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Big thief

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L’actualité est brutale, violente, effrayante. Les conflits éclatent de pars et d’autres du Monde, les angoisses augmentent. Les enfants sont aussi victimes de ces situations. L’art est politique, engagé, touché de plein cœur. A l’initiative de War Child Records, une très puissante brochette de musiciens s’est ainsi réunie en un projet collaboratif puissant pour récolter des fonds et aider comme ils le peuvent. Si le sujet est de première importance, la track-list est à la hauteur. Album sublime aux noms qui font rêver pour mieux éveiller les conscience, ce Help(2) doit être autant entendu qu’écouter. Il fallait en parler.

Help 2Petit tours de la track List d’Help(2)

Portés par le sujet, nombre de très grand musicien.nes et représentant.es des scènes indies ont immédiatement répondu à l’appel. C’est Arctic Monkeys qui a en premier dévoilé son single, « Opening Night ». C’est aussi le groupe d’Alex Turner qui ouvre l’opus. Le titre n’est pas sans évoquer le dernier album de la formation « The Car » et permet de retrouver la joyeuse bande qui n’avait pas dévoilé de nouveauté depuis ce dernier jet.

Le reste de la liste des artistes présents sur l’album tient entièrement du rêve éveillé. Une forme d’aboutissement idéal qui fait de la première écoute un moment d’impatience continue tant on veut tout avoir écouté. On retrouve donc à cet impressionnant générique : Damon Albarn, Grian Chatten, Kae Tempest, The Last Dinner Party, Beth Gibbons, King Krule, Big Thief, Olivia Rodrigo, Pulp, Depeche Mode, English Teacher, Arlo Parks, Cameron Winter, Fontaines D.C, Wet Leg, Foals, Young Father, Pulp, Sampha … pour en citer une partie.

A ce casting 5 étoiles, s’est ajouté en dernière minute Oasis. Le groupe des frères Gallagher avait déjà participé à la première compilation Help paru en 1995 sur laquelle ils interprétaient « Fade Away » aux côtés de leurs amis Kate Bush, Johnny Depp et Lisa Moorish. Cette fois-ci la formation s’ajoute en version vinyle sur un 45 tours bonus et un sur le CD sur un bonus track caché. C’est le live de « Acquiesce » enregistré au Wembley Stadium le 28 Septembre 2025 qui a été choisi pour figurer sur l’album.

Help(2) alex turnerUn album sublime qui enchaine les chef d’œuvres

Il sera difficile de chroniquer ici chaque titre de la compilation tant il est riche de compositions. Mais il semblait essentiel d’en dire au moins quelques mots. Parce que les artistes qui ont choisi de s’associer au projet sont la crème de la crème de la scène actuelle, l’objet garde une véritable cohérence interne et une force indéniable. L’écoute est sublime, fluide, enivrante. Le trio Damon Albarn, Grian Chatten, Kae Tempest signe un temps calme ponctué du flow inimitable de Kae qui sait si bien laisser passer les émotions à travers son phrasé. Le titre « Flags » est une réflexion sur l’enfance te l’individualité et s’offre la participation de pointures de pointures de la musique telles que Johnny Marr,  Adrian Utley (Portishead)  ou encore Seye Adelekan (Gorillaz) ainsi qu’un chœur de 43 enfants.

The Last Dinner Party s’offre un titre énervé, l’un des plus énergique de l’opus. Beth Gibbons, l’immense voix de Portishead propose une version à fleur de peau du titre culte « Sunday Morning » du Velvet Underground. Big Thief sur « Relive, Redie » poursuit dans la lignée très country largement entamée par leur dernier né « Double Infinity » mais y ajoute une petite ligne rock, proche de ses débuts. Fontaines D.C choisit le calme sur « Black Boys on Mopeds », loin de son habituel post punk, la formation préfère rendre hommage à Sinead O’Connor. Le petit génie Cameron Winter, chanteur des maintenant cultes Geese, offre sur « Warning » un titre barré, puissant, sublime, inclassable et jouissif. De quoi rappeler qu’il faudra maintenant compter sur lui dans le monde du rock. Pulp sort des sentiers qu’on leur connait, retro, brillant, énergisant, son « Begging for Change » est l’une des meilleures surprises de la compilation. Beabadoobee se paye un hommage vibrant à Eliott Smith et son « Say Yes », un brin plus lumineux que l’original. Quant à Olivia Rodrigo, elle y casse les codes pop qu’on lui connait pour rappeler si besoin qu’elle possède une voix extraordinaire sur une reprise profondément folk de « The Book of Love ».

