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Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Moglai Bap) par Tom Beard
Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap) par Tom Beard

Impossible d’y échapper ces derniers mois : Kneecap s’impose comme l’un des groupes les plus bruyants et affûtés de la scène actuelle. Avec Fenian, le trio nord-irlandais signe un disque plus vaste et plus structuré qu’il n’y paraît au premier abord. Derrière l’énergie et les morceaux taillés pour le live, l’album déploie une palette sonore élargie, entre rave, trip-hop et expérimentations électroniques, tout en affirmant une ligne politique toujours plus frontale.

Dans la continuité de Fine Art (2024), Fenian marque une étape : celle d’un groupe qui ne se contente plus de provoquer, mais qui organise son propos. La réappropriation du terme “Fenian”, longtemps utilisé comme insulte, devient ici un fil rouge. C’est un geste à la fois identitaire et politique, qui traverse des morceaux oscillant entre satire, confrontation directe et moments plus introspectifs. Entre chaos et écriture plus dense, Kneecap gagne en ampleur sans perdre son mordant.

À Paris, c’est dans un hôtel chic à deux pas de Montmartre que Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap donnent rendez-vous. Étendus sur des canapés aux tissus épais, ils enchaînent poignées de main, sourires larges et blagues instantanées. L’échange commence avant même d’avoir commencé, car avant d’entrer dans le vif du sujet, le groupe et la journaliste se perdent dans une longue conversation sur la meilleure manière d’imiter un accent irlandais…

Pop’n’Shot : C’est impossible de dire « Smugglers and Scholars » sans imiter votre accent. 

Mo Chara (Kneecap) : (rires) Oh ! Bien joué, il est bon ton accent irlandais. Le secret, c’est de retirer le H après le T et de faire une intonation qui monte à la fin de ta phrase : « Tank yoU » 

Pop’n’Shot : Ouais j’ai remarqué ça… Tank YoU !

Mo Chara : Ouais, voilà très bien. Nous, dans le nord, on prononce pas le T non plus, on met un F à la place. Fank yoU. 

DJ Provai (Kneecap) : Ank YOu ! (Rires)

Mo Chara : Parfois, en interview, je m’oublie et je prends un accent australien ! 

Pop’n’Shot : Good day, mate ! 

Mo Chara, Dj Provai : Good day, mate !!! 

Móglaí Bap débarque dans la salle en tapant du pied et se jette dans le fauteuil. 

Pop’n’Shot : On commence ? 

Mo Chara : Allez ! 

Pop’n’Shot : Un, deux, trois ! Comment on dit en irlandais ? 

Móglaí Bap (Kneecap) : Aon, dó, trí. 

DJ Provai : Un, deux, trois.

Pop’n’Shot : Comment vous décririez votre album en quelques mots? 

Mo Chara : En quelques mots ? Impossible ! On est irlandais, on peut pas contenir une idée en quelques mots, on parle trop. On peut faire cent mots ? 

Pop’n’Shot : Oui. Les français sont pareils. 

Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap, en choeur : en quelques mots… Ils soufflent. 

DJ Provai : Explosif ! (Rires) Profond ! 

Mo Chara : Je sais pas, je suis trop mauvais à ce jeu. On préfère laisser les gens se faire leur propre analyse du projet. Avec Kneecap, on veut pas se cantonner à quoique ce soit. 

Pop’n’Shot : Question suivante, celle-là elle marche pas, c’était un crash test. Donc cet album s’appelle Fenian. Ce n’est pas le premier projet qui contient ce mot, puisque vous aviez déjà la chanson « Fenian Cunts ». Qu’est-ce qui vous a poussé cette fois à construire tout un album autour de cette identité ? 

Móglaí Bap : « Fenian Cunts » était une chanson qui s’inspirait de cette insulte qu’on balance aux militants irlandais depuis plusieurs décennies. Le terme Fenian est un terme qui vient du folklore du pays, des soldats irlandais, qui a été détourné en terme injurieux. C’est un mot que beaucoup de gens se sont réappropriés et veulent se débarrasser de cette image de sauvage, de malpropre qui lui a été associé. C’est une vision colonisatrice, ça. Et récupérer ce mot, c’est très important pour la population irlandaise, c’est récupérer ce qui nous appartient. 

Pop’n’Shot : Et sur l’album, c’est Fenian au singulier. Pas au pluriel. Pourquoi ? 

Móglaí Bap : Belle observation, bien joué. 

Mo Chara : Merde, je sais pas. 

Pop’n’Shot : Je vous ai coincés là, hein ? (Rires) Pardon, je me suis rendue compte de ce détail quand Moglai Bap répondait. 

Mo Chara : (rires) en fait, en général, Fenian est généralement utilisé au singulier, comme un adjectif. Il arrive avant un autre mot : Fenian bastards, fenian cunts. 

