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Jeudi 27 août 2020, près de six mois après la fermeture des salles de spectacles, alors que la quasi-totalité des festivals d’été avaient été annulés et que nombreux des derniers à tenter de maintenir une édition avec mesures sanitaires se voyaient tout bonnement interdits en dernière minute, Rock en Seine proposait un condensé des festivals sous une forme bien atypique. Nommé le Festival des festivals, l’événement avait du festival sa multiplicité d’artistes et son cadre : le parc de Saint-Cloud. Exit pourtant ce qui faisait l’âme de Rock en Seine et ce qui fait jaser depuis plusieurs années d’ailleurs : le rock. Si les précédentes éditions ne regorgeaient pas d’artistes de rock mais plutôt de musiciens issus de nombreux registres actuels, l’événement semblait avoir pris en compte la demande de ses festivaliers en programmant en tête d’affiche Rage Against the Machine.

Oui mais, le Covid étant passé par là, les musiciens internationaux n’étant plus en mesure de tourner, la soirée ayant dû être organisée en un temps records,  la place était, naturellement, donnée à la scène française. Pourquoi pas ? Cette dernière regorge de musiciens de talents et l’initiative à elle seule mérite d’être saluée.

C’est finalement le principe d’une émission de télévision à ciel ouvert qui avait été retenue avec à la présentation Naguy et une diffusion sur France 2. L’affiche elle, majoritairement accès vers le très grand public (télévision oblige), Calogero, Dadju, Camelia Jordana y étaient, s’offrait pourtant quelques noms intéressants : Sébastien Tellier, Pomme, Jeanne Added, Philippe Katherine. Serait-ce l’occasion de parler de la détresse du spectacle vivant qui a tout juste reçu des directive permettant une timide reprise et de prouver la nécessité de reprendre une vie musicale malgré la Covid ? La question n’est pas si vite répondue.

Retour en festival : se souvenir des jolies choses

res 2020

Pour les 1500 personnes ayant réussi à se procurer une place (gratuite), le rendez-vous était donné à 20 heures au parc de Saint Cloud. Port du masque obligatoire, gel hydro-alcoolique, le top  des goodies du moment étaient présents, tout comme la fameuse distanciation sociale, celle-là même qui est contre-nature pour nous autres humains qui vivons en société.  Face aux scènes, deux espaces se regardent : l’un accueillant ses food trucks, bar, toilettes, et de nombreuses tables très éloignées les unes des autres, le second espace lui regorgeant de chaises distanciées pour permettre de profiter du spectacle sans risque.  Certains spectateurs avaient d’ailleurs choisi d’arriver très tôt et de faire la queue pour bien se placer sur les fameuses chaises, avec l’envie certaine d’être au plus près de la scène. Impossible de ne pas avoir le cœur serré en contemplant ce joli spectacle, ce condensé rapide de vie festivalière qui a cruellement manqué à l’été 2020. Qu’il est bon, se dit-on de retrouver un semblant de normalité dans le milieu musical. Un peu avant le début des festivités, Roselyne Bachelot elle-même, avec son entourage impressionnant, s’offre un passage côté foule pour rejoindre très certainement son espace VIP.

Un message fort (il faut déconfiner le  spectacle vivant) ou pas (on peut déconfiner si c’est télévisé) chacun y verra ce qu’il souhaite, il est néanmoins plus que temps pour le gouvernement d’écouter les demandes des acteurs de ce secteur et d’agir rapidement, ce qui semble avancer à pas timides.

Un peu avant 21 heures, un chauffeur de salle vient préparer le public, lui indiquant de s’approcher des premiers rangs, de quand il faudra applaudir et autres joyeusetés. Naguy entre en scène, sourire aux lèvres, professionnel et offre une présentation rodée.  Il est accompagné à la présentation par Leïla Kaddour. Les artistes vont bientôt arriver sur scène.

