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Julia Escudero

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Le moment tant attendu des Nuits Secrètes 2018 est enfin arrivé. Pendant trois jours et trois nuits, la charmante petite ville d’Aulnoye-Aymeries dans le Nord-pas-de-Calais va vibrer sous les notes d’une programmation aux petits oignons. Retour sur ses temps forts.

Un premier parcours secret avec Sandra Nkaké:

Fraîchement arrivés sur site et nous voilà déjà embarqués dans un parcours secret. Tu ne connais toujours pas le principe? On t’a pourtant déjà expliqué plusieurs fois, il faut suivre! Les Parcours Secrets t’emmènent dans un lieu atypique écouter le concert d’un artiste programmé par festival. Qui et où? Là est le secret. Un petit tour de bus plus tard et voilà que le premier nous est révélé. Il s’agit de Sandra Nkaké qui se produit dans le jardin d’un belle maison en pierres. Dans ce cadre magique, la franco-camerounaise arrête le temps. Sa voix puissante hypnotise alors que plus personne n’ose dire un mot. Avec le sourire et l’intérêt pour son public, la belle déverse ses émotions avec une puissance éblouissante. Bluffant: cette artiste de génie épouse les émotions de ses personnages le temps d’un titre. Inoubliable, la voilà qui pousse de sa parfaite voix grave pour donner corps à des reprises tantôt expérimentales, tantôt acoustique en offrant par la même occasion une nouvelle vie à « Heroes » de David Bowie.

Nuits secrètes

L’Eden est partie, vive l’Eden!

Lors de mes premiers passages aux Nuits Secrètes, toute la ville y était en fête. L’Eden se situait à quelques rues de la Grande Scène. Ce petit jardin permettait de découvrir les artistes dans un lieu intimiste et presque rêvé. Entre les deux scènes, les bars diffusaient de la music devenant eux-même le festival. un bus anglais avait été installé sur une place de sable importé pour l’évènement, là food trucks et showcases se donnaient la réplique. La faute aux attentats et à une poignées de sales types désireux de tuer d’innocentes personnes et de détruire une culture faite de partage et d’art. La fête a dû se réduire à un unique lieu fermé pour protéger les festivaliers de tout risque. Si nos irrésistibles nordistes continuent la fiesta dans les bars, l’âme du festival n’en sort pas sans égratignures. C’est pourtant sans compter sur l’immense implication d’une équipe dévouée qui croit en ce projet du plus profond de ses tripes. Grâce à ces défenseurs de ce petit bout de liberté qu’est ce festival à part, les Nuits Sécrètes se relèvent et restent audacieux, installant leur Eden dans une magnifique ancienne usine d’ogives et proposant un nouveau lot de surprises. Faites la musique pas la guerre.

Nos festivaliers ont du talent:

Les gens du Nord savent recevoir autant qu’ils savent s’amuser. du vendeur de kebbab qui papote volontiers musique avec tous les festivaliers qui s’arrêtent à sa terrasse aux jeunes déchaînés qui profitent des concerts, les Nuits Secrètes c’est aussi un festival humain. Topo, on croise facilement dans la foule des jeunes vêtus de tee-shirt expliquant « Je suis Romain, si vous me croisez sans un verre à la main prévenez Margaux » que son pendant féminin Margaux donnant elle-même ses propres consignes. Dans la foule au milieu de masques de chat, on retrouve également des festivaliers emmitouflés dans des câbles lumineux et portant un simple maillot de bain.

Une contre soirée entre deux sets:

Sur la grande scène, quand les concerts s’arrêtent la musique elle continue. un petit camion installé là propose ses DJ sets populaires. On y chante des classiques de la chanson française avant qu’une queue leu-leu géante ne se mette en place. Folie sans complexes.

