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Le brat summer est terminé. Oubliez le vert flashy et les folles nuits de party girls. L’artiste avait laissé plané le doute sur la teneur de son nouvel album, successeur de « Wuhering Heights », et également B.O de « Hurlevent ». Ce sera finalement le noir et le blanc qui définiront sa nouvelle ère. « Rock Music » est la première entrée dans le renouveau de la star.  L’occasion de faire le point sur une carrière à colorimétrie variée.

Charli XCX rock musicCharli XCX , printemps haut en couleurs pour un été éternel

Charlotte Aitchison de son vrai nom a pris le temps de se créer un trône au palais des reines de la pop. C’est en 2006 qu’elle se lance dans la musique. Dès ses 14 ans la chanteuse crée ses propres titres, compose et publie ses créations sur le Saint Graal de l’époque, son MySpace. Son nom de scène, elle le tient de son pseudo MSN. Toute une époque qui ne l’empêche en rien, bien au contraire, de toujours s’encrer dans son époque contemporaine. Notre party girl fait ses débuts sur scène dans des raves, voilà qui permet déjà de mettre un premier pas vers un futur vert. Après quelques sorties confidentielles, il faut attendre 2012 pour qu’elle dévoile une première mixtape : « Heartbreaks and Earthquakes ». C’est l’année du décollage de sa carrière.

Charli XCXElle chante  alors en duo avec Icona Pop sur le titre aujourd’hui culte « I Love it ». Enfin, 2013 lui permet de sortir un premier album « True Romance » qui s’attire les éloges de la critique musicale. A juste titre, Charli XCX redéfinie immédiatement la pop et sait parler avec une honnêteté rare de ses histoires d’amour. La route est tracée et c’est un printemps fleuri qui attend la chanteuse. On la retrouve en 2013 aux côtés d’Iggy Azalea sur « Fancy », un titre qui ne quittera jamais son répertoire et même ses concerts. Les singles font mouche, sa carrière se lance à la fois de façon fulgurante mais tout en gardant certaines proportions. Les salles qui l’accueillent restent de moyenne capacité. Elle s’offre d’ailleurs un Trabendo de Paris et un passage au Main Square pour son album « Sucker » publié en 2014. C’est aussi l’air pour elle du morceau « Boom Clap » à la redoutable efficacité pop. On le retrouve dans la B.O de « Nos Etoiles Contraires ». Parce que Charli aime aussi le cinéma. Et elle le rappellera à de nombreuses reprises, que se soit en donnant  de sa voix pour le doublage de « Angry Birds » ou de son visage notamment pour la série « Gossip Girl ». En 2026, elle sera même à l’affiche du film du visionnaire barré Greg Araki « I Want you Sex », tout un programme à prévoir quand on connait les deux personnages.

Charli XCX Côté musique, albums et collabs s’enchainent. La chanteuse aime tout particulièrement se confronter à ses pairs et créer conjointement. On la retrouve notamment aux côtés de Bebe Rexha, Cardi B ou encore Rita Ora. Plus tard, elle tease la sortie de son troisième album sur le titre « Boy » en compagnie d’un nombre impressionnant d’artistes allant de Caroline Polachek à Caroline Rae Jepsen. En juin 2019 elle fait un feat avec BTS sur le morceau « Dream Glow ». Charli XCX aime à se confronter à d’autres pointures de la musique et ses invités sur les différentes versions de brat ne feront que confirmer cette appétence pour la musique en équipe. L’album « Crash » est publié en 2022, c’est le dernier avant l’explosion complète de sa carrière et l’album qui fait d’elle une icône intouchable.

brat et la suite

Charli XCX rockC’est en février 2024 que Charli XCX dévoile le premier extrait de brat, « Von Dutch ». Le son est à l’opposé de sa dernière sortie, elle,  beaucoup plus douce. L’album frôle avec l’expérimental. Ce sale gosse, traduit en français, vient défier tous les pronostics, toutes les actualités et devient une véritable révolution de la pop. L’esprit de la party girl, rétro, jusqu’au-boutiste, clin d’œil aux années 2000 y fait un retour fracassant qui sent autant la liberté que la sexualité. La couleur verte fluo qu’elle utilise redéfinit tout son univers. Très rapidement tout le monde finit par s’en parer et elle devient la couleur plus tendance du moment. Très vite la fièvre brat summer se déploit et promet de laisser les beaux jours vivre éternellement. A l’automne 2024, elle publie les remixes de ce même album et invite comme toujours de nombreux artistes à la rejoindre. Ainsi Troye Sivan, Addison Rae, The 1975, Kesha ou encore Billie Eilish s’invitent sur « Brat and it’s completely different but also still brat ». Toujours avec Billie Eilish, elle sort le titre « Guess » qui est un succès immédiat.