Help(2) grian chattenHelp(2),  une action caritative essentielle

Ce deuxième opus d’Help est donc lancé à l’initiative de l’association caritative War Child qui fut fondée en 1993. Elle a pour but d’assurer la protection, l’éducation et le suivi psychologique des enfants touchés par les situations de conflit dans le Monde. A l’origine, elle fut créer en réaction au conflit yougoslave en 1993 et à la guerre de Bosnie Herzégovine. C’est d’ailleurs pour apporter leur aide sur ce sujet que fut créer la première compilation Help au casting lui aussi impressionnant : Paul McCartney, Radiohead, Oasis, Manic Street Preachers, Blur …. Suivant le concept de John Lennon, qui disait que les albums comme des journaux devaient être diffusés dès qu’ils étaient enregistrés, l’album fut enregistré le 4 septembre 1995 , mixé le 5 septembre et mis en rayons dès le 9 ! Un timing impressionnant.

Help(2) olivia rodrigoCe Help(2) disponible dès le 6 mars 2026 ne profite pas de la même rapidité de commercialisation. Il sera néanmoins disponible en format physique et sur les plateformes de streaming. Tous ses bénéfices seront entièrement reversés à l’association War Child, dont l’action est aujourd’hui plus que nécessaire. Les copies physiques sont en quantité limitées, n’hésitez pas à courir chez votre disquaire pour vous procurer la votre.


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Adrianne Lenker – Trianon 2024 – Crédit photo : Louis Comar

C’est un véritable moment de grâce qu’a offert Adrianne Lenker en ce 2 mai, face à un Trianon de Paris plongé dans un silence religieux. Une expérience intime, puissante et bouleversante portée par la voix inimitable de la chanteuse de Big Thief. Venue défendre son dernier album solo, « Bright Future », elle a touché chaque membre de l’audience sans aucun artifice. Nous avons eu la chance d’y assister, on vous raconte.

Adrianne Lenker : radiographie sentimentale

Il pleut des cordes en ce mois deuxième jour du mois de mai. La grisaille est présente, partout et les esprits se languissent de voir le printemps enfin pointer le bout de son nez. Un espoir vain dans les ténèbres qui ne veulent pas laisser leurs places à la lumière. Heureusement pour les fans d’Adrianne Lenker, l’incroyable prodige sait toujours faire jaillir un rayon de soleil à travers l’halo de douceur qu’est sa musique. Calme oui, mais jamais – ou presque -triste. La voilà qui se présente donc, en solo, guitare à la main et assise dès 20 heures 30 ce soir. A peine entre-t-elle sur scène sur « The Only Place », emprunté au dernier né de Big Thief (Dragon new warm montain I believe in you) que le silence complet envahi la salle. Les yeux rivés sur elle, les esprits focalisés sur l’incroyable beauté qui se dégage des premières notes. Lors de son dernier passage parisien, la chanteuse avait joué deux dates d’affilée avec son groupe, non loin de là, à la Cigale. L’absence de Buck Meek sur le premier show, dont le vol avait était retardé, avait mis la musicienne à mal. Timidité peut-être, peur de devoir jouer pour deux guitares, ne l’avaient pas empêcher de réaliser, comme toujours, des prouesses. Mais il était évident que cette absence venait toucher à son aisance. Serait-ce la même en solo ?  Point du tout. La voilà heureuse d’être là, communiquant volontiers avec son audience et s’osant à quelques mots de français. Chez Adrianne Lenker, tout n’est que grâce et délicatesse. Des cordes de guitare qu’elle gratte doucement à sa façon de s’adresser à l’audience. La proximité se fait sentir, l’impression de dialoguer avec une amie peut-être, d’être seul.e dans la salle au milieu de la foule d’un concert pourtant complet. La bienveillance de Big Thief, sa façon de penser ses projets avec ses ami.es, de faire de son art un tout, une pièce collective, qu’elle soit ou non jouée en solo, participe sûrement au sentiment d’union qui plane ce soir.