Tomber amoureuse de Malik Djoudi:

Cachée tel un secret dans un petit coin du festival, la discrète Station Secrète vaut pourtant largement le détour. C’est elle qui fait jouer Malik Djoudi, le petit miracle musicale du samedi soir. Entre pop et sonorité orientales, le petit génie déverser ses notes salvatrices qui réchauffent les âmes. Sa voix aérienne vient même vous compter mille merveilles dans les oreilles. un show un brin trop timide pourrait être la seule petite ombre au tableau. Pourtant la douceur de cette musique explique qu’on la murmure et qu’on la partage comme quelque chose de précieux.

Eddy de Pretto: Complètement magique

Pour Eddy de Pretto, le temps de la dernière fête de l’été a sonné. Seuls quelques mois auront suffit à faire de notre homme une véritable bête de scène. De ses premiers pas timides au MaMA à sa maîtrise de la scène aujourd’hui, l’ascension est impressionnant. Notre homme canalise ses adeptes, les modèle dans ses doigts experts et déversent discrètement des vérités bonnes à entendre. L’acceptation de soi, de ce qu’on est, les doutes et les clichés de la société tout est passé en revue par notre homme. « Danse » dit-il à la foule pendant « La fête de trop », il n’en faut pas plus pour que les Nuits Secrètes se déchaînent.

Petit Biscuit, un brin de sincérité bienvenue

Petit Biscuit n’est plus si petit que ça. Celui qui conclut la soirée du samedi s’installe derrière ses platines aidé d’une guitare et d’écrans magiques. Avec douceur le voilà qui propose un électro qui sent bon l’été et ses plages. Doux, apaisant, il invite à danser, le sourire aux lèvres. Régulièrement cet hôte incroyable interpelle son public. «C’est fou, confie-t-il, il y a deux ans j’étais seul dans ma chambre.»

Lomepal : la relève d’Orelsan le suit de près

Vendredi soir, la tornade du moment Orelsan clôturait la soirée. Samedi c’est au tour de Lompal et son rap chanté de prendre place. Ce dernier n’a rien à envier à notre adulé Aurélien national. Il investit la scène avec force et puissance, captive son audience, la fait vibrer et n’oublie pas de la remercier comme un membre à part entière de son équipe. Il s’offre même un petit slam sur une pastèque gonflable, parce que c’est l’été après tout. On le retrouvera très vite à Paris-Bercy, tenez vous le pour dit.

Bagarre: Nous sommes le club

Pour ceux qui ont vu « Fight Club », Bagarre et son album « Club 12345 » peuvent sonner comme une étrange coïncidence. Passé le nom qui pourrait faire écho, c’est bien un espace de liberté pure, hors normes sociétaires de crée Bagarre. A peine montés sur scènes, la troupe crée la folie. On saute en un titre en regardant nos musiciens couteaux-suisses passer de la batterie au clavier puis au chant. Quand vient l’heure de « La bête est amoureuse », la folie est à son apogée. Tant mieux, on danse franchement et on « Nique ton père mais on ne sait pas où il habite » de tous ceux qui sont contre la différence. Le traditionnel petit mime d’orgasme allongé sur le sol manquera pourtant à l’appel.

Feu! Chatterton: L’oiseleur sort de sa cage

Et voilà, le deuxième album des brillants Feu! Chatterton s’est envolé pour prendre la route des festivals. En pratique, ses titres plus proches de la chanson française sont moins entraînant que le coup d’éclat magistral qu’était le premier album. Mais après tout, ne sommes nous pas bien trop exigeant quand on a tant aimé un premier opus? Certainement, parce que dans les faits, et comme toujours avec ce groupe, la perfection est de mise. Sur scène le feu gagne aussi du terrain. Si « Côte Concorde » avait ouvert les festivités, le final sur « La Malinche » tient en haleine un nouveau public d’adeptes conquis qui crie à bout de souffle « Ho oui ».