DJ Provai : Et l’origine du mot vient de « guerrier »…

Mo Chara : En vrai, on y a pas réfléchi à ce point… (rires) 

Pop’n’Shot : Sur le morceau « Smugglers and Scholars » —

Móglaí Bap : excellent l’accent ! 

Pop’n’Shot : Merci, c’est euphorique ! (Rires) Il y a un sens historique très fort et d’appel à l’action collective. Est-ce que c’est par besoin de garder l’Histoire en vie ou c’est pour faire un parallèle avec ce qu’il se passe dans le monde aujourd’hui ?

Mo Chara : L’idée originelle du morceau était de se moquer de cette vision de l’Irlande que le monde extérieur peut avoir. On a beaucoup d’intellectuels, scientifiques, littéraires, mais il y a aussi ce stéréotype sur les irlandais qui sont considérés stupides, principalement aux États-Unis ou en Angleterre. Pendant les Troubles, tout le monde pensait que le pays était « Cauldron and Clover » (chaudron et trèfles)  et on a joué sur les mots avec « Smugglers et Scholars » (dealers et intellectuels).

Móglaí Bap : En Amérique, principalement les descendants d’immigrés irlandais, ils ont une vision très distordue de ce qu’est l’Irlande. Les gens imaginent des lutins, des arc-en-ciels et qu’on vit tous dans des petits cottages. 

DJ Provai : il y a eu aussi une campagne de propagande ! 

Mo Chara : Leproganda ! 

DJ Provai : En Angleterre, ils nous représentaient comme des singes qui boivent de la bière, très agressifs. C’était même dans les journaux britanniques. On nous représentait comme des sauvages pour justifier ce qu’ils faisaient au peuple irlandais. Tu regarderas, c’étaient des images atroces. 

Pop’n’Shot : Aujourd’hui, l’Irlande est très idéalisé, il y a une concentration qui est faite dessus. Ça se remarque sur les réseaux sociaux, dans les séries, cette vision américanisé du pays. Comment on navigue entre l’identité irlandaise et cette vision fantasmée ?

Móglaí Bap : Je vois très bien ce que tu veux dire, c’est une vision très américaine. Ils sont incapables de comprendre le quotidien. Ils imaginent qu’on vit dans une chaumière avec le feu dans la cheminée. J’adorerais hein, mais c’est pas la réalité. 

Mo Chara : Fais ce que tu veux !

Pop’n’Shot : Je pense pas qu’il y fasse bien chaud en hiver par contre…

Móglaí Bap : C’est surtout illégal maintenant, parce que les matériaux utilisés pour les construire étaient très mauvais pour l’environnement. 

Mo Chara : De quoi ? Les chaumières ? Mais non…

Pop’n’Shot : De toute façon, je l’ai toujours dit : rien de mieux qu’un HLM ! (Rires) Vous savez, en préparant cette interview, je me suis rendue compte que j’avais interviewé beaucoup d’artistes de République d’Irlande, mais pas d’Irlande du Nord et — 

Mo Chara : Oh c’est génial ! 

Móglaí Bap : Qui ?

Pop’n’Shot : Fontaines D.C., Sprints, euh….

DJ Provai : J’ai compris Prince ! 

Pop’n’Shot : Bien sûr, Prince, le roi de la funk de Minneapolis, du comté de Galway. (Rires)

Móglaí Bap : Il est mort ?

Mo Chara : Oui, il y a dix ans. 

Moglai Bap : Oh non… 

Pop’n’Shot : On parle du même Prince, hein ? 

Mo Chara : Oui…. Prince Andrew. 

Pop’n’Shot : Lui, il devrait être mort ! (rires) 

DJ Provai : Sinéad O’Connor s’est battu avec lui. 

Pop’n’Shot : oui, elle en parle dans son livre ! Elle le décrit comme Dracula. 

Mo Chara : C’était un super artiste, mais il avait l’air impossible à vivre… Mon dieu, on est pas bons à l’exercice de l’interview tous les quatre… on est trop bavards, faut qu’on se foute en terrasse pour une bière (rires) !

Pop’n’Shot : Ahem ! Oui ! Je voulais justement vous parler du film Kneecap réalisé par Rich Peppiatt. C’est comme ça que je vous ai découverts en 2024, comme la plupart de votre public non-irlandais, j’imagine. C’est un point très important dans votre carrière. Un artiste vit autant grâce à sa musique, que grâce à l’image qu’il véhicule. Vous voyez le film comme une extension de votre musique ou un espace séparé où vous avez pu raconter votre histoire différemment ? 

Mo Chara : Eh ben, c’est difficile de dissocier le film de nous, vu que le film s’appelle littéralement Kneecap ! Mais c’est une version romancée de qui sont nos personnages de scènes. On joue des extensions de nous-mêmes. Heureusement, le film s’est avéré pas si mal. La plupart des biopics sont vraiment très mauvais et on rejoue en boucle les passages glorieux, mais on garde sous silence les périodes plus sombres, plus réalistes que les artistes traversent. On aurait pu être connus comme ce groupe qui a ce film de merde à leur nom, comme Prince.

