
Nouvel acte pour un nouvel empire
Sommes-nous en train d’assister au début d’une nouvelle ère pour Kasabian ? En matière de théâtre, le troisième acte signe la résolution ou le moment du climax. Si Kasabian est loin de donner ses dernières répliques, son « Act III » prévu pour le 4 septembre 2026 s’annonce déjà comme un tournant majeur dans une carrière longue de 22 ans. Les britanniques étaient longtemps vus comme la véritable relève d’Oasis. Un brin impétueux, génies de la brit pop aux capacités fascinantes. Sur cette longue période, les albums n’ont eu de cesse de s’enchainer. Avec huit productions déjà dans les bacs, ce neuvième opus promet d’être un nouveau tournant. Si chaque album de la formation a toujours été l’occasion de se renouveler, celui-ci pourrait bien puiser son inspiration dans son impressionnante discographie qui s’écrit comme une machine à hits imparable et parfaitement huilée.
Une odyssée ? Ce ne serait pas surprenant tant la formation va puiser dans l’univers cinématographique pour dévoiler ses nouveaux contours. Le clip du titre « Great Pretender », single déjà dévoilé est par ailleurs inspiré de deux films : « 2001, odyssée de l’espace » et le culte « Mullholand Drive ». Autre single déjà révélé, celui de « SUPERPOWERS » dont le clip a été dirigé par l’omniprésent et charismatique leader Sergio Pizzorno. Ce dernier avait pris la relève en 2020 de Tom Meighan, qui avait été évincé (à juste titre ) du groupe suite aux plaintes de son ex-femme concernant des violences conjugales. Un changement majeur qui a permis à Sergio de s’approprier la totalité du projet lui donnant une toute nouvelle dimension.
Comme ce fut le cas sur ses derniers jets, le groupe va puiser dans une source musicale très variée pour faire de ses compositions des super hits. Comme sur leur second né, « Empire », la formation varie les genres et balance autant de pop que d’électro, de heavy rock, gospel ou encore des sons plus orientaux. Le résultat est toujours spectaculaire et promet une rentrée boostée par une avalanche de hits. Mais avant de reprendre le chemin de l’école – ou du travail- il était temps de se laisser pleinement aller à l’été et au chant des cigales. Bien plus fourmis que cigales, notre joyeuse troupe profite, elle, des beaux jours pour s’offrir une belle tournée des festivals. Et en France ? C’est en salle qu’elle avait choisi de dévoiler quelques bribes de son nouvel acte. Et si on levait le rideau ?
Kasabian sous les projecteurs de la Salle Pleyel
Ce 29 juin alors que le canicule avait enfin quitté la capitale pour laisser place à une chaleur bien plus acceptable, le rendez-vous était donné à la Salle Pleyel de Paris. La chaleur allait bien y revenir, plaisante cette fois, sous le coup d’un concert entre brit pop et électro complètement hallucinant. Point besoin de grosse scéno pour séduire, le groupe de Sergio Pizzorno se suffit à lui même et profite de l’énergie hors normes de son frontman pour créer l’évènement. D’ailleurs, la performance a bien plus des airs de one man show greffé sur des ressorts que de celle d’une formation entière. Hypnotisant, notre chanteur prend la totalité de l’attention et n’aura de cesse une seule seconde d’arpenter les lieux, de sauter partout, d’aller chercher jusqu’au plus récalcitrant des spectateurs pour le plonger dans le bain. La disposition de Pleyel et sa mini fosse, pas franchement rock n’a pourtant pas réussi à enlever quoi que se soit à l’engouement du public.
Parmi eux et elles, un large panel d’âges, les cheveux gris côtoyant joyeusement les plus beaux sourires adolescents. Mention particulière à une jeune fille au balcon, qui n’a cessé de danser collée à la barrière avec ses deux potes. Puisqu’en matière de spectacle, du moins sur ce genre de prestations, l’énergie tient autant à celle du groupe qu’à celle de la salle. De son côté, notre Sergio sous ses airs un brin blasé y va de tous les superlatifs pour distribuer généreusement sa force. Peut-on dire qu’il en fait un peu trop à coup de « C’est le meilleur concert qu’on a fait » ou de déclarations d’amour répétées en boucles ? Peut-être mais qu’importe le flacon tant qu’on a l’ivresse. Et celle-ci est bien présente. En cause, la set-list qui va joyeusement piocher dans la large discographie du groupe. Tous les albums verront ainsi certains de leurs titres interprétés à l’exception de « The Alchemist’s euphoria » publié en 2022. Et il faut dire, qu’à voir la performance s’écrire, une pensée vient à rester à l’esprit : le groupe est une giga machine à mega hits. Du coup, l’ennui se voit entièrement proscrit de l’heure et demie que nous vivrons ce soir-là.
Après un démarrage sur « Hey Jude » des Beatles – mais Oasis voulait être le nouveau Beatles et si Kasabian est le nouveau Oasis alors tout fait sent – le groupe décide d’attaquer par « Club Foot ». Grand admirateurs du sport (et du club de Leicester) qui fait autant vibrer le UK que nos coeurs de frenchies, en pleine coupe du Monde, la boucle est bouclée. D’autant plus que Sergio aborde son meilleur maillot Zidane sur scène. Pour qui aime autant le rock que le ballon rond, le moment est précieux. Et pour qui comme moi reste dubitative sur ce sport, l’instant pourrait bien être à la clémence et se laisser aller à dire foot sans y voir un soucis (ou à l’écrire mais ceci est une autre histoire). Le reste du concert vient à s’écrire comme un giga best-off et même une fête populaire. Quelques reprises viennent à ajouter leur touche de piquant dans la soirée comme sur « You’re in love with a Psycho » qui permet d’insérer « We are your friends » de Justice vs Simian en outro. La fête prendre même les traits d’un chant collectif sur « L.S.F » en bout de parcours à coup de refrain prolongé et repris sous les consignes du frontaman par les rangs du haut, puis du milieu, puis de devant …. vous avez l’idée.

Au milieu on ne peut que se réjouir d’avoir pu chanter rapidement sur l’excellent « Shoot the Runner » qui vient bien nous shooter en plein coeur pour mieux laisser nos jambes se mouvoir en des pas saccadés. « SUPERPOWERS » faisait quant à lui un début réussi bien que trouvant timidement son public. Mais n’est ce point toujours le cas sur une première en live ? Quelques sondages passé sur qui suit la formation depuis ses débuts et nous voilà déjà projetés sur un final sous forme de rappel en trois titres. Trois actes encore ? Un coup classique pour trois derniers moments de plaisir jusqu’à l’apothéose sur « Fire ». Point besoin de pyrotechnie pour allumer le feu, ni de feu Johnny. d’ailleurs Les chaleurs m’auront laissée sujette à des troubles du jeu de mots discutable. Laissons donc passer l’été, la rentrée s’annonce déjà comme sublime puisqu’elle promettra d’enfin écouter ensemble cet « Act III ».
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