Shaka Ponk: Pas de surprise, c’est bien une énorme claque

On le dit et le redit mais après tout, certains ne le savent peut-être pas encore. Aimer ou pas la musique de Shaka Ponk n’est pas un critère de discussion. Tout simplement parce que nos rockeurs sont ce qui se fait de mieux en terme de show extraordinaire. A peine montés sur scène, aidés de leur écran donnant l’illusion d’un décors en relief, que nos compères prennent dans leurs mains experte le festivalier entier. Plus personne n’est assis et tout le monde prend part à cette élan d’énergie folle. On saute, on danse alors que Frah traverse la foule pour aller se nicher sur le bar de la Grande Scène. Là, un bandeau sur les yeux, il reprend du Nirvana. La sauce monte tellement que l’audience finit le set blindée d’une énergie folle. « Je ne peux pas faire un dernier morceau, j’ai négocié, lâche notre meneur, mais il y en a d’autres après, qui sont meilleurs. » Hum, certes mais personne ne croit une seconde à ces derniers mots.

Tamino: Le nouveau Jeff Buckley?

S’il est dit que Tamino devrait être le nouveau Jeff Buckley, la vérité est ailleurs. Les comparatifs sont toujours lourds à accepter pour les musiciens. Or notre chanteur qui se produit sur l’Eden mérite tous les compliments qu’on lui fait. Alternant pop mélodique avec des sonorités égyptiennes, Tamino envoûte. Sa voix, ses envolés puissantes suffisent à faire tomber amoureux une salle entière. A suivre de près donc, mais ça on vous l’avait déjà dit

Où est la voiture?

Samedi soir, fin de festival. On se dirige vers la voiture. Mais où est-elle? Garée dans le centre ville proche de la gare en début de journée, elle a été remplacée par une barrière indiquant qu’à partir de 15 heures il est interdit de se garer là. Avant 15 heures aucune indications. bon ok appelons le commissariat. « Où est la voiture monsieur? On loge à 20 minutes de voiture et bon bah ici il n’y a ni hôtel de secours ni taxis » « Je ne sais pas ma bonne dame même si vous trouvez la réponse, dites le moi s’il vous plait, d’autres personnes vont peut-être me poser la question. » C’est parti pour un escape game grandeur nature dans la ville. Avec de faux indices du type quand on croise un policier: « On cherche la fourrière » « Et bien je ne suis pas du coin, je suis un policier de Paris, il faut trouver les flics locaux, cherchez une voiture banalisée. » Oui et un agent en civil, et cherchez Maurice sauf que Maurice ne répondra pas si vous dites son prénom. Une promenade à travers les champs de deux heures, de parkings en parkings, de stop, en recherche de taxi, de tentative de Uber à laquelle tu ne crois pas plus que de voir un dauphin volant te prendre sur son dos pour son retour et voilà qu’enfin notre copain du commissariat retrouve sa note de service. Elle est au parking des bénévoles la voiture évidemment. Moralité: garez vous sur le parking 😉 Les galères ce sont aussi des souvenirs amusants.

Photos : Kévin Gombert

Nous sommes le 5 juillet et la capitale française vit sous le soleil. La chaleur a pris possession de la ville et les parisiens courtement vêtus passent le plus clair de leur temps en extérieur. Outre le football qui est une bonne excuse pour sortir en terrasse, le Fnac Live s’installe à l’Hôtel de Ville de Paris pour trois journées.

Asaf Avidan Fnac Live 2018

Côté public, l’accès y est devenu limité: le faute au plan Vigipirate. Topo: des clôtures isolent l’évènement habitué à être gratuit pour tous. Une réalité nécessaire avec laquelle il faut vivre. Pourtant ils sont nombreux jeunes en majorité mais pas que à se ruer sur l’esplanade du célèbre monument pour applaudir la brochette de talents programmés ce soir là.

L’Impératrice ouvre le bal, avant qu’une Jeanne Added, de plus en plus électro ne vienne se glisser sur la scène qui a vue sur Notre-Dame. Voyou les remplace, avec ses mélodies françaises à la pointe de la mode. Le soleil baisse d’un cran, très légèrement, il faut toujours chaud mais une légère brise rend l’air respirable. Il est 20 heures 10 et voilà que le très talentueux monsieur Asaf Avidan débarque sur scène.