Charli XCXA la suite de cette élévation vitesse éclair, elle pronostique des années avant son retour en musique. Impossible pour elle de savoir si elle retrouverait l’inspiration et serait même capable de taper aussi fort. C’est finalement grâce au cinéma que notre musicienne choisit de faire son premier retour. En effet, elle signe la B.O du film « Wuthering Heights » ou « Hurlevent » en VF avec un casting cinq étoiles : Jacob Elordi et Margot Robbie. Le film est une adaptation libre du livre « Les hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë signée par la réalisatrice du choquant « Saltburn » : Emmerald Fennel. Mélodies sombres et épiques viennent illustrer un récit qui est dans la lignée de « Roméo + Juliet » de Baz Lurman. Le résultat sombre, froid et magnifique pourrait bien sonner le début de l’hiver de Charli. A moins que ….

nuances noires et blanches pour rock music

Ce vendredi 8 mai, Charli XCX crée l’évènement en annonçant la vieille la sortie de son nouveau single intitulé : « Rock Music ». L’artiste qui avait déjà vécu un leak sur brat avait tout fait cette fois pour que ce nouveau tournant soit dévoilé en ses termes et conditions. Seul un petit teaser avait alors fait son apparition sur Instagram. Des talons, une guitare  qui se fait détruire, du noir et blanc. Ce revirement semble bien reprendre la sobriété de brat. La couleur verte est partie, la sobriété  et l’élégance sont de mise. A l’image de la robe noire ornée de quelques fleurs qu’arborait la star au Met Gala.

Charli xcx - Rock Music (Official Video)

Côté sonorités, les rumeurs et informations allaient dans tous les sens. Charli XCX avait dans un premier temps parlé d’un album rock cette fois-ci. Voilà qui aurait pu couler de source après son feat avec John Cale (ex Velvet Underground)  en ouverture de « Wuthring Heights ». Mais cette info avait par la suite été démentie par l’intéressée. Celle qui avait peur de la panne d’inspiration, qui disait ne pas savoir quoi faire après son magistral brat regorgeait en réalité d’idées. Sur Instagram, la star expliquait avoir composé l’album en seulement 10 jours à Paris : « Moi, Alex et Finn à Paris, rue Boyer, l’année dernière. On a passé dix jours ici à enregistrer. Aidan et Alaska sont venus. Alex a mixé au défilé McQueen. On a joué quelques morceaux pour des amis au studio. On est allés au cinéma. On a mangé plein de steaks-frites. Je me suis sentie vraiment inspirée ».

B(l)ack to rock music charli xcx

charli XCX Rock MusicConcrètement, ce premier titre, intitulé « Rock Music » va plutôt dans le sens de son premier teasing. Non pas seulement par son titre, si explicite, mais surtout par l’omniprésence de guitares. Sauf que Charli XCX ne fait jamais rien comme tout le monde. Son rock respire la pop et surtout l’électro. Le morceau dure seulement 1 minutes 55 et pourtant joue d’une précision redoutable. Les riffs répétitifs s’y font obsessionnels, la montée en puissance surprend autant qu’elle définie le morceau. Loin de la noirceur de Wuthering Height, ce titre pourrait bien être la continuité de brat. Une autre facette des années 2000, un autre type de fête, celle plus rock mais tout aussi folle que les nuits électros des party girls. Le travail collaboratif y est de première importance. Alex et Finn qui co-signent le morceau sont mentionnés dès la couverture. Et puis le titre commence par les mots « me and my friends, we go out… ». Charli XCX enchante toujours par sa précision d’écriture, sa capacité à varier les textures en un seul morceau. Avec une touche bien à elle, elle crée un titre dansant, novateur et qui porte entièrement sa marque. Cette mise en bouche ne fait qu’attiser l’impatience d’écouter l’intégralité de son nouvel album. D’ici là qu’on se le dise, cet été ne sera pas fait de couleurs mais seulement de nuances noires et blanches.


