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Julia Escudero

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ALT-J par George Mucey

Le 11 février, le trio britannique Alt-J fera son retour dans les bacs cinq and après la sortie de « Relaxer » avec un nouvel opus « The Dream ». L’album est une pépite à l’image de ce qu’alt-J peut donner de meilleur, cinématographique, pop, onirique, puissant, joliment composé et qui ose de nombreux loopings musicaux. Le groupe a pris le temps de répondre aux questions de Pop&Shot de chez eux en Angleterre, crise du Covid oblige. Zoom ou pas, les trois compères transpirent l’amitié sincère, et sont fascinants dans leur travail créatif. On en discute mais aussi de tournées, vrais crimes, histoire d’Hollywood, de charité, de la vie de « rock star », d’espoirs et de choeurs. Interview.

Popnshot : Parlons de ce nouvel album : « The Dream ». Je tenais déjà à vous dire que je l’avais adoré. J’ai immédiatement eu envie de le chroniquer quand je l’ai écouté. C’est une perle.

Gus Unger-Hamilton : Merci beaucoup !

Popnshot : En quelques mots pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de l’écouter, comment le décririez-vous ?

Joe Newman – Alt-J : C’est un paysage broussailleux avec une très belle vue.

Popnshot : Il a été influencé par de véritables histoires de crimes à Hollywood …

Gus Unger-Hamilton – Alt-J : Ces dernières années, on s’est recentrés sur ce qu’on aimait avant la pandémie et moi ce sont les podcasts. En particulier un podcast qui parle de vrais crimes qui s’appelle « My favorite murder ». J’en écoutais toutes les semaines. Et ils sont si familiers dans ma vie qu’ils font presque partie des meubles chez moi. Ils parlent d’une certaine fascination bienveillante sur les motivations des gens et quelque part ils protègent les gens de ce genre de comportements. J’écoutais ça et ça s’est glissé dans l’écriture de l’album.

Ce sont des sentiments puissants la peur de la mort et la joie ressentie quand on tombe amoureux

Popnshot : Ce n’est pas la première fois que vous traitez de la violence dans les compositions du groupe. « In cold blood » par exemple en parlait déjà …

Gus Unger-Hamilton- Alt-J :  Oui pour moi la violence, on la connait tous. Etre assez chanceux pour ne pas y avoir été exposé tiendrait d’un concept lointain. On y est exposé très jeune avec le cinéma, la fiction, l’école… Si tu veux toucher les gens tu chantes sur deux sujets : l’amour et la perte. Et on essaie depuis le début de toucher les gens via ces thématiques. Ce sont des sentiments puissants la peur de la mort et la joie ressentie quand on tombe amoureux.

Popnshot : Votre musique est très cinématographique, elle pourrait faire partie d’une bande originale. D’ailleurs le nouvel opus parle d’Hollywood et du Château Marmont. Parlez moi de votre rapport au cinéma.

Gus Unger-Hamilton- Alt-J : On a toujours été inspirés par les films. On est aussi bien inspirés par certains films que nous le sommes par la mythologie qui existe grâce aux films. Il y a effectivement une chanson qui parle d’une mort au Château Marmont. On parle aussi de technique cinématographique, comme dans la chanson « Chicago » qui parle d’une méthode utilisée durant l’âge d’or d’Hollywood quand on tournait en journée pour donner l’impression que ça avait été filmé de nuit . L’album parle de notre amour pour l’histoire du cinéma et sa technique.

Popnshot : Il vous a fallu cinq ans pour publier ce nouveau jet. Que s’est-il passé durant cette période ?

Joe Newman – Alt-J: Je pense que quand tu finis un album la dernière chose que tu veux faire c’est se remettre à l’écriture. On se sent un peu complet. Après une tournée, il faut aussi se réhabituer à être dans une seule ville, à Londres nous concernant. Et ce processus nous prend du temps. Avoir envie d’écrire prend du temps, écrire à nouveau aussi. Quelque part on doit se remettre de tout le temps qu’on vient de passer ensemble. On avait décidé de prendre notre temps et d’être off en 2019. Nous étions prêt à recommencer en 2020 et on l’a fait pendant 6 semaines. Et puis, le Monde a été mis à genoux. On a eu la chance que ce soit seulement un inconvénient pour nous. Et puis quelque part ce temps qu’on avait sans délais est devenu un avantage pour les chansons qui ont eu le temps de mûrir et de grandir. C’était une chance au milieu d’un tout qui était terrifiant.

Le streaming ne tuera pas les albums

Popnshot : La particularité de cet album c’est aussi qu’il a été conçu pour être écouté dans son intégralité et qu’il ne s’agit pas seulement d’une suite de titres. Est-ce important pour vous ?

Gus Unger-Hamilton – Alt-J : Oui on aimerait beaucoup que les gens l’écoutent en intégralité mais on est très conscients du fait que la consommation de la musique change constamment. Tout a changé depuis qu’on a signé chez notre maison de disque mais c’est aussi valable au court de l’histoire. Dans les années 80, 90, les gens disaient que le fait d’enregistrer des morceaux sur des cassettes allait tuer la musique. Les gens parlaient des compilations et puis finalement ça n’a pas tué les albums. Le streaming ne tuera pas les albums non plus. Donc on le présente de la manière dont on aimerait le plus qu’il soit écouté. Mais certains écouteront uniquement un titre sur une playlist ou mettront l’album en shuffle. Et ça ne sera pas si grave.

