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Julia Escudero

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Photo du concert de Last Train au Bataclan en mai 2017. Un show à leur image

9 mai 2017. La date était attendue. Last Train, les chouchous, Last Train les petits génies du rock se produisaient en concert parisien. Un grand retour pour présenter leur premier album « Weathering » qui faisait suite à un live plus intime et face à des professionnels au Supersonic.

Pourtant si revoir Last Train en live est toujours l’assurance d’un bon moment, cette fois-ci les choses sont différentes. Différentes? Légèrement du moins. Puisqu’en entrant dans le Bataclan pour la première fois depuis les terribles, monstrueux événements du 13 novembre, les choses semblent étrangement familières, peut-être identiques. La peinture a été refaite oui mais la salle, cette bonne vieilles salles aux mille souvenirs est toujours la même. Les gens s’amusent, c’est un concert comme les autres. Seuls souvenirs de l’attaque perpétrée dans la salle, une plaque discrète à l’entrée du Bataclan souligne la lourde perte de ces gens comme nous venus passés le même type de moment que ce soir. Une plaque seule comme pour dire merde aux terroristes, comme pour dire qu’on avance. Si simple pour autant de tourner la page? Les images télévisés, les noms, les craintes du fameux soir, les infos, les photos tournent encore dans ma tête. Le sol lavé ne laisse aucun indice pourtant sur ces éléments.

Jeux de lumière concert Last Train Bataclan

Et voilà les guitares de Last Train qui résonnent pour sortir de ses interrogations et revenir à la vie. La vie, la jeunesse, la fougue, le rock, le vrai, tout ce que Last Train représente.

Alors que le combo se sentait stressé à l’idée de jouer cette date, peurs et doutes semblent envolés sur scène. La bande de copains regorge d’énergie. Jean-Noël balance les premières notes et le barman de s’exclamer « C’est un putain de chat dans la gorge magnifique ! ».

 

Vite, trop vite, les titres s’enchaînent. Les jeunes rockeurs à la clope au bec sur scène n’ont que peu de concurrence à l’extérieur. Là-bas, les plus âgés, les moins sensibles à ces sonorités sont pourtant conquis. « C’est bien mieux que je ne le pensais. » balance l’un d’eux « Ils ont du talent » renchéri l’autre.

La batterie se déchaîne, s’amuse. Les acolytes prennent le temps de remercier chaleureusement leur entourage venu en masse ce soir pour ce Bataclan plein à rabords. La foule ? Ils la saluent aussi, ils viendront lui parler à la fin du set au merch et puis on est jeune on fait la fête alors on se retrouvera en after promettent-ils.

Les premières notes de « Fire » résonnent. Une merveille comme à chaque nouvelle écoute, les qualités improbables de cet excellent titre mettent tout le monde d’accord. La foule fini à bout de souffle mais pas la troupe de copains qui s’offre même un rappel avant de dire au revoir.

On peut quitter cette salle toujours emplie d’âmes et de souvenirs. Des beaux comme celui de ce soir qui créent une énergie positive si forte qu’elle peut presque braver les mort. Et des affreux, des tellement si terribles qu’il ne faudra jamais oublier. Se souvenir oui, sans les laisser gagner.

Get Out est de ces films qui partent avec des postulats parfaits, des histoires qu’on a envie qu’on nous raconte, des thèmes de société et des métaphores dont on veut sortir grandis. Il y a des thèmes qui sont fait pour transcender, faire débattre et qui tombent pile au bon moment.

« American Nightmare » devait être de ceux là. La posture même du récit, l’idée qu’une nuit par an, tout devait être permis et légal y compris le meurtre se devait de critiquer l’humain que nous sommes, ses pulsions violentes et bien sûr notre société. Pour ça on repassera puisque malgré quelques petites idées distillées ça et là, c’est un banal home invasion qu’on nous a servis à grand renfort de « ouais mais hep les gars, l’idée est là donc c’est bien. » La suite s’est bien évidemment perdue dans des considérations de plus en plus… banales. Méchants riches et gentils pauvres sans apprendre à questionner la morale et sans pour autant en faire une lutte des classes bien pensée. Un véritable Black Mirror en somme. Mais tout le monde n’a pas la capacité de la série du même nom.