Adrianne Lenker – Trianon 2024 – Crédit photo : Louis Comar

Au creux d’un Song(e)s

Et puis, il faut le dire, la setlist est grandiose. « My angel » tout droit sorti de l’immense album qu’est « Songs » retentit en seconde position. Il ne faut pas attendre longtemps pour entendre « Simulation Swarm »,  extrait du dernier album de Big Thief. Le titre, l’un des meilleurs, était celui qui avait retenu toutes les (mon) attentions lors de la première écoute du long opus. Il est de ces chansons qui deviennent des obsessions et peuplent chaque jour vos humeurs, vos relations, comme l’imagerie la plus précise de vos émotions. Une radiographie sentimentale en somme. Et donc évidemment dans sa version solo, acoustique, il prend encore plus d’ampleur. « I wanna drop my arms and take your arms » dit la chanson et quelques part, le public entièrement désarmé, se laisse porté par les bras d’Adrianne Lenker. Il faut profiter de l’instant, dans son ephémérité à l’heure où le streaming nous permet de tout ré écouter sans limite, cette version, elle, n’existera qu’en cet instant parfait.  La première partie du set se joue entièrement en solo, toujours derrière sa guitare, et habillée d’une lumière blanche. Il faut saluer d’ailleurs l’incroyable travail qui a été fait sur le son ce soir, qui est à proprement parlé parfait. Merci aux ingénieurs pour le soin minutieux qu’ils y ont porté! « Born for Loving you » suit, la lettre d’amour d’Adrianne à sa compagne, dernier single en date de Big Thief, sorti hors album. Et puis à peine quelques titres plus tard, voilà que le plus grand moment de la soirée se fait entendre alors que résonnent les premières notes d' »Ingydar ». L’instant est si beau qu’il amène à se questionner : comment quelques chose d’abstrait comme la musique, qui entre dans la tête via les oreille peut à ce point faire frissonner ? Le titre balaye tout sur son passage, emplit les yeux de larmes. Il entame une concurrence déloyale avec tous les autres moment où l’art croisera votre vie, ce sera un défit de faire mieux.

L’amitié comme un cadeau

L’album « Bright Future » n’a pas été écrit par une seule personne. Evidemment, comme toujours, il est le résultat d’un moment entre ami.es. Il n’avait d’ailleurs pas la vocation de forcément devenir une sortie officielle, mais devant sa réalisation, la chanteuse a décidé de le dévoiler au monde. Alors, il était évident qu’Adrianne Lenker ne pouvait pas se présenter entièrement seule sur scène.  Elle invite donc ses ami.es, dont Nick Hakim qui faisait aussi sa première partie, à l’accompagner au piano et au violon. L’occasion de mettre en lumière son nouvel opus. C’est une belle chose qu’elle aie utiliser le mot « Bright » dans son titre, est-il facile de songer en écoutant « Real House », parce que c’est certainement le mot qui définit le mieux sa musique. « Free Treasure » suit en toute logique et « Zombie Girl » permet de faire un nouveau crochet sur « Song ». Puis Adrianne délaisse temporairement sa guitare pour le piano. Elle y interprète sur la pointe des pieds le bouleversant « Evol » dans un moment de grâce inoubliable. Histoire de sécher les larmes qui ruissellent maintenant, la chanteuse prend la parole et explique que le piano et le violon sont ses instruments favoris, ajoutant que la guitare et la voix, qu’elle pratique depuis si longtemps ne lui semblent même plus être des instruments. Ses cheveux bruns ont repoussé, il tombent sur ses yeux, les repoussant en soufflant dessus sans succès elle s’amuse à dire qu’ils sont comme ses lunettes de soleil. « Not a lot, just forever », issu de « Songs » apporte une nouvelle note de bien-être à l’instant. Son titre colle parfaitement avec un voeu pieux que l’on fait dans un murmure, le concert pourrait seulement durer pour toujours ….Quelques titres plus tard, voilà que l’un des singles de « Bright Future » pointe le bout de son nez « Sadness as a gift ». Toujours beau, jamais triste, sa discographie est peuplé de cette idée de transcender les douleurs pour en tirer de la grandeur. Mais rien ne dure pour toujours, il faudra se dire au revoir sur « Anything ». Il faut se plonger une dernière fois dans cette voix de soie, s’en imprégner pleinement. Le piano et la guitare s’emballent, se font jeu plus que mélodies, un peu comme lorsque les chatons jouent du piano dans les Aristochats. Eh puis, ici c’est Paris, après tout. Les musiciens saluent humblement le foule qui applaudit à s’en rompre le coeur. Un dernier espoir peut-être ? Adrianne Lenker accepte d’offrir un cadeau à son public parisien avant de partir, cette fois pour de bon. Derrière sa guitare, en solo, elle interprète pour la toute première fois en live « Ruined », le titre qui avait dévoilé son dernier jet.  La rupture avec ce moment suspendu, quand les lumières se rallument, est presque violent tant il dénote avec l’euphorie vécue. Le lendemain matin, la capitale profitera d’un rayon de soleil. Adrianne Lenker aura sûrement chassé les nuages, alors que le souvenir de son concert lui se gardera précieusement au creux du coeur, comme lorsque l’on s’éveille d’un merveilleux songe.