Popnshot : Sur le premier morceau, « Bane », on entend un bruit de bouteille qui s’ouvre. D’où cela vient-il ?

Gus Unger-Hamilton- Alt-J : C’est une canette de coca, n’est-ce pas Joe ?

Joe Newman – Alt-J: Notre ingénieur son Lance Reynolds est américain et il a un amour sans honte pour le Coca-Cola.  Comme nous tous. Et quelque part il a inspiré cette chanson. Il nous a parlé du goût particulier du Coca mexicain. Il nous a raconté cette histoire qui n’était pas si intéressante mais qui était racontée par quelqu’un qui est intéressant. Et donc le Coca est entré dans notre récit. Ce soda est à la fois la plus grande joie et la plus grande misère à un niveau international. Il représente à merveille la capitalisme américain et à quel point les gens en ont besoin dans leur vie. C’est un goût si particulier et l’un des plus représentatifs du dernier centenaire parce que c’est si inhabituel. Et la recette est secrètement gardée. C’est assez intéressant de chanter à ce sujet.

Popnshot : Et on en trouve absolument partout dans le Monde.

Joe Newman – Alt-J : C’est vrai. Tu pourrais être au milieu d’une guerre civile et quand même en voir dans le fond du décors.

on fait des morceaux et puis on doit en faire un edit pour Tik Tok et ce n’est pas grave mais c’est vraiment étrange de devoir faire ce genre de choses.

Popnshot : Tout à l’heure nous parlions du streaming. On dit qu’il faut raccourcir les morceaux, que les gens n’ont plus d’attention au delà d’une ou deux minutes. Vous avez plusieurs titres de 5 à 6 minutes sur cet opus. Doit-on ne jamais suivre les règles qui biaisent la créativité ?

Gus Unger-Hamilton – Alt-J: Je ne pense pas que l’attention des gens se soit raccourcie. C’est juste la façon dont on formate le divertissement. Je pense que les gens ont toujours la capacité d’écouter de la musique et même un album.

Joe Newman- Alt-J : On est un groupe et on croit en nous en ce qui concerne les décisions créatives. Et même si quelqu’un d’un label nous disait « les gars, on a fait un constat, les gens coupent les morceaux au bout de deux minutes, pouvez-vous faire des titres de maximum deux minutes ? » on dirait quand même non. On ne cherche pas le succès à ce niveau. Et puis on a eu la chance d’avoir du succès en appliquant notre propre méthode.  Ce serait fou pour nous de tout changer à cause de ce type de constat. Mais vous savez on fait des morceaux et puis on doit en faire un edit pour Tik Tok et ce n’est pas grave mais c’est vraiment étrange de devoir faire ce genre de choses.

Popnshot : Parlons du titre « U&Me », vous utilisez de nouveaux instruments dessus ?

Joe Newman – Alt-J: C’est une chanson menée par la guitare avec un son assez funky. J’utilise différents claviers dessus. Tom utilise différents types de batterie dessus.

Thom Sonny Green- Alt-J : On essaie toujours de pousser les batteries. Ce que tu entends ce n’est pas le résultat d’un seul tambour ou d’une seule cymbale mais le mélange de plusieurs batteries. Il y a aussi des samples de batterie qu’on a séquencé et prossecé pour créer un son unique.  On utilise le même set de batterie sur chaque titre mais ça sonne différemment à chaque fois parce qu’on joue avec la texture.

Popnshot :Sur Hard Drive Gold, on entend des enfants chanter. D’où cela vient-il ?

Joe Newman- Alt-J : Cette chanson parle d’un garçon qui devient millionaire grâce à la crypto. Donc on a eu envie de faire chanter des enfants parce que c’est à propos d’un enfant dont c’est cool. L’idée est un peu la même que quand Pink Floyd faisait chanter des enfants sur « Another brick to the wall ». On voulait un choeur, et ce n’est pas la première fois qu’on demande à des enfants de chanter pour nous. Les enfants dans les choeurs ont une certaine qualité vocale, une certaine imperfection. Quand on prend un choeur d’adultes, ça peut sembler trop parfait, les enfants ont un matériel plus brut qui est très joli. (Il marque une pause). Il y a une tempête très violente ici qui assez effrayante, je suis dans une petite maison dans mon jardin et c’est impressionnant. J’ai l’impression que je vais être emporté comme Dorothée dans le Magicien d’Oz.  ( rires) Cette tempête a même un nom, apparemment de nos jours, on doit donner des noms aux tempêtes, elle s’appelle Bara.

Popnshot : Sois prudent quand même ! Reste au sec ! Pour revenir à l’album sur « The Actor », vous avez aussi une choriste, mais une adulte cette fois…

Gus Unger-Hamilton – Alt-J : C’est en fait ma femme qui chante dessus. Et tu voulais une voix féminine sur ce morceau c’est bien ça Joe ?

Joe Newman- Alt-J : Sa voix est superbement féminine et elle sait maintenir les notes hautes. J’ai eu cette idée et j’en ai parlé à Joe parce que je sais que sa femme est une excellente chanteuse. Elle a d’ailleurs fait un super boulot.

Popnshot : Sur « Chicago », il y a ce passage magnifique durant lequel vous utilisez un silence avant de changer entièrement le morceau. C’est une chose utilisée dans le classique mais très rarement dans la pop. Vous trouvez que le silence peut aussi être de la musique ?