Móglaí Bap : Il a fait un film ? 

Pop’n’Shot : Trois même. 

Móglaí Bap : Wow. Ils sont si mauvais que ça ?

Mo Chara : Il joue dans les trois ? 

Pop’n’Shot : Ouais ouais, mais bref ! 

Mo Chara : Oui, du coup pour répondre à la question : Kneecap le film est très connecté à notre réalité, encore aujourd’hui. Il raconte notre histoire, celle des chansons ! Beaucoup des histoires du film sont inspirées de nos chansons et des nos vraies expériences. C’est un beau mélange de tout ça. 

Fenian - Kneecap - disponible le 31 mai
Fenian – Kneecap – disponible le 31 mai

Pop’n’Shot : En dehors de la dimension cinématographique, il y a une importance grandissante sur les visuels d’un artiste, avec les réseaux sociaux, les clips, etc. Est-ce que ça influe votre manière de concevoir votre musique ? 

Mo Chara : Hmm… Non. 

Pop’n’Shot : Je peux développer mon propos. 

Mo Chara : Vas-y, en fait. 

Pop’n’Shot : C’est plus une sensation qu’un fait. En soit, tout le monde a une caractéristique qui fait qu’on nous reconnait, mais quand tu deviens un artiste, ça devient une signature, un logo. Chappell Roan et ses cheveux roux, Prince et le violet, Freddie Mercury et la moustache et sa veste jaune… Et je me demandais si avec la pression des réseaux sociaux et en devenant de plus en plus connus, ça affectait l’élaboration de l’image de Kneecap ? Si vous vous sentiez obligés de vous en créer une ? 

Mo Chara : Bonne question ! C’est pas vraiment ce à quoi on pense pour être honnête. On ne fait pas des choix en fonction d’une certaine image ou d’un visuel. Si une chanson naît d’un moment alors c’est que ça avait besoin d’arriver. Il y a des chansons qu’on a écrit pendant qu’on préparait Fenian qui ne figurent pas sur l’album, mais c’est parce que le moment dans lequel elles ont été conçues est passé et elles nous paraissaient obsolètes. L’image est importante pour un artiste, pour être identifié, ça c’est sûr et on le comprend, mais on se concentre sur d’autres choses. L’image te confine à une boîte et c’est à l’opposé de ce que l’on veut être. 

DJ Provai : Pour rebondir ce que tu dis, tu parlais de Freddie Mercury et de sa moustache, mais elle est arrivée plus tard dans sa carrière. 

Mo Chara : Qu’est-ce qui est arrivé en premier ? La musique ou la moustache ? (rires)

DJ Provai : Mais le truc, c’est qu’effectivement, un jour il a débarqué sur scène avec une moustache et une veste jaune et les gens ont gardé cette image de lui. C’est presque une vision posthume. Et si les gens s’y sont accrochés, c’est sûrement parce que c’était un bon choix de sa part, mais un artiste finit toujours par dépasser l’image. 

Mo Chara : T’es plus qu’une cagoule !  

Pop’n’Shot : Et qu’est-ce qui a changé le plus dans votre approche de la musique depuis vos débuts en 2018 ? 

Móglaí Bap : Oh ! On voulait un son plus mature, même par rapport à Fine Art. Dan Carey a produit Fenian, il a travaillé avec Fontaines D.C., Wet Leg et d’autres encore. Notre collaboration a permis à cette envie de voir le jour. Dan a des sons très complexes, avec des synthétiseurs, et son approche de la musique correspondait à la nôtre. Aussi, au niveau des paroles, je pense qu’il nous a permis de nous épanouir mieux, et d’apporter cette maturité à notre écriture. 

Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Moglai Bap) par Tom Beard
Kneecap (Mo Chara, DJ Provai et Móglaí Bap) par Tom Beard

Pop’n’Shot : Nous sommes donc dans une période où les réseaux sociaux sont prédominants dans le monde. Comment on vit le fait d’être artiste constamment observé, tout en étant vous mêmes des consommateurs qui observent ? 

Móglaí Bap, en sifflant : Woaaah, bien joué.

Mo Chara : T’as besoin de plus de temps pour qu’on continue cette interview! Wow, euh…  ça demande de la réflexion ! C’est canoniquement épuisant comme rythme ce rapport aux réseaux sociaux aujourd’hui, mais dans tous les cas, oui, tu dois te vendre sur les réseaux sociaux pour exister. Je pense que plus tu gagnes en succès, plus tu perds en liberté ou en paix et silence, disons. C’est à double tranchant cette position : pour tout le positif qui t’arrive, tu dois te préparer à du négatif, de l’inconfort.