Adrianne Lenker - Credit : Germaine Dunes

Adrianne Lenker conjugue aimer au futur pour « Bright Future » (chronique)

Aimer Big Thief, c’est faire partie d’une communauté. On y partage un amour de la…

buck meek interview

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Buck Meek, connu pour être le lead guitare des excellents Big Thief, a aussi une carrière solo. Il publiait le 25 août son tout nouvel album « Haunted Mountain », un opus qui parle d’amour dans toutes ses formes mais aussi de celui qu’il éprouve pour son épouse : Germaine Dunes. Un périple à travers les montagnes miraculeuses mais aussi sauvages et dangereuses dont la bande son touche clairement à la country. La musique s’y  façonne sur fond d’héritage américain, profondément solaire, elle invite à la douceur et à la joie. De passage à Paris le temps d’un Hasard Ludique complet et très chaud, Buck Meek a accepté de répondre à nos questions. Dehors, assis sur coussin de sol, le très sympathique musicien nous parle de son rapport à la communauté, du fait de rester humble, de la culture musicale américaine, de son projet solo comme de Big Thief. Un rencontre enivrante et passionnante, à lire ci-dessous.

buck meek interview
© Pénélope Bonneau Rouis

Popnshot : Comment tu décrirais ton album « Haunted Mountain » ?

Buck Meek : Sur cet album j’ai essayé d’écrire une chanson d’amour vraiment honnête ce qui pour moi est la chose la plus difficile à écrire. Le dernier album parlait de perte, de processus de guérison et de rupture. Sur celui-ci je parle d’amour, mais dans tous les sens du terme. De l’amour d’une mère pour son enfant, d’amour platonique, d’amitié mais aussi du travail que demande le fait d’entretenir une relation saine.

P&S : Il se dit qu’il est plus simple d’écrire des chansons au paroles tristes ou mélancoliques. Comment as-tu appréhender la lumière et la joie qui transpercent cet album ?

Buck Meek : Ce n’est pas évident d’écrire un morceau joyeux sans devenir banal. Pour moi c’es plus simple d’écrire lors d’un processus de guérison quand la douleur est encore là. Parce que la douleur donne l’impression qu’on sort de son propre corps. Quand je souffre ou que je dois abandonner quelque chose j’ai cette impression naturel de sortir de mon corps. La joie est bien plus direct, elle fait sentir tout son corps. Et ça peut vite se transcrire de manière banale. C’était un challenge pour moi d’écrire quelque chose de joyeux mais qui resterait frais.

Ça me rappelle que je suis vulnérable et c’est très intéressant à exploiter dans mon processus créatif.

P&S : Cet album, il parle aussi de montagnes, puisqu’il a été écrit dans les montagnes du Portugal. Ton dernier album avec Big Thief s’appelle « Dragon new warm Mountain I Believe in you », celui-ci « Haunted Mountain ». C’est la nature sauvage qui t’interpelle autant dans cet environnement ?

Buck  Meek : J’aime les montagnes pour leur volatilité. Il y a toujours un sens du danger là-bas qui rend humble. Ça me tient éveillé et c’est un bon rappel de mon insignifiance je pense. Ça me rappelle que je suis vulnérable et c’est très intéressant à exploiter dans mon processus créatif.

J’essaie d’écouter plus et l’humilité, fait partie de ce chemin.

P&S : Etre humble, c’est un mot que tu utilises énormément et qui revient dans toutes tes interviews. Pourquoi cette notion est-elle si importante pour toi ?