Asaf Avidan est une bête de scène. Cette phrase, elle est bien connue, tellement qu’elle sonne comme une évidence. Qui l’a déjà vu, l’auteure de ces lignes en faisant partie, vous le dira, l’artiste israélien transcende le live. Se le dire c’est bien, toujours est-il que le vivre c’est tout autre chose. Pendant trois quart d’heure notre musicien multiplie les coups d’éclat. Commençant sobrement assis avec une guitare voix, et quelle voix extraordinaire, Asaf Avidan est loin d’en rester là. Le voilà qui se lève, change d’instruments régulièrement, rend le l’harmonica sexy, n’en déplaise aux guitaristes et fait vibrer son plus bel instrument sa voix. L’incroyable chanteur n’hésite d’ailleurs pas à communiquer avec son public d’adeptes « Souvent en festival on voit des musiciens faire reprendre en chœur des « hoho » à la foule pour donner l’impression qu’il y a de l’ambiance, mais moi ce que je veux vivre avec vous ce soir, c’est un vrai moment. »

Chose promise, chose due, monsieur Avidan, seul sublime chaque note. S’il confie trouver beau de voir cette foule parisienne l’observer dans le soleil couchant, la vue de ce troubadour face à Notre-Dame avec une aura de soleil autour de lui n’est pas déplaisante elle-même. Les morceaux changent de texture avec le live, il se font rock, blues, folk, se transforme, le musicien de génie leur donne une nouvelle vie réinterprète les rythmes des accords. Devant lui, le public est unanime. « Alors? » lance fièrement un homme à son ami qui assiste à cette performance pour la première fois. « C’est vraiment incroyable » répond le second les pouces en l’air. On ne chante pas vraiment avec Asaf Avidan, nous autres pauvres humains, n’avons pas l’incroyable capacité de ces cordes vocales oui mais pour autant, personne n’est exclu de cette performance qui interdit de détourner les yeux et les oreille.

Asaf Avidan Fnac Live 2018

« Si vos êtes amoureux sachez qu’un jour elle finira par vous briser le cœur, mais au moins ça permet d’écrire de bonnes chansons » explique notre homme un verre de whiskey à la main. Il demande une deuxième rasade alors que les sonorités de l’israélien rappellent celle de l’Amérique profonde. Tout s’enchaîne vite jusqu’au fameux « Reckoning Song ». Le classique. Attends, attends, le classique? Pour mémoire, il a fallu que ce titre bénéficie d’un remixe pour être découvert, c’est ce remixe qui a permis de plébiscité l’immense Asaf Avidan et de lui apporter notoriété et fans . Des années plus tard, il est toujours aussi scandaleux que le Monde ait eu besoin d’un remixe électro pour découvrir une telle merveille. L’électro, comme tous les registres a de grandes qualités, néanmoins l’originale se suffit largement à elle-même, bien mieux que son remixe.

Au Fnac Live, les choses ne sont pourtant pas terminées, le très attendu Moha La Squale suit avtn de laisser place à l’électro entrainant de Petit Biscuit puis au ras-de-marré Vitalic. Le géant de l’électro propose alors un live complètement fou, transformant la place de l’Hotel de Ville en dancefloor géant à ciel ouvert. Juillet à Paris, ça a du bon!

A l’occasion de la sortie du film « TAMARA 2 » (4 juillet) la galerie Art Maniak, spécialisée dans le 9ème art, met à l’honneur le dessinateur Christian Darasse. Une exposition-vente d’œuvres originales aura lieu du 20 juin au 7 juillet 2018 à Paris de 18h30 à 21h30.

En plus de découvrir les planches de la bande dessinée, venez croiser Héloïse Martin, l’actrice principale du film.

Darasse en quelques dates

Christian Darasse est né en 1951 à Villars-Colmars, dans les Alpes-de-Haute-Provence. En 1975, il commence à publier, notamment dans « Curiosity Magazine ». La série « Le Gang Mazda« , narrant le quotidien de trois dessinateurs, débute en 1988 chez Dupuis. « Tamara » est créée en 2001 avec Zidrou au scénario puis Lou.