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« Get Out » au cœur de l’Amérique de Trump, après les mouvements Black Lives Matters, dans une société dans lequel le racisme reste un problème évident devait lui aussi tirer son épingle du jeu et proposer un point de vue atypique permettant de se remettre en question, de grossir à la loupe un défaut sociétal et d’en parler, se questionner, comprendre. Que néni les amis, puisque Blumhouse n’aime pas trop ça la légèreté.

Il faut dire que le cinéma d’horreur a cette force unique de pouvoir aborder un sujet gênant, et à renfort de peur, de violence, pousser son spectateur dans ses retranchements. Le dégoût, la compassion, la gêne, la paroxysme, permettent de vous tenir éveillés la nuit et de vous faire cogiter.

Le métrage réalisé par Jordan Peele lui, choisit la lourdeur malgré quelques bons éléments et trop content de parodier sa propre thématique intercale de l’humour pas beaucoup plus fin pour parfaire le tout.

Tout commence quand Chris ( Daniel Kaluuya), un homme noir part rendre visite le temps d’un weekend aux parents de sa petite amie Rose (Allison Williams). Seulement voilà, sur place entre le père trop sympa, le frère trop bizarre, les amis de la famille et les autres noirs qui ne se comportent pas vraiment comme.. des noirs !? L’atmosphère devient très vite pesante. Attendez qui ne se comportent pas comme quoi ?? Parce qu’il y a un comportement type lié à…. De quoi ? Mais ?! Mais, mais non !

Une “réunion de famille” qui sort de l’ordinaire
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Il faut dire que l’autre problème du films qui ok admettons joue sur les clichés pour prouver son point de vue ( qui est quoi d’ailleurs ? Mec qu’est ce que tu défends?) c’est bien son personnage principal. Il n’est pas mal joué loin de là, mais sa méfiance initiale, son attitude ne le rendent pas sympathique. Pas plus qu’un couple auquel on ne croit pas. Et c’est important de croire pour mieux se laisser duper, pour être surpris, pour s’identifier et se dire merde alors moi je me voyais comme Untel et au final je ne serai pas mieux que ça ?

L’intervention d’un flic lors d’un contrôle de police avec une sensation de dépasser les bornes en début de métrage devait également faire écho à une actualité morbide, la souligner et Dieu qu’il y a des choses à dire à ce sujet. Sauf que là encore non, on se contentera du minimum et les questions que cela soulève se trouvent plus dans la tête d’un spectateur désireux de les aborder que sur la pellicule.

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Il y a aussi le thème de l’hypocrisie abordée. Phrase souvent reprise dans les critiques de l’oeuvre, le père de Rose explique sur un ton beaucoup trop poto qu’il aurait aimé voter Obama trois fois. Pourtant au fond, cet homme est-il loin du racisme qu’on lui reproche ? Une question intéressante mais qui finit par résonner comme une simple phrase posée là comme ça dans cette œuvre.

D’autant qu’ici le racisme fait appel aux clichés. Bien loin de l’homme noir inférieur, on nous le vend comme athlétique, fort, doué au lit?… en oubliant à l’exception d’un personnage d’ami de nous rappeler que les généralités et les stéréotypes ne sont qu’un ramassis de conneries et qu’il n’y a pas de prototype à suivre en la matière.

Enfin d’un point de vue de film d’horreur, l’œuvre parvient-elle a insuffler la peur tout simplement ? Détachons nous de sa thématique pour se contenter de s’intéresser à sa narration et à son rythme. Un déjeuner entre amis insuffle oui une certaine part de méfiance. Des éléments balancés ça et là propagent une forme de parano. Tout le monde est l’ennemi. Un peu oui mais pas tant que que ça puisque bien loin de tirer sur cette corde au moment où le récit part en fil tendu, « Get Out » oublie ses personnages et se contente d’un nombre restreint d’entre eux pour créer la peur. Dommage non ? D’autant qu’une scène de bingo, flippante au demeurant, ne va pas au bout de son sujet et à force d’avoir trop grossièrement forcé le trait avant, ne permet pas d’être l’élément déclencheur de l’horreur souhaité.