Joe Newman- Alt-J : La dynamique quand on écoute un morceau c’est que l’on peut aller vers le son ou on peut le faire venir à nous.  Nous avons décidé d’aller vers celui qui écoute donc on a mis un silence avance d’augmenter de façon considérable le son. C’est comme si tu étais pris dans un phare parce que ça vient de derrière toi. C’est comme si tu marchais dans une rue sombre et quelque chose que tu ne connais pas est là et se montre doucement. C’est une dynamique intelligente et ça suit le morceau qui parle de perdre le contrôle, d’être désorienté et de perdre pieds. Tu es blessé ou quelqu’un d’autre l’est et c’est une chanson assez déroutante. Les instruments renforcent ce sentiment.

Ce que je voulais surtout éviter avec ce chanteur d’opéra c’était d’entrer dans un grand duo de voix  parce que je trouve ça un peu ringard.

Popnshot : Sur « Philadelphia », le final m’a fait pensé à l’opéra rock de Queen, mais cette fois ce serait une forme d’opéra pop. C’est quelque chose que vous aviez en tête ?

Gus Unger-Hamilton – Alt-J : C’est quelque chose que j’avais en tête oui et nous avions un chanteur d’opéra. Mais ce que j’aime sur cette performance c’est qu’on dirait que c’est un extrait. On nous a demandé de quel opéra nous avons tiré ce passage.

Joe Newman – Alt-J : Vraiment ? Je ne savais pas !

Gus Unger-Hamilton- Alt-J  : Oui!  Ce que je voulais surtout éviter avec ce chanteur d’opéra c’était d’entrer dans un grand duo de voix  parce que je trouve ça un peu ringard. On l’a utilisé de façon judicieuse, ça transperce le titre comme si on y avait mis un extrait extérieur.

Joe Newman – Alt-J : Ce n’est pas le sujet mais je vois ce titre comme l’histoire de quelqu’un qui serait en train de mourir. J’aime cette alliance de quelqu’un qui chanterait sur scène et puis ce passage d’opéra de quelqu’un qui serait en train de mourrir dans l’allée derrière avec une séparation minime.

Popnshot : Dans « Walk a Mile » vous dites « Walk a mile in my shoes »,  qui veut dire mets toi à ma place, comment ça serait, si quelqu’un pouvait prendre votre place, de marcher dans les pas d’Alt-J, qu’est-ce que ça fait de faire partie de ce groupe ?

Gus Unger-Hamilton- Alt-J : Joe, tu as vendu tes chaussures sur Ebay pour la bonne cause n’est-ce pas ? Quelqu’un marche littéralement dans tes chaussures (rires)

Joe Newman- Alt-J : Une personne est effectivement en train de marcher dans mes chaussures, à moins que je ne marchais dans ses chaussures.

Gus Unger-Hamilton- Alt-J : Il y a une chose qu’on apprend dans la vie, c’est que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. On veut toujours ce qu’on a pas. On a surement le cliché du travail de rêve : rock star et j’utilise ce mot avec précaution. On est dans un groupe qui a du succès et ça c’est un rêve. Mais ça vient avec des difficultés, des insécurités. La vie en tournée peut être très difficile, nos familles et nos amis nous manquent. On se sent seuls et aliénés. J’imagine que si quelqu’un pouvait  vivre un moment à notre place il passerait un super moment mais il serait content de retourner à sa propre place.

La vie en tournée peut être très difficile, nos familles et nos amis nous manquent. On se sent seuls et aliénés.

Popnshot : Quand vous avez choisi le nom Alt-J, vous vouliez utiliser le symbole du triangle. Vous avez un morceau qui s’appelle Delta et qui représente également un triangle. Est-ce qu’il raconte quelque chose de particulier à votre sujet ?

Joe Newman- Alt-J : En tout cas c’est une coïncidence avec le variant Delta. On parle du delta du Mississipi dans ce titre. C’est une chanson qui est un grand voyage, et sur laquelle on utilise de l’accapella. L’une des meilleures choses avec ce groupe c’est qu’on s’harmonise et on voulait se le rappeler et rappeler aux autres que c’est l’origine du groupe : l’harmonie.

Quand j’écris je rentre en trans. C’est un processus pure, sans complications.

Popnshot : Sur « Losing my mind » vous répétez en boucle je perds la raison. Est-ce quelque chose de nécessaire dans le processus créatif ?

Gus Unger-Hamilton- Alt-J : Perdre la raison et se concentrer sont deux choses très similaires selon moi. Ils sont de chaque côté du spectre mais tout en étant très proches l’un de l’autre. Quand j’écris je rentre en trans. C’est un processus pure, sans complications. Il faut perdre en concentration pour gagner la capacité d’écrire.

Popnshot : Sur le dernier morceau « Powders », on entend un rire  durant les première seconde. On a l’impression d’assister à un moment intime. Est-ce le cas ?

Joe Newman- Alt-J : On a un pré-enregistrement quand on enregistre des titres. Avant d’enregistrer le titre on a donc pré-enregistré ce passage et on a trouvé que c’était une très belle ambiance dans cette pièce. Avant de jouer pour les autres on commence par se faire rire. C’est l’essence de notre alchimie. On était heureux de mettre ça sur un titre.