Une belle initiative mais …

Les mais sont pourtant nombreux. S’il est logique en temps normal de présenter un « spectacle » de musique avec légèreté et le sourire aux lèvres, le ton n’est pas le bon aujourd’hui. Puisqu’au plaisir de retrouver  une ambiance de festival s’ajoute la réalité actuelle du milieu. Les professionnels du spectacle vivant se tuent à crier leur détresse : un spectacle, un concert, un festival met des mois voire des années à s’organiser, il fait travailler de très grandes équipes, intermittents mais aussi personnel embauché par les tourneurs, lieux, management, agence de communication … et l’incapacité à s’organiser est devenu critique. N’en déplaisent à certains lecteurs du Figaro qui selon un sondage réalisé par le journal, ne souhaitaient pas à 58% que le gouvernement vienne en aide à ce secteur, il est un véritable pilier de l’économie française. Des emplois sont perdus, des emplois souvent réalisés par des passionnés qui se sont déjà battus en travaillant sans relâche pour exercer leur profession.  Mais pas uniquement nombreux sont les métiers à découler des événements : conducteur de tour bus, sécurité, techniciens, food trucks, producteurs et agro-alimentaire livrant le catering et les food trucks, transports variés pour acheminer les spectateurs … c’est tout une économie essentielle qui s’écroule et qui aura besoin de temps et de soutien pour se relever. Dans ce contexte, les demies jauges des zones rouges restent problématiques et ne permettent pas toujours pour les producteurs de ne pas travailler à pertes. Beaucoup de zones floues méritent un éclaircissement.

Le spectacle n’est pas un caprice de 2020, il existe dans l’histoire humaine depuis toujours, l’art également : théâtre, musique, gladiateur, rien n’a été inventé au cours des dernières années. L’art fait réfléchir, transgresse, fait avancer le Monde, parfois il se contente de divertir et c’est déjà pas mal. Avec tout cela en tête, il est plus difficile bien sûr de prendre un événement qui pourrait être la bonne façon de parler du problème au grand public, avec légèreté.

L’émission est lancée par une brève interview de Roselyne Bachelot, qui parle de « sentiment de sécurité » à donner en salle par le biais de masques et de distanciation. Ces méthodes permettent un grand pas en avant : celui d’une réouverture progressive mais l’interview assez simple se contente de redonner ces nouvelles directives et non de répondre aux nombreuses questions encore en suspens.

Place aux artistes

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Jeanne Added et Izïa / capture d’écran Twitter de Rock en Seine

C’est finalement eux que nous sommes venus voir. Calogero ouvre le bal et en profite pour dire un mot sur les intermittents, mais au cours des brèves interviews de chaque artiste, le sujet est vite ramener à une promotion plus joyeuse : la tournée reprogrammée en 2021. Nombreux sont d’ailleurs ceux à rappeler que les plus petits artistes, les indépendants, n’ont pas la chance d’être reprogrammés. D’ailleurs c’est bien eux qui manquent à l’appel. Faire place à de grands noms pour attirer le public et l’audimat est évidemment cohérent mais il est dommage alors que Rock en Seine prévoyait la présence de groupes de grandes qualités tels que Structures ou Bandit Bandit de ne pas leur avoir fait une petite place sur scène. Heureusement le festival leur offrait quelques jours avant une belle session promo entre interviews et réseaux sociaux.

Autre bémol : cette idée télévisée que la musique ne soit  représentée que par des chanteurs / interprètes et non des musiciens. Exit donc les groupes place aux chanteurs uniquement. Cette obsession de la reprise et l’hommage en duo comme à la  « Nouvelle Star » manque toujours cruellement de saveurs.

Il ne faut pas être trop dur pour autant : si le format d’un titre par artistes est très très loin de se rapprocher de ce qu’est un concert et de la cohésion qui sera synonyme de talent, le simple fait de revoir de la musique jouée en live est un plaisir qu’il ne faut bouder.