Buck Meek: Je pense que c’est un des plus grands challenges dans la vie de travailler son humilité. Que ce soit avec ton ou ta partenaire, tes amis, c’est un élément essentiel. Etre proche d’une personne c’est rester humble, curieux et avoir de l’empathie pour elle. C’est si simple de te laisser aller à ton égo, de penser tout savoir. En plus, en tant qu’homme je pense que c’est un trait récurent de la masculinité toxique que de se dire qu’on a les solutions à tout et qu’on doit tout expliquer. J’essaie d’écouter plus et l’humilité, fait partie de ce chemin.

P&S : Ecouter plus c’est aussi un chemin qui vient avec la maturité. J’ai l’impression qu’en vieillissant ça devient plus simple d’entrer dans ce processus.

Buck Meek : C’est vrai. Mes parents sont toujours ensemble. Mon père aime encore énormément ma mère. J’ai beaucoup appris d’eux. De voir mon père écouter ma mère. C’est une femme très forte. Mais je pense qu’être dans un groupe peut aussi être un vrai challenge. Tu est dans des lieux restreints, très proches pendant des heures parfois des semaines. Et peu importe qui tu es, il y aura naturellement des frictions qui naîtront même si vous êtes meilleurs amis. Avec Big Thief comme avec mon groupe, le show à la fin de la journée est une chose qu’on chérit et qui permet de tenir ensemble. C’est un peu comme un enfant qu’on co-parente. Et du dois bosser au delà de tes résignations, de tes peurs pour rester ensemble et élever cet enfant qui est la musique.

La communauté donne du pouvoir dans la musique

P&S : L’amitié est un vecteur essentiel de ta musique. Tu en parles beaucoup et surtout elle se ressent dans tes différents projets musicaux. Pourquoi est-elle centrale dans ton travail ?

Buck Meek : Je pense que la communauté donne du pouvoir dans la musique. Tous les groupes que j’ai eu font partie d’une communauté. Big Thief par exemple est une toute petite partie d’une grande communauté d’amis qui se soutiennent les uns les autres. On joue avant tout pour nos amis notamment quand on les retrouve à New-York. Ils font partie de plus de 20 groupes. Avoir des gens en qui on peut avoir confiance et à qui faire écouter notre musique, c’est primordial.

Une chose que je trouve distinctive dans la musique américaine c’est que tu es un immigrant et donc tu prends à différentes cultures.

P&S : C’est quelque chose qui transparait dans Big Thief et qui ajoute quelque chose de très beau au groupe. Parmi tes amis tu as aussi Jolie Holland qui signe plusieurs morceaux de ton nouvel album. Tu disais dans une interview qu’elle a une véritable compréhension de ce qu’est la musique américaine. Pour toi, qu’est-ce qu’est la musique américaine ?

Buck  Meek : C’est bonne question. (Il prend le temps de réfléchir). Une chose que je trouve distinctive dans la musique américaine c’est que – et sauf si tu es natif américain et que tu fais de la musique indigène  – tu es un immigrant et donc tu prends à différentes cultures. C’est un amalgame de différentes cultures. Aux Etats-Unis tout le monde est un peu orphelin culturellement. Au bout de 5, 6 ou 7 générations, ils n’ont aucune idée d’où ils viennent. Je sais que j’ai du sang français, italien, gallois … mais je n’ai aucun connexion à ces cultures. Il y a une perte et une tristesse là-dedans. Mais tu dois aussi trouver ta propre identité et prendre ce que tu peux sur ce chemin-là. Tu dois créer une synthèse de tout ça. A un certain degré, la musique américaine est une synthèse de ses influences, pour le meilleur et pour le pire. Il y a beaucoup d’influences africaines qui vient des esclaves, il y a beaucoup d’évidences. A un certain degrés c’est une musique de voyageur.

ce que j’aime le plus dans la musique américaine, c’est d’écouter comment les gens se découvrent et découvrent leur identité, à travers la musique

P&S : Qu’est ce qui te touche le plus dans ces musiques ?

Buck Meek : Il y a un mythe dans les histoires américaines. C’est difficile à expliquer, c’est une bonne question, personne ne me l’avait jamais posée avant . Je pense que c’est ce que j’aime le plus dans la musique américaine, c’est d’écouter comment les gens se découvrent et découvrent leur identité, à travers la musique, sans dépendre d’un héritage en dehors de l’héritage américain qui est très abstrait.

P&S : Ton album aussi est international. Tu l’as écrit au Portugal, enregistré au Texas. Comment tout ce chemin l’a-t-il façonné ?