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Plus loin que ça, la violence faite à cette homme reste légère. On ne bascule pas dans ce mépris profond qu’on devrait éprouver pour ses bourreaux, on ne ressent pas cette révolte. En salle obscure d’ailleurs alors que les minutes d’action s’enchaînaient, quelqu’un a distinctement balancé un « Vas-y tue là ! ». Tue le bourreau! Oui certes sauf que là on atteint le niveau slasher movie du propos. Allez mon gars je suis venue voir des morts « tue là » ! Mais où est l’indignation profonde, la gêne ? Où est l’incapacité d’un personnage à lutter contre une société ? Où est le poids que l’on devrait éprouver haletant en sortie de salle ? Un « Get Out » devrait créer un malaise et une réflexion digne de « Martyrs » de Pascal Laugier. Qu’importe finalement que son réalisateur choisisse une révolte pour son personnage principale qui dans la violence récupérerait force, dignité et liberté ou que celui-ci incapable de lutter contre ses bourreaux ne deviennent de façon glaçante leur « chose ». Ces deux idées auraient pu se valoir parce qu’au demeurant elles auraient dit quelque chose.

Ici la scène principale à sauver tient d’un moment d’humour lorsque l’ami un peu lourdingue du protagoniste, se doutant de quelque chose de pas très clair va voir la police.

Clichés un jour, clichés toujours donc salué unanimement par la critique désireuse de donner ses lettres de noblesse à une histoire qu’elle avait envie qu’on lui raconte. Elle n’est pas la seule et si cette histoire avait été réellement racontée, si un point de vue clair avait été pris, si le film n’était pas traité comme une machine à sous mais comme un sujet grave et important alors « Get Out » aurait pu devenir un chef d’œuvre du genre à citer pour rappeler combien le cinéma d’horreur peut être intelligent. Et auquel cas, la nuit de ses spectateurs aurait été une perpétuelle remise en cause de ses actes, pensées et de son rôle afin d’embellir une société qui a la grandeur d’esprit de toujours se remettre en question et de chercher à se parfaire.

Le Printemps de Bourges, coïncide avec la renaissance de la nature. Avec lui vient la curiosité. Si l’événement est réputé pour sa programmation pointue, il l’est aussi pour ses Inouïs, devenus le fleuron de la musique française. Preuve en est donnée cette année encore avec les petits protégés de Bourges revenus là où ils se sont fait connaître pour donner des lives hallucinants: Fakear, Fishabach et Frànçois and the Atlas Mountains en tête de liste.

Mais les découvertes de l’événement ne s’arrêtent pas là. Pour s’émerveiller, il suffit de se balader au grès du programme avec l’esprit ouvert, prêt, à tomber amoureux à tout moment d’un artiste.

Ce 21 avril c’est au 22 que la magie a opéré. La soirée est une déclaration d’amour au punk. Logique après tout, une exposition est carrément dédiée au mouvement durant toute la durée du festival.

A 22 heures 30, les improbables PWR BTTM pointent le bout de leur nez sur scène. Originaires des Etats-Unis, les compères provoquent la surprise : deux hommes en robe se tiennent devant nous accompagnés d’un bassiste. Le chanteur guitariste dans une jolie petite robe orange s’est fait un maquillage bleu et rouge, pailleté qui recouvre l’intégralité de son visage. Derrière la batterie, son complice, au visage poupin et en robe blanche, dégage instantanément une douceur attachante. Les tenues ne sont pas là pour faire rire, la preuve en est donnée, si besoin il y avait avec les paroles de leur titre « Oui je suis un homme avec une robe, tu as un problème ? Tu veux qu’on en parle ? ».

Les guitares se font punk, pop punk. Les titres énergiques pepsent, envoient et le public se retrouve conquis dans le tourbillon PWR BTTM ( je vous laisse quelques secondes pour penser au nom du groupe). Les compères sont interchangeables. Le batteur prend alors la place de frontman pour donner quelque chose d’encore meilleur aux titres. Avec douceur et quelque chose de profondément adorable dans l’attitude, il accorde sa guitare en papotant avec le public. L’occasion de raconter sur un ton naïf que « Ça me rend heureux d’être là. J’adore jouer de la musique, ça me rend heureux. » De quoi provoquer l’hilarité dans la foule. « J’adore la France et je ne dis pas ça pour vous lécher le cul, ça vous le faites très bien vous même » poursuit-il. Une leçon de français permet à son complice d’apprendre qu’en français « gay » se dit « gay » et de commenter sa surprise en ayant découvert que « pee » se dit « pipi ». Au milieu de bêtises et d’humour, au cœur d’un show complètement à part, de titres évoquant l’amour et la nourriture parce que la nourriture c’est quand même cool, la formation touche quelque chose du doigt.