Popnshot : Une dernière question, l’album s’appelle « The Dream » – le rêve en français – maintenant que vous avez accomplis tant de choses, qu’est-ce qui vous fait encore rêver ?

Gus Unger-Hamilton- Alt-J : Aujourd’hui, ce serait de partir en tournée l’année prochaine sans le Covid qui détruit nos vies.

Joe Newman – Alt-J : On a une tournée de bookée et j’espère qu’on pourra la faire en entier. On commence par une tournée US et j’espère qu’on pourra la vivre sans soucis, c’est ça le rêve !


 

 

peter doherty frédéric LoOn ne présente plus Peter Doherty, coqueluche des Libertines, rock star virtuose, musicien sauvage, célébrité faisant les choux gras des tabloïds, le bonhomme a le mérite de s’offrir une carrière prolifique.

Depuis ses premiers pas dans le rock, le chanteur a su se réinventer en excellant dans la brit pop cette fois-ci en solo.  Le musicien sera de retour en 2022 et bien accompagné puisqu’il signe un nouvel album « The Fantasy life of poetry & crime » avec Frédéric Lo à la composition et la production. Si cet opus au titre prometteur est programmé pour le 18 mars, il est déjà possible d’en écouter un second extrait « You Can’t keep it from me forever ».  Il fait suite à un premier single éponyme qui s’écrivait comme une ritournelle pop, sensible à la mélancolie affirmée. L’enfant terrible du rock y apparait d’ores et déjà calmé. Grâce peut-être à sa nouvelle vie en France à Etretat, où il est, pour reprendre l’une de ses anciennes répliques cultes, difficile de se procurer de la bonne drogue. Toujours est-il que ce nouvel homme n’a rien perdu de sa voix de velours et la pousse en français et en anglais au cours d’une comptine à la pop soignée qui entre facilement dans les esprits. Un premier jet qui attise donc la curiosité.

Qu’en est-il de You Can’t keep it from me forever ?

Dès ses premières notes le second extrait de cet opus s’inscrit plus  largement dans la lignée de la carrière solo de Peter Doherty. Il est ainsi facile de penser à « I Don’t love anyone (but You’re Not Just Anyone) » grâce à sa mélodie entre pop glacée et rock sucré, sa douceur dosée et son fond de guitare aux nuances rock. Un joli démarrage qui redescend avec un refrain trop facile qui manque d’arguments massifs pour se hisser dans les sommets des créations de notre musicien. Reste des couplets entêtants, une mélodie bien mise en place par Frédéric Lo. Les arrangements sont soignés tout comme la production. Côté texte le duo évoque l’isolement, le confinement et les mois durant lesquels il a travaillé à la création de ce jet. Le clip aux couleurs froides réalisé par Roger Sargent profite d’une esthétique épurée et met joliment en avant ce travail réalisé entre Etretat et Paris. Reste à attendre que le reste de cet album se dévoile pour juger de ce retour entre douceur et amertume, rencontre entre un rock anglais léché et une pop française au spleen prononcé.


ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DE TRES NOMBREUX SPOILERS SUR SCREAM 5, NE LE LISEZ PAS SI VOUS NE VOULEZ PAS VOUS SPOILER !

En ce début 2022, la sortie du nouveau Scream a été accueillie comme un immense évènement. Fans de la première heure et de la nouvelle génération attendaient au tournant le retour de ghostface. Pour les plus jeunes, la saga de films évoquait certainement une touche de kitch et une nostalgie d’une époque qui semblait bien plus douce. D’ailleurs le succès récent de la saga Fear Street sur Netflix laissait présager un certain plaisir à revoir des films de massacres de lycéen.nes sans autre forme de procès. C’est pourtant pour les fans de la première heure que cette sortie faisait office de fête nationale. Onze ans après la sortie du très réussi Scream 4, les attentes étaient nombreuses. Mais aussi les doutes et incertitudes. Assistera-t-on au film de trop de la célèbre saga ? Scream peut-il encore se renouveler ? Si les critiques des amateurs sont plutôt positives, ce nouveau volet fait au yeux d’un puriste de trop nombreuses fautes dont il faut qu’on parle. Ci-dessous avec des spoilers. Ne le lisez pas si vous ne voulez pas vous spoiler. J’insiste. Merci.

scream 5 afficheLe retour à Woodsboro qui fait plaisir mais…

Nous voilà donc de retour à Woodsboro, 11 ans plus tard. Le quatrième volet de la sage avait fait un sans faute et à l’époque Kevin Williamson promettait une nouvelle trilogie qui faisait envie. Oui mais finalement, l’affaire ne s’est pas conclue. Topo, l’attente était passée, reléguant l’idée de retrouver Sidney et sa troupe au rang de simple fantasme peu réaliste. La désastreuse série MTV avait finie d’achever toute envie de retrouver nos héros. Pas besoin de se replonger dans un univers qui ne saurait être respecter. Pourtant quelques infos lâchées ça et là laissaient supposer que le cinquième épisode pourrait bien être le joyaux qu’on n’attendait plus. Du moins en matière de fan service pour une fois bienvenu. Qui parmi la fan base ne rêvait pas de faire un nouveau tour dans la maison de Stu Macher ? Personne c’est évident. Et c’est bien ce que semble avoir compris le film qui n’a de cesse de la jouer clin d’oeil appuyé et méta distillés comme un « je vous ai compris » de bout en bout de bobine. Et vas-y que dès l’introduction, ça y va franchement. On cite Billy Loomis, on parle de Stab (le film qui traite des évènement des précédents volets mais dans le film si vous suivez), on fait même un clin d’oeil au fans les plus hardcores en titillant la mémoire de qui joue dans la scène d’intro de Stab qu’on découvre dans Scream 2.  L’idée promet d’être blindée de références qui se veulent pointues. Sauf que, ce nouveau Scream se trompe dès son introduction puisqu’il fait plus état d’un produit potassé et marketé qu’une véritable déclaration d’amour à une saga qui aura su marquer toute une génération.