Buck Meek : J’ai écrit les chansons pour cet album dans beaucoup d’endroits, je voyageais beaucoup et j’étais en train de tomber amoureux de la personne qui est aujourd’hui ma femme. Elle vient des Pays-Bas. On a voyagé au Portugal, en Grèce et dès qu’on le pouvait, on allait camper et j’écrivais pendant ce temps. Mais pour ce qui est de l’enregistrement c’est mon producteur qui a voulu qu’on le fasse là où j’ai grandi. C’est le premier album que j’enregistre là-bas.

P&S : Comment s’est déroulé l’enregistrement ?

Buck Meek : On a enregistré en deux semaines. La première semaine on a enregistré tous les rythmes. On se mettait en cercle dans une grande pièce et comme le voulait mon producteur,  on jouait tout en live ensemble avec les vocaux eux aussi en live. La deuxième semaine on l’a mixé.

P&S : Ta femme ouvre aussi pour toi sur cette tournée. L’album lui est dédicacé. Qu’est ce que ça fait de l’avoir avec toi pour pour le jouer ?

Buck Meek : C’est très doux. Mais ça me rend vulnérable. Il y a certains titres qui sont très honnêtes et ça me rend vulnérable de les chanter avec du monde autour parce que je les trouve très intimes. 

j’ai beaucoup appris à soutenir notre chanteuse, Adrianne (Lenker),à comment vraiment la suivre et à être dans l’empathie.

buck meek hasard ludique 2023
©kévin Gombert

P&S : Tu as passé l’été à tourner avec Big Thief et cet automne tu es en solo. Comment tu vis le fait d’être cette fois, le lead singer ? 

Buck Meek : Les deux projets se donnent de l’oxygène mutuellement. Parce que avec Big Thief, j’ai beaucoup appris à soutenir notre chanteuse, Adrianne (Lenker), à comment vraiment la suivre et à être dans l’empathie. Quand je suis le leader, je me rends compte que je m’inspire beaucoup d’elle parce que j’ai beaucoup appris d’elle. Avec Big Thief c’est plus abstrait puisque je fais les instruments. Je peux faire l’ambiance ou les mélodies, je peux être sauvage et noisy ou au contraire très calme. Avec ce projet, j’ai plutôt la responsabilité de guider le public à travers une histoire. Et dire ma vérité honnête.

P&S : Le live et le studio peuvent sonner différemment. Vous avez rencontré le problème avec Big Thief et le titre « Vampire Empire » dont la version studio, sortie plus tard, avait déçu certaines personnes , à tord, les deux sont excellentes. Penses-tu qu’un morceau à plusieurs visages, changeant à chaque interprétation ?

Buck Meek : Je l’espère, c’est comme ça que j’aime jouer de la musique du moins. Mais c’est bien aussi parfois d’avoir un squelette et une façon de retourner à la base d’un morceau. C’est amusant parfois de jouer de la musique complètement improvisée. J’aime qu’il y ait une structure : les paroles, la mélodie et une forme d’improvisation. C’est ce qu’on essaie de créer en studio avec les groupes. On joue tous en même temps pour voir ce que chacun donne. On a des réponses à la seconde, on jour une chose et on répond à ce qu’une personne a joué dans la pièce. 

Je veux débloquer les chansons dans de multiples dimension

buck meek hasard ludique 2023
©kévin Gombert

P&S : Ton projet solo tu en parles toujours comme d’un groupe. C’est très rare cette démarche. Pourquoi ce besoin de mettre le groupe au centre ? 

Buck Meek : Je veux débloquer les chansons dans de multiples dimensions et quand j’écris les paroles, j’essaie de faire appel à tous les sens. Il y les lumières, la période de l’année et de la journée. Je veux que ce soit un lieu où on peut vivre dans les chansons. Et avec un groupe c’est aussi quelque chose que je peux faire. Créer un espace à quatre dimensions, ce n’est pas une chose que je peux faire seul. Les musiciens qui jouent avec moi ont une telle dimension sonique que ça nous permet d’élever la musique. 

P&S : Qu’est ce qui vient en premier les paroles ou la mélodie ?

Buck Meek : C’est simultané. Je prends habituellement la guitare et j’écris de façon abstraite, je mets de mots, souvent des syllabes sur la mélodie. Et puis je fais des sons dessus. La mélodie vient donc un peu en amont mais elle est accompagnée de mots, de formes. Et quand ça me parait bien je transforme ces formes en une narration. Mais je laisse le subconscient agir avant que le conscient ne dessine une carte.