Móglaí Bap : Et en même temps, la raison principale pour laquelle Kneecap en est là où il est aujourd’hui, c’est grâce aux réseaux sociaux. On ne passait pas à la télé, on ne passait pas à la radio. On a dû chercher notre propre manière de créer du lien et d’aller chercher la connexion avec les gens. On a créé une communauté sur WhatsApp, le canal Instagram… Mais je dois l’avouer, ça peut être chiant les réseaux sociaux en permanence. Mais ça a été important pour les plus petites communautés comme la nôtre de pouvoir prendre contact comme ça.

Pop’n’Shot : Comment vous voyez l’évolution de l’irlandais dans votre musique à mesure que le public devient de plus en plus international ?

Móglaí Bap : Je pense que parce que peu de gens parlent l’irlandais, les gens connectent avec l’énergie derrière le projet même s’ils ne comprennent pas tout. Parce que même en Irlande, tout le monde ne parle pas irlandais. Avec Kneecap, on a créé cette atmosphère qui met les gens à l’aise. Dans ce monde, on part du principe que l’on doit tout comprendre, que c’est une nécessité, mais c’est pas forcément vrai, surtout en musique. On est pas obligés de comprendre quelque chose pour l’apprécier. Il n’y a pas que la musique en anglais. C’est pour ça qu’on est allés au Japon, ils nous aiment beaucoup et pourtant ils nous comprennent pas forcément. Beaucoup de gens que j’y ai rencontré ne parlaient même pas anglais, alors l’irlandais on s’assoit dessus, mais ça ne les a pas empêchés de passer un bon moment au concert et de revenir.

Mo Chara : C’était quoi la question déjà ? L’évolution de la langue dans notre musique ? L’idée c’est que tu fais de la musique pour toi, pas pour les autres. Au moment où tu commences à faire de la musique pour les autres, t’es foutu.

Pop’n’Shot : Et c’est quoi la chose la plus fenian que vous ayez jamais fait ? 

Mo Chara : J’ai joué James Connolly dans une pièce de théâtre à l’école !

Móglaí Bap : J’ai bu 12 ou 14 pintes de Guinness avec Liam Cunningham.

DJ Provai : Euh…

Mo Chara : La chose la plus Fenian qu’il ait jamais fait c’est de prendre son temps pour répondre !

Fenian sort le 1er mai et le groupe sera de passage à Paris le 20 novembre prochain au Zénith de Paris.

 


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Willie J Healey par Pénélope Bonneau Rouis
Willie J Healey par Pénélope Bonneau Rouis

Willie J Healey est de ces artistes que l’on rencontre rarement. Moins d’un an après la sortie de son troisième album Bunny, le chanteur Anglais se lançait en mai 2024, dans sa première tournée en dehors du Royaume-Uni. Nous avons eu la chance de le rencontrer quelques heures avant le coup d’envoi de sa tournée, sur la terrasse ensoleillée du Point Éphémère. Avec lui, on a parlé de son processus créatif, de son dernier morceau « The Apple », de sa prochaine tournée avec IDLES et des mauvaises surprises de l’intelligence artificielle.

P&S : Bonjour Willie, c’est la première date de ta première tournée européenne ce soir au Point Éphémère. Qu’est-ce que tu en attends ? 

Willie J Healey : Pour être honnête, je sais pas ce que je suis censé attendre de cette tournée. C’est un saut dans l’inconnu ! On est déjà venus en tant que première partie, comme tu le sais [Willie J Healey et son groupe ont ouvert pour Florence + The Machine en Novembre 2022, ndlr]. C’est familier parce qu’on sait ce que c’est de jouer en Europe mais comme tu le disais, je n’ai jamais fait de concert par moi-même ici, donc j’ai l’impression de recommencer de zéro. C’est évident que certaines salles seront plus bondées que d’autres, mais je pense que tout le monde s’attend à s’amuser. Et aussi, on ne sera que trois sur scène, au lieu de cinq. Donc l’ambiance sera aussi un peu différente, un peu plus détendue. Jouer à trois, faire notre première date, c’est beaucoup de premières pour nous. 

P&S : Et c’est une tournée express, avec une date par soir pendant 10 jours ! 

Willie J Healey : Oui, c’est très intense, on vient juste de finir notre tournée en Angleterre il y a deux ou trois jours. Et hier, on voyageait. Au total, sur le mois de mai, on aura que deux jours de repos.

P&S : Ton album Bunny est sorti en août dernier et ton son a beaucoup évolué depuis People and Their Dogs. Tu sembles plus apaisé et joyeux. Qu’est-ce qui a inspiré cette direction ? 