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Alt-J the dream pochetteLe 11 février, Alt-j signe son retour sur album avec « The Dream »,  le digne successeur de « Relaxer » paru en 2017. Le trio mené par Joe Newman dévoile cette fois un opus fascinant aux nombreux rebondissements et aux changements de registres aussi travaillés que déconcertant. Ils en profitent pour narrer des crimes réels  et les récit d’Hollywood et du  Château Marmont. Une pépite à l’imagerie cinématographique à ne pas manquer. On vous raconte track by track.

Décryptage

C’est sur « Bane » que le groupe débute sa nouvelle galette, un son de boisson ingurgitée, comme un choc rock vient appeler l’oreille de l’auditeur. C’est pourtant un tout autre monde qui attend les fans d’Alt-J. Ce titre qui signifie fléau en français plonge immédiatement dans l’univers cinématographique d’Alt-J, derrière la guitare travaillées, les premières notes qui s’éternisent à l’infinie évoque la B.O revisitée d’un western moderne. Le combo n’a de cesse de parcourir les périples Hollywoodien. A contre pied de ce qui est demandé via Spotify et autre plateforme de streaming, Alt-J prend le temps. Son exposition est dense, lente, les notes aériennes de sa pop euphorisantes ne s’invitent que doucement. Ceux qui avaient excellé sur leur première galette pour finalement perdre en superbe plus tard donnent ici le ton : « The Dream » s’écoutera les yeux fermés mais les oreilles grandes ouvertes et promet un périple onirique sur fond de pellicule retransmises par le son.

Pour son voyage, Alt-J nous emporte très loin, le deuxième titre « U&Me » serait un classique Alt-J s’il n’empruntait pas aux sonorités world  pour se donner l’étoffe d’un charmeur de serpents. Nous voilà pris dans le cocon, le portrait se précise.

Road movie pop

Il est temps de reprendre les routes, c’est d’ailleurs la bande son idéale d’un road movie que propose ensuite Alt-J sur « Hard drive gold », les rythmiques changent régulièrement. Le titre coloré et joviale invite à danser avec une vibe délicieusement rétro 80’s. Pour le parfaire, le groupe prend le temps de faire des pauses, d’inviter des voix à déclamer quelques intonations, pour mieux repartir. On pense à une version pastel de « Footlose » alors que les voix enfantines s’invitent sur quelques chœurs rapides avec la précision d’un « The Wall ».

Alt-J sait ménager ses effets, après cette promenade endiablée, nous revoilà plongés dans une vague aérienne sur « Happier when you’re gone », une balade bien plus classique du combo. Le titre profite néanmoins de chœurs et de bruitages, les crépitements d’un feu notamment,  pour prendre en force et en puissance sur sa seconde partie. Cet instant gospel rappelle que la pop se sublime via ses multiples facettes.

Les changements de rythmes font partie de ce périple sauvage. Le coup d’envoi de « The Actor » est d’ailleurs lancé par un appel de cuivres. Cette même sonorité organique se retrouve surprenant là où les envolées lyriques pourraient toucher au classique. Le rock vient du blues et la pop peut bien y trouver un chemin. Si Joe, le chanteur avoue avoir à ses débuts trouver son inspiration en prenant des champignon hallucinogènes, cette fois-ci le mot « cocaïne » se fait entendre sur une base régulière comme un let motiv.

Clin d’œil au classique

alt-j deluxe edition« Get better » propose une pause le temps d’une ballade en quasi a capella. Les instruments y sont minimalistes. Là encore le titre ne cache pas son amoure pour le septième art. Seules quelques notes de guitare viennent sublimer la voix posée du frontman. A contre pied des tendances, Alt-J n’hésite pas à prendre 5 minutes et 51 secondes pour développer cette balade sur la pointe des pieds qui alterne entre la légèreté d’une ballerine et la douceur d’une histoire contée près d’un feu de camp.