Tamara transperce l’écran pour la seconde fois.

Après le succès de la première adaptation cinématographique, en 2016, de la série « Tamara« , éditée chez Dupuis, un second volet est attendu le 4 juillet 2018.
C’est l’occasion pour la Galerie Art Maniak de vous faire découvrir les dessins originaux de cette série et ainsi comprendre la genèse de cette héroïne.
De nombreuses œuvres originales exclusives à découvrir

  • Une sélection des planches originales de « Tamara » sur les cinq premiers albums.
  • Des planches originales inédites de la série « Sin Glass (surgi du futur)« , jamais éditée en album !
  • Des œuvres coquines (olé olé) de la série « Les Minoukinis« .
  • Des planches originales de la série « Le Gang Mazda« .
  • De nombreuses autres surprises dont une planche attendrissante d’André Geerts.
  • Tamara - Couverture originale
    Couverture originale du tome 4

HORAIRES DE L’EXPOSITION

Lundi – vendredi : 10h – 19h

Samedi : 11h – 19h

Dimanche : 15h – 18h

sense8

(sans spoils du final)

Sense8. Ces quelques lettres ont fini en quelques années par devenir synonyme d’amour universel, d’acceptation de l’autre, de mise en lumière des différence. Seulement voilà, la série des sœurs Wachowski a dit son dernier aurevoir le 8 juin 2018, laissant à jamais le paysage audiovisuel changé et vide de son absence.

Si Netflix lui a dit non, de manière très abrupte pour une saison 3, c’est uniquement pour des raisons budgétaires. On y revient toujours : l’argent et ce débat philosophique à combien estimez-vous une œuvre d’art? A cela le géant de streaming, qui pourtant nous apporte régulièrement du contenu très qualitatif a répondu pas à 100 millions de dollars la saison, mais à 20 millions pour un épisode final de 2 heures 30.

Sense8- Déjà qu’est ce que c’est?

Evitons le long résumer que tout le monde connait pour se centrer sur l’essentiel: 8 personnes dans le Monde se retrouvent connectés les uns aux autres, ça veut dire qu’ils peuvent se voir, s’entendre, ressentir leurs émotions, se comprendre et prendre leurs capacités sans s’être jamais rencontrés en personne. A travers leurs sentiments et leurs expérience notre groupe très différent s’unie, s’aide, se conseille mais fait aussi face à une menace extérieur, un organisme qui réserve un funeste sort à ce nouveau type d’humains.

Sense8- Pourquoi c’est si bien?

On parle souvent de « tolérer l’autre », comme s’il devait être insupportable parce qu’il n’est pas soit-même et qu’il fallait puiser des ressources d’énergie sans limites pour accepter sa présence. Tolérer les différences, une bien vilaine expression. Le Monde serait d’un ennui mortel si nous étions tous les mêmes, des clones aux mêmes capacités et passions.

Ici il est enfin question d’aimer l’autre. D’embrasser la différence, d’en faire une force, non plus de la tolérer. Les capacités de chacun, de la plus minime à la lus développée y prennent un sens particulier. Tout peut devenir un super talent, le kenyan Capheus, à titre d’exemple, conduit un bus, cette faculté devient un véritable atout pour son équipe. Qui aurait pensé que conduire un bus puisse devenir synonyme de bravoure? Et bien à travers ce personnage rêveur, humain, idéaliste, cette capacité devient un super pouvoir.

Les points sensibles, les peines, les souffrances sont abordés. Nomie profite de discussions avec Lito pour aborder les difficultés rencontrées face à sa transexualité. Pourtant, cette part de son histoire est toujours vécu par les autres sensitifs comme la norme d’un des personnages les plus forts de l’équipe. Aucune question n’est posé sur ce sujet. L’homosexualité de Lito, le célèbre acteur mexicain est vue sous deux spectres: celle d’un public qui ne peut la comprendre dans une monde où la « virilité », celle des personnages qu’il interprète est de vitale importance. Pourtant, elle est aussi perçue par son amie Dani comme un trait sexy et comme une force. Ce même personnage est aussi un reflet du public de série télévisé qui « ship » les personnages des séries. Elle n’y est jamais jugée, elle est au contraire un personnage attachant et  adorable. La fan girl n’est pas pointée du doigts ou moquée comme c’est bien trop souvent fait. Regarde un reportage sur des fans qui attendent l’artiste avant le concert, regarde le traitement réservé aux fans de Johnny le jour de son enterrement. « Quelle grosse rigolade, holala, comme c’est beauf d’être fan! » jugeait une caméra qui jamais n’a pris le recul de comprendre ce que pouvait leur apporter le fait d’avoir une passion.