Le punk est l’arme ultime de la liberté, du je-fais-ce-que-veux mais il est aussi une arme engagée. Libres de porter une robe sur scène, et ce sans un froncement de sourcils dans la salle, les compères remercie l’assistance d’être si gentille, « Aux USA, on est pas traités comme ça ! ». Gentille ? Peut-être, même sous le charme. « Tu es magnifique ! » lance quelqu’un dans l’assistance « Merci mais je suis juste comme toutes les américaines ! On est juste des américains normaux et comme tous les autres. » s’amuse à lancer le frontman.

La fin du set, qui se fait sans le bassiste, congédié juste avant, est l’occasion de chanter contre les fachos. « On va tous chanter ensemble et à chaque fois qu’on chantera un facho mourra. Ça vous paraît fun ? » A en croire les cris de l’assistance, la réponse est un grand oui! Tous jeunes et moins jeunes, femmes, hommes, rockeurs, ou pas, tous sans exception chante, danse. La communion est totale, les différences n’existent plus. Il reste des choses à défendre. Le punk est toujours là et rien que pour ça, ça en vaut la peine.

 

Depuis qu’il a sorti son titre à succès «Halcyon Birds », Jérôme Fagnet , plus connu sous le nom de Broken Back enchaîne les succès. C’est à l’occasion de la deuxième soirée des Nuits Claires de Marie-Claire au Yoyo de Paris, et dans la loge qu’avait occupé Peter Doherty la veille, que le musicien à accepté de répondre à nos questions. Il nous confit ses rêves, parle de l’enfant qui rêvait d’être adulte qu’il était, mais aussi de l’adulte qui rêve d’être à nouveau un enfant qu’il est aujourd’hui et en profite pour parler musique et buisiness de son œil d’expert. Rencontre avec un artiste à la dualité forte.

Tu as été nommé dans la catégorie Victoires de la performance scénique de l’année, ça ressemble à quoi un live de Broken Back ?

 J’ai invité deux musiciens à monter sur scène avec moi. Sam à la batterie et Akemi à la basse, guitare, synthé, chant. Donc un live de Broken Back, c’est trois personnes sur scène pour s’occuper des arrangements que je faisais à la base seul quand j’enregistrais à Saint Malo.

 Tu as fait un paquet de concerts dernièrement…

 Une centaine de dates à peu près, et il y en a à peu près une centaine d’autres de prévus avec l’album.

 Comment tu appréhendes le live maintenant ? Est-ce que tu te sens plus à l’aise ?

 J’ai toujours abordé le live avec cette excitation, un challenge pour moi de passer de ce confinement virtuel où tout a commencé avec des vues, des likes, du streaming à quelque chose de beaucoup plus tangible, fort, humainement parlant. Mais j’ai toujours eu cette envie du live. Je sens une évolution entre le premier concert et le concert d’hier (NDLR : à Saint Malo, à La Nouvelle Vague), je sens qu’il y a une progression, que j’ai encore des choses à apprendre et je souhaite continuer à chaque fois à apprendre de nouvelles choses.

 

 Quel rôle a joué Internet au début de ta carrière ?

 En fait ça a commencé avec mes premières démos que j’ai posté sur Internet, que j’avais écrites et enregistrées dans mon petit studio à Saint Malo. Au tout début, il n’y avait quasiment pas de vue sur les vidéos et puis à partir d’un moment les gens ont commencé à les partager, à se les approprier. Ça a commencé à monter…

 C’est monté d’un coup ? Il y a eu quelque chose en particulier qui a fait que ça a eu du succès ?