C’est sur un coup de tonnerre que débute l’arrêt à « Chicago », le puissance de cette entrée en matière tranche indubitablement avec  avec la douceur de la voix qui se fait ici plus aiguë que jamais. Pourtant comme bien souvent sur « Dream » rien n’est ce qu’il y parait. D’ailleurs, le morceau prend le temps de marquer un silence, une évidence dans le classique mais une rareté dans la scène actuelle avant de changer radicalement de registre pour devenir carrément psychédélique. L’album construit en montagne russe n’a de cesse de surprendre, se réinventer, donner une piste pour mieux la brouiller quelques minutes plus tard. Si certains, peuvent parfois perdre la boule au milieu de changements de registres qui ne donnent plus sens à leur mélodies, c’est sans compter la prouesse d’Alt-J, qui sait donner une logique entière à ces identités multiples.

« Chicago » c’est bien mais « Philadelphia » est tout aussi agréable, nous nous y rendons donc avec un pas pressé et surtout une nouvelle insertion classique. Les envolées pop, secouée, presque rock sont alors confrontées à la présence d’une cantatrice qui scande quelques paroles de sa voix puissante. Queen avait défini l’opéra rock, Alt-J, des années plus tard, s’ose à l’opéra pop. Sur sa finalité, la pop reprend ses droits, et introduit des accords digne de The Verve. La barre touche maintenant le ciel.

Perdre la raison en terres américaines

On délaisse la voiture, pour mieux « Walk a mile » dans les chaussures des musiciens comme ils l’indiquent. Un chœur de barytons indique le chemin à suivre. A travers les notes, il est facile de se laisser aller à la contemplation du chemin. Comme toujours la formation crée des sonorités qui sonnent comme des images, le parcours est tracé, les odeurs sont présentes, la route est longue et introspective.

Alt-J est un delta, un triangle, c’est de là que vient son nom qui en avait, pour la petite histoire, par ailleurs changé deux fois auparavant. Voilà donc que le groupe s’offre un clin d’œil en intitulant son dixième titre « Delta ». Un hymne d’une seule minute, aux échos dignes d’une église, à la sobriété aussi maîtrisée que sublimée.

Après s’être retrouvés, quel plaisir de pouvoir perdre la tête. « Losing my mind » s’annonce être un détour embrumé de presque 5 minutes. La voix y est enregistrée sous plusieurs tonalités et la rythmique est mise en valeur à coup de répétitions. « I’m losing my mind » annoncent-ils avec la sérénité d’un secret partagé et le vague à l’âme propre aux opiacés.

Un dernier instant complice

C’est sur un éclat de rire que débute le dernier titre de l’album « Powders ». Comme une synthèse de l’album, le titre perd pied, s’ose aux envolées pop avec la grâce de ce qui pourrait être un bœuf improvisé. Et pourtant, il n’en est rien. Le combo nous invite une dernière fois dans un périple dans le sud américain entre notes et chuchotements d’équipe.

Ces dernières notes ne font que renforcer la force d’un opus qu’on voudrait ne jamais quitter. Il est aussi pluriel que maîtrisé, aussi posé qu’envolé. La route est belle en compagnie d’Alt-J. Reste à espérer que ceux qui ne sont pas réputés pour leurs lives, sachent cette fois sublimer cette galette quand il sera temps de prendre les routes pour la défendre.


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Album "BABY LOVE", Jean-Louis Murat
Album « BABY LOVE », Jean-Louis Murat – PIAS France

 Fidèle à lui-même, Jean Louis Murat poursuit son chemin avec la plus remarquable des élégances.  Si l’on se réfère à son rythme constant (un projet par an) depuis un sacré moment maintenant, BABY LOVE sera son œuvre de 2020. Inammorato, celui de l’année précédente, présentait quelques nouvelles chansons, mais était principalement composé de versions live. C’est ici un tout nouvel album que nous offre le chanteur auvergnat, dont le talent n’est plus à prouver. Tout d’abord découvert par une pochette flamboyante, BABY LOVE nous faisait un peu peur il faut l’avouer, l’ambiance années 80 n’étant pas forcément notre fort… Fait de couleurs vives et d’une identité kitsch assumée, ce projet n’annonçait-il pas à l’avance une perte de vitesse et un manque d’inspiration ? C’était sous-estimer Jean-Louis Murat que de penser cela ! Car l’une des forces de l’artiste est justement le renouvellement et l’adaptation. Alors, que vaut-t-il réellement ce nouveau bébé ?