Willie J Healey : Je pense que j’ai beaucoup évolué. Les premiers chansons que j’ai écrites, j’avais 18 ou 19 ans et aujourd’hui j’en ai 29. En tant que personne, tu évolues beaucoup. Et je me suis beaucoup amusé sur l’écriture et la conception de Bunny. J’imagine que quand j’avais 19 ans, j’étais pas très sûr de moi et d’une certaine manière, c’est un peu aussi le cas aujourd’hui, mais tu peux vraiment l’entendre dans mes premiers morceaux. Je regardais beaucoup ailleurs pour trouver de l’inspiration.

P&S: Oui, c’est important de « digérer » tes inspirations pour trouver ton son. 

Willie J Healey : Exactement, parce qu’à cet âge-là, je n’avais pas vécu grand chose. Je venais d’une petite ville, donc je regardais ailleurs pour trouver ce sur quoi je pouvais chanter. Et Bunny est un peu plus tourné vers l’intérieur, vers mes expériences, ce que j’ai appris et ce que j’ai fait dans la vie. Aujourd’hui, je suis plus heureux aussi.

P&S : Tu as enregistré Bunny à New York, quel a été le processus et quelle a été la différence avec les précédents albums ? 

Willie J Healey : Bunny a été entièrement enregistré à New York. J’avais déjà enregistré quelques morceaux de Twin Heavy à New York donc c’était la première fois que je faisais tout au même endroit. Et c’était très simple, j’avais toutes mes maquettes, et on avait que 13 jours pour tout enregistrer. Je suis allé au studio et euh… attends j’essaye de bien me souvenir, je veux bien le raconter !

P&S : C’était à quelle période ? 

Willie J Healey : Oh! Je sais plus. On était en Novembre quand je suis allée à New York et je suis resté un mois là-bas. Et j’avais une semaine avant d’enregistrer pour m’assurer que les chansons étaient bien finies, puis une semaine pour tout enregistrer au studio, puis une semaine chez le producteur, Loren Humphrey. Et on l’a fait très rapidement finalement. C’était très spontané! Le premier album a été très différent dans sa conception, on enregistrait chaque partie qu’on assemblait ensuite et pour Bunny et Twin Heavy, on jouait tous ensemble dans le studio et ensuite on choisissait la version qu’on préférait.

C’était juste un beau moment, on a beaucoup en commun [avec Jamie T] dans notre manière d’appréhender la musique et on a fait quelque chose pour en témoigner.

P&S : Tu as collaboré avec Jamie T sur cet album. 

Willie J Healey : J’ai écrit « Thank You » pour lui parce qu’il m’a donné une boîte à rythmes et je l’ai utilisé pour toutes les chansons de l’album. J’ai écrit la chanson  pour la blague et le remercier. Mais j’ai commencé à bien aimer la chanson donc je l’ai finie et je lui ai envoyé. Il m’a ensuite proposé d’écrire un couplet dessus et ça nous faisait rire. Et une nuit, vers 5h du matin après une soirée, il m’a envoyé sa proposition et on l’a utilisé. Voilà l’histoire !

P&S : La boucle était bouclée en somme ? Jamie T a été une source d’inspiration pour toi en pendant ton adolescence. 

Willie J Healey : Oui carrément ! J’ai grandi avec sa musique et j’ai eu ensuite la chance de le rencontrer et de devenir ami avec lui. Mais quand je rencontre des gens, je me demande pas vraiment ce que je pourrais faire avec eux d’un point de vue professionnel. Je l’ai rencontré en tant qu’ami, et fan de sa musique. Je suis pas vraiment du genre à réseauter. C’était juste un beau moment, on a beaucoup en commun dans notre manière d’appréhender la musique et on a fait quelque chose pour en témoigner.

P&S : Et vous l’avez déjà joué ensemble en live ? 

Willie J Healey : Oui ! Et la dernière fois, il s’est déshabillé sur scène… À part ses sous-vêtements bien sûr.

P&S : C’était ma prochaine question. Tu as une nouvelle chanson sorti en fin avril, « The Apple » qui a des influences rétros aussi. 

Willie J Healey : J’avais cet enregistreur et j’ai commencé à l’utiliser pour m’amuser et « The Apple » a été un des morceaux qui en est sorti. Je l’ai écrit après un voyage. C’est sur l’envie d’être plus présent dans la vie, d’être plus conscient et l’idée de grandir aussi. Dans la vie, les moments vont et viennent et c’est comme ça. Je pense que certains sont bien venus pour moi et j’ai voulu l’exprimer. Je l’ai aussi enregistrée à New York. Le label l’a beaucoup aimée donc ils m’ont envoyé au studio et on l’a faite en quelques jours. Je trouve que c’est très bien sorti. J’en suis très satisfait.

P&S : Et le morceau a déjà un joli succès!

Willie J Healey : Oui ! Le morceau a été très bien accueilli. C’est très intéressant à observer pour moi, parce que le morceau n’a pas été affecté par le processus de promotion d’un album, c’est pas un single. C’est un morceau à part entière. C’est le genre de morceau que j’adore, que j’aurais aussi aimé si quelqu’un d’autre l’avait sorti. Mais s’il avait fait partie d’un album, je ne pense pas qu’il aurait été choisi comme single. Parce que le label voudrait quelque chose de plus rock ou plus enjoué, ou je ne sais quoi. Donc voir son succès assez rapide, ça me confirme l’idée qu’il faut sortir la musique que tu aimes.