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Big Thief - La Cigale - 2022
Big Thief à La Cigale – Photo : Louis Comar

Big Thief. Deux mots qui s’installent dans les esprits pour ne plus jamais en sortir. Il faut, il est vrai, rentrer dans un univers dense qui touche autant à la lumière qu’à l’obscurité pour se perdre entièrement dans le pays des rêves dessiné par Adrianne Lenker et ses trois compères. Un Monde peuplé de dragons et de montagnes, de folk, de rock et de country. Et c’est bien dans ce parfait pays qu’invitaient nos inséparables les 5 et 6 juin à la Cigale de Paris après un périple où rodaient des trôles sous forme de reports et d’embuches. Conte d’un moment magique.

 

Le quatuor et la Cigale

Il était une fois, la Cigale de Paris. En ce 6 juin, c’est la seconde fois que Big Thief prend d’assaut la salle parisienne. La veille, tout n’avait pas été rose. Buck Meek, guitare et chœur du groupe manquait à l’appel. Un problème d’avion avait contraint le cœur de la formation à ne pas pouvoir rejoindre son public parisien.  Cette absence s’était lourdement fait sentir. Adrianne Lenker, perdue sans l’un des siens, dessinait alors un concert à consonance acoustique, d’une timidité palpable. Les traits étaient alors beaux mais la composition sentait l’absence, le manque. 1 heure 10 de set avait alors été interprété pour un moment qui, pour tout autre groupe aurait déjà touché les étoiles. Sauf que le groupe qui volait bien plus hauts, là où trainent les « U.F.O.F » de son brillant album folk du même nom,  pouvait mieux faire. En cette deuxième journée, il suffit donc d’une note, une seule pour se retrouver couvert de poussière de fée et savoir qu’enfin le meilleur concert de l’année, la claque qui devait transporter avait été donné.

Les portes du paradis

C’est le très mélancolique « Terminal Paradise » qui ouvre le bal. La veille celui-ci clôturait le débat. L’occasion de reprendre l’affaire où elle avait été laissée ? Composition d’Adrianne Lenker en solo, chef d’œuvre à fleur de peau également présent sur « U.F.O.F », le bijou a d’emblée la grâce des plus grands. Le son grandiose, parfaitement maîtrisé, touche droit à l’âme. Le voyage paradisiaque débute enfin, reste à se laisser prendre par la main. « Flower of blood » suit. En live, la formation prend un accent rock, ses guitares se font acides, elles sonnent. La voix elle, touche au sublime. De l’apaisement qui masse les esprits est crée une armée. La salle d’ailleurs s’éveille. La veille, le silence y était religieux, personne ne voulait déranger notre héroïne, plongée dans l’envie de bien faire malgré les circonstances. Quelques mots seulement avaient d’ailleurs été adressés à l’assemblée un « Merci » timide, bien longtemps après l’entrée au pays imaginaire et un vague « Buck ne peut pas être là ». Et puis rien.

La chanteuse avait déjà prévenu sur son Instagram, chaque concert ne peut être identique, il s’agit d’un art vêtu des humeurs de celui qui le crée. Cette fois-ci, le monde a tourné. Buck,  plus bavard que sa comparse, ose s’adresser à la foule qui réagit à chaque note et leur précision. En musique, bien souvent, l’émotion prime. Ce qui fait les plus grands n’est pas tant la maitrise mathématique d’un instrument mais bien une sensibilité à fleur de peau. En ça, chaque album de Big Thief est magistral.  Une montagne de sentiments taillés dans une pierre précieuse. La mélancolie est certes là mais elle affronte une lumière sauvage et percutante.  Alors pour mieux chasser ses démons, pour mieux croire au pays des dragons, Adrianne Lenker donne de la voix, elle la pousse avec précision. Quelque part dans l’assistance, on évoque Porridge Radio. Et si l’autre formation excelle aussi, si ses musiciennes transportent aussi, Big Thief, eux empruntent plus de faisceaux. La troupe change de peau, des écailles d’un dragon rock, du planant d’un vaisseau spatial à la chaleur country d’une montagne idéalisée. Porridge Radio touche aux douleurs, parle aux angoisses. Big Thief apaise et dès « Black Diamonds » que l’on retrouve sur « Capacity », la salle semble partager un moment bienveillant, autour d’un feu de camp qui sait, avec quatre amis.