Un départ difficile

 Triomphe sans grande dextérité, « Troie » entame le projet sur une lourde caricature d’un style qui commence à se prendre les pieds dans son propre manège. D’une atmosphère de fête mêlée à de sombres paroles sur l’amour se dégage une impression d’essoufflement, comme si l’artiste peinait à engager ses manières et ses obsessions sur ce nouveau terrain dangereux. Le morceau fonctionne bien, car la voix et les textes font toujours leur effet, allié à une mélodie il faut avouer bien trouvée, mais manque malheureusement de subtilité et d’ingéniosité dans la démonstration sonore qu’il livre. Les cuivres synthétiques ressassent une mélodie que l’on connaît déjà par cœur chez Murat, ici alourdie par une sonorité abrupte et un texte caméléon, et dont on a du mal à entrevoir la force habituelle qui l’anime. « Troie » fait partie de ces morceaux toujours bons mais un peu trop maladrois du chanteur, méthodiquement composé selon une recette étudiée dont les rouages nous sont à force devenus familiers.

Une suite revigorante

 Pour autant, ne vous inquiétez pas ! La suite est toute autre, car BABY LOVE se rattrape bien assez vite pour nous faire oublier ce premier contact. Les successeurs de « Troie » élèvent le niveau à tel point qu’ils parviennent à éviter toutes les facilités liées à l’univers sonore dans lequel le projet s’inscrit. Les écueils sont contournés, la prise de risque enlacée, et l’album commence alors à scintiller. « Le mec qui se la donne » et « le Reason Why », titres aussi séduisants qu’intrigants, débarquent avec bien plus de gravité et de profondeur, offrant enfin le Jean-Louis Murat attendu, celui qui, depuis quelques années, semble être au meilleur de sa forme créatrice. Compositeur au talent indéniable, le chanteur poursuit ici sa route à travers des propositions sonores certes connues, mais mises au goût du jour de telle sorte qu’elles en adviennent rattachées à un savoir-faire unique, celui d’une identité transposable partout et à foison.

Le défi du renouvellement

 Les morceaux de Jean-Louis Murat ont beau être directement reconnaissables, ils délivrent toujours quelque chose de neuf et de puissant, à la croisée d’un sentiment nostalgique et d’une volonté certaine de ne jamais s’épuiser. Pendant combien de temps cela perdurera ? Indéfiniment il faut croire. Car il s’agit moins de se répéter bêtement que de trouver des façons de le faire avec grâce et distinction, en essayant de ne pas perdre l’essence première d’un art déjà mis à nu. Le renouvellement est le principal défi de Murat aujourd’hui, essayant de créer avec les continuelles mêmes ficelles, mais sans jamais penser faire deux fois le même album. L’impression de connaître les morceaux dès leur première écoute est saisissante, tant elle raconte quelque chose sur la carrière de l’artiste, qui a su construire un lien extrêmement fort entre tous ses projets. Ces nouveaux morceaux, nous les avons déjà apprivoisés par le passé, mais rien n’est plus fort que de ressentir sans cesse le même plaisir à les écouter, car ceux-là ont des traits légèrement différents : une voix perfectionnée, un texte endurci, une production affinée… BABY LOVE témoigne d’un riche vécu, en faisant réapparaître mille en une images sous une forme encore inexplorée.

 

Une appropriation sonore plus que convaincante

 Les guitares s’entremêlent aux synthés intelligemment utilisés, refusant de s’enfermer dans un style caricatural années 80, mais lui empruntant certains aspects incontournables de manière assez subtile pour en éviter les pièges assurés. « Rester dans le monde » utilise un riff de guitare qui ne nous est pas étranger, tonique et entrainant, mais n’abandonne jamais le ton et l’esprit muratien. « Réparer la Maison », lui, présente une base rythmique autour de laquelle tout se construit progressivement. Toujours dans sa manière très particulière d’aligner les mots, Jean-Louis Murat parvient à nous entraîner dans son délire à demi enchanté, où il est question de tout réparer : la maison, la chanson, le chagrin… Une sorte de vie en reconstruction, à l’image d’un album qui se plaît à expérimenter, construire, assembler…