P&S : Et la pression des majors peut parfois complètement changer la trajectoire d’un album. 

Willie J Healey : Oui, quand un plus grand nombre de personnes est impliqué dans un projet, tu reçois plus d’opinions. Parfois ça marche, parfois quelqu’un entend quelque chose qu’en tant qu’artiste tu n’entends pas forcément. Mais parfois, l’idée se dilue un peu parce que trop de personnes sont sur le même projet. Ils essaient de changer la direction de quelque chose qui vient d’un artiste.

P&S : Et la question qui se pose c’est aussi de savoir si on préfère être écouté par des millions de personnes et détester sa musique ou être écouté par un plus petit groupe et adorer sa musique ? 

Willie J Healey : Oui. C’est une drôle de situation. L’important à mes yeux, c’est d’aimer ce que tu fais parce que le reste est un peu hors de portée. Tu contrôles pas trop la réaction du public.

P&S : La couverture de « The Apple » me fait un peu penser à James et la Pêche géante de Roald Dahl. Est-ce intentionnel? 

Willie J Healey : Tout à fait ! J’adorais le film et le livre quand j’étais petit. On le regardait tout le temps avec mes soeurs. On avait pas trop de temps pour faire la couverture, on avait 4h ! J’ai directement pensé à une photo de pomme. Et j’avais un peu James et la Pêche géante en tête mais c’était pas forcément conscient. J’ai un ami, AJ Stark, qui est photographe, et je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire de cette idée. Je voulais pas que ce soit Photoshop, je voulais faire ça en perspective. Et j’ai vu dans certains films, dont Eternal Sunshine of the Spotless Mind où Jim Carrey est un petit garçon et ils le filment comme s’il était tout petit. C’était une idée simple finalement. La pomme qu’on a utilisé était une fausse pomme, assez grosse, c’était pour ça que ça rendait si bien.

L’important à mes yeux, c’est d’aimer ce que tu fais parce que le reste est un peu hors de portée.

P&S : Tu tournes avec IDLES cet automne. Ce n’est pas ta première fois en première partie d’un groupe de renom anglais. Il y avait eu Florence + The Machine et Arctic Monkeys l’an dernier. Est-ce qu’il y a une pression ou un pic d’adrénaline à l’idée de jouer devant un public aussi dévoué ? 

Willie J Healey : Oui vraiment un pic d’adrénaline! C’est vraiment l’opposé de la pression. Parce que tu n’as rien à perdre, les gens ne sont pas venus te voir. Donc comme je le vois, c’est que du gain, pas de perte. Si je fais des choses dont le public se fout, c’est pas grave, parce que dès le départ, ils ne s’y intéressaient pas. Il y a davantage de pression à jouer son propre concert, parce que si les gens aiment quelque chose, qu’ils paient leur place pour venir te voir, il y a plus d’incertitude. Mais quand tu passes avant quelqu’un dont le public est hyper fan, je le vois plutôt comme un challenge. Je vais juste m’amuser et je vais essayer de plaire au plus de monde possible. Et même essayer des choses que je ne me permettrais pas forcément à mon propre concert. C’est très libérateur, tu apprends ainsi que tu peux faire ce que tu veux parce que personne n’a d’image préconçue de toi.

P&S : Tu as tourné avec Florence en Grande Bretagne et avec Arctic Monkeys en Europe. As-tu remarqué une différence de traitement entre le public britannique et le public européen ? 

Willie J Healey : Mon expérience en tant que première partie était plus sympa en Europe qu’en Grande Bretagne maintenant que j’y pense. J’adore le Royaume Uni mais je trouve les gens en Europe un peu plus ouverts. Ou plus enthousiastes. Au Royaume-Uni, les gens sont concentrés sur le groupe qu’ils sont venus voir et en Europe, les gens sont plus enthousiastes à l’idée de voir tout le monde. Mais je peux comprendre les deux points de vue. Si tu vas à un concert, ta priorité, c’est le groupe principal. Mais comme j’aime la musique du groupe principal, je pars du principe que la première partie sera bien choisie et ce sera quelque chose que j’aime. Je pense que c’est plus commun de venir après la première partie, t’as pas envie de rester debout toute la soirée à attendre. Mais je pense aussi que la Grande Bretagne est saturée de  musique, de groupes. Il y a tellement de groupes là bas, et donc tu peux te permettre d’être exigeant. Il y a des groupes en Europe mais moins. Pas forcément à Paris mais dans des endroits un peu plus lointains où il y a moins de concerts dans l’année. Partout dans le monde, les gens écoutent la musique qui vient d’Angleterre ou des États-Unis, c’est un fait. Et c’est pour ça quand on jouait en Europe avec Arctic, les gens étaient ravis.