Une scène d’ouverture qui rate son entrée en matière

scream 5 jenna
Jenna Ortega (“Tara”) stars in Paramount Pictures and Spyglass Media Group’s « Scream. »

Alors voilà que d’emblée, les clins d’oeil se veulent précis et nombreux. Notre nouvelle première victime (jouée par Jenna Ortega que vous connaissez de la série « You ») reproduit les gestes de Casey Backer, attrape un couteau de la même façon, parle de cinéma d’épouvante avec recul, cuisine non plus des pop-corns mais un petit plat à la casserole. On se surprend à pousser quelques gloussements quand le tueur pose une question similaire au premier opus, « Puis-je rentrer chez toi avant que tu ne verrouilles à distance » is the new « Ta maison a deux entrées, à ton avis à laquelle des deux est-ce que je t’attends ? ».  Tout ça est fort plaisant si on exclut le fait que la première victime ne meurt pas. La saga a toujours pris soin de créer ses effets, d’offrir une entrée en matière au gore brut, travaillé, servi en grosse plâtrée. C’est même sa marque de fabrique. Alors quand notre première victime prend quelques, certes douloureux mais tout de même, coups de couteaux, la frustration se fait sentir. Que va-t-on nous vendre ?

Traiter les fans de vieux, au mieux

Cette fade entrée en matière n’est en réalité qu’un prétexte pour introduire le retour à Woodsboro d’une toute nouvelle héroïne, Sam – ça sonne un peu comme Sid effectivement- qui devrait porter une nouvelle saga, et introduire du sang neuf. Mais cette nouvelle héroïne a surtout un lourd secret. Elle est la fille cachée de Billy Loomis, le tueur du premier. Oui comme dans un soap. Et cette filiation c’est aussi l’occasion de faire revenir Skeet Ulrich sous forme d’hallucination pour faire sautiller les fans sur leurs chaises. Et dans l’idée, pourquoi pas finalement ? Revoir l’acteur dans le rôle du meilleur des tueurs fait chaud au coeur et oui on peut bien s’asseoir sur la cohérence puisque le plaisir est là. C’est aussi l’occasion d’introduire un nouveau groupe d’adolescents à tuer, qui ne seront autre que les copains de la petite soeur, la première non-victime donc. Quand la petite bande est introduite, la surprise est de taille. Si beaucoup saluent le travail fait pour bien les présenter, les questions se posent. Scream l’original était novateur en terme de création de personnages complexes qui détonnaient avec ceux traditionnellement présentés dans le genre. Exit la scream queen idiote qui court s’enfermer dans sa chambre, bonjour les personnages malins, conscients de l’horreur, geeks auxquels peuvent s’identifier les spectateurs eux mêmes fans d’horreur. Kevin Williamson qui avait écrit le premier volet est en plus, si vous l’ignoriez, le papa du premier baiser gay porté à l’écran dans une série télévisée grâce à « Dawson » et au personnage de Jack. Alors quand en 2022, la saga présente son nouveau groupe d’adolescents, sans pour autant faire de Scream un film d’horreur à thèmes, on s’attend au moins à ce que nos personnages soient bien encrés dans leur époque et conscients des enjeux actuels comme peut l’être une génération très engagée sur de nombreux thèmes sociaux. Et bien non, notre troupe aurait pu être écrite en 1996, ils auraient eu la même pseudo personnalité. Facile, déjà vue, sans enjeux. On repassera pour découvrir enfin un vrai héros queer dans un film d’horreur porté sur grand écran. Tant pis. A la place, la nouvelle génération, la génération Z comme elle sera appelée plus tard par un des protagoniste, est simplement la même que la nôtre et se regarde avec une certaine forme de hauteur propre aux boomers. Et c’est sûrement ça le plus gros problème de ce nouvel épisode : penser que les fans de la franchise sont des boomers qui ne veulent pas qu’on touche à leur saga. Alors les clins d’oeil méta se cumulent : on nous parle de Stab 8 en rappelant en boucle que c’est devenu mauvais à partir du 5. Et oui c’est drôle, c’est amusant de prendre ce recule sur son oeuvre et c’est ce que Scream a toujours fait, éviter de se prendre au sérieux et s’auto-référencer. Sauf que cette fois c’est trop gros et qu’il ne faut pas pour autant oublier son histoire.