S’envoler dans les hauteurs

Ce soir, il ne faut pas attendre longtemps pour découvrir en live l’immense « Masterpiece » qui porte si bien son nom. Suave et délicat, le titre sublime ses guitares, ses changements de rythmes, ses couplets aux allures d’hymne.  Un chef d’œuvre ne ressemblerait-il pas tout particulièrement à ce moment ? Dans ses paroles, Lenker promet de nous garder à ses côtés et c’est bien le vœu que chacun fait ce soir, à sa bonne marraine.

Big Thief - La Cigale - 2022
Big Thief à La Cigale – Photo : Louis Comar

C’est chose connue, la formation profite d’une amitié fusionnelle. Elle cultive d’ailleurs l’image de ce lien à part, loin de toute sûr-exposition. C’est dans son cocon que se poursuit le trajet avec des titres comme le virevoltant « Sparrow » et le bienveillant « Certainly » issu de son dernier joyau.

Pas besoin de décors, un simple rideau noir peuple l’univers du groupe. Sur scène d’ailleurs tous se répartissent en arc de cercle, personne ne prend l’avant-scène. Pourtant le charisme de la chanteuse porte, ses « Merci » sont plus fréquents. Moins statique que la veille, elle se déplace dans l’espace qu’elle s’approprie, ose s’approcher, se colle aux enceintes pour faire sonner des guitares qu’elle change régulièrement. La voix de Buck plus sucré, gagne en osmose. « From » permet de mettre une lumière dorée sur notre magicienne alors que Noah, son frère, la rejoint pour quelques notes sur  « Not a lot, just forever ». Ce pour toujours est aussi une promesse à la candeur de l’enfance. Ce n’est pas pour rien que des animaux magiques peuplent les couvertures de Big Thief. Dinosaure et oiseau sont aussi bien présents sur la pochette de Masterpiece que sur celle de Dragon new warm montain I believe in you. Un nounours, celui que possédait la chanteuse dans son enfance est aussi de la partie. Ce bien-être naïf, s’invite dans les notes alors que le son lui, est aussi parfait que le monde imaginaire d’un jeune enfant.

Enfin, celui qui manquait à l’appel est interprété. « Simulation Swarm » résonne dans l’assistance. Sur album, le titre a la beauté d’une berceuse, d’une promesse profonde, celle d’une renaissance, de fratrie de cœur qui se crée. Dans le ventre de la nuit épaisse et chaude parisienne, il se fait plus rock en live, il se danse presque.

Perfection « Not » après « Not »

Si le concert n’offre que des temps forts, voilà que son apogée arrive avec le titre « Not » issu de Two Hands. Ce n’est pas seulement pour sa voix, ni pour ses guitares, ni pour sa structure, ni pour sa batterie qu’il est si facile de l’aimer. Sa construction démente en fait un objet unique et un tourbillon puissant. D’ailleurs, le groupe offre un solo d’instruments puissant, calibré et construit en fin de titre. Sourire sur ses timides lèvres, la musicienne s’assied en avant-scène, pour mieux sonner. La tornade est foudroyante, le moment grandiose.

Une version heavy du titre éponyme du dernier album s’invite à la soirée avant de retourner dans les étoile pour un dernier « Contact ». Ce morceau, l’un des meilleurs de Big Thief permet à sa chanteuse de pousser trois cris magistraux, plus libérateurs qu’écorchés. Quelle merveille sommes-nous en train de regarder ? Est-il encore possible de créer à ce point en live ?

Un dernier tour au pays des rêves

Le rappel est court et attendu. Sans trop en faire, la formation revient pour deux titres. « Mary » d’abord puis finalement « Cattails »,  hymne présent sur U.F.O.F, touche de lumière et ode à la joie sur la pointe des pieds. Si les paroles confient ne pas savoir parfois pourquoi on pleure, ce soir, Big Thief est la cause de tous les sourires. La troupe quitte la scène, moins précipitamment que la veille, elle prend même le temps de distribuer les setlists. Lorsque les lumières de la Cigale se rallument, le retour  la réalité semble presque violent. Sur le morceau qui a inspiré le titre de son dernier jet, la troupe demandait au dragon s’il croyait en elle. Ce soir, une chose est certaine, toute une salle croit au pouvoir magique de Big Thief et de la musique live.


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