 Le déclic a eu lieu sur SoundCloud un jour. J’étais en révision de partiels à Lille, car j’étais en cours là-bas, et j’ai vu que c’est passé de 5 vues par jour à 1500 puis le lendemain de 1500 à 2000, etc… ça a commencé à monter et ça venait en fait de la Côte Ouest des États Unis et du Canada en premier, puis après ça s’est étendu au reste du monde.

Tu faisais quoi comme études à Lille ?

 J’étais en école de commerce, je faisais un Master en entrepreneuriat. J’avais deux start-ups. Une que j’avais monté quatre ans avant que tout commence, qui était une agence de communication et une autre, De Rigueur, qui est une marque de maroquinerie.

 Ce sont des activités que tu as réussi à maintenir ?

 En fait j’ai monté une troisième structure, mon label, Broken Back Inc. De Rigueur, je suis toujours actionnaire, très minoritaire. J’ai fermé ma toute première entreprise, l’agence web. Je me concentre pleinement à être sur la route, les concerts, l’écriture, la musique…

 Ça sert d’avoir cette expérience-là ? Concrètement, le business ça sert dans la musique ?

 Oui beaucoup. Dans le sens où je retrouve une grosse part d’entrepreneuriat dans la manière dont on  démarre une carrière musicale sur le web aujourd’hui, comment on écrit, comment on la produit. Et donc mon background scolaire me sert beaucoup à appréhender ça sereinement et à me focaliser sur la partie artistique, car l’autre partie, la partie gestion de projet j’ai eu une formation pour ça.

 C’est quelque chose dont on parle peu, le coté business dans l’art, mais il y a quoi comme éléments qui se retrouvent dans l’un comme dans l’autre ?

 En fait à partir du moment où tu es producteur d’une œuvre, tu es obligé d’être une structure, tu ne peux pas être une personne physique. Tous les revenus liés à la composition d’une œuvre vont à une personne physique, donc Jérôme Fagnet. Producteur ça doit être une structure et compositeur également. Si tu composes ta musique tu n’as pas besoin de monter une boite mais si tu composes, enregistres et détiens les masters de ta musique tu as besoin de monter une boite. Du coup monter une structure, ça veut dire rédiger les statuts, gérer tout l’administratif, faire des demandes de subventions, faire en sorte qu’administrativement tout soit en place au niveau de ta boite pour quand tu sors ton album. Car quand tu dois faire des déclarations de cachets, il y a une grosse part admin. Il y a une part marketing, quand je sors tel morceau, est ce que je sors avec une vidéo avec, gérer les réseaux sociaux qui est quelque chose qu’on retrouve dans l’entrepreneuriat. Une partie finances forcément… Un label par définition est une entreprise. Et dans la musique en indé on retrouve des choses similaires même si c’est à plus petit niveau. C’est en ça que ma formation m’a servi, en ayant assez de connaissances pour appréhender tout ça facilement et plus me concentrer sur la partie artistique.

Repartons sur quelque chose de plus artistique. Du coup, toi c’est une blessure qui est à l’origine du projet, dans quel état d’esprit étais tu quand ça a commencé ? Qu’est ce qui a fait que tu t’es dit « tiens je vais commencer à écrire et faire de la musique » ?

 Je me suis bloqué le dos pendant mes études. Pendant huit mois, j’avais le bassin déplacé et je ne pouvais plus bouger, j’ai eu une longue période de convalescence. Ça a vraiment été la musique mon exutoire, j’avais fini, à force, par abandonner l’idée de guérir. La manière de m’en sortir, ça aura vraiment été d’écrire et de composer de la musique. Avant, je faisais du tuba, donc c’était vraiment beaucoup plus compliqué avec les problèmes de dos (rires). Donc j’ai pris une guitare et j’ai commencé à apprendre la guitare, ensuite j’ai eu envie de chanter, puis ensuite de composer, et ensuite d’enregistrer les compositions que je chantais et jouais. Une fois que j’ai eu mes premières maquettes, je me suis dit pourquoi pas les poster, et tout a commencé vraiment comme ça, par cette volonté de m’échapper …

 Le premier extrait de ton premier EP se nommait « The Happiest Man in the World », pourquoi ce titre ?