Chaque label a ses avantages et ses inconvénients mais je trouve que dans ma manière de faire de la musique, être dans une plus petite équipe me convient mieux.

P&S : Ton premier album est sorti sous Columbia et tu as fait la transition vers un label indé, Yala! Records juste avant Twin Heavy. Quelle a été l’influence de ce changement sur ton parcours musical ?

Willie J Healey : Ça a été une bonne chose. Être lâché par son label peut être dur, et des gens ont vécu pire que moi. Heureusement, j’ai réussi à rebondir assez vite en trouvant un autre label. Yala! est complètement différent, une plus petite équipe, des moyens plus modérés. Chaque label avait ses avantages et ses inconvénients mais je trouve que dans ma manière de faire de la musique, être dans une plus petite équipe me convient mieux. Tu as plus de liberté artistique, moins de contraintes, moins d’ordres. C’est beaucoup plus direct.

P&S : Y a-t-il des genres musicaux que tu aimerais essayer dans tes prochains projets ?

Willie J Healey : Oui, il y a tellement de choses que j’aimerais essayer, notamment en guitare. J’écoute tellement de choses différentes… J’aime bien le heavy rock, j’aime bien The Blue Nile qui font de la synth pop.  J’aimerais bien essayer quelque chose de plus « heavy », pas du métal non plus. J’aime beaucoup IDLES justement, Neil Young dans sa période plus énervée. J’aimerais juste être plus expérimental en fait. Cameron Winter, le chanteur de Geese, a écrit un morceau qui n’est pas encore sorti et c’était génial. Ça m’a inspiré à me laisser un peu plus aller pour des projets futurs.

P&S : À une ère où les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la promotion musicale, comment trouves-tu ton équilibre entre authenticité et  une bonne présence en ligne ? 

Willie J Healey : Je trouve ça assez difficile parfois. Notamment parce que trop d’emphase est mis sur cet aspect et la réussite d’un projet semble parfois être évalué que selon ces critères. Le problème c’est que parfois, tu vas recevoir beaucoup de likes et le lendemain, rien du tout ! Entre l’algorithme et ce que tu es censé poster… Personnellement, j’aime pas trop me filmer quand j’écris des morceaux ou en train d’enregistrer. C’est un moment spécial pour moi. Je veux pas briser ce moment. Mais bref ! Ça reste une bonne chose parce que ça te donne l’occasion de partager et de créer une connexion avec les gens. C’est vraiment spécial de pouvoir aussi contacter des artistes ou des producteurs. Mais je suis toujours un peu frustré quand j’ai rendez-vous avec le label, et que le sujet c’est les réseaux sociaux… Le truc, c’est que beaucoup de gens ont besoin d’être seuls dans leur processus de création. Mais c’est aussi comme ça que les gens te découvrent. Je suis pas très fan des réseaux sociaux. Ça a ses avantages et inconvénients.

P&S : Est-ce que tu penses que si tu étais resté avec un plus gros label, tu aurais dû poster encore plus ?

Willie J Healey : Oui probablement. Ou quelqu’un l’aurait fait pour moi. Mais ça se ressent assez vite quand c’est pas l’artiste qui poste lui-même et j’aime pas trop ça. Mais en même temps, je peux pas leur jeter la pierre. Les réseaux sociaux, c’est qu’une vitrine.

Il faut que je me souvienne qu’écrire des chansons est ce qui me rend heureux et le reste est juste ce qui en découle.

P&S : Mais les réseaux sociaux ont aussi ouvert la conversation sur de nombreux sujets comme la santé mentale, le rapport au Brexit et la stabilité financière des artistes post-covid.  

Willie J Healey : Oui, c’est différent pour tout le monde. C’est bien d’être connecté avec tout le monde et ton public. C’est aussi important pour moi, il faut que je me souvienne qu’écrire des chansons est ce qui me rend heureux et le reste est juste ce qui en découle. Je pense qu’on vit dans un monde où tout est exposé. Il y a tellement de facteurs auxquels on doit aussi faire attention. Il y a tellement d’offre artistique et il y a les réseaux sociaux qui nous y donnent accès. Quand je pense à tout ça, ça me stresse un peu, alors je pense juste à la raison principale, la musique et pourquoi j’en fais, pourquoi les gens viennent ? Parce que les gens aiment ce que je fais. Et le reste est juste un entre-deux, et c’est important de commencer avec les chansons. Je sais pas si tu as déjà entendu des chansons faites pas des IA mais c’est impressionnant, c’en est énervant. C’était fort et je savais pas ce que c’était en l’écoutant. J’étais horrifié, j’avais l’impression d’avoir été piégé.

P&S : Mais ça n’avait aucune émotion!

