parle d’un certain nombre de sujets, il faut lire les titres… C’est l’un des avantages de la musique, de pouvoir dépasser les paroles, la compréhension consciente, classique mais c’est aussi un de ses désavantages quand on veut raconter quelque chose de plus précis. On peut passer à coté.

P&S : Pour conclure, quels sont vos projets à venir ?

Cyril Morin : J’ai deux BO, deux musiques de films qui vont sortir cette année. J’ai un album qui sortira l’an prochain, qui est la suite de « Ayurvéda ». Ayurvéda 2  sera dans un style très différent. En matière de films j’ai beaucoup de projets, j’écris et je développe beaucoup, sur plusieurs formats. Beaucoup de projets qui se sont accumulés commencent à prendre forme. Il y a un documentaire, une série, voire deux séries, il y a un long métrage, que j’ai écrit, qui est français d’ailleurs, sur lequel je suis juste au scénario et enfin, il y a mon prochain film. Il doit se tourner l’année prochaine. Sa thématique sera « 50 ans de la vie d’un couple »