De même que de nombreux temps forts musicaux qui viennent agréablement ponctuer la soirée : Catherine Ringer et son hommage à Rachid Taha, qu’elle confiera avoir été demandé par la production. Grande gueule, la chanteuse en profite pour dénoncer en quelques mots la situation  dans le monde musical actuel et n’a rien perdu de son tonus. Pomme, qui pensait « que 2020 serait son année » confie devoir faire preuve de patience et offre un morceau avec la grâce qu’on lui connait. Philippe Katherine en début de soirée puis en concert en fin de soirée amuse comme toujours par son côté grand guignolesque (souvent imité, jamais égalé) .

Jeanne Added et Izïa en duo qui reprennent l’immense « Glory box » de  Portishead  est l’un des temps fort de Evènement, même si Jeanne Added offre une performance vocale au-dessus de celle de son acolyte. Les deux femmes se font une accolade de fin de performance, le présentateur s’amuse en rappelant qu’on avait dit « 1 mètre 50 de distance », comme si certains yeux n’étaient pas rivés sur les écrans à la recherche de la petite faute qui prouvera que non, on ne peut pas déconfiner le spectacle vivant. Pourtant, il est vrai que la musique unis et qu’ il est compliqué de toujours aller contre notre nature au risque de perdre encore un peu du bon qui restait dans ce Monde.

A quoi bon reprendre « Angela » de Saïan Supacrew si c’est pour édulcorer ses paroles très sexuées ? Pourrait-on se demander. L’initiative aura pourtant fait le succès d’Hatik qui semble séduire un large public et lui aura permis ses nombreux passages en radio. Jane Birkin ne sera pas là ce soir, son titre ayant été enregistré en avance.

Alain Souchon, qu’on ne présente plus s’offre lui trois courts titres. Rodé des plateaux télévisés gère son timing comme un professionnel et se plie au jeu des questions/ réponses avec aisance.

Sébastien Tellier est aussi de la partie. Quel immense plaisir d’ailleurs d’entendre les premières notes de « La Ritournelle » en duo avec Charlotte Gainsbourg. Dommage de ne pas avoir interprété ce superbe titre dans son intégralité qui de plus était porté par des musiciens de talent.

Christine and the Queens (ou juste Chris ?) ajoute son grain de folie à la partie et ses pas de danse.

Ce méli-mélo de performances courtes coupées d’interviews brèves deviendra, pour ceux qui étaient au Parc de Saint-Cloud ce soir-là et ce malgré les averses de début de soirée, un souvenir heureux sorte de parenthèse masquée à la morosité d’une année qui s’étire bien trop. Restera à attendre que les nombreux acteurs du spectacle vivant puissent tous reprendre leurs événements dans le format que l’on connait et qui vient à beaucoup trop nous manquer.


Sueur boule noire 2020Si 2020 n’avait pas été l’année du Coronavirus, du confinement, de la pandémie mondiale … bref si 2020 avait pu être une année plus classique, elle aurait été celle de SÜEÜR. Coup de cœur de la profession de la musique au MaMA Festival, titre coup de point à l’été 2019 avec « MTM (mange tes morts) », concert coup de foudre à la Boule Noire en janvier, tout était réuni pour promettre à Théo Cholbi et ses acolytes de marquer l’année par leur bande son.

Si vous ne connaissez pas encore leur nom c’est bien et uniquement parce que pendant quelques mois, la Terre s’est arrêtée de tourner. Et maintenant qu’enfin elle repart, il est temps de reprendre les routes avec SÜEÜR ou plus précisément de rider tout Paris. C’est d’ailleurs le titre du derniers single des plus rockeurs des rappeurs français ( à moins que ce ne soit l’inverse). Si on ne colle pas d’étiquette à cette tornade musicale, il est encore possible de dire qu’acidité, force et énergie sont toujours de la partie. Le combo,comme à son habitude crée une poésie lyrique à partir d’un langage cru, convoque la plume des grands auteurs et la mixe avec une pointe de punchlines à la Booba. Avec un flow tendu comme une corde raide, la formation invite à un tour dans un Paris sombre, à une remise en question d’une société qui ne fait pas sens, à la fête et au désespoir. Le clip signé Clément Métayer en collaboration avec le groupe est vif comme le titre qu’il illustre et d’une modernité sans faille, à découvrir absolument. D’ailleurs le réalisateur ( et acteur ) le raconte en quelques mots : « Un 1984 inversé où le paumé peut s’exprimer via les écrans de publicité rétro-éclairés. »