Une trop longue entrée en matière

scream ghostfacePour mieux présenter un univers qu’on sent qu’ils espèrent voir assez bankable pour poursuivre sur beaucoup trop d’épisodes, notre nouvelle équipe passe un premier tiers de film à parler drama et à montrer ses personnages à coup de répliques pour mieux les définir. Intervient le premier vrai meurtre qui tombe comme un cheveux que la soupe et manque encore de grosse hémoglobine. Et voilà qu’enfin, vous les attendiez nous aussi, la troupe d’origine revient. Mais pas trop vite. Gale et Sidney elles promettent de ne pas revenir à Woodsboro malgré tout. Dewey lui, séparé de Gale – clin d’oeil méta à sa séparation avec Courtney Cox- n’est plus que l’ombre de lui même. Il boit trop et comme on ne peut pas le dire avec finesse, il vit dans une caravane. Il finit par se laisser convaincre de repartir à la chasse au tueur. Et évidement, mais ça la bande-annonce le laissait entrevoir- ça tourne mal pour lui. C’est donc dans un hôpital que Dewey Riley qui ne fait aucune référence à Tatum sa soeur en revanche, finit par se faire tuer par un meurtrier qui lui balance quand même un « C’est un honneur » et y va à la grosse référence à Games of Thrones « Yes, today ». Si perdre un personnage qui a tenu cinq volet est toujours déplaisant pour un fan d’une saga, une mort si bête, si mal amenée, si prévisible et portée par le minima d’émotions devient vraiment dérangeante. Tuer Dewey aurait dû être un vrai retournement de situation, sûrement de fin de pellicule et un déchirement. Et puis puisqu’on est dans un hôpital, puisque la protagoniste s’appelle Carpenter, il aurait été plaisant d’exploiter cette référence au second Halloween. Bon tant pis encore.

du méta au lourd

Les scénaristes l’ont bien compris, la mort de Randy dans Scream 2 a frustré tous les fans qui ne demandent qu’à le retrouver. Dans le 3, Craven avait dans un premier temps pensé à ressusciter le personnage, avant d’y renoncer pour ne pas en faire trop. A la place, il avait choisi de ramener Martha, la soeur de Randy qui avait sur elle le testament vidéo du personnage. Le 4 avait contourné le problème en créant non pas un mais deux personnages ( féminin et masculin) épousant les même caractéristiques que Randy et évoquant les règles du genre. Mais cette fois, pourquoi choisir ? semble se dire notre scénariste qui vraiment veut juste faire plaisir aux fans – ces gens faciles. Voilà donc la soeur de Randy qui sert le thé  toute sourire à ses enfants (le neveux et la nièce geek de Randy qui donne les nouvelles règles donc) face à un portrait géant de notre personnage décédé alors que bon, ses enfants sont en train de parler du risque qu’ils se fassent massacrer. Et Dewey qui a pourtant toujours été au plus proche des gens de ne pas s’émouvoir de la mort imminente d’adolescents. Et là encore, le parallèle avec les fans est là. Vous érigez des autels à ce personnage semble-t-il nous dire, je vais vous en donner.

Autre clin d’oeil, un personnage, celui de Dylan Minette s’appelle Wes. Comme le regretté Craven. Il est le fils de Jody, la policière du 4. Mais nous dit-on encore une fois avec auto-dérision, on s’en fiche des suites. Pas vraiment mais admettons. Il est bien dommage du coup de ne pas exploiter sa mort en y allant aux vraies références à Craven et son immense oeuvre. Les griffes de la nuit, La Dernière maison sur la gauche, La Colline à des yeux, c’était le moment de citer ce répertoire et d’y aller franchement. La scène de la mort de Wes offre néanmoins l’un des meilleurs moment du métrage. En effet, le clin d’oeil aux inutiles jump scares dont se dédouane entièrement le film est un régale qu’il faut absolument saluer.

Le retour des vieux amis

Scream 5 Sidney et GaleC’est pourtant le retour de Sidney Prescott et de Gale Weather qui donne du coeur à tout ce nouvel opus. Notre héroïne n’est plus  ce qu’elle était au lycée. La voilà devenue une final girl prête à tout pour tuer ce nouveau ghostface. Quelques répliques bien croustillantes viennent consolider le tout. C’est certes passer à côté de Sidney qui oui est prête à se battre contre ses démons mais n’y a jamais pris de plaisir mais c’est plutôt plaisant. La scène du passage de flambeau est évidement l’un des meilleurs moments du film. Quoique soyons honnêtes, il n’a rien de la grandeur de la réplique du quatrième opus « First rule of a remake, don’t fuck with the original ». Et c’est peut-être le comparatif de ces deux répliques qui explique le mieux ce qui cloche dans ce cinquième opus. En riant franchement à cette blague, on se sent comme un vieux con qui ne voudrait surtout pas que la nouvelle génération puisse prendre la relève. Sauf que, personne n’a demandé de Scream 5, les fans n’y sont pour rien, ils aiment une saga et vous êtes bien contents qu’il achètent des places de cinéma. Evidemment qu’ils souhaitent garder un matériel d’origine qui leur a plu intact. Le jeu des remake, reboots et suites sans fin n’a que trop durer à Hollywood et certaines Madeleines de Proust devraient rester intactes. Alors quand la révélation des tueurs tombe et que le mobile évoqué est le fanatisme, on se sent un peu jugés par les mêmes personnes qui veulent nous vendre leur sauce. Il est facile de prendre du recul sur soi, se demander si l’extrémisme des fans n’est pas de trop. Mais on peut aussi se rappeler qu’il n’y as pas non plus tellement d’extrémistes chez les fans de Scream et qu’en parler n’a rien de si choquant. Les scénaristes prennent pourtant beaucoup de plaisir à parler pour les fans. Quand Gale dit qu’on a tué notre ami, elle parle en quelque sorte de notre ami en tant que fans. Quant à la révélation de qui sont les tueurs le petit ami et Amber la meilleure amie de la petite soeur, le tout manque d’émotion. Cette révélation s’inscrit dans une dynamique déjà bien huilée et connue. Et c’est dommage. Dans le quatrième le miroir de la pseudo nouvelle héroïne Jill ( Emma roberts)  qui s’avèrait être le tueur avait été une superbe idée. Là c’est plutôt plat en terme d’enjeux. A la place, faire de la première victime un tueur comme c’est d’ailleurs suggéré aurait pu avoir plus d’impact. Encore et toujours tant pis. A la place, on se délectera de quelques bonnes répliques de Sidney qui raccroche notamment au nez du tueur en lui disant « Je m’ennuie ». Une façon de toujours savoir rire de soi finalement.

