Il est de ces albums qui vous emportent. Un puissant vent dont la beauté se fait évidence. Un retournement de l’âme qui force à en parler à tout son entourage (et je peux vous garantir que j’en ai parlé à mon entourage ahah). L’expérience est rare. Il faut parfois s’armer de patience pour vivre quelques fois l’an l’amour passion. Le confidentiel bien qu’encensé « Role Model hermit » de Mary in the Junkyard est de ceux-là. Le groupe originaire de Londres et formé en 2022 signe ici un très sensible premier album. Pour la petite histoire, le groupe se formait alors que trois de ses membres étaient encore de jeunes adolescents. L’équipe se rencontre dans un camps d’été dédié à la musique classique alors qu’ils n’ont que 14 ans. Si leur premier concert a lieu en 2022, il faut attendre 2024 pour que la joyeuse troupe publie son premier EP « This old house ». Et puis voilà qu’à l’été 2026 vient la révélation avec cet opus immanquable.
Role Model Hermit, grand voleur de nos âmes mary in the junkeyard
Le bruit de couloir était pourtant persistent. Mary in the Junkeyard avait su trouver sa place aux côtés des meilleurs de la scène indé pour prouver sa valeur. Ainsi en France, le public pouvait les découvrir en ouverture de The Murder Capital. Aux Etats-Unis, ils ouvraient pour Wet Leg. De quoi annoncer l’ampleur de sonorités aussi calibrées que radicalement honnêtes.
Ce Role Model Hermit sait aussi bien tirer son épingle du jeu que se caler à merveille dans ce que la scène indie rock a sorti de plus beau ces dernières années. A la première écoute, il est aisé de penser à Porridge Radio ou encore à la carrière solo d’Adrianne Lenker. Au moins pour ce qui est de la voix de sa chanteuse, Clari Freeman-Taylor. On your y retrouve, la même légèreté dans le timbre, une forme de douceur qui pourrait bien évoquer l’envol d’un moineau. Si on devait aller chercher plus loin dans le répertoire de Big Thief, Mary in the Junkyard aurait jeté des regards appuyé sur le titre « Blurred view » dont je ne pourrai jamais assez dire de bien. Le vocabulaire n’est tout simplement pas à la hauteur du talent d’Adrianne Lenker, n’en parlons plus. Loin pourtant d’être une pale copie du groupe américain, notre trio sait offrir sa touche à lui. Un douceur sur le rasoir, une forme de mélancolie qui vient toucher droit au cœur. L’essai est d’ailleurs transformé dès le premier titre qui ouvre ce doux joyaux : « Mantra III ». Le violon y prend ses aises, autant qu’il apporte de son originalité. Et voilà que de façon obsédante le texte me nous susurre encore et encore « it is yours babe, you deserve it ». La répétition en musique est toujours un atout central. Nous voilà obsédé.es. Tant mieux.
La suite va s’inscrire dans cette même dynamique. Il ne faut pas aller plus loin que le deuxième morceau pour rencontrer un immense chef d’œuvre. « Blood » s’ouvre sur une introduction qui se répète avec douceur. Le chant conjugue les montées en puissance avec une douceur qui laisse sans voix. Le refrain percute, s’insère dans les veines. Le tour est joué. C’est pourtant « New Muscles » qui a tout du single. Plus rythmé, il joue de cassures de rythmes parfaitement amenées. Chaque titre de cette première partie est un instant sur le fil. Il n’en fait jamais trop, au contraire, il vient naturellement se placer. Le refrain du morceau prend tout particulièrement aux tripes entre sa mélodie envoûtante et son phrasé hypnotisant. Sans jamais se répéter, Mary in The Junkyard avance dans sa proposition artistique. D’un premier instant froid, la suite laisse planer une part de lumière bienvenue. Une nuance en demie-teinte.
Une deuxième partie à la noirceur qui appelle mary in the junkeyard
« Crash Landing » est une forme de tournant dans l’opus. Ses premiers instants mettent en avant la voix de sa chanteuse relayant les instruments à un second plan qui résonne comme un avertissement. Toute cette mise en place ne sert qu’à donner plus de corps à une montée en puissance enivrante qui donne la chair de poule. Le violon pincé appelle l’oreille. Pris.es au piège, nous voilà maintenant hanté.es. Impossible de sortir de l’immense noirceur qui s’est abattue sur nous. Alors que le titre parle d’émotions en retenues, voilà les nôtres qui explosent. Ces mêmes sentiments, un brin poisseux, toujours à fleur de peau vont venir peupler la suite de l’opus. Une folk sombre, un rock embrumé. La paysage y est toujours parfait. C’est d’ailleurs le courant qui définie au mieux ce virage musical et qui permet de bien séquencer cet opus de plus en plus lourd. Une brume épaisse envahie les esprits sur « Welcome break ». On y aime à la folie notamment grâce à une harmonie implacable de la voix. Trois derniers titres viennent alors nous écraser le coeur tous emprunts d’une majesté indéniable. « Mouse » conclût ce parfait album. Que la folk est belle lorsqu’elle touche au rock. On pourrait bien s’y terrer comme si l’automne promettait d’être infini à l’image de cet ermite qui susurre à nos oreilles.
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