Pour mémoire, il est toujours possible d’écouter la totalité de le première mixtape du groupe en choisissant sa plateforme de streaming.

Une tournée à l’automne

Après plus de trois mois sans le moindre petit live, qu’il est bon de lire enfin des annonces de dates de concerts. Alors certes, les tentatives de distanciations sociales à la Laiterie de Strasbourg, la solution du drive-in ou du concert dans des bulles font peur. Un concert ça se sue en commun, ça se vit pleinement. Mais il y a fort à parier que d’ici le 15 septembre, il sera à nouveau possible de vivre entièrement l’expérience SÜEÜR en live. Et autant se dire qu’avec l’énergie et le grain de folie que partage le groupe sur scène, reprendre une vie entourée par la musique avec eux semble la meilleure idée qui soit. D’expérience, on vous promet un moment survolté, déchaîné et grandiose. Si toute cette sueur collective vous manque autant qu’à nous, prenez vite vos places, le groupe s’offrira une jolie tournée de septembre à décembre avant de conclure par une date parisienne au FGO Barbara le 10 décembre 2020, un très beau cadeau de noël quelques jours avant de balancer 2020 aux oubliettes et de lui demander d’aller manger ses morts.

SÜEÜR TOURNEE 2020

 

Découvrez le clip de Ridé tout Paris

 

 


Depuis la sortie de leur premier album « When I Have Fears », les jeunes Irlandais (James McGovern au chant, Damien Tuit à la guitare, Cathal Roper à la guitare, Gabriel Paschal Blake à la basse Blake et Diarmuid Brennan à la batterie) qui forment The Murder Capital n’arrêtent plus de faire leur apparition lors de dates européennes. Déjà leur quatrième en France. Avec des salles de plus en plus grandes et réputées, le groupe ne cesse d’évoluer et de gagner en influence à chacun de ses passages par la capitale française, rendez-vous importants pour les étoiles montantes du rock. Une évolution marquée par une fréquence de venue régulière et un public en continuelle constitution. C’est le Café de la danse auquel les cinq garçons ont décidé de s’attaquer. Une salle magnifique et confortable, qu’ils étaient bien décidés à brutaliser. Car la musique du groupe n’y va pas de main de morte. Bien que sophistiquée, réfléchie et extrêmement construite, son côté sauvage a tendance à prendre le dessus sur tout le reste en live. Ils ont l’habitude d’un public irlandais déchaîné, ils voulaient voir de quoi nous étions capables, nous français, souvent plus modérés dans l’emphase. Pour en savoir un peu plus sur le groupe et leur premier album sorti en août dernier, vous pouvez retrouver l’interview qu’ils nous ont accordés en novembre juste ici.

Après un passage au Nouveau Casino qui aura marqué les esprits, qu’attendions-nous de cette nouvelle date parisienne ? Certainement une proximité public/artistes encore plus étroite étant donné la construction de la salle, qui veut que sa fosse, davantage en largeur qu’en longueur (contrairement au Nouveau Casino) nous donne la sensation de toucher la scène à n’importe quel endroit. L’expérience devait en être supposément plus intense. Avec l’énergie du groupe que l’on commence à bien connaître, fait d’une férocité scénique lié à un charme envoûtant, tout annonçait le meilleur à venir. Pari réussi ?

