Le 2 juin 2026, Le Grand Rex accueillait l’avant première mondiale de Disclosure Day, dernier film en date de la légende du cinéma Steven Spielberg. Entouré de ses fidèles (Williams à la musique, Kaminski à la photographie, Koepp au scénario), le réalisateur revient avec un thème qui aura assuré son succès à ses débuts ( Rencontres du Troisième Type, E.T, La Guerre des Mondes) : les extraterrestres. Pour quel résultat? Critique.

Disclosure Day : De quoi ça parle ?

Si tu découvrais que nous ne sommes pas seuls ? Si on te le montrait, te le prouvait, ça te ferait peur ? Les gens ont droit à la vérité. Elle appartient à sept milliards de personnes. Chaque seconde nous rapproche de l’inévitable… Disclosure Day. (synopsis Allociné)

Le film suit la trajectoire distincte de deux personnages principaux : Margaret Fairchild (Emily Blunt, Sans un bruit, Le Diable s’habille en Prada), présentatrice météo d’une chaine locale à Kansas City qui se met à développer certaines capacités surprenantes et Daniel Kellner ( Josh O’Connor, Challengers, God’s own country), fugitif détenteur d’une effroyable vérité aux ordres d’un mystérieux commanditaire, Hugo (Colman Domingo, Euphoria). Les deux finiront par se retrouver pour permettre ce que cherche à empêcher Noah Scanlon (Colin Firth, Le Journal de Bridget Jones, Orgueil et Préjugés), le Disclosure Day.

Josh O'Connor dans Disclosure DayDroits : Universal Pictures
Josh O’Connor dans Disclosure Day
Droits : Universal Pictures

Disclosure Day : Est ce que c’est bien ?

En plus d’être un grand du cinéma, Steven Spielberg est à un stade de sa carrière et de sa vie où il peut tout se permettre. C’est donc avec une certaine audace en ces temps de surexposition, qu’il débute in media res Disclosure Day en suivant le parcours d’un Josh O’Connor traqué. Au fur et à mesure des premières minutes du métrage, les éléments du lore sont introduites comme parfaitement intégrés par les différents protagonistes, de manière à ce que le spectateur les assimile sans difficulté au fur et à mesure que le récit se déroule. Le script de David Koepp et surtout la mise en scène de Steven Spielberg ne prennent pas par la main le spectateur, ils comptent sur sa capacité à comprendre de lui même ce qu’on lui présente.

Mais qu’est ce qu’on lui présente ? Sans bien sur divulgacher quoi que ce soit, il est évident pour qui s’est un peu renseigné sur le film qu’il s’agit d’un thriller complotiste à la sauce extraterrestre. X-Files aurait apprécié. Aussi, Spielberg oblige, il n’est pas surprenant de découvrir que techniquement, le tout est excellemment exécuté. Le contrat moral avec le spectateur est rempli : il y aura de l’action, du suspense, des course poursuites. Pensez à prendre le supplément pop corn pour le visionnage, il ne sera pas de trop tant Spielberg est dans une forme qu’on ne lui avait pas connu depuis au moins Lincoln (2012) voire La Guerre des Mondes ou Munich (2005).

Pourquoi autant parler du réalisateur américain et pas des acteurs ou bien du scénario ? Sans qu’ils soient à critiquer particulièrement, bien qu’il y ait quelques légers plot holes de çi de là dans le déroulement d’un récit assez manichéen, c’est que la qualité finale de Disclosure Day, qui sera assurément l’un des blockbusters de l’année au moins qualitativement parlant, est dû à son metteur en scène. Bien que les performances d’Emily Blunt, Colman Domingo, Colin Firth et Josh O’Connor soient toutes solides, aucune ne sort particulièrement du lot. La partition est éxécutée avec métier, pas avec génie.