Le poids de la famille est aussi abordé notamment à travers l’histoire de la coréenne Sun. C’est ce qui la bouleverse et la transperce, l’entraînant dans de nombreuses épreuves, incluant la prison. Celle de de l’Allemand Wolfgang l’emprisonne dans le rôle d’un homme dure en quête de revanche. Celui que son père attendait de lui. C’est pourtant ce même père qu’il combat, pour ne pas être comme lui. Pourtant la famille peut aussi se recréer ailleurs nous dit la série. Il la trouve chez son meilleur ami, son frère Félix. Kala, l’indienne doit elle se marier par tradition et même si l’homme qu’elle épouse est un merveilleux mari, quelles sont ses aspirations à elle en tant que femme, que personne?

L’amour n’y est jamais genré, homo, hétéros, qu’importe, le sexe est un lien qui uni et les orgies prennent de la puissance, de la poésie et de l’émotion au cours de scène complètement dingues et inoubliables.

La perte de l’être aimé est aussi présente, pour Riley qui perd mari et enfant et qui partage sa souffrance à travers le lien des sensitifs. Pourtant rien n’est excluant dans « Sense8 » les personnages non sensitifs ne sont pas en retrait, au contraire, ils sont aussi important que nos huit héros. Amanita, la copine de Noomie à titre d’exemple, se révèle être rapidement une alliée capitale dans la quête de liberté de nos héros.

sense8

Si l’actualité veut mettre la lumière sur la différence entre homme et femme, Sense8 y répond avec humour, Lito expérimente la souffrance des règles de Sun au travers d’une scène épique unissant plus que des slogans comme « balance ton porc ». C’est ça votre différence homme/ femme? Semble-t-elle dire? Et pourquoi ne pourrions-nous pas tous comprendre et ressentir de l’expérience quotidienne la plus simple (les règle) à la plus complexe (la perte d’un enfant, la perte du père de Will? la prison, Ou le rejet parentale de Nomie).

Comme souvent le message prime: celui de l’amour universel qui ne connait pas de frontière, celui de l’empathie. Le messager quant à lui, c’est à dire la trame d’action, n’en souffre pas le moins du Monde: les rebondissements sont nombreux, on y retrouve les ingrédients d’une production américaine qui fonctionne, ses effets de style, ses explosions, combats et méchants pour contenter tout le monde.

La manière dont l’art marque ses spectateurs est également abordé. Capheus et son fanatisme pour Van Damme qui le porte explique également à  Kala pourquoi il préfère avoir la télévision dans on bidonville alors qu’il ne possède rien. Elle le sort du ghetto explique-t-il là où d’autres possessions l’y enfermerait. Lito n’est pas le personnage macho qu’il interprète sur grand écran, pourtant il puise dans ces personnages pour se donner de la force, Hernando, son compagnon est un fan d’art et y puise ses ressources et ce malgré la perte de ses parents, au milieu de tout ça la musique a une place centrale. Tout comme le sexe, elle unie, à travers Riley, la DJ qui passe  le titre « What’s up » sur son I-pod, donnant naissance à l’une des plus belles scène de communion de toute la série. Un principe repris plusieurs fois dans le show, dont lors d’une scène magistrale de l’épisode final (avec un morceau un peu en dessous de celui de For none Blondie mais ce n’est que mon avis).