 

 

Junior Dad, le jeune Irlandais au charme déstabilisant

Avant de les accueillir, un jeune homme se lance dans le vide, seul, simple, touchant. Cette personne, c’est Junior Brother, un Irlandais à la voix étonnante. Accompagné de sa guitare, il ose avec un grand courage une prestation originale, livrant un folk déconcertant avec un arrière-goût de punk. En équilibre constant, Junior Brother joue de sa voix perdue à travers les âges et étonnamment envoutante, quoique parfois inconfortable. Mais l’artiste joue de cet agacement. Il ne semble avoir peur de rien, et nous fait vivre consciemment une épreuve, déstabilisante mais que l’on apprend à aimer, et qui, certainement, nous laissera des traces à l’avenir. Sous cette carapace inoffensive sommeille donc une force secrète. A surveiller de près.

 

Au tour de nos Irlandais préférés

 Prévu à 20h50, les garçons arrivent vers 21h05. Et finissent avant 22h. Un peu court, sachant qu’une ou deux reprises n’auraient fait de mal à personne. Mais le groupe ne semble pas vouloir déroger à l’identité unique de son premier album. Une première œuvre certes incroyablement forte et cohérente, qui n’admet aucune sortie de voie, mais dont l’unicité ne devrait pas refuser sur scène certains apports bienvenus. Sur dix chansons, neuf seulement sont jouées. Les quelques minutes qui précèdent l’entrée du groupe semblent faire partie de la prestation, avec trois morceaux dont les versions enregistrées passent dans la salle à fort volume, mais sans personne sur le devant de la scène. Le public attend, impatient. Une question nous taraude alors : si ces morceaux (d’ailleurs très bons) font partie de l’univers musical du groupe, pourquoi ne pas les avoir joués eux-mêmes ? Loin d’être une trahison à leur identité, cela aurait surement renforcé cette dernière, car les influences ne sont jamais que des influences, et servent à gagner en pertinence et en profondeur. Surtout avec un groupe comme The Murder Capital, qui emprunte à beaucoup d’autres pour créer et renforcer un univers cohésif et très intime. Bon…

 

Une puissance toujours sauvage…

 Quoi qu’il en soit, avec un seul album à leur actif, difficile d’allonger ses sets. On ne leur en veut qu’à moitié. Ce qui nous importe réellement, c’est la qualité de leur proposition. Ils ouvrent directement avec leur morceau phare : « More is Less », contrairement au Nouveau Casino où ils avaient opté pour « Slowdance », une phénoménale montée en puissance. Nous avions d’ailleurs regretté de l’entendre si tôt, à un moment où le son n’est pas encore tout à fait réglé et où le public a besoin d’une bonne claque pour s’échauffer. « More is Less » convenait ici d’avantage à une ouverture, commençant le concert sur les chapeaux de roue. Le chanteur descend directement vers nous pour former un cercle au milieu de la fosse. Nous sentons son envie de nous voir s’affronter sous la sueur. Un concert de Murder Capital n’admet pas l’immobilité et fait appel à notre physique. Nous sommes vite emportés dans un tourbillon sonore auquel il semble difficile d’échapper, même pour les plus timides qui se voient soudainement pousser des ailes en entendant le cri perçant du chanteur sur la fin de « More is Less ».

 

… atténuée par un dosage maitrisé

 Néanmoins, le groupe a plusieurs cordes à son arc et réussit comme toujours à doser parfaitement son show, alternant entre brutalité précipitée et spontanée (« Feeling Fades, violence calculée (« For Everything »), et douceur maîtrisée (« On Twisted Ground »). « Love Love Love » détient la particularité en concert d’être d’une intensité apaisante. Les mots d’amour se mélange à des coups de guitare incisifs, et font du sentiment central du rock, de l’art et de la vie une épreuve sonore à multiples facettes.