Willie J Healey : Si. C’est le problème, il y en avait! Je m’attendais à ce que ce soit plat et pourtant… Si tu m’avais joué une chanson faite par une IA et une autre par une vraie personne, j’aurais pensé savoir déterminer laquelle était laquelle. Quand j’ai entendu la chanson, j’étais halluciné. Quel monde de fou dans lequel on vit…! Quel futur nous attend si un ordinateur peut faire une vraie chanson avec une vraie voix qu’on aimerait écouter ? La seule différence c’est que je suis une personne avec des émotions et des réactions et que les gens peuvent se reconnaitre dans ce que je fais et mon point de vue. Et le reste est juste atteignable par des ordinateurs maintenant… Je te laisse avec ces réflexions. Une belle manière de finir l’interview je trouve.

P&S : Oui mais j’ai une dernière question : tu as combien de chapeaux ?

Willie J Healey : J’ai arrêté de compter… 180, je dirais!


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Qui a dit qu’être punk et avoir des sentiments était incompatible ? Avec leur quatrième effort, Idles prouve en tout cas le contraire. Un an seulement après le brillant Ultra Mono, le retour des punks de Bristol pourrait sembler prématuré mais le déroulement de l’année passée éclaire sur la conception de ce nouvel opus sombre et suintant de douleur: CRAWLER.Idles Crawler

Une naissance tragique

Pour de nombreux artistes, la pandémie a été l’opportunité de créer de nouvelles musiques. Idles ne fait pas exception à la règle. Dans l’impossibilité et la frustration de défendre leur précédent album dans une tournée de concerts comme ils savent si bien les faire, le groupe compose. Un autre évènement qui aurait pu être tragique est néanmoins à la genèse des 46 min cathartiques de CRAWLER. Joe Talbot, frontman et parolier du groupe, a évité de justesse un accident de voiture. Pas de victime dans l’histoire, hormis la charismatique chanteur qui prend conscience de la fragilité de son existence. Ses addictions sont mises à nu. Il doit lutter contre. Il lutte, encore et encore. Il y parvient. Voilà, c’est ça le dernier Idles.

Pleurs, distos et introspection

 

Comme le laissait présager le premier des deux single dévoilé à l’avance, The Beachland Ballroom, l’atmosphère est plus sombre sur CRAWLER. Chaque note soigne les plaies d’un homme qui a souffert, chaque parole est expiatoire. « Are you ready for the storm ? » demande Talbot à ses fans dans le premier morceau (MTT 420 RR), attentionné, il prévient sur ce qui va suivre.  A noter que ce titre acronymique est un modèle de moteur, se référant ainsi tout comme Car Crash à l’accident qu’a frôlé le frontman. Le chanteur conte son expérience dans un style effleurant la cold wave et pose les bases de ce nouvel album. L’ensemble se laisse guider par les émotions chancelantes et dévorantes d’un homme en perdition. Les quatorze titres punk, parfois oppressants notamment par le son très lourd de la basse omniprésente, sont d’une poésie qu’il est rare de croiser dans ce genre de musique. Talbot se livre à cœur ouvert et ses tourments se métamorphosent en riffs effrénés et paternes de batteries surpuissants.

Un ensemble maîtrisé malgré quelques bémols

CRAWLER n’est sûrement pas la création la plus réussie du groupe dans la mesure où il n’y a pas de renouvellement et que le tout peut paraître assez monotone. Il n’y a pas autant de titres qui marquent par leur exceptionnalité que dans les précédents albums de la formation mais les morceaux sont réussis et certains, à l’image de Crawl! et The Beachland Ballroom, émeuvent particulièrement. Bien que des touches nouvelles de synthés apportent une fraicheur très prometteuse, Idles conservent la recette qui fonctionne. La construction est toutefois maîtrisée. Du titre introductif aux bombes captivantes et plus proches de ce qu’Idles avait pu faire précédemment que sont The Wheel ou The New Sensation, tout est là pour un bon album. Des pauses plus calmes et si belles (Progress) soulagent l’ensemble. Les interludes apaisent (Kelechi) et dynamisent (Wizz) tout en étant entièrement à leur place. CRAWLER est violent musicalement et émotionnellement, et cela fonctionne.

brutaliser la sensibilité

Il est clair que CRAWLER est le journal intime d’un cœur blessé. Idles y sublime ses tourments et s’en délivre. L’écoute de l’album peut être rude tant il est sincère, mais la maîtrise et l’émotion qui l’habitent sont addictifs. Libérateur et lacrymal, l’appréciation de ce concentré de peines n’est pas nécessairement immédiate. Et pourtant, c’est inévitable. Parce que c’est Idles et qu’ils sont sacrément bons. Surtout quand Joe Talbot conclut dans un dernier cri de rage et d’espoir « In spite of it all, life is beautiful ». You’re right Joe, I can assure you, it is.


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