On peut s’en désoler pour Josh O’Connor qui risque de « faire une Paul Mescal », c’est à dire que comme pour l’acteur irlandais qui était voué au star system avec un blockbuster attendu (Gladiator II de Ridley Scott en l’occurrence) et pour qui la marche a semblé trop haute, O’Connor ne deviendra probablement pas « the next big thing in Hollywood« . Et c’est peut être un mal pour un bien après tout.

Josh O'Connor dans Disclosure DayDroits : Universal Pictures
Josh O’Connor dans Disclosure Day
Droits : Universal Pictures

Comme dit précédemment, Steven Spielberg est sûr de sa force. Après presque un demi siècle à Hollywood, le contraire serait étonnant ! Pouvant remaker un de ses films préférés, sans que cela soit nécessaire ( West Side Story) ou nous parler de sa jeunesse ( The Fablemans, lui aussi dispensable), il peut se permettre d’oser. C’est l’impression qui ressort du visionnage de Disclosure Day : presque tout les leviers sont au maximum. Ainsi, là ou certains auraient gardé une part de mystère sur l’esthétique des extraterrestres dont il est question, l’Américain presque octogénaire ne se gêne absolument pas : après tout son film ne s’appelle t-il pas « Disclosure Day » ?

Avec ce geste qui pourrait être associé à une forme de franchise, Spielberg s’autorise aussi un commentaire tout à la fois désuet mais aussi brûlant d’actualité sur la nécessité de toujours dévoiler la vérité, quoiqu’il en coûte. En cela, il réussit une meilleure ode au journalisme qu’il avait pourtant tenté dans Pentagon Papers (2017) et on finit par se demander si toute ressemblance avec des dossiers concernant des actions interlopes impliquant les grands de ce monde sur l’île d’un milliardaire honni serait purement fortuite, en tout cas, elle ne peut que renforcer le bien-fondé du propos du film.

Emily Blunt dans Disclosure DayDroits : Universal Pictures
Emily Blunt dans Disclosure Day
Droits : Universal Pictures

Disclosure Day : Tout n’a pas à être chef D’ŒUVRE

Finalement, la seule ombre au tableau vient de ce qui a été dit plus haut : les leviers au maximum. Un sous-texte religieux est présent tout au long du film et ce ne serait relégué qu’à un anecdotique rang s’il manquait aussi peu de finesse. Un personnage, celui de Jane (Eve Hewson), n’est d’ailleurs presque consacré qu’à ça : quel impact la révélation de ce complot aurait elle sur la Foi des gens ? De même, au fur et à mesure, que les aptitudes d’un personnage se développent, la figure de celui ci en devient presque messianique, le tout se cristallisant dans une séquence dans laquelle on lui donnera même du signe de croix et de la génuflexion! Qu’il est loin le temps ou dans The Postman (1997), le personnage de Kevin Costner pouvait railler l’idolâtrie qui était faite de ses actions en s’exclamant : « Voilà que j’ai crée une religion!« . En 2026, le fait religieux, quel qu’il soit n’est jamais discuté.

Est-ce que cela empêche pour autant Disclosure Day d’être un bon film ? Absolument pas ! À l’heure des retours presse dithyrambiques, comme souvent en période de promotion d’un gros nom, d’Outre Atlantique parlant du meilleur Spielberg des vingt ou vingt cinq dernières années, cet article ira globalement dans ce sens (Lincoln valait principalement par la performance XXL de Daniel Day-Lewis). Et si Disclosure Day n’atteint pas le niveau des illustres prédécesseurs ayant tâté de l’extraterrestre (Rencontres du Troisième Type, E.T, La Guerre des Mondes), il n’en demeure pas moins un très solide divertissement, au dessus de la mêlée actuellement proposée par les studios hollywoodiens. Et tout comme Martin Scorsese avec Hugo Cabret ou bien encore Coppola avec The Outsiders, Spielberg a tout à fait le droit de s’offrir un bon « film mineur » dans sa filmographie d’excellente facture !

rhea Seehorn

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