Le concert poursuit sa route, avec un groupe que l’on sent heureux et épanoui d’avoir réussi à atteindre ce stade. Leurs têtes nous inspirent les meilleurs sentiments, car on y lit l’effort et l’honnêteté d’une démarche. Ce qu’ils nous livrent est pure et sincère : leurs âmes de rockeurs, que l’on devine authentique. Le public, dont la moyenne d’âge semble assez élevée, nous prouve encore une fois que le rock intéresse de moins en moins les jeunes. Quel regret ! Car c’est un véritable moment de partage qui se produit au Café de la danse ce soir-là, un moment destiné à toute personne qui se sent habité en son intérieur par la jouissance du rock. Et quelle plus belle jouissance que celle-ci, spontanée et sincère. Autant intimiste que minimaliste, un concert de The Murder Capital réveille nos désirs enfouis et restés secrets, si bien que la salle transpire de partout quand les dernières notes se font déjà entendre… Trop tôt… Nous ne reviendrons pas dessus.

 

 

Un concert malheureusement non dénué de défauts

 Cependant, quelques reproches sont tout de même à notifier : tout d’abord, une qualité sonore décevante, qui n’aura pas permis de délivrer toute la rage de la prestation. On reste plusieurs fois sur notre faim, dû à un son brouillon et à des instruments que l’on a parfois du mal à identifier voire à entendre… Bof pour un concert de rock. Ensuite, la prestation des garçons semble un peu trop quadrillée, calculée… Peu d’improvisation, aucune expérimentation. Juste l’album, dans un ordre différent, mais l’album quand-même, avec exactement les mêmes notes, les mêmes montées, les mêmes paroles, le même rythme. Zéro surprises. On regrette ainsi le manque de prise de risques, qui refusera au concert toute envolée, chose pourtant immanquable à tout rockeurs qui se respectent…. On se contentera de ça pour l’instant. Mais pour leur prochaine tournée, le groupe a encore des choses à apprendre et à améliorer pour passer de bon à très bon. Pour un jour devenir mémorable… Qui sait ? Personnellement, nous misons sur eux sans hésitations.

 

Retrouvez juste ici l’interview qu’ils nous avaient accordé en novembre dernier !

 

C’est souvent dans les lieux underground que se jouent les prochaines révélations musicales des années à venir. La Boule Noire fait partie de ces salles à l’atmosphère atypique, baignée dans la pénombre et l’intimité. Collée à la Cigale, elle est son côté démon, son penchant vers le vice et le sulfureux. Pendant que l’accès à la première se fait en montant, celle de la seconde nous entraîne vers les bas-fonds d’un nouveau monde.

N’exagérons tout de même pas, la Boule Noire n’est pas si vétuste ni secrète ! Nous ne sommes pas à New York. La salle est même plutôt en bonne forme, et toujours prête à accueillir les jeunes artistes au talent encore peu reconnu. Le groupe auquel elle a ouvert ses portes jeudi dernier se nomme SÜEÜR. Nous essayerons d’éviter tout jeu de mot que pourrait nous inspirer ce nom évocateur, d’ailleurs extrêmement bien trouvé. En pleine montée discrète, ce jeune groupe parisien est venu faire ses preuves lors d’une release party flamboyante. Leur premier projet, une mixtape de 9 titres, est aujourd’hui disponible. Une très belle réussite. A trois, ils redéfinissent les limites entre rock et rap, et participent à l’émergence d’un style frais, qui s’en balance des étiquettes, et qui n’a pas la patience d’essayer de plaire. C’est soit t’accroches, soit tu dégages.

CEYLON convaincant

Avant eux se produisait CEYLON, en première partie, un groupe toulousain formé par Louise Holt et Tristan Chevalier, mais composé en tout de cinq membres, et dont le premier album (LP) s’apprêtait à sortir le lendemain. Pour l’occasion, ils étaient invités à conquérir le public de la Boule Noire, venu pour un groupe au style relativement éloigné du leur. Ils s’en sont plutôt bien sortis. Passionnée, leur musique s’adonne à une diversité sonore maîtrisée. La chanteuse à la présence charismatique nous prend rapidement en otage, et partage avec nous sa fièvre corporelle. Les morceaux en deviennent entraînants. Un moment aussi bien plaisant que bienvenue avant l’intensité de SÜEÜR.