C’est une chanson qui pose la question «  Qui est l’homme le plus heureux du monde ? » et j’ai tenté d’en dégager un texte qui laisserait plusieurs interprétations, c’est un texte assez ouvert. Le clip fournit une explication, qui pour moi est la vision du bonheur, enfin celle qu’on peut chercher à atteindre. Dans ce clip, on peut voir un personnage, cheveux au vent, un grand enfant qui roule le long d’une piste de décollage qui symbolise la vie, il est à bord d’un tricycle qu’on peut rattacher à l’enfance, son éducation, ses valeurs. Donc il est accroché à son tricycle comme il serait rattaché à ses valeurs, il parcourt la vie et il est confronté à plusieurs scénettes rattachées aux sept pêchés capitaux et on se demande comment il va réagir par rapport à ça. Goûter au bonheur, c’est traverser la vie, tout en étant accroché à ses valeurs, à ses proches, qui sont pour moi le ciment du bonheur…

 Une autre de tes chansons parle des sept pêchés capitaux, est ce que c’est une problématique qui te parle ?

 C’est plus un emprunt. L’autre chanson qui en parle c’est « Got to go » et « Better Run », et c’est une fable et ce n’est pas du tout autobiographique. C’est une fable, se voulant humoristique, racontant l’histoire d’un bon samaritain des temps modernes, tout gentil, etc… Mais qui rêve de devenir un bad boy ! Qui a ce grain de folie en lui mais qui n’arrive pas à l’exprimer, personne ne le croit, donc il décide d’aller jusqu’en Enfer, de passer un pacte avec le Diable et dans « Better Run », il remonte des Enfers et il se rend compte que ça n’a pas du tout marché et qu’il est toujours aussi gentil. C’est une histoire qui est plus burlesque, elle aborde une thématique qui me permet de parler de ce grain de folie qu’on a en nous, ce « Kids go first », ce grain de folie qu’on a en nous et dont on a qu’une envie, le faire sortir…

 Et toi l’enfant en toi, de quoi avait-il envie ?

 Il ne rêvait pas du tout d’être chanteur, ça je n’y aurais jamais cru, même si on m’avait dit il y a quatre ans que je serais là avec vous à parler, je ne l’aurais pas cru du tout! Moi, depuis tout jeune, ce qui me plaisait c’était de monter des projets, l’entrepreneuriat m’a toujours intéressé. Je continue de m’éclater là-dedans, au travers de la musique et de vivre ce métier fou qu’est ce métier de chanteur et qui avec mes yeux d’enfant était un métier un peu rêvé comme astronaute. Je n’ai jamais osé imaginer que ça pourrait être vrai un jour…

 C’est marrant ce décalage, parce que tu parles de garder l’enfant qui est en soi, mais l’enfant que tu étais, il est plutôt rationnel…

 C’est une thématique que j’aborde aussi dans « Young Souls » qui parle de ce paradoxe pendant l’enfance entre la volonté quand on a plus jeune de devenir adulte. J’avais la volonté de grandir, j’étais super fier quand on me disait « Monsieur » et je voulais avoir des responsabilités. Alors que maintenant je rêve de regouter, ne serait-ce qu’une seconde, à l’époque de mes douze ans ou pour moi le bonheur sur Terre c’était de manger mon goûter après une partie de foot avec mes potes. En fait, c’est ce qu’on a de plus précieux. Le glissement entre ces deux états c’est vraiment la perte de l’insouciance, c’est quelque chose qu’on n’a pas vraiment conscience d’avoir quand on est plus jeune, c’est quelque chose qu’on a conscience d’avoir perdu quand on est plus âgé. C’est de cette petite part d’insouciance que je parle dans de nombreux titres dont « Young Souls ». Mais oui, j’ai toujours été partagé entre cet enfant qui voulait devenir adulte et cet adulte qui veut garder l’enfant qui était là.

 Tu traites de beaucoup d’histoires différentes dans tes chansons. Est-ce que tu dirais qu’il y a une trame globale dans tes chansons ou chaque chose doit-elle être prise séparément ?

 Je pense que le liant dans l’album, celui qui m’a permis de choisir le nom de celui-ci, qui est éponyme, et qui est Broken Back, c’est que c’est l’état d’esprit dans lequel j’ai composé chacune des chansons. Pas forcément les thématiques abordés dans les chansons mais l’état d’esprit dans lesquels elles ont été créés. Le liant se trouve plus au niveau musical qu’au niveau des textes. Cet état d’esprit est un peu aigre doux, ce qui donne pas mal de chansons avec un ton assez nostalgique.

