Le 24 avril 2026, Charli XCX sortait son nouvel album, « Music, Fashion, Film », annonçant dans un même temps une nouvelle ère plus « rock ». « Music, Fashion, Film » succède à l’album « Brat » (2024) qui célébrait l’univers des raves et de la techno. Elle propose ainsi à travers ces deux albums des univers différents qui rappellent le phénomène d' »Eras » popularisé par Taylor Swift lors sa tournée « Eras Tour » (2024). En effet, au-delà d’une simple astuce promotionnelle pour créer de la nouveauté et se distinguer, nombreuses sont les chanteuses pop qui explorent une variété de sonorités et redessinent les contours de la pop actuelle. Si ce phénomène s’accompagne la plupart du temps d’un processus marketing élaboré, il témoigne également de la capacité des chanteuses à se réinventer artistiquement.
Un phénomène popularisé par Taylor Swift
Ce concept d' »Eras » : c’est bien Taylor Swift qui l’a poussé à son paroxysme lors de son « Eras Tour » en 2024. La chanteuse a en effet proposé un show qui retraçait sa carrière et dans lequel chaque album correspondait à une ère associée à un look et à un style musical. Dans ce show de trois heures, elle reprenait ainsi ses dix albums en marquant explicitement les changements d’albums qui correspondaient donc à un changement d’ère. Si l’objectif mercantile derrière cette stratégie est indéniable, le show mettait également en avant la capacité de la chanteuse à se réinventer, toujours dans un style pop, au fil de sa carrière.
De ses premiers albums aux sonorités country (« Taylor Swift », « Fearless ») à des albums pop/rock comme « Red » ou franchement pop comme « Reputation » par exemple en passant par la folk (« Folklore »), Taylor Swift a su évoluer musicalement. Cette capacité à créer des univers est cependant moins visible avec ces derniers albums dont la recette pop paraît régulièrement répétée. Taylor Swift a su conceptualiser sa carrière en créant des ères mais en proposant également des évolutions musicales. Ce modèle a par la suite été adopté par d’autres chanteuses, comme nous allons le voir.
Charli XCX : De « Brat » à « Music, Fashion, Film »
De la culture rave de « Brat » aux sonorités pop/rock de « Music Fashion, Film », Charli XCX joue également avec le concept d’ère. L’album s’ouvre d’ailleurs sur la chanson Rock Music dont les paroles (« So now we are making rock music ») annonce explicitement une nouvelle ère. La chanteuse avait en effet clôturé sur ses réseaux sociaux, son fameux « Brat Summer », concept associé à son album qui était dédié aux femmes sexy et nonchalantes qui souhaitaient se sentir libres et s’amuser. C’est par ce biais qu’elle avait progressivement annoncé une nouvelle ère. Si ce processus peut paraître assez artificiel et façonné pour la vente, il va s’agir d’explorer ce concept plus en profondeur. Le « Brat Summer » est en effet devenu une véritable marque favorisant la vente de goodies divers et variés (beaucoup de fans arboraient ainsi fièrement leurs t-shirts verts « BRAT »). Cependant, cela témoigne également de la capacité de la chanteuse à se réinventer et à montrer sa curiosité musicale en explorant d’autres genres.
Bien entendu, on ne peut pas classer le nouvel album de Charli comme un album rock tout comme « Brat » n’est pas un album de techno. Charli est une popstar et elle propose des projets pop, où par ailleurs on retrouve avec plaisir sa patte. « Brat » est ainsi un album aux inspirations technos et « Music Fashion Film », un disque pop teinté de rock. Charli se renouvelle en proposant de nouvelles teintes à ses albums ce qui met en avant sa curiosité et sa liberté artistique. Dans son dernier album, elle fait également référence à ses inspirations cinématographiques. Elle n’hésite pas à collaborer également avec John Cale, ancien membre des Velvet Underground par exemple sur l’album « Wuthering Heights » (2026) ce qui contribue à décloisonner les horizons musicaux.
ROSALIA : du flamenco au chant lyrique en passant par le reggaeton

Autre exemple intéressant et pas des moindres : la chanteuse espagnole Rosalia. Avec son album « Lux » paru en 2026, Rosalia a su conquérir le monde entier et s’est imposée comme une artiste dont la renommée est désormais internationale. Pour ceux qui l’ont découverte avec « Lux », difficile de croire que c’est la même artiste qui a composé l’album précédent « Motomami » (2022) ou encore « El Mal Querer » (2018), deux albums franchement reggaeton aux influences flamenco. En effet, Rosalia c’est d’abord une chanteuse de flamenco comme en témoigne d’ailleurs son premier album « Los Angeles » (2017). La chanteuse s’est par la suite tournée vers le reggaeton ce qui lui a permis d’acquérir une certaine notoriété. Dans son avant dernier album, avant la consécration « Lux », Rosalia s’était déjà faite remarquer en mélangeant les genres. Par exemple, dans sa chanson reggaeton Saoko, on retrouve un pont jazz en plein milieu de la chanson. L’ensemble de l’album restait cependant majoritairement reggaeton. Avec « Lux », Rosalia nous emmène au dernier endroit où on aurait pu l’imaginer, c’est à dire, dans un registre classique. Avec Berghain, premier single de l’album « Lux », on lui découvre une voix lyrique portée par l’Orchestre symphonique de Londres. Si le public connaissait la puissance de sa voix, on imagine les heures de travail pour atteindre un tel résultat. Rosalia inaugure ainsi une nouvelle ère avec « Lux » en proposant quelque chose de radicalement différent qui reste évidemment pop. A la différence de Charli, Rosalia ne communique pas sur ses changements d’ère ce qui rend ces évolutions artistiques moins artificielles.

Ces trois exemples montrent ainsi la capacité de renouvellement des chanteuses pop sur la scène actuelle à travers la création d’ères. Grâce à ces exemples, on peut voir que la division de la carrière en « Eras » s’impose comme un schéma chez les popstars internationales les plus reconnues. Il ne s’agit pas de faire abstraction des dérives marketing de ce système mais de faire en sorte qu’il reste un moyen de mettre en avant la curiosité artistique des popstars et que les changements d’ères n’aient pas uniquement une dimension mercantile et stylistique mais qu’ils s’accompagnent comme pour Rosalia ou Charli XCX, d’explorations musicales qui contribuent à redessiner les contours de la pop.
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