 « Montboudif » et « La Princesse of the Cool », quant à elles, épousent la face plus aventureuse d’un artiste qui a parfois besoin de s’essayer à des choses moins convenues, (dans la lignée de son ovni, Travaux sur la N89, un album que nous apprécions particulièrement), comme l’utilisation du vocodeur. Moins mélodiques, mais tout aussi surprenants, ces morceaux offrent au projet la possibilité d’entrevoir à travers des sonorités synthétiques une perception nouvelle de ce que peut être cette musique. L’artiste opère une dissection pour en ressortir avec des idées et des propositions bienvenues.

Production soignée et équilibre maitrisé

Entre amour et désamour, comme souvent chez Murat, BABY LOVE fait l’état d’une existence marquée par la musique et les sentiments amoureux, meilleurs alliés comme meilleurs ennemis. De par sa production exigeante et une qualité sonore comme il est rare, l’album trouve ici son point fort le plus évident. « Xanadu » ou encore « Tony Joe » le démontrent avec ardeur : le son est une priorité. Les cuivres de « Ca c’est fait », quant à eux, élèvent le morceau en lui donnant une force lourde et imposante. Pour autant, Jean-Louis Murat ne laisse aucun élément prendre le dessus sur l’autre. Entre textes, sonorités et mélodies tout se conjugue parfaitement au point de faire porter une voix atypique que l’on connaît presque par cœur, mais qu’il fait toujours chaud au cœur d’écouter. Car le chant de Jean-Louis Murat est sans nul doute l’un des meilleurs de la chanson française. Alors, tant qu’il perdure avec élégance et talent, pourquoi s’en priver ?

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le groupe The Kooks

 

The kooks est de retour! Les petites merveilles du rock anglais et leur chanteur à la voix inoubliable n’ont pas pris une ride. Après une tournée à guichets fermés au Royaume-Unis, ceux à qui l’on doit le cultissime « Naive » ou le sublime « Ooh la » souhaitent mettre la barre très haut avec une nouvelle galette prévue pour le 31 août 2018. Ce qui peut en un sens ressembler à une éternité quand on attend.

pochette de klet's go sunshine

Intitulé « Let’s go sunshine », il promet si l’on en croit les premiers éléments communiqués par son communiqué de presse, des sonorités intemporelles, traitant d’innocence perdue, de relations qui se meurent et de processus de guérison suite à une rupture. Tout un programme pour nos rockeurs qui veulent faire de ce cinquième opus l’album de la maturité. Quoi que quand on y pense, leur premier « Inside In, inside out » avait déjà placé la barre si haut en 2006, alors que la jeunesse en cuir chantait ses hymnes cigarette à la bouche, que rester sur cette même ligne qualitative promet déjà un pure moment de musique rodée. S’il s’agit de se dépasser, comme ça a été le cas sur chaque nouvelle opus, Luke, le chanteur a mis toutes les cartes de son côté. Il explique d’ailleurs son processus créatif:

 

« Avec cet album, nous voulions définir qui nous étions. Le début fut difficile, nous sommes rentrés en studio en 2015 en continuant le chemin entamé avec notre album précédent Listen et nous avons réalisé que ce n’était pas ce que nous voulions faire et que ce n’était pas vraiment les Kooks. Nous avons donc tout recommencé. Je suis vraiment parti en mission pour écrire les meilleures chansons que je n’avais jamais écrites, avant de les montrer au groupe. Je sortais d’une période difficile suite à une séparation puis je suis tombé amoureux au milieu de l’album, les paroles reflètent cela. De ‘Fractured And Dazed’ à ‘No Pressure’. C’est notre album le plus excitant et il devrait vous faire danser »

 

 

Plutôt que de vous demander de les croire sur parole, The Kooks, vous proposent déjà de découvrir leurs deux premiers singles, « No Pressure » et « All the Time » qui tiennent toutes leurs promesses. Ecoutez les, un morceau vaut après tout mieux que mille mots.

No Pressure

 

« All the Time » est quant à lui en écoute ici.  

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