« Je rêverais de pouvoir faire une collaboration électro avec Petit Biscuit » 

Tu as dit à plusieurs reprises dans des interviews que la folk était une histoire, est ce qu’il y a des morceaux qui toi, dans ton histoire, t’ont beaucoup parlé ?

 « Skinny Love » m’a beaucoup parlé et a été assez inspirant dans sa manière dont il a été écrit. Pendant longtemps je n’ai pas compris ce que ce morceau voulait dire, et ce que j’aime beaucoup, c’est que ce texte a été écrit avec la volonté de la part de l’auteur d’avoir une clef d’interprétation. Et tant qu’il ne la donne pas, chacun a sa propre idée d’interprétation et on se retrouve avec 5-6 idées de ce qu’elle veut dire. Au final, ce n’est pas ce qui compte. L’auteur sait pourquoi il l’a écrit, connaît l’interprétation originale, ça ne veut pas dire qu’il y en a qu’une seule. C’est ce que j’ai essayé de faire dans pas mal de chansons, j’essaie toujours de faire un texte qui soit à la fois fermé avec une clef d’interprétation mais qui soit aussi ouvert afin que les gens puissent se l’approprier et que la chanson puisse les servir et devenir une petite partie d’eux.

 Tu parlais de rêveries, d’ambition. Tu as dit que tu rêvais de faire l’Olympia. Ça va se faire. Quel effet ça te fait ? Et quels rêves te reste-t-il encore aujourd’hui ?

 Je dirais que c’est plus des lieux. Les Vieilles Charrues, je rêve de faire les Vieilles Charrues. L’Olympia évidemment. Mon premier rêve c’était de faire La Nouvelle Vague à Saint Malo, on l’a fait il y a un an et demi, on l’a refait hier. C’était tout un symbole pour moi. L’Olympia, c’est en train de se faire, c’est un nouveau rêve qui est en train de se vivre et dont j’essaie de savourer chaque moment. Après mes prochains rêves… C’est plutôt des collaborations… Je rêverais de pouvoir faire un titre avec LP, de faire une chanson avec elle. Ou de faire une collaboration plutôt électro avec Petit Biscuit. C’est plutôt des rencontres mes rêves maintenant plutôt que des lieux, car d’expérience maintenant, je me suis rendu compte que les plus beaux moments les plus beaux concerts ne sont généralement pas dans les lieux les plus symboliques mais on a parfois des super surprises dans des toutes petites salles avec 50 personnes et ou on passe de super moments. Évidemment, j’ai hâte de l’Olympia, hâte de profiter de la soirée, tout comme j’avais hâte hier de jouer à Saint Malo parce qu’on était à la maison. Mais je sais aussi qu’on va vivre de super soirées, de super concerts avec mes musiciens sur la route, dans des endroits auxquels on ne s’attendait pas…

 Il nous reste une dernière question : Quel morceau représente le plus ce que tu vis en ce moment ? Un morceau de toi, un morceau de quelqu’un d’autre… Tu va jouer dans un festival avec de gros noms, tu as pleins de dates de prévu, quel morceau représente le plus ce que tu vis en ce moment ?

 Je ressens beaucoup de choses c’est dur… (Rires). Je dirais vraiment le diptyque dans mon album de « Got to go » et « Better Run », ce qu’on disait sur cette petite part de folie qu’on a en nous. J’ai vraiment envie de prendre beaucoup de recul sur ce qui se passe parce que je suis vraiment en train de vivre un rêve et je n’ai pas envie de passer à côté parce que j’étais trop focus. Je savoure pleinement tout ce qui se passe et c’est vraiment l’état d’esprit du personnage qui se rend compte qu’il a vraiment envie de laisser sortir cette petite part de folie qu’il a en lui. C’est ce qui symbolise le mieux : sortir son petit grain de folie !

 

 

(Re) découvrez également notre reportage du premier soir des Nuits Claires de Marie-Claire avec Pete Doherty en tête d’affiche.