Scream 5 a quand même du bon

Tout n’est pas non plus à jeter de ce nouveau volet de la saga.  Si les effets miroirs au premier sont très nombreux, ils n’en sont pas moins amusants. Sans avoir le premier en tête il est presque impossible de bien comprendre de quoi parle ce volet d’ailleurs. Mais lorsque l’on a les références, évidement, le jeu devient plaisant.

Retrouver les mêmes morceaux dont le thème de Dewey et « Red Right Hand » de Nick Cave, retourner dans la maison de Stuart, voir le nom de David Schwimer sur la fiche casting de Stab, la scène dans le garage, clin d’oeil à Tatum et Randy – avec les personnages supposés être les nouveaux Tatum et Randy-, la nièce de Randy qui revit la même scène que son oncle seule sur le canapé avec sa bière face à Stab, le personnage caché dans le placard, les parapluies… tous ces petits indices réchauffent le coeur des fans. D’autant plus qu’une fois le deuxième acte lancé, le tout prend en intensité et s’avère être un honnête divertissement pop-corn, drôle et un brin gore (juste un brin il faut en convenir) qui se regarde de façon plaisante. Les plans qui se font échos, notamment le tout dernier, les répliques similaires (Gale qui monte dans l’ambulance VS Sam qui monte dans l’ambulance), tout ça fait plaisir. Tout comme l’effort particulier mis au jeu du qui sera le nouveau tueur ?

Ce jeu bien mené permet de passer un bon moment et de faire frissonner les fans de la première heure. Ces derniers ne cherchent d’ailleurs pas dans un Scream un nouveau Babadook et s’amuser du comparatif permet d’avoir  encore du recul sur ce qu’est la saga. Un film qui ne souhaite pas révolutionner la société mais qui aime le genre. Un slasher avant tout avec ses incohérences et ses envies de sauter sur son fauteuil, ses rires et ses frissons.  Il manque quand même une grosse dose d’amour pour la saga plus qu’une machine à billet pour lui donner l’étoffe du premier, second et même quatrième. Et c’est bien ça, ce petit truc qui dérange celui qui avait profondément envie de l’aimer. Après 11 ans d’attente mieux vaut peut-être laisser le costume au placard que de n’en faire une caricature de ses propres propos. Et dire que les fans ont trop d’attentes et sont trop facilement déçus de bout en bout de pellicule, comme pour les culpabiliser n’y changera rien. Néanmoins, il faudra quand même voir le métrage en salle. Au moins pour défendre une certaine vision du cinéma qui a le droit d’être fun et démontrer que l’horreur doit profiter de plus de présence en salles obscures enfin et surtout pour rappeler que le genre n’a pas à toujours s’adresser à un public marginalisé. Non ce ne sont pas des tueurs en puissance prêt à venger leurs films favoris. « Pour Wes » conclut le méta-métrage. L’homme qui disait que le cinéma d’horreur est un exutoire , qui a toujours exercé avec passion et dont la fibre manque cruellement à ce Scream. Le flambeau, il faudra peut-être le garder encore un peu.


Lundi 6 décembre. Dehors, le froid glaciale s’allie à une pluie battante pour rappeler aux parisiens que l’hiver qui ne semblait pourtant pas les avoir quitté depuis deux longues années, est bien de retour et ne fera pas quartiers.La crise du Covid avait laissé les spectateurs frustrés de ne pouvoir profiter du festival Fnac Live 2021 lors de ses deux dernières éditions.

L’attente était à son apogée. C’est ainsi que, choisissant le format de concerts cette fois qui pourraient se répéter régulièrement cette année, l’évènement investit le Théâtre du Châtelet pour une trilogie de concerts immanquables. Ces derniers faisaient alors échos  à des performances dévoilées en ligne avec en tête d’affiche Ed Sheeran, 47Ter ou encore Kungs.

Toujours est-il que le Fnac Live Paris avait mis ce soir là les petits plats dans les grands convoquant les spectateurs à une grand messe organisée dans un sanctuaire sublime : j’ai nommé le Théâtre du Châtelet. Un cocktail au champagne accueille les invités VIP. Au centre des préoccupations pourtant : les nouvelles mesures anti-Covid qui recommencent doucement mais sûrement à tomber. En tête de liste la fermeture des boites de nuits annoncées ce soir là en prémisse de l’interdiction pure et dure de danser. Qu’en est-il des concerts lives ? Pour l’instant, la question reste en suspens, donnant à chaque note écoutée en concert la particularité d’avoir ce goût unique de ce qui pourrait être une dernière fois avant longtemps. Et si l’instant est beau, la peur ne peut que le multiplier. Dans l’optique où il faudrait à nouveau sacrifier la culture sur le grand autel de la faute au virus, la sélection de cette soirée aurait le mérite de rappeler la toute puissante beauté d’un instant live.