Si quelques incohérences pourraient être soulignées, notamment, lorsque l’on connait les rues de Paris, ou la langue parlée, elles ne valent en réalité même pas cette phrase, puisqu’à quoi bon chercher la petite bête?

Sense8- Et ce final donc?

Etant encore proche de la date de sa sortie, il serait bon de parler de ce final sans y inclure trop de spoilers. Voilà donc ce qu’il y a à en dire sans rentrer dans le détail de ses histoires. La série se finit et c’est une bien triste nouvelle puisqu’aucune œuvre ne lui arrivera jamais à la cheville en terme de beauté universelle. Elle unit tant qu’il suffit de voir la réaction des fans à l’annonce de son arrêt, une lutte sur les réseaux sociaux, des chants à la gay pride parisienne, des lettres, des messages pas milliers… pour se rendre compte que son impact ne se limite pas au petit écran.

Malgré tout, deux consolations subsistent: la première est que le niveau était tellement élevé qu’il aurait pu être à craindre qu’il ne fasse que baisser au fur et à mesure des épisodes. Si la saison 2 gardait d’immenses qualités, elle perdait pourtant son rythme lent pour mieux se concentrer sur son action et répétait parfois ses traits de génies (scènes de morceaux, d’orgies…). Une saison 3, 4, 12 aurait tout aussi bien pervertir l’âme de ce monument télévisé.

La seconde et peut-être la plus importante étant que la série profite d’un final on ne peut plus réussi. Toutes les questions ne sont pas bouclées mais la grande majorité l’est. Les scènes, la réalisation sont absolument magnifiques et ce film de deux heures trente prend le temps d’aborder beaucoup de points d’intrigues. A la vite vous diriez? Certainement. Beaucoup d’éléments sont donnés, laissant parfois une compréhension un brin brouillon de leurs dénouements. Pourtant, encore une fois, le message est brillamment donné. Les scène d’osmose sont absolument bouleversantes, on y passe du rire aux larmes puis aux larmes de joie. Ce sont ces petits boules au ventre de bienveillance, cette envie d’aller vers l’autre à la fin de chaque épisode qui me manqueront le plus. On a tous besoin de beauté et d’espoir et finalement c’est ce qu’apportait Sense8 à travers nos écrans. Nos petits écrans connectés comme nos sensitifs, qui nous permettaient de regarder avec des yeux différents, des bagages émotionnels différents le même spectacle, nous permettant de nous relier aussi inconsciemment à une aventure humaine plus grande. De celle qu’il faudra ensuite partager dans les rues et les voyages, pour ne plus voir du pays qu’à travers un simple écran.

Un dernier coup de gueule pourtant

La créativité est morte. Elle l’est déjà tellement au cinéma. Les films se suivent et se répètent « Avengers » encore et toujours, la suite de …, le remake, le 20 ans après, le 20 ans plus tôt, les origines que t’avais pas envie de connaître, les airs de déjà vu des films qui marchent. Les filons s’étirent à l’infini. Malgré tout l’intérêt que j’ai trouvé à « 13 reasons why », une saison un, pour suivre la trame du roman lui suffisait. Fallait-il vraiment faire une suite à « The OA » qui révèle sa magie dans un final qui conclut son histoire magnifiquement? ( la foie vous sauvera nous apprend elle, ce n’est pas un spoiler c’est une lecture), faut-il vraiment poursuivre les aventures de « La servante écarlate », cette merveille, sur une saison 3 ou perdra-t-elle de sa violence à force d’y accoutumer le spectateur? On ne sait pas conclure quand l’argent est en jeu. Qu’importe même qu’on y perde l’art, le sens et le message. On ne sait plus créer, inventer, oser.

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Qu’il est dommage dans ce contexte, de dire stop à la série la plus créative, la plus novatrice du moment? Celle qui au vue de la richesse de son final aurait gagné à le développer en une saison et qui aurait sûrement eu quelques leçons supplémentaires à nous donner?

 

Pour parler série on te parle de « The Handmaid’s tale » et on en débat ici. Sinon si t’aimes Netflix, on te conseille « The Fucking end of the World » par là.