SÜEÜR en pleine forme

Sueur boule noire 2020

C’est maintenant au tour des trois garçons, qui font leur entrée sans se faire remarquer. Il faut dire qu’ils ne sont pas du genre à en faire des caisses pour se montrer. Obscurité, mystère et modestie, voilà leur ligne directrice. Le concert commence avec le premier morceau du projet « Quand la logique », un démarrage clair et suffisant pour nous donner le ton : une claque certaine nous attend. Théo Cholbi (le chanteur) est déjà au maximum de son envoûtement, avec une voix et un phrasé des plus percutants. Les musiciens derrière lui (Florian Serrain à la basse et Léo Goizet à la batterie) assurent tout autant, SÜEÜR se veut efficacement précis et impactant. L’art de leur musique réside dans leur capacité à défier les genres, sans s’inscrire dans aucun. Leurs textes nous confrontent à une poésie crachée avec plus ou moins d’élégance (cela dépend des chansons). Rien n’est jamais vain et inutile. L’impression première, celle d’un groupe sauvage à l’élan pulsionnel et bestial, dont le corps et la voix du chanteur serve de bouclier, laisse place à une image davantage intime et personnelle, encore plus pénétrante. Les variations de ton donnent force à la prestation. « Petit Jack » mise sur la retenue avant que « MTM (sur ma vie) » ne déverse sa folle puissance.

Une musique protéiforme impressionnante

Scotchés par le jeu de scène du chanteur, jamais dans l’excès, et toujours dans la sincérité, nous n’avons pas décroché une seule seconde. L’impossibilité de se saisir de l’identité de cette musique protéiforme joue en leur faveur, car la sensation de brouillard s’en voit décupler. On a du mal à poser des mots sur ce à quoi l’on assiste. On navigue parmi la modernité, influencée par les époques antérieures, et toujours dans la démonstration d’une singularité. Le ton grave de la voix, basculant du slam au chant puis au rap, constitue l’essence même de ce groupe dont la force réside dans cette particularité à enfreindre les règles tout en les respectant. Ainsi, SÜEÜR ne ressemble à rien d’autre autant qu’il nous rappelle beaucoup de choses. Les influences sont nombreuses, en particulier dans la sphère française, de Leo Ferré à Noir Désir, et participent au développement de cette musique passionnée.

Une reprise du premier rappeur français avant l’heure

Le groupe nous fait découvrir progressivement les morceaux de son premier album, sans baisse de régime. Tout bénéficie d’une force unique dégagée par la scène. Au milieu, ils interprètent leur reprise : « Thank you Satan » de Léo Ferré, le premier et meilleur rappeur français selon eux, ironisent-t-ils à moitié. En effet, le texte est d’une beauté fatale et facilement arrangeable façon rap. SÜEÜR en fait une puissante tirade énergique aux élans ténébreux, où le texte, mis en avant par la tenue en main d’un épais livre, s’en trouve revigoré et modernisé. Le refrain, appuyé par une basse rugueuse, est terriblement efficace. Non pas que cette version prétende dépasser la version de Ferré (ce n’est pas le but d’une reprise d’ailleurs), elle emmène le texte sur des terrains aventureux, et non moins intéressants. Un bel hommage. Comme quoi, SÜEÜR a plusieurs cordes à son arc pour nous séduire.

Le reste du concert est impeccablement maitrisé, avec un chanteur mis torse nu après que la chaleur étouffante ainsi que la sueur (désolé, promesse rompue…) dégagées se soient répandues dans toute la salle. « MTM (sur ma vie) » revient en rappel pour ne pas nous laisser partir sans avoir reçu un dernier coup de poing. Et quel coup ! SÜEÜR dans toute sa splendeur.