Que la fête commence

Et puis, dans un lieu comme celui-ci, point de danse conviée, la fête se fera assise. Un plafond magnifique orne le lieu magique alors que les spectateurs sagement assis sur leurs fauteuils voient débarquer sur scène l’immense Curtis Harding. Ce dernier confie tout naturellement avoir attendu ce moment de retrouvailles depuis deux ans, la faute aux salles fermées. C’est sûrement ce manque de pratique qui donnera à sa performance les uniques petits éléments qui pourraient lui être reprochés, un manque d’entrainement qui pourrait toucher à la justesse de quelques notes. Pourtant, en faire état tient presque de la mauvaise foie tant la voix d’Harding confère à la perfection. Derrière ses notes délicieusement soul, le frontman charismatique invite à une sympathie instantanée et appuie sur une envie de danser prenante. Les pieds tapotent doucement alors que les notes s’emballent, que le blues se modernise, que la soul s’immisce et que le musicien emporte avec lui un tourbillon vivifiant. La musique du chanteur est autant d’invitations à la bonne humeur, une incantation même alors que sa voix rauque s’emprunt de soleil. Ses mélodies ont la particularité de sonner cultes en quelques notes. Le travail des percussions y est impressionnant tout comme la qualité indéniable des textes. Avec la force spirituelle d’un gospel, des emprunts si et là au hip hop, des refrains sublimes, des notes jazzy, Curtis Harding met tout le monde d’accord. La température monte d’un cran à chaque note de ce showcase haut en couleurs qui n’est restreint que par sa configuration assise. Quand résonne « Need your love », le single phare du musicien, nous voilà transportés dans un club new-yorkais où la fête est folle et les martinis coulent à flot. Le chanteur se déhanche pour l’assistance qui n’en perd pas une miette. Et les au revoir n’en sont que plus douloureux.

Curtis harding fnac live 2021
©Kévin Gombert

Place à la prêtresse

Il est pourtant l’heure d’accueillir la star de la soirée : l’immense Cat Power. Celle qui chantait la lune sur son album « Moon Pix » et invoquait le soleil sur « Sun » n’a rien à envier aux astres qu’elle conte. Du premier, elle prend la touchante poésie obscure, du second la capacité de faire vivre l’univers au creux de sa main. C’est presque sur la pointe des pieds, une tasse de thé bouillant à la main que débarque avec délicatesse notre poétesse. Cat Power est dans sa bulle, elle s’adresse au public en chuchotant presque ses explications de morceaux, semble visualiser un univers parallèle derrière sa frange. Compositrice de génie, elle transpose les mélodies, devient un secret réconfortant, transcende les maux. Dans un obscurité quasi complète, la voilà qui chante d’abord derrière sa guitare, puis derrière un piano. « Celle là a été écrite par Keith Richards » confie-t-elle. Chaque note de la musicienne frappe droit aux cœurs ceux qui ont sa sensibilité à fleur de peau. La voix aérienne de notre prêtresse a la même perfection raffinée en live que sur album. Lovés sur nos fauteuils, tout bruit volé semble alors impardonnable. Il faut se taire, se laisser aller. D’aucun pourrait reprocher que ce moment soit un ton trop calme mais la musique n’a pas vocation à uniquement faire danser, elle doit faire s’envoler les âmes, elle doit chuchoter aux cerveaux, les éveiller, mettre des larmes dans les yeux. Dans l’univers sensible de notre petite souris, les gestes  se répètent. Elle touche à répétition son ampli, demande à l’ingé lumières de l’éclairer tentant puis la foule: « La luz s’il vous plait, je veux vous voir », le français n’est certes pas son fort. Pourtant derrière une timidité touchante, planante, qui pourrait évoquer un reste des années 70, elle parle couramment le langage universel : la musique. La laisser partir parait impossible et pourtant après une courte révérence, il le faudra. Pas avant d’adresser un dernier vœux, à cette étoile filante, la tête dans les astres, les oreilles en orbite.

Un dernier tour au piano

La soirée touche quasiment à sa fin mais réserve encore une surprise de taille. Sofiane Pamart débarque sur les planches. Vêtu d’une longue veste argenté, habillé avec l’extravagance de l’air du temps, le musicien virtuose trompe par son allure et semble s’apprêter à proposer un set entre électro et hip hop. Il n’en sera rien. Le musicien prodige s’installe derrière un piano qu’il ne quittera plus. Au programme des prouesses classiques modernisé, des doigts qui bougent à toute allure faisant défiler les notes et les émotions. Les souffles sont courts alors que la concentration du musicien ne faiblit pas. Son set, brillant, hors du sol et du temps résonne parfaitement dans la salle au plafond décoré qui porte lui aussi l’histoire parisienne.

 Sofiane Pamart fnac live 2021
©Kévin Gombert

Après une révérence et un court rappel, il ne reste plus qu’à rejoindre le froid parisien et l’épais brouillard extérieur en rêvant de futurs concerts et d’un festival